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Que sont les dons spirituels ? Comment les obtenir ?

Sommaire :

La Vie Supérieure (↑ sommaire)

Les premiers pas sur le sentier de la Vie Supérieure, correctement compris et entrepris avec confiance, épargnent à l'aspirant beaucoup de déboires et de rancœurs. On trouvera à ce sujet des conseils précieux et des indications salutaires dans ce Cahier Théosophique qui présente au lecteur deux articles de la plume de W.Q. Judge. Le premier est extrait de Vernal Blooms,  le second parut dans la revue américaine  The Path en une série de trois articles, insérés dans les numéros d'août et octobre  1886 et février 1887, sous la signature : « American Mystic » .

Voir aussi : Lettres qui m'ont aidé 

Que sont les dons spirituels ? Comment les obtenir ?

«  Comment puis-je progresser dans la vie supérieure ? Comment puis-je acquérir des dons spirituels ? » C'est une des questions qu'un Théosophe peut être amené à se poser avec une certaine ferveur. L'expression  « dons spirituels », qui est plutôt ambiguë, est due à Saint Paul, Apôtre et Adepte, qui écrivit à l'Église Corinthienne : « Pour ce qui est des dons spirituels, je ne veux pas, mes frères, que vous soyez dans l'ignorance. » (Épître aux Corinthiens, 1,12-13.) Parmi les  « dons » qu'il énumère à ce propos figurent : la Sagesse, la connaissance, la Foi, le pouvoir de guérir, d'accomplir des miracles, de prophétiser, le discernement des Esprits, le don des langues et de leur interprétation. Mais tout en exhortant les Corinthiens à « aspirer ardemment aux dons les plus grands » (l. ch. 12, 31), Paul s'évertue à leur montrer qu'il existe une voie bien supérieure, celle de la suprême loi de l'amour. « Maintenant », dit-il, « ces trois demeurent : la Foi, l'Espérance, l'Amour ; mais la plus grande c'est l'Amour » (l. ch.13.13).

Par conséquent, aussi désirable que soit leur possession, il est évident, selon l'opinion de cet Adepte, que les dons spirituels n'appartiennent pas au plan le plus élevé, ne constituent pas le but suprême que l'homme doit atteindre, et que leur acquisition n'est pas la voie la meilleure vers la perfection. Sans aucun doute, il est juste de les considérer comme des preuves de progrès sur les plans les plus hauts de la pensée et de la vie spirituelle, et ils peuvent être désirés et utilisés pour le service d'autrui. Ils ne sauraient, toutefois, représenter l'objet principal de notre désir, car le but suprême de l'homme est de devenir Dieu et « Dieu est amour ».

Mais examinons ce sujet d'un peu plus près. Et d'abord qu'est-ce qu'un « don » ?  Dans quel sens ce mot est-il employé couramment ? Pour être précis, c'est quelque chose qui est accordé à quelqu'un alors qu'il ne le possédait pas encore et qu'il n'était pas susceptible de l'acquérir par un processus de développement ou de croissance. Car, avec un tel processus, nous aurions affaire, strictement parlant, à un  « fruit » et non pas à un « don ». Un arbre qui n'a rien produit d'autre que des feuilles et des branches pendant de nombreuses années se couvre finalement de fleurs et de fruits. Aucun nouveau don ne lui a été accordé. Il a simplement atteint un stade de développement dans sa croissance naturelle où certains pouvoirs, inhérents à lui-même dès l'origine, ont l'opportunité de s'exprimer.

Il en est de même pour les pouvoirs transcendantaux possédés par les Adeptes ; ce ne sont pas des dons, mais le résultat naturel d'une croissance dans certaines directions et, pour ainsi dire, l'efflorescence nécessaire du profond développement de ces potentialités spirituelles qui sont l'héritage de tous les hommes.

Si l'on considère le terme « dons spirituels » avec cette signification, je pense que tous les Théosophes admettront qu'il s'agit d'une mauvaise expression. Il n'y a et il ne peut y avoir aucun don que l'homme puisse recevoir. Ce qu'est actuellement l'homme qui recherche la vie supérieure est le résultat de ses efforts passés. Quoi qu'il puisse devenir dans l'avenir, il le devra à ses propres efforts. Il peut développer ses facultés latentes et, le moment venu, devenir un Adepte, comme il peut dériver au long des courants de la vie, sans but et sans efforts, pour sombrer finalement dans l'oubli. Sa destinée est dans ses propres mains et ne saurait dépendre de « dons » .

Gardant en mémoire, toutefois, l'idée que l'homme est de nature multiple, nous pouvons étudier le sujet d'un point de vue différent. On peut dire, en général, en vue d'applications pratiques, que l'homme est composé du corps, de l'âme et de l'esprit, l'Âme étant l'Ego véritable, et l'Esprit étant un avec le Suprême. Et si l'on considère, pour un moment, chacune de ces trois parties comme une entité distincte, il s'avère parfaitement vrai, comme le dit Jacques, un autre Apôtre, que « toute grâce excellente et tout don parfait viennent d'en haut » . (Jacques, ch. 1,17.). Chaque aspiration de l'âme pour ce qui est spirituel, chaque résolution prise par l'homme de mener une vie plus pure, chaque main tendue généreusement à un frère plus faible, chaque désir pour la Vérité, toute faim et soif de justice, tout ceci, les désirs ardents et les efforts de l'âme, proviennent d'en haut, du Divin en nous. En ce sens, on peut les appeler des dons, dons de la nature supérieure à la nature inférieure, du spirituel à l'humain. Et cette action du supérieur sur l'inférieur est perçue dans ces attributs humains, ces qualités, ces vertus — quel que soit le nom qu'on veuille leur donner — que Paul énumère ailleurs comme étant les fruits de l'esprit : l'amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi. (Saint Paul aux Galates, ch. V, 22-23.)

Que nous les considérions de l'un ou de l'autre de ces points de vue, comment pouvons-nous atteindre les dons spirituels ?

La réponse semble dépendre de la notion du véritable motif qui nous pousse à faire des efforts. Si les pouvoirs extraordinaires des Adeptes ont captivé notre imagination et enflammé notre ambition, nous devons alors armer nos âmes de patience. Bien peu d'entre nous, si même il en est un seul, sont prêts pour un processus de  « forcing ». Nous devons nous contenter d'attendre et de travailler, de croître et de nous développer, pas à pas, progressivement, jusqu'à ce que nous atteignions, peut-être après des âges, la stature de l'homme parfait. Toutefois, si, reconnaissant prudemment nos limitations, nous nous efforçons cependant d'acquérir ce qu'on nomme couramment les manifestations de l'esprit, deux lignes évidentes de conduite s'offrent à nous.

Chaque impulsion d'en haut, chaque inspiration du Divin en nous, devrait aussitôt trouver un accueil chaleureux et un écho. Si vous avez fortement envie de visiter quelque ami ou voisin malade ou affligé, obéissez à la suggestion sans délai. Si le désir de  changer de conduite s'élève dans votre conscience inférieure, n'attendez pas à l'année prochaine, faites-le sur-le-champ. Si quelque pathétique histoire de souffrance vous a ému, agissez sur cette émotion pendant que vos joues sont encore humides de larmes. En résumé, suivez dès maintenant les voies Divines, mettez-vous en harmonie avec les lois Divines. Plus de lumière, plus de sagesse, plus de spiritualité doivent nécessairement venir à celui qui s'est ainsi préparé et qui vit dans cette expectative. Comment une barre de fer peut-elle être pénétrée par le magnétisme de la terre si elle est placée en travers de la ligne du méridien magnétique au lieu de lui être parallèle ? Comment un homme peut-il espérer des dons ou des pouvoirs spirituels s'il persiste à ignorer les conditions spirituelles, à violer les lois spirituelles ? Pour obtenir le bien, nous devons avoir de bonnes pensées, de bons désirs doivent nous animer ; en résumé, nous devons être bons.

Ce qui est ainsi suggéré consiste à accomplir loyalement et consciencieusement chacun des devoirs qui nous incombent. C'est dans les incidents de la vie quotidienne et par eux, dans le travail bien fait, dans les devoirs consciencieusement accomplis, que nous pouvons aujourd'hui faire le plus de progrès dans la vie supérieure — un progrès lent, peut-être, mais certain. Tels sont les jalons vers un meilleur état de choses. Nous avançons plus rapidement lorsque nous nous arrêtons pour aider d'autres compagnons de route. C'est lorsque nous sacrifions le plus que nous recevons le plus. Nous atteignons l'amour Divin dans sa plénitude lorsque nous aimons nos frères avec un amour dénué de tout égoïsme. Nous nous unissons avec le Suprême lorsque nous nous oublions nous-mêmes dans le Service de l'Humanité.

Notes ;

  • *#t1 Notre corps physique actuel (N. d. Ed.).
  • #t2 Ce que les spirites appellent « Esprit » (N. d. Ed.).

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Méditations sur le Sentier du vrai Théosophe (↑ sommaire)

- Partie 1 -

«  La voie de la paix intérieure consiste à se conformer en toutes choses aux décrets et aux dispositions de la Volonté Divine. Ceux qui voudraient que tout réussisse et se passe selon leur propre caprice ne sont pas près de connaître cette voie : et c'est pourquoi ils mènent une vie rude et amère ; constamment agités et de mauvaise humeur, ils ne suivent pas le sentier de la paix. »

Sachez donc bien que celui qui cherche la voie cachée ne peut la trouver qu'en passant la porte de la vie. Dans le cœur de tous les êtres, s'éveille à un certain moment le désir de la connaissance. Celui qui pense que son désir sera satisfait comme le petit oiseau dans le nid qui n'a qu'à ouvrir le bec pour recevoir sa nourriture sera vraiment très désappointé.

Dans toute la nature, nous ne pouvons trouver aucun exemple ou un effort quelconque ne soit pas nécessaire. Nous pouvons constater qu'il y a toujours un résultat naturel à la suite d'un tel effort. Celui qui veut vraiment vivre la vie ou trouver la Sagesse, ne peut le faire que par un effort soutenu. Si un homme se met à étudier et apprend à percer un peu le voile, ou bien s'il a trouvé en lui-même quelque chose qui dépasse en grandeur son soi extérieur, cela ne l'autorise nullement à s'installer dans l'oisiveté ou à s'isoler du contact du monde. Ce n'est pas parce qu'il aperçoit au loin les lueurs de la lumière qu'il peut dire à son semblable : « Je suis plus saint que toi » ou s'envelopper du manteau de la solitude.

L'âme se développe comme la fleur, au soleil de Dieu, et d'une façon inconsciente pour le sol dans lequel elle pousse. Voilez la lumière et le sol devient humide et stérile, la fleur se fane ou elle pâlit et s'étiole. Chacun de nous est ici pour une bonne et sage raison. Si nous découvrons partiellement le pourquoi de notre présence sur terre, nous avons dans ce cas d'autant plus de raisons de chercher dans la vie, par un contact intelligent avec elle, à en élucider plus complètement le problème. Ce n'est pas tellement l'étude de nous-mêmes que la préoccupation des autres qui ouvre cette porte. Les événements de la vie et leurs causes conduisent à la connaissance. Ils doivent être étudiés lorsqu'ils se manifestent dans la vie courante.

Il n'y a pas d'oisiveté pour le Mystique. Dans sa vie journalière, il peut lui arriver d'avoir à affronter les plus âpres et les plus dures des tâches et des épreuves du monde, et cependant il va son chemin le sourire aux lèvres et la joie au cœur ; il ne devient pas sensible au point de ne pouvoir supporter de s'associer avec ses semblables, ni si extrêmement spirituel qu'il en oublie qu'un autre est peut-être en train de mourir de faim.

Un homme qui prétendait enseigner les mystères disait : « II me faut une demeure agréable et une ambiance de beauté. » Un vrai Théosophe ne doit rien attendre de ce genre, que ce soit avant d'enseigner, ou, ce qui est tout d'abord nécessaire, avant d'apprendre. Ce serait peut-être agréable mais si l'Inspiration Divine ne vient que dans ces conditions, alors vraiment le Divin est bien loin de la plupart d'entre nous. Seul peut devenir un facteur bienfaisant, ou enseigner à approcher le sentier, celui qui, oubliant ses propres conditions, s'efforce d'embellir et d'illuminer celles des autres, non pour satisfaire ses propres sens, ou pour l'amour de ce qui est agréable et plaisant.

Se préoccuper de soi provoque très certainement des obstacles et nous déroute dans la poursuite de nos buts et objectifs, particulièrement lorsqu'ils sont tournés vers l'occulte.

Ici encore naît la pensée : « J'étudie la science mystique ; je possède une portion de cette science. » Insidieusement s'insinue la pensée : « Voyez, je suis un peu plus avancé que les autres hommes qui n'ont pas pénétré si loin. » Sachez donc bien que vous n'êtes même pas aussi grand qu'eux. Celui qui pense qu'il est sage est le plus ignorant des hommes et celui qui commence à croire qu'il est sage se trouve en plus grand danger qu'aucun autre être vivant.

Pensez-vous donc que pour avoir obtenu une partie de la connaissance occulte vous avez le droit de vous isoler de tout contact avec le reste de l'humanité ? II n'en est pas ainsi : si vous avez obtenu la vraie connaissance, cela vous oblige à aller à la rencontre de tous les hommes, non pas à moitié chemin, mais plus loin que cela encore, pour les rechercher. Cela exige non que vous vous retiriez du monde mais que, cherchant son contact, vous vous plongiez dans sa misère et sa douleur et que, d'une parole réconfortante, si vous n'avez rien d'autre à donner (et le Mystique n'a guère plus), vous vous efforciez d'alléger le fardeau d'une âme qui lutte.

Vous rêvez de renommée. Nous ne connaissons rien de semblable. Celui qui recherche le sentier ascendant découvre que tout est vérité, que le mal n'est que la déviation du bien. Pourquoi demander la renommée ? Elle n'est que la louange de ceux que nous essayons d'aider.

Ne désirez ni la notoriété, ni la renommée, ni la richesse. Inconnus, vous vivez retirés. Sans renommée, vous n'êtes pas troublés dans votre retraite et vous pouvez parcourir le vaste monde en accomplissant votre devoir, comme il s'impose à vous, sans être reconnu.

Si le devoir devient pénible, ou si vous tombez au bord du chemin, ne soyez pas découragés, effrayés ou fatigués du monde. Souvenez-vous de ces paroles : « Tu peux chercher le silence dans le tumulte, la solitude dans la compagnie des hommes, la lumière dans les ténèbres, l'oubli dans les contraintes, l'énergie dans le découragement, le courage dans la peur, la résistance dans la tentation, la paix dans la guerre et la quiétude dans les tribulations. »

- Partie 2 -

« Travaille comme ceux qui sont ambitieux, Respecte la vie comme ceux qui la désirent, Sois heureux comme ceux qui vivent pour le bonheur.»

La Lumière sur le Sentier

Nous sommes éprouvés de façon tout à fait insoupçonnée et dans les affaires de la vie qui nous semblent sans importance se cache souvent la plus dangereuse des tentations.

Bien souvent, le travail nous est pour le moins désagréable en raison d'une répugnance mentale ou physique. Lorsque celui qui cherche le Sentier ascendant commence à le trouver, le travail lui devient une charge plus lourde, tandis qu'en même temps, en raison de sa condition physique, il se trouve moins bien préparé à affronter la tâche. C'est tout à fait vrai mais il ne faut pas céder à la difficulté. Il faut l'oublier. Il faut absolument travailler  et si on ne peut avoir le genre de travail que l'on désire ou que l'on estime le mieux adapté a soi-même, il faut accepter et faire ce qui se présente. C'est précisément ce travail qui est le plus nécessaire. On ne doit pas non plus le faire pour s'en débarrasser. Au contraire, il est entendu que ce travail doit être fait par l'homme comme si c'était le but même de sa vie, comme si tout son cœur y était. On peut être assez sage pour savoir qu'il existe autre chose ou que le futur réserve de meilleurs dons, cependant, même ceci, doit en fait être oublié, tout en accomplissant son travail comme s'il n'y avait pas de lendemain.

Souvenez-vous que la vie est le produit du Toujours-Vivant. Si vous avez pu comprendre un peu du mystère de la vie et évaluer ses attraits à leur juste valeur, vous n'avez aucune raison pour autant d'aller d'un air solennel flétrir les réjouissances des autres hommes. Pour eux, la vie est aussi réelle que le mystère l'est pour vous. Leur heure viendra comme est venue la vôtre ; ainsi donc, hâtez pour eux sa venue, si vous le pouvez, en rendant la vie plus lumineuse, plus joyeuse, meilleure.

Si c'est pour vous le moment de jeûner, mettez votre plus bel habit et allez, non comme un homme qui jeûne, mais comme celui qui vit pour la vie.

Poussez vos soupirs et vos cris en vous-mêmes. Si vous ne pouvez pas accepter les petits événements de la vie et leurs leçons sans le crier sur les toits, pensez-vous que vous êtes prêts à ce qu'on vous confie les mystères ?

Renoncer à un genre de nourriture, ou à certains aliments, en soi-même  ne vous ouvrira pas les portes scellées. Si là gisait la clef, quelle sagesse devraient posséder les bêtes des champs et quel profond Mystique aurait dû être Nabuchodonosor après « s'être mis au régime herbivore ! » (Daniel, ch. IV.)

Il y a certains fidèles d'une foi qui s'est développée en Amérique, qui pensent sage de rejeter tout ce qui peut leur être déplaisant, de rompre les liens du mariage parce qu'ils considèrent que ces liens gênent leur développement spirituel ou que l'autre compagnon de pèlerinage n'est pas assez avancé sur le chemin du progrès. Frères, il n'est pas né l'homme assez sage pour s'ériger en juge du développement spirituel d'aucun être vivant. Non seulement il manque de sagesse, mais il blasphème celui qui dit à un autre : « Vas-t'en, tu fais obstacle à l'exaltation de mon développement spirituel ! »

La plus grande de toutes les vérités se trouve fréquemment en évidence, ou voilée dans les contraires. L'impression s'est largement répandue que l'Adepte ou le Mystique d'un degré élevé ne peut atteindre cet état qu'en renonçant à toute association avec ses semblables ou en refusant les liens du mariage. Au contraire, c'est la conviction de très sages Instructeurs que tous les hommes qui se sont élevés aux plus hauts degrés de l'Initiation ont traversé, à un moment donné, l'expérience du mariage. Beaucoup d'hommes qui ont échoué dans leurs épreuves ont mis leur échec sur le compte du mariage, précisément comme cet autre poltron, Adam, qui, après avoir commis le péché le premier, s'est écrié : « C'est Êve ! »

Ici se trouve l'un des plus profonds Mystères Divins ; c'est pourquoi, sachez-le, il est sage de chérir ce qui tient tant de Dieu et de chercher à en connaître la signification, non en séparant et en tranchant mais en liant et en renforçant les attaches. Nos plus Anciens Maîtres le savaient et Saint Paul aussi en parle. (Ephésiens, V, 32.)

Soyez patients, bons et sages, car peut-être, dans le moment qui va suivre, la lumière va-t-elle se répandre sur votre compagnon et découvrirez-vous que vous n'êtes qu'un aveugle qui prétend voir. N'oubliez jamais que vous ne possédez pas une seule chose dans ce monde. Votre femme n'est qu'un présent, vos enfants vous sont seulement confiés comme un prêt. Tout ce que vous possédez d'autre ne vous est donné qu'aussi longtemps que vous en usez sagement. Votre corps ne vous appartient pas, car la Nature le revendique comme sa propriété. Ne pensez-vous donc pas que c'est le comble de l'arrogance d'aller vous ériger en juge de quelque autre créature que ce soit, alors que vous-mêmes, des mendiants, allez revêtus d'un manteau d'emprunt ? (1)

Si la misère, le besoin et la douleur sont votre lot pour un temps, soyez heureux que ce ne soit pas la mort. Si c'est la mort, soyez heureux que c'en soit fini de la vie.

Vous voudriez la richesse et vous parliez du bien que vous feriez grâce à elle. En vérité, dans ces conditions, vous êtes sûrs de vous égarer. Très probablement, vous êtes aussi riches que vous le serez jamais, aussi désirez donc faire le bien avec ce que vous avez — et faites-le. Si vous n'avez rien, sachez que c'est le mieux et le plus sage pour vous. Dans la mesure où vous murmurez et vous vous lamentez, dans cette mesure même, certainement, vous vous rendrez compte qu' « à celui qui n'a rien sera retiré même ce qu'il a ». Ceci paraît contradictoire, mais pourtant s'accorde d'une façon parfaitement harmonieuse. Dans la vie comme dans l'Occulte, le travail est identique : tout est le résultat de votre effort et de votre volonté. Vous n'êtes pas fous au point de croire que vous allez être élevés au Ciel comme le Prophète de jadis, mais vous espérez réellement que quelqu'un va venir pour vous donner un bon coup d'épaule pour vous aider à l'atteindre.

Sachez donc, Disciples, que c'est vous seuls qui pourrez vous élever par vos propres efforts. Quand vous aurez réalisé cela, vous pourrez découvrir que vous êtes entourés de beaucoup de compagnons dans votre voyage qui vous paraissait jusqu'alors solitaire ; mais ni ces compagnons, ni votre Instructeur n'ont le droit de vous pousser ou de vous tirer pour vous faire avancer d'un seul pas.

Tout ceci forme une partie tout à fait essentielle de votre préparation et de vos épreuves en vue de l'Initiation.

Vous cherchez et vous attendez quelque grand événement extraordinaire qui viendra vous montrer qu'on va vous permettre de pénétrer derrière le voile ; que vous allez être Initiés. Un tel événement n'arrivera jamais. Seul pourra entrer celui qui étudie toutes les choses et en tire la leçon, au fur et à mesure qu'elles se présentent ; et pour un tel être, il n'y a ni éclairs fulgurants ni roulements de tonnerre. Celui qui passe le seuil de la porte le fait aussi doucement et imperceptiblement que la marée qui monte dans la nuit.

Vivez bien votre vie. Cherchez à réaliser le sens de chaque événement. Efforcez-vous de trouver le Toujours-Vivant et attendez de recevoir plus de lumière. Le véritable Initié ne se rend pas parfaitement compte de ce qu'il traverse jusqu'à ce qu'il ait « reçu son degré » . Si vous luttez pour atteindre la lumière et l'Initiation, souvenez-vous que vos soucis vont s'accroître, vos épreuves devenir plus serrées, votre famille manifester de nouvelles exigences à votre égard. Celui qui peut comprendre et traverser ces difficultés avec patience, sagesse et sérénité, celui-là est en droit d'espérer.

- Partie 3 -

Si vous désirez travailler pour le bien du monde, il n'est pas sage pour vous d'essayer de l'embrasser tout entier, dès le début, dans vos efforts. Si vous ne pouvez aider qu'une seule âme à s'élever ou à apprendre, c'est un bon début et c'est plus qu'il n'est donné à beaucoup.

Ne craignez rien de ce qui est dans la Nature et que vous pouvez voir. Ne redoutez l'influence exercée par aucune secte, foi ou société. Chacune et toutes ont dans leur origine une seule base : la Vérité ou, au moins, une portion de celle-ci. Vous ne pouvez pas prétendre en avoir une plus grande part qu'elles, il est seulement nécessaire que vous découvriez toute la vérité que chacune possède. Vous n'êtes en guerre avec aucune. C'est la paix que vous recherchez et c'est pourquoi le mieux est de trouver le bien en toute chose. Car ceci amène la paix.

Il est écrit que celui qui vit la Vie connaîtra la doctrine. Peu nombreux sont ceux qui réalisent ce que veut dire la Vie.

Ce n'est pas en philosophant intellectuellement sur elle, jusqu'à ce que la raison devienne impuissante à résoudre le problème, ni en écoutant dans les délices de l'extase les divagations d'un Élémental travesti (2) — dont les hallucinations ne sont que le produit de l'Astral — que l'on peut réaliser la vie. On ne peut non plus y parvenir par les récits des expériences des autres hommes qui font cette étude. Car il y a de ces êtres qui ne réaliseront jamais la Vérité Divine elle-même, si on la leur présente par écrit, à moins qu'on y mette la ponctuation convenable ou qu'on l'exprime dans un style facile et fleuri.

N'oubliez pas ceci : en vivant votre vie, jour après jour, avec un but élevé et un désir altruiste, chaque événement sans exception aura pour vous une profonde signification — un sens occulte — et dans la mesure où vous apprendrez à apprécier leur importance, vous vous préparerez pour une tâche plus élevée.

Il n'y a pas de parterres de roses sur le chemin pour y attarder vos pas, ni d'esclaves prévenants pour vous rafraîchir avec des éventails en plumes d'autruche et au manche d'or. La lumière Ineffable ne va pas vous inonder de ses rayons chaque fois que vous pourrez penser avoir remonté d'un degré la mèche de votre lampe et vous ne vous trouverez pas naviguant dans un corps astral, à votre délice et à l'étonnement du reste du monde, tout simplement parce que vous faites l'effort de trouver la sagesse.

Celui qui est attaché d'une manière ou d'une autre, celui qui est étroit dans ses pensées, se rend compte qu'il est doublement difficile d'avancer. Vous pourrez tout aussi bien trouver la sagesse et la lumière dans une église qu'en vous asseyant sur une colonne, en laissant vos ongles pénétrer dans la chair de vos mains. Ce n'est pas en allant aux extrêmes, ou en devenant fanatiques dans un sens ou dans un autre, qu'on peut réaliser la vie.

Soyez tempérés en toute chose, et par-dessus tout dans la condamnation d'autrui. Il n'est pas sage d'être intempérant ou de s'enivrer avec du vin. Il est également insensé de s'enivrer de tempérance. Les hommes voudraient obtenir les pouvoirs surnaturels, ou connaître la façon de faire des miracles. Savez-vous réellement quels pouvoirs possède le Mystique ? Savez-vous que pour chaque don de cette espèce, il donne une partie de lui-même ? Que c'est seulement au prix d'une torture mentale, de la douleur terrestre, et presque du sang de son cœur, que ces dons sont gagnés ? Est-il vrai, pensez-vous donc, mes frères, que celui qui les possède vraiment, désire en faire l'étalage à cent francs la séance, ou à tout autre prix ? Celui qui voudrait faire commerce de ces choses se retrouverait plus éloigné de son but qu'à sa naissance.

Il existe effectivement des dons et des pouvoirs. Non pas tels, peut-être, que vous vous les êtes représentés dans votre imagination. Ecoutez donc ce qui suit au sujet de l'un de ces pouvoirs : celui qui a progressé jusqu'à un certain point s'aperçoit que le cœur des hommes se découvre devant lui comme un livre ouvert, et il s'ensuit que leurs motifs lui apparaissent clairement. En d'autres termes, il devient capable de lire dans le cœur des hommes. Mais non pas d'une manière égoïste. Fait-il une seule fois usage de cette connaissance égoïstement : le livre se ferme — et il ne peut plus le déchiffrer. Pensez-vous, mes frères, qu'il se permettrait de vendre une seule page de ce livre ?

Le temps — ce qui n'existe pas en dehors du cercle intérieur de ce petit monde — semble d'une importance énorme à l'homme physique. A certains moments, il lui vient la pensée qu'il ne fait aucun progrès et qu'il ne reçoit rien de quelque source Mystique. Dans le fait qu'il a cette pensée qu'aucun progrès ne se fait, se trouve la preuve qu'il va de l'avant. Seuls les morts dans des corps vivants ont lieu d'éprouver de la crainte. Il arrive fréquemment que ce que les hommes voudraient recevoir de sources mystiques est répété mainte et mainte fois et d'une voix si tranquille et si discrète que celui qui s'attend à l'entendre crier dans son oreille peut très bien passer sans y prêter attention.

Ne faites pression sur aucun homme pour l'inciter à voir comme vous, car il est fort possible que vous voyiez différemment demain, lorsque vous vous réveillerez. Il est plus sage de laisser la question demeurer sans argument. Personne n'est absolument convaincu par ce procédé : c'est souffler contre le vent et rien de plus.

Jadis, il était écrit au-dessus de la Porte : « Abandonnez l'Espérance, vous tous qui entrez ici ». Il a fallu des centaines d'années à quelques êtres pour qu'ils arrivent à réaliser que les Sages n'ont pas le moindre désir d'avoir la compagnie d'une quantité d'incurables sans remède dans les mystères. Il faut abandonner l'espoir de la satisfaction de nos passions, de nos curiosités, de notre ambition ou de notre désir du gain. Il y a aussi une autre Espérance — la vraie — et sage est celui qui parvient à la connaître. Elle est la sœur de la Patience et toutes deux sont les marraines de la Vie Vertueuse et deux des Dix Vertus qui assistent l'Instructeur.

American Mystic.

Notes

  • (1) Notre corps physique actuel (N. d. Ed.).
  • (2) Ce que les spirites appellent « Esprit » (N. d. Ed.).

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