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La plus grande de toutes les guerres

Sommaire :

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La plus grande de toutes les guerres (↑ sommaire)

[Traduction de l'article « The Greatest of All Wars » publié dans la revue
The Theosophical Movement, Vol. 2, p. 71-2, et Vol. 30, p. 152-4.]

Toutes les brouilles familiales, toutes les luttes de classes, toutes les guerres nationales, toutes les croisades religieuses ne sont que des ramifications et des échos répercutés de l'éternel conflit entre le Soi supérieur et le soi inférieur de l'homme. Pour l'étudiant de l'Occultisme, l'une des premières leçons à comprendre est de réaliser le fait que les batailles dans le monde extérieur ne font que reproduire de façon plus ou moins nette celles qui se livrent au-dedans de nous-mêmes. Le sens et la portée des guerres, petites et grandes, resteront toujours incompris aussi longtemps que cette grande vérité ne sera pas perçue. Les guerres internationales ne se précipiteraient pas si luttes de classes, haines religieuses, préjugés de castes, etc. n'existaient pas dans les nations ; la compétition entre jeunesse et vieillesse, homme et femme, ne trouverait pas place dans une société où seraient conservées des relations familiales d'une nature et d'un type justes et convenables. Finalement, en arrivant à l'individu, nous le voyons en lutte avec ses voisins et ses proches, parce que ses mains sont en guerre contre sa tête, son mental contre son cœur ou son orgueil contre ses principes.

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Une bataille est constamment engagée entre notre soi matériel et notre Soi spirituel. Les étudiants en Théosophie s'instruisent de la nature de cette bataille, et ceux qui parmi eux y réfléchissent attentivement acquièrent la connaissance de la force relative des combattants et de leurs sources respectives de recrutement, et de récupération d'énergie, tandis que se poursuit la bataille. Nous savons tous que le triomphe de l'Esprit sur la Matière, de la Sagesse sur l'Ignorance, de l'Amour sur la Haine doit finalement arriver ; mais cette compréhension théorique est de peu d'utilité tant que la haine consume l'amour et attise le feu du désir dans notre propre nature.

Non seulement il y a un combat constant qui se poursuit au-dedans de nous, mais il nous est recommandé de le soutenir jusqu'à ce que la victoire soit gagnée, jusqu'à ce que la Lumière de la Sagesse rayonne de notre cœur, en dissipant les ténèbres de l'ignorance, jusqu'à ce que l'Amour rayonne de notre intelligence sa justice et sa béatitude, en révélant l'harmonie au milieu du chaos. Un cœur éclairé, une tête riche de compassion, sont les marques de l'Homme-Esprit, qui est plus haut, plus grand et plus noble que l'homme bon, au mental intelligent et au cœur plein de sympathie. Il est nécessaire de faire cette distinction entre l'homme bon et l'homme spirituel. En tant qu'apprentis cherchant sincèrement à appliquer les enseignements théosophiques, nous avons laissé derrière nous la vie de vice à proprement parler, et nous faisons une distinction entre elle et la vie supérieure. Nous risquons toutefois de confondre la vie de bonté négative et la vie de l'Esprit. Un Maître a écrit jadis : « Il n'est pas suffisant que vous donniez l'exemple d'une vie pure et vertueuse, et d'un esprit tolérant ; ceci n'est que bonté négative — et ne suffira jamais pour l'état de disciple ». La spiritualité positive est tout autre chose qu'une bonté négative, et lui est bien supérieure.

Nos vertus et nos vices font que nous sommes tour
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à tour bons et mauvais. L'équilibre permettant leur maîtrise, et leur transformation en facultés de croissance et de service, doit être atteint si l'on veut manifester une spiritualité positive. Exactement comme l'amour humain est plus noble que le désir sensuel et lui est supérieur, et qu'un tel désir constamment nourri de lui-même ne peut devenir amour, ainsi la Spiritualité Divine est d'une qualité plus profonde et plus rare que ne l'est la bonté humaine, laquelle également, simplement accrue, ne donne pas naissance à la Sagesse de l'Esprit. La différence entre bon et mauvais est une différence de genre ; la nature du gouffre qui sépare bonté et spiritualité n'est pas une simple question de degré.

Une claire perception intellectuelle de ce fait est d'un grand secours. Un soldat se sent animé d'un plus grand élan au combat s'il comprend théoriquement la nature essentiellement vicieuse de son ennemi ; il met plus de cœur à combattre s'il assimile cette compréhension. Cette assimilation est un atout merveilleux sans lequel il est presque impossible de gagner la victoire sur notre nature inférieure. La constance et la fermeté, si nécessaires pour soutenir le combat, commencent à naître dans notre cœur. Comprendre notre philosophie avec notre intelligence ne nous apporte pas la vitalité qu'elle nous procure si nous la comprenons avec notre cœur. L'assimilation des enseignements est une expression employée très couramment ; sa signification psychologique n'est pas ressentie aussi généralement. Attachons-nous donc à saisir par le pouvoir du cœur la différence vitale entre l'homme bon et l'homme spirituel.

La lutte entre le bon et le spirituel dans le -monde extérieur est représentée en nous par le conflit des devoirs. Il y a ceux qui font tout leur devoir sans se poser de questions, car en eux le conflit des devoirs ne s'est jamais présenté. Les bonnes gens du monde, bien que dépourvus d'idées sur la croissance de l'âme et le progrès spirituel, saisissent les vérités de la vie
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mieux que celui dont l'univers personnel est occupé par un conflit des devoirs. C'est seulement alors que se posent les questions embarrassantes : « Que suis-je ? » « Quels sont mes rapports avec les autres ? » Une bonne mère continuera à être invariablement bonne jusqu'à ce que les circonstances l'obligent à considérer la sagesse ou la sottise de son attitude envers son propre enfant, ou la justice ou l'injustice de son attitude envers les enfants des autres. Le conflit des devoirs ouvre une fenêtre sur le monde de l'Esprit.

Trouver et maintenir un équilibre convenable entre des devoirs différents et contradictoires transforme notre bonté en spiritualité. La vie supérieure consiste en un ajustement exact de nos différents devoirs en un Dharma harmonieux permettant ainsi la manifestation de la qualité de notre Ego [l'âme spirituelle]. Toute chose et tous les êtres ont leurs qualités respectives, dont quelques aspects sont devenus évidents, d'autres aspects étant encore à l'état latent. À mesure que les aspects latents de notre qualité se manifestent, ils s'opposent souvent à ceux qui ont déjà trouvé une expression objective. Ainsi naît le conflit des devoirs. Notre dharma — un grand mot sur lequel il est nécessaire de méditer — est la voie de notre devenir. Nous sommes ce que nous sommes en raison de notre dharma ; par l'accomplissement du dharma, nous grandissons, nous devenons différents de ce que nous sommes. Ici se trouve la base de la croissance intérieure — le conflit entre des forces opposées et durables.

Les forces de l'Esprit perdurent. Elles sont supérieures aux forces du mal comme à celles du bien. La lutte contre notre nature inférieure est souvent analysée comme un combat contre des tendances vicieuses. Il n'est pas toujours reconnu que nous souffrons des défauts de nos qualités — et c'est un genre d'obstacle très dur à surmonter parce que, d'une façon générale, nous lui trouvons et fabriquons des excuses. Une mauvaise action caractérisée, nous la condamnons même en nous-mêmes. Si, par tendance karmique ou
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pour d'autres raisons appartenant au domaine de l'occulte, de mauvaises précipitations ont lieu dans notre vie de tous les jours, nous sommes capables de les reconnaître comme telles. Il nous reste assez de décence pour percevoir que le mal est mal et la mauvaise action mauvaise. Mais il y a des précipitations de vertus exagérées et d'habitudes mal formées, et il est très difficile de voir ces exagérations et ces malformations. C'est en rapport avec elles que survient le conflit de devoirs théosophiques, et le seul pouvoir qui puisse nous éviter de faire fausse route est une compréhension de notre philosophie avec le pouvoir du cœur.

Dans notre ardeur à apprendre les divers aspects de la philosophie, nous oublions parfois qu'il existe une méthode pratique pour entreprendre l'étude elle-même. Sans doute devons-nous posséder la connaissance adéquate de nos principes généraux et de nos propositions fondamentales ; mais cela ne devrait pas nous empêcher d'entreprendre une étude serrée des enseignements théosophiques spécifiques qui constituent des réponses à nos problèmes intimes et personnels. Nous avons une personnalité qui entreprend l'étude des voies de l'Impersonnel ; elle a des tendances que nous désirons détruire ; elle a des modes d'expression que nous désirons changer. Un homme sérieux qui veut vivre la vie spirituelle devrait apprendre à choisir parmi le vaste ensemble de nos enseignements ceux qui, spécifiquement, l'aideront à affronter avec succès ses combats contre son soi inférieur. Tous nos problèmes, qu'ils soient de l'Ego ou de la personnalité, du Soi de l'Esprit ou du soi de matière, ont leurs solutions dans notre philosophie ; les infinies complexités du mental et de la morale y sont traitées et nous devrions chercher avec discernement toutes les indications qui sont des remèdes à nos maux particuliers.

Le soutien d'un combat constant contre notre nature inférieure devrait être un processus scientifique ; chez bon nombre d'entre nous, c'est une affaire de senti-
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ment. Un simple désir de garder le corps en bonne santé ne le rend pas sain, mais une compréhension et une application scientifiques des lois du corps se révèlent efficaces : ainsi en est-il avec la santé psychique et spirituelle. Une étude spéciale à partir de ce point de vue personnel écarte les obstacles que dressent les devoirs contradictoires. Notre nature inférieure est composée de vies d'un degré d'évolution inférieur. Les organismes de notre nature supérieure sont constitués d'intelligences d'un type plus élevé. Chacun s'efforce de manifester le dharma de sa qualité respective, et de là surgit l'éternel conflit.

Notre nature corporelle et sensorielle réclame sa propre vie ; nos sentiments revendiquent bien haut le droit à leur propre expression ; notre mental souffre le supplice de Tantale lorsque nous l'obligeons à se plier et maîtrisons ses envies naturelles. Ces constituants de notre soi inférieur ont leurs propres caractéristiques et entre elles une guerre fait rage comme on peut s'en rendre compte en observant les gens pleins de leur personnalité, mais dépourvus de l'énergie d'origine spirituelle. Lorsque le Feu du Soi Supérieur, avec sa Raison pleine de Compassion, son Intuition source d'Illumination, son Pouvoir de Volonté Créatrice, touche le soi inférieur, une profonde insatisfaction est ressentie. Lorsque l'étude et la pratique de la Théosophie rendent le combat plus farouche, ne nous laissons pas aller à une dépression déroutante ; n'oublions pas les propositions impliquées dans le problème éthique du conflit des Devoirs.

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Comment se préparer (↑ sommaire)

[Traduction de l'article « On Getting Ready » publié dans la revue
The Theosophical Movement, Vol. 2, p. 76, et Vol. 30, p. 193-5.]

Pour le travail ou le jeu, pour les affaires comme pour le sport, les hommes se préparent par un entraînement constant. L'étudiant-serviteur de la Théosophie se rend compte aussi qu'il doit se préparer pour croître, et il réalise que la croissance passe par le service. En acquérant cette perception, et en s'appliquant à la pratique, il commet des erreurs. Les chemins de la vie supérieure et le mode de développement intérieur sont tellement différents des méthodes de ce que l'on appelle le progrès moderne qu'invariablement il s'ensuit une perte de temps — la plus coûteuse de toutes les denrées sur n'importe quel marché.

Il est nécessaire de saisir certaines idées qui nous aident dans nos efforts de préparation. La toute première idée est semblable à un miroir dans lequel nous pouvons apprécier la stature de notre nature intérieure en cours de croissance. La vie spirituelle n'est pas une vie de subtil repos, mais d'activité créatrice grandissante qui engendre une joie réelle. Ressentons-nous l'élan de la vie et la satisfaction dans le travail ? En toutes choses et en tous temps, nous sentons-nous enthousiastes d'une façon naturelle, sans nous forcer ? C'est là le test. Nous avons tendance à nous juger
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d'après la louange ou le blâme que les autres nous adressent ; souvent nous estimons notre travail entièrement à la lumière de la réputation qu'il s'attire ; ce n'est pas là le test. Le développement de l'Esprit manifeste sa force comme lumière dans le mental, et comme repos dans la conscience toujours active. Si nos pensées et nos actions illuminent notre mental, apportent paix et joie à notre cœur, elles sont les expressions naturelles de la lumière intérieure. Le mécontentement provient de l'absence de la béatitude, Ananda, qui est la nature même de Buddhi.

L'affinité existant entre nos natures intérieure et extérieure fournit la seconde des règles que nous devons considérer. La confiance dans le Soi, Âtma, croît avec le reniement de l'égotisme, ahâmkara. Dans ce mot « reniement » est contenue l'une des principales pratiques de la vie de l'âme-guerrier. La vie des sens donne naissance à l'égotisme. Les pouvoirs et les forces du mental sont prostitués pour l'assouvissement du désir dans toutes les relations de la vie. Le lien marital, sacré et bienfaisant, existe entre les pouvoirs du mental et l'Esprit humain, divin par nature. Ce qui arrive dans la société moderne est symptomatique de ce qui a lieu dans la vie de maints étudiants de la Sagesse. L'avilissement de la vie maritale, si courant dans notre civilisation, découle du même archétype qui est à l'origine des divisions dans la vie individuelle, où nous vivons tour à tour la vie animale inférieure et la vie divine supérieure. Entre les deux existe une relation certaine, bien que cachée ou obscure, qui est exprimée dans la seconde règle que nous sommes en train d'examiner.

En nous préparant pour le Sentier de Sainteté, nous devons pratiquer le reniement de l'égotisme-ahâmkara par un constant appel à Âtma, le Dieu intérieur. C'est ainsi que se développe la confiance dans le Soi. Âtma est altruiste, dans le petit homme comme dans le grand univers. Il est partout à cause de sa nature altruiste. Se reposer sur Lui c'est voir sous leur vrai jour les
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effusions nombreuses et variées de l'âme-ahâmkara, le soi inférieur. La lumière d'Âtma nous rend capables de déterminer les véritables valeurs des différentes parties constituantes du soi inférieur.

La contemplation d'Âtma devient donc nécessaire ; le Cœur pur ne pénètre pas seulement le ciel, mais aussi l'enfer. La descente de Jésus dans les régions inférieures est une version dramatisée des expériences psychologiques que traverse chaque néophyte. Dans la conquête de la chair, dans la sainte croisade, le Jihad du Musulman, le pur altruisme Âtmique qui pénètre le champ de bataille soumet à la fois le bien et le mal, le ciel et l'enfer, et s'élève au-dessus des deux. L'un des éléments des paires d'opposés, le plaisir, est souvent pris à tort pour la Béatitude, pour la même raison que le soi inférieur et ahamkara sont pris pour le Soi supérieur et Âtma. Pour devenir prêt, la lumière d'Âtma qui est Béatitude, l'amour d'Âtma qui est Sagesse, l'œuvre d'Âtma qui est Sacrifice doivent être reconnus comme supérieurs au plaisir, à la connaissance et à l'activité du soi inférieur. Avec cette perception vient la force de « tuer », c'est-à-dire, de régénérer l'homme-animal.

Le pouvoir alchimique de transmutation du métal vil du soi inférieur en l'or du supérieur réside dans le Cœur de l'homme. Cette puissante Shakti (pouvoir) gît paisible et endormie comme un Dragon de Sagesse lové. Ailleurs, dans la constitution humaine, se trouve le serpent venimeux du soi, cet éternel ennemi de tout aspirant à la Sagesse et à l'Altruisme. Mais serpent et Dragon sont de la même espèce, d'où l'injonction  : « Sois miséricordieux envers l'ennemi ; prends garde à ses traîtrises ». Soumettre l'inférieur, mais éviter de l'irriter est une tâche exigeant de l'habileté. Les deux caractéristiques nécessaires à cette entreprise sont un sens de l'humour pour les faiblesses du soi inférieur et une vigilance constante à l'égard de ses manœuvres insidieuses.

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Dans cette guerre sainte de la régénération, il faut faire appel au pouvoir purificateur de la connaissance. C'est ici que se révèle utile la Théosophie, en tant que corps de connaissance, sûr et infaillible, fondé et érigé par l'expérience accumulée des sages. Tout honnête homme désire améliorer sa vie ; maint enthousiaste se déclare prêt à suivre des règles de conduite qui le mèneront au succès. Mais, en fait, très peu de gens étudient la science de l'âme, même théoriquement, car la loi de confiance en Âtma par le reniement d'ahâmkara les effraie ou les décourage. Ceux qui comprennent l'enseignement intellectuellement retombent souvent dans les anciennes habitudes et méthodes de reniement d'Âtma et de confiance en ahâmkara. Telle est la nature emportée de notre race qu'il n'est pas laissé de temps pour assimiler ce qui est étudié. La génération spontanée du Dragon de Sagesse dans la cavité du Cœur ne peut avoir lieu qu'avec l'écoulement du temps. Si pendant cette période nous sommes troublés par des événements, ou ennuyés jusqu'au dégoût par les choses, nous nous identifions à ces événements et ces choses. « Kala (le temps) seul survit à Yama (la mort) — Âtma (le Soi) est fait de Kala (le temps). »

Pour devenir plus aptes à aider et à instruire les autres, nous devrions utiliser le temps à étudier, et laisser le temps nous utiliser pour le processus d'assimilation. C'est ainsi qu'on atteint le Yoga avec le Temps.

La connaissance, avec l'écoulement du temps, purifiera le soi inférieur pour donner naissance à la compassion grâce à laquelle on peut véritablement aider les autres. La compassion remplace la Connaissance par la Sagesse, donne à toutes les actions un caractère de sacrifice et emplit toute existence de béatitude. Ainsi est atteint le Yoga avec l'Espace.

Par l'étude de la Théosophie nous acquérons la Sagesse ; par la pratique de la Théosophie nous acquérons la Compassion ; ensemble elles permettent d'at-
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teindre et de réaliser la Béatitude de la Vie intérieure. Être plein de béatitude, de compassion, et de discernement — voilà la triade éternelle qui marque la préparation à la vie de Service spirituel. Dans cette tentative, dit l'Enseignement, « Méfie-toi de la sécurité établie : elle mène à la torpeur ou à la suffisance ».

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Aider le travail (↑ sommaire)

[Traduction de l'article « Help the Work » publié dans la revue
The Thesophical Movement. Vol. 2, p. 82-3, et Vol. 30, p. 230-3.]

Il y a divers motifs qui poussent les étudiants à servir la Cause de la Théosophie. La nature et l'étendue de ce service dépendent du motif. Les voies de service sont définies et limitées exactement comme le sont les motifs de ce service. Certains étudiants sont poussés à servir par le désir de croissance personnelle ; d'autres ont une inspiration vers l'altruisme par le désir compatissant d'améliorer le sort de leurs semblables. Certains servent pour dépenser le surplus d'énergie de leur nature ; d'autres se stimulent afin que du service puisse en résulter.

Quel que soit le point de départ, un peu d'étude révèle un fait capital : le service de la Théosophie, indépendamment du temps, de l'endroit, des circonstances, aussi bien que des amis, parents et étrangers, est impératif, non seulement pour la croissance mais pour l'existence même.

Les étudiants de la Théosophie se préparent par l'étude et par d'autres moyens à servir l'humanité ; ils essayent sérieusement de devenir plus aptes à aider et à instruire les autres. Les théosophes ne font pas de propagande dans le but d'acquérir pouvoir, popularité et prospérité pour la Théosophie, mais pour rendre meilleurs les hommes et les femmes, pour éclairer
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les âmes humaines et les amener progressivement à la paix et à la sagesse. Notre philosophie décourage le prosélytisme et préconise la conversion intérieure de chacun par lui-même.

Quand, à force d'étude, un individu s'est refait lui-même, il est, en un sens, comme un être qui est né de nouveau. Les grandes Initiations des Anciens Mystères ont leur projection dans le cœur des mortels. À mesure que nous apprenons à naître et renaître, nous nous approchons de plus en plus de la Grande Naissance du Dwija, le Deux-fois-Né, l'Initié. Tout comme le bain quotidien du corps est le reflet du Baptême par l'Eau, de même le renouveau saisonnier du mental et du cœur est un symbole du Baptême par le Feu. Pour la santé du corps, l'élimination des déchets est nécessaire et il y a une élimination correspondante des rébus moraux et mentaux de notre conscience.

Le service de la Théosophie est la voie par laquelle les étudiants de la Théosophie sont amenés à renaître. Il opère comme un grand centre de tri d'énergies et d'idées où s'éliminent les notions fausses et se conservent les vraies. Ainsi, les étudiants de la Théosophie ne confèrent aucun bénéfice à la philosophie ou au Mouvement par leur service ; ils s'enrichissent et s'obligent eux-mêmes. Colomb n'a été d'aucun bénéfice pour l'Amérique par sa découverte ; mais lui et ses compagnons en ont tiré profit. L'Amérique, non découverte, eût continué de vivre, jusqu'à ce que la nécessité humaine pousse quelque Colomb à la découvrir. De même en est-il pour la Théosophie. Débarrassons-nous de l'idée qu'en aidant la Cause nous obligeons de ce fait la Théosophie. Nous nous aidons nous-mêmes. Bien mieux, cette action d'aider est une nécessité de l'existence, de notre propre existence.

Nous avons tous trois grandes possessions : l'Énergie pour créer, la Richesse pour entretenir et le Temps pour nous renouveler. Ce sont là nos trois joyaux.
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Nous nous forgeons par le travail, nous nous préservons grâce à: la richesse dont nous disposons et nous nous .améliorons avec le temps. Travail, Richesse, Temps sont interdépendants. Avec le temps. le travail engendre la richesse ; celle-ci nous donne, en temps voulu, l'énergie pour travaille ; le temps nous pousse à la tâche de sorte que nous puissions nous-mêmes nous enrichir ; le travail fait passer le temps et le temps fait échec au pouvoir destructeur et épuisant du labeur. L'un sans les deux autres — bien plus même, deux d'entre eux sans le troisième aboutiraient à la ruine et à l'annihilation de l'homme.

Dans le service de la Théosophie, le Temps, les Biens et le Travail sont tous trois nécessaires. Nous devons nous créer nous-mêmes par l'étude ; nous devons croître en nous régénérant, à mesure que passe le temps. Sous la loi de Périodicité, tandis que les cycles vont leur cours, Sagesse et Hommes Sages travaillent à se préserver dans leur Nature-A-Jamais-Persistante grâce à une perpétuelle rénovation. La Nature est en travail et naît ; ses dons généreux chantent son existence : ses changements sans cesse poursuivis sont l'indice de sa soumission à Kala, le Dieu du Temps.

Le Mouvement Théosophique, à toutes les époques et sous tous les climats, est créé par le travail des Maîtres, est maintenu en vie par la Richesse de Leur Sagesse et est régénéré, à l'abri de la corruption, siècle après siècle, cycle après cycle. Le Mouvement ne meurt jamais, parce que ce triple processus est maintenu vivant par les Grands et Leurs fidèles serviteurs. L'incarnation visible et organisée du Mouvement Immémorial subit le déclin et périt, du fait que son travail, ses richesses et son temps viennent à extinction par friction. Lorsque ceux qui appartiennent à cette expression visible du Mouvement cessent de travailler, la pauvreté devient leur lot : affamés, ils cessent d'exister. Lorsqu'ils peinent et travaillent mais ne partagent pas leurs acquisitions avec le corps grâce auquel ils se sont enrichis, ils périssent et le corps périt avec
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eux. Quand ils créent par leur travail, et nourrissent par leur richesse, il arrive parfois qu'ils ne renouvellent pas leur lien d'amitié avec la Source Toujours Jaillissante et ne s'accordent pas au Mouvement des Étoiles : ils continuent alors à exister — comme des cadavres, des apparences privées de vie — tandis que la Vie crée ailleurs le corps de la Vérité.

Les cycles mineurs ne sont que des répliques des cycles majeurs. La Loi de Correspondance et d'Analogie joue parfaitement, partout et en permanence. Ce qui est vrai des âges antérieurs et des autres corps est vrai aussi de celui-ci et de la Loge à laquelle nous appartenons. En tant qu'association volontaire d'étudiants, nous n'existons pas pour la glorification de ce corps ni de nous-mêmes qui en faisons partie. Nous existons pour servir la Cause et avons la responsabilité de la garder active en tant que l'incarnation visible du Mouvement Invisible. Ceci peut se réaliser grâce au Travail, à la Richesse et au Temps, et d'aucune autre manière.

Le Travail qui crée pour le soi est égoïste ; celui qui crée pour le Soi est Sacrifice.

La Richesse qui préserve le soi engendre la pauvreté ; celle qui préserve le Soi mène à la Sagesse.

Le Temps qui renouvelle le soi engendre la douleur ; celui qui renouvelle le Soi est Béatitude.

C'est pourquoi il nous faut obtenir les moyens de faire du travail créateur, de préserver la richesse, de régénérer le temps. Cela consiste en la Faculté de Sacrifice, la Possession de la Sagesse et l'Énergie de la Béatitude.

Nous devons acquérir la faculté de sacrifice sur le plan de l'action, de l'effort, du travail. Ce qui signifie que nous devrions travailler dur pour le Grand Sacrifice, nous activer par le pouvoir du Grand Acteur. Nous devons arriver à posséder la richesse de la Sagesse sur le plan du mental, de l'étude, de la contemplation. Ce qui signifie que nous devons enseigner et instruire et inspirer par le pouvoir du Grand Instructeur, offrir le don et le bienfait de la Grande Contemplation. Nous devons obtenir l'énergie de la Béatitude sur le plan de la vie, du cœur, de l'être. Ce qui signifie que nous devrions grandir en donnant, donnant par le pouvoir du Grand Rénovateur, en accordant ainsi la Joie de la Grande Naissance. Ainsi 1e Sacrifice construit, la Sagesse
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soutient et la Béatitude rénove la vie, sans cesse et à jamais. Le sacrifice de tout ce que nous avons, la sagesse de tout ce que nous sommes, la béatitude qui est notre Soi — telle est la triple offrande que tout étudiant de la Théosophie devrait faire sur l'autel du Mouvement Sacré.

Nous nous créons nous-mêmes théosophiquement par le travail qui est Sacrifice. L'égotisme est la source unique d'où jaillissent les nombreuses excuses qui nous empêchent de naître théosophiquement. Souvent le désir de travailler est identifié à tort avec la capacité de servir. Cette dernière appartient en réalité au second aspect : la richesse. Si la plupart des étudiants n'arrivent pas à travailler, ce n'est pas par manque de capacité, mais par l'absence de désir de servir et d'aider. Le seul indice certain de naissance théosophique est la Volonté de Travailler, qui pousse à découvrir « celui qui en sait encore moins » que soi. Ahâmkara-l'égo-tisme se manifeste parfois comme suffisance, certaines autres fois comme fausse modestie. Cette fausse humilité est plus subtile et par conséquent plus insidieuse. Ce n'était pas par manque de capacité qu'Arjuna s'écria : « Je ne combattrai pas, ô Govinda », mais en raison de son manque de Volonté de servir à la fois les Pandus et les Kurus. Celui qui aime et fait des sacrifices dans les affaires journalières de la vie trouve la grande occasion d'entrer sur le Sentier de Compassion, la Voie d'Altruisme. Naître c'est manifester le pouvoir du Maître Intérieur — même faiblement et sur une petite échelle. « Faire le travail du Roi tout
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au long des jours » dépend de la reconnaissance préalable du Roi dans la Chambre du Cœur.

C'est seulement lorsque nous désirons servir et commençons à travailler que le manque de connaissance se fait vraiment sentir. Lorsque les gens se plaignent de leur manque de connaissance, ou de leurs médiocres capacités, et refusent de travailler pour cette raison, ils ne sont réellement conscients ni de l'un ni de l'autre. Ce n'est que lorsque nous commençons à enseigner que nous découvrons vraiment ce que nous avons à apprendre ; ce n'est que lorsque nous soulevons un poids que nous savons quelles charges nous sommes incapables de porter ; c'est seulement en exprimant ce que nous savons effectivement que nous devenons conscients de ce que nous ne savons pas. C'est le travail — le premier aspect — qui nous apporte notre richesse de sagesse, en nous révélant à quel point nous sommes très pauvres. Lorsque l'esprit de service constate le fait que nous sommes accablés de pauvreté, il se met en devoir d'amasser de la richesse.

Chacun, si pauvre qu'il soit, possède la triple richesse du Cœur, de la Tête et des Mains, dont la dernière a le double aspect de la santé corporelle et de l'argent. Si chacun de nous faisait un juste et adéquat usage de ce qu'il a l) d'argent, 2) de santé, 3) de connaissance et 4) de dévotion, nous en tirerions bien davantage, et la Cause de la Théosophie serait florissante. La pauvreté spirituelle est la cause de toute pauvreté. Pauvreté et impureté vont de pair et opèrent de concert, et il y a un lien très serré et une grande interdépendance entre l) mauvaise santé physique, 2) impureté vitale, 3) difformité émotionnelle et 4) faiblesse mentale. Encore une fois, nous ne savons réellement combien nous sommes pauvres que lorsque nous avons découvert combien nous sommes riches.

Le manque de temps est un sujet de plainte très général et on le présente très fréquemment comme une excuse. Mais, selon un dicton universel, celui qui
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est le plus occupé a toujours du temps disponible. Temps et paresse sont ennemis, et celui qui fait usage du temps est toujours l'ami du Temps. C'est .lorsque notre temps n'est pas utilisé au mieux de notre force que la stagnation s'installe et la mort s'ensuit. Le Temps — le troisième aspect — est le pouvoir initiateur qui amène à la naissance des aspects toujours nouveaux du Dieu caché en nous, le Souverain Intérieur immortel. « Tout homme est une impossibilité tant qu'il n'est pas né ». En offrant le Temps sur l'autel du Service Théosophique, nous manifestons le rayonnement de la Joie, nous vivons et nous nous multiplions jusqu'à ce que nous nous découvrions comme des membres aimés et aimants de la famille humaine.

Ainsi, le travail qui est sacrifice crée la richesse qui est la capacité de servir sagement et, ainsi, en servant tout le temps, nous rayonnons la joie pour tous et aidons à établir le Royaume de Dieu, de la Vertu, de la Théosophie.

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Ésotérique et exotérique (↑ sommaire)

[Traduction de l'article « Esoteric and Exoteric » publié dans la revue
The Theosophical Movement, Vol. 2, p. 89-91, et Vol. 30, p. 271-4.]

L'âme bâtit le corps. La nature de l'une est occulte, comme celle de l'autre est phénoménale. La vie est une réalité immuable, tandis que la forme n'est que la mâyâ évanescente — non-existante, en fait. De 1851 à 1871, la Sagesse étendit une influence active sur les plans intérieurs de l'être, en vue d'atteindre progressivement le monde extérieur. Alors, H.P. Blavatsly sortit de la Grande Loge pour le service de notre monde et, depuis ce temps — particulièrement après 1877, lorsque son Livre Isis Dévoilée fut publié — certains termes jusque-là peu familiers acquirent de plus en plus d'importance. Parmi ceux-ci se trouvent les mots ésotérique et ésotérisme, exotérique et exotérisme.

Elle fut la première, depuis les néo-platoniciens d'Alexandrie, à proclamer, sans hésitation et avec force, l'existence d'un corps secret d'Enseignement et d'Instructeurs. Dès le tout début, elle prétendit en avoir une connaissance assez approfondie. Pendant vingt années — de 1871 à 1891 — elle a œuvré pour la Cause soutenue par ces Enseignements et ces Instructeurs. L'une des missions importantes qui lui furent confiées a consisté à attirer l'attention du monde sur l'existence de l'Enseignement et des Instructeurs ; seule une partie du premier — selon les instructions des seconds — fut présentée en fractions judicieusement distribuées dans le temps. Ce processus fut affecté par la plus ou moins grande capacité du public — surtout parmi ceux qui aspiraient à devenir des disciples, ou chélas — à reconnaître la vérité du caractère ésotérique à la fois de la connaissance impartie et de ses Sages Gardiens. Il apparaît clairement à l'intuition de
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ceux qui étudient les enseignements d'H.P. B. qu'elle a essayé de préparer un corps d'étudiants assez sages pour reconnaître la valeur du silence et apprendre l'art d'assimiler non seulement la philosophie, mais aussi, à travers elle, ses Maîtres versés dans cette Sagesse. La mission de H. P. B. n'a pas consisté uniquement à diffuser la connaissance dans le monde en général, et à servir le siècle qui s'ouvrait avec 1875. Elle avait aussi à préparer une cohorte d'étudiants-serviteurs de la Sagesse Sacrée et Secrète, capables à leur tour de transmettre la même Charge aux générations successives, et à purifier ainsi, par la vie et le travail, le mental de la race jusqu'à ce que ses successeurs viennent, en 1975, dans l'arène publique pour terminer ce qu'elle avait commencé.

Il fallait que le mental des hommes fût préparé en vue de recevoir l'Enseignement. Elle eut en vue l'existence de degrés successifs d'étudiants : ceux qui en sauraient moins apprenant du groupe qui en saurait un peu plus, jusqu'au niveau où se tiendraient deux ou trois étudiants qui, en contact direct avec les Adeptes parfaits, resteraient aussi en rapport avec le monde, à travers leurs collaborateurs et leurs aides. Ainsi fut projetée la construction d'un véritable Pont-Antahkarana entre le Monde des Maîtres et le monde des mortels. Avec cette intention et dans ce but, elle recommanda que la nature ésotérique de la matière et de l'homme fût vraiment reconnue par ses étudiants, et spécialement par ses élèves intimes. Le public qui lut attentivement ses écrits resta insensible à ses allusions et suggestions dans la mesure même où ses intimes associés et étudiants ne tinrent pas compte de ses injonctions claires et sans équivoque. Des indiscrétions au sujet de la nature ésotérique de la Loge des Maîtres et de sa Sagesse, entre autres choses, menèrent à l'écroulement du Pont dans sa presque totalité. Seule en demeura une très petite portion qui provenait du Monde des Maîtres, et elle restera à jamais intacte. Dans la mesure où des étudiants modernes se puri-
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fieront par l'énergie de l'étude et s'animeront du pouvoir du service, une plus grande étendue du Pont sera reconstituée. La dévotion et l'intelligence créatrices sont les conditions requises et les quelques rares constructeurs observent, veillent, et demandent avec force : « Qui est avec nous ? Qui veut nous aider ? »

Il est essentiel que les étudiants reconnaissent avec intelligence que l'Ésotérisme est un fait en Théosophie. Pythagore l'appela « la gnose des choses qui sont », et en parla en secret à son cercle intérieur, tandis que Confucius refusa d'expliquer publiquement son « Grand Extrême ». Les Rishis de l'Inde, les Mages de la Perse et de Babylone, les Hiérophantes d'Égypte et d'Arabie, les Prophètes d'Israël enseignèrent comme le fit Jésus dans ces mots étranges adressés à ses élus :

« À vous a été donné le mystère du royaume de Dieu, mais pour ceux qui sont du dehors tout se passe en paraboles, afin que regardant, ils regardent et ne voient pas, et qu'entendant, ils entendent et ne comprennent pas, de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit fait rémission » [Marc 4, 11.12.].

Ammonius Saccas obligea ses disciples, sous le sceau du serment, à ne pas divulguer ses doctrines supérieures, excepté à ceux qui avaient été « mis à l'épreuve ». Notre propre H. P. B., suivant les traces de ses Prédécesseurs, donna cet avertissement : « Malheur à celui qui divulgue d'une façon illégitime les paroles murmurées à l'oreille de Manushi par le Premier Initiateur. ». Elle affirma, au moyen de suggestions, voilées mais pourtant évidentes, la nature intime de la Sagesse Ésotérique à pratiquer, tout en proclamant avec force que la Connaissance Primordiale et les Héritiers de l'Ancien des Jours étaient des réalités vivantes, à l'œuvre pour le service de l'humanité. Elle rassembla dans ses écrits les gemmes resplendissantes offertes par bien des mines — le diamant de l'Inde, le saphir de la terre du Bouddha, le rubis de la Perse, l'opale de la Chaldée,
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l'émeraude de l'Égypte, l'améthyste de la Grèce, la pierre de Lune de la Judée, et elle les sertit toutes dans le platine raffiné de notre époque, qu'elle obtint de ses Maîtres. Elle fit ce collier pour la fille du temps que nous nommons la période du 19ème et du 20ème siècles.

H.P. B. souligna que les enseignements secrets des Sanctuaires n'étaient pas demeurés sans témoins. En fait, ils se sont répandus sur le monde dans des centaines de volumes pleins de l'étrange jargon des Alchimistes ; ils se déversent comme de puissantes cataractes de science occulte et mystique sous la plume des poètes et des bardes. Où l'Arioste a-t-il puisé, pour son Orlando Furioso, l'idée de cette vallée de la lune où, après la mort, nous pourrons retrouver les idées et les images de tout ce qui existe sur terre ? Comment Dante en vint-il à imaginer les nombreuses descriptions, présentées dans son Enfer, de sa visite et de sa communion avec les âmes des sept sphères ? Les obscurs secrets de la Sagesse furent autorisés à voir la lumière du jour à mesure que des hommes apprirent à les utiliser avec une réelle discrimination, avec une sérénité désintéressée. C'est l'intérêt personnel qui se développe en poussant l'homme à abuser de sa connaissance et de son pouvoir. Ainsi, au cours des quelques derniers siècles, à mesure que s'enfla l'égoïsme humain, la Lumière de la Sagesse diminua et les quelques Élus, dont la nature intérieure avait assisté sans en être affectée à la marche du monde, sont devenus les seuls gardiens de la Connaissance Ésotérique, qu'ils transmettent uniquement à ceux qui sont capables de la recevoir, tandis qu'ils la tiennent hors de la portée des autres.

H.P. B. se présenta au monde avec son message direct. Ce n'était point images poétiques, récits symboliques, ni versions théâtrales de Vérités Ésotériques. Elle écrivit dans le langage précis, simple et net d'une personne ayant une réelle autorité. Elle demanda solennellement à ceux qui l'entouraient de garder dans un secret inviolable certaines
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informations et certains enseignements, et d'attendre son signal pour rendre exotérique, en temps opportun, ce qui jusque-là .avait été donné au petit nombre en vue de l'apprendre, et de l'assimiler. On ne tint pas compte de ses sages injonctions : il en résulta la profanation du sacré ; ce qui était saint fut livré aux chiens de la presse, et les perles furent jetées aux pourceaux d'un public plein d'orgueil et d'égoïsme ; presse et public les foulèrent aux pieds, se retournèrent contre H. P. B. et la déchirèrent.

Avec le retour du Cycle, la responsabilité de ses étudiants véritables et de ses fidèles sincères prend une proportion d'une lourde gravité.

Dans ce monde de mâyâ, on tient l'Esprit et la Matière pour deux choses différentes, et on fait de même avec la Sagesse Ésotérique et la Connaissance Exotérique. La Nature est une, et il en est ainsi de la Théosophie. Le secret de la Nature se trouve dans les particules de poussière et dans les constellations d'étoiles, et les unes et les autres sont visibles, et pourtant invisibles. Les écrits d'H.P. B. sont à la fois exotériques et ésotériques. Leur côté caché est perçu seulement par ceux dont la nature intérieure s'est épanouie.

L'une des conditions nécessaires pour l'éveil de la faculté intérieure qui révèle le côté caché du monde phénoménal est le pouvoir de garder de façon inviolable les secrets qui nous ont été confiés par la Nature, ou d'une autre manière. Souvent, dans l'enthousiasme ressenti dans l'aide et le service d'autrui, nous répandons à la vue de tous les semences amassées au cours de notre étude de la Théosophie et de nos méditations sur les réalités de la philosophie. Ceci est dû à un sens du moi, qui est souvent d'un genre très subtil. En vue d'entraîner ses disciples dans l'art de conserver des secrets, plus d'un sage instructeur a imaginé toute sorte de moyens comportant la révélation aux étudiants de faits et de fictions sans dangers pour le public, qu'ils devaient garder pour eux, en apprenant à éviter
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de les révéler, directement et indirectement, dans les réponses qu'ils faisaient aux questions qu'on leur posait, et dans leurs conversations.

C'est une sage pratique que de s'imposer à soi-même l'obligation du secret en ce qui concerne certains enseignements métaphysiques et psychiques, ou certaines pratiques spirituelles et mystiques. En agissant ainsi, l'étudiant doit prendre garde de ne point tomber dans le travers d'affecter une attitude mystérieuse, qui ne serait qu'une autre forme d'égotisme. « Ce que tu as à faire, fais-le dans la quiétude, même entouré d'une multitude ; ce que reçoit ta main droite, ou ce que donne ta main gauche, seul le Cœur Secret doit le savoir » — tel est l'antique aphorisme, et les règles du Sentier spirituel sont les mêmes aujourd'hui que jadis.

Il existe des corps privés de vie —- des cadavres — mais un corps vivant a toujours une âme. Il existe des cadavres de connaissance, mais la Science de Vie a derrière elle l'Âme-Maîtresse. Le mystère du corps vivant, les mystères de la Science de Vie sont ésotériques ; ces mystères se révèlent de façon mystique dans le corps vivant, dans les Enseignements écrits des Âmes-Maîtresses. L'ésotérisme de la Gîtâ est contenu dans ses dix-huit chapitres, et il n'est nul besoin d'en chercher un dix-neuvième. Dans le message écrit d'H.P. B. gît cachée toute sa Sagesse Ésotérique. Ce sont ses étudiants et ses élèves qui peuvent découvrir dans ses enseignements ce qui est ésotérique ; silence et secret observés mènent à une plus vaste et plus noble connaissance du Temple Intérieur. Pour y avoir accès, chaque étudiant doit devenir le Sentier qui est Vie Éternelle. Il lui faut non seulement découvrir le Sentier, mais construire le Sentier. Entre l'étudiant et la Sagesse d'Or des Maîtres qu'il recherche, il existe un gouffre : l'abîme de la séparation. À lui de trouver ce Pont-Antahkarana, où silencieusement, secrètement, fidèlement, certains œuvrent peut-être à construire, construire, construire... Qui sait ?

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