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Spiritisme

Sommaire :

Spiritisme ancien et nouveau (Note 1) (↑ sommaire)

Partie 1

 

Je suis moi-même un esprit, mais, à certains égards, différent de ceux dont il est question dans les séances spirites modernes. J'ai un corps et un cerveau dont je me sers comme instruments de travail, tandis que ces esprits n'en ont pas; je peux prouver et ressentir mon identité en tant que fils de mon père, tandis qu'ils sont incapables de le faire ; et, ce qui est plus important que tout, mon expérience est dûment répartie dans la trinité du corps, de l'âme et de l'esprit — c'est-à-dire dans la nature matérielle, intellectuelle et universelle — tandis qu'eux, étant dépourvus de nerfs matériels, d'organes sensoriels, de cerveau, de sang et de chair, sont confinés à un plan de conscience où ils sont justement démunis des organes d'action et de sensation qui sont nécessaires pour pouvoir venir en contact avec la matière et la nature, avec l'expérience humaine personnelle, ou avec les grandes cordes du cœur qui résonnent dans l'homme qui est fait à l'image des dieux.

Les livres chinois appelés King, le Zend Avesta des adorateurs du Feu, les mystérieux monuments et papyrus égyptiens, les livres aryens profondément émouvants de l'Inde, les religions grecques, les archives romaines et les Écritures chrétiennes, nouvelles et anciennes, parlent du spiritualisme, en traitent dans leurs écrits, l'expliquent et le dépeignent en symboles. Tel qu'il nous apparaît dans les temps antiques, c'est un sujet noble et philosophique, scientifique et religieux; mais aujourd'hui, en Europe et en Amérique, le « spiritualisme » [ou spiritisme] est une affaire mortellement banale, ne s'appuyant sur rien, dépourvue de toute philosophie, comme l'avouent ses principaux représentants, croulant sous une collection de faits accumulés depuis de nombreuses années, mais absolument non-digérés et, de plus, défigurés par les supercheries et par un déversement journalier de platitudes pour amateurs de merveilles. C'est une contestation du christianisme qui, pourtant, n'offre pour remplacer un ciel injuste rien d'autre qu'un pays de merveilles [Summerland], illogique et matérialiste. Dans les temps anciens, les voyants et les vestales du spiritualisme ne touchaient pas d'argent et ne s'engageaient pas dans une lutte vulgaire de compétition en vue d'un avancement privé et d'un plaisir personnel, alors que, dans les temps modernes, les médiums, laissés sans protection par leurs guides, offrent de vendre, à n'importe quel acheteur, les esprits et le pays des esprits pour un dollar ou deux.

C'est un commerce pour vivre et non la recherche des choses de l'esprit. Telles sont les différences. Le problème est-il incorrectement posé ?

L'espèce de spiritualisme qui prévaut maintenant en Occident était bien connu dans les temps anciens, mais on l'appelait alors nécromancie et sa pratique était prohibée. L'histoire du Roi juif Saül, [et spécialement le chapitre 28 du livre de Samuel] montre bien qu'il en était ainsi. Saül était un médium de l'espèce des obsédés. La variété particulière de démon qui le possédait exigeait de la musique pour le calmer — musique que lui donnait David — mais, même alors, il lui arrivait parfois de se manifester brutalement, comme à une certaine occasion où Saül s'arma d'une lance pour en frapper l'artiste qui fut à deux doigts d'y laisser la vie sur le coup. On trouve la preuve de la vogue des médiums dans le chapitre mentionné de Samuel : « Et Saül avait chassé hors du pays ceux qui avaient des esprits familiers, et les sorciers », mais il conserva le spiritisme supérieur des Urim et Thummin, pratiqué par le Grand Prêtre, en respectant également les paroles inspirées des prophètes qui étaient des hommes d'une grande austérité, n'exigeant aucune rémunération. Saül connut des périodes de revers et chercha à obtenir le conseil d'esprits. En vain il consulta Urim et prophètes. « Et lorsque Saül interrogea le Seigneur, le Seigneur ne lui répondit pas, ni en songe, ni par 1'intermédiaire. d'Urim, ni par les prophètes ». Aussi demanda-t-il à ses serviteurs de lui chercher une femme qui avait un esprit familier et ils lui en indiquèrent une — que l'on ne qualifiait pas de sorcière — habitant à Endor. Il est à remarquer que c'est seulement quelques versets plus haut qu'on trouve un récit de la mort et des funérailles de Samuel, à Rama ; on peut donc en conclure que Samuel n'avait pas été enseveli depuis longtemps et que, comme les Théosophes le savent, ses restes astraux n'étaient probablement pas désintégrés. Saül, médium comme il l'était, ajouta le jeûne à ses exercices ce jour-là, et fit appel à la femme d'Endor dans le but d'évoquer l'ombre de Samuel. Lorsque se dressa la forme astrale matérialisée du prophète récemment décédé, la femme fut effrayée et découvrit l'identité de Saül. Sa clairvoyance fut éveillée, et, comme elle le dit, elle voyait « des dieux montant de la terre ». Ainsi se trouvaient là deux puissants médiums, l'un Saül et l'autre la femme. En conséquence, la matérialisation du fantôme fut très forte. Saül était venu plein du désir de voir Samuel, et cette grande combinaison de forces provoqua une évocation nécromantique de l'Ombre, apportant au roi — par le canal de la clairvoyance des deux médiums, et à l'aide d'éléments tirés du mental de Saül et des récents événements — l'information, facile à prévoir, de sa défaite et de sa mort. C'est bien à juste titre que Moïse avait interdit de telles séances. Celle dont nous parlons, en redonnant force aux craintes de Saül et à son indécision, affaiblit encore son jugement, sa conscience et sa résolution, précipita sa défaite et acheva son règne. Le fait que l'ombre n'était autre que les restes astraux de Samuel est très clair à en juger par sa demande pressante : « Pourquoi m'as-tu troublé en me faisant monter ? ». L'histoire entière est une description ancienne de ce qui arrive chaque mois en Amérique chez nos modernes nécromanciens et adeptes du culte des morts. Quand Moïse écrivit ses lois, la « Voix de Bath-Col » — appelée aujourd'hui la voix indépendante — était connue, autant que de nombreuses autres pratiques médiumniques ; et ceux qui pouvaient évoquer les ombres des morts, ou obtenir des conseils d'esprits familiers, étaient si bien connus du peuple que le législateur formula son décret, bien souvent appliqué : « Tu ne laisseras pas vivre la sorcière » , — décret que ses descendants religieux suivirent à la lettre à Salem, en Angleterre, en Écosse, bien des siècles plus tard. Dans le temple élevé dans le désert, ainsi que dans l'édifice permanent attribué à Salomon, à Jérusalem, il y avait le Saint des Saints où officiait le chef médium, le Grand Prêtre, qui agitait les clochettes autour de sa robe et entrait en communion avec l'esprit-guide qui parlait d'entre les ailes des Chérubim. Et, dans les récits talmudiques, les juifs racontent comment Jésus parvint à connaître et garder le nom incommunicable, malgré les hurlements dirigés contre lui par les statues animées qui gardaient le portail. À travers tout l'Ancien Testament, les divers prophètes apparaissent comme des médiums sujets à inspiration. L'un tombe durant la nuit et le Seigneur ou l'Esprit lui parle; un autre jeûne pendant quarante jours après quoi son ange-guide lui touche les lèvres avec le feu de l'autel; Ézéchiel lui-même entend retentir le bruit des grandes eaux et le fracas des roues, tandis que ses idées inspirées pénètrent son cerveau frappé de stupeur. Tous ces récits se retrouvent à la mode moderne, à ceci près que les inspirations de jadis avaient quelque signification et une certaine élévation. Mais aucun de ces anciens médiums, voyants et messagers inspirés — à l'exception des nécromanciens — ne prenait de l'argent en échange de ce qu'il voyait et disait.

Là se trouvait la différence entre un prophète, ou un être familier d'un dieu, et un méprisable nécromancien. Se pourrait-il que les anciens aient fait ces distinctions, en autorisant l'un et condamnant l'autre, sans quelque connaissance ou quelque bonne raison pour une telle attitude ?

Les grands oracles de la Grèce et d'autres pays avaient leurs vestales. Elles étaient des médiums par la bouche de qui leurs « guides » , comme diraient les spirites, donnaient une réponse aux questions posées. Il est vrai qu'argent et présents étaient versés au profit des institutions, mais les vestales qui officiaient ne vivaient pas dans ce monde ; elles ne recevaient pas d'argent et ne pouvaient pas tarifer leur travail; elles n'accumulaient aucun bien ; elles n'étaient pas polluées par les ambitions, ni par de mesquines luttes journalières ; mais leur vie était tout entière livrée à la pensée spirituelle la plus noble que permettait l'époque, et elles étaient choisies pour leur pureté. Et, bien plus, l'oracle ne pouvait pas être obligé à parler sous la contrainte de l'argent ni des présents. S'il parlait, il n'y avait qu'à s'en réjouir ; s'il restait silencieux, le questionneur s'en allait, avec tristesse et humilité. Il n'y avait pas de demande exprimée ou secrètement formulée pour le prix de l'argent offert. En fait, très souvent, lorsque l'oracle s'était exprimé et qu'une riche offrande avait été faite, une autre communication prescrivait de restituer entièrement l'offrande.

C'est là une autre différence entre le spiritisme ancien et le nouveau, comme on s'en rend compte par l'attitude des gens qui vont chez les médiums. Interrogez l'un de ces derniers et vous constaterez avec quelle insistance on exige une compensation pour l'argent payé d'avance pour avoir le privilège d'assister à une séance. Il en résulte une pression sur la malheureuse créature qui s'offre comme canal entre notre plan et le suivant. Si aucun résultat n'est obtenu, comme ce doit être souvent le cas, le demandeur est mécontent et le médium s'empresse d'offrir une autre séance, un peu sur le principe adopté par les charlatans qui promettent de rembourser les frais s'il n'y a pas de guérison de la maladie.

Si nous nous tournons vers l'Inde, encore vivante aujourd'hui, après avoir été, sans nul doute, contemporaine jadis des Égyptiens (de qui les Juifs ont reçu leur magie, leur nécromancie, et leur spiritisme), nous avons l'avantage d'étudier des annales vivantes. On trouve depuis toujours, parmi les Hindous, la présence du spiritisme. Ils l'ont encore de nos jours, si bien que, dans leur pays, il est à la fois ancien et moderne. Ils faisaient jadis, et font encore la même distinction, entre l'espèce supérieure de spiritualisme et sa perversion nécromantique moderne. À travers des âges d'expérience, leur peuple a découvert les faits et les dangers, la valeur de l'aspect supérieur et les dommages qui découlent de l'aspect inférieur. Il est bien vrai que nous n'avons pas beaucoup à apprendre des simples classes inférieures qui, avec leur passivité orientale, se cramponnent aux coutumes et aux idées qui leur ont été enseignées par leurs ancêtres. Mais cette passivité même fait ressurgir devant nos yeux, comme dans une gigantesque chambre photographique, l'image d'un passé qui vit et respire lorsqu'on se livre à l'étude de la philosophie qui sert de fondement aux croyances actuelles.

Là-bas, exactement comme chez nous, les femmes deviennent souvent obsédées. « Guidées » serait le mot de nos amis spirites. Mais elles ne saluent pas avec joie cette apparition post-mortem d'un ancêtre proche ou lointain. Elles l'abhorrent. Elles courent chez le prêtre, ou se soumettent à un traitement curatif, physique ou psychique, d'exorcisme pour chasser l'entité qui les obsède. Elles appellent cette entité un bhuta, ce qui, chez le commun des hommes, signifie « diable » mais, chez les gens cultivés, correspond à « restes élémentaux ». Ils ne manquent pas d'admettre le fait et le lien de l'obsession avec le décédé, et ne tombent pas non plus dans l'erreur de supposer qu'ils ont affaire au centre conscient, intelligent et immortel de l'être disparu. Exactement comme l'enseignait universellement l'ancienne philosophie, ils affirment ainsi que ce fantôme est une partie du vêtement psychique dont l'âme du défunt était revêtue jadis, et que cette dépouille n'a pas à être respectée plus que n'importe quel autre vieux costume abandonné par un individu. Mais, comme ce fantôme appartient au domaine psychique et peut éveiller les éléments inférieurs dans l'être humain, aussi bien que des forces cachées purement mécaniques de la nature, et comme, de plus, il est dépourvu d'âme et de conscience, on en parle, de ce fait, comme d'un diable, ou plutôt, chez les hindous, le mot élémentaire, a acquis la signification de diable, par suite du mal qui résulte de son apparition lorsqu'on l'évoque.

Dans des articles ultérieurs, je mènerai l'enquête sur les phénomènes spirites actuels et leurs dangers, la manière dont on en use et en abuse, et je reviendrai sur l'antique spiritisme supérieur et la possibilité de sa renaissance.

 

Partie 2

Certains des commandements donnés aux Juifs par Moïse — parlant au nom de Jehovah — au sujet du spiritisme, ne manquent pas d'intérêt. Comme ils n'entrent dans aucune description des divers aspects des règles du code mosaïque, il est certain que le sujet entier était alors assez familier pour pouvoir être compris dès qu'on y faisait allusion, sans la moindre explication. Et si Moïse et son peuple ont jamais été réellement en Égypte en esclavage, ou comme habitants de la terre de Goshen, ils n'ont pas pu s'y trouver sans apprendre bon nombre des pratiques spirites et nécromantiques des Égyptiens. Dans l'Exode, ch. 22, v. 18, Moïse ordonne « Tu ne laisseras pas vivre la sorcière ». La sorcière en question était un être différent de ceux qui avaient des démons familiers et autres choses semblables : ces derniers n'étaient pas inquiétés. Mais une sorcière devait être une personne méchante versée dans la pratique des arts occultes, pour gagner de l'argent ou simplement par malveillance. Dans le Deutéronome, le législateur, se référant à la terre que le peuple devait occuper peu de temps après, ordonne : « II ne devra pas se trouver parmi vous quelqu'un qui consulte les esprits familiers, ni un sorcier, ni un nécromancien ». On voit ainsi mentionnées et prohibées ces diverses sortes de pratiques occultes. Il n'y a guère de doute que le très puissant esprit s'appelant lui-même « Jehovah » ait émis ces instructions, non seulement pour protéger le peuple en général, mais aussi pour empêcher que tout autre dieu tribal également puissant se mette à instituer une communication avec les Juifs et créer peut-être une confusion dans les plans de Jehovah.

Ceux qui consultaient les « esprits familiers » étaient ceux qui, d'une façon ou d'une autre — à la suite d'un entraînement, ou par accident de naissance — avaient établi une communication avec certains puissants esprits de la nature, de l'élément feu ou de l'élément air, dont ils pouvaient obtenir quelque information sur divers sujets. Ces élémentaux sont difficiles à atteindre et ils se comportent avec l'homme, parfois amicalement, et d'autres fois de façon hostile. Mais ils ont une connaissance qui leur est propre et ils peuvent faire usage des sens internes de l'homme dans le but de lui fournir des réponses qui lui seraient inaccessibles de la manière ordinaire. Cela se fait un peu de la façon dont l'hypnotiseur moderne éveille la personne intérieure, dégagée jusqu'à un certain degré de la personne extérieure, et cela prouve que la mémoire cachée et les pouvoirs de perception ont une bien plus vaste portée que ne le manifeste habituellement la personne en bonne santé. Ces esprits familiers étaient bien connus des anciens et Moïse en parle si naturellement que, de toute évidence, c'était, de son temps, un fait du domaine de l'histoire et non une découverte nouvelle. La même classe d' « esprits familiers » est également mentionnée dans les Actes des Apôtres (2) ; Paul et ses compagnons arrivèrent en Macédoine (si l'on peut se fier aux indications confuses fournies sur les lieux) et là, comme l'indique le texte, « alors que nous allions prier, il arriva que vint à notre rencontre une certaine servante possédée d'un esprit de divination, qui par cette voyance procurait à ses maîtres un grand profit ». Paul libéra la femme de l'esprit qui la possédait, privant ainsi ses Maîtres de leur source de gain et probablement elle-même de son gagne-pain. Ce n'était pas un simple cas de médiumnité ordinaire où les dépouilles astrales de quelque âme désincarnée avait pris possession de la jeune fille, mais c'était un élémental authentique de l'espèce devineresse que Paul fut capable de chasser grâce au pouvoir de sa volonté humaine.

   

L' « esprit familier » n'est pas notre nature supérieure qui se met à nous communiquer quelque information utile, mais c'est toujours une entité extérieure et n'appartenant pas au plan humain. De nos jours, en Orient, on a connaissance de tels esprits, et la communication avec eux est considérée là-bas comme dangereuse. Ce danger provient du fait que les « esprits familiers » sont dépourvus de conscience, puisqu'ils appartiennent à un règne de la nature qui est encore au-dessous de la condition humaine, et sont donc privés de Manas et du principe spirituel. Ils agissent automatiquement mais, en leur adjoignant la raison et d'autres pouvoirs de la personne qu'ils affligent, il y a un semblant de raison, de jugement et d'intelligence. Il est vrai que la manifestation de telles qualités est également apparente dans le phonographe moderne, qui, en fait, en est certainement dépourvu. Du fait qu'ils sont d'une telle nature, il va de soi que l'influence exercée par ces esprits sur l'être humain s'adresse uniquement à notre nature inférieure, à l'exclusion de la nature supérieure, et, en conséquence, les qualités morales finissent par être paralysées. D'autres résultats surviennent dans certains cas où se libère ce que l'on pourrait appeler une « dynamite astrale », par la perturbation créée dans la nature de l'être humain, ainsi que sur l'autre plan, et cela entraîne une destruction pour les autres aussi bien que pour la personne qui s'est livrée à cette communication. Pour ces raisons, tout au long du passé, les sages ont dissuadé les hommes de communiquer avec un esprit familier.

La catégorie suivante mentionnée par Moïse est constituée par le sorcier qui représente un grade supérieur au premier, et correspond à la sorcière. Le fait de n'avoir pas mentionné les sorciers dans le verset ordonnant la mise à mort d'une sorcière, peut vouloir dire que les sorcières étaient plus répandues que les sorciers, exactement comme de nos jours les « femmes vaudou » sont bien plus nombreuses que les « hommes vaudou ».

Le dernier type mentionné — qui est appelé une abomination — est le nécromancien. Ce personnage correspond exactement à tout spirite moderne qui évoque les morts par l'intermédiaire d'un médium et galvanise ainsi le cadavre astral que l'on devrait laisser en paix se désintégrer entièrement. Moïse reçut son éducation en Égypte et en Médie, en tant que prêtre de l'ordre le plus haut. À cette époque-là, cela avait une grande signification. Cela voulait dire qu'un tel  homme était pleinement informé sur la vraie psychologie humaine et était capable de voir où pouvait se cacher un danger quelconque pour l'amateur dans ces domaines. Il n'est pas le moins du monde important de savoir si un homme tel que Moïse a jamais vécu; il peut s'agir d'un simple nom, d'une personne imaginaire à qui ces livres ont été attribués; mais les ordonnances et les prohibitions, ainsi que la science occulte qui se manifeste dans ce qu'il a fait et dit, constituent un antique témoignage de grande valeur. Quand il jeta l'interdit sur la nécromancie, Moïse ne fit que suivre les règles consacrées par le temps, que la vaste expérience de nombreuses nations avait, bien avant la naissance de Moïse, reconnues comme exactes. Dans mon premier article, j'ai donné un ancien exemple de nécromancie extrait de 1'histore du Roi Saül.

Je propose donc d'appeler d'un autre nom ce qui est maintenant dénommé à tort spiritisme, et ce nom est nécromancie. C'est le culte des morts. Cette pratique s'est mise elle-même dans la position d'être ainsi désignée, et la qualification proposée n'est ni une invention, ni une fausse interprétation. Les journaux alimentés par ceux qui s'y livrent, et les livres écrits par certains de ses meilleurs avocats ont déclaré, année après année, que les morts étaient présents — en tant qu'esprits — aux séances spirites ; les médiums ont dit qu'ils étaient sous le contrôle de décédés, hommes et femmes de race blanche, d'Indiens Peaux-rouges morts depuis longtemps, ou même de bébés, selon les cas; et à l'époque où les séances de matérialisation étaient courantes, on a fait apparaître les morts, décédés de longue date ou récemment — comme dans le cas de Samuel pour Saül — sous les yeux des assistants, puis, tandis que ces derniers regardaient pleins d'étonnement, l'apparition a disparu de la vue. Et ceci n'est pas limité aux masses ordinaires non versées dans les sciences. Des hommes de science se sont livrés à ces pratiques. Le Professeur Crookes a certifié qu'en sa présence « le fantôme Katie King » s'est matérialisé assez fortement pour donner toute l'apparence de la densité de la chair et du poids du corps que l'on constate chez n'importe quelle personne vivante. C'est donc de la nécromancie pure et simple et la question suivante à préciser est de savoir si, comme l'a dit Moïse, c'est une abomination. En réponse à cette question, si cette pratique n'engendre que de bonnes conséquences, si elle se révèle vraiment comme une communication avec l'esprit — le mot étant employé dans son sens le plus noble — si elle ne fait apparaître aucun effet avilissant, si elle apporte du monde de l'esprit (où le spirite déclare que toute connaissance existe) une contribution à l'enrichissement du savoir humain et à l'avancement de la civilisation, si elle a ajouté à notre information sur la nature complexe de l'homme comme être psychologique, si enfin il se révèle qu'elle a fourni un nouveau code éthique ou du moins une base substantielle, logique et scientifique pour l'éthique proclamée par Bouddha et Jésus, alors elle n'est pas une abomination — bien qu'étant toujours de la nécromancie.

Depuis quarante années et plus, en Europe et en Amérique, on a cultivé de façon marquée cette nécromancie, ce qui est un délai bien suffisant pour que dans tout autre département n'importe qui arrive à de bons résultats intellectuels. Or, que nous donne l'histoire de ces années passées ? Elle n'offre qu'une morbide espèce de chasse au merveilleux et une stérile accumulation de phénomènes mal digérés qui restent aussi peu expliqués de nos jours par les « esprits » ou les spirites qu'ils l'étaient quand ils se manifestèrent. Tel est le contenu général du bilan de ces quarante années. Avant de poursuivre ce sujet selon les lignes indiquées plus haut, je terminerai cet article en parlant d'un premier défaut capital de la nécromancie moderne : le défaut et la souillure que constitue l'esprit de lucre, dont se rendent coupables les médiums et ceux qui vont les consulter.

Il n'y a pas dix ans de cela, fut fondé à Chicago et à New York un syndicat pour exploiter certaines mines d'argent sur le conseil des « esprits ». Dans chaque ville citée, un médium fut consulté et on lui versa une maigre rémunération pour ses séances. Le fantôme-guide dirigea les investissements et bon nombre des opérations. Des actions furent émises, vendues et achetées. Le fait que le résultat net de l'entreprise n'ait abouti qu'à une perte pour les bailleurs de fonds n'a pas ici grande importance, bien que, sous un autre rapport, il ait sa signification. Mais, avant le crack final, il y eut un certain bénéfice constitué par le jeu des ventes et achats. Une infime rétribution fut allouée au pauvre médium et il est douteux qu'on l'eût payé plus que le prix normal à la journée, même si les promesses dorées des « esprits » s'étaient pleinement réalisées. Tout ceci s'est répété des douzaines de fois dans d'autres circonstances.

Il y a eu quelques cas isolés de prétendues communications de médium, dans le domaine des affaires, une longue suite de directives ayant abouti à un succès final. L'une d'elles eut trait à des opérations du marché boursier de New York. Mais on avait affaire, dans tous ces cas, à une « consultation d'esprit familier » n'ayant rien de comparable avec le travail d'un médium ordinaire. En effet, s'il s'agissant de la même chose, nous devrions nous attendre à ce que de tels succès soient chose commune, alors que c'est le contraire qui est la réalité dans l'histoire des médiums. Les gens qui pensent bien connaître les courtiers en Bourse seraient bien surpris de savoir à quel point ces messieurs demandent aux médiums de se consacrer à la prévision des fluctuations des cours des actions du chemin de fer ou des prix du marché des grains, à New York et à Chicago.

C'est là la grande malédiction du culte américain appelé spirite, et, tant qu'il ne sera pas complètement supprimé, quoi qu'il puisse en coûter aux individus, nous n'assisterons pas à l'avènement du véritable spiritisme supérieur. St Paul avait raison lorsqu'en Macédoine, il délivra la jeune fille de son démon familier, même si, de ce fait, elle perdait son emploi, et ses maîtres leurs revenus. Si les spirites ne veulent pas éliminer l'élément argent de leurs investigations, il serait souhaitable qu'un nouveau St Paul se lève et, d'un geste de la main, prive tous les médiums publics du pays de leur pouvoir d'avoir des visions, d'entendre les messages des morts ou des vivants, ou de poursuivre leurs pratiques d'une manière ou d'une autre. Le peu de souffrance individuelle qui pourrait en découler serait plus que compensé par le large bienfait immédiat, aussi bien que futur.

UN ESPRIT INCORPORÉ

 

Notes :

  • (1) Traduction de l'article publié par W.Q. Judge, sous le titre " Spiritualism Old and New " dans la revue The Path (septembre et octobre 1892).
  • (2) Actes, chap. 16

Spiritisme (Note 1) (↑ sommaire)

Le sujet du Spiritisme nous amène directement face à l'histoire de la Société Théosophique et du véritable progrès de l'âme humaine. Lorsque Madame BLAVATSKY vint dans ce pays, en obéissant aux ordres qu'elle avait reçus de ceux qu'elle appelait ses Maîtres — et qui sont connus de nous comme les Mahâtmas et les Adeptes — ce fut avec le spiritisme qu'elle fit ici ses débuts. Les Maîtres avaient perçu que la nouvelle vague de recherche avait commencé dans ce domaine particulier, mais qu'elle avait été détournée dans le canal du matérialisme, avec l'appellation pompeuse, mais erronée, de « spiritualism » : les efforts visèrent tout d'abord à donner aux « spiritualists » une chance de faire ce qu'ils pourraient ou devraient faire pour le bien des races occidentales. Mais l'opportunité ne fut nullement mise à profit : au contraire, les spirites prirent H.P.B. comme cible de leurs sarcasmes et de leur haine. Si on lit les lettres des Maîtres qui ont été publiées, on se rend compte de l'attention qu'ils portèrent au début à ces choses. On voit par exemple que l'un d'eux se préoccupait de suivre de près les déclarations des médiums dans leurs réunions; et H.P.B. exprima souvent son opinion par écrit, comme si elle voulait entrer dans les rangs des spirites. En fait, elle désirait s'y introduire dans un but de réforme, mais ils refusèrent de l'accepter et manquèrent de ce fait l'occasion de saisir la plus grande chance de l'époque.

Elle s'adressa par lettre à beaucoup de gens pour les inciter à aider un nouveau journal de Boston appelé le Spiritual Scientist, lancé avec l'intention de donner les vues justes sur ces matières ; elle-même et Olcott écrivirent pour le journal et le financèrent. Cependant, il ne tarda pas à disparaître. J'ai connu le directeur de ce journal et j'ai été au courant personnellement de ce que faisaient alors H.P.B. et Olcott en cette circonstance particulière. Elle voulait mettre un terme à des abus comme le recours aux médiums publics rétribués et réformer toute la masse de fausses notions ayant cours sur l'ensemble du sujet ainsi que les manières erronées de l'approcher ; et, particulièrement, elle voulait, comme nous le faisons aussi, que les choses fussent appelées de leur vrai nom, et que certains faits ne fussent pas acceptés comme des preuves pour soutenir des théories avancées par les médiums, comme A.J. Davis, en particulier sur l'état après la mort et le pouvoir et la nature des forces qui viennent vers les médiums et les entourent.

On peut donc dire avec justesse qu'elle avait d'abord l'intention d'apporter une réforme dans le spiritisme, à un moment où le cycle permettait énormément plus de phénomènes que maintenant. Et un étudiant en Théosophie verra en ceci une preuve de sa connaissance des faits et des lois que tant de gens ignorent jusqu'à ce jour. Car le fait est qu'il y avait alors dans le pays plus de pouvoir psychique susceptible de se manifester qu'il n'y en a maintenant, et aussi qu'il devait nécessairement disparaître, dans une certaine mesure, au fur et à mesure des années. Cela est prouvé par l'histoire car on a du mal, de nos jours, à rencontrer beaucoup de bons médiums psychiques, tandis qu'alors c'était très facile et ils étaient tout à fait courants. Le monde pense que s'ils sont maintenant devenus rares c'est parce que beaucoup ont été dénoncés comme imposteurs, mais la vraie raison c'est que la force a actuellement diminué. Le désir de H.P.B,.en fait sa hâte, était de profiter du moment avant qu'il ne soit trop tard. Ainsi, lorsqu'elle ne trouva pas d'écho favorable parmi les spirites, elle et Olcott établirent la Société Théosophique.

Nous sommes confrontés par le sujet au problème de la nature et de la destinée de l'âme humaine, parce que les faits observés dans le spiritisme sont des réalites de la propre vie de l'âme et des divers véhicules qu'elle emploie pour faire l'expérience de la Nature. Les spirites considèrent ce sujet d'une façon matérielle et l'abordent aveuglément, en mettant en danger tous ceux qui ont affaire avec lui de quelque manière. Ils parlent de la vie après la mort, et donnent des détails sur les faits de cette vie qui apparaissent, à celui dont les pensées sont tournées vers l'esprit, comme la forme la plus grossière de matérialisme ; car ils ne font que déifier et exalter, de la manière la plus sensuelle, la vie que l'âme est censée avoir après la mort: cette vie qu'ils décrivent est entièrement modelée sur la pauvre existence médiocre qui est la nôtre, et ne ressemble aucunement à ce que devrait être celle de l'âme. Ils ont simplement fait du vieux ciel des chrétiens un paradis un peu moins vague et plus grossier.

Le Théosophe doit accepter les faits du spiritisme sinon il est accusé d'ignorance et de bigoterie. Mais sa philosophie donne de ces faits une explication qui tient compte de la nature réelle de l'homme, sans tomber dans la sentimentalité, le merveilleux ou l'étonnement. Il cherche à bien comprendre le sens de tous les risques. C'est folie et perte de temps que d'aller jour après jour chez un médium pour entendre et réentendre ce qui excite l'émerveillement. Et le théosophe prudent sait aussi qu'il est dangereux de consulter les médiums; mieux vaut se tenir à distance et essayer de comprendre la philosophie avant tout. Il n'y a pas une seule chose à voir, dans une séance spirite, que l'on ne puisse trouver ailleurs, à une plus petite échelle, si seulement vous décidez d'ouvrir les yeux, car le monde est plein de merveilles chaque jour, et la vie de chacun recèle beaucoup de chose; capables de donner l'explication de ce que le spirite prétend posséder exclusivement. Si vous voulez observer votre propre vie, dans ses trois phases de veille, de sommeil profond et de rêve, vous trouverez la clef de tous les mystères du mental, et même des mystères de la Nature entière. Ainsi, en considérant le spiritisme, vous ne devez pas l'enfermer dans un compartiment séparé, mais examiner chaque partie du sujet par rapport à l'homme vivant, et à l'aide de la philosophie de la constitution de cet homme vivant. Si vous ne faites pas cela, mais continuez à regarder ces phénomènes en eux-mêmes, vous resterez tout le temps sur la mauvaise route et serez certains d'aboutir finalement à de fausses conclusions sur le sujet tout entier. Il est donc important pour nous de garder clairement à l'esprit la constitution septuple de l'homme, comme elle est exposée dans la littérature théosophique. Notre nature septuple doit être connue si nous voulons découvrir tout ce que signifient les phénomènes psychiques; et nous devons aussi nous rappeler que ce que nous considérons, en réalité, n'est pas le corps, mais l'action de l'âme elle-même dans l'usage qu'elle fait de ses diverses enveloppes, parfois appelées « principes ». II est également essentiel, si vous désirez connaître la vérité, que vous acceptiez et essayiez de comprendre la nature impermanente de tout ce qui est d'habitude appelé « matériel », « matière » et « objectif ». Ce qui est dense peut devenir subitement fluide, et ce qui est objectif se transformer en subjectif; de la même façon également, le subjectif peut, par l'opération des lois de la nature, devenir l'objectif ; et l'invisible est plus permanent que le visible. Si tout cela n'est pas accepté et clairement réalisé, alors il n'y aura aucun espoir pour le chercheur de connaître réellement autre chose que l'extérieur de ces étranges phénomènes. Ainsi donc, mettez-vous bien en tête, une bonne fois, que pensées et idées créent des formes qui leur sont propres et qui ont le pouvoir, dans certaines conditions, d'affecter nos sens d'une manière telle qu'elles apparaissent objectives à notre faculté de connaître à l'état de veille. Ceci arrive souvent dans le domaine de la nature psychique et a trompé des centaines de gens en leur faisant prendre pour esprit ce qui n'était pas esprit, mais qui appartenait à la partie et l'essence vraiment la plus grossière de la matière. Et ceci nous amène à la racine de tout finalement : la matière, dans son essence. est invisible mais, en même temps, bien plus grossière que la matière dont nous parlons chaque jour. C'est presque cette conclusion que des hommes tels que Tyndall et Huxley ont été conduits à adopter lorsqu'ils ont dit qu'il nous est impossible de rien connaître réellement de l'essentielle ou ultime nature de la matière.

Si on l'examine dans son ensemble, le spiritisme se réduit (dans ce qui le distingue d'autres matières) aux phénomènes appelés le retour des esprits des morts, la matérialisation des prétendues formes des morts, appelées pour cette raison « formes matérialisées », le transfert à travers l'espace d'objets ou du corps du médium, l'écriture de messages ou leur transmission, et la précipitation de tels messages dans le style et l'écriture du décédé. Le fait de parler en transe ou sous inspiration, de transmettre des messages à l'état de transe ou non, la clairvoyance et la clairaudience, et tous les phénomènes du même genre, ne sont pas spécialement la propriété du spiritisme d'aujourd'hui, puisqu'ils étaient tous connus depuis des âges. Mais ce que j'ai indiqué plus haut comme traits distinctifs du spiritisme est tout à fait merveilleux pour le mental ordinaire non averti, car nous ne savons pas par quel moyen il peut se faire qu'une forme tangible surgisse de l'air, ou qu'une femme, assise en transe, se mette à révéler, au sujet d'un défunt qu'elle n'a jamais connu, un grand nombre de faits tels que son nom, les circonstances de sa mort et tous autres détails le concernant. Et c'est exactement ici qu'est le point de séparation entre le théosophe et le spirite. Ce dernier affirme qu'on a dans ces phénomènes la preuve que l'esprit du décédé est présent, mais le théosophe le nie et dit que tout cela est accompli par un ou plusieurs agents, au nombre de trois, si on exclut les entités du Kama-loka. Le premier de ces agents est la dépouille astrale de l'homme mort, privée de son âme et de la conscience, le second est le corps astral du médium vivant, et le dernier est constitué par le mental et le corps astral des différentes personnes présentes. L'explication de chacun des phénomènes se trouve dans ces trois agents, sans oublier les esprits élémentaux qui sont inclus dans chacun des trois, étant donné qu'ils interviennent dans tout mouvement dans la Nature et dans l'homme, partout sur le globe et alentour. C'est pourquoi je ne leur ai pas donné un rôle à part dans l'affaire. Chacune de nos pensées met en branle et utilise ces élémentaux, et le déplacement du vent, les rayons du soleil et les fluides du corps, ainsi que les mouvements des organes, tout cela fait de même. Ces élémentaux sont les nerfs de la nature, et pas une seule chose ne peut survenir ou se faire dans aucun département de la vie sans impliquer et utiliser les esprits des éléments. Avec l'aide de ces élémentaux, agissant entièrement sous le contrôle de la loi, nos pensées volent de place en place. Ils galvanisent les corps astraux abandonnés par les morts, et ainsi, en leur communiquant une vie brève et entièrement artificielle, ils les actionnent comme des machines en leur faisant produire des sons, répéter des choses qui les concernaient, et imiter la personne jadis active et habitée par l'âme. C'est là à peu près tout ce qu'il y a d' « esprit » dans les communications reçues des morts. Nous pourrions aussi bien prétendre qu'une bande de perroquets dressés, laissés dans une maison abandonnée, sont les âmes des personnes ayant jadis occupé ces lieux et possédé ces oiseaux. En vérité, l'illustration du perroquet est parfaite, car un bon perroquet caché derrière un écran pourrait bien vous faire croire qu'un homme intelligent se trouve là, dissimulé à vos yeux, mais parlant d'une voix que vous entendez et avec des mots que vous comprenez.

Prenez maintenant le cas d'une « forme matérialisée ». Ici vous voyez, montant du plancher ou sortant du cabinet du médium, une forme humaine apparente que vous pouvez toucher et sentir, et qui, dans le meilleur des cas, prononce quelques paroles. Qu'est ceci ? Est-ce réel ? Est-ce un esprit ?

Ce n'est pas un esprit. Cette forme résulte du corps astral du médium, et souvent de matière astrale qui est prélevée par succion chez les personnes qui se trouvent présentes à la séance. Le médium fournit le laboratoire chimique naturel dans lequel les particules astrales s'ajoutent aux atomes physiques libres des personnes proches, de façon à constituer une forme dense, à partir de ce qui est subjectif et qui devient pour un temps objectif, sans cependant pouvoir le rester de façon durable. La forme s'évanouira. Pour la créer, une première structure faite de particules magnétiques et astrales est d'abord élaborée puis condensée par des additiions de particules physiques provenant du corps des personnes présentes. Elle devient alors visible. Mais elle n'a pas d'organes. Elle ne pourrait être disséquée. Et si elle durait assez longtemps pour être sciée en deux, vous constateriez qu'elle serait entièrement pleine, ou éthérée si vous préférez, car la ligne de partage entre ces deux conditions serait constamment changeante. Mais ce ne serait certainement pas la forme céleste de votre défunt disparu. Plus probablement, cette forme s'est élaborée par la grande force de quelque personne de nature très mauvaise et complètement dépravée, errant dans la sphère de la terre sans pouvoir s'en dégager, mais désirant sans cesse satisfaire ses ardentes soifs de jadis.

  

Ce qui précède est l'explication de l'Antiquité, et la même solution a été fournie par un ou deux médiums parlant sous 1'influcnce de ce qu'ils appellent un esprit-guide. Une fois, il y a de cela quelques années, une médium de Chicago déclara qu'un certain Jim Nolan, mort depuis longtemps mais passant pour être un fantôme très instruit, vint lui dire que les matérialisations se passaient exactement comme je vous l'ai dit; et il ajouta « Pourquoi voudriez-vous qu'il soit utile ou nécessaire pour nous de construire une nouvelle forme pour chaque nouvel esprit qui vient à vous ? Après avoir produit une forme, nous la réutilisons de nombreuses fois, et nous ne faisons que réfléchir dessus, en la puisant dans la lumière astrale, l'image du visage des défunts que vous désirez voir ». II aurait pu ajouter que si les assistants demandaient avec insistance à voir uniquement des apparitions d'êtres encore en vie, la forme et le visage de vivants se matérialiseraient tout aussi bien dans le cabinet du médium. Cette expérience n'a pas été tentée par les spirites, mais elle amènerait inévitablement à prouver que d'autres personnes que des décédés apparaissent, et elle jetterait le doute sur la question du retour des morts. Car si on voyait se matérialiser un esprit, qui finalement ne serait rien d'autre que le similacrum ou l'image d'une personne vivante, quelle preuve aurait-on alors que tous les autres fantômes n'étaient pas aussi vivants ? Ceci est exactement ce que dit la Théosophie. Ils sont effectivement tous vivants, et chacun d'eux, et tous, sont de frauduleuses représentations d'êtres dont le nom est pris en vain. Et tant que cette expérience cruciale n'aura pas été tentée, et bien menée, les spirites ne seront pas vraiment en mesure d'affirmer que les morts reviennent et qu'ils se rendent eux-mêmes visibles.

L'imagination des assistants, aussi bien que celle du médium, a aussi un rôle très puissant. Non qu'elle leur fasse voir ce qui n'y est pas; mais elle fournit la représentation ou la forme à ce qui apparaît effectivement. J'ai vu, au côté d'un médium doué d'une imagination ayant un faible pouvoir plastique, les formes de prétendus esprits qui semblaient élaborées par un amateur, comme si on les avait taillées grossièrement dans quelque substance. Cela parce que le médium n'avait aucune capacité pour se figurer ou se représenter une chose mentalement; de ce fait, les élémentaux, étant tenus de suivre le modèle naturel tracé dans le mental du médium, devaient inévitablement produire exactement la forme qui s'y trouvait. Mais il y a d'autres médiums qui ont un bon pouvoir plastique; aussi, avec eux, le spectre est bien formé.

Ceci m'amène à la précipitation ou l'écriture de messages; et, dans ce cas, il est indifférent que le médium soit capable ou non d'écrire ou de dessiner, du fait que le modèle ou la matrice de l'écrit, ou de l'image, se trouve fixé dans la lumière astrale, ou l'éther, ce qui rend aisé aux forces naturelles de former une reproduction exacte de l'écriture de ceux qui sont morts. Comme j'ai vu l'écriture de personnes vivantes ainsi imitée en précipitation, je sais que tel est le processus, et que la matrice, ou le modèle, ne dépend pas du médium.

Les lois gouvernant la production d'une précipitation de matière à partir de l'espace sur une surface, de façon à devenir fixée et visible sur le papier, ou un autre matériau, sont les mêmes dans chaque cas, que l'opération soit faite inconsciemment par un médium, ou consciemment par un Adepte dans l'art.

Le médium agit comme instrument ignorant et contrôlé; l'Adepte est le maître et agit de par sa propre volonté, en se servant des mêmes lois, pour aboutir au même résultat. La différence entre les deux est précisément celle qui existe entre une personne qui lance un tas de peinture sur une toile et obtient, par une accidentelle combinaison de couleurs, un coucher de soleil ou une autre scène, et l'artiste qui, grâce à sa connaissance et son talent, peint délibérément un tableau. D'autres illustrations du même genre vous viendront à l'esprit. Dans le domaine de la force psychique, cependant, les lois opèrent avec une certitude et un pouvoir plus grands, en manifestant ainsi des résultats plus étonnants. Aussi ne pouvons-nous pas dire que le médium se sert d'une quelconque des lois d'une manière consciente, mais nous pouvons affirmer que le corps intérieur, le corps astral du médium, peut utiliser ces lois et ces forces d'une façon qui n'est pas comprise par les sens éveillés de la personne.

Dans le cas où l'Adepte fait une précipitation, il construit avec l'imagination développée, ou le pouvoir plastique de son mental, une image, exacte dans chaque détail, des mots ou des figures qu'il doit représenter, puis, en utilisant la force de sa volonté, il extrait de l'air le carbone ou une autre matière pour servir de pigment. Celui-ci tombe comme la pluie condensée à partir de l'air et est immanquablement attiré dans .les limites de l'image ainsi créée par le mental. La force d'attraction étant maintenue active, elle assure graduellement la condensation du pigment sur le papier, et vous avez alors sous les yeux le message ou l'image. Sans doute y a-t-il d'autres détails que je n'ai pas donnés, mais ils ne sont pas, pour le moment, nécessaires à l'explication. Le médium est l'instrument pour accomplir la même action avec l'aide des élémentaux.

Les cas de messages écrits sur ardoise ne sont pas habituellement des cas de précipitation mais sont la trace laissée par la craie frottant effectivement sur la surface de l'ardoise; et ceci est toujours réalisé par la main astrale du médium mise en action par les forces élémentales et les coques astrales vivifiées des défunts. L'explication de la ressemblance de l'écriture, et autres détails, fait appel, comme indiqué précédemment, aux images de la lumière astrale, à celles qui sont contenues dans l'aura des assistants, ainsi que dans l'aura et le mental du médium. Il n'y a pas d'autres esprits présents que ceux qui sont enfermés dans des corps vivants, et aucun des messages ne sera plus noble ni meilleur que ne le sont l'éducation et la nature du médium et des assistants, et les impressions subconscientes existant dans le corps astral du médium.

Il est arrivé que des objets se déplacent dans l'air et traversent même les murs en la présence de certains médiums, et aussi, parfois, que le corps des médiums subissent la lévitation. Comment ceci se fait-il ? Si vous allez en Inde, vous pourrez voir, si vous cherchez bien, le corps de certains yogis en lévitation et des objets mis en mouvement et volant à travers l'espace. J'ai vu ces deux phénomènes là-bas, ainsi qu'en la présence et par la force consciente de Madame Blavatsky. Dans la lévitation du corps humain, la chose est produite en changeant la polarité du corps, au point qu'il devienne d'une sorte d'électricité opposée à celle du point de la terre situé en-dessous. La hauteur atteinte dans la lévitation dépend de l'énergie et de l'intensité du changement de polarité. Il ne s'agit pas d'un phénomène contraire à la gravitation, car cette loi n'est qu'une moitié de la grande loi que l'on devrait appeler attraction et répulsion ou, en d'autres mots, sympathie et son contraire. De l'avis de l'Occultisme, la gravitation dépend entièrement de la loi électrique et non du poids ou de la densité.

L'apport d'objets, transférés dans l'air sans l'aide de moyens visibles, est un fait à attribuer aux élémentaux ou à la main astrale du médium. Par conséquent, nous devons connaître tout ce qui concerne le corps astral. L'un des pouvoirs du corps astral est sa capacité d'extension à une distance d'un grand nombre de mètres.

Le fait de faire passer un objet solide à travers un mur est réalisé avec de petits objets : dans ce cas, une partie du mur égale à la taille de l'objet choisi est désintégrée, de telle sorte que le petit objet peut y passer. Cela ne peut pas se faire avec des choses volumineuses, ni avec un corps organisé d'être humain, si ce n'est en mettant en jeu une importante quantité de force qui n'est accessible à personne sauf a un Maître. J'ai vu H.P.B. extérioriser son bras astral avec sa main astrale sur une distance de plus de 3 métres et amener dans sa main physique un objet placé à l'autre bout de la pièce, et c'est ce genre de phénomènes qu'elle appelait « fraudes psychologiques », du fait que l'on n'apercevait pas le bras et la main, et qu'on était frappé d'étonnement en voyant des objets inanimés bouger d'eux-mêmes — pour autant qu'on pouvait en juger. Le médium fait la même chose la plupart du temps, et c'est seulement dans de très rares cas qu'il sait que c'est son propre membre qui l'accomplit. Mais évidemment, il y a des exemples où les esprits élémentaux réalisent aussi de tels apports.

D'autres phénomènes appartiennent également à d'autres domaines. Car, dans leur ensemble, le monde les a eus depuis longtemps sous les yeux et tout ce qui, en réalité, distingue le spiritisme du reste, c'est qu'il ne se réduit à rien de plus qu'au culte ou a l'écoute des morts. Ce n'est pas du tout le culte des esprits. C'est un commerce avec les coques mortes d'hommes et de femmes jadis en vie. Nous pensons fermement qu'à la mort l'âme s'envole vers d'autres états et abandonne ses vêtements de peau et de matière astrale derrière elle. Il faudrait laisser ces derniers tranquilles, étant donné qu'ils sont dangereux. Ils appartiennent à d'autres plans de la nature, et si nous les réveillons — brutes et démons comme ils sont en réalité — nous nous soumettons alors à leur influence et à leur pouvoir. Je dis brutes et démons parce que le meilleur d'entre nous sait qu'une partie de sa nature n'est pas divine mais qu'elle est en rapport avec la terre et la matière brute et qu'elle est également pleine de toutes les passions et désirs entretenus pendant la vie. L'âme étant partie, il n'y a pas de principe directeur pour guider et retenir, et ainsi nous avons affaire seulement aux grossiers déchets de l'homme, lorsque nous assistons à des séances spirites ou que nous nous laissons devenir médiums. Dans le sommeil, nous trouvons de cela une preuve discrète mais convaincante. À ce moment-là, nous sommes partis pour un temps et le corps, laissé à lui-même, s'abandonne à des attitudes inconvenantes, ronfle et se débat, et peut frapper une autre personne. J'ai lu des cas où un homme dans son sommeil s'est penché sur la personne couchée à côté de lui et l'a tuée. « Oh ! », direz-vous, « c'était un cauchemar ! ». Précisément, c'était bien cela; mais ce fut le corps de l'homme non contrôlé par son âme qui exécuta l'acte. Il en est de même avec ces fantômes. Ils sont dépourvus d'âme, quel qu'ait pu être leur propriétaire dans la vie; et il vaut mieux les laisser tranquilles, mais essayer, par contre, de développer et d'éduquer l'âme vivante pendant qu'elle est dans le corps et constitue la trinité réelle, par le seul intermédiaire de laquelle, dans une vie ou dans une autre, la connaissance réelle peut être atteinte.

Dans un court article, il est impossible de traiter à fond ce sujet, étant donné qu'il met en question toute la dynamique et la science des forces psychiques. Cependant, j'ai indiqué la solution à tous les problèmes qui se posent. Pour le moment, tant que vous n'aurez pas soigneusement étudié la constitution septuple et la nature du mental avec ses pouvoirs, vous pourrez avoir des difficultés avec le sujet, sauf en ce qui concerne les arguments historiques et analogiques. Ceux-ci, joints à l'improbabilité déduite des absurdités de langage et d'action manifestées par les prétendus esprits, sont de nature à soutenir la position prise il y a de si nombreuses années par H.P. Blavatsky et rappelée ci-dessus dans ses grandes lignes. Et sûrement personne n'ira douter de l'impossibilité de recevoir des messages spirituels réels — autres que des communications sur de simples faits — en recourant à de sordides pratiques mercantiles entre médiums et assistants. Car c'est là le poison du spiritisme, et il faudrait l'éliminer, quel que soit le prix à payer, grand ou douloureux. Tant que ce ne sera pas fait, aucun bien ne pourra venir de ce Nazareth.
WILLIAM QUAN JUDGE.

Note

(1)  Traduction de l'article publié par W.Q. Judge sous le titre " Spiritism " dans la revue The Path (avril 1893).

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