aller au contenu|aller au menu principal|politique d'accessibilité

  • style par défaut de la page
  • visualiser cette page en noir sur blanc
  • visualiser cette page en blanc sur noir
  • Livres, Articles
  • W.Q. Judge / Articles
  • H.P. Blavatsky à Enghien

imprimer cette pageenvoyer le lien vers cette page

Article H.P. Blavatsky à Enghien

Au printemps de 1884, H.P.B. habitait rue Notre-Dame-des-Champs à Paris, et dans la même maison logeaient également le Col. Olcott, Mohini H. Chatterji et l'auteur [William Q. Judge]. Bertram Keightley y séjourna aussi quelque temps. Comme toujours, depuis que je connaissais H.P.B., elle était, là comme ailleurs, occupée à écrire tous les jours, n'interrompant son travail que pour une promenade en voiture, de temps en temps, ou pour une visite. De nombreux visiteurs de toutes les classes venaient la voir constamment et, parmi ceux-ci, se trouvait la Comtesse d'Adhémar qui, immédiatement saisie d'une profonde admiration pour H.P.B., l'invita à Enghien, au château du Comte, situé aux portes mêmes de la ville. Je fus inclus dans l'invitation, avec Mohini Chatterji et Bertram Keightley, pour quelques jours. Nous acceptâmes et partîmes tous pour Enghien où H.P.B. occupait deux grandes chambres au rez-de-chaussée, tandis que les autres hôtes dormaient aux étages supérieurs. On assura à notre amie bien-aimée tout le confort possible, et là elle continua à écrire, tandis que, sur sa demande, je m'installai dans la même pièce pour relire soigneusement Isis Dévoilée, faisant des annotations au bas de chaque page car elle avait l'intention de s'en servir en préparant la Doctrine Secrète.

Un lac s'étendait d'un côté de la maison et de vastes étendues joliment boisées dissimulaient le bâtiment de la route; une partie du parc comprenait un beau verger et un jardin d'agrément. Une brève description des pièces est ici nécessaire pour la suite du récit. De larges escaliers conduisaient au hall d'entrée. D'un côté, que nous appellerons celui de la route, se trouvait la salle de billard dont la haute fenêtre ouvrait sur une toiture garnie de feuilles de plomb recouvrant le porche, la salle à manger donnait derrière sur la berge du lac, et le salon s'ouvrait dans la salle de l'autre côté, à angle droit avec la salle de billard. Ce salon avait des fenêtres donnant de trois côtés, de sorte que le jardin et le lac étaient visibles de l'intérieur. Il y avait là un grand piano en face de la porte de la salle à manger et, entre les deux fenêtres de côté, une console de marbre surmontée d'ornements ; entre les fenêtres, à l'extrémité proche du piano, se trouvait la cheminée et, dans cet angle, l'une des fenêtres qui donnaient sur le lac. Chaque soir, il était d'usage de passer un moment à converser dans le salon, et là, comme aussi dans la salle à manger, se produisirent certains phénomènes dont l'intérêt n'excédait cependant pas celui de la conversation de H.P.B., qu'elle fut spirituelle, grave ou gaie. Très souvent la sœur de la Comtesse d'Adhémar jouait du piano d'une manière qui enchantait même H.P.B., bon juge en la matière. Je me rappelle fort bien d'une mélodie, nouveau succès dans le monde parisien, qui lui plaisait énormément, au point qu'elle demandait souvent qu'on la lui joue. Cette mélodie incitait à de hautes aspirations et évoquait de grandioses conceptions de la nature. Des discussions très animées avaient lieu entre le Comte et H.P.B., et souvent celle-ci, s'interrompant brusquement, se tournait vers Mohini ou moi-même qui écoutions, et répétait les pensées mêmes qui traversaient notre cerveau à ce moment-là.

Le Comte d'Adhémar ne sollicitait pas la production de phénomènes, mais il disait souvent que si on pouvait le convaincre, lui et quelques-uns de ses amis, de la véracité de la Théosophie, cela pourrait peut-être donner d'excellents résultats en France. Certains d'entre nous souhaitaient de tout cœur qu'il se produisît quelque phénomène dans la maison d'aussi bons amis, cependant personne n'en parla à H.P.B. Un jour, pourtant, au dîner, alors qu'étaient présents le Comte et la Comtesse, leur fils Raoul, H.P.B., Mohini, la sœur de la Comtesse, moi-même, et un autre invité, le parfum si fort et « qu'on n'oublie jamais », que connaissaient bien les amis intimes de H.P.B., car il accompagnait souvent les phénomènes ou se manifestait spontanément, se mit à flotter et à circuler autour de la table, parfaitement perceptible pour certains et, sans qu'on l'eût perçu avant, ou qu'on le sentît après. Évidemment, beaucoup de sceptiques ne voient rien de particulier à ce parfum, mais l'auteur du présent article et d'autres personnes savent bien qu'il s'agit d'un phénomène en soi, et que le parfum a été envoyé d'une distance de plusieurs milles à travers l'air, comme un message de H.P.B. ou de ces personnes invisibles qui ont souvent aidé à produire des phénomènes ou à donner des enseignements. Avant ce dîner, ou peut-être un autre jour, nous venions de rentrer d'une promenade dans le jardin d'agrément. J'avais cueilli un petit bouton de rosé et l'avais placé sur le bord du verre qui était entre la sœur de la Comtesse se trouvant à ma gauche, et moi-même, tandis que H.P.B. était à ma droite. Cette dame se mit à parler de phénomènes, et demanda si H.P.B. pourrait faire ce que font, à ce qu'on dit, certains yogis hindous. Je répliquai que certainement elle était capable de le faire, si elle le voulait, mais je ne lui demandai rien et j'ajoutai qu'elle pourrait même faire s'épanouir immédiatement ce petit bouton de rose. H.P.B. alors étendit la main vers la rose sans la toucher et ne dit rien, continuant en même temps à converser et à dîner. Nous observâmes le bouton jusqu'à la fin du repas, et nous vîmes qu'au bout de ce laps de temps il avait grossi et s'était ouvert en une rose presque entièrement épanouie.

Un autre soir, après avoir passé quelque temps dans le salon, sans aucune lumière car la lune brillait sur le lac et toute la nature était endormie, H.P.B. se plongea dans un état pensif. Bientôt elle se leva et se mit à la fenêtre du coin regardant le lac et soudain une brusque lueur de douce lumière pénétra dans la chambre, tandis qu'elle souriait paisiblement. En me rappelant cette soirée, la Comtesse d'Adhémar m'écrit en ce mois de juin :

« H.P.B. semblait pensive, quand soudain elle se leva de sa chaise, s'avança vers la fenêtre ouverte et leva le bras d'un geste impératif; alors une faible musique se fit entendre au loin, et bientôt s'approcha progressivement, résonnant en délicieux accords qui remplirent le salon où nous étions tous assis. Mohini se jeta aux pieds de H.P.B., et baisa le bas de sa robe en un geste qui semblait le témoignage même de la profonde admiration et du respect que nous ressentions tous pour l'être merveilleux dont nous ne cesserons jamais de déplorer la perte. »

La musique astrale fut perçue par tous d'une façon très claire, et le Comte en remarqua spécialement la beauté ainsi que la délicatesse des sons au fur et à mesure qu'ils s'estompaient dans le lointain inconnu. La maison entière était pleine de ces sons de cloches le soir, alors que tous s'étaient retirés dans leur chambre, et que je restais éveillé très tard. C'étaient comme des signaux allant et venant de la chambre de H.P.B, au rez-de-chaussée. Et, à plus d'une occasion, alors que nous nous promenions dans le parc sous les arbres magnifiques, ces sons vinrent vers nous perceptibles parfois par tous, d'autres fois seulement par une ou deux personnes.

Nous nous réunissions de temps à autre après le dîner, sur le toit plombé du portique, et c'est au cours de certaines de ces soirées délicieuses que la Comtesse Wachtmeister vint nous rejoindre, elle qui par la suite devait faire tant pour assurer le confort de H.P.B. à Würzburg et ailleurs. On y bavarda souvent d'occultisme. Pendant une de ces soirées, nous parlions des images dans la Lumière Astrale, et H.P.B. dit : « Eh bien ! vous savez qu'elle se meut comme toutes choses dans le Cosmos, et il vient un moment où elle part à la dérive, pourrait-on dire, en laissant la place à une autre masse de la même " lumière ". »

Ce fut avec quelque regret que nous quittâmes cet endroit charmant où régnait un calme si profond et où H.P.B. pouvait travailler dans la beauté et la paix de la nature. On ne peut oublier ce souvenir, car là, notre amie et instructeur n'était pas gênée par la présence de curieux, et pouvait ainsi nous montrer, à nous qui croyions en elle, un côté de sa nature multiple qui nous plaisait, nous instruisait et nous inspirait tous.

Il me reste à raconter un incident dont nous devons le récit à des tiers. J'avais emporté avec moi un livre que je n'avais pas pu finir et, avant de quitter la France, j'allai à Enghien pour le rapporter. Je vis la Comtesse d'Adhémar qui me dit que le parfum spécial dont j'ai parlé plus haut, et qui ne peut être confondu avec un autre, s'était manifesté dans la maison après notre départ. Un soir, environ deux jours après le départ de H.P.B., les Adhémar recevaient quelques amis à dîner. Après le repas, ils passèrent au salon et bientôt remarquèrent le parfum. Ce dernier arrivait, comme ils me le dirent, par bouffées; immédiatement, ils se mirent à en chercher l'origine dans la pièce et découvrirent finalement qu'il provenait de la console en marbre que j'ai décrite, où, d'un point de la pierre, le parfum sortait en abondantes volutes. Il y en avait une telle quantité, me dit la Comtesse, qu'on dut ouvrir les fenêtres, car l'odeur en était suffocante. Rentré à Paris, je racontai la chose à H.P.B. qui dit simplement: « Cela arrive parfois. »

WILLIAM Q. JUDGE.

H.P.B. at Enghien, article de William Q. Judge (revue Lucifer, Juillet 1891).

haut de page

© 2009 - 2017 theosophie.fr - mentions légales - webmaster - Valid XHTML 1.0 Strict Valid CSS