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  • Réflexion sur la Lumière

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Réflexions sur la lumière sur le sentier

Sommaire :

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Réflexions sur la lumière sur le sentier (↑ sommaire)

[Traduction d'articles parus dans la revue The Thesophical Movement, Vol. 27, pp. 67-8 ; 92-3.]

1. « Tue » puis ... « Ne désire rien ...»

La Lumière sur le Sentier est exactement ce qu'elle prétend être : un livre qui répand de la lumière sur le Sentier que doivent emprunter tous ceux qui désirent vivre la vie de l'Occultisme, sur « la Voie » dont parlent le Christ et d'autres prophètes. L'avertissement nous est donné que le Sentier n'est pas facile à trouver et que, une fois trouvé, il est encore moins facile d'y marcher. Il monte tout le temps. Le néophyte trébuche et tombe, de cruelles pierres meurtrissent ses pieds fatigués ; l'obscurité descend sur lui et il se sent isolé et délaissé, inconscient qu'il est, à l'heure de son épreuve, de ce que les Grands Êtres de Lumière sont dans l'attente pour l'accueillir comme l'un des Leurs, une fois qu'il s'est rendu digne de se joindre à leur Puissante Fraternité. Lorsqu'il y est parvenu, il a accompli un exploit si merveilleux que

« toute la Nature, saisie d'une crainte sacrée, tressaille de joie et se sent soumise. Voici que l'étoile argentée transmet  en scintillant la nouvelle aux fleurs nocturnes ; le ruisselet chuchote l'histoire aux cailloux ; les vagues sombres de
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l'océan la mugissent aux récifs tandis que les brises chargées de parfums la chantent aux vallons et les pins majestueux mystérieusement murmurent :
Un Maître s'est levé, un MAÎTRE DU JOUR. »
(La Voix du Silence, pp.86-7.).

Là est le But, là est le Sentier; les Saints Êtres attendent ; mais avant que le néophyte puisse entrer sur le Sentier, il y a un travail préliminaire important qu'il doit accomplir lui-même. Aucun montagnard ne tente la conquête d'un pic élevé sans entraînement, ni sans une étude des difficultés qu'il est susceptible de rencontrer durant l'ascension. De même, un néophyte ne peut pas espérer avancer, un tant soit peu, sur le Sentier avant d'avoir pris en main sa propre nature inférieure, de l'avoir soumise et maîtrisée en sorte qu'elle devienne une servante obéissante au lieu d'un maître indiscipliné. Notre nature inférieure peut être comparée à un cheval qu'il faut dresser. Pendant ce travail, il piaffe, saute, rue, et jette le cavalier à terre de nombreuses fois. Le dressage est pénible à la fois pour le cavalier et pour le cheval, mais, quand il est terminé, le cheval est soumis et obéissant, et le cavalier a un coursier qui est son compagnon, son ami et son serviteur.

Dans la première partie de la La Lumière sur le Sentier, des instructions nous sont données sur la manière dont nous devons entreprendre le dressage de ce coursier indiscipliné — notre nature inférieure insoumise. Il y a six choses que nous devons tuer ou détruire. Il nous est dit :

« Tue l'ambition » ;
« Tue le désir de vivre » ;
« Tue le désir du bien-être » ;
« Tue tout sentiment de séparativité » ;
« Tue le désir de sensation » ;
« Tue le désir de croissance ».

Analysons donc ces divers points :

L'ambition qui doit être tuée est l'ambition pour les choses de ce monde, telles que la renommée, la situation sociale, les richesses, etc... De quelle utilité
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sont-elles pour l'Homme Intérieur ? Sont-elles une aide pour la croissance spirituelle ? Peut-on les emporter au delà de la tombe ?

Et la vie — pourquoi s'accrocher à elle avec une telle ténacité ? Nous avons vécu de nombreuses vies auparavant ; nous en vivrons de nombreuses autres encore, et la seule valeur de chaque vie réside dans la moisson qu'elle récolte pour l'âme.

Le désir de bien-être, ou de ce qu'on appelle maintenant « sécurité », est presque universel. Le Seigneur Bouddha condamna en termes clairs ces ascètes qui torturaient leur corps dans l'espoir de se sauver, mais Il condamna avec une égale sévérité ceux qui menaient une vie de paresse, de gloutonnerie et de sensualité. À quoi peut servir au cavalier un cheval gras, paresseux, suralimenté qui ne quitte pas sa stalle ?

Quant au sentiment de séparativité, la plupart d'entre nous s'y accrochent sans en être conscients. Il n'est pas toujours facile de se sentir un avec le criminel, le malpropre, le cruel, le vicieux. Mais la Théosophie enseigne (et, qui plus est, démontre) que tout dans ce vaste univers est UN. Le mal n'est que le pôle opposé du bien. Krishna lui-même dit : « Parmi les choses trompeuses, je suis le dé... et il n'y a aucune chose, animée ou inanimée, qui soit exempte de moi. » Cependant, nous nous imaginons avec présomption être séparés de ces choses dépourvues de beauté et leur être supérieurs !

Nous devons ensuite tuer le désir de sensation et le désir de croissance. Ce qui est en vérité une tâche herculéenne. Nous avons envie de voir des spectacles beaux (ou laids), d'entendre des sons harmonieux (ou discordants), de goûter ce qui est amer, doux ou savoureux ; en fait, de sentir quelque chose, que ce soit agréable ou pénible. Ce sont ces nombreuses sensations qui nourrissent notre nature inférieure, au point que nous plongeons dans la vie des sens et que nous oublions le Dieu Intérieur, notre Nature Supérieure.
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Ce qui ne signifie pas que nous devons être indifférents aux beautés et aux merveilles qui nous entourent. C'est tout à fait le contraire, puisqu'il est dit que l'Adepte apprécie plus profondément que nous la Vie et ses manifestations, mais qu'il n'est pas trompé ni aveuglé par elles.

Enfin, il faut tuer le désir ardent de croissance. La Lumière sur le Sentier dit : « Crois comme croît la fleur, inconsciente, mais ardemment désireuse d'ouvrir son âme à l'air. » Ce qui est très différent du « désirr ardent de croissance ». Le « désir ardent de croissance » peut être comparé à celui des cellules cancéreuses. C'étaient à l'origine de sages cellules qui se comportaient normalement dans la communauté disciplinée des cellules du corps, jusqu'au moment où elles développèrent le « désir de croissance ». Alors elles devinrent folles, envahirent les tissus environnants, prirent plus que leur part légitime de la nourriture du corps, et devinrent finalement cette chose redoutable : un cancer.

Ayant terminé ce déblaiement préliminaire, nous avons nettoyé le terrain et nous sommes maintenant prêts pour le pas suivant : « Ne désire que ce qui est en toi... car en toi est la lumière du monde, la seule lumière qui puisse être répandue sur le Sentier ». « Ne désire que ce qui est au delà de toi... car en l'atteignant tu as perdu ton soi ». « Ne désire que ce qui est inaccessible... parce qu'elle — cette lumière — recule à jamais. Tu entreras dans la lumière, mais jamais tu ne toucheras la flamme. » Ces paroles de la Lumière sur le Sentier ont le même sens que celles-ci, tirées de La Voix du Silence : « Avant de devenir le CONNAISSEUR du TOUT SOI, tu dois d'abord être le connaisseur du SOI ».  Ce que cela signifie ne peut pas s'exprimer correctement par des mots, mais c'est sans aucun doute ce que le Christ expérimentait quand il disait qu'il connaissait son Père, et ce que Plotin expérimentait quand il parlait de son union avec le Dieu infini.

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On nous dit ensuite de désirer le pouvoir ardemment, la paix avec ferveur et les possessions par-dessus tout. À ce stade, le pouvoir, la paix et les possessions que nous devons désirer ne sont pas le pouvoir militaire, ni celui des bombes atomiques ou à hydrogène, ni la paix résultant de l'indulgence et de l'inertie, ni les possessions des richesses, des terres et de la renommée. Le pouvoir « que le disciple convoitera est celui qui le fera paraître comme rien aux yeux des hommes » — mais c'est un pouvoir qui le rendra capable de se tenir comme un compagnon des Êtres Bénis dans leur travail pour former le « Mur Gardien » dont il est dit : « Construit par les mains de nombreux Maîtres de Compassion, érigé par leurs tortures, cimenté de leur sang, ce mur abrite le genre humain depuis que l'homme est homme et le protège contre des misères et des souffrances ultérieures encore plus grandes. »

La paix que le disciple doit rechercher est cette « paix qui dépasse toute compréhension » et qui ne peut être obtenue que lorsque la nature inférieure a été contrôlée et dominée. Une fois cela réalisé, il n'est plus influencé par ses passions et ses désirs, mais son mental est tranquille et son âme limpide comme un lac de montagne. Les possessions qu'il doit désirer doivent « appartenir uniquement à l'âme pure et, par suite, d'une façon égale, à toutes les âmes pures ». Ici encore, il ne doit y avoir aucun sentiment de séparativité. Sur ce plan matériel, le disciple doit avoir perdu tout sentiment du « mien » et du « tien » ; de même, sur le plan supérieur aussi, il doit être prêt à partager sa Connaissance, ses Vertus et sa Force. Il est dit de façon spécifique qu'elles doivent être partagées avec toutes les âmes pures. Le Christ a donné un avis semblable quand il a dit  : « Ne donnez pas ce qui est sacré aux chiens, et ne jetez pas vos perles aux pourceaux ! » Tout Occultiste enseigne qu'il est dangereux de donner la connaissance ou le pouvoir à celui qui n'est pas pur, ni digne de confiance.

La Lumière sur le Sentier est un « traité écrit pour
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l'usage personnel de ceux qui ignorent la Sagesse orientale et qui désirent être placés sous son influence ». Pour ceux qui ne pensent qu'à ce monde, ceux qui sont accaparés par les plaisirs de cette vie, il peut apporter le choc qui permettra de réaliser que tout ce qu'ils ont apprécié et chéri est mâyâ (illusion) et d'une valeur éphémère. Il n'est jamais facile de rejeter des croyances chères ; mais pour celui qui a déjà commencé à douter de la valeur des choses matérielles et qui cherche quelque chose de plus profond et de plus vrai, la Lumière sur le Sentier est un Phare et un Guide.

2. La Voie

Beaucoup de gens croient que la seule manière d'arriver à l'union avec le Soi Supérieur consiste à abandonner le monde, à se retirer, à mener une vie de contemplation. Il y en a d'autres qui croient avec une égale ferveur qu'on ne peut marcher sur la Voie qu'au moyen de l'action, en accomplissant des sacrifices, des cérémonies religieuses, etc... C'est là un de ces points qui rendaient perplexe Arjuna,  et, dans le XIIe chapitre de la Gîtâ, Krishna indique un certain nombre de démarches et de moyens qui mènent tous à ce même but de perfection. La même idée se trouve dans La Lumière sur le Sentier, qui dit que la Voie ne doit pas être cherchée par une seule route, car les routes sont nombreuses et chacune a sa valeur propre. En fait, même « les vices de l'homme deviennent, un à un, des degrés de l'échelle, au fur et à mesure qu'ils sont surmontés ». La nature tout entière de l'Homme — nature physique, mentale, morale et spirituelle – doit être mise à profit. S'il ignore quelque aspect de sa nature, il n'avancera que d'un seul pas.

Si l'aspirant demande : « Comment et d'où partirai-je ? » la réponse est : « Pars de l'endroit où lu es maintenant ». Ce voyage spirituel a sa réplique exacte dans le voyage qu'une personne peut désirer faire sur cette terre. S'il est en Angleterre et qu'il désire aller
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à Paris, force lui est de partir d'Angleterre. S'il est a Rome ou à Bombay, il part alors d'Italie ou de l'Inde. Dans chaque cas, la route est différente, mais finalement la personne arrivera à Paris, si elle n'a pas abandonné en chemin.

Par suite du karma ramené des incarnations précédentes, chaque individu prend le départ dans un milieu particulier et avec des aptitudes et des défauts spéciaux qui lui sont particuliers. Ces choses constituent la personne et représentent son dû, légitime et équitable. Aussi le premier pas consiste-t-il à rester là où nous sommes, dans le milieu que karma nous a donné et d'utiliser chaque événement, au fur et à mesure qu'il survient, comme un moyen d'acquérir des expériences et de progresser.

Le yoga est l'accomplissement parfait de l'action : et c'est ce parfait accomplissement de l'action qui doit être réalisé sur tous les plans : physique, mental et moral. Les petits travaux quotidiens prennent un sens différent et ne sont plus si ennuyeux ni fastidieux si nous les accomplissons en persévérant avec fermeté dans le Yoga. Il peut s'agir d'un yoga physique : nettoyer parfaitement une pièce, couper du bois, conduire une voiture ; il peut s'agir d'un yoga mental : essayer de contrôler le mental, de sorte qu'il demeure dirigé sur un seul point, centré uniquement sur le sujet en question ; il peut s'agir d'un yoga moral : le contrôle de nos sentiments et de nos émotions, de sorte que ce soit nous qui les contrôlions et non pas eux. Quel que soit le type de yoga que nous pratiquions en ce moment, c'est toujours un pas sur la voie.

Une fois que nous acceptons le fait que nous devons partir de l'endroit même où nous nous trouvons et non pas essayer d'échapper à notre karma, la vie devient infiniment plus simple. Nous ne sommes plus anxieux de savoir si ceci ou cela devrait être fait ; tout ce que nous devons faire est de nous poser la question suivante : « Est-ce que ceci est mon devoir ? ». Si oui,
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alors faisons-le du mieux possible.

Mais ici encore, nous nous trouvons devant un problème. Nous sommes souvent tiraillés entre des devoirs qui s'opposent entre eux. Dans les premiers chapitres de la Gîtâ, Arjuna était ainsi désorienté, et finalement, dans les derniers chapitres, Krishna ne lui dit pas de faire ceci ou cela, mais il déclare : « Agis comme il te semblera le mieux ». Ce point est important. Chacun doit prendre ses propres décisions, et personne ne peut s'en prendre à un autre, ou rejeter la responsabilité sur lui.

Mais quand nous agissons comme il nous semble le mieux, nous devons accorder une grande attention au motif qui se tient sous cette décision. Nous sommes continuellement pris dans le filet de l'illusion sur notre propre personne. Il est dangereusement facile de nous persuader que nous ne faisons ceci ou cela que parce que c'est l'action juste à faire ; cependant, en regardant de plus près dans notre cœur, nous pouvons trouver qu'il y avait quelque désir personnel derrière cette ligne particulière de conduite.

En résumé : la Voie est ici, maintenant, partout. On peut y marcher en faisant chaque petit devoir d'une manière altruiste et aussi parfaitement que possible, parce qu'il se trouve être notre dharma à ce moment particulier. Et il doit être fait parce qu'il est notre dharma, sans nous occuper des conséquences qui peuvent se produire. Si notre motif est juste, alors karma s'occupera du reste. C'est par ces moyens simples que le corps et le mental se purifieront et s'affineront, que l'intuition se développera et que la Voie brillera comme un sentier de lumière.

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Le grand ensorceleur (↑ sommaire)

[Traduction d'un article paru dans la revue The Thesophical Movement, Vol. 7, pp. 129-30.]

« Veille, 0 Shishya (disciple), sur tes yeux errants, de peur qu'ils ne s'attardent à des visions et à des formes belles à contempler, mais qui éveillent en toi Kâma (les passions violentes) et t'entraînent à descendre dans l'enfer des démons, te dépossédant de ton premier espoir — la vue du Paradis des Amis, des Possesseurs de l'Œil qui ne se ferme jamais, l'Œil qui veille sur la Terre endormie. »

« Veille, 0 Shravaka, sur ta langue, de peur que ne naissent sur elle les mots qui blessent non seulement les autres, mais ton âme même — mots engendrés par Krodha, la colère. Ils te rendront sourd à la Sagesse, et te feront perdre le premier prix que tu avais obtenu — le privilège d'écouter. »

« Veille, 0 Shramana, sur ton cœur, de peur qu'en lui ne s'élève l'insidieuse convoitise — le désir de posséder non seulement les joies du sang, mais aussi les joies du mental ; non seulement la richesse du monde, mais aussi le pouvoir du paradis d'Indra. »

« Lobha, la convoitise, ferme le cœur à la compasssion et te fait trahir ton premier devoir — celui de vivre au bénéfice de l'humanité »

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Le Démon Personnel, qui inspire de la crainte à certains orthodoxes, n'existe pas plus que le Dieu personnel qu'ils prient. Cependant, les croyances populaires contiennent souvent quelque vérité, bien que, une fois défigurées et corrompues, elles deviennent des superstitions qui détruisent la vie de l'âme et obscurcissent les vérités.

Le seul Démon que la Théosophie reconnaisse réside dans la chair et le sang de l'homme. Le Diable cornu de la théologie chrétienne n'est qu'une personnification poétique de la bassesse et de la méchanceté humaines — c'est un symbole clair et éloquent. Tel est aussi Mara dans le bouddhisme exotérique. H.P. B. explique que « Mara est la personnification de la tentation par les vices des hommes » et qu'il est représenté comme un Roi sur la couronne duquel brille le joyau de la fascination. Le pouvoir du mal, des faiblesses humaines et des vices gît dans ses tentations. Les instructeurs spirituels ont eu recours au moyen commode de la personnification afin de rendre plus tangibles les activités de ces tentations. C'est ainsi que le Diable, Mara et Ahriman sont personnifiés ; les théologiens orthodoxes en ont fait des personnes et des êtres de chair.

Aucun doute n'est laissé aux étudiants sincères de la Théologie sur le fait qu'ils ont en eux une nature inférieure pleine de faiblesses et de tendances vicieuses. Mais il y en a peu qui comprennent vraiment la signification de la Tentation. Tous aspirent à éviter le mal et à faire le bien. Mais, à l'exemple de l'apôtre Paul, ils glissent dans des erreurs de commission et d'omission, quelle que soit la force avec laquelle ils ont conçu leurs intentions et leurs résolutions. L'enseignement sur le karma nous permet de comprendre en partie pourquoi cela arrive ; mais comment cela arrive, c'est ce qui demeure pour beaucoup un mystère insondable. On parle de « l'influence néfaste de la lumière astrale », mais ce ne sont que des mots dont la portée et la signification ne sont pas comprises.

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La remarque de H.P. B. que le vice exerce une fascination sur certaines natures nous met sur la voie. Quelles sont les sortes de natures qui sont fascinées par le vice, c'est-à-dire, qui sont dans les griffes du Mal ? Les étudiants feront bien d'examiner le sujet de l'enchantement et de la fascination tel qu'il est exposé par l'Instructeur dans Isis Dévoilée.

    

L'aspirant honnête et persévérant est comme un homme qui se tient au bord d'un précipice. Si sa perception est superficielle, il se peut qu'il ne discerne pas le danger de cet endroit, ainsi qu'un enfant dont l'imagination n'est pas assez active pour voir le péril du vide qui s'étend à ses pieds. Cependant, un coup de vent pourrait le fracasser dans l'abîme — son ignorance ne le protège pas. Il vaut mieux que l'aspirant sache et soit sur ses gardes. Ces « certaines natures », dont parle H. P. B. peuvent être comparées aux adultes dont le mental est tel que, voyant l'abîme devant eux, ils sont incapables de contrôler leur fantaisie imaginative et de résister à l'attraction de la terre, si bien que leur corps suit leur pensée jusqu'au fond de l'abîme. Ils ne savent pas comment rompre le charme de la fascination. L'être dévoué à la cause théosophique doit par conséquent apprendre à résister à la tentation, à vaincre ce charme.

La Voix du Silence dit que le Grand Ensorceleur séduit les sens, de sorte qu'il aveugle le mental ; et quel en est le résultat ? — une épave abandonnée. Les maux ordinaires de la vie des hommes ordinaires sont très différents des maux précipités dans la vie du disciple, ou Chéla, W. Q. Judge a fait observer que tôt ou tard, dans une vie ou dans une autre, le véritable étudiant éveillera « le Gardien {du Seuil] », qui est une entité d'une espèce spéciale — l'élémental humain personnifié, créé par les justes efforts de l'aspirant qui est déterminé à conquérir les passions du monde en lui-même. L'acte seul d'invoquer le Soi Supérieur renforce non seulement le pouvoir de l'Ego Intérieur, mais aussi éveille et excite les élémentaux tanhaïques [(1) somnolents. Ces derniers perçoivent instinctivement le danger qui les menace et, de même que des voleurs s'associent en vue d'un mauvais coup fructueux, ils se coalisent pour former ce que W.Q. Judge a nommé « un élémental humain ». C'est ce qui se produit, sans même que bien des étudiants qui pratiquent sincèrement et avec dévotion la Vie théosophique n'en sachent rien. Si la coalition de ces élémentaux tanhaïques associés n'est pas dispersée à temps par l'Ego Intérieur, ils gagneront de la force, deviendront une entité et expulseront l'Ego, prenant sa place et produisant ultérieurement le phénomène de « l'Homme sans Âme ». Cet élémental humain qui se forme dans l'aspirant est nommé, dans l'Ésotérisme hindou, Pâpa-Purusha (2) bien que ce terme soit aussi employé dans le sens expliqué dans le Glossaire Théosophique.

Tout Candidat à l'Adeptat doit affronter, combattre et vaincre « l'homme de péché » en lui ; le tentateur attire l'aspirant vers les trois Portes de l'Enfer — le domaine de Mara, le Démon. Le trou sans fond de l'Enfer exerce une fascination sur trois pics escarpés sur lesquels l'aspirant rencontre son épreuve – la Mort de l'Âme. Kâma, Krodha, Lobha – la jouissance des plaisirs, la colère, la convoitise — se développent en nous, en teintant la conscience mentale à un point tel que l'aspirant Adepte en oublie sans cesse sa mission, et, qui plus est, finit par permettre que l'Ego Intérieur soit chassé. Le suicide ou le meurtre de soi-même n'est que le point culminant de nombreux actes effectués hors du contrôle de l'âme. La perfection dans la vertu ou le vice n'est pas atteinte du premier coup ; l'effort vers le Bien ou le Mal prend de nombreuses vies. La frustration imposée à l'Ego Intérieur par la Jouissance des plaisirs, la Colère et la Convoitise (dont les ramifications sont infinies) est un stimulant pour
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l'élémental humain, qui provoque l'aspirant à fuir le champ de bataille en commettant le suicide.

Le débutant ne rencontre généralement pas une épreuve si terrible et dangereuse. Son devoir envers lui-même, envers la Race et la Cause qu'il a résolu de servir, exige que son premier souci soit de combattre la jouissance des plaisirs, la colère, la convoitise dans les événements de la vie quotidienne. Ensuite, il devra affronter des épreuves spéciales qui prendront la forme de tentations subtiles ; et, un peu plus tard, les Grandes Épreuves de l'Initiation Secrète auxquelles Isis Dévoilée, 2, p. 485, (éd. anglaise), fait allusion :

"Tout Chéla,.sur le chemin qui mène à l'Adeptat, doit passer par le « Portail de rassemblement » où Maha-Mara se tient, essayant d'aveugler le candidat par l'éclat de son « joyau ». En chacun, l'élémental humain se formera et devra être rejeté ; mais la force de .résistance de ce Pâpa-Purusha est déterminée par les précédents efforts, du Chéla pour se purifier, pour ne pas permettre à « cette chose des ténèbres » de « grandir en taille et en pouvoir ». D'où l'injonction : « Prends garde, disciple, ne souffre même pas que leur ombre t'approche », car, plus tard, elle se transformera en « la sombre présence du monstre impur ». Ailleurs, il est dit : « Ses vices prendront forme et l'entraîneront vers l'abîme. Ses péchés élèveront leurs voix comme le chacal rit et sanglote après le coucher du soleil ; ses pensées deviendront une armée et le traîneront en captivité ».

Afin de se préparer pour cet avenir, il est conseillé instamment à l'étudiant-aspirant d'aujourd'hui de se rappeler et de pratiquer les trois aphorismes du Livre des Règles énumérés au début de cet article. Le fait de posséder la maîtrise de sa vue, de sa langue et de son jugement, tout d'abord dans les affaires ordinaires du monde, dévoilera à la perception du candidat aux Mystères les aspects insidieux de la jouissance des plaisirs, de la colère et de la convoitise. Que voulait
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dire Jésus par ces mots : « Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur » ? Et ne semble-t-il pas également quelque peu exagéré et illogique d'affirmer : « Quiconque dira : Insensé ! mérite d'être puni par le feu de la Géhenne » ? L'occultisme décrit les processus psychologiques réels, bien qu'invisibles, qui président à l'acte banal de voir avec les yeux, de parler avec la langue, de désirer avec le cœur. Les hommes et les femmes ne savent pas ce qui se passe quand ils voient, mais l'étudiant théosophe devrait connaître ce qui émane de ses yeux, et comment les objets de sa vision en sont pénétrés ; il devrait savoir ce qui arrive quand des messagers vivants sortent de sa langue pour bénir ou maudir un ou plusieurs de ses semblables et connaître aussi la forme que revêt sa convoitise quand, s'élevant en son cœur, elle s'élance comme une flèche qui blesse ou une balle qui détruit. Contrôlons et soumettons donc ces forces maintenant, dès le début, pendant qu'elles sont isolées, quoique puissantes. Bientôt, elles se coaliseront, s'uniront, et la Tentation Personnifiée qui tue l'Âme risquera de triompher. Un homme averti en vaut deux.

« Grand est le pouvoir d'Ahriman. »

«MAIS, PLUS GRANDE ENCORE EST LA LUMIÈRE D'AHURA-MAZDA.»

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Les vices et l'échelle du progrès  (↑ sommaire)

[Traduction d'un article paru dans la revue The Theosophical Movement, Vol. 28  p. 125-7.]

« Les vices de l'homme deviennent, un à un, des degrés de l'échelle, au fur et à mesure qu'ils sont surmontés » dit la Lumière sur le Sentier. Mais avant de pouvoir être surmontés, ils doivent être reconnus et la difficulté tient à ce que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes — nous ne connaissons pas notre vrai caractère. Ou plutôt, nous nous dupons en nous croyant meilleurs que ce que nous sommes en réalité. L'observation de soi est une qualité qui a besoin d'être développée.

Cependant, même quand nous nous rendons compte de nos faiblesses, il nous est difficile de nous avouer nos propres fautes, parce que cela blesse notre amour-propre. Nous ne prenons jamais le temps de constater que nous avons en nous-mêmes tel et tel vices, et nous oublions que nous sommes ici à cause de nos défauts, et non pas à cause de nos qualités et « qu'aucune faute n'est meilleure ou pire qu'aucune autre faute ».

Nous nous abusons souvent en croyant que nos défauts ont déjà été vaincus, nous cessons de nous attaquer à nos vices et nous abandonnons le combat avant d'avoir remporté la victoire. Cette attitude est
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dangereuse et peut nous faire rétrograder. Il n'y a pas d'état stationnaire dans la Nature : nous montons ou nous descendons sur l'échelle de l'évolution, mais nous ne restons pas sur place.

Pour reconnaître et vaincre nos vices, il faut nous entraîner à devenir de véritables Âmes de Kshatriyas, des guerriers, sans peur, fermes et forts, incapables de s'enfuir du champ de bataille et possédant la force qui vient de la conviction inébranlable que la conquête de nous-mêmes est une chose possible. Nous devons apprendre à fortifier et utiliser notre pouvoir de volonté, notre capacité de combattre et de conquérir, la faculté de détruire et de régénérer. Pour réussir dans cette entreprise de la purification de soi-même, Virya « l'énergie indomptable qui fraie sa route vers la suprême VÉRITÉ, hors de la boue des mensonges terrestres », est indispensable. Nous devons posséder cette énergie spirituelle qui est capable de transformer notre nature, de même que l'endurance qui jamais ne lâche prise ; car « la vie du Chéla, quoique pleine de nobles possibilités, est une bataille perpétuelle du début à la fin ». Les Maîtres eux-mêmes ne sont pas dispensés de la nécessité du combat. « Nous devons livrer nos propres batailles », dit l'un d'Eux, et l'adage familier : « on n'est pas fait Adepte, on le devient », est une vérité à prendre à la lettre.

Ainsi, vraiment, c'est jusqu'à la fin que l'homme intérieur impersonnel et le soi inférieur animal sont en conflit constant pour obtenir la suprématie. « Cette guerre durera » déclare la Doctrine Secrète « jusqu'à ce que l'homme intérieur et divin accorde son soi extérieur et terrestre à sa propre nature spirituelle ; tant que ce point n'est pas atteint, les forces ténébreuses et farouches de l'homme passionnel terrestre doivent rester perpétuellement en lutte avec leur maître, l'Homme Divin ».

Ainsi, la tâche de l'aspirant chéla consiste non seulement à développer ses vertus mais aussi à conquérir
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tous les vices disséminés que karma peut amener à la surface, car les vertus « sont inutiles si elles existent seules. La nature tout entière de l'homme doit être sagement mise à profit par celui qui veut entrer sur la voie ». (La Lumière sur le Sentier). L'éducation de l'âme consiste à développer l'homme tout entier pour l'intégrer en un tout complet. Il est réconfortant de penser que nos faiblesses et nos vices peuvent devenir des moyens de nous élever à mesure que nous les combattons et les surmontons et qu'ils nous rendent ainsi capables d'atteindre un barreau plus élevé de l'échelle.

« Nul homme qui perçoit ses erreurs ne peut être un cas désespéré ». Cependant, les vices ne peuvent être vaincus par un seul effort ; leur conquête se fait graduellement.

« Essayez de réaliser », écrit H.P. B., « que le progrès se fait pas à pas et que chaque pas demande un effort héroïque... Les passions conquises, comme des tigres tués, ne peuvent plus se retourner sur vous et vous déchirer ».

La patience est nécessaire, ainsi que la volonté d'essayer et de ne jamais cesser d'essayer. Nous pouvons réussir ou échouer dans la société ou dans le monde des affaires, mais il n'y a rien qui puisse s'appeler une défaite dans la vie spirituelle, si ce n'est le fait de cesser d'essayer. Chaque échec, quand on le reconnaît comme tel, devient un succès.

« Souviens-toi, ô toi qui combats pour la libération de l'homme, que chaque échec est un succès et toute tentative sincère aura, en son temps, sa récompense. Les germes sacrés qui, invisiblement, poussent et croissent dans l'âme du disciple, fortifient leurs tiges à chaque nouvelle épreuve ; elles se plient comme des roseaux, mais jamais ne se rompent et jamais ne peuvent être perdues. Mais quand l'heure a sonné, vient leur floraison. »
(La Voix du Silence, pp. 84-5).

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Et, dans une note, H.P. B. explique que ces versets sont une allusion aux passions et aux péchés humains qui sont abattus durant les épreuves du noviciat, et qui servent de terrain fertilisé où les « germes sacrés » ou les semences des vertus transcendantes pourront un jour germer et croître.

Tant que nous sommes conscients de nos échecs, nous sommes saufs. Nous pouvons réparer le tort fait et transformer les forces du mal en pouvoirs bénéfiques. Dès que nous nous rendons compte d'un défaut, nous devrions l'écraser dans l'œuf.

« Car maintenant, sur le seuil, une faute peut se réparer. Mais si tu l'emportes avec toi, elle grandira et donnera des fruits, à moins que tu ne la détruises au prix d'amères souffrances. »
(La Lumière sur le Sentier).

Nous devons aussi tenir compte du fait que, au fur et à mesure que nous avançons sur le Sentier, les vices que nous devons affronter et vaincre « subissent une transformation subtile, et réapparaissent sous un aspect différent dans le cœur du disciple. Il est facile de dire : je ne serai pas ambitieux, il n'est pas aussi aisé de dire : quand le Maître lira dans mon cœur, il le trouvera tout à fait pur » (La Lumière sur le Sentier).

Nous recevons aussi l'avertissement que « si le sens de la personnalité, la vanité, l'amour-propre, trouvent refuge sur le plan des principes supérieurs, ils sont beaucoup plus dangereux que ces mêmes défauts lorsqu'ils n'appartiennent qu'à la nature physique inférieure de l'homme ».

De même, les vertus à acquérir ne sont pas des vertus ordinaires, mais des vertus transcendantes.

Chaque vice est l'ombre obscure d'une vertu et avant de pouvoir atteindre le degré supérieur de l'échelle, tous les vices doivent être transmués en vertus. Tâche
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bien malaisée que cette transmutation ! En fait, c'est le plus difficile de tous les combats. C'est pourquoi le Bouddha a donné cet enseignement : « Meilleur que celui qui dans le combat est mille fois vainqueur d'un millier d'hommes, est celui qui est vainqueur de lui-même. Il est en vérité le plus puissant des guerriers ».

Chacun doit livrer sa propre bataille sans aide. Personne d'autre ne peut le faire à notre place. « La couronne du vainqueur », dit un Maître, « n'est réservée qu'à celui qui se montre digne de la porter ; à celui qui s'attaque à Mara en combat singulier et vainc le démon de la convoitise et des passions terrestres ; et ce n'est pas nous, mais c'est Lui-même, qui en couronnera son front ».

Qu'est-ce qui nous aidera à l'emporter sur l'homme animal inférieur, « l'homme de péché » ? Les aspirations altruistes affaiblissent la puissance du soi inférieur plein du sens de lui-même. Et tandis que nous essayons de réaliser nos aspirations spirituelles, avec un constant désir de nous unir à notre Soi Supérieur, nous construisons l'Antakharana – le pont entre l'homme personnel et l'Ego divin – et ce n'est qu'en tant qu'êtres Antakharaniques que nous serons capables de regarder sans passion notre soi personnel, de le prendre fermement en main et enfin d'apprendre à le placer sous notre contrôle. N'oublions donc pas l'enseignement suivant : « le seul échec qu'un être puisse éprouver du point de vue spirituel réside dans l'abandon de son aspiration w».

Notes

  • (1) Tanhaïque : propres à Tanha, la soif de vivre (N.d.T.).
  • (2) Pâpa-Purusha : littéralement, l'homme de péché (N.d.T.).

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