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Le pouvoir bienfaisant de la parole

Sommaire :

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Le pouvoir bienfaisant de la parole (↑ sommaire)

{Traduction d'un article paru dans la revue Theosophy, Vol. 44, p. 72-76.]

L'esprit de l'Occultisme ne consiste pas à rechercher le bizarre et l'anormal, mais plutôt à voir, dans ce qui est bien connu et normal, la signification et les énergies intérieures et cachées. Si l'on ne peut pas percevoir les potentialités occultes des facultés et des pouvoirs que l'homme possède déjà, on ne comprendra jamais les lois ni les mécanismes qui sont à l'œuvre derrière ces pouvoirs et ces facultés plus exceptionnels qui sont maintenant en possession des hommes les plus engagés sur le chemin de l'évolution spirituelle, et constituent l'héritage de tous ceux qui se trouvent sur le véritable sentier. Tout ce qui touche la Nature et l'Homme est du ressort de la Théosophie, et ce tout inclut les aspects métaphysiques et invisibles qui ne sont pas moins réels que les autres. Il y a des lois et des facteurs d'une nature profonde qui sont cachés derrière nos facultés et nos sens actuels, et, s'ils étaient compris, ils nous donneraient la clef de la compréhension des lois qui régissent nos sens et nos pouvoirs encore latents, car la Vie est une Vérité, et la loi de correspondance et d'analogie s'applique dans toutes les directions.

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L'un des plus puissants de nos pouvoirs usuels et bien connus est celui de la parole. La Doctrine Secrète est remplie d'enseignements sur la nature et le pouvoir du son et de la parole, considérés à la fois sous leurs aspects ordinaires, et plus particulièrement sous leurs aspects inconnus et occultes. Ces derniers sont à peine connus de la science, cependant ils ont un rapport des plus vitaux avec presque chaque phase de la vie humaine, et c'est peut-être à cause de cela que, selon la loi des cycles, leur révélation était nécessaire à l'époque actuelle.

Les sept stades successifs de chaque cycle d'évolution, depuis son aube jusqu'à son crépuscule, et jusqu'à la nuit, peuvent s'exprimer en termes de son et de parole, comme le fait apparaître, par exemple, un mot tel que « Logos ». Des termes comme « Logos non-manifesté » et «manifesté » ou « Logos Créateur » désignent des stades spirituels dans le processus de l'évolution, ainsi que les pouvoirs créateurs, conservateurs et régénérateurs du Son. Non seulement la Doctrine Secrète, mais toutes les écritures sacrées du monde, y compris la Bible, la plus récente de ces écritures, contiennent de telles expressions. Ainsi, dans Jean 1, 1, nous lisons : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. » Et, dans Jean 1, 14, on trouve un écho de l'enseignement archaïque sur l'apparition cyclique d'avatars divins, se rapportant réellement à tous les avatars, non pas seulement à Jésus : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous... plein de grâce et de vérité. » L'enseignement sur l'apparition périodique des avatars divins est donné dans la Doctrine Secrète, Vol. 2, p. 358-9 (note 1 ) :

« Quand les mortels seront devenus suffisamment spirituels, il n'y aura plus besoin de  leur communiquer une compréhension cor-
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recte de l'ancienne sagesse. Les hommes sauront qu'il n'y eut jamais de grand réformateur du monde, dont le nom est arrivé jusqu'à notre génération, a) qui n'ait été une « émanation directe du LOGOS (quel que soit le nom sous lequel il fut connu), c'est-à-dire une incarnation de l'essence de l'un des « sept » aspects de l'Esprit divin qui « est septuple » ; et b) qui n'ait apparu auparavant, durant les Cycles passés. »

Tout homme a en lui le principe avatarique, mais, pour la plupart, les humains, en s'incarnant, oublient qui ils sont, et tombent ainsi en proie à la séduction des plans inférieurs de la matière. L'acquisition de la parole et le développement du langage eurent lieu en même temps que l'illumination par Manas de l'Homme privé de mental. Ainsi qu'il est dit dans une note dans la Doctrine Secrète, Vol. 2, p. 199 (note) :

« Le langage apparut sans aucun doute en même temps que la raison, et il n'aurait jamais pu se développer avant que les hommes ne soient devenus un avec les principes qui les pénètrent et qui les constituent intérieurement — ceux qui firent fructifier et éveillèrent à la vie l'élément manasique endormi dans l'homme primitif. Car, comme le Professeur Max Müller nous le dit dans son livre Science of Thought (La Science de la Pensée) la pensée et le langage sont identiques...Logos signifie à la fois raison et parole. »

Manas, comme nous le savons, fait intégralement partie de la Triade Immortelle, Atma-Buddhi-Manas ; par conséquent, la parole, étant apparue en même temps que se produisit l'éveil de Manas, est un pouvoir et un apanage inhérents à l'EGO Immortel. Quand cet Ego s'incarne, Manas devient double. La distinction entre ces deux aspects du mental est clairement
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tracée dans la Clef de la Théosophie, p. 177 :

« Mais une fois emprisonnée, ou incarnée, leur essence se dédouble : c'est-à-dire que les rayons du Mental divin et éternel, en tant qu'entités individuelles, revêtent un double attribut : a) leur mental essentiel, inhérent et caractéristique, qui aspire au ciel (le Manas « supérieur), et b) la faculté humaine de penser, ou cogitation animale, devenue rationnelle à cause de la supériorité du cerveau humain, le Manas qui tend vers Kâma, ou Manas inférieur. L'un gravite vers Buddhi, l'autre tend en bas vers le siège des passions et désirs animaux. »

On peut déduire logiquement, du fait de la dualité de Manas, que la parole doit aussi présenter un double caractère. Si la conscience d'un être est centrée dans le Manas supérieur, ses paroles doivent refléter la nature et le plan du pur principe qui aspire au ciel, et elles doivent être en synchronisme harmonieux avec lui ; mais, si la conscience est centrée dans le soi personnel, la parole va refléter la qualité et le plan du Manas inférieur qui tend vers Kâma et participer de sa nature. Dans son article « Action psychique et noétique », H.P. B. fait remarquer que non seulement il existe un abîme entre le Manas supérieur et le Manas inférieur, mais qu'ils fonctionnent sur des plans qui sont presque diamétralement opposés. Voici ce qu'elle dit à ce sujet :

Car, comme l'Occultisme l'enseigne, si l'Entité Mental Supérieur, permanente et immortelle, est de l'essence divine homogène « d'Alaya-Akâsha » ou Mahat, sa réflexion, le Mental personnel, est — en tant que « Principe » temporaire — pétri de la substance de la lumière astrale. En tant qu'un pur Rayon du « Fils du Mental Universel » , cette Entité ne pourrait
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accomplir aucune fonction dans le corps et resterait impuissante à agir sur les turbulents organes de matière. C'est pourquoi, tandis que sa conscience intérieure est manasique, son « corps » , ou plutôt son essence active, est hétérogène, et pénétrée de lumière astrale, l'élément le plus inférieur de l'Éther. Et c'est un aspect de la mission du Rayon Manasique de se débarrasser de l'élément aveugle et trompeur qui, bien qu'il fasse de lui une entité spirituelle active sur notre plan, le met en contact si étroit avec la matière que sa nature divine s'en trouve complètement obscurcie et ses intuitions paralysées.(Râja Yoga ou Occultisme, art. "L'Action Pshychique et Noëtique" ).

Il y a dans cette citation une idée implicite, et H. P. B. la fait précisément ressortir dans la dernière phrase de son article, c'est qu'il y a un pouvoir double — bon et mauvais — dans la Lumière Astrale elle-même. « Béni est celui qui a acquis la connaissance des pouvoirs doubles qui sont à l'œuvre dans la Lumière ASTRALE : trois fois béni est celui qui a appris à. distinguer l'action noétique de l'action psychique du « Dieu aux deux visages », qui est en lui et qui connaît la puissance de son propre Esprit, c'est-à-dire la « Dynamique de l'Âme ». C'est cet aspect supérieur du Manas inférieur, ainsi que celui de la Lumière Astrale, qui est sensible à l'influence régénératrice et ennoblissante qui émane du Mental-Entité supérieur et du pur plan Akashique. Cet aspect supérieur du Manas inférieur est en rapport étroit, et est, pour ainsi dire, un avec l'Antaskarana, défini dans la Voix du Silence (p.69, note 11) comme « le Sentier qui fait communiquer ou communier la personnalité avec le Manas supérieur, ou Âme humaine. »

À la lumière de ce qui précède, nous pouvons poser la question : Y a-t-il un moyen pratique, à la portée immédiate de tout aspirant, grâce auquel il puisse
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mériter les bénédictions dont il est question dans la dernière phrase de « l'Action psychique et noétique », et par lequel il puisse, en raison de sa propre conquête, devenir plus apte à aider et à instruire les autres ? Tout le contenu du présent exposé suggère qu'il existe un tel moyen et qu'il se trouve dans la parole. Nous avons vu que, suivant la correspondance avec la dualité de Manas, il y a deux types principaux de langage. Nous pouvons parler soit selon l'aspect impersonnel et altruiste du Mental Divin supérieur, soit selon le point de vue personnel égotique du Manas inférieur. Dans ces conditions, le processus d'harmonisation de notre nature avec le plan Supérieur, ou le plan inférieur, peut presque s'exprimer de façon tangible par une formule de langage. Si notre parole reflète le Manas Supérieur, elle ouvrira une communication avec le plan Akashique correspondant ; si elle reflète le Manas inférieur non éclairé par le Manas Supérieur, la communication qui sera établie se trouvera sur le plan de la Lumière Astrale chaotique et trompeuse. Les influences et les forces magnétiques qui se manifestent en empruntant ce canal Akashique apportent une illumination spirituelle ; elles sont constructives sur le plan de l'intellect et ont un pouvoir de guérison sur le plan physique ; les émanations de la Lumière Astrale sont d'une nature basse, grossière, psychique et elles sont physiquement affaiblissantes.

Bien entendu, il faut aussi se pénétrer de l'idée que l'affinité magnétique de la parole, que ce soit pour le plan supérieur et spirituel, ou pour le plan inférieur et psychique, ne dépend pas d'une prononciation mécanique ou formelle des mots, aussi sublime que puisse être leur signification, mais plutôt de l'esprit qui anime cette parole, c'est-à-dire de la qualité réelle et du sentiment profond qui sont contenus dans l'expression extérieure. La simulation à cet égard est impossible. Notre harmonisation avec les plans qui sont invisibles, bien que très réels et substantiels, est pratiquement instantanée, car le pouvoir d'attraction mutuelle est
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gouverné par l'affinité vibratoire correspondante, cette dernière étant inhérente à la qualité et au ton de la parole et ne résidant pas dans les mots eux-mêmes. Ce n'est que lorsque notre parole exprime et reflète vraiment un amour sincère et durable pour nos semblables qu'elle possède le pouvoir magique d'élever vers la vie régénératrice des plans spirituels. La première condition à remplir est contenue dans ces Préceptes d'Or de la Voix du Silence, p. 69 :

« As-tu accordé ton coeur et ton mental au grand mental et au grand cœur de tout le genre humain ? Car, de même que la voix mugissante du fleuve sacré fait écho à tous les sons de la Nature, ainsi le cœur de celui qui voudrait " entrer dans le courant " doit vibrer en réponse à chaque soupir et à chaque pensée de tout ce qui vit et respire. ....As-tu accordé ton être avec la grande douleur de l'Humanité, ô Candidat à la Lumière ? »

Dans la Lumière sur le Sentier, la première réalisation à atteindre est contenue dans l'aphorisme suivant : « Avant que la voix puisse parler en la présence des Maîtres, elle doit avoir perdu le pouvoir de blesser ». La voix ne perd ce pouvoir que lorsque la personnalité à été réduite à rien.

Une condition indispensable de l'harmonisation de la parole avec le Manas Supérieur est la défense des Instructeurs, des compagnons-disciples et de tous les autres êtres contre les attaques calomnieuses. Dans son article « La dénonciation est-elle un devoir ? », H. P. B. dit :

« En fait, le devoir de défendre un semblable attaqué par une langue de vipère, pendant son absence, et celui de s'abstenir, en général de condamner les autres », constituent en vérité la vie et l'âme de la Théosophie pratique, car une telle action est la servante
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« qui fait entrer l'homme sur l'étroit Sentier de la « vie supérieure », cette vie qui mène « au but que nous désirons tous atteindre. La Miséricorde, la Charité et l'Espérance sont les trois déesses qui président à cette « vie ». « S'abstenir » de condamner nos semblables est un témoignage tacite de la présence en nous de ces trois sœurs divines, condamner sur « ouï-dire » est une preuve de leur « absence ». (Revue Théosophie, Vol. 4, p. 251.)

Ces trois Sœurs divines, dont parle H. P. B. (Miséricorde, Charité et Espérance) rappellent les mots presque identiques de Paul dans le treizième Chapitre de la Première Épître aux Corinthiens : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis semblable à un airain qui retentit ou à une cymbale qui résonne. » Cette phrase de Paul comparant la parole non charitable à « un airain qui retentit » est vraie aussi bien au sens littéral qu'au sens figuré — puisque la loi des correspondances s'étend dans toutes les directions et inclut la qualité et la valeur des métaux. Les Quatre Âges portent des noms de métaux, l'Âge d'Or étant le plus pur et le plus spirituel, tandis que le Quatrième, ou Âge de Fer, est un âge d'obscurité spirituelle. On peut voir les trois Sœurs divines de saint Paul dans ce verset : « Et maintenant demeurent en nous ces trois qualités, la foi, l'espérance et la charité, mais la plus grande des trois est la charité. »

Krishna, dans la Bhagavad-Gîtâ (chapitre 17), enseigne de même que la parole compatissante mène l'homme jusqu'au sentier le plus élevé. Il dit, en effet : « Un langage bienveillant, ne causant pas d'anxiété, franc et amical, ainsi que l'assiduité dans la lecture des Écritures, sont considérés comme les austérités du langage. »

Depuis des temps immémoriaux, les Sages ont enseigné que la parole « le don suprême du Penseur Immor-
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tel », si elle est employée en harmonie avec la Nature altruiste et désintéressée de l'Homme Divin, devient le véhicule des pouvoirs créateurs, conservateurs et régénérateurs de la divinité.

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Le silence et la parole (↑ sommaire)

[Traduction d'un article paru dans la revue The Theosophical Movement, Vol. 25, p.219.]

La bouche de l'homme et son pouvoir de parole sont considérés comme un capital d'une grande valeur dans l'évolution humaine. Dans la philosophie ésotérique, l'éveil de Manas est un processus intérieur qui affecte la conscience humaine, et sa manifestation extérieure et visible est le développement du langage articulé.

À l'image du Logos Créateur, l'homme crée par la parole. Mais alors que l'Expression Verbale du Logos est vraie, mystique et divine, le langage humain ordinaire est loin d'être exact ou mystique comme l'est la Nature ; très souvent il est à l'opposé du divin ; il porte l'empreinte de la bête — la ruse du renard, la morsure du serpent, la soif de meurtre du tigre ou la tromperie de l'oiseau-moqueur.

Le Vœu de Silence a toujours été considéré comme une nécessité pour le néophyte. Si l'on veut donner à la mère Nature une chance de parler à notre mental cérébral, il y aura une raison de plus de cultiver l'habitude du silence au milieu de nos activités journalières. S'abstenir de parler sans interruption est un exercice négatif qui est nécessaire pour acquérir la faculté positive d'écouter la Voix du Silence. Un mental trop vif
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et un langage trop rapide apportent des entraves dans la vie du néophyte. L'habitude de maîtriser la vitesse du mental et de ne parler que d'une façon délibérée est purificatrice et aide le développement de la vie du disciple.

Nous avons tendance à vouloir imposer aux autres notre façon de raisonner ; nous avons tendance à ne pas écouter les réponses ou les explications données à nos questions ou à nos recherches ; nous avons tendance à être charmés par le ton de notre voix et par les mots que nous employons. Ce dont la plupart des aspirants souffrent c'est la maladie du langage incontrôlé et sans but. Papotages, racontars, plaisanteries, dégénérant en discussions sur des sujets personnels, en médisance, en calomnie, etc... sont considérées par la Science de l'Occultisme comme des péchés désastreux.

Il serait utile que l'aspirant se pose la question : Suis-je un ennemi dans ma propre maison ? Dans ma famille spirituelle ? Dans le sanctuaire de la Théosophie ? Qui sont mes compagnons d'élection ? — les studieux, les assidus, ou les traînards du matin ou les attardés du soir ?

« Pour l'amour du ciel, ne colportez pas aux autres ce qu'une personne vous raconte ou les renseignements qu'elle vous donne. Il arrivait parfois que l'on mette à mort celui qui apportait des nouvelles au roi. Le meilleur moyen de « faire des histoires » avec rien est de servir d'intermédiaire et de répéter ce qu'on a entendu. Interprétez les mots de la Gîta sur le devoir de chaque homme comme signifiant : je n'ai absolument rien à voir avec ce que les autres imaginent, racontent, ou font, etc... étant donné que j'ai déjà bien assez à faire à veiller à mon propre devoir. » (W.Q. JUDGE.
(Lettres qui m'ont aidé).

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La paix intérieure qui est Compassion (↑ sommaire)

[Traduction d'un article paru dans la revue The Theosophical Movement, Vol. 25, p. 237.]

S'il est vrai que, d'après l'enseignement, Kâma est dur comme le fer, il n'est pas difficile de comprendre d'où viennent la brutalité et la dureté de l'éclair lumineux. C'est un fait bien connu que les sentiments, autrement dit les expressions de Kâma, sont très changeants ; mais à travers tous leurs changements, la dureté de Kâma persiste. C'est là le caractère séparatif de Kâma : il engendre et soutient la notion du « moi », Ahamkara. C'est le « moi » de Kâma qui se sépare des autres, comme il sépare une chose d'une autre. C'est cette tendance à durcir, à figer, à définir, qui fait le caractère séparatif de Kâma ; il produit les corps célestes et tout le reste des choses existantes. Tous les sentiments sont séparatifs ; aussi la Compassion ne peut-elle être placée dans la hiérarchie Kâmique. Si elle n'est pas un « sentiment », qu'est-elle alors ? Elle est un Pouvoir, une Shakti, née de Buddhi, qui, lorsqu'elle est active, utilise Manas ; c'est Buddhi utilisant la Connaissance, autrement dit : la compréhension qui s'exprime comme Service, dans le plein sens du terme. Dans l'amour d'une mère pour son enfant, ou d'un ami pour son ami, il n'y a souvent pas de véritable Compassion, mais plutôt l'instinct de Kâma ; bien
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que très souvent beau, et même noble, cet amour n'est qu'une étape vers la Compassion, mais il n'est pas la Compassion.

La Connaissance et les bonnes œuvres sont appelées des purificateurs, et c'est la vérité, car elles ont pour effet de diminuer la dureté de Kâma : le sentiment-Kâma cherche son compagnon le sentiment-Buddhi et de cette façon la notion du « moi » personnel n'est pas annihilée, mais elle subit une transmutation ; elle reste, mais elle est différente.

Voilà donc le principe, voyons maintenant l'application. Dans notre ligne de travail et nos efforts pour vivre l'occultisme, la solidarité entre les compagnons-étudiants est la plus grande des choses essentielles. Cette union entre étudiants, il faut bien le souligner, doit être basée sur la Sagesse et le Service de la Sagesse. C'est pourquoi, sous ce rapport, il nous faudrait tendre à réaliser un « détachement de tout sentiment d'identification avec nos enfants, notre femme et notre maison » et « l'absence de plaisir dans les assemblées des hommes ». Les faux attachements sont non seulement nuisibles en eux-mêmes, mais encore ils rendent inefficaces nos efforts en vue d'une union véritable avec nos compagnons. On comprend ici la raison et le sens de l'injonction : « Sortez des rangs et soyez séparés » ; on comprend aussi pourquoi le Bouddha a quitté son palais et sa femme, et pourquoi Jésus, d'après la tradition, aurait dit de sa mère les paroles que l'on sait (Marc 3, 35, Luc 8, 19, Matthieu 12, 47).

C'est là un processus silencieux et intérieur. Il va de soi que pour parvenir progressivement à établir des relations d'union réelle entre véritables Compagnons, un double effort doit être poursuivi : a) un processus d'élimination et b) un processus d'assimilation. La base de cet effort doit être la Compassion et non les sentiments. Le sentiment-compréhension (c'est-à-dire celui qui découle du véritable entendement) se développe à mesure que le sentiment-émotion perd de sa force. Il
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faut donc acquérir la connaissance, faire des œuvres sur le plan pratique et commencer à assimiler ceux qui ont une position juste, et se désolidariser de ceux qui sont dans l'erreur et, ce faisant, subir un autre test qui nous attend au moment où ceux qui nous semblaient avoir raison s'égarent et vice versa, lorsque les êtres pleins de faiblesses se corrigent et parviennent à une attitude juste.

Développons donc la Compassion, c'est-à-dire le pouvoir du service éclairé par la véritable compréhension. Ne nous précipitons pas pour donner de l'aide avant de comprendre ; n'essayons pas d'expliquer avant de comprendre ; n'essayons pas de sacrifier avant de comprendre ; ne nous attachons pas avant de comprendre et ne repoussons pas avant de comprendre. Ne soyons pas guidés par les sentiments, aussi nobles puissent-ils sembler, mais essayons de les comprendre. Le Repos et la Béatitude vont de pair ; ils sont nés de la véritable compréhension. Partout où il y a turbulence, intérieure ou extérieure, du corps ou du mental, et chaque fois qu'elle prévaut, la Compassion ne peut se manifester parce qu'à ce moment la compréhension est absente. L'équilibre du mental, l'absence d'agitation du cerveau et des sens sont une réflexion de cette Paix intérieure qui est Compassion, compréhension et aide à tous les êtres. Ne pensons pas que ceci est au delà de notre portée : lentement et graduellement nous toucherons à ce but.

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Le désir de réconfort (↑ sommaire)

[Traduction d'un article paru dans la revue The Theosophical Movement, Vol. 6, p. 97.]

" Le réconfort ne donne pas aux hommes la trempe de l'acier."  
   W.Q. JUDGE

C'est notre nature humaine qui nous fait chercher le réconfort dans nos échecs à cause de notre faiblesse morale. C'est naturel, peut-être, mais nous n'en tirons aucune satisfaction permanente. La discipline théosophique fait comprendre que le véritable réconfort ne vient qu'avec la claire perception et la compréhension réelle de l'erreur faite. Aussi, lorsque nous nous sentons misérables après une faute grave vaudrait-il mieux éviter de chercher le réconfort auprès d'un ami ou d'un compagnon théosophe, ou même d'un aîné plus expérimenté ; adressons-nous plutôt à la philosophie impersonnelle et laissons répandre sa lumière sur notre conscience troublée et sur notre erreur. Une conversation apaisante est semblable à un anesthésique et a pour effet d'endormir l'âme. Une personne se sent satisfaite quand elle s'entend dire après une confession pleine de repentir : « Eh bien ! vous avez appris la leçon et vous ne recommencerez plus » ; alors, la conscience qui s'éveillait retourne dans le sommeil de la consolation. Résultat : avant longtemps, la faute sera commise à nouveau. Il vaudrait beaucoup mieux suivre l'exemple de Job qui refusait le réconfort de pieuses platitudes au moment où il cherchait explication et illumination.

Traverser péniblement une expérience désagréable qui nous atteint comme le résultat d'une cause passée a un double effet favorable : nous nous acquittons d'une dette et réglons définitivement un compte ; nous en apprenons la leçon et développons ainsi une capacité ou une vertu nouvelle, ou bien nous renforçons
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celles que nous avions déjà. Souvent, nous parlons de payer nos dettes karmiques, mais nous oublions de réfléchir sur la façon dont nous nous en acquittons. Quelle est donc cette façon ?  C'est en passant par les expériences dans le calme, avec un mental attentif, disposé à observer et à apprendre. La dette n'est pas payée lorsque nous perdons notre équilibre par l'effet des procédés de karma. Nous ajoutons souvent à la somme totale de notre dette par la création de nouvelles causes karmiques. C'est ainsi que karma s'accroît : d'un seul effet surgissent plusieurs nouvelles causes. Recevons donc l'effet dans le calme et nous ne tarderons pas à en percevoir la cause-racine ; ainsi nous apprendrons la leçon de l'expérience : la nécessité d'apprendre cette leçon spéciale cessera aussitôt. C'est ici qu'apparaît le véritable réconfort et, en outre, de cette façon, nous transformons notre cœur de fer et notre mental de plomb en acier fin.

Honoré de Balzac a parlé d'un cœur « trempé comme l'acier, mais non d'acier ». Un homme d'acier n'a pas un cœur dur ni tendre : il a. un cœur dans lequel s'est éveillée la perception. C'est la perception de l'universel qui se cache derrière la mâyâ — l'illusion — de la personnalité séparée. Ce cœur est à même de distinguer entre les cris de douleur qui sont réels et les cris de l'orgueil blessé, de l'égotisme froissé, des désirs inassouvis — bref, du soi personnel. Le cri de véritable douleur est le cri de l'Âme qui aspire ardemment à se libérer de la tyrannie du soi personnel. Nombreux sont les étudiants qui prennent le cri de leur soi personnel pour le cri de l'âme. Le cri qui vient vraiment de l'âme n'a jamais été laissé sans réponse, car l'oreille toujours attentive des Seigneurs de Compassion est toujours ouverte à ce cri : ils ont le pouvoir de réconforter l'aspirant qui mérite ce réconfort en anéantissant sa personnalité, et Ils ne manquent pas de le faire. Le réconfort qu'Ils donnent est le pouvoir de réconforter à leur tour d'autres êtres qui font entendre les cris d'angoisse de l'Âme.

Note

(1) Les références à la Doctrine Secrète citées dans cet article se rapportent à l'édition anglaise originale de 1888.

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