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La cause de la souffrance

Extraits des "Vérités Éternelles"

[Traduction de 3 exposés de Robert Crosbie (fondateur de la Loge Unie des Théosophes) extraits de l’ouvrage The Friendly Philosopher, publication posthume (1934) contenant également des lettres du même auteur. Les prochains Cahiers publieront la suite de la série “Les Vérités Éternelles” d’où proviennent ces textes. (N.d.éd.)]

En ce monde, nous n'échappons jamais à la peine, au chagrin et à la souffrance. Les plaisirs vont et viennent d'un vol léger, mais le chagrin et la souffrance de la vie elle-même demeurent près de nous en permanence. Si nous pouvions voir et comprendre l'origine de la douleur partout présente dans le monde — non seulement des afflictions de la vie quotidienne, mais aussi de celles qui résultent d'actes collectifs, comme les guerres — nous cesserions de la produire. Nous avons supposé que toutes ces souffrances étaient dues à des causes extérieures ? à un ou plusieurs êtres de caractère supérieur, ou à des lois universelles qui nous échappent ? mais jamais à nous-mêmes. Et comme nous n’avons jamais intégré l’idée que nous étions, d’une manière ou d’une autre, liés à la genèse des souffrances que nous endurons, nous continuons d'en chercher le remède à l’extérieur. Aucune des religions qui ont jamais existé à la surface de la terre, aucun des succès que les sciences ont pu (ou pourraient) remporter, ne nous donnera jamais cette connaissance, car la cause de la douleur ne nous est pas extérieure : elle réside en chacun de nous. Chacun, en effet, a en lui le pouvoir de produire de la souffrance et, aussi bien, celui de la faire cesser.

La sagesse des âges explique la cause de la souffrance. Elle enseigne que chaque être est esprit ; que le pouvoir de l’esprit ne peut être limité, bien que nous le restreignions, du fait que nous lui supposons des limites ; que l'esprit immuable dans le cœur de tout être se trouve derrière chaque forme, qu'il est la cause et le soutien de toutes les formes ; que l'esprit est la force qui sous-tend l'évolution, et aussi celle qui régit et relie entre elles toutes choses, à quelque degré qu'elles appartiennent ; que chaque être n'est que le résultat d'un épanouissement qui se déploie de l'intérieur vers l'extérieur ? en fait, d'un désir d'expression de plus en plus grande. Mais nous qui, à la différence des règnes inférieurs, avons atteint le niveau actuel de la soi-conscience, nous disposons maintenant du pouvoir du choix, avec la possibilité de puiser à cette source intarissable de notre être, et d’y parvenir pendant que nous vivons dans un corps mortel soumis à des changements incessants.

Le désir, sous un angle limité, en rapport avec la personnalité, est la cause de tout péché, de toute peine et toute souffrance. Un tel désir a pour fondement la pensée égoïste ; ce n'est pas ce que désirent les autres : il ne répond à aucune autre impulsion que la sienne. Ce sont les désirs insatisfaits qui nous blessent. Mais les désirs satisfaits nous rendent-ils heureux ? Jamais, car, dès qu'ils ont atteint leur fin, voici que surgit un nouveau désir, de quelque chose d'autre, de plus grand. C'est ainsi que, pleins de désirs contradictoires, nous vivons aux crochets les uns des autres, en étant la proie les uns des autres, en nous dévorant et nous blessant les uns les autres, de toutes les manières imaginables. Mais tout cela n'a pas lieu d'être. Ce ne fut jamais le projet initial — le mode de développement prévu pour l'homme à l'origine. Le désir n'est jamais une nécessité. Nous nous infligeons nous-mêmes tous nos malheurs. C'est ce pouvoir inhérent même de l'esprit qui nous a plongés en eux, et nous y maintient.

La détresse, l'affliction et la souffrance ont cependant leur propre mission. En général, c'est seulement le malheur que nous nous attirons qui nous amène à cesser de mal agir, à faire le point, à nous demander et discerner ce qu'il convient de faire. C'est par le biais de nos erreurs que nous apprenons à distinguer entre le bien et le mal : dans la perception de cette différence, il y a toute l'histoire du progrès humain. Nous devons devenir capables de dire à quoi tient cette différence. C'est uniquement par les "opposés" — en comprenant leur nature et en les utilisant — que les êtres, à tous les niveaux, peuvent progresser. Il faut toujours qu'il y ait dualité dans la nature. Tous les êtres humains sont Un en esprit, et doubles dans leur expression. Il y a toujours l’acteur et ce sur quoi il agit. Et toujours les deux opposés — Purusha, l’esprit, et Prakriti, la matière — qui ne sont pas séparés, mais constituent les deux aspects d’une seule et même chose. Aucune perception n’est possible sans cette dualité. Il nous faut d’abord expérimenter les ténèbres pour pouvoir percevoir la lumière, et il en va de même pour les opposés que sont plaisir et douleur. Sans la souffrance, nous ne pourrions comprendre le plaisir, et l'inverse est vrai aussi. Ce qui sous-tend tout progrès de l’intelligence, du degré le plus bas au plus élevé, c'est la perception que tire l' "acteur" de "ce sur quoi il agit".

Dans la nature, la loi régit toute chose sur la base de la dualité. Nous l’appelons la loi de périodicité, mais celle-ci n’est que l’expression de Karma, de l’action et de la réaction. Ce que nous appelons lois des éléments renvoie en fait aux perceptions des actions et réactions des divers degrés d'intelligence. Ce que nous appelons nos saisons, et les cycles relatifs au temps ou aux individus, tout cela est soumis à cette loi — celle de la réaction à une action précédemment accomplie. Les personnes qui forment une nation sont des êtres qui ont vécu ensemble à d’autres époques : leurs actions collectives leur ont amené des réactions collectives identiques. Chacune de nos pensées a son retour d'impression, et, de même, chacun de nos sentiments entraîne ses propres effets en retour. Tout cela réagit sur nous, en nous revenant appauvri, ou enrichi. Ainsi, en songeant à ce pouvoir inhérent en nous de produire toutes sortes d'effets, nous sommes en mesure de comprendre la puissance des idées fausses et erronées. Nous pouvons arriver à entretenir ces idées interminablement, par l'effet de cette loi de retour d'impression, et ainsi souffrir continuellement de leurs réactions. Tout le pouvoir de l'esprit employé dans une mauvaise direction, en ignorant notre propre nature, et celle des êtres en général, est à la source de toutes sortes de souffrances.

Nul ne peut nous arrêter dans notre voie erronée, aussi longtemps que nous entretenons stupidement des idées fausses. Nous avons déterminé notre évolution, par l'effet des lois que nous avons mises en œuvre — de l’action et de la réaction en nous-mêmes — et de nulle autre manière. C’est une erreur de penser que le bien nous vient de l’extérieur. Il ne le fait jamais. Quel que soit le bien ou le mal récolté, c'est la moisson de ce que nous avons semé, de toutes les manières et dans toutes les circonstances. Il n’existe aucune exception. Nous sommes en quête de "justice", et nous l’obtenons en fait selon nos propres pensées et actions. Car il ne faut pas oublier que le plan de l’action est la pensée elle-même ; autrement dit : les idées. L'action résulte simplement de la concrétisation de la pensée. Aussi est-il essentiel pour nous de jeter au panier les choses sans valeur que nous considérons comme des idées valables. Notre "mental" apparaît, en général, comme constitué d'un tas d'idées que quelqu'un nous a communiquées. Nous acceptons les idées de notre race humaine des gens qui nous entourent, de tel "isme" ou de telle "ologie", et nous appelons cela notre mental, alors qu'en réalité nous n'avons aucun mental qui soit nôtre. Le mental c'est le pouvoir de recevoir et de rejeter. Ce que nous recevons et ce que nous rejetons dépend de nous — de notre ignorance ou de notre sagesse. Il n'est rien d'extérieur que nous devions apprendre, mais tout se situe à l'intérieur. La tâche qui nous incombe est de comprendre notre propre nature.

Si un grand nombre de personnes dans ce monde parvenaient à comprendre leur propre nature, et exerçaient ainsi leurs pouvoirs spirituels inhérents pour le bénéfice de leurs semblables, on verrait en peu de temps la détresse du monde régresser d'une manière tout à fait prodigieuse. Comme il a été dit jadis, un peu de levain suffit à faire lever toute la pâte. Et l’un de nos Instructeurs a déclaré : " Donnez-moi cinq cents hommes et femmes bons, honnêtes, sincères et dévoués, et je changerai le monde ". Notre succès ne dépend d’aucune forme d’évolution physique, ni d’aucune espèce de progrès scientifique. Ce ne sont que des moyens et non des fins en soi, mais si nous connaissions seulement nos propres pouvoirs réels, nous pourrions les exploiter à un point dont on n'a encore aucune idée. Nous devons élever la civilisation du monde à un niveau supérieur à tout autre dans le passé, et nous y parviendrons finalement, mais cela ne se fera pas avant que les hommes aient compris ce qu'est leur propre nature et se soient mis à agir en conséquence. Nous pouvons continuer indéfiniment à penser et à agir comme à présent mais, tant que nous le ferons, il y aura toujours péché, chagrin et souffrance. Jamais ils ne cesseront, pas plus que les guerres, les maladies, les épidémies, les tornades, les cyclones et les tremblements de terre — car toutes ces choses proviennent de l’erreur humaine.

Il n’y aura jamais pour nous de rachat des péchés. Nous devons assumer la récolte de ce que nous avons semé. Reconnaissant que nous sommes responsables de nos propres conditions de vie, nous devons, de notre mieux, faire les corrections nécessaires. Ce réajustement n'est possible que si nous assumons notre propre héritage spirituel (au lieu de croire que nous sommes ces pauvres corps qui naissent, vivent un temps, puis meurent) et si nous accomplissons notre devoir dans tous les domaines, dans la mesure des opportunités qui nous sont offertes. Car nous ne pouvons pas seuls faire notre salut. Nous ne pouvons vivre seuls, ni progresser seuls. Nous ne pouvons pas nous élever au point de laisser en arrière le reste des hommes, mais nous devons les aider tous, quel que soit notre niveau, en progressant nous-mêmes encore et encore, afin de devenir plus aptes à aider et à instruire les autres. Jésus était ce qu’il était parce qu’il l’était devenu. Le Bouddha était ce qu’il était parce qu’il l’était devenu. Il y avait eu un temps où ils étaient des mortels, pécheurs et ignorants comme nous. Mais ils ont reconnu un jour le véritable sentier et l'ont suivi, comme devront le faire tous les êtres dans l'avenir.

Tant que nous pensons que nous sommes des entités physiques et nous laissons guider par tel ou tel désir, nous retardons l’échéance de ce réajustement et souffrons des causes que nous avons mises en œuvre. Tandis que si nous commençons à remplacer nos idées erronées par des idées correctes, pour fonder sur elles notre pensée et notre action, le cerveau vient à se clarifier et devient perméable à l’immense connaissance de l’homme intérieur, laquelle n’est pas encore enregistrée dans ce cerveau à cause du mauvais entraînement que nous lui avons imposé. Nous devons faire de lui un bon conducteur pour la connaissance spirituelle.

Si nous possédions la véritable connaissance, aurions-nous des désirs ? Rechercherions-nous telle ou telle chose dans le monde physique et y consacrerions-nous le meilleur de notre énergie ? Non. Nous saurions, en outre, que quoi qu'il puisse exister, ici ou là, dans l'univers, rien ne saurait arrêter le progrès tracé pour nous dans un sens spirituel. Nous saurions également que rien ne peut nous faire de mal, rien ne peut nous dérouter. Nous aurions confiance dans la loi de notre propre nature spirituelle, en ne cherchant à faire que tout le bien possible : rien pour nous-mêmes, mais tout pour le service d’autrui, sous toutes ses formes éventuelles. Nous serions alors en accord avec la nature de l’ensemble ; et ainsi, la nature et l’énergie de tous les êtres nous emporteraient dans le courant que ne peut arrêter aucun obstacle. Connaîtrions-nous l'affliction ? Jamais, car nous serions en train de réaliser le vrai projet de l'esprit et de l'âme, en aidant toutes les autres âmes sur le chemin, dans la mesure des opportunités qui nous seraient offertes. Dans cette voie, il n'y a pas de tension, ni de lutte : il suffit de saisir les occasions fournies par les effets de nos actions passées. Le mal qui nous arrive, eh bien ! c'est à nous de le corriger, de le compenser. De même, le bien qui nous échoit, c'est aussi le résultat de nos propres actions. Ainsi, nous pouvons prendre le bon et en jouir, et affronter le mal sans avoir peur, trembler ou résister aucunement, pour essayer de l’éviter.

La seule douleur que connaissent les Instructeurs ou les Maîtres de Sagesse, c’est de voir les hommes s’engouffrer perpétuellement dans le péché, la détresse et la souffrance sans qu’Ils puissent les en empêcher. Un jour, on demanda à l’un d’Eux : " Comment se fait-il qu’avec votre grande connaissance et vos pouvoirs, vous n'arriviez pas à faire penser les hommes comme ils devraient ? " Il répondit : " L’âme humaine n’est pas ainsi faite. Elle doit discerner et agir par elle-même ". L'action, en effet, procède de l’intérieur vers l’extérieur, et le pouvoir vient avec l’action. Nul ne peut nous sauver que nous-mêmes.

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