aller au contenu|aller au menu principal|politique d'accessibilité

  • style par défaut de la page
  • visualiser cette page en noir sur blanc
  • visualiser cette page en blanc sur noir
  • Livres, Articles
  • B.P. Wadia
  • Vœu Silence

imprimer cette pageenvoyer le lien vers cette page

Le pouvoir vivant de la Théosophie, le vœu de silence

Sommaire :

[ PAGE_1 ]

Le pouvoir vivant de la Théosophie (↑ sommaire)

[Traduction de l'article « The Living Power of Theosophy » publié dans la revue
The Theosophical Movement, Vol. 2, p. 42-3 et Vol. 30, p. 35-6.]

Une des difficultés auxquelles se heurtent les étudiants de la Théosophie est le point de vue pratique et par conséquent unilatéral ou déformé qu'ils adoptent de la Religion-Sagesse : pour certains, la Théosophie prend la place d'une croyance dépassée ; pour d'autres, elle offre un meilleur champ de spéculation philosophique ; pour une troisième catégorie, elle est l'étude intéressante d'une nouvelle science qui instruit là où la connaissance moderne s'arrête ; pour d'autres encore, elle offre, par les associations nombreuses et diverses qui existent en son nom et pour sa cause, des voies d'accès à quelque expression altruiste. Seuls quelques individus semblent reconnaître le caractère synthétique de la Théosophie, c'est-à-dire qu'elle est tout à la fois la religion de l'Esprit, libre et immortel, la philosophie du Cœur, que nous devons mettre universellement en pratique à tout instant, la science de la Vie, qui nous instruit des méthodes auto-déterminées mettant en jeu des énergies qui ne meurent jamais et tendent vers la Soi-Conscience universelle, et, finalement, l'instructeur qui enseigne l'Altruisme supérieur qui demande une réforme individuelle et une croissance de chacun, procédant de l'intérieur, et entraînant la croissance de tous.

[ PAGE_2 ]

Il est curieux que la science du Soi, pour beaucoup de gens, puisse s'appliquer à toute sorte de chose excepté au Soi, et que l'opération de ses lois soit perçue dans tous les autres êtres, excepté en soi-même. Chacun vit par quelque pouvoir présent au-dedans de lui-même, et dont l'influence est si éclipsée, et même oblitérée, qu'il demeure sans pouvoir être reconnu. Ceci a lieu parce que, dans le domaine des actions, la volonté des autres guide nos organes d'action ; pareillement, sur le plan des sentiments, notre cœur est stimulé par les émotions des autres ; de même, sur le plan de la pensée, nous pensons par procuration alors que souvent notre tête n'est remplie que des pensées d'autrui.

L'étudiant devrait reconnaître, dans toutes leurs implications, deux principes fondamentaux : à savoir, que la Théosophie est une grande synthèse de la Religion, de la Philosophie et de la Science, et que, en tant que synthèse, elle vise, touche et affecte, essentiellement, les Forces causales du Soi, produisant comme effets des myriades de formes. Dès lors, sa tâche deviendra moins difficile.

Une telle reconnaissance le conduira inévitablement à étudier chaque vérité théosophique de trois points de vue — esprit, mental, matière — et à appliquer également chaque vérité dans les trois sphères distinctes du cœur, de la tête et des mains. Une telle étude et une telle pratique convaincront très vite l'étudiant que cette synthèse a sa racine dans son propre Être spirituel et qu'elle en émane, mais qu'elle affecte, par ses actions humaines, les actes des autres, par ses attirances et ses répulsions, les plaisirs et les peines des autres, par ses pensées, le mental des autres, tandis qu'il est lui-même, à son tour, ainsi affecté par les autres. Si l'étude de la Théosophie la fait apparaître comme une synthèse de la religion, de la philosophie et de la science, en appliquant ses enseignements et ses doctrines, nous ne tardons pas à pres-
[ PAGE_3 ]
sentir en outre un quatrième facteur — une sorte de sur-âme — l'Altruisme supérieur.

L'Altruisme dont les trois aspects sont la religion que nous devons vivre, en fonction de la philosophie que nous devons apprendre et de la science que nous devons mettre en pratique. Mettre en pratique, apprendre et vivre pour et comme le TOUT, c'est manifester le Pouvoir vivant de la Théosophie.

Ce pouvoir vivant de la Théosophie gît latent, profondément enfoui dans le cœur de chaque homme. Par conséquent, celui qui n'est pas un théosophe est un théosophe à l'état embryonnaire. Il devrait être clair pour un étudiant intelligent que sa tâche, quelque difficile qu'elle soit, n'est pas complexe. La Théosophie préconise la vie simple en soulignant avec insistance, de mille façons, que le pouvoir par lequel nous vivons est de nature simple, tant dans son origine que dans ses opérations. Les hommes se sont écartés de cette simplicité et se sont accablés de mille complexes en recherchant la connaissance en dehors du Soi et la divinité ailleurs que dans le Soi. Ainsi engagés sur le plan incliné de la régression, nous voyons de la division là où existe une solidarité — division entre science et religion, entre inanimé et animé, entre profane et sacré. Au lieu de proclamer « l'immanence de Dieu et la solidarité de l'homme », on proclame Dieu au ciel et les hommes, enfants de poussière et vers sur la terre.

Cette erreur, et sa correction que la Théosophie apporte, chaque étudiant doit en prendre connaissance et en trouver les applications à lui-même, dans sa propre vie. S'il ne le fait pas, la Théosophie restera une religion, une philosophie, une science, un type de charité, une méthode philanthropique par opposition à d'autres religions, philosophies, sciences, types et méthodes d'efforts altruistes.

H. P. Blavatsky s'est plainte ouvertement, en plus
[ PAGE_4 ]
d'un endroit, de l'absence de solidarité dans les rangs des théosophes, alors que ceux-ci étaient capables de prêcher des vérités religieuses et d'apporter au monde scientifique, de façon instructive, des informations merveilleuses. La religion de l'Esprit Universel ne parvient pas à inspirer la plupart d'entre nous lorsque notre sensibilité se trouve heurtée par un compagnon théosophe, ni à nous donner le courage de nous tenir à ses côtés lorsqu'il est injustement attaqué. Notre philosophie du Soi un et indivisible s'évapore en théorie impraticable lorsqu'il nous faut déclarer que le lépreux moral, le prostitué intellectuel et l'ivrogne psychique sont nos frères. Ceci continuera aussi longtemps que nous n'appliquerons pas la Synthèse de la Théosophie pour purifier notre nature inférieure et créer une perception supérieure de l'altruisme.

Le Pouvoir Vivant de la Théosophie doit devenir le pouvoir par lequel nous vivons. Puisque nous avons un instrument matériel et un mental qui fournit de l'énergie, et que nous sommes spirituels en essence, nous devons vivre comme des êtres spirituels notre Religion d'Immortalité Joyeuse qui anime et illumine le mental. Avec l'aide de la philosophie de la Théosophie, nous devons faire en sorte que le mental stimule notre demeure de chair de façon à ce que celle-ci ne soit plus un palais du plaisir, mais un Temple du Dieu Vivant, le Régent qui gouverne de l'intérieur.

[ PAGE_5 ]

Défendre la Théosophie (↑ sommaire)

[Traduction de l'article « Defence of Theosophy » publié dans la revue
The Theosophical Movement, Vol. 2, p. 50-51 et Vol. 30, p. 73-6.]

L'une des raisons qui amenèrent l'éclatement des forces rassemblées par H. P. Blavatsky dans sa politique d'organisation théosophique fut le manque de soutien de la part de ceux qui l'entouraient pour défendre le mouvement contre la critique d'un monde hostile. Un autre aspect du même défaut fut responsable de la désintégration qui suivit la mort de W. Q. Judge.

Le pouvoir de la foi qui est en nous peut vraiment être jaugé par la force avec laquelle nous la défendons contre toute attaque. Ce que notre foi signifie réellement pour nous se révèle par notre pouvoir de nous sacrifier en son nom. Marcher aux côtés de notre Déesse de la Foi quand elle est populaire, la suivre alors qu'elle est couronnée de gloire comme une héroïne acclamée, s'enorgueillir de son nom et de sa célébrité, n'est pas une preuve que nous sommes ses vrais fidèles. Lorsqu'elle est discréditée et méprisée, lorsque tout ce que les hommes lui jettent à la face n'est que dédain et mépris, lorsque, vêtue de haillons, elle marche inaperçue ou montrée du doigt — c'est à cette heure-là que le cœur subit sa véritable épreuve. Défendre à tout prix ce que nous tenons pour vrai et le défendre avec justice à l'égard de nos propres convictions
[ PAGE_6 ]
aussi bien qu'avec sympathie pour les croyances sincères des autres est une expérience que toute âme humaine doit traverser.

La faculté d'être fidèle à soi-même résulte d'un processus par lequel on montre sa fidélité à ce que l'on juge vrai, que ce soit par le pouvoir de la pensée et de la raison, ou par la force de l'instinct et du sentiment. Même par le vice du fanatisme, l'âme immortelle de l'homme acquiert la vertu de fidélité à la vérité. Le processus est lent et pénible, comme le sont tous les processus de la nature. Être fidèle avec agressivité à ce qui nous semble correct est le commencement d'une lente et épuisante ascension vers l'altitude sereine, indomptable et conquérante, où l'on se tient, inébranlable dans la défense de la vérité perçue, débarrassé de toute agressivité, inimitié ou haine, animé par un esprit d'aide à l'égard de ceux dont la critique hostile a appelé une telle défense, pénétré par la dévotion et stimulé par la connaissance.

H.P.B. fut un défenseur exemplaire de la Foi. Ce fut son habitude invariable de défendre la Théosophie, contre vents et marées, même au prix d'amitiés chères. Elle sacrifiait tout lorsque sa Déesse de la Foi était attaquée et jamais un seul instant elle n'hésitait. Non contente du splendide exemple donné, elle enseigna la nécessité d'une telle action comme un exercice spirituel ; et, lorsque ses étudiants et ses élèves se montraient de faibles défenseurs, son feu ardent et son zèle — en eux-mêmes une salutaire leçon — les poussaient à accomplir leur devoir.

Comme d'autres caractéristiques propres à la fois à l'être et à l'enseignement de H.P.B., cette attitude se rencontre dans la vie et l'œuvre de tous les véritables instructeurs de la Sagesse. On pourra la trouver dans les enseignements et les activités de W.Q. Judge. Damodar K. Mavalankar gagna sa grâce, entre autres choses, par une offrande similaire. Les leçons qui découlent de 
[ PAGE_7 ]
l'observation et de l'étude de cette caractéristique sont précieuses pour l'aspirant d'aujourd'hui.

Le nouvel enthousiaste en Théosophie passe par l'octave du fanatisme, depuis les propos malveillants et agressifs jusqu'au mépris muet d'une personne « supérieure ». Tout comme l'embryon repasse au cours de sa courte période de vie prénatale par toutes les phases de sa longue évolution passée qui couvre des millions d'années, l'embryon théosophe parcourt à nouveau toute la gamme de ses propres expériences psychologiques, lorsque, dans cette incarnation, il reprend le fil de son propre développement intérieur et du service extérieur des autres âmes.

L'une de ces expériences a trait à la défense de sa propre foi : celle-ci peut être une simple croyance, ou la perception directe de la connaissance acquise, qui s'accompagne de sa propre conviction naturelle. Peu d'entre nous peuvent s'empêcher d'être des fanatiques théosophiques, pour la simple raison que nous avons été dans le passé des non-théosophes, et, à ce moment-là, des fanatiques non-théosophiques. La durée d'un tel fanatisme dépend de la force non encore épuisée de ce fanatisme prénatal, et de nos propres efforts, ici et maintenant, pour incarner en nous-mêmes le pouvoir vivant de la Théosophie. Ce second facteur suppose la pratique importante de l'autocorrection.

Quel est le meilleur moyen de se prémunir contre les attaques dirigées sur la Théosophie, ses Maîtres et ses étudiants, son mouvement et son activité ? Les attaques sont le résultat de l'ignorance ; quand elles n'ont pas leur source directement dans un misérable préjugé, elles sont suscitées par la crainte et la haine de gens dont la Théosophie menace ou dénonce les intérêts personnels. Comme tous les intérêts personnels prospèrent grâce à l'ignorance d'hommes et de femmes bien-intentionnés, nous sommes en vérité face à face avec un seul ennemi puissant — l'Ignorance,
[ PAGE_8 ]
un ennemi contre lequel nous devons avoir une arme de défense.

Il y a deux principales méthodes auxquelles nous pouvons avoir recours ; H.P.B., W.Q. Judge et d'autres véritables compagnons de la Sagesse les utilisèrent toutes les deux. La première est une contre-attaque pour faire face à l'offensive et aux attaquants qui la mènent : elle consiste à relever les failles dans leurs méthodes et leurs mouvements et à montrer à leurs admirateurs combien leurs procédés sont erronés et trompeurs ; en même temps, et par là même, à faire ressortir dans leurs arguments ce qu'il y a de vrai et d'authentique (et qui tient leurs admirateurs si fermement attachés), en montrant combien ce qui est vrai est pris de travers et ce qui est authentique utilisé à contresens. Cette façon de faire exige toutefois une profonde connaissance de ces méthodes et de ces mouvements, ainsi que la capacité d'utiliser avec adresse les armes de l'attaque. Une offensive demande une plus grande préparation, car elle exige de prévoir des dispositions d'autodéfense en cas de défaite et aussi les plans pour établir l'ordre et un bon gouvernement dans le pays ennemi lorsque la victoire a été gagnée. La seconde méthode consiste à ne pas dénoncer les fantaisies, les inconséquences, les inventions fallacieuses et les mensonges de celui qui attaque la Théosophie, mais plutôt à faire découvrir l'utilité, la cohérence, la beauté et la vérité de la philosophie et de la position qui sont les nôtres. Un tel tableau rayonnera sa propre influence bénéfique et produira son effet magique sur les foules qui sont victimes de l'ignorance et des intérêts personnels.

Siècle après siècle, les Maîtres de Sagesse combattent l'ignorance, par une démarche unique où se fondent ces deux méthodes en harmonie totale.

Dans nos premières luttes sur le plan de la Théo-
[ PAGE_9 ]
sophie, nous souffrons souvent d'un enthousiasme déséquilibré et avons tendance à nous lancer sur les flots houleux de la première méthode. En copiant le noble exemple de H.P. B. dans nos attaques contre la science ou la théologie, le spiritisme ou la néo-Théosophie, nous oublions que nous ne possédons pas sa connaissance — non seulement la connaissance positive des faits, mais aussi l'approche de l'intérieur pour discerner ce qui est faux ou fallacieux, et pour quelles raisons. Aussi est-ce la voie de la sagesse que d'apprendre à utiliser d'abord la seconde des méthodes évoquées ci-dessus. Rien ne peut défendre la Théosophie aussi bien que la Théosophie elle-même. Laissons-la parler en son nom — à travers nous. Répandons la bonne nouvelle de la Théosophie et faisons découvrir à tous ceux que nous rencontrons la force, la beauté, la vérité universelle de la Théosophie. Par cette méthode, certains se débarrasseront sûrement de leur carapace d'ignorance et de préjugés. Lorsque, par des efforts répétés, notre propre connaissance aura grandi et notre capacité de discernement se sera épanouie, nous serons prêts à manier les armes de la première méthode.

Répandre le plus largement possible les enseignements de la Théosophie de façon à ce que le pouvoir de la Sagesse agisse comme son propre défenseur, voilà tout un art pratique.

Tout d'abord, il faut comprendre que la défense de la Théosophie et l'effort actif pour répandre son message vont de pair. À mesure que nous assimilons les enseignements, nous devrions rayonner le pouvoir de la Théosophie. Ceci réalisé, il reste encore à aider les autres à réajuster leur contenu mental. C'est un tort de supposer que c'est l'absence de connaissance qui amène les attitudes ou expressions anti-théosophiques ; souvent, c'est l'existence d'idées erronées, de pensées fausses, de raisonnements incorrects. Notre tâche serait comparativement aisée si nous avions affaire seulement à des bambins ignorants ; mais nous
[ PAGE_10 ]
devons travailler avec des êtres humains dont le mental est déjà animé par des notions non-théosophiques. Il est beaucoup plus difficile pour un tel mental de faire les réajustements nécessaires.

Rappelons-nous que la manifestation vigoureuse de sentiments anti-théosophiques fait suite à une accumulation silencieuse et passive de façons de voir non-théosophiques. Pour contrecarrer cette accumulation silencieuse, nous devons nécessairement travailler en silence à l'accumulation de sentiments inspirés par la Théosophie. Les gens qui adhèrent à de fausses croyances ne doivent pas être abordés en essayant de leur faire adopter des principes théosophiques — ainsi se méprennent bon nombre de nos jeunes enthousiastes. La connaissance doit chasser la croyance, et la conviction éclairée faire crouler la foi inintelligente. Pour obtenir la connaissance et posséder une telle conviction, il faut nécessairement passer par l'étude, la réflexion et l'écoute de la doctrine répétée, non seulement pour notre propre avancement personnel, mais aussi comme une discipline instituée pour aider les étudiants moins « avancés » que nous à réajuster leurs conceptions mentales. L'acquisition de la connaissance par une étude persévérante ne devrait pas être entreprise dans un but égoïste mais comme un devoir visant l'évolution de la race elle-même.

Après l'étude des doctrines vient aussitôt la tâche d'amener les autres à cette étude. Il faut user de discernement pour faire circuler les livres qui conviennent. D'excellents livres sont à la disposition de ceux qui se posent des questions, des débutants, aussi bien que des étudiants avancés. Ne tombons pas dans l'erreur d'être trop rigides dans le choix des livres que nous recommandons. C'est faire preuve de sagesse que de déterminer quel livre particulier aidera telle ou telle personne. Si nous pouvons découvrir ce qui a poussé chacun à s'approcher de la Théosophie, si nous pouvons percevoir ses inclinations mentales, évaluer sa
[ PAGE_11 ]
faculté de pensée et de réflexion et son tempérament, nous pourrons découvrir le livre qui l'attirera le plus. Il y a pour chacun une ligne de moindre résistance, aussi bien qu'une voie par laquelle un écho intérieur peut se faire entendre.

Par notre propre étude, individuellement ou au cours des réunions, de même qu'en vivant notre vie selon les enseignements, nous accomplissons le travail positif de préparer le nerf de la guerre. Par la seconde étape qui consiste à répandre correctement les vrais enseignements de la Théosophie, nous avons déjà porté la guerre dans le camp ennemi de l'ignorance ; chaque mental réajusté grâce aux livres signifie une perte pour cet ennemi. Il faut s'attendre à un assaut vigoureux dirigé contre nous, et notre succès dépendra ce jour-là de notre authenticité en tant qu'étudiants. Ceux qui feignent de croire, ceux qui apprennent par routine, ou ceux qui n'auront pas réussi à assimiler les enseignements, ou encore ceux qui auront joué un rôle appris par cœur, etc... déserteront le champ de bataille. Ceux qui auront appris en vue d'enseigner, qui auront obtenu et amassé de la connaissance dans le but de l'offrir, à titre de service avec amour et intelligence, ceux-là tiendront leur poste pour la plus grande gloire de l'Homme.

[ PAGE_12 ]

Le vœu de silence (↑ sommaire)

(Traduction de l'article « The Vow of Silence »
  publié dans la revue The Theosophical Movement, Vol.2, p.60-1 et Vol.30, p.113-5.)

L'un des grands maux — si ce n'est le plus grand — dont est corrompue notre société moderne, est celui du commérage. Paroles injurieuses, ou menus propos animés par un esprit de compétition, non seulement ruinent la réputation des autres mais corrompent aussi notre propre caractère. Nous ne nous en rendons pas compte. La conversation oiseuse est devenue un art et est cultivée comme telle ; l'infamie du commérage a été élevée au rang d'amusement social. On oublie sa nature infâme, ses effets désastreux ne parviennent pas à faire sentir leurs leçons et elle est devenue pour l'homme et la femme d'aujourd'hui une nécessité vitale. Les distractions sociales dans les salons cultivés, comme aussi dans les quartiers les plus sordides, tournent aux mêmes propos et au commérage mesquin.

Apprendre la valeur du silence est la première exigence de la vie spirituelle. La conservation de l'énergie spirituelle demande que s'arrête toute dispersion des forces de l'âme. Rares sont les voies par où l'on gaspille autant la divinité de l'homme que par le son et la parole. Les déchets et les rebuts de notre nature kâmique trouvent souvent un exutoire dans des paroles
[ PAGE_13 ]
inutiles ou injurieuses. Il y a un rapport étroit entre ce qui entre par la bouche, en tant que nourriture, et ce qui en sort, en tant que paroles — et ceci n'est pas une simple analogie métaphorique. L'ingestion des aliments s'accompagne de leur assimilation et de l'élimination des déchets ; la santé du corps s'améliore, ou pâtit, avec chaque morceau que nous absorbons. L'un des moyens importants de déterminer l'état du corps est d'examiner le processus de la digestion et les produits qu'elle élimine. Notre nature psychique a ses propres voies d'assimilation et d'élimination, ses façons propres de se maintenir en bonne ou en mauvaise santé. L'un des modes d'élimination est en rapport avec le pouvoir de la parole.

Dans le développement spirituel, apprendre et écouter vont de pair ; enseigner et parler viennent ensuite. Dans l'Inde ancienne, au moment où celui qui cherchait la paix de la sagesse décidait de suivre les pas du guru , il gagnait le nom de Shravaka, auditeur. Dans la Grèce antique, on l'appelait Akoustikos. On ne lui permettait même pas de poser des questions ; on lui confiait des bija-sutra, des pensées-semences, pour les méditer et les comprendre au mieux de ses possibilités. Ces pensées servaient de nourriture purificatrice ; assimilées convenablement, elles nettoyaient sa nature kâmique : non seulement elles éliminaient les poisons accumulés du passé, mais elles révélaient à l'élève le processus alchimique correct de transmutation, dans sa constitution propre, de la passion en compassion, de la convoitise en amour et de l'antipathie en sympathie. Une fois engagé dans cette voie, il était prêt à devenir un pratiquant, un acteur positif, un Shramana, l'Asketos des Grecs.

Notre étudiant théosophe d'aujourd'hui n'a pas reconnu entièrement la signification occulte du silence. Un vœu de silence n'implique pas de devenir muet et de ne pas parler du tout. Il comprend les obligations suivantes : l) s'imposer un silence périodique ; 2.) ne
[ PAGE_14 ]
jamais se laisser aller à des paroles blessantes et mensongères ; 3.) ne pas se livrer à d'inutiles discours ; 4.) ne pas poser de questions sur la philosophie ou la pratique tant qu'on n'a pas examiné en profondeur tout ce qui a été enseigné, ou qui est à portée de la main, du point de vue des questions particulières envisagées ; 5). ne pas tomber dans le parler ahankarique, c'est-à-dire ne pas tenir de propos sur le Soi ou Ego Divin avec les termes de la nature kâmique, ou inférieure ; 6.) ne pas s'abandonner à des diatribes injurieuses contre la nature inférieure, ses propres défauts et faiblesses, de peur de leur prêter, en en parlant, la force qui résulte du pouvoir de la parole ; 7.) ne pas parler même de ce qui est vrai si ce n'est aux moments opportuns, aux personnes voulues, dans les circonstances appropriées.

Pendant que l'on pratique ce septuple exercice, il faut en garder le secret. Faire allusion à l'exercice que nous avons entrepris et que nous pratiquons, c'est le fausser complètement et le rendre pire qu'inutile. Une telle attitude engendre la suffisance et la renforce là où elle existe déjà. Secret et silence sont nécessaires et une contemplation sur leur rapport devrait précéder l'exercice septuple.

On désire généralement « se livrer à la méditation et pratiquer le yoga », mais cette discipline préliminaire paraît ennuyeuse et on met en doute sa nécessité. Sans nul doute, il est difficile, presque impossible, pour nous, aujourd'hui, de réaliser ce contrôle de la parole ; mais si nous ne pouvons le faire pleinement, et totalement, nous pouvons et devrions le faire au moins en partie.

Un langage délibéré en sera le premier fruit. Il ne sera pas enraciné dans la passion-kâma mais dans la compassion-buddhi. Il y a deux types de critique : l'une consiste à chercher les défauts ; l'autre à apercevoir la vertu dans des expressions méritoires aussi 
[ PAGE_15 ]
bien que derrière le vice, le démérite et la faiblesse. Ce qu'il y a de trompeur dans le jeu de hasard, c'est aussi Shri Krishna : pour percevoir cela, il faut le pouvoir qui vient du second type de critique. Le premier est la critique à l'aide du langage de kâma.le second à l'aide de celui de la compréhension ; le premier est situé sur le plan des mots, le second sur le plan des idées ; le premier tient du savoir de tête, le second de la sagesse de l'âme ; le premier loue ou condamne la nature inférieure, le second lui apporte la force de la nature supérieure, provoquant ainsi un réajustement ; le premier a derrière lui l'esprit supérieur d'enseignement, le second, l'esprit sublime d'ouverture à la vérité pour apprendre et répandre ce qui a été appris.

Comme le monde serait différent si le pouvoir de cette pratique passait, un tant soit peu, dans les actes de notre civilisation ! Journalistes et critiques ne chercheraient pas alors les points à condamner, mais ce qu'il y a de beau, de bon et de valable dans les livres qu'ils analysent pour leurs lecteurs. Dans toutes les affaires de pensée, de sentiment, d'action, que nous considérons, notre tendance est de chercher à voir comment nos pensées sont répétées, nos sentiments reproduits et nos actions imitées. Nous nous considérons comme le modèle de référence pour tout examen ; comme le canon servant à déterminer ce qui est vrai et ce qui est faux. Une telle attitude n'est pas exprimée de façon criarde, mais se voile dans une forme subtile d'humilité, qui est de la fausse modestie.

Il y en a cent qui se jettent dans les eaux de l'océan pour le plaisir et le profit, pour un seul qui plonge à la recherche de la perle de grand prix. Ce dernier se livre à sa tâche dans le secret du silence, et son art dans l'océan est très différent de celui du nageur ordinaire. Ceux qui sont en quête de la perle de la sagesse doivent acquérir la force des muscles, la maîtrise du souffle et la finesse de la nage nécessaires contre les vagues démontées de cet océan du
[ PAGE_16 ]
samsâra. Tout cela est tenu caché en sûreté dans le Pouvoir du Silence. Ce pouvoir doit être invoqué, non par un serment fait à quelque autre individu, mais par un vœu chanté silencieusement et enregistré silencieusement dans le sanctuaire du Cœur. Ainsi, le sentier commence dans le silence et le secret, et finit dans l'écoute et le chant du Son insonore.

haut de page

© 2009 - 2017 theosophie.fr - mentions légales - webmaster - Valid XHTML 1.0 Strict Valid CSS