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Pouvoirs, la confiance en soi, la foi, le disciple

Sommaire :

  1. La Confiance en Soi
  2. Le pouvoir de la Foi
  3. La soif du pouvoir
  4. Le disciple
 

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La Confiance en Soi (↑ sommaire)

[Traduit du Theosophical Movement, Vol. 28, p.87 de Janvier 1958]

Il y a un moment dans l'éducation de tout homme où il arrive à la conviction que l'envie est ignorance, l'imitation suicide ; qu'il doit se prendre en main, pour le meilleur et pour le pire, et accepter son lot de cette façon. Il découvre que, bien que l'univers soit plein de bon, aucun grain de nourriture ne peut venir jusqu'à sa bouche à moins qu'il donne tout son effort au lopin de terre qu'il appartient à lui seul de labourer. Le pouvoir qui réside en lui est un élément nouveau dans sa nature, et nul autre que lui ne peut savoir ce qu'il est « capable d'en faire; et lui-même ne le saura pas tant qu'il n'aura pas essayé.

Il nous faut affronter et blâmer la médiocrité tranquille et paresseuse et le sordide contentement des temps, et jeter à la face des coutumes, du commerce et du monde des bureaux ce fait — qui est l'enseignement final de toute l'histoire — qu'il y a un grand Penseur et Acteur responsable, à l'œuvre partout où un homme travaille, et qu'un homme véritable n'appartient à aucun autre lieu ni à aucune époque, mais qu'il est le centre des choses.

« Il est aisé de se rendre compte qu'une plus grande confiance en soi — un respect nouveau pour la divinité qui est en l'homme — doit provoquer une révolution dans tous les bureaux et les relations entre les hommes, dans leur religion, leur éducation, leurs préoccupations, leurs modes de vie, leur association, leur propriété, leurs vues spéculatives. »
EMERSON.

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Tout débutant dans l'étude de la Théosophie sait que dans le monde mental aussi bien que dans le spirituel chaque homme doit progresser par ses propres efforts et que l'évolution humaine se fait par des voies et des moyens qu'il doit déterminer et mettre en œuvre lui-même. Et dans quel but ? Dans le but de devenir le plus saint des archanges — un Dhyani Buddha. Pour atteindre à cette grande réalisation, on ne peut s'attendre à recevoir aucun don spécial : ce n'est que par l'effort et le mérite personnels que le prix peut être gagné.

D'après de nombreux points de l'enseignement de H.P. Blavatsky, il semble clair que le véritable combat du cycle à venir devra se livrer par les âmes individuelles pour obtenir leur indépendance psychique et morale. Sans aucun doute, l'ère présente est une période de désintégration de l'autorité
— de toute sorte d'autorité. Les circonstances de notre temps laissent prévoir que toutes les sources extérieures de sécurité et d'autorité vont graduellement disparaître à la vue jusqu'à ce que les êtres humains se trouvent obligés de penser par eux-mêmes, de décider par eux-mêmes. Dans le dernier numéro du premier volume de sa revue The Path, W.Q. Judge écrit :

« ... C'est notre croyance implicite que, dans cette partie du cycle, l'autorité dernière est l'homme lui-même. Jadis les Védas révélés et, plus tard, les enseignements du Grand Bouddha, formaient en quelque sorte le canon de l'autorité: dans leurs enseignements indiscutés et dans les pratiques qu'ils prescrivaient, se trouvaient indiquées les étapes nécessaires qui jalonaient l'élévation de l'Homme jusqu'au point où il se tient debout tout seul. Mais la grande horloge de l'Univers marque une nouvelle heure et maintenant l'Homme doit saisir la clef dans ses mains et lui-même — considéré comme un tout — doit ouvrir la porte... »

II faut que les étudiants-aspirants de la présente génération comprennent ce qu'implique la confiance en soi qu'ont prêchée H.P. Blavatsky. et W.Q. Judge. On entend tellement dire que l'on doit avoir confiance en soi que l'on risque de ne pas accorder à cette injonction l'attention suffisante, et d'oublier le fait qu'en occultisme les choses ordinaires et les avis les plus familiers prennent
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une signification nouvelle. La confiance en soi, dans son sens le plus profond, implique que rien de ce qui est extérieur, que ce soit dans les mondes visibles ou invisibles, ne peut jamais constituer l'arbitre final de la Vérité. C'est le devoir fondamental de tout être humain de se tenir debout sur ses propres jambes ; car, comme le dit Kipling, « la course est courue un par un et jamais deux par deux ». Nous croissons toujours de l'intérieur; aussi l'objectif ultime de tout véritable enseignement est-il de rejeter le disciple sur lui-même. « Ne désire que ce qui est en-dedans de toi » conseille la Lumière sur le Sentier, « car en toi est la lumière du monde, la seule lumière qui puisse être répandue sur le Sentier. Si tu es incapable de la percevoir en toi, il est inutile de la chercher ailleurs » (p. 10-11). Plus loin, dans le commentaire (p. 40) on lit encore :

« Il existe une loi de la nature qui exige qu'un homme lise ces mystères par lui-même. Il ne peut les obtenir par aucune autre méthode. Un homme qui veut vivre doit manger lui-même sa nourriture : c'est là une simple loi de la nature qui s'applique aussi à la vie supérieure. Un homme qui veut y vivre et y agir ne peut être nourri comme un enfant à la cuiller ; il doit manger par lui-même. »

Depuis de longs siècles les hommes et les femmes n'envisagent qu'avec hésitation et méfiance de rejeter coutumes et traditions, de faire quoi que ce soit qui ne se conforme pas aux tabous sociaux, aux superstitions religieuses, aux fétiches scientifiques, aux idéologies politiques. « Quiconque désire être un homme doit être un non-conformiste » écrit Emerson dans son essai sur la confiance en soi (« Self-Reliance »). « Ce qui s'oppose à ce que vous vous conformiez aux usages qui sont devenus choses mortes pour vous c'est que vous dispersez ainsi votre force : ce conformisme vous fait perdre votre temps et trouble l'impression de votre caractère ». L'heure présente exige que le dogme et la croyance fassent place à la foi en la loi et la justice impartiale. Ceci implique obligatoirement un iconoclasme à l'égard des croyances illusoires qui, comme un étau d'acier, paralysent le mental de la race, victime de ceux qui se sont arrogé des droits sur lui. La pratique d'un cérémonial ou d'un rituel en vue d'apaiser des pouvoirs sub ou supra-humains a écarté plus que jamais l'humanité de son but.
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À tous ceux qui adhèrent à des systèmes religieux, philosophiques, scientifiques, sociaux ou politiques, qui enseignent à dépendre d'un pouvoir, d'une force ou loi quelconque en dehors de l'homme lui-même, la Théosophie dit : « Sortez des rangs et soyez séparés ». Emerson ajoute encore :

«  Ce que je dois faire c'est tout ce qui me concerne, et non ce que les gens pensent. Cette règle, qui est aussi difficile à appliquer dans l'existence que dans la vie intellectuelle, peut servir comme base de jugement pour distinguer entre la vraie grandeur et la médiocrité. Elle est d'autant plus difficile que vous trouverez toujours des gens qui pensent savoir mieux que vous quel est votre devoir. Il est facile dans le monde de vivre en suivant l'opinion du monde, il est aisé dans la solitude de vivre selon votre propre opinion; mais « l'homme vraiment grand est celui qui, au milieu de la foule, conserve l'indépendance de la solitude avec une parfaite égalité d'humeur. »

« À cause de votre non-conformité », ajoute Emerson, « le monde vous cingle du fouet de son mécontentement ». Aussi longtemps qu'un individu se satisfait en imitant le mode ordinaire de vie adopté par ses voisins, amis et proches, personne ne se soucie de lui, mais que l'on sache qu'il a pu démasquer la vaine comédie de la vie sociale, son hypocrisie, son égoïsme et d'autres vilains traits encore, et qu'il a résolu de « sortir des rangs » et de se « séparer », toute la légion de ses amis et connaissances qui ne voient pas la vie comme lui, et sont obstinément attachés à l' « ordre établi », se coalisent immédiatement contre lui et il se trouve haï par tous. En plus de cette épreuve, il est obligé de lutter contre ses propres tendances et facultés inférieures qui jusqu'à ce jour étaient accoutumées au mode de vie conventionnel et qui maintenant lèvent l'étendard de la rébellion. Le profond découragement dont est victime Arjuna lorsqu'il vient à observer dans les rangs ennemis ceux qui sont pour lui ses proches parents et ses amis intimes peut s'abattre aussi bien sur n'importe quel aspirant sincère qui prend la résolution de ne s'appuyer que sur lui-même, de suivre son propre Régent Intérieur et de ne s'en tenir qu'à la vérité comme sa seule lampe pour le guider, en ne cherchant le salut que dans la vérité. C'est alors que l'aspirant a besoin de Virya, l'énergie indomptable, pour
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faire face aux antagonistes qui se dressent, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de lui-même.

Confiance en soi ne signifie pas seulement liberté de toute dépendance des autres mais aussi libération des désirs de toutes .sortes qui tiennent l'homme en esclavage. Ce n'est que, lorsque nous nous libérons de la tutelle du soi personnel inférieur, qui est plein d'appétits et d'égotisme, et que nous suivons les directives de notre véritable nature immortelle que nous pouvons devenir réellement indépendants dans le sens spirituel.

Le mot « indépendance » est très mal compris de nos jours. La confiance en soi n'implique pas cette « indépendance » fanfaronne que revendiquent les hommes et les femmes, et la jeunesse, de notre civilisation moderne, qui ne savent pas reconnaître la véritable interdépendance qui lie toute chose en un seul grand tout. L'indépendance ne signifie pas non plus ignorance des pensées, opinions et théories des autres hommes. Toute entreprise humaine a sa valeur, mais seul l'homme qui dépend vraiment de lui-même peut apprécier cette valeur.

Posséder la véritable liberté ou confiance en soi, c'est s'être placé sous l'absolue dépendance de la Loi. Chercher à soumettre les autres à notre façon de voir les choses, ou craindre le point de vue des autres, ou être intolérant à leur égard, c'est n'avoir aucune confiance réelle dans la justice de l'univers et le triomphe perpétuel de la Vérité.

Nous n'avons pas à requérir une autorité dans notre poursuite de la Vérité. Il n'y a rien qui constitue l'autorité dans les enseignements spirituels, si ce n'est l'autorité que l'enseignement porte en lui-même. Notre moyen de tester ces enseignements c'est l'utilisation de l'intuition. Au cœur de la conscience de chaque être humain sont imprimées certaines intuitions divines ou idées inhérentes, « C'est absolument comme si nous avions en nous tout un ensemble de fils dont les vibrations seraient toutes vraies, mais qui ne pourraient se mettre à vibrer que sous l'action des mots et des propositions qui sont vrais en soi », dit W.Q. Judge. Et nous savons que, pour développer l'intuition, l'effort dénué d'égoïsme est absolument nécessaire. En lui rapportant constamment dans notre mental toutes les propositions, cette intuition aura sa chance de se développer.

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En nous, existe une source de force qui reste sans cesse jaillissante si nous prenons la peine de nous tourner vers elle. Le manque de confiance en soi est la cause de la plupart de nos échecs. La détermination de se prendre en mains est la racine de toute véritable croissance dans l'individu. Il y a dans la vie de tous les hommes des moments cruciaux où l'être est complètement isolé : il n'y a plus aucun soutien, plus aucune aide extérieure — et, à moins d'avoir le pouvoir d'affronter seul ses épreuves, il est sûr de tomber. Nous naissons seuls et seuls nous mourons. Quand finalement nous serons préparés à une plus grande naissance nous devrons seuls franchir ce pas. C'est ce que suggère encore la Lumière sur le Sentier (pages 72-73).

« Chaque homme doit accomplir ce grand saut par lui-même et sans aide, mais c'est pourtant un soutien de savoir que d'autres nous ont précédés sur cette route... Au premier stade où l'homme pénètre dans le silence, il perd de vue ses amis, ceux qui l'aiment, tous ceux qui lui sont proches et chers, comme aussi ses instructeurs et tous ceux qui l'ont précédé sur la voie. J'explique cela parce que très peu peuvent traverser cette épreuve sans se plaindre amèrement. Si le mental pouvait comprendre d'avance que le silence doit être complet, il y aurait moins de plaintes entravant le progrès sur le sentier. Votre maître ou votre prédécesseur peut tenir votre main dans la sienne, et vous entourer de toute la sympathie dont le cœur humain est capable. Mais lorsque viennent le silence et l'obscurité, vous le perdez complètement de vue ; vous êtes seul, et il ne peut plus vous aider, non parce qu'il a perdu son pouvoir, mais parce que vous avez invoqué votre grand ennemi. 

Par votre grand ennemi, je veux dire vous-même.

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Le pouvoir de la foi (↑ sommaire)

[Traduit du Theosophical Movement, Vol. 26, p.54 de Janvier 1956]

«  À la base même de ta nature,
         tu trouveras la foi, l'espoir et l'amour. »
La Lumière sur le sentier, p. 33

Notre civilisation est une civilisation privée de foi ; l'homme d'aujourd'hui est un sceptique ; il doute et il est la proie de l'ignorance et de la peur. Le manque de foi dans la bonté inhérente de la nature humaine l'a conduit à craindre et à haïr son semblable ; il a peur de faire confiance à quiconque. À cause de la défiance et de la méfiance qui règnent dans les nations entre une race et une autre, il n'y a de confiance, de sentiment de sécurité nulle part dans le monde. L'incertitude du présent et la peur de l'avenir sont les malédictions qui marquent l'âge atomique. Les pensées de « sûreté » et de « sécurité » tiennent le premier rang dans le mental de l'homme, il est constamment occupé à se protéger en contractant des assurances — contrôle risque des accidents, contre la calamité de la perte de ses biens, contre le spectre de la vieillesse et la mort. Le manque de foi lui fait appréhender les ennuis à venir, le manque de compréhension de la nature réelle de l'homme et le manque de confiance en ses potentialités divines le font suspecter ou redouter les êtres qui l'entourent. L'homme moderne compte beaucoup trop sur l'autorité, sur les données des sens, les théories et la froide raison ; son intellect a été surdéveloppé aux dépens de son intuition ; sa foi a été rendue inactive par l'activité de son mental inférieur. Il juge toute chose sur l'apparence ; pour lui le monde physique est le monde de la réalité ; il ne peut voir au-delà du monde tridimensionnel de la matière, ni
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pressentir une existence consciente en dehors de celle de la forme ; il agit en se fondant sur le fait qu'il n'existe qu'une seule vie.

C'est le manque de foi qui fait que la connaissance du divin échappe à l'homme moderne, il a fermé son mental et son cœur au monde de l'Esprit. Il a perdu la foi à cause de ses connaissances fausses, à cause de son égoïsme et de sa nature personnelle. Il est tout le temps centré sur son soi inférieur. Le doute et la crainte n'appartiennent qu'à la conscience personnelle. L'Âme ne connaît ni crainte ni doute, elle ne vieillit pas et n'a pas peur de la mort. Le doute et la peur ne peuvent être chassés que par la foi et l'amour. Si un homme se sent en paix avec les autres hommes, un avec tout ce qui vit et respire, il ne recherchera aucune sécurité extérieure.

Qu'est-ce alors que la foi véritable, ou Shraddha ? Comme l'indique la citation ci-dessus tirée de La Lumière sur le Sentier, la foi est la base même de la nature de l'homme, elle est inhérente en chaque être humain — c'est un pouvoir de l'Âme. La foi est le sentiment intuitif qui se traduit par « Cela est vrai », c'est la mémoire de la connaissance qui fut nôtre dans les incarnations précédentes. Qu'est ce qui fait qu'une personne s'attache immédiatement à la Théosophie ? Qu'est-ce qui lui fait sentir que les enseignements sont vrais, les tout premiers temps qu'elle en entend parler ? C'est sa foi, le sens intérieur de la vérité.

Un homme qui a la foi sait que l'univers est gouverné par la Loi, morale aussi bien que physique, qu'il y a une justice fondamentale dans le Cosmos. La Lumière de l'Asie dit :

«  Sans commencement et sans fin, éternel comme l'Espace, et sûr comme le refuge, il est un Pouvoir divin immuable qui se meut vers le bien, et seules ses lois durent à jamais. »

L'une des qualités requises d'un Chéla  est la suivante :

«  Une parfaite droiture et une foi inébranlable dans la loi de Karma, indépendante de l'intervention d'aucune force de la Nature, le cours de cette loi ne pouvant être arrêté par aucun agent, ni modifié par l'action de la prière ou de cérémonies exotériques propitiatoires ».
[Les Chélas et Chélas laïques — dans Râja Yoga ou Occultisme]

Si nous avons foi en la loi de Karma, nous n'avons plus de crainte. Avec la foi, le pouvoir de la volonté est renforcé ; nous acquérons un courage qui peut faire face à tout, tout braver, aller de l'avant et progresser malgré tous les obstacles, surmonter toutes les difficultés, dominer toutes les circonstances. La foi « est une qualité douée d'un pouvoir créateur des plus puissants », c'est une énergie ou une force qui pousse l'homme vers un meilleur mode de vie. Quand, d'autre part, nous perdons la foi, nous cessons de lutter, nous abandonnons le combat. Si nous avions foi en la loi de Karma — en cette connaissance que tout ce qu'un homme sème, il le récoltera — nous serions toujours de bonne humeur et satisfaits, nous ne pourrions jamais nous plaindre, il n'y aurait pas de place pour la commisération pour soi-même, et nous serions prêts à dire à tout moment, en toute circonstance: « C'est exactement ce qu'en fait j'ai désiré. »

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Si nous sommes un tant soit peu découragés et déprimés à cause de quelque événement désagréable, c'est que nous manquons de foi en la Loi. Quels que soient la dépression et le découragement que nous puissions ressentir à certains moments, la confiance en la Loi nous rend capables de surmonter la crise, certains que nous sommes que « même cela passera ». La confiance dans la Loi nous rend capables de dissiper les sombres influences qui ne peuvent pas atteindre le centre le plus profond du cœur — source de la foi véritable. Robert Crosbie, parlant des vicissitudes de la fortune, des conditions difficiles qui s'imposent à chacun de nous, et répondant à la question : « Comment résisterons-nous à la poussée des événements ? » dit : « ... nous devrions essayer d'acquérir le calme, la patience et la force d'âme et aussi avoir pleinement confiance dans le fait que le sens du courant est forcé de changer, même si c'est à la 59e minute de la 11e heure ».  Si le candidat a la foi, la patience et la confiance, en vérité il n'aura pas à attendre trop longtemps  .» (The Friendly Philosopher, p. 10.)

L'homme qui a la foi non seulement a confiance en la Bonne Loi, mais aussi il a une foi inébranlable en la Lumière intérieure, la Lumière de son propre Soi Supé_
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rieur et en ses potentialités divines. Il chante avec le poète lqbal :

«  Même si je ne suis qu'une poussière, le soleil radieux est à moi.
« Il y a dans mon sein des centaines d'aurores. »

Reconnaissant le Soi dans son propre cœur, il reconnaît la Divinité en chaque être humain; il regarde ses semblables comme des Âmes-sœurs, en percevant la Lumière qui brille par la fenêtre de leurs yeux. S'il a foi dans la bonté inhérente de l'homme, il ne peut rejeter aucun être de son cœur; il pardonnera toujours à ceux qui lui ont fait du tort, car le pardon est foi.

«  Aussi gravement que mon ami puisse me trahir, je peux être certain qu'un jour, quelque part, il rachètera le mal qu'il m'a fait et qu'il a fait à tous les êtres, aussi ancien soit-il. »

Si nous avons foi et confiance, nous réussirons dans notre recherche et nous atteindrons le but. La foi nous garde sur le droit chemin, nous empêchant de trébucher et de tomber. Vyasa, parlant de la foi, dit : « Elle soutient le Yogi comme une tendre mère », et W.Q. Judge nous donne le conseil suivant : « Étendez-vous sur l'océan de la vie, il vous soutiendra ».

Ce n'est que si nous avons confiance que nous pouvons montrer du courage et de l'ardeur dans l'accomplissement de notre devoir. L'être qui possède la véritable sorte de foi s'acquitte de ses devoirs dans un esprit de dévotion et de sacrifice en manifestant un respect à la fois intérieur et extérieur pour tout ce qui est vivant.

Si nous ne sommes pas certains, si nous n'avons pas foi en ce que nous entreprenons, un échec en résultera inévitablement ; mais pour celui qui a la foi, tout est possible. On dit que Jésus a parlé en ces termes :

« Demandez et vous recevrez;  cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira » (Matthieu, 7, 7).

Si la foi est innée chez tous les êtres humains, pourquoi ne se manifeste-t-elle pas ? Chacun possède ce pouvoir en germe, mais il n'est pas développé au même point chez tous. Chez certains, il est faible et vacillant, chez d'autres, il est fort et profond. La profondeur de la foi dépend de l'expérience passée. Elle a été acquise au moyen de l'observation et des expériences faites durant
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de nombreuses vies dans le passé. La foi véritable doit avoir traversé victorieusement des expériences difficiles et de grandes épreuves ; elle est née des épreuves que nous avons traversées et dont nous sommes sortis vainqueurs. C'est quand une grande catastrophe arrive que notre foi se trouve testée. Nous avons dû apprendre que la Loi œuvre, que des efforts dans la bonne direction portent toujours leurs fruits ; qu'il est possible de surmonter ses défauts, même si nous avons très souvent essayé et échoué, qu'aucun effort n'est jamais perdu. Avec la vérification des enseignements, viennent l'assurance et l'espoir. Nous ne pouvons avoir foi que dans les enseignements que nous avons assimilés et qui font partie intégrante de notre Soi spirituel. D'où la nécessité d'appliquer notre Philosophie dans les affaires de la vie quotidienne, pour nous prouver, par notre propre expérience individuelle, la vérité de la Théosophie.

Si notre foi est faible, comment pouvons-nous la cultiver et la rendre plus forte ? La foi se développe progressivement au fur et à mesure que nous nous appuyons sur le Soi intérieur et nous en remettons à la Loi qui régit l'Univers. Nous devons apprendre à avoir confiance en notre propre Soi, à être loyal envers Lui et à suivre les intuitions du cœur. Nous devons faire un effort sincère pour mettre en pratique la connaissance acquise. C'est en vivant la Vie que nous connaîtrons la Loi. Les aspirations impersonnelles et le dévouement aux intérêts des autres nous aideront. Nous devons cultiver l'habitude de voir le vrai, le beau et le bien, de percevoir le côté lumineux des choses et des événements. Nous jugeons sur les apparences et nous oublions de regarder dans le cœur des hommes pour y découvrir le bien qui s'y trouve.

Nous devons nous efforcer de développer l'acuité de notre pouvoir d'observation et d'assimilation des événements; de voir dans tout ce qui nous arrive dans la vie une leçon à apprendre ; de saisir le sens occulte de chaque expérience que nous traversons. W.Q. Judge a écrit :

«  Un jour viendra où nous commencerons à comprendre pourquoi la moindre pensée fugitive ne doit pas rester ignorée, ni la moindre impression furtive demeurer inaperçue » ["La culture de la concentration » — Cahier Théosophique n° 70].

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Avançant ainsi avec foi, éprouvant chaque pas que nous faisons, examinant nos réactions et gardant les yeux fixés sur le but lointain, nous développerons certainement notre foi et en ferons un pouvoir vivant dans notre vie.

La plus haute expression de foi et de confiance est celle qui existe entre le Chéla et son Guru. La confiance dans les Maîtres est la première condition requise pour réussir en Occultisme. Parmi tous ses fidèles est le plus cher celui qui est plein de foi, déclare Krishna dans la Bhagavad Gîtâ et H.P. B. le dit en ces termes :

«  ... la principale condition, la seule indispensable, requise du candidat ou chéla en probation, est simplement une fidélité inébranlable au Maître choisi, et au travail que ce dernier poursuit. ». [Les Mahâtmas Théosophes — dans Râja Yoga ou Occultisme]

Elle-même avait une dévotion sans faiblesse pour son Guru et Maître 

«  Une dévotion inébranlable à Celui qui incarne le devoir qui m'a été tracé, une croyance ferme dans la Sagesse collective de cette grande Fraternité mystérieuse, quoique réelle, de saints hommes, voilà mon seul mérite et la raison de mon succès dans la philosophie Occulte » .[Les Mahâtmas Théosophes — dans Râja Yoga ou Occultisme]

Elle n'a jamais douté un seul instant de leur puissante protection :

« Je sais qu'en dépit de mes fautes, j'ai la protection du Maître étendue au-dessus de moi. Et en voici la simple raison : pendant trente-cinq ans et plus, depuis 1851, année où je vis personnellement pour la première fois un Maître dans son corps physique, je ne L'ai jamais renié ni n'ai douté de Lui une seule fois, pas même en pensée ».[Les Mahâtmas Théosophes — dans Râja Yoga ou Occultisme]

Efforçons-nous donc de suivre son exemple et apprenons à créer en nous une foi inébranlable en la proximité du Maître et en Sa protection pleine de Compassion.

«  Il faut acquérir, chacun pour soi-même, la confiance inébranlable en ce que la main du Maître est réellement sur tous les Théosophes sincères, sur le plus humble comme sur le plus avancé » (The Friendly Philosopher de Robert Crosbie)

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Si nous avons foi dans les Maîtres et dans la Loi, dans la présence en nous du Soi Supérieur, nous resterons fidèles à la Philosophie, loyaux envers nos compagnons et envers ceux qui, suivant leur Karma, ont assumé la tâche et la responsabilité de poursuivre le Travail pendant ce siècle. Pour terminer, citons encore une fois Robert Crosbie :

« II me semble que la « confiance » est le lien qui fait l'union, la force du Mouvement, car elle vient du « cœur » (A Friend of Old Time and of the future. Vernal Blooms p.l)

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La soif du pouvoir (↑ sommaire)

[Traduit du Theosophical Movement, Vol. 27, p.194 de Juillet 1957]

« Tout pouvoir est un prêt — nous devons rendre compte de son usage.

C'est du peuple que tout provient et pour le peuple que tout doit exister.» Benjamin DISRAELI

La vie du chéla est faite de tests et d'épreuves. Les actes les plus communs et les plus ordinaires que nous sommes amenés à faire à chaque heure de notre existence offrent des occasions de pratiquer la véritable discipline ; si nous n'en profitons pas, elles deviendront demain des obstacles. Nous nous laissons dépouiller par notre ambition.

« L'ambition est le premier fléau ; le grand tentateur de l'homme qui s'élève au-dessus de ses semblables » dit la Lumière sur le Sentier.

Il faut bien se rendre compte de la nature illusoire de l'ambition. Shakespeare l'appelle « une ombre de l'ombre ».

Une ambition conduit à une autre ; les voies et les méthodes qui assurent le succès dans la poursuite des ambitions diffèrent non seulement suivant les personnes mais aussi suivant les dispositions de la conscience. C'est ainsi qu'il y a des personnes qui essaient de réaliser leurs désirs par tous les moyens ; d'autres qui travaillent consciencieusement avec d'honnêtes motifs et des moyens légitimes. Et dans le champ de conscience d'une même personne se produisent des altérations et des adaptations aussi bien des motifs que des méthodes. Tous ces changements font ressortir la nature illusoire de l'ambition.

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L'ambition de posséder de l'argent est très générale, mais les raisons de cette ambition diffèrent suivant les gens. Le sordide motif de l'avare, le motif de parvenir au bien-être dans la vie pour soi-même et pour les proches et les êtres chers, le motif d'amasser des richesses pour faire de bonnes œuvres etc... produisent l'ambition des possessions et de l'argent.

Il y a l'ambition de la renommée qui très souvent suit l'ambition des richesses. Il y a ceux qui deviennent illustres par des moyens honnêtes, dignes et justes, et ceux qui jouent des coudes pour dépasser les autres hommes ou les autres femmes et parvenir au premier rang.

Le pouvoir est un autre objectif de l'ambition — pouvoir qui permet de devenir un chef politique ou une grande célébrité de la société, d'être acclamé comme un héros puissant. Pour vraiment l'acquérir, il faut avoir le pouvoir d'aimer et d'être aimé. Cette ambition appelle des voies et des moyens d'un genre subtil pour arriver à ses fins. Les soldats doivent aimer leur général dont l'autorité et l'influence sur le mental et le caractère de ses soldats décide de la grandeur ou de la médiocrité ou de l'indignité de ce général. De même en politique, un chef de parti doit jouir du respect et de l'amour des collègues de son parti, ou bien il échoue. Dans la société mondaine, la « grande dame » doit être aimée et respectée de tous, hommes et femmes, ou bien elle n'est pas le grand personnage qu'elle prétend être.

Le fléau de l'ambition dont parle la Lumière sur le Sentier est sans aucun doute engendré par la soif des possessions et aussi la soif de la renommée. L'aspirant à la Vie Supérieure doit « tuer » ces ambitions. Mais il affronte la plus difficile de toutes ses épreuves lorsqu'il entreprend de conquérir l'ambition du pouvoir. Il est facile de déceler les deux autres ambitions, aussi ardue que soit la tâche de leur conquête. Elles ont des façons propres de se dissimuler, mais la subtilité de l'ambition du pouvoir est aussi grande qu'insidieuse.

L'ambition de la richesse et l'ambition de la renommée vont de pair ; elles s'affectent mutuellement en s'exprimant dans le cœur et le mental des hommes. De même, l'ambition de manier le pouvoir et l'ambition d'aimer et d'être aimé sont liées ensemble.

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Bien que l'ambition soit « le grand tentateur de l'homme qui s'élève au-dessus de ses semblables », elle est cependant « un instructeur nécessaire ». Pour l'homme qui appartient au monde, ce tentateur et instructeur accomplit sa fonction suivant la voie qui est adaptée au monde. Mais, pour celui qui aspire à se baigner dans la chaleur et la lumière du Divin, la tentation et les enseignements sont d'un ordre élevé et très différent. Il est écrit en effet:

«  ... ces vices de l'homme ordinaire subissent une transformation subtile et réapparaissent sous un aspect différent dans le cœur du disciple. Il est facile de dire : je ne serai pas ambitieux; il n'est pas aussi aisé de dire: quand le Maître lira dans mon cœur, il le trouvera tout à fait pur. »

L'ambition doit être transmuée en altruisme. L'ambition des richesses et des possessions doit être employée au service de tous ; mais nous devons apprendre à nous considérer comme les dépositaires de richesses qui ne nous sont confiées que provisoirement. En nos mains toute richesse est placée comme un prêt, pour que nous en fassions bénéficier autrui.

L'ambition de la renommée doit être transmuée en un service aimant et altruiste — c'est-à-dire impersonnel, — de tous ceux qui nous ont donné la renommée, qui nous ont permis de réaliser cette ambition. La renommée est une possession mentale qui doit être utilisée universellement, non pour le renforcement de la personnalité.

L'ambition du pouvoir requiert une connaissance spéciale d'une alchimie supérieure : celle de la transmutation du soi personnel en un pouvoir impersonnel. « Le pouvoir que le disciple convoitera sera celui qui le fera paraître comme rien aux yeux des hommes ».

Ce stade est décrit comme un moment crucial de la vie du disciple. Le poète Browning en a parlé avec intuition en ces termes :

«  Il y a des éclairs que les minuits font naître
Des flammes qu'allument les midis,
Où périssent les honneurs accumulés
Où s'effondrent les ambitions démesurées. »

À moins que son bon Karma, d'un lointain passé, vienne à son aide en sorte que le disciple se sente poussé
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irrésistiblement à dépasser le stade de l'absence d'égoïsme pour atteindre l'absence d'égotisme; l'ambition et l'amour du pouvoir deviendront la soif insatiable de pouvoir, et commenceront par faire de lui un homme plein du sens de sa personnalité, censeur de la conduite des autres et coléreux et, s'il ne se contrôle pas, il entrera sur la pente qui mène à  « la perte de tout ».

L'ambition d'être aimé et respecté ne pourra jamais être transmuée en amour pour les autres avant que la soif de pouvoir soit détruite. L'instruction donnée au disciple ne sera jamais acceptée ni approuvée par l'homme qui appartient au monde, même s'il possède une grande bonté de cœur. La Lumière sur le Sentier dit à ce sujet :

«  L'homme ordinaire n'espère pas avoir une chance égale à celle des autres hommes, mais il souhaite réusssir mieux que les autres en certains points qu'il affectionne spécialement. »

Cette attitude résulte de ce que la Loi de Fraternité n'est pas comprise ni acceptée. Mais le disciple l'a comprise et acceptée, aussi n'a-t-il pas

«  un tel espoir »» .

«  Le Roi s'élève et tombe, le poète est fêté, puis oublié : l'esclave est heureux, puis tombe en disgrâce. Chacun est broyé à son tour par la roue qui tourne. »

Le disciple apprend qu'il ne sert à rien de chercher à changer les circonstances qui résultent de l'action des forces de la nature humaine elle-même.

«  Quand le disciple a pleinement reconnu que l'idée même des droits individuels n'est que le produit de la qualité mauvaise en lui, que c'est le sifflement du serpent du soi qui empoisonne de sa morsure sa propre vie et celle de ceux qui l'entourent, il est alors prêt à prendre part à une cérémonie annuelle, accessible à tous les néophytes qui y ont été préparés. Toutes les armes défensives et offensives sont rejetées, toutes les armes du mental et du cœur, du cerveau et de l'esprit. Jamais plus un autre homme ne peut être critiqué ou condamné; jamais plus le néophyte ne peut élever sa voix pour se défendre ou s'excuser. Après cette cérémonie, il retourne dans le monde aussi impuissant et sans défense qu'un nouveau-né. C'est en effet ce qu'il est. Il naît à nouveau sur le plan supérieur de la vie, ce plateau bien éclairé et caressé par la brise, d'où les
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yeux peuvent voir avec intelligence, et contempler le monde d'un nouveau point de vue. »

Le désir et l'ambition d'être aimé pourront être transmués quand le disciple aura acquis le Pouvoir d'Amour né de Viraga, le contrôle de la nature émotionnelle qui, s'élevant au-dessus de gloire et ignominie, plaisir et peine, s'élève au-dessus du chaud et du froid. Aimer lorsqu'on est aimé est relativement facile ; aimer, que l'on soit payé de retour ou non, et même dans ce dernier cas, n'est pas si facile. Comme le souligne Shakespeare dans l'un de ses sonnets: « L'amour ne varie pas malgré l'écoulement furtif des heures et des semaines. Il reste inchangé même jusqu'à l'heure fatale ». Le poète parle ici de conditions que seul peut remplir celui qui pratique la discipline du disciple :

«  L'amour n'est pas amour

S'il s'altère en rencontrant le changement,

S'il se laisse défaillir devant la défaillance ;

0 non ! c'est une balise perpétuelle

Au milieu des tempêtes, toujours immuable.

C'est l'étoile guidant chaque barque errante,

Inconnue est sa valeur mais sa hauteur se mesure. »

   

Le mal et les maux sont compris et évalués différemment par l'homme bon qui appartient au monde et par le disciple qui lutte, déterminé à remporter la victoire, non seulement sur ses mauvais aspects personnels mais aussi sur les forces liguées du Mal qui enserrent le règne humain tout entier. Satan ...est simplement la personnification du mal abstrait, qui est l'arme de la loi karmique et KARMA. C'est notre nature humaine et l'homme lui-même, dans la mesure où il est dit que « Satan est toujours près de l'homme et inextricablement mêlé aux fibres de son être ». Latent ou actif en nous, ce Pouvoir existe toujours. » (The Secret Doctrine, vol.2, p.478)

Pour vaincre le Mal, le disciple doit abandonner les armes, aussi bien les armes offensives que défensives. Ceci est ressenti comme une grande difficulté, presque comme une injustice, par le disciple qui s'efforce sur la voie du progrès. Pis encore, si on laisse les fripons, les voleurs, les exploiteurs, se donner libre carrière sans leur faire obstacle ni les tenir en respect, c'est leur malhonnêteté et leur haine qui va l'emporter et avoir
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raison de nous ! The Secret Doctrine dit qu'avec la « véritable connaissance » et « une conviction confiante que notre voisin ne cherchera pas plus à nous blesser que nous ne songerions à lui causer du tort », le disciple doit s'efforcer de pratiquer la Loi de Fraternité Humaine. Le but qu'il faut viser ardemment est décrit ainsi :

« Le disciple qui a le pouvoir de passer le seuil, et est assez fort pour franchir tous les obstacles, s'oubliera complètement dans la nouvelle conscience qui descend en lui, quand le divin message touchera son esprit. Si ce contact sublime peut réellement l'éveiller, il devient semblable à un être divin, dans son désir de donner plutôt que de prendre, dans son vœu d'aider plutôt que d'être aidé, dans sa résolution de nourrir les affamés plutôt que de prendre pour lui la manne Céleste. Sa nature est transformée, et l'égoïsme qui pousse les hommes à l'action dans la vie ordinaire l'a désormais quitté ».

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Le disciple (↑ sommaire)

[Traduit du Theosophicat Movement, Vol. 27, p.110 de Mars 1957.

Le disciple ne devient pas disciple en subissant un forçage comme une plante de serre chaude, ni en étant nourri à la cuiller par un maître bienveillant, mais grâce à ses efforts personnels et résolus. Il a appris- à contrôler la nature de ses passions et de ses désirs, de telle sorte qu'il n'est plus dirigé par ses émotions. La langue a perdu le pouvoir de blesser, de telle sorte que, quelle que soit l'injustice ou l'humiliation qu'il subit, non seulement il ne riposte pas ou ne ressent pas de colère mais encore a perdu le pouvoir de le faire. À première vue, cette attitude peut paraître faible et lâche à beaucoup, mais supporter l'injustice avec sérénité demande un courage et une force beaucoup plus grands que prendre farouchement sa propre défense ! Cependant, bien qu'il ne combatte pas contre un autre pour sa propre défense, il met courage et hardiesse à défendre le faible et l'opprimé. En fait, son cœur est devenu comme « le fruit mûr du manguier : aussi doux et tendre pour les souffrances d'autrui que la brillante pulpe d'or de ce fruit et aussi dur que son noyau pour (ses ) propres angoisses et souffrances » (La Voix du Silence, pp. 80-1).

Ce n'est que lorsque l'aspirant a fait tout cela, et même plus, qu'il peut être considéré comme un disciple marchant avec fermeté sur le Sentier. Et ensuite, après avoir atteint ce stade, il y a encore pour lui un autre travail à faire. Premièrement, il doit acquérir la connaissance ; et deuxièmement, une fois qu'il l'a acquise, il doit la transmettre à ceux qui la désirent ardemment. La connaissance peut être acquise de nombreuses manières. La première et la plus indiquée est d'aller vers les écrits de H.P. Blavatsky et de W.Q. Judge. Nous avons
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là un vaste fonds de sagesse et d'instruction pratique en Occultisme, avec son éthique sous-jacente — une véritable fête à laquelle nous pouvons prendre part. Mais il nous faut du dynamisme pour y participer. Comme dit un proverbe : « On peut mener un cheval à l'abreuvoir, mais on ne peut le forcer à boire ». La Doctrine Secrète donne des indications et des suggestions qui pourraient mettre de la clarté dans la confusion et les problèmes complexes de plus d'un médecin, psychologue ou autre homme de science. Mais il est difficile pour ces chercheurs d'élargir leur vue et leur cœur. Que connaît le psychologue du corps astral et de l'action qu'ont sur lui la colère, la jalousie et la crainte ; que sait-il de l'effet des émanations magnétiques, mentales et physiques d'une personne sur une autre ? Que connaît le médecin de la constitution de l'homme, ou de la connexion intime entre la forme humaine et les forces élémentales de la Nature ? Que connaît avec certitude le scientifique sur l'âge de la terre et de l'homme ? On peut trouver la réponse à tout ceci, et une foule d'autres choses encore, dans les écrits de H.P. Blavatsky. Tout est là pour que nous l'étudiions et l'utilisions. Mais, comme l'ont toujours fait remarquer les Maîtres de la Sagesse Occulte, cette connaissance doit être utilisée pour le progrès spirituel et moral de l'humanité et non pas à des fins égoïstes.

La Lumière sur le Sentier (Livre 2, P.23) dit : « Demande à la terre, à l'air et à l'eau, les secrets qu'ils détiennent pour toi. Le développement de tes sens internes te permettra de le faire. ».  Nous tous possédons ces sens intérieurs, qui correspondent aux sens extérieurs, mais chez la plupart des hommes ils ne sont pas encore actifs. Et il est bien qu'il en soit ainsi ; car si nous pouvions lire les secrets de la Nature et les pensées des hommes, pourrions-nous être certains de ne jamais utiliser ce pouvoir à des fins égoïstes ? C'est une loi occulte qu'aucun pouvoir ne peut jamais être utilisé pour un profit personnel. S'il est utilisé ainsi, le disciple doit en subir les conséquences et il perd le pouvoir. D'où la nécessité d'un entraînement sévère à la discipline et à la purification de soi, avant de pouvoir entrer sur le Sentier. À propos de l'emploi des sens intérieurs, il doit être entendu qu'il ne s'agit pas de la clairvoyance ni de la clairaudience pratiquées par les médiums. Si le disciple est porté à la médiumnité, il doit surmonter cette tendance avant de pouvoir se développer d'une façon réellement spirituelle.

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Dans le paragraphe suivant (Livre II) de La Lumière sur le Sentier, il est dit : « Demande aux saints êtres de la terre les secrets qu'ils détiennent pour toi. La maîtrise des désirs des sens externes te donnera le droit de le faire ». Mais quand cette conquête est accomplie, quand nous nous sommes élevés au-dessus des paires des opposés— le chaud et le froid, le plaisir et la peine, le chagrin et la joie — où devons-nous chercher ces « saints êtres » ? Certains se sont précipités aux Indes ou au Tibet, pensant que, là, ils finiraient par trouver les Maîtres qui les nourriraient avec la Sagesse Antique et les transformeraient en peu de temps, moyennant très peu d'effort de leur propre part, en Adeptes pleinement qualifiés. Ce n'est pas ainsi qu'on trouve les « saints êtres ». On nous dit que les Maîtres attendent, toujours attentifs, prêts à aider ceux qui désirent sérieusement se purifier et acquérir la sagesse pour être capables de servir l'humanité. L'un des enseignements les plus encourageants est que quand l'élève est prêt, le Maître apparaît. Mais l'élève doit d'abord être prêt : peut-on s'attendre à ce qu'un mathématicien apprenne les mathématiques supérieures à un garçon qui n'a pas encore assimilé les rudiments de l'arithmétique ?

La transmission de la connaissance au fur et à mesure de son acquisition est une autre des lois de la Nature. Le Mouvement est éternel et ininterrompu, sinon les rouages de la vie cesseraient de tourner. Nous pouvons voir cette loi en action tout autour de nous : la nourriture qui n'est pas mangée pourrit et est perdue ; l'eau stagnante contenue dans un récipient croupit et est inutilisable. L'avare qui amasse de l'argent n'en fait bénéficier ni lui, ni son voisin. La même règle s'applique à la connaissance — elle doit être transmise. Beaucoup disent qu'ils n'en savent pas assez pour enseigner. C'est faux. Le soleil brille et le monde entier est baigné de sa lumière. Mais, dans une pièce obscure où l'on ne peut trouver aucune autre lumière, même l'humble bougie est accueillie avec joie. La majorité des hommes ressemble à des gens tâtonnant dans l'obscurité, cherchant la lumière, et même un novice en Théosophie en sait plus qu'eux. Les mots « Karma » et « Réincarnation » deviennent peu à peu des mots d'usage courant ; cependant, il y a beaucoup d'êtres qui s'irritent de l'injustice apparente qui règne dans le monde. Il y a aussi beaucoup de
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gens dont les problèmes pourraient être résolus grâce à une connaissance — même très superficielle — des Trois Propositions Fondamentales de la Théosophie.

En conclusion, nous voyons comment La Lumière sur le Sentier indique en premier lieu à l'aspirant quel travail préliminaire il doit faire avant d'être prêt à entrer sur le Sentier ; puis elle montre la manière de marcher sur le Sentier ; et enfin elle enseigne au disciple que, de même qu'il a reçu, il doit donner à son tour :

« Montre la « Voie » — même sans éclat, et perdu parmi la foule — comme fait l'étoile du soir à ceux qui suivent leur sentier dans les ténèbres » (La Voix du Silence, p. 53).

Autres références : "Chélas et Chélas laïques". Voir Râja Yoga ou Occultisme (1er article).

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