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"La Lumière sur le Sentier", Commentaires 1 et 2

Sommaire :

Commentaire 1 (↑ sommaire)

" AVANT QUE LES YEUX PUISSENT VOIR,ILS DOIVENT ÊTRE INCAPABLES DE PLEURER. "

Il convient que tous les lecteurs de ce livre se souviennent très clairement qu'il pourra leur paraître contenir quelque philosophie, mais finalement très peu de sens, s'ils croient qu'il est écrit en langage ordinaire. Le grand nombre des gens qui le liront de cette façon littérale en apprécieront la saveur moins comme du caviar que comme des olives fortement salées. Soyez donc prévenus et lisez le moins possible de cette manière.

Il existe une autre façon de lire qui est, en vérité, la seule en usage pour de nombreux auteurs. Elle consiste à lire non entre les lignes, mais à l'intérieur des mots. Il s'agit en fait de décrypter un profond langage chiffré. Toutes les oeuvres d'alchimie sont rédigées dans l'écriture secrète dont je parle ; les grands philosophes et les poètes de tous les temps s'en sont servi. Les adeptes, maîtres de la vie et de la connaissance, l'utilisent systématiquement, et lorsqu'ils paraissent révéler la sagesse la plus profonde, ils en cachent le mystère réel dans les mots mêmes qui l'expriment. Ils ne peuvent rien faire de plus. Il existe une loi de la nature qui exige qu'un homme déchiffre ces mystères par lui-même. Il ne peut en obtenir la révélation par nulle autre méthode. L'homme qui veut vivre doit manger lui-même sa nourriture : c'est là une simple loi de la nature qui s'applique également à la vie supérieure. L'homme qui voudrait vivre à ce niveau, et y agir, ne peut être nourri comme un enfant à la cuiller : il lui faudra manger par lui-même.

Je me propose de transcrire dans un langage nouveau, et parfois plus clair, certaines parties de la Lumière sur le Sentier, mais je ne puis dire si cet effort de ma part sera réellement une interprétation. Pour un homme sourd et muet, une vérité ne devient pas plus intelligible si, pour la lui faire comprendre, un linguiste irréfléchi traduit les mots qui l'expriment dans toutes les langues vivantes ou mortes, et crie ces phrases à tue-tête dans l'oreille de l'infirme. Mais pour ceux qui ne sont pas sourds et muets, un langage est généralement plus facile qu'un autre, et c'est à ceux-là que je m'adresse.

Les tout premiers aphorismes de la Lumière sur le Sentier compris dans le préambule sont, je le sais, restés lettre morte dans leur sens intérieur pour beaucoup de lecteurs qui, autrement, ont bien suivi l'intention du livre.

Il y a quatre vérités prouvées et certaines concernant l'entrée sur le sentier de l'Occultisme. Les Portes d' Or en barrent le seuil ; pourtant, il en est qui passent ces portes et découvrent au delà le sublime et l'illimité. Dans les lointains espaces du temps, tous passeront ces portes. Mais je suis de ceux qui souhaitent que le temps — le grand trompeur — ne soit pas à ce point tout puissant. À ceux qui le connaissent et qui l'aiment, je n'ai rien à dire ; mais aux autres — et ils ne sont pas si rares que d'aucuns l'imaginent — à ceux pour qui les instants du temps qui passent sont comme les coups répétés d'un marteau de forgeron, et le sentiment de l'espace comme les barres d'une cage de fer, je traduirai et retraduirai, jusqu'à ce qu'ils aient tout à fait compris.

Les quatre vérités énoncées à la première page de la Lumière sur le Sentier, se rapportent à l'initiation probatoire de l'aspirant Occultiste. Tant qu'il ne l'a pas franchie, il ne peut même pas atteindre au loquet de la porte qui conduit à la connaissance. La connaissance est le plus grand héritage de l'homme; pourquoi donc n'essaierait-il pas de l'obtenir par tous les chemins possibles ? Le laboratoire n'est pas le seul terrain d'expérimentation; le mot science, ne l'oublions pas, est dérivé de sciens, le participe présent du verbe latin scire, " savoir " — le verbe anglais to know, qui a cette signification, est à rapprocher du mot to ken [discerner à la vue]. La science ne s'occupe donc pas uniquement de la matière — non, elle ne s'arrête pas même à sa forme la plus subtile et la plus obscure. Une telle idée est née simplement de l'esprit vain de notre âge. La science est un mot qui recouvre toutes les formes de connaissance. Il est extrêmement intéressant d'apprendre ce que découvrent les chimistes et de les voir explorer les divers niveaux de densité de la matière, jusqu'à ses formes les plus subtiles ; mais il existe d'autres sortes de connaissance — et tout un chacun ne limite pas forcément son désir de connaissance (strictement scientifique) aux expériences susceptibles d'être contrôlées par les sens physiques.

Tout individu qui n'est pas un lourdaud stupide, ou un homme abruti par un vice prédominant, devine, ou peut même découvrir avec quelque certitude, qu'il existe des sens subtils présents à l'intérieur des sens physiques. Il n'y a absolument rien d'extraordinaire à cela; si nous nous donnions la peine d'interroger le témoignage de la nature, nous trouverions que tout ce qui est perceptible à la vue ordinaire recèle, caché en soi, quelque chose dont l'importance est même plus grande ; le microscope nous a révélé tout un monde, mais à l'intérieur de cet emboîtement de cellules qu'il nous dévoile, se trouve un mystère qu'aucune machinerie instrumentale ne pourra sonder.

Jusque dans ses formes les plus matérielles, le monde entier est animé et éclairé par un monde invisible qui est en lui. Ce monde intérieur est appelé astral par certains, et ce mot vaut tout autant qu'un autre, bien qu'il signifie simplement " étoilé ", ou " brillant comme les étoiles " ; il faut ici se souvenir que les étoiles (comme l'a souligné Locke) sont des corps lumineux qui donnent de la lumière par eux-mêmes. Cette qualité est caractéristique de la vie qui se trouve au sein de la matière; car ceux qui la perçoivent n'ont pas besoin de l'éclairage d'une lampe pour la voir. De plus, le mot anglais star [étoile] est à rapprocher de l'anglo-saxon stir-an, d'où les verbes to steer [diriger un mouvement], to stir [activer, faire bouger] donc mouvoir: indéniablement, c'est la vie intérieure qui gouverne la vie extérieure, exactement comme le cerveau de l'homme guide les mouvements de ses lèvres. Ainsi donc, même si le mot astral n'est pas en soi un terme absolument excellent, il me suffit bien pour les fins que j'ai en vue.

La Lumière sur le Sentier est entièrement écrite en langage chiffré de caractère astral (1) " : elle ne peut donc être décryptée que par celui qui lit avec la perspective de l'astral. Ses enseignements visent essentiellement la culture et le développement de la vie intérieure astrale. Tant que n'a pas été fait le premier pas dans le sens de ce développement, le jaillissement de connaissance, qu'on appelle l'intuition pleine de certitude, est impossible à l'homme. Et cette intuition positive et sûre est la seule forme de connaissance qui permette à l'individu d'œuvrer d'une manière rapide, ou d'atteindre à son vrai rang à un niveau élevé, dans les limites de son effort conscient. Gagner la connaissance par la voie de l'expérience est une méthode trop fastidieuse pour ceux qui aspirent à accomplir un réel travail; celui qui acquiert cette connaissance par l'intuition certaine accède à ses diverses formes avec une suprême rapidité, par un effort acharné de volonté, comme un ouvrier décidé saisit ses outils, sans se laisser arrêter par leur poids, ou par toute autre difficulté qu'il peut avoir à affronter. Il n'attend pas que chaque outil ait été éprouvé : il prend pour s'en servir ceux qu'il considère comme les mieux adaptés à son travail.
[(1) Voir correspondance. : Q/R]

Toutes les règles contenues dans la Lumière sur le Sentier sont écrites pour tous les disciples — mais uniquement pour les disciples : ceux qui " s'emparent de la connaissance ". Ses lois ne sont d'aucune utilité, d'aucun intérêt, si ce n'est pour l'étudiant de cette école de discipline.

À tous ceux qui s'intéressent sérieusement à l'Occultisme, je dis, en premier lieu : " Emparez- vous de la connaissance ". À celui qui a, il sera donné. Il est inutile de demeurer à attendre que la connaissance vienne. La matrice du temps se fermera devant vous et, dans les jours futurs, vous resterez encore à naître, et privés de pouvoir. Je dis donc à ceux qui ont faim ou soif de connaissance : " Appliquez-vous à suivre ces règles ".

Aucune d'elles n'est de ma création, ni de mon invention. Elles sont simplement l'expression des lois de la surnature, la traduction en mots de vérités aussi absolues, dans leur propre sphère, que les lois qui gouvernent le comportement de la terre et son atmosphère.

Les sens dont il est question dans ces quatre règles sont les sens astraux, ou intérieurs.

Nul homme ne désire voir la lumière qui illumine l'âme infinie tant que la douleur et le chagrin et le désespoir ne l'ont pas chassé loin de la vie de l'humanité ordinaire. D'abord, il épuise le plaisir ; puis il épuise la douleur jusqu'à ce que, finalement, ses yeux deviennent incapables de pleurer.

Ceci est une vérité banale, bien que je sache parfaitement qu'elle rencontrera une dénégation violente de la part de beaucoup de gens qui sont en sympathie avec les pensées qui naissent de la vie intérieure. Voir à l'aide du sens astral de la vue est une forme d'activité qui nous paraît de prime abord difficile à comprendre. Le savant sait fort bien le miracle qu'accomplit chaque enfant qui vient au monde lorsqu'il commence à maîtriser le pouvoir de la vision et le force à obéir à son cerveau. Certainement un miracle identique se fait pour chaque sens, mais cette coordination des éléments qui interviennent dans la vision constitue peut-être l'effort le plus prodigieux. Pourtant, l'enfant l'accomplit presque inconsciemment, par la force de l'hérédité puissante de l'habitude. À l'heure actuelle, nul n'a conscience de l'avoir jamais réalisé, de même que nous ne pouvons plus nous souvenir de chacun des mouvements qui nous ont permis de gravir une colline, il y a un an. Ceci provient du fait que nous nous mouvons, vivons et existons dans la matière. La connaissance que nous en avons nous est devenue intuitive.

Il en est tout autrement de notre vie astrale. Pendant de longs âges du passé, l'homme n'y a prêté que très peu d'attention — si peu qu'il a pratiquement perdu l'usage de ses sens. Il est vrai que dans toutes les civilisations l'étoile se lève, et l'homme avoue, avec plus ou moins de folie et de confusion, qu'il reconnaît la réalité de son être. Mais, la plupart du temps, il le nie, et en versant dans le matérialisme il devient cette chose étrange : un être qui ne peut voir sa propre lumière, une créature de vie qui ne peut pas vivre, un animal astral qui a des yeux et des oreilles, possède parole et pouvoir, mais qui ne veut se servir d'aucun de ces dons. Telle est la situation, et l'habitude de l'ignorance s'est enracinée à ce point que maintenant nul ne voit à l'aide de la vision intérieure, tant que l'angoisse déchirante n'a pas rendu ses yeux incapables non seulement de voir, mais même de verser des larmes — cette humidité de la vie. Être incapable de pleurer, c'est avoir regardé en face et conquis la simple nature humaine, et avoir gagné un équilibre qui ne puisse plus être ébranlé par les émotions personnelles. Cela n'entraîne d'aucune manière dureté de cœur ou indifférence; cela n'implique pas cet épuisement de la capacité de souffrance où l'âme torturée semble impuissante à aller plus loin dans l'intensité de la douleur; cela ne signifie pas non plus la torpeur du vieil âge où l'émotion s'émousse parce que s'usent avec le temps les cordes qui vibrent à son toucher. Aucune de ces conditions ne sied à un disciple et, si une seule existe en lui, il doit s'en défaire avant de pouvoir entrer sur le sentier. La dureté de cœur est le propre de l'homme égoïste, de l'individu centré sur son moi, pour qui la porte est à jamais fermée. L'indifférence appartient à l'insensé et au faux philosophe; à ceux dont la tiédeur fait d'eux de simples marionnettes, trop inconsistantes pour affronter les réalités de l'existence. Quand la douleur ou le chagrin a émoussé la capacité de souffrir de façon aiguë, il en résulte une léthargie assez semblable à celle qui vient avec l'âge, comme en font l'expérience habituellement hommes et femmes. Un tel état rend impossible l'entrée sur le sentier, car le premier pas est plein de difficulté et requiert pour le tenter un homme fort, d'une grande vigueur psychique et physique.

C'est une vérité, comme l'a dit Edgar Allan Poë, que les yeux sont les fenêtres de l'âme — les fenêtres du palais où elle demeure. Ce qui précède constitue l'interprétation la plus proche, en langage ordinaire, du sens de ce premier aphorisme. Si l'affliction, l'abattement, le désappointement ou le plaisir, a le pouvoir d'ébranler l'âme au point de lui faire lâcher la prise qui la retient fermement à l'esprit immuable qui l'inspire, et que l'humidité de la vie vient à se répandre, en noyant la connaissance dans la sensation, tout se trouble, les fenêtres deviennent opaques et la lumière n’est plus d'aucun usage. C'est là un fait tout aussi réel que la chute inévitable d'un homme qui, au bord d'un précipice, perdrait son sang-froid sous le coup d'une émotion soudaine. Le bon aplomb du corps — l'équilibre — doit être conservé non seulement aux endroits dangereux, mais aussi en terrain non accidenté, en profitant de toute l'aide que nous apporte la nature par la loi de la gravité. Il en est de même de l'âme qui est le lien entre le corps extérieur et l'esprit-étoile qui brille au-delà; l'étincelle divine réside dans l'espace tranquille où aucune convulsion de la nature ne peut ébranler l'atmosphère: il en est ainsi en permanence. Mais il peut arriver que l'âme lâche prise dans ce qui la relie à cette étincelle, qu'elle en perde le souvenir, bien que l'une et l'autre fassent partie d'un tout unique; et c'est par l'émotion, par la sensation, que l'âme en vient à lâcher prise. L'expérience du plaisir comme de la douleur produit une vibration intense qui, pour la conscience de l'homme, constitue la vie. Or, cette sensibilité ne s'atténue pas quand le disciple commence son entraînement — au contraire, elle augmente. C'est la première épreuve de sa force; il lui faut souffrir, jouir ou endurer, avec plus d'acuité que les autres hommes, alors qu'il a pris sur lui une tâche qui n'existe pas pour les autres : celle de ne pas laisser sa souffrance l'ébranler au point de le détourner de son but fixé. En fait, il doit, dès le premier pas, se prendre fermement en mains, et porter lui-même la nourriture à sa bouche: personne d'autre ne peut le faire pour lui.

Les quatre premiers aphorismes de la Lumière sur le Sentier ont trait entièrement au développement astral. Il faut que ce développement soit réalisé jusqu'à un certain point — c'est-à-dire que l'individu s'y soit engagé sans réserve — avant que le reste du livre devienne réellement intelligible, autrement que de façon intellectuelle — en fait, avant de pouvoir être lu comme un traité pratique, et non métaphysique.

Dans l'une des grandes Fraternités mystiques ont lieu, tôt dans l'année, quatre cérémonies qui pratiquement illustrent et mettent en lumière ces aphorismes. Seuls y participent des novices, car il ne s'agit que de rites du seuil. Mais on peut se rendre compte à quel point devenir disciple est une chose sérieuse et grave quand on comprend que toutes ces célébrations sont des cérémonies de sacrifice. La première est l'épreuve dont je viens de parler. La jouissance la plus intense, la plus amère douleur, l'angoisse de la perte et du désespoir sont concentrées sur l'âme tremblante qui n'a pas encore trouvé la lumière dans les ténèbres, et qui est désemparée comme un homme aveugle : tant que ces chocs ne peuvent être endurés sans perte d'équilibre, les sens astraux doivent rester scellés. Telle est la loi miséricordieuse. Le " médium ", ou le " spirite ", qui se précipite dans le monde psychique sans préparation, enfreint les lois de la sur-nature. Ceux qui enfreignent les lois de la nature perdent leur santé physique; ceux qui enfreignent les lois de la vie intérieure perdent leur santé psychique. Les " médiums " tombent dans la folie, se suicident, ou deviennent de misérables créatures dénuées de sens moral, et finissent souvent comme des incrédules, qui en viennent même à douter de ce qu'ils ont vu de leurs yeux. Il y a obligation pour le disciple de devenir son propre Maître avant de s'aventurer sur ce sentier périlleux et de se mettre en devoir de rencontrer les êtres qui vivent et œuvrent dans le monde astral, et que nous appelons maîtres, à cause de leur grande connaissance et de leur capacité de se maîtriser, comme de commander aux forces qui les entourent.

La condition où se trouve l'âme qui vit pour l'expérience de la sensation — et non pour celle de la connaissance — est un état de vibration ou d'oscillation — par opposition à un état de continuité invariable. C'est la représentation littérale se rapprochant le plus de la réalité, mais elle n'est littérale que pour l'intellect, et non pour l'intuition. Pour cette partie de la conscience de l'homme, il faut un vocabulaire différent. Peut-être, au lieu de cette continuité, pourrait-on évoquer l'idée de l'être établi " chez soi ", dans son foyer. On ne peut trouver aucun foyer permanent dans la sensation, car le changement est la loi de cette existence vibratoire. C'est là le premier fait que doit apprendre le disciple. Il est vain de perdre son temps à pleurer sur une scène de kaléidoscope qui est passée.

Il est un fait bien connu (que Bulwer Lytton a développé avec une grande puissance(2)) c'est que la toute première expérience du néophyte en Occultisme est une tristesse intolérable. Un sentiment de vide s'empare de lui et lui fait voir le monde comme un désert, et l'existence comme une entreprise qui ne mène à rien. Cette épreuve fait suite à sa première contemplation sérieuse de l'abstrait. En sondant, ou même en essayant de sonder du regard le mystère ineffable de sa propre nature supérieure, il provoque lui-même la précipitation sur son être de l'épreuve initiale. L'oscillation entre le plaisir et la douleur s'arrête — ne serait-ce qu'un instant — mais cela suffit pour le libérer soudain des solides amarres qui l'ancraient au monde de la sensation. Même très brièvement, il fait l'expérience de la vie plus large; dès lors, il poursuivra son existence ordinaire, accablé par un sentiment d'irréalité, de vide, de négation horrible. Tel fut le cauchemar qui tourmenta le néophyte décrit par Bulwer Lytton, dans son livre Zanoni. Et le héros lui-même, Zanoni, qui avait appris de grandes vérités et s'était vu conférer de grands pouvoirs, n'avait pas encore passé le seuil où la peur et l'espérance, le désespoir et la joie, semblent être, à un moment, des réalités absolues et, l'instant d'après, de simples produits de l'imagination incontrôlée.
[(2) Voir Zanoni, Livre V (N.D.T.)]

Cette épreuve initiale nous est souvent imposée par la vie elle-même. Car la vie est, après tout, le grand instructeur. Nous retournons à son étude après avoir acquis du pouvoir sur elle, tout comme celui qui est devenu un maître en chimie apprend plus dans son laboratoire que ne le fait son élève. Il y a des individus qui se trouvent si près de la porte de la connaissance que la vie elle-même les prépare à y accéder et il ne faut l'intervention de personne pour provoquer le hideux gardien de l'entrée. Ces êtres doivent avoir, par constitution, une nature ardente et puissante, capable de vibrer de la plus vive jouissance de plaisir. Alors vient la souffrance qui remplit sa grande mission. Les formes les plus intenses de la douleur s'abattent sur une telle nature jusqu'à ce qu'elle s'éveille enfin de l'engourdissement de sa conscience et que, par la force de sa vitalité intérieure, elle franchisse le seuil pour gagner un séjour de paix. Alors, la vibration de la vie perd son pouvoir de tyrannie. La nature sensible devra souffrir encore ; mais l'âme s'est libérée, et se tient à distance, en guidant la vie vers sa grandeur. Ceux qui sont assujettis au temps, et avancent lentement, à travers toutes ses pulsations successives, vivent dans une interminable suite de sensations, et goûtent en permanence un mélange de plaisir et de douleur. Ils n'osent pas saisir d'une poigne ferme le serpent du soi et le vaincre, en devenant ainsi divins ; mais ils préfèrent continuer de se ronger le cœur en passant par ces expériences diverses, et en subissant les chocs des forces opposées.

Lorsqu'un de ces êtres assujettis au temps décide d'entrer sur le sentier de l'Occultisme, c'est en cela que consiste sa première tâche. Si la vie ne le lui a pas enseigné, s'il n'est pas assez fort pour s'instruire lui-même, mais s'il possède assez de pouvoir pour demander l'aide d'un Maître, alors l'épreuve terrible décrite dans Zanoni lui est imposée. L'oscillation dans laquelle il vit est suspendue l'espace d'un instant; et il lui faut survivre au choc de cette rencontre avec ce qui lui semble à première vue l'abîme du néant. Et tant qu'il n'a pas appris à vivre dans cet abîme, et à en découvrir la paix, il est impossible que ses yeux deviennent définitivement incapables de pleurer.

La difficulté d'écrire sur ces sujets d'une manière intelligible est telle que je prie ceux qui ont trouvé quelque intérêt dans cet article mais ont encore des questions embarrassantes et des doutes de s'adresser à moi dans la colonne de cette revue réservée à la correspondance. Je fais cette demande car des questions inspirées par une grande réflexion sont d'une aide aussi grande aux lecteurs que les réponses qui leur sont faites (3).
[(3) Voir correspondance.: Q/R]

Commentaire 2 (↑ sommaire)

" AVANT QUE L'OREILLE PUISSE ENTENDRE, ELLE DOIT AVOIR PERDU SA SENSIBILITÉ. "

Aussi curieux que cela puisse paraître, les quatre premières règles de la Lumière sur le Sentier sont sans aucun doute, à l'exception d'une seule, les plus importantes de tout le livre. La raison d'une telle importance est qu'elles concernent la loi vitale, l'essence créatrice même de l'homme astral. Et c'est seulement dans la conscience astrale (qui trouve en soi sa lumière) que les règles qui leur font suite ont une quelconque signification vivante. Dès qu'on arrive à pouvoir faire usage des sens astraux, il découle tout naturellement que l'on commence à s'en servir; et les règles suivantes ne sont que des directives données pour cet usage. En parlant de la sorte, je veux dire, bien entendu, que les quatre premières règles sont celles qui ont de l'importance et de l'intérêt pour ceux qui les lisent comme un texte imprimé sur une page. Lorsqu'elles ont été gravées dans le cœur de l'homme et dans sa vie, il ne fait aucun doute que les autres règles deviennent bien plus que des énoncés métaphysiques intéressants, voire extraordinaires : elles apparaissent comme autant de faits réels de la vie qui doivent être saisis et expérimentés.

Ces quatre règles sont écrites dans la grande salle de toute véritable loge d'une Fraternité vivante. Que l'homme soit sur le point de vendre son âme au diable comme Faust, qu'il doive être vaincu dans la bataille comme Hamlet, ou qu'il soit appelé à pénétrer dans l'enceinte, dans chaque cas, ces paroles lui sont destinées. L'être humain peut choisir entre la vertu et le vice, mais pas avant d'être devenu un homme ; un enfant ou un animal sauvage ne peut faire ce choix. De même pour le disciple ; il faut premièrement qu'il devienne disciple avant de pouvoir même discerner les sentiers entre lesquels il lui faudra choisir. Cet effort de création qui fait de lui un disciple — cette re-naissance — il doit l'accomplir par lui-même, sans aucun instructeur. Tant que les quatre règles n'ont pas été apprises, aucun instructeur ne peut lui être d'une quelconque utilité; et c'est pourquoi l'allusion aux " Maîtres " prend la forme qu'on voit dans le texte. Aucun des vrais Maîtres — que ces adeptes soient des êtres de pouvoir, d'amour ou de ténèbres — ne peut influencer un homme tant qu'il n'a pas dépassé ces quatre règles.

Les larmes, comme je l'ai dit, peuvent être appelées l'humidité de la vie. L'âme doit avoir fait abstraction des émotions propres à l'humanité et s'être assuré un équilibre qui ne peut être ébranlé par l'infortune, avant que ses yeux puissent s'ouvrir sur le monde sur-humain.

La voix des Maîtres résonne toujours dans le monde; mais seuls l'entendent ceux dont l'oreille ne vibre plus aux sons qui affectent la vie personnelle. Les éclats de rire ne mettent plus l'allégresse au cœur, les accès de colère ne peuvent plus le rendre furieux, les mots tendres ne lui sont plus un baume. Car l'espace intérieur, pour lequel les oreilles sont comme une porte ouverte sur l'extérieur, est en lui-même un inébranlable lieu de paix que nulle personne ne peut troubler.

Si les yeux sont les fenêtres de l'âme, les oreilles en sont les entrées, ou les portes. C'est par elles que vient la connaissance de la confusion du monde. Les grands êtres qui se sont rendus Maîtres de la vie, qui sont devenus plus que des disciples, se tiennent en paix et impassibles au milieu de la vibration et de l'agitation kaléidoscopique de l'humanité. Ils possèdent en eux-mêmes une connaissance certaine, ainsi qu'une paix parfaite; c'est pourquoi ils ne sont arrachés de leur calme, ni émus par les bribes d'information, partiale et erronée, qu'apportent à leurs oreilles ceux qui les entourent, avec leurs voix qui changent sans cesse de ton. En parlant de connaissance, je veux dire la connaissance intuitive. Cette information certaine ne peut jamais s'obtenir par un labeur acharné, ni par l'expérience; car ces méthodes ne s'appliquent qu'à la matière, et la matière est en soi une substance parfaitement incertaine, continuellement soumise au changement. Les lois les plus absolues et les plus universelles de la vie naturelle et physique, telles que les comprend le savant, passeront quand aura disparu la vie de cet univers, et que seule son âme subsistera dans le silence. Quelle sera alors la valeur de la connaissance de ses lois, acquises par les efforts industrieux et l'observation ? Je prie le lecteur, ou le critique, de ne pas déduire de ce que j'ai dit que mon intention est de déprécier ou de rabaisser le savoir acquis ou le travail des savants. Au contraire, je prétends que les hommes de science sont les pionniers de la pensée moderne. Les jours de gloire de la littérature et de l'art, où les poètes et les sculpteurs percevaient la lumière divine et la traduisaient en leur langage grandiose, sont enfouis dans le lointain passé des sculpteurs antérieurs à Phidias et des poètes pré-homériques. Les mystères ne régissent plus le monde de la pensée et de la beauté; le pouvoir qui gouverne c'est la vie humaine et non celle qui la transcende. Mais les hommes qui travaillent dans le domaine de la science font maintenant des progrès — moins par leur propre volonté que poussés par la seule force des circonstances — qui les rapprochent de la ligne lointaine de démarcation entre les choses interprétables et celles qui ne le sont pas. Toute nouvelle découverte les fait avancer d'un pas. C'est pourquoi j'apprécie hautement la connaissance obtenue par le travail et l'expérience.

Mais la connaissance intuitive est une chose entièrement différente. Elle ne s'acquiert d'aucune façon, mais elle est, pour ainsi dire, une faculté de l'âme; non de l'âme animale (cet aspect de l'homme qui devient fantôme après la mort, lorsque la sensualité, l'affection, ou le souvenir des mauvaises actions le retient dans le voisinage des êtres humains) mais de l'âme divine qui anime toutes les formes extérieures de l'être individualisé.

Il va de soi que l'intuition est une faculté qui réside dans cette âme — qui lui est inhérente. L'aspirant-disciple doit s'éveiller à la conscience de sa réalité par un effort de volonté, acharné, résolu et indomptable. J'emploie ce dernier qualificatif pour une raison spéciale; car seul l'individu indomptable, que rien ne peut dominer, et qui sait qu'il doit se conduire en seigneur vis-à-vis des hommes, des événements et de toutes choses — à l'exception de sa propre divinité — est capable d'éveiller cette faculté. " Avec la foi tout est possible ". Les sceptiques se rient de la foi et s'enorgueillissent de ce que leur mental en soit dépourvu. La vérité c'est que la foi est un puissant moteur, un énorme pouvoir qui, en réalité, peut tout accomplir. Car c'est l'alliance ou le pacte scellé entre la partie divine de l'homme et son soi inférieur.

Il est absolument nécessaire de faire usage de ce moteur pour obtenir la connaissance multiple; car, a moins de croire qu'une telle connaissance se trouve en lui-même, comment un homme pourrait-il la revendiquer et s'en servir ?

Sans cette foi, il est aussi désemparé qu'un morceau de bois à la dérive ou une épave sur les grandes vagues de l'Océan. Ces débris flottants ne sont-ils pas ballottés de-ci de-là comme peut l'être un homme livré aux hasards de la fortune ? Mais ces aventures sont purement extérieures et n'ont que peu d'importance. Un esclave peut être enchaîné et traîné à travers les rues, tout en conservant l'âme tranquille d'un philosophe, comme on a pu le voir en la personne d'Épictète. Un homme peut être en possession de tous les biens que propose le monde, être absolument Maître de son destin personnel — en apparence — pourtant il ne connaît aucune paix, aucune certitude, agité qu'il est en lui-même par toutes les marées de pensée qui l'atteignent. Et ces courants changeants ne font pas qu'entraîner l'homme de-ci de-là dans son corps en le ballottant comme une épave sur l'eau — ce qui encore ne serait rien — mais ils pénètrent par les portes de son âme qu'ils roulent dans leurs vagues, en la rendant aveugle et inerte, et en la dépouillant de toute intelligence permanente, de sorte qu'elle devient le jouet de toutes les influences passagères.

Pour me faire mieux comprendre, j'emploierai une comparaison. Prenons un écrivain à sa table de travail, un peintre devant sa toile, ou un compositeur écoutant les mélodies intérieures qui coulent de son imagination épanouie de bonheur. Supposons que chacun de ces créateurs à son œuvre passe sa journée devant une large baie donnant sur une rue très passagère. Chez un tel homme, le pouvoir de la vie qui l'anime a pour effet de réduire à la fois l'acuité visuelle et auditive, si bien que la grande circulation de la ville ne lui semble rien d'autre qu'un spectacle éphémère. Par contre, si un individu qui a le mental vide et dont la journée se passe sans but vient s'asseoir à cette même fenêtre, il remarquera les passants et se souviendra des visages qui auront eu le don de lui plaire ou de l'intéresser. Il en est de même du mental dans sa relation avec la vérité éternelle. S'il cesse de transmettre à l'âme ses fluctuations, sa connaissance partiale et fragmentaire, son flux d'information incertaine, alors, dans l'espace intérieur de paix — qui s'est révélé lorsqu'a été apprise la première règle — dans ce lieu secret des profondeurs, jaillit la flamme lumineuse de la connaissance réelle. C'est alors que l'oreille commence à entendre. Très vaguement, très faiblement, tout d'abord. Et vraiment, si timides et discrets sont ces premiers indices du commencement d'une vraie vie authentique, qu'on les rejette parfois comme de pures chimères, de simples produits de l'imagination.

Mais avant que ces signes puissent devenir plus que d'éventuelles chimères, l'abîme du néant doit être affronté sous une autre forme. Le complet silence, qu'on ne peut atteindre qu'en fermant l'oreille à tous les sons passagers, produit une impression d'horreur plus angoissante encore que le vide sans forme de l'espace. Notre seule conception mentale de l'espace vide se réduit, je crois, à de noires ténèbres, si on s'en fait en pensée la représentation la plus dépouillée. Cette image inspire à la plupart des gens une grande terreur physique, et si on la considère comme un fait éternel et immuable, elle doit suggérer au mental une idée d'annihilation plus que toute autre chose. Mais cette vacuité n'est que l'oblitération d'un seul sens: le son d'une voix peut s'y faire entendre et apporter le réconfort, même au plus profond de l'obscurité. Le disciple, ayant trouvé sa voie pour pénétrer ces ténèbres (qui constituent l'abyme effroyable), doit alors si bien sceller les portes de son âme que ni consolateur ni ennemi ne puisse y avoir accès. Et c'est en faisant ce second effort que ceux qui, jusqu'alors, n'avaient pu s'en rendre compte reconnaissent que la souffrance et le plaisir ne sont en réalité qu'une seule sensation. Car lorsque l'âme a atteint la solitude du silence, elle aspire si violemment et si passionnément à éprouver une sensation quelconque sur laquelle se fixer qu'une souffrance serait accueillie avec autant d'avidité qu'une joie. Lorsque cet isolement de la conscience est atteint, l'homme courageux qui s'y accroche et s'y maintient peut détruire d'un seul coup la " sensibilité ". Lorsque l'oreille ne fait plus de distinction entre ce qui est agréable et ce qui est pénible, elle n'est plus jamais affectée par la voix d'autrui. C'est alors qu'il devient possible d'ouvrir sans danger les portes de l'âme.

L'acquisition de la " vue " est le premier effort, le plus facile, parce qu'il s'accomplit en partie par une démarche intellectuelle. L'intellect peut dominer le cœur, comme il est aisé de s'en apercevoir dans la vie ordinaire. Aussi cette étape préliminaire s'accomplit-elle dans un domaine soumis encore à la matière. Mais le second pas ne permet plus cette aide, ni aucun secours matériel d'aucune sorte. Naturellement, par secours matériel, je veux parler du jeu de l'activité cérébrale, des émotions ou de l'âme humaine. En forçant l'oreille à n'écouter que l'éternel silence, celui qu'on désignait du nom d'homme devient un être qui n'est plus un homme. En considérant même superficiellement les mille et une influences que nous sommes amenés à subir de la part des autres, nous verrons qu'il doit en être ainsi. Un disciple remplira tous les devoirs qu'exige sa condition d'homme, mais il le fera selon sa propre appréciation de ce qui est juste et bien, et non d'après celle d'une quelconque tierce personne, ou association d'individus. C'est là un résultat très évident découlant de ce qu'il suit la religion de la connaissance, et non l'une ou l'autre des croyances aveugles.

Pour arriver à ce pur silence nécessaire au disciple, il faut mettre de côté aussi bien ce qui est coeur et émotions que ce qui est cerveau et productions intellectuelles. Dans ces deux domaines, les choses se réduisent à des manifestations mécaniques qui périront quand la vie de l'homme prendra fin. C'est l'essence qui est au delà, ce qui constitue le pouvoir moteur et qui fait vivre l'homme, qui vient maintenant, sous la contrainte de l'effort, à se manifester et à agir. Et c'est maintenant l'heure du plus grand danger. Dans la première épreuve, il y a des hommes qui deviennent fous de peur ; et c'est d'elle qu'a parlé Bulwer Lytton. Quant à la seconde épreuve, aucun romancier n'est allé jusqu'à en parler, bien que certains des poètes l'aient fait. Sa subtilité et son grand danger tiennent à ceci : la chance que peut avoir un homme de la traverser avec succès, ou d'y tenir tête de quelque manière, est à la mesure exacte de la force qu'il possède. Et s'il a suffisamment de pouvoir pour éveiller cette partie encore inconnue de lui-même - l'essence suprême - il a par là même le pouvoir d'ouvrir les Portes d'Or : c'est lui le véritable alchimiste, en possession de l'élixir de vie.

C'est à ce point de l'expérience que l'Occultiste se sépare de tous les autres hommes, et commence à mener une vie qui lui est propre ; il avance sur le sentier de la réalisation individuelle, au lieu d'obéir simplement aux génies qui régentent notre terre. Le fait de s'élever au point de devenir un pouvoir individuel a pour effet positif d'amener l'homme à s'identifier aux forces les plus nobles de la vie et de l'unir à elles. Car leur sphère transcende les pouvoirs de cette terre et les lois de cet univers. Et voilà où gît le seul espoir de réussite pour l'homme dans le grand effort qui est le sien : sauter directement du point où il se tient à présent pour accéder à sa nouvelle position, et devenir immédiatement une partie intrinsèque du pouvoir divin de cette grande nature dont il est un fragment, comme il a fait partie jusqu'alors de son pouvoir intellectuel. Il se maintient toujours en avance sur lui-même, si toutefois on peut comprendre une telle contradiction. Ce sont les hommes qui adhèrent à cette position, qui croient à leur pouvoir inné de progrès, et à celui de la race humaine tout entière, qui sont les frères aînés, les pionniers. Chaque individu doit accomplir ce grand saut par lui-même et sans aide, mais c'est pourtant un certain soutien de savoir que d'autres nous ont précédés sur cette route. Il est possible qu'ils se soient perdus dans l'abîme: qu'importe, ils ont eu le courage d'y entrer. Si je dis qu'il est possible qu'ils s'y soient perdus, c'est parce que celui qui l'a traversé devient méconnaissable pour toute personne qui n'aurait pas atteint elle aussi cet autre état complètement différent. Il est inutile de discuter ici de ce que peut être ce nouvel état. Qu'il me suffise de dire ceci: au premier stade où l'homme pénètre dans le silence, il n'a plus connaissance de ses amis, des êtres qui avaient de l'amour pour lui et de tous ceux qui lui étaient proches et chers, tout comme il perd de vue ses instructeurs et tous ceux qui l'ont précédé sur la voie. J'explique ces choses parce que rares sont ceux qui peuvent traverser cette épreuve sans se plaindre amèrement. Si le mental pouvait comprendre par avance que le silence doit être total, assurément il n'y aurait plus cette raison justifiant ces plaintes qui viennent comme un obstacle sur le sentier. Celui qui vous instruit, ou qui vous précède sur le chemin, peut tenir votre main dans la sienne, et vous entourer de toute la sympathie dont le cœur humain est capable. Mais, lorsque viennent le silence et les ténèbres,vous le perdez complètement de vue; vous êtes seul, et il ne peut plus vous aider, non parce qu'il a perdu son pouvoir, mais parce que vous avez invoqué votre grand ennemi.

Par votre grand ennemi, je veux dire vous-même. Si vous avez la force de regarder en face votre âme dans les ténèbres et le silence, vous aurez vaincu le soi physique, ou animal, qui réside uniquement dans la sensation.

Cette façon de dire les choses, je le sens, donnera l'impression d'être compliquée; mais en réalité elle est très simple.

Lorsqu'il a atteint sa maturité, et que la civilisation est à son apogée, l'homme se trouve entre deux feux. Si seulement il pouvait revendiquer son grand héritage, la charge encombrante de la pure et simple vie animale tomberait facilement de ses épaules. Mais il ne le fait pas, et c'est ainsi que les races d'hommes s'épanouissent, puis retombent pour mourir et disparaître de la surface de la terre, aussi grande qu'ait pu être la splendeur de leur floraison. Et c'est à l'individu qu'il revient de faire ce grand effort: refuser d'être terrifié par sa nature supérieure; refuser d'être retenu en arrière par sa nature inférieure — son soi matériel. Tout individu qui accomplit cela est un rédempteur de la race humaine. Il peut bien ne pas s'enorgueillir de ses actes, demeurer dans le secret et le silence; mais c'est un fait certain qu'il constitue un lien entre l'homme et sa partie divine, entre le connu et l'inconnu, entre l'agitation de la place publique et le calme immuable des cimes neigeuses de l'Himalaya. Point n'est besoin qu'il aille se mêler aux hommes pour constituer ce lien; dans l'astral, il est ce lien — ce qui fait de lui un être d'un autre ordre que le reste de l'humanité. Même dès ces débuts sur le sentier de la connaissance, quand il n'a fait encore que ce second pas, il constate que sa marche est plus assurée, et devient conscient d'être un fragment reconnu d'un tout.

C'est là une des contradictions de la vie qui se présentent si fréquemment qu'elles servent à nourrir l'imagination des romanciers. L'Occultiste découvre que ces contradictions s'accentuent beaucoup tandis qu'il s'efforce de vivre la vie qu'il a choisie. À mesure qu'il se retire à l'intérieur et progressivement ne dépend que de lui-même, il lui apparaît de plus en plus clairement qu'il est en train de s'intégrer à une grande marée de pensée et de sentiment d'une nature bien définie. Après avoir appris la première leçon, vaincu la faim du cœur, et refusé de vivre de l'amour des autres, il s'aperçoit que s'accroît en lui le pouvoir d'inspirer de l'amour. À mesure qu'il rejette la vie, elle vient à lui sous une forme nouvelle et avec un sens nouveau. Pour l'homme, cette terre a toujours été un monde plein de contradictions; lorsqu'il devient disciple, il constate que la vie peut se décrire sous forme d'une série de paradoxes. C'est un fait de la nature dont la raison est assez compréhensible. L'âme de l’homme (même celle du plus vil d'entre nous) " demeure comme une étoile isolée ", tant que sa conscience est soumise à la loi de la vie d'oscillations et de sensations. Cela seul suffit à créer ces complications de caractère qui inspirent l'imagination du romancier; chaque homme est un mystère, aussi bien pour son ami et son ennemi que pour lui-même. Ses motifs sont souvent impossibles à découvrir; il ne peut les sonder, ni savoir pourquoi il fait ceci ou cela. L'effort du disciple vise à éveiller la conscience dans la sphère stellaire de son être où son pouvoir et sa divinité sont endormis. Au fur et à mesure que cette conscience s'éveille, les contradictions dans l'individu se font plus marquées que jamais, comme aussi les paradoxes qui remplissent son existence. Car c'est une évidence que l'homme crée sa propre vie; et " l'aventure est aux aventureux " est l'un de ces sages proverbes, tirés de l'expérience, qui sont valables dans tout le domaine de l'activité humaine.

Une pression exercée sur la partie divine de l'homme réagit sur la partie animale. À mesure que s'éveille l'âme silencieuse, elle rend la vie ordinaire de l'homme plus utile, plus vive, plus réelle et plus responsable. Pour nous en tenir aux deux exemples déjà mentionnés, disons ceci : l'Occultiste qui s'est retiré dans sa citadelle a découvert la force dont il dispose — immédiatement, il prend conscience des devoirs qui sont exigés de lui. Il n'a pas acquis cette force de son propre droit, mais bien parce qu'il constitue une partie du tout; et dès qu'il est hors d'atteinte de la vibration de la vie et qu'il peut se tenir inébranlable, le monde extérieur l'appelle à grands cris pour qu'il vienne y travailler. C'est la même chose avec le cœur. Quand il a cessé de vouloir prendre, c'est alors qu'il lui est demandé de donner en abondance.

La Lumière sur le Sentier a été appelée, à juste titre, un livre de paradoxes; que pourrait-elle être d'autre dès lors qu'elle traite de l'expérience personnelle réelle du disciple ?

Avoir acquis les sens astraux de la vue et de l'ouïe, en d'autres termes, avoir atteint à la perception et ouvert les portes de l'âme revient à une tâche gigantesque qui peut exiger le sacrifice de nombreuses incarnations successives. Et pourtant, quand la volonté a acquis sa puissance, le miracle tout entier peut s'accomplir en une seconde. Et désormais le disciple n'est plus le serviteur du temps.

Ces deux premiers pas sont négatifs ; c'est-à-dire qu'ils impliquent que l'on se retire d'un état présent des choses, plutôt que l'on avance vers une autre condition. Les deux pas suivants sont positifs : ils nécessitent que l'on agisse pour gagner un autre état d'être.

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