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Le régent intérieur

Sommaire :

  1. Le Régent Intérieur
  2. Le Grand Destructeur du Réel
  3. L'Homme Terrestre - Divin - Éternel
  4. Paraître rien au yeux des hommes

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Le Régent Intérieur (↑ sommaire)

[Cet article est traduit de la revue The Theosophical Mouvement. Vol. 29, p. 9.]

De nos jours, beaucoup de personnes sont désireuses de changer leur façon de vivre ; l'existence monotone des unes, la vie difficile et ingrate des autres, les ont amenées à chercher une explication qui leur permette de vivre la vie de l'âme et non plus la vie du corps. Les enseignements théosophiques des Grands Maîtres de la Sagesse donnés par l'entremise de H.P. Blavatsky, concernant l'application pratique des vérités spirituelles à la vie quotidienne, répondent à ce désir et à cette recherche. Les étudiants de la Théosophie sont supposés s'efforcer de vivre la vie supérieure ; mais en ces derniers temps, on semble avoir oublié ce point essentiel. Du temps de H.P.B., cette question était d'un intérêt primordial. Si nous étudions soigneusement la littérature théosophique qui contient des instructions spéciales pour les étudiants aspirant à la vie spirituelle, nous trouverons des passages traitant du développement des pouvoirs intérieurs. Ces pouvoirs ne sont pas de nature psychique, mais de caractère spirituel ; ils visent à fortifier l'individualité, à la maîtriser de telle sorte que l'homme puisse s'en servir à son gré. H.P.B. répète sans cesse que rien ne peut être fait avant que le disciple ne soit suffisamment fort et prêt pour affronter les difficultés de la vie intérieure, de la vie spirituelle. Si nous lisons les expériences de ceux qui ont parcouru le sentier de l'Occultisme ou du Mysticisme, nous voyons qu'ils eurent leurs propres difficultés intérieures à surmonter et qu'ils ne furent capables de le faire que dans la mesure où ils avaient développé la force de leur propre individualité.

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Nous nous attendons trop souvent à ce qu'on prenne soin de nous et à ce qu'on nous nourrisse spirituellement, à ce qu'on nous donne des instructions à suivre au point que, bien souvent, nous ne tenons pas compte du principe primordial et essentiel de la vie spirituelle, à savoir que le sentier ne peut être parcouru par personne sans l'aide intérieure qui lui vient de sa propre conscience ; les Maîtres ne peuvent qu'indiquer le sentier, tandis que nous avons à le suivre, et la seule aide qu'Ils peuvent nous donner consiste à nous signaler les qualifications requises pour parcourir le sentier. À nous de développer ces qualifications. Il faut que le travail soit accompli par nous. Personne ne peut nous aider dans cette tâche, pas même les Maîtres ; et c'est là un facteur que nous oublions parfois. Nous pensons souvent que si nous sentons en nous le désir d'être instruits par Eux ce désir se réalisera. Il n'en est rien. Nous avons à faire notre propre instruction. Dans un sens peut-être légèrement exagéré, l'on peut dire que les Maîtres ne se préoccupent pas de nous instruire ; ce qu'ils désirent, c'est faire usage de nous et de nos capacités pour Leur travail, mais la plupart d'entre nous sont dans une attitude d'esprit dont les Maîtres ne peuvent se servir, parce qu'ils n'ont pas construit une forte individualité. Une individualité puissante est donc le premier facteur, le facteur essentiel de la vie spirituelle. Si nous voulons devenir des disciples, il nous faut être forts. Aucun Maître n'a besoin d'un enfant qu'il faille guider par la main, et à qui l'on doive dire sans cesse ce qu'il peut ou ne peut pas faire.

Dans les enseignements du Bouddha, alors que celui-ci instruisait un nombre restreint de disciples choisis, on voit qu'il leur enseignait à se détacher des choses extérieures. Il leur disait que les cérémonies et les rituels constituaient des entraves pour les progrès de la vie spirituelle. Si nous appliquons cet enseignement aux choses qui nous soutiennent dans la vie quotidienne, nous voyons que nous nous appuyons beaucoup trop sur des choses mineures que nous considérons comme importantes, au lieu de nous attacher aux choses nobles et saintes. C'est ce qui empêche la plupart d'entre nous de faire des progrès rapides, car, en ceci comme en toute chose, le premier pas est le plus difficile. Atteindre à cette conscience intime qui proclame : « C'est décidé; je vais trouver le Maître, je vais faire des progrès dans la vie
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spirituelle, et personne sur terre ou au ciel ne m'en empêchera » — voilà le premier point requis.

Il est bon de lire à ce sujet ce que H.P.B. a écrit. Si nous appliquons ses enseignements à nous-mêmes, nous verrons que nous avons gaspillé beaucoup de temps, que nous avons trop compté sur une aide extérieure, que nous avons attendu des ordres du dehors, oraux ou écrits, qui ne se sont pas présentés et ne se présenteront pas. Dans la vie spirituelle, on ne peut donner de règles définies, ni précises, applicables à tous. Cela n'est pas possible. Autrefois, alors même que l'Instructeur ne prenait que dix ou douze élèves, comme cela se pratiquait dans l'Inde ancienne, c'était impossible ; ce l'est d'autant plus de nos jours. La mentalité de notre époque s'y oppose. Les êtres humains sont trop évolués pour recevoir des ordres et les exécuter. Il y a dans les écrits de H.P.B. certaines suggestions que nous devrions soigneusement considérer et appliquer à notre cas.

« La première qualification nécessaire est une foi inébranlable dans ses propres pouvoirs et dans la Divinité intérieure ; sans cette foi un homme ne pourra devenir qu'un médium irresponsable ». Le mot « médium » ne doit pas être pris dans le sens ordinaire que le spiritisme lui attribue, mais comme signifiant un réceptacle recueillant les innombrables pensées, émotions et aspirations des autres, au lieu de développer les siennes propres. Nous sommes dans une large mesure, le réceptacle des idées et des inspirations d'autrui. Que dire des nôtres, si nous les examinons à la lumière de l'enseignement de H.P.B. « Une foi inébranlable dans ses propres pouvoirs et dans la Divinité intérieure » ? Nous sommes souvent désemparés quand nos sentiments instinctifs et nos raisonnements ne s'harmonisent pas avec ceux des autres. Pourquoi faudrait-il que nous ressemblions aux autres ? Nous avons chacun notre ligne de croissance particulière. Nous devons abandonner l'attitude de l'enfant qui s'accroche au tablier de sa mère. Si nous ne le faisons pas, nous ne pourrons pas appliquer à notre cas individuel l'enseignement de H.P.B.

«  À travers toute la littérature mystique du monde ancien, nous découvrons la même idée de l'Ésotérisme spirituel ; à savoir que le Dieu personnel n'existe nulle
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part en dehors de l'adorateur, mais uniquement en lui ».

H.P. B. repoussa toujours énergiquement l'idée d'un Dieu personnel qui se trouverait dans le monde extérieur, mais elle croyait au Dieu personnel qui réside dans le cœur de chaque adorateur. Cette Déité personnelle n'est pas un vain souffle ou une fiction, mais une entité immortelle. C'est en son immortalité que gît la force de l'entité; « une entité immortelle, l'Initiateur des Initiés » : nous devrions réfléchir à cette expression. Nous parlons trop légèrement d'Initiation, et cela parce que nous sommes ignorants à ce sujet. Cette pensée de H.P. B. demande à être méditée. Il y a en nous quelque chose d'immortel, le Dieu personnel, l'Initiateur des Initiés. C'est là une idée essentielle qui requiert une réflexion soutenue. À ses élèves qui se préparent à suivre le Sentier, à chercher le Maître et à s'avancer vers l'Initiation, H.P.B. enseigna délibérément que l'Initiateur est en eux.

« Lorsque l'homme a pu connaître l' " Atman ", le Soi, le puissant Seigneur et Protecteur, comme le " Je suis, l' Ego Sum, l' Ami », il découvre Son pouvoir tout entier qui se révèle à celui qui sait reconnaître la " petite voix " intérieure. Depuis les temps de l'homme primitif décrits par le premier poète védique jusqu'à notre époque moderne, on ne trouve pas un seul philosophe digne de ce nom qui ne cache dans le silencieux sanctuaire de son cœur cette vérité grandiose et mystérieuse... Acceptons donc cette insistance et remarquons simplement que même dans la phraséologie tourmentée et barbare, du Codex Nazareus nous pressentons la même idée. Semblable à un courant souterrain, rapide et clair, elle coule sans mélanger la « pureté cristalline de ses eaux avec les eaux fangeuses »et troubles du dogmatisme. Nous retrouvons cette idée non seulement dans le Codex mais aussi dans les Védas et dans l'Avesta, dans l'Abhidharma, dans le Sânkhya de Kapila ainsi d'ailleurs que dans le Quatrième Évangile. Nous ne pouvons atteindre le « Royaume des Cieux » à moins de nous unir d'une manière indissoluble à notre Rex Lucis, le Seigneur de Splendeur et de Lumière, le Dieu Immortel qui est en nous. Nous devons avant tout conquérir l'immor-
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talité et " prendre le Royaume des Cieux par la violence ", alors qu'il s'offre à notre soi matériel. » (Isis Unveiled,Vol. 2, pp. 317-18).

Tout ce passage est d'une très grande inspiration. Nous avons à découvrir l'Être Immortel en nous. C'est Lui qui doit nous initier, c'est Lui qui doit nous apporter la lumière. Cet enseignement de H.P.B. est d'une valeur et d'une importance vitales en ce moment même. Sans la reconnaissance de ce fait principal, central, capital — qu'il existe en nous une entité immortelle dont les activités doivent être amenées à s'exprimer — nous ne pouvons rien faire dans la vie spirituelle. Le Royaume des Cieux ne peut être conquis par la violence que lorsque le Dieu Immortel en nous a été éveillé à l'activité et amené à s'exprimer. C'est pourquoi nous devons Le trouver. Ailleurs, H.P.B. dit qu'Il est le Maître des Maîtres, et qu'il n'y a pas de Maître au-dessus de cette Étincelle Divine et Immortelle qui se trouve en nous. H.P.B. insiste fortement sur le développement des pouvoirs de l'Ego Supérieur. Mais si nous nous examinons sincèrement beaucoup d'entre nous constateront qu'ils dépendent trop des choses extérieures. Celles-ci peuvent être très bonnes, peut-être très précieuses, mais ce sont toujours des choses extérieures. Nous tendons à nous enfoncer dans une ornière fautive de plus en plus profonde. Si nous ne comprenons pas que toutes ces vérités nous sont données pour que nous les appliquions selon notre propre méthode, aucune puissance sur terre ou au ciel ne peut nous aider, sauf nous-mêmes, nous persévérerons dans nos erreurs. Par conséquent, la confiance dans la conscience intérieure, dans le Soi intérieur, est nécessaire.

Nous devrions nous reporter sans cesse à cette série vraiment merveilleuse de qualités énoncées dans la Gîtâ (Chapitre XVI). Elles sont destinées à ceux qui désirent parcourir le Sentier spirituel de l'Illumination. La première d'entre elles est l'Intrépidité. En étudiant ceci à la lumière de ce qui a déjà été dit, nous pouvons nous demander pourquoi l'intrépidité est mise en avant comme première grande qualité nécessaire pour parcourir le Sentier. Nous voyons en étudiant la Gita que le grand effort fourni par Arjuna vise à l'acquisition de l'intrépidité. Mainte et mainte fois, il lui est dit : « Lève-toi donc
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et combats ». Que signifie cette qualité d'Intrépidité du point de vue du progrès spirituel ? Elle est différente de l'intrépidité ordinaire dont fait preuve le soldat à l'armée, bien que cette qualité soit un reflet de la véritable Intrépidité spirituelle. Elle a une connexion avec ce que H.P. B. appelle l'Entité, le Dieu personnel intérieur. Les deux enseignements sont identiques, bien que donnés en langages différents. Tous deux sont des enseignements spirituels exposant la même vérité.

Pourquoi la crainte nous domine-t-elle ? Parce que nous ne faisons que commencer à développer la première qualité de la vie spirituelle — le discernement. Quand nous sortons du silence de notre méditation sur le Réel, sur le Soi Immortel, pour retourner dans l'obscurité de ce monde, nous nous sentons saisis dans l'engrenage de l'irréel. Aussi longtemps que nous n'aurons pas maîtrisé parfaitement cette qualité du discernement, la crainte imprégnera notre vie. Lorsque nous commençons à discerner entre le réel et l'irréel, nous parvenons graduellement à assigner aux choses leur juste valeur. C'est parce que nous nous fions aux contingences extérieures, que notre discernement et notre détachement sont imparfaits. Nous passons de la forme à la forme, et non de la forme à la vie. La différence entre l'irréel et le réel constitue une différence d'espèce et non de degré. Nous n'en faisons très souvent qu'une différence de degré. Ce n'est pas là vivre la vie spirituelle. Nous devons en faire une différence d'espèce. Nous devons passer de la forme à la vie. Voilà le véritable discernement. La véritable absence de désir implique la compréhension du fait que toutes les choses sont réelles, mais ont des valeurs différentes ; elles ont à remplir des places différentes dans l'univers. C'est ainsi que, pour mener la vie spirituelle, le véritable détachement est nécessaire.

Mais que faisons-nous habituellement ? Nous passons d'un objet à l'autre et laissons sommeiller la conscience intérieure. Nous croyons goûter l'illumination spirituelle quand nous traversons divers stades et prenons contact avec de nombreuses formes en récoltant les expériences que la vie extérieure a pour mission de nous donner. L'individu humain — le moi en nous — a deux pôles. Ce « Moi » est continuellement affecté par le pôle inférieur. Nous ne touchons pas le pôle spirituel
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en nous, mais nous nous attachons constamment au pôle matériel. Les choses extérieures nous dominent, au lieu que ce soit nous qui les dominions.

Nous devons donc être intrépides au point de vue spirituel. Nous devons avoir une retraite, une forteresse où nous puissions aller consulter notre État-Major— le Général qui commande dans la forteresse ; sans prendre directement part au combat, il nous dirige, nous guide et nous dévoile le plan de campagne. C'est de là que nous viennent la force et l'énergie spirituelles qui nous permettent de poursuivre la lutte et de « tenir ». Sans cette attitude, nous ne pouvons « prendre le royaume des cieux par la violence ». Nous devons avoir de la force pour le faire, sans quoi ce sera lui qui nous prendra par la violence. C'est ce qui se produit constamment. Il se livre, pourrait-on dire, un combat entre les différentes natures de l'univers. Nous, qui nous identifions avec le monde matériel, nous avons le dessous à chaque fois; c'est ainsi que l'intrépidité doit être la qualité qui libère les hommes.

« Plus puissant que le destin est l'effort » ; voilà un enseignement qu'on répète sans cesse; il est exact si nous nous identifions avec le pôle spirituel, mais il est faux si nous nous identifions au pôle matériel.

Ainsi, dans nos méditations, dans nos études, dans notre vie quotidienne, nous devrions nous efforcer de trouver et d'exprimer le Soi Intérieur, sans trop nous en remettre aux choses extérieures. Trouvons notre propre Sentier, ne suivons pas la piste tracée par les autres. L'enfant, quand il grandit, découvre sa voie, sa tâche personnelle, ses propres compagnons, sa propre philosophie. Nous sommes trop portés à compter sur des chefs de file et, au lieu de prendre une partie du fardeau, nous confions aux Maîtres notre propre charge, et parfois les Maîtres doivent nous repousser. Le grand Karma du monde pèse sur les épaules des Maîtres; nous devrions le Leur alléger, non pas y ajouter des fardeaux supplémentaires. Soyons donc prêts à supporter notre propre Karma.

Ceci nous amène à la question de l'état de Disciple et de la recherche du Maître. L'état de disciple n'est pas du domaine de la personnalité, à moins que cette personnalité ne soit contrôlée par l'ego, et que l'ego ne com-
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mence à s'exprimer dans la personnalité. Nous pouvons parler de l'état de Disciple, en faire un sujet agréable de discussion, mais parvenir au point où le véritable pouvoir du Maître agit en nous et par nous, reste une impossibilité tant que cela n'est pas accompli.

Le premier point requis, comme l'a dit H.P.B. consiste à trouver l'Entité Intérieure, ce Régent Immortel, cet Initiateur des Initiés. Ce travail doit se faire selon des stades définis — d'abord une conception claire de l'œuvre à accomplir, ensuite l'application constante de la doctrine du Régent Intérieur, non seulement dans la méditation et l'étude mais aussi dans la vie journalière. En matière de jugement, cherchons à agir à la lumière de ce qui nous vient de l'intérieur. Il importe peu que nous commettions des erreurs, nous avons tous fait des chutes dans le passé et nous pourrons toujours nous relever et continuer notre route. Si nous sommes sages, nous profitons de la leçon que nous donnent les erreurs des autres. C'est une façon de progresser, mais nous avons tellement de personnalité que nous sommes incapables de percevoir les grandes Vérités. Suivons donc cette voix intérieure de la conscience ; même si elle n'est pas la toute sagesse, elle est notre conscience ; elle est ce que nous avons de meilleur en nous, et c'est pourquoi la meilleure méthode à suivre dans la vie spirituelle c'est d'écouter cette voix et de la suivre.

Nous comptons trop sur les choses extérieures, et c'est là la raison pour laquelle nous ne faisons pas de progrès.

Nous pouvons étudier livre sur livre, trouver des nouvelles voies de Service; mais tout ceci ne nous mènera pas à la vie spirituelle. Nous passons d'une forme à l'autre, alors que nous devrions procéder de la forme à la vie ; c'est au fond de nous-mêmes que nous trouverons le Régent que le feu ne peut consumer, que l'eau ne peut noyer, ni le vent disperser. Il .est toujours présent à l'intérieur, perpétuel, éternel, nous aidant et nous guidant quand nous avons besoin d'aide et de guide. Trouver ce Dieu en nous — voilà la première étape à réaliser. Nous devons situer notre vie dans le monde des Dieux; nous devons découvrir le plan où vivent les Maîtres et le faire nôtre. Leur monde est un monde de Vie, de Lumière et d'Immortalité. C'est là seulement que
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nous Les trouverons. On peut découvrir des traces de Leur présence de-ci, de-là, dans le monde, mais on ne Les y trouve pas eux-mêmes. Notre tâche consiste à découvrir notre Régent Immortel, notre Soi, et à aller ensuite dans le monde pour lui apporter le royaume des cieux. L'esclavage est mauvais et l'esclavage spirituel est le pire de tous les esclavages.

Voilà la grande idée centrale de la vie spirituelle. Si nous ne la vivons pas nous ne ferons pas de progrès. Nous passerons d'une forme à l'autre, et dans la longue suite de l'évolution, quand nous arriverons sur le septième globe de la septième ronde, nous pourrons enfin nous trouver nous-mêmes.

Mais nous voulons hâter notre évolution ; nous voulons faire aujourd'hui ce que l'humanité ordinaire fera dans un lointain avenir. Donnons donc, en offrande aux Maîtres qui aspirent à nous aider, nos méditations, nos études, notre vie quotidienne. Éveillons le Seigneur endormi en nous, et les Maîtres de Compassion qui veillent sans cesse nous aideront à libérer le monde des liens de l'esclavage spirituel.

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Le Grand Destructeur du Réel (↑ sommaire)

[Traduit du Theosophical Movement. Vol. 10, p. 127.]

Dans la préface des Aphorismes sur le Yoga de Patanjali, W.Q. Judge souligne la distinction que nous devrions faire entre le mental et l'Âme. Cette distinction, tous les étudiants, théoriquement, la connaissent, cependant pour la réaliser pratiquement, une application consciencieuse est requise pour laquelle nous devons assimiler certaines idées importantes. M.  Judge écrit :

 

« Comme Patanjali pose en principe que le réel expérimentateur et connaisseur est l'âme et non le mental, il s'ensuit que le Mental, appelé « organe intérieur », ou encore « principe pensant », quoique plus élevé et plus subtil que le corps, n'est cependant qu'un instrument que l'Âme utilise pour acquérir de l'expérience, exactement de la même manière qu'un astronome emploie son télescope pour obtenir des renseignements sur le ciel »

Séparer le corps du mental est relativement moins difficile; mais séparer le mental de l'Âme, ou Kâma-Manas du Manas Supérieur, est une tâche formidable. Cependant, faute de cela, on ne peut pas progresser réellement dans l'Occultisme. Nous ne pouvons pas commencer à fusionner le mental et l'Âme, comme le conseille la Voix du Silence, avant d'avoir appris la nature du mental et découvert comment, asservi par les désirs, il est opposé à la nature et à la voie du progrès de l'Âme, et avant de l'avoir purifié de ses souillures et de ses colorations. Alors seulement peut se produire cet autre processus plus élevé de l'union de l'entité Âme-mental avec l'Esprit humain et de sa réalisation du Grand Soi.

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Tout aspirant à la vie de l'Occultisme pur doit se rendre compte bien clairement par expérience, que le mental est l'organe de l'Ame. Dans la vie de tous les jours et les actions ordinaires, nous nous identifions si étroitement avec nos organes de perception et d'action que c'est seulement en de très rares occasions que nous pensons à dire : « je vois à travers mes yeux » ; le plus souvent nous disons : « Je vois » ; nous employons la même expression quand nous comprenons quelque chose avec notre mental-cérébral ; nous disons : « je vois », en voulant dire : « je comprends ». En réalité, nous devons atteindre la position où l'on peut dire : « Oui, mon mental maintenant voit et comprend ».

Le pas suivant dans l'étude pratique de l'expérience mentale consiste à percevoir la vérité contenue dans l'important enseignement sur « les modifications du principe pensant ».

   

M. Judge écrit à ce sujet : « Le Mental est un facteur très important dans la recherche de la concentration ; en vérité, c'est un facteur sans lequel on ne peut pas obtenir la concentration... Il (Pata?jali) montre que le mental est, comme il le qualifie, « modifié » par tout objet ou sujet qui se présente à lui ou vers lequel il est dirigé. »

Notre manas inférieur vagabonde si rapidement, la vitesse avec laquelle il se déplace est si grande et si chaotique et le mouvement est si continu, que de nombreux étudiants passent immédiatement à la conclusion qu'ils ont parfaitement compris l'enseignement sur la « modification ». En réalité, le vagabondage du mental, appelé d'une façon si expressive et si juste, le mental-papillon, à cause de sa course en zigzag d'objet en objet, ne montre pas comment le mental se modifie suivant la description de M. Judge dans les Notes sur la Bhagavad-Gita, p.151 :

«  L'homme, cet être fait de pensées, qui séjourne simplement de temps à autre dans de multiples corps, pense éternellement. Ses chaînes sont forgées par la pensée, sa libération n'est due qu'à la pensée. Son mental est immédiatement teinté ou altéré par l'objet sur lequel il se porte. C'est ainsi que l'âme est prise dans la même pensée ou série de pensées que suit le mental. Si l'objet est quoi que ce soit de différent du Soi Suprême, le mental se transforme immédiatement en cet objet, devient cet objet même et en prend la teinte. C'est là une des capacités naturelles du mental qui, de nature, est
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clair et incolore, comme il serait facile de le constater s'il était possible de trouver un homme qui n'aurait pas passé par de trop nombreuses expériences. Le mental est mobile et rapide, porté à bondir d'un point à un autre. Différents mots pourraient le décrire. Tel un caméléon, il change de couleur, telle une éponge, il absorbe ce à quoi on l'applique, tel un tamis, il perd immédiatement la couleur et la forme qu'il avait dès qu'il prend un objet différent. »

Pour avoir une vue claire sur les activités du mental-pieuvre qui étreint l'Âme de cent tentacules, nous devons placer correctement les sens d'un côté et l'Âme de l'autre. Nous devrions discerner comment le mental en se modifiant présente une image à l'Âme. Aussi longtemps que le mental vagabonde et subit des modifications, sa fonction réelle comme organe de l'Âme n'est pas remplie. Notons les démarches successives que nous devrions faire en tant qu'étudiants :

  • 1 - Voir le vagabondage du mental,
  • 2 - Suivre la marche du mental dans son vagabondage : voir comment il vole vers des sujets et objets agréables ou désagréables. Ceci nous révèle la nature de nos attractions et de nos répulsions.
  • 3 - Noter le fait que ce complexe d'attractions et de répulsions crée des images, qui vivent, pour un temps court ou prolongé, et qui laissent la trace de leur passage sous la forme d'impressions. Dans les rêves éveillés, fantaisies et imaginations, nous vivons avec nos images en les recréant intérieurement, à partir de ces impressions, tout comme dans la vie tournée vers l'extérieur nous vivons avec et parmi tout un monde de choses et d'objets divers.
  • 4 - Cessant de créer ces images, nous expérimentons le pouvoir qu'elles ont de se reproduire et nous devons commencer à les détruire par des efforts délibérés. Ces images intérieures projettent des ombres obscures sur la lumière de notre Âme, comme l'indique La Voix du Silence.
  • 5 - Quand on arrive à désintégrer ces images et à en dissoudre les constituants et la structure, le mental atteint un état d'équilibre. Que perçoit un mental ainsi purifié et en cet état d'équilibre ? II voit les idées qui
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    sont vraies — le monde des idées qui sont les émanations enregistrées qui forment la Divine Lumière Astrale ou Akasha.

Nous avons à dessein classifié d'une manière concise les étapes que le néophyte doit s'imposer, car aucune description plus longue ne peut rendre le sujet plus clair.

Maintenant, de même que nous vivons dans le monde des sens et de leurs objets, mais que nous estimons les choses en fonction de nos attractions et répulsions, nos sentiments et nos désirs, de même aussi nous vivons dans le monde du mental, mais nous nous entourons de valeurs fausses et de notions fantaisistes. Hors du monde de la matière et des objets, nous façonnons un monde particulier qui nous est propre à cause de nos sens et de nos organes et avec leur aide. De même pour le monde du mental, il finit par être voilé et obscurci par notre pensée incontrôlée et les images que nous nous fabriquons. Dans chaque état, ou sur chaque plan, nous avons cette dualité: le réel caché dans la gangue de l'irréel. L'irréel est produit par nos sens et notre cerveau; à l'intérieur, se trouve le monde réel des choses et des objets. (Ce dernier est le champ de recherche du scientifique honnête.) De même, l'irréel est produit par notre imagination indisciplinée, ou fantaisie, par l'effet des modifications du principe pensant ; à l'intérieur se trouve le monde réel des idées ( ce dernier est le champ de recherche du véritable occultiste.) À chaque étape, nous devons apprendre à faire une distinction entre ces deux aspects. C'est seulement dans leurs aspects irréels que les sens et le mental sont les ennemis de l'Âme ; dans leurs aspects réels, ils sont les amis de l'Âme. C'est pourquoi il est dit que « la Nature existe pour le bien de l'Âme ». M. Judge conclut :

« Comme l'Âme est considérée comme supérieure au Mental, elle a le pouvoir de s'en rendre maîtresse et de le contrôler pour peu que nous utilisions la volonté pour l'aider dans ce travail ; c'est alors seulement que la distinction et le but réels du mental sont atteints. »

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L'Homme Terrestre - Divin - Éternel (↑ sommaire)

{Traduit du Theosophical Movement. Vol. 28, p. 169.]

Tous ceux qui cherchent à approfondir la vie et qui ont un peu réfléchi à la question admettront volontiers que, pour obtenir une réussite quelconque dans n'importe quel domaine, il faut soumettre son soi inférieur à un contrôle. Tous les contrôles, cependant, ne sont pas salutaires, ni toutes les contraintes recommandables. Il doit toujours en être ainsi, car le motif qui provoque et soutient tout effort peut être diabolique ou divin, infernal ou céleste. Le mirage produit par la passion humaine est tel que l'homme perçoit rarement son mobile réel, et pense trop souvent qu'il travaille pour le bien alors que dans son cœur c'est au mal qu'il rend un culte. C'est pour cette raison qu'au début de toute tentative il est demandé au néophyte de marquer un temps d'arrêt, et de s'assurer que c'est bien le divin seul qui guide et tempère son enthousiasme, et non pas le désir violent de la stature personnelle.

Cette aspiration à se mettre sous la tutelle du divin ne se traduit pas par le simple fait de préférer le bien au mal, ou de se retirer loin du tumulte du monde, dans un ermitage ou un monastère. Elle exige une orientation entièrement nouvelle, car il n'est plus question alors pour l'homme de compter sur une habileté à se tirer d'affaire et sur des expédients, et il doit nécessairement s'affronter lui-même. La nouveauté même de la situation agit comme un aiguillon sur l'âme ardente qui cherche des directives provenant du divin. Cependant, trop souvent le désespoir survient, car le divin semble au débutant aussi inaccessible que le point le plus éloigné de l'Univers.

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C'est ici que la Théosophie vient à notre aide avec son message plein de conseils et d'instructions. La Science Royale affirme que le divin qui est dans l'homme peut être éveillé par l'étude de la Sagesse Divine. Mais cette étude de la philosophie ne fait avancer l'étudiant que d'un pas. Même s'il a acquis la Divine Connaissance, il demeure encore un être de ce monde. Il respire encore les effluves empoisonnés du monde des désirs et ses poumons ont encore à apprendre l'art d'aspirer l'atmosphère divine. Pour apprendre cet art, chaque chapitre de L'Océan de Théosophie, comme chaque précepte de La Voix du Silence, doit être utilisé dans la vie et expérimenté sur soi-même. L'étudiant doit faire l'application de chaque enseignement, en y infusant son Prana vital, de telle sorte que l'enseignement devienne vivant pour lui. C'est son propre magnétisme, chargé de ses émanations particulières, qui doit être employé pour vitaliser chacun des aspects de la philosophie en vue de l'application aux circonstances de la vie. Pour cela, il est indispensable d'être constamment conscient, ce qui, au début, est fatigant. Chacune des circonstances de la vie, au fur et à mesure qu'elle se présente, exige l'application de la formule philosophique correcte. Chaque difficulté est ainsi susceptible d'être résolue; il n'y a pas un seul mauvais jour, une calamité, ni une seule heure de doute ou de désespoir pour lesquels les enseignements n'indiquent pas une façon correcte de les aborder et un mode d'action approprié.

C'est cet effort soutenu en vue de vivre la vie du disciple qui seul peut éveiller la divinité endormie et lui donner la chance de survivre dans l'atmosphère étouffante de l'existence physique. Cet effort pour appliquer les enseignements, et pour en faire un pouvoir vivant dans notre vie, non seulement nous amène à nous tourner vers le divin pour en recevoir les directives, mais aussi purifie les passions et élève les désirs. En fait, par cette pratique, l'étudiant commence à redécouvrir la philosophie dans sa propre vie. Ce faisant, il lance un appel à l'aide vers les Êtres ineffables qui sont l'incarnation du divin, et cet appel est toujours respecté et n'est jamais laissé sans réponse.

Mais cet éveil du divin doit lui-même être contrôlé et guidé par une force qui lui est supérieure. La vertu,
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l'abnégation, la maîtrise de soi, l'acquisition des pouvoirs supérieurs, l'établissement d'une parenté plus étroite avec les éléments divins de la Nature sont les fruits de la divinité. Ils élèvent l'Âme de l'homme ; mais, seuls, ils sont impuissants à amener l'homme à sa véritable grandeur. Pourquoi donc en est-il ainsi ? La fin de toute existence n'est-elle pas d'atteindre la divinité ? La Théosophie explique que l'aspect divin de l'homme, qui réside en lui, n'est que l'un de ses différents aspects et que, par-delà, planant au-dessus de lui, se trouve l'Éternel, — c'est-à-dire, ce qui n'est séparé de l'Absolu que par un pas, pour ainsi dire.

L'élément divin dans l'homme doit servir le dessein de l'Éternel. De même que la personnalité doit se prêter au divin comme un outil et un instrument consentants, de même, à son tour, le divin doit rendre hommage à l'Éternel et remplir les conditions qui seules peuvent permettre à celui-ci de se manifester. Le souffle divin doit lui-même être placé dans l'Éternel qui se tient derrière toute chose et en former une partie consciente, vivante et vitalisante. C'est dans le contexte de ces enseignements que les préceptes de la Lumière sur le Sentier  commencent à avoir un sens et un but. Ces préceptes sont :

«  Ne désire que ce qui est en toi.
«  Ne désire que ce qui est au delà de toi.
«  Ne désire que ce qui est inaccessible. »

Si on peut établir un contact avec le divin par l'étude et par sa mise en pratique, comment peut-on entrer en contact avec l'Éternel ? L'Éternel est caché derrière le divin, comme le Soleil Véritable est caché derrière le vase d'or que nous voyons et appelons à tort le Soleil. L'Éternel n'a pas de nom, on ne parle pas de lui dans les philosophies exotériques, mais il peut être perçu par celui qui désire cette perception. Pour l'atteindre, aucun Marga (sentier) n'existe. On ne peut l'atteindre ni par la voie de Jnyana (connaissance) seule, ni par celle de Bhakti (dévotion) seule, ni par celle de Karma (action) seule. Aucun Darshana (École) de la Philosophie Aryenne n'a le pouvoir de le révéler. Krishna parle de cet aspect caché et Éternel de lui-même quand II dit (B. Gîtâ, ch. 11, v.47) : « Cette forme qui est mienne... est difficile à percevoir... même les dieux sont toujours
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anxieux de la contempler. Mais je ne peux être vu... ni par l'étude des Védas, ni par les mortifications, ni par les aumônes, ni par les sacrifices. » Comment donc Arjuna apprendra-t-il à entrer en contact avec l'Éternel ? La réponse doit se trouver dans le ch.18 v.61 où la méthode et sa base philosophique sont données à Arjuna. L'Avatar dit : « II y a dans le cœur de chaque créature, 0 Arjuna, le Maître — lshwara — ... que ce Maître soit ton seul sanctuaire, 0 fils de Bharata, choisis-le de toute ton âme; par sa grâce, tu obtiendras le bonheur suprême, le lieu éternel. »

Ce Maître — lshwara — qui réside en tout lieu et en toute créature, peut donner sa grâce. En Lui seul est le vrai sanctuaire. Et c'est seulement en son sein que se trouve le lieu éternel. L'hommage à cet lshwara omniprésent ne devient un hommage véritable que lorsque la Fraternité est réalisée à ce point complètement que Ishwara est vu partout, entendu partout, salué et respecté partout, dans toutes les choses et dans toutes les créatures. Il n'y a pas un seul enseignement de la philosophie de la Théosophie qui ne porte la marque et l'empreinte de l'Éternel.

C'est pour conserver ceci toujours présent aux yeux de l'étudiant que La Voix du Silence donne cette Règle de pratique :

«  Restreins ton Soi inférieur par ton Soi Divin,
« Restreins le Divin par l'Éternel. »

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Paraître rien au yeux des hommes (↑ sommaire)

[Cet article est traduit de la revue « The Theosophical Movement »,Volume 20, p.201.]

« Ami, prends garde à l'Orgueil et à l'Égoïsme, deux des pires pièges qui soient tendus sur le chemin de celui qui aspire à gravir les sentiers élevés de la Connaissance et de la Spiritualité. »
Mahatma K.H.

Dans ce traité d'une valeur inestimable qu'est la Lumière sur le Sentier , il est enseigné au néophyte de « désirer le pouvoir ardemment  », mais il y est ajouté une condition, qui sert de guide et de protection, sans laquelle cet enseignement constituerait un grave danger, menant au suicide spirituel. Cette condition est la suivante : « Et le pouvoir que le disciple convoitera sera celui qui le fera paraître comme rien aux yeux des hommes ».

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L'état de disciple est une attitude de l'Âme-Mental vis-à-vis de sa source divine aussi bien que vis-à-vis de la personnalité que l'Âme-Mental pénètre en devenant un élément propre de cette personnalité.

Quand le texte que nous étudions conseille au disciple d'aspirer ardemment au pouvoir, il est sous-entendu que ce pouvoir doit être celui de la Divinité cachée dans les replis les plus profonds du mental. Cette Divinité est suprême en essence: sa nature est Immortalité, Sagesse et Compassion. Elle est dans un état de Devenir. Quand le progrès est à son point culminant, elle est l'Être Universellement Soi-conscient — l'Homme Supérieur, Uttama Purusha. En mettant en garde

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contre les convoitises terrestres, le texte implique que tous les pouvoirs qui accroissent la force du soi personnel constituent le danger grave et fatal.

« Connais-tu les pouvoirs du Soi, 0 toi qui perçois les ombres extérieures ? Si tu ne les connais pas — alors tu es perdu. »

Cette ombre extérieure, appelée la Personnalité, projette ses ombres multiples. Les prenant pour des réalités, cette ombre qu'est la Personnalité s'écrie : « Voyez comme je suis grande ! Comme je suis merveilleuse !  » Comme l'Homme Personnel ne reconnaît pas cette vérité qu'il est lui-même une ombre impermanente et évanescente, il n'est pas capable d'entrevoir la Divinité Intérieure qui se sert du mental pour donner forme à ses desseins propres.

La première vérité que le néophyte est appelé à apprendre concerne sa nature double — divine et démoniaque. Il sera amené à traiter ces deux aspects de sa nature, d'une manière particulière. Il lui est dit  :

  • 1) de faire de l'orgueil et de la considération pour soi-même des serviteurs de la dévotion,
  • 2) de faire de la patience et de la soumission à la Loi des offrandes déposées comme des fleurs odorantes aux pieds du Maître.

Le premier précepte est négatif par rapport au second, qui est positif. L'orgueil et l'estime de soi doivent être dominés. La patience et la pleine reconnaissance de la Loi, exprimées par la vraie Résignation, doivent être pratiquées activement et attentivement.

Maintenant, quels sont ces pouvoirs de l'Homme Personnel qui sont considérés comme des ennemis sur le Sentier de la Vie Spirituelle ?

La source de ces pouvoirs d'ombre est la Fantaisie ou l'imagination indisciplinée. La Fantaisie est à l'homme inférieur ce que l'Imagination est à l'homme Supérieur. La Fantaisie détruit, tandis que l'Imagination crée et soutient. Le débutant en Occultisme se figure qu'il est ceci, cela ou autre chose. Il passe son temps à s'illusionner, avec la pensée qu'il doit incarner tel type d'être particulier, en aspirant à devenir l'un de ces rares Élus qui seront choisis parmi le grand nombre des appelés.
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La fantaisie subtile et insidieuse n'est pas contrôlée comme elle le devrait, à la lumière des « Saintes Écritures » de la science et de l'art occultes. C'est ici, sur le seuil même, que se présente une certaine sorte de considération pour soi-même — ainsi que d'orgueil. Loin de les asservir rapidement à la Dévotion, l'aspirant les nourrit et les laisse se développer. Les fausses suggestions de la fantaisie hypnotisent le néophyte et le mènent souvent à sa perte.

Le faux ascétisme, qui torture le corps et l'Âme qui a son siège au plus profond du cœur, est une autre sorte ou une autre expression de la considération pour l'homme inférieur. Les pratiques extérieures et visibles sont des moyens subtils imaginés par la personnalité pour qui l'égotisme et l'orgueil sont comme le souffle de vie. Le véritable ascétisme procède de l'intérieur vers l'extérieur: il n'est pratiqué que parce que l'aspiration vers l'Ineffable s'est éveillée dans l'homme, et qu'elle finit par pénétrer entièrement son mental. C'est dans le silence et le secret que la Discipline de l'Esprit devrait être observée et non pas avec bruit et ostentation.

On peut mentionner ici l'estime de soi et l'orgueil qui transpirent à travers la parole. Les mots sont des pièges construits par l'Égotisme avec les dents que sont la considération pour soi-même et l'orgueil. Les mots ne sont de vivants messagers que lorsque la Patience et la Résignation sont pratiquées.

Il y a ainsi la manière insidieuse de mettre en avant son soi personnel. Cette habitude et la façon de la corriger ne sauraient être mieux décrites que dans ces mots de W.Q. Judge :

«  Commencez par essayer de maîtriser cette habitude, presque universelle, de vous mettre en avant. Elle provient de la personnalité. Ne monopolisez pas la conversation. Restez à l'arrière-plan.
« Étouffez en vous le désir de parler de vous, de vos opinions, et de vos expériences...
« Essayez de vous rappeler que vous êtes très peu de chose dans le monde, et que les gens qui vous environnent n'attachent pas un grand prix à votre personne et ne se désolent pas quand vous êtes absent. Votre seule réelle grandeur réside dans votre véritable soi intérieur
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et ce soi n'est pas anxieux d'obtenir l'approbation des autres. Si vous suivez ces instructions pendant une semaine, vous trouverez qu'elles demandent un effort considérable et vous commencerez à découvrir une partie de la signification de cet aphorisme " Homme connais-toi toi-même ". »

Vient ensuite le manque d'appréciation des efforts des compagnons et des autres membres ; il s'ensuit une critique hostile des autres qui cache de la vanité et le sentiment d'être plus saint que les autres.

Il y a d'autres sortes de paroles qui violent le silence et le secret que l'aspirant-disciple a le devoir de garder.

Il y a ensuite l'ambition de briller aux yeux du monde ; avec subtilité, la personnalité se justifie en disant : « Pour le bien de la Cause je dois aller au milieu d'eux ». Le monde est rempli de courtisans et de flatteurs ; il y en a qui peuvent être sincères dans leurs éloges, mais qui manquent de sens critique. Le néophyte échoue dans cette épreuve s'il se laisse influencer par les vaines paroles des personnes qu'il rencontre dans ce monde ; le fripon rusé et le sot bien intentionné sont tout aussi dangereux pour le néophyte. On doit au Maître le conseil suivant :

«  Ne mettez pas un point d'honneur à obtenir des autres l'appréciation et la reconnaissance de la valeur de ce travail...
« La louange et l'enthousiasme des hommes sont de courte durée, dans le meilleur des cas ; le rire du railleur et la condamnation du spectateur indifférent ont toute chance de faire place à la louange admirative des sympathisants et, en général, de l'emporter sur elle...
« La majorité de l'Aréopage public est le plus souvent composée d'hommes qui se sont érigés eux-mêmes en juges et qui n'ont jamais fait une Déité permanente d'aucune autre idole que leur propre personnalité — leur soi inférieur; car jamais on ne surprendra ceux qui essaient, au cours de leur vie, de suivre les directives de leur lumière intérieure en train de juger, encore moins de condamner, ceux qui sont plus faibles qu'eux. »

Ceci, encore une fois, ne veut pas dire que le monde des mortels doive être méprisé, craint ou négligé. « Sortez des rangs et soyez séparés », de façon à pouvoir de
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mieux en mieux remplir le devoir du service du monde dans l'esprit qui convient. Soyez dans le monde, mais ne soyez pas de ce monde. La considération pour soi-même et l'orgueil sont de ce monde, la Patience et la Résignation sont indispensables pour vivre, aimer et travailler dans le monde.

Cela ne veut pas dire qu'il faille adopter une attitude supérieure envers « ces pauvres gens qui sont de ce monde », ni sous-estimer la vertu et la valeur de l' « homme du troupeau » ordinaire. Le même Maître a dit : « Ne méprisez pas l'opinion du monde et ne le poussez pas sans nécessité à critiquer injustement ».

Vient ensuite la démangeaison (le terme n'est pas élégant, mais il exprime une vérité psychique) de jouer au Guru. La bienveillance et la sympathie, la serviabilité et même un certain sacrifice sont utilisés pour attirer les jeunes, les nouveaux, les ignorants, moins pour leur bien ou le bien de la Cause que par suite du désir subtil de guider, qui nourrit l'orgueil et l'amour-propre, et qui pousse la personnalité à se mettre au premier rang de ceux qui désirent briller.

Le désir de recevoir des confidences est de même nature. « Comment puis-je aider et instruire si je ne suis pas au courant ? » C'est un précipice. Cette situation apporte une nourriture personnelle aux personnalités de l'un et de l'autre: l'orgueil croît chez le « conseiller », la confiance en soi diminue chez celui qui ainsi se confie. La connaissance communiquée au manas inférieur par un manas inférieur empêtre de plus en plus le « professeur » et « l'élève », et la perception intuitive devient de plus en plus faible.

Vient alors l'esprit d' « indépendance » revendiqué au nom de la troisième Proposition Fondamentale de la Doctrine Secrète, mais qui n'est que fanfaronnade, accompagnée d'obstination, et issue de l'orgueil et de la considération pour soi-même. On entend : « Écoutez-moi ! » mais, « Pourquoi écouterais je qui que ce soit ? ». Telle est alors l'attitude. « Je ne suis pas un mouton qui suit aveuglément, ni un homme qui-dit-toujours-oui », ni un « gogo » à qui on en fait accroire ni un paillasson pour les pieds des autres. » Ce n'est pas l'Âme qui parle ainsi, mais l'orgueil de l'homme — cet orgueil dirige sa
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volonté et l'être n'a pas compris le sens de ces paroles significatives du Maître :

« Aucun homme vivant n'est jamais plus libre que nous ne le sommes lorsque nous avons dépassé le stade de disciple. Dociles et obéissants, mais jamais esclaves, voilà ce que nous devons être durant tout ce temps, autrement, et si nous passions notre temps à argumenter, nous n'apprendrions jamais rien du tout ».

Ce que la Discipline Occulte signifie, ce que la chaîne Guruparampara implique, demeure lettre morte pour un tel orgueilleux. Les palabres et le vain bavardage l'empêchent absolument de voir le sens réel de la Confiance en Soi, dont le synonyme est — Interdépendance.

Parmi ceux qui voient les pièges et les obstacles de la Vie Intérieure, certains deviennent sans s'en rendre compte naturellement, la proie de la tentation de l'inertie mentale, qui s'exprime dans la vanité et la crainte. « Je ferais mieux de rester tranquille ; si je parle, je risque de montrer mon ignorance ; si j'agis, je vais peut-être mal faire. Il vaux mieux étudier, réfléchir et ne pas s'engager dans une activité quelle qu'elle soit — contacts personnels ou efforts pour répandre impersonnellement l'Enseignement ». C'est là encore un piège et une conception fausse. Une telle attitude relève du péché d'omission.

Ce n'est pas l'action du mental, de la parole ou du corps ; mais l'attitude personnelle, orgueilleuse et inspirée par l'égotisme dans l'accomplissement d'une telle action qui est la matrice de l'échec. Ce ne sont ni nos sens, ni nos organes, ni les objets ou les êtres extérieurs, qui sont les causes de la difficulté ; c'est l'attitude qui est adoptée et par laquelle s'établit entre eux le contact. Faites échec à l'égotisme et le contact sera sans danger : au contraire, il se révélera utile et bon.

Nous pourrions prolonger l'énumération des pouvoirs d'ombre qui trompent l'Homme Personnel. Nous avons parlé de quelques-unes des illusions les plus manifestes qui sont postées à l'entrée du chemin qui conduit l'aspirant vers l'état de Chéla. Elles sont parmi les plus fortes entre celles qui soutiennent et alimentent le pouvoir astringent du soi égotique. On ne peut s'en protéger qu'en acquérant par soi-même la connaissance de l'Occulte.

« Sois humble, si tu veux atteindre la Sagesse. »

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Sur ce sujet, Emerson a donné un avis plein de sagesse, et qui devrait servir d'avertissement :

« Les extrêmes se touchent, et il n'y a pas de meilleur exemple de ce fait que le dénuement hautain et orgueilleux de l'humilité. »

La répétition silencieuse du texte sacré : « Apparais comme rien aux yeux des hommes », la méditation régulière sur ce mantram, l'exercice attentif et persévérant du vrai silence, de la véritable discrétion qui sait garder le secret, de la vraie soumission à la Loi, jour après jour, font avancer l'heure où l'aspirant émergera de la matrice du monde et où une nouvelle personne verra le jour.

Il faut désirer le pouvoir ardemment — le pouvoir de servir, de se sacrifier, de rayonner la Paix ; le pouvoir de savoir et d'enseigner, de respecter la Vie. La Vie unit, et quand il est enjoint à l'homme — l'homme mortel — de désirer le pouvoir, il s'agit de ce Pouvoir de Vie qui unit — caché dans le plus petit atome — mais qui atteint le cœur de celui seul qui a commencé à « paraître comme rien » aux yeux du monde.

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