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La Théosophie et l'Éducation

« Apprendre c'est se ressouvenir. »
Platon.

« En toi est la lumière du monde, la seule lumière qui puisse être répandue sur le Sentier. »
Lumière sur le Sentier.

« Si nous avions l'argent nécessaire, les écoles que nous fonderions ne produiraient pas de jeunes gens qui, bien que sachant lire et écrire, seraient cependant condamnés à la misère. On doit, en premier lieu, apprendre aux enfants à avoir confiance en soi ; leur enseigner l'amour pour tous, l'altruisme, la charité mutuelle, et les exercer surtout à penser et à raisonner par eux-mêmes. Nous réduirions au minimum tout travail de mémoire purement machinal, et emploierions le temps ainsi épargné à cultiver les facultés de nos élèves, leurs sens intérieurs, leurs pouvoirs latents. Nous nous efforcerions de nous occuper de chaque enfant individuellement, de 1'éduquer de façon à favoriser l'épanouissement complet et harmonieux de tous ses pouvoirs, afin que ses aptitudes spéciales parviennent à leur développement entier et normal. Notre but serait de créer des hommes et des femmes libres, libres intellectuellement et moralement, sans aucun préjugé et, par-dessus tout, affranchis d'égoïsme. Et ce but, nous croyons que nous pourrions le réaliser, sinon en entier, du moins partiellement, à l'aide d'une bonne éducation véritablement théosophique. »
La Clef de la Théosophie (p. 254-255)

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La faillite de l'éducation, qui est évidente malgré les grands efforts déployés pour la perfectionner, tient à l'ignorance complète de ce qu'est une véritable culture humaine. La racine de cette ignorance est une incompréhension entière de ce qu'est l'Homme lui-même.

À la lumière de la Théosophie le mot éducation prend sa véritable valeur et son sens plein : dans la philosophie de la Sagesse divine — ou Théosophie — l'homme est une âme dont l'essence est divine et qui cherche tout au long de son pèlerinage terrestre, à travers les étapes de ses incarnations successives, à réaliser cette nature divine. L'évolution humaine est donc un processus d'épanouissement qui tire sa substance et sa sève de l'intérieur pour la faire apparaître au grand jour, à l'extérieur. L'homme possède ainsi en lui-même tous les germes de Connaissance, de Sagesse, d'Amour et de Pouvoir. L'existence terrestre a pour but l'émancipation de l'âme : tous ces germes cachés, cette divinité ignorée — qui est
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l'Homme réel qui dort dans le cœur de tous les êtres, même du plus vil — ne doivent pas rester simple potentialité : il faut mettre tout en œuvre pour qu'ils deviennent réalité.

L'éducation doit donc viser à faire fructifier, à épanouir ; elle ne doit pas remplir le champ de la mémoire par un apport extérieur, mais aider à faire sortir (é-duquer) ou faire apparaître ce qui constitue la véritable nature Humaine. L'éducation au sens théosophique est donc essentiellement une éducation qui tient compte de l'âme en toute occasion : elle doit consister en un entraînement délibéré permettant de développer les pouvoirs et les potentialités qui sont encore endormis dans l'enfant nouveau-né, — ce compagnon de pèlerinage, qui vient un moment demander notre aide et suivre notre route.

Il est plus facile d'instruire que d'éduquer et nous nous sentons mal préparés à la tâche : nous sentons ici l'urgence d'éduquer les parents et les éducateurs avant d'entreprendre sérieusement l'éducation des enfants. Et la première leçon qui doit être apprise est que l'homme est un tout et qu'en conséquence il ne saurait y avoir éducation séparée du corps et de l'âme : éducation physique, éducation mentale, éducation morale, éducation artistique, éducation religieuse, en autant de compartiments fermés. L'âme est le foyer de ces divers aspects de l'homme et l'Esprit, ou le Divin, est la source de toute lumière et de toute connaissance certaine.

En gardant toujours présente en pensée cette unité de l'homme complexe et le but vers lequel il tend, plus ou moins inconsciemment, nous pouvons cependant l'analyser et étudier ses aspects principaux.

L'âme utilise le corps ; elle s'exprime par une triple voie : pensée — volonté — désir ou sentiment. Elle est en contact avec le monde extérieur par l'intermédiaire des sens.

L'éducation du corps se fait généralement de nos jours sur le terrain de sports ; elle développe la force, la souplesse, l'endurance et l'harmonie ; elle corrige les défauts du corps ; elle remplit ainsi sa mission
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d'épanouissement, quant elle ne la dépasse pas par le surmenage de la compétition sportive. Aussi essentiel que soit cet entraînement physique pour la construction d'un corps fort et robuste il n'est pas suffisant cependant. Le corps est le temple vivant de Dieu qui « demeure dans le cœur de toute créature ». Celui qui torture ou défigure le corps l'empêche de remplir sa fonction et frustre l'âme. Celui qui le salit, ou le considère avec mépris en fait un sanctuaire indigne du divin. Il en est de même de celui qui en fait son idole.

Depuis la plus haute antiquité les Sages ont considéré que la Vie qui anime les atomes de notre corps est constituée par des étincelles de vie, conscientes et semi-intelligentes, qui évoluent, au même titre que tous les autres êtres de la nature, et avec l'aide de l'homme. Ainsi donc ne pas les dégrader, mais chercher à les aider à évoluer par des habitudes d'hygiène physique aussi bien que mentale — puisque la santé physique va de pair avec la santé mentale — fait partie de l'éducation du corps.

Apprendre à distinguer la paresse et la mollesse du repos physique indispensable, contrôler l'agitation désordonnée et chercher à établir l'équilibre et le fonctionnement normal et sain du corps sont des disciplines qui servent à épanouir l'instrument de l'âme qu'est notre enveloppe physique.

Les sens et la mémoire sont encore des instruments de l'âme, quoique plus raffinés, et c'est surtout sur leur plan que s'exercent les efforts des éducateurs officiels. L'éducation sensorielle est entreprise dès la plus tendre enfance et assiste l'éveil de l'intelligence, mais elle ne dépasse pas un certain stade, prévu par le programme de l'école. L'enfant devra ensuite compter sur une bonne fortune pour affiner son acuité sensorielle et acquérir plus que des rudiments d'éducation artistique. Une grande proportion d'enfants restent ainsi des êtres incomplets, pour ne prendre en considération que ce simple domaine.

Par contre, ce sont des prodiges de virtuosité qui sont demandés à la mémoire — l'aspect le plus
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mécanique de l'être intérieur — au grand détriment de l'aspect le plus authentiquement humain, représenté par cette trinité de la pensée, de la volonté et du sentiment.

La véritable éducation doit faire de l'enfant un être sensible et éveillé au sens de ses responsabilités, capable de penser par lui-même, de vouloir et d'agir librement et généreusement, de désirer les valeurs qui l'ennoblissent et de rayonner autour de lui la chaleur de l'amour et la force de la paix.

Cette réelle culture humaine doit donc faire appel aux qualités profondes de l'individu. Elle ne peut s'apprendre dans un manuel.

C'est ici que l'on se rend compte de la différence profonde qui existe entre l'éducation et l'instruction. L'instruction impose une discipline à un aspect mécanique du complexe humain. Elle peut être coercitive, même violente. Elle ne requiert pas la liberté de l'individu, ni même, semble-t-il, sa conscience pleinement éveillée, puisqu'il est possible d'apprendre tout en dormant. Il en va tout autrement de l'éducation : elle est fondamentalement un épanouissement, un éveil de l'intérieur vers l'extérieur et ne peut se faire que dans la liberté et en pleine conscience. Liberté de penser, liberté d'agir, liberté de sentir, sont à la base de toute véritable tentative d'éducation.

L'enseignement théosophique est donc formel sur ce point : on ne peut éduquer en imposant, en matant, en fixant des tabous ; on ne peut éduquer à l'aide de dogmes, d'idées toutes faites, de préceptes moraux intangibles ; on ne peut éduquer par le mensonge ni la menace : les notions du péché originel — du péché en général — et du châtiment qui le suit, empoisonnent la nature émotionnelle de l'enfant et paralysent son mental.

L'éducation n'est pas un dressage : elle doit faire appel à la participation de l'enfant ; elle doit se faire de concert avec lui et non contre lui, ou malgré lui. Elle doit donc s'adresser à sa faculté de compréhension et de discernement et favoriser son éveil, en parallèle avec le développement des germes latents de
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l'amour, de la justice, du respect de la vie et des autres idées innées qui sont inscrites dans la conscience intime de tout être.

Les difficultés sont plus grandes encore qu'on ne l'imagine. Tout d'abord parce que les « dogmes », les « idées admises » sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit. Les hommes reçoivent dès l'enfance des notions toutes faites — et fausses — sur toute sorte de sujets — depuis l'origine de l'homme, la grandeur de la civilisation moderne, l'état « primitif » des peuples antiques, l'importance des événements historiques, plus ou moins déformés, jusqu'aux bienfaits des vaccinations et la certitude que le progrès matériel assurera un jour la paix et le bonheur sur la terre.

Remarquons d'ailleurs qu'éviter par tous les moyens d'aborder certains sujets comme s'ils n'existaient pas, comme par exemple le problème de l'âme, de la religion, de la signification de la vie sexuelle, etc..., constitue une forme de dogmatisme dont le danger ne devrait plus échapper à personne.

Mais de toutes les formes de dogmatismes, le dogmatisme religieux est le plus nuisible, avec le dogmatisme politique : tous deux dressent les hommes de demain les uns contre les autres. Sectarisme politique et sectarisme religieux coupent les voies de la fraternité universelle au moment même où ils prétendent orgueilleusement posséder les seules voies du salut collectif. Mais, des deux, la chose est pire peut-être pour la religion dogmatique du fait qu'elle s'en prend à la conscience intime de l'individu et lui interdit l'exercice de la pensée libre, dans l'examen du problème religieux — c'est-à-dire du problème-clef de toute l'existence de l'homme sur la terre, en réservant cet exercice aux seuls ministres qu'elle juge dignes de remplir cet office.

Il ne peut y avoir d'éducation sans instruction. L'éducateur doit donc mettre tout en œuvre pour informer l'enfant, mais d'une façon objective, impartiale, dans toute la mesure du possible. Comme l'éducateur doit viser à un but synthétique, il doit chercher
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à ouvrir le mental aux grands problèmes qui intéressent l'homme dans tous ses divers aspects. Il doit analyser pour mieux synthétiser, étudier avec l'élève les différents courants de pensée pour en découvrir l'originalité, la valeur humaine et le message valable qu'ils contiennent et faire sentir l'unité de l'homme au milieu de toute cette apparente diversité. Il s'efforcera, par exemple, de montrer les grandes lignes de l'évolution.

Sur le plan religieux, l'honnêteté de l'éducation exige que l'on fasse connaître à l'enfant les grandes idées basiques des religions des autres hommes qui habitent notre planète. Cet effort demande de la part de l'éducateur une discipline stricte qui consiste à surmonter ses préférences personnelles et à s'informer lui-même loyalement aux sources les plus authentiques.

Cette information impartiale, inspirée par le souci du respect de l'humain et de la vie, constitue le fondement élémentaire de tout effort en vue de la construction progressive de la vraie Fraternité Humaine, par le fait que l'enfant est amené ainsi à toucher du doigt l'unité de la famille humaine. Il peut comprendre rapidement la solidarité de tous les êtres vivants : c'est alors que l'éducateur doit essayer de lui faire mettre en pratique ces grandes idées en leur donnant forme dans des actions exécutées volontairement.

L'éducation de la pensée, de la volonté et des émotions a donc un double aspect : elle reposera toujours sur la compréhension éclairée par l'information objective ; mais, par ailleurs, elle suscitera l'intervention des facultés actives de l'enfant : ce qui est compris comme vrai devra donc avoir toujours une conséquence pratique pour devenir réalité vivante.

Bien entendu, l'éducateur doit aider l'enfant à devenir progressivement son propre informateur, par l'éveil constant de sa curiosité et de son intérêt, par l'éducation de ses sens, de son mental, de sa sensibilité, en s'effaçant lui-même de plus en plus pour laisser à l'enfant la liberté de sa conclusion, de sa décision, de
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son entreprise ; mais il le secondera de son mieux en le faisant réfléchir sur certains points importants qui ont pu échapper à l'enfant et en lui donnant l'aide matérielle suffisante pour mener à bien ses projets. Dans cet ordre d'idées, les questions qui sont posées à l'enfant et qui le forcent à penser par lui-même, ont au moins autant d'importance que les réponses que l'éducateur peut y apporter.

L'éducation de l'enfant doit veiller à développer les bonnes graines et tendre à éliminer les mauvaises. Si son action est fondamentale sur le plan de la pensée, elle est tout aussi essentielle dans le domaine des sentiments, désirs et émotions. De nos jours, elle ne s'aventure d'ailleurs pratiquement pas dans cette partie intime de l'être. Les conséquences de cette omission sont souvent tragiques. La sensibilité de l'enfant est abandonnée aux hasards de la vie. La poésie et l'art, le sens intérieur de l'harmonie, l'appréciation des valeurs esthétiques, de toutes ces expressions du Beau, du Noble et du Juste ont une place de parents pauvres dans le sanctuaire où l'enfant n'apprend que le culte du Vrai et de la science des livres. Le soin de former le goût de l'enfant est un peu laissé aux parents qui peuvent manquer parfois de compétence dans ce domaine.

Dans le domaine sentimental et émotif où l'enfant a besoins de directives sûres, l'éducation a aussi son mot à dire.

Remarquons qu'il ne s'agit, en aucun cas, pour l'éducateur, de s'immiscer dans le secret de la nature des sentiments ou des pensées des enfants. L'éducateur n'est pas un confesseur. Par sa clairvoyance, il seconde, il évoque les difficultés et les pièges des désirs et des sentiments. Il aide l'enfant à distinguer en lui-même les émotions nobles et généreuses des émotions égoïstes et avilissantes. Il éclaire la route, mais jamais il n'exige de confidences ; et s'il en reçoit, il garde toujours en pensée qu'il a pour mission de former des êtres heureux et indépendants sur le plan de la pensée comme sur le plan sentimental ; indépendants vis-à-vis de tous, y compris de l'éducateur.

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En toute circonstance, le rôle de l'éducateur consiste donc à aider efficacement l'enfant à découvrir en lui-même les moyens de se former lui-même, c'est-à-dire de devenir son propre éducateur. Car l'effort principal doit venir de l'intérieur de l'entant qui demain sera un homme réfléchi, sensible et décidé, un citoyen libre au service de la nation et de la grande famille humaine.

Mais, pensera-t-on, n'y a-t-il pas un obstacle majeur à laisser la liberté à l'enfant ? Liberté, il est vrai, ne signifie pas anarchie, les futurs citoyens doivent apprendre les élémentaires devoirs civiques : les enfants doivent se rendre compte qu'être libre ce n'est pas faire toute chose à sa guise. La liberté a pour impératif le respect de la vie, le respect d'autrui. Cette notion de respect doit d'ailleurs apparaître clairement à l'enfant dès le début. Elle conditionne toute l'éducation : l'éducateur doit savoir inspirer naturellement une certaine forme du respect, qui est semblable à la dévotion simple du frère pour son aîné. Il appartient à l'éducateur d'observer et de faire observer une certaine discipline qui impose un rythme salutaire au travail commun. La liberté se mérite ; l'idéal est évidemment l'absence de toute discipline extérieure, lorsque chacun a adopté une discipline intérieure conforme au bien de tous ; mais ceci suppose une maturité que l'enfant n'acquiert que petit à petit. Il y a un risque grave d'aller à l'encontre du but de l'éducation en supprimant toute discipline : l'émancipation non contrôlée produit des monstres d'égoïsme et d'orgueil. L'éducateur a donc le devoir de protéger l'enfant et l'entourage contre ses inconséquences ou ses impulsions dangereuses, et non de le maîtriser. Mais cette discipline, qui peut même devenir sévère, doit toujours être juste — l'enfant a un sens inné de l'a justice et accepte la punition qui lui paraît juste — et n'enlève aucunement la liberté de penser, de s'exprimer et d'agir, dans la mesure où l'enfant n'en abuse pas.

Par tout ce qui précède, on mesure l'importance des difficultés auxquelles doit faire face l'éducateur ainsi que les lourdes responsabilités qui lui incombent. La
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tâche est considérable et demanderait la coopération d'un grand nombre de personnes qualifiées, agissant de concert, c'est-à-dire conscientes de participer à une œuvre commune et harmonieuse.

Pour ces raisons on ne peut guère espérer une réforme profonde et véritable des systèmes officiels d'éducation avant de nombreuses années. Pourtant, devrons-nous attendre l'avènement d'une génération d'éducateurs parfaits pour aider nos enfants à devenir des Hommes ? En aucune façon, et c'est aux parents eux-mêmes de se mettre au travail pour remplir leur rôle de premiers éducateurs.

La vie de l'enfant commence dans le foyer familial : il doit y trouver non seulement la protection et la nourriture physiques, mais aussi la lumière et l'exemple. Si les conseils et l'instruction que l'enfant reçoit de ses parents, qui l'entourent d'affection, sont de nature à l'éveiller et à le marquer profondément pour le reste de sa vie, l'exemple d'humanité qu'il trouve en eux a une importance primordiale dont les parents devraient être conscients à tous moments et tout au long de leur vie. L'étude de la Théosophie, la découverte sans cesse renouvelée des vérités qu'elle contient et leur mise en pratique journalière doivent être pour les parents une source toujours vive d'inspiration dans leur tâche d'éducateurs.

Dans l'état actuel des choses, l'école fournit à l'éducation un appoint considérable mais insuffisant ; aussi les parents devraient-ils établir dès le début un contact personnel avec les maîtres et coopérer avec eux dans toute la mesure du possible. Comment ? En s'éclairant mutuellement sur les aptitudes, les goûts, les difficultés, les traits particuliers de l'enfant. Puis en s'informant auprès de l'enfant de la marche de son travail et en essayant de compléter l'œuvre du maître dans tout ce qui est en dehors de ses compétences propres, dans les divers domaines qui ont été évoqués précédemment.

Le père et la mère, qui ont chacun une contribution particulière à apporter à l'œuvre d'éducation, ont la charge de donner à l'âme qu'ils ont accueillie le
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moyen de s'éveiller une fois de plus à la vie de ce monde. Qui sait d'où vient cette âme et quel immense bagage de connaissance et d'expérience elle peut posséder ? Les parents sont les aînés d'un jour, demain peut-être l'enfant leur révèlera-t-il sa véritable nature et sa grandeur. C'est là une leçon d'humilité. De responsabilité aussi : aucun effort n'est superflu pour remplir ce premier devoir sacré des parents : l'éducation.

On peut résumer les idées pratiques qui sont à la base de l'éducation par les quelques points suivants :

  • Le moteur de l'éducation est l'enthousiasme et sa condition est l'attention, l'intérêt soutenu. Les parents peuvent faire beaucoup pour nourrir l'enthousiasme et le soutenir dans les domaines où il fait défaut, pour éviter le dégoût systématique de l'enfant pour telle ou telle discipline et faciliter ainsi son développement harmonieux. Ils doivent prendre l'initiative de faire connaître et aimer ce que l'enfant ne peut apprendre à l'école, en favorisant la découverte de ces lacunes et la recherche personnelle en vue de les combler.
  • Le deuxième point est donc la recherche et l'effort personnels.
  • Le troisième point est l'assimilation. Les parents et les maîtres ne doivent pas se soucier seulement du classement de l'enfant par les notes qu'il obtient à l'école. Ils devraient veiller à ce que les leçons soient assimilées et que l'essence des connaissances puisse être dégagée par un effort de synthèse : on peut ainsi encourager l'enfant à réfléchir, chaque semaine par exemple, à ce qu'il a appris dans chaque domaine, à donner une forme concrète à toutes ses observations, par des dessins, des œuvres manuelles, des tableaux, des exposés oraux ou un simple résumé.

C'est alors la phase de création qui fait appel non seulement aux connaissances assimilées, mais aussi à l'imagination, l'ingéniosité, la volonté et la persévérance.

Enfin pour clore ce cycle, il ne faut pas oublier la
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phase de la moisson ; il faut faire sentir à l'enfant comment ses efforts, même les plus minimes, contribuent à son progrès. Cette constatation doit nourrir sa confiance en lui-même et son enthousiasme à poursuivre le travail en donnant encore plus de lui-même.

Tous ces points sont connus de bien des éducateurs modernes, mais il peut être bon de les rappeler ici. Ils sont à la base de l'évolution humaine telle que l'a décrite H.P. Blavatsky dans la Troisième Proposition Fondamentale de la Doctrine Secrète.

Il faut enfin parler d'un autre aspect de l'éducation : celui de l'éducation de l'âme elle-même.

Lorsque l'homme a épanoui ses facultés et est devenu un être indépendant et conscient de ses devoirs envers la société, il tient en main les clefs de son destin : il peut continuer seul sa route. Il lui reste encore à découvrir l'essence la plus intime de son être et à apprendre à la rayonner au-dehors. Si l'éducation a humanisé l'animal en lui-même, il lui reste encore à éduquer son âme, à humaniser le divin — qui est l'autre pôle de son être — c'est-à-dire à donner à l'Esprit Universel un véhicule humain qui puisse le refléter sur cette terre.

La culture de l'âme est le véritable Raja Yoga : c'est la recherche de l'union consciente entre l'âme incarnée et l'Esprit dont elle tient sa vie et sa lumière. Ces grandes idées sont contenues, sous diverses formes, dans différentes traditions religieuses ou philosophiques, et on les trouve dans des textes tels que la Bhagavad-Gîtâ, les Évangiles, La Voix du Silence, les œuvres de Patanjali, etc...

L'éducation de l'enfant doit l'amener à sentir l'unité du monde, à s'intégrer à sa vie, à collaborer délibérément au « maintien de la rotation de la Roue » de l'Univers. Par son caractère synthétique, elle doit en faire un individu harmonieux et équilibré, un être prêt à entrer, lorsque l'heure sonnera pour lui, sur le chemin de la Haute Discipline de l'Âme qui mène jusqu'aux Maîtres de la Vie Spirituelle — les Divins Éducateurs — qui veillent sur les progrès de la Grande Orpheline — l'HUMANITÉ.

Références :

  • La Clef de la Théosophie. — H.-P. BLAVATSKY : « La Théosophie et l'Éducation », pp. 247-255.
  • The Theosophical Movement. — Vol. 24, p. 169; 11, p. 122.
  • Vernal Blooms. — W.-Q. JUDGE : « What we need  : Theosophical Education », p. 53.
  • Theosophy . Vol. 43, p. 241.
  • Manuels de l'École de Théosophie :
    Teacher's Manual and Guide. The Eternal Verities, Becausc for the Children who ask why.

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