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Entourage (1)

Sommaire :

Entourage (note 1) (↑ sommaire)

Pour le mental occidental, les doctrines de Karma et de Réincarnation comportent des difficultés ; bien qu'elles paraissent imaginaires à l'étudiant oriental, elles n'en sont pas moins, pour l'occidental, aussi réelles que n'importe lequel des nombreux autres obstacles rencontrés sur le chemin du salut. Toutes les difficultés sont plus ou moins imaginaires car le monde entier et ses imbroglios sont, dit-on, une illusion résultant de la notion du moi séparé. Mais tant que nous existerons ici dans la matière et aussi longtemps qu'il y aura un univers manifesté, ces illusions seront réelles pour l'homme qui ne s'est pas élevé au-dessus d'elles pour percevoir qu'elles ne sont que des masques cachant la réalité.

Pendant près de vingt siècles, les nations occidentales ont édifié la notion du moi séparé, du meum et tuum, et il leur est difficile d'accepter un système allant à rencontre de ces notions.

Au fur et à mesure qu'elles progressent dans ce qui s'appelle la civilisation matérielle, avec toutes ses tentations fascinantes et son apport de luxe, leur erreur s'aggrave car elles évaluent leur doctrine d'après les résultats qui semblent en découler, si bien qu'en fin de compte, elles poussent si loin ce qu'elles appellent le règne de la loi, que celui-ci devient un règne de terreur. Tout devoir envers le prochain en est pratiquement exclu, bien que les belles doctrines de Jésus soient prêchées quotidiennement par des prédicateurs payés pour les prêcher et non pour les faire mettre en pratique et qui ne peuvent pas insister sur la pratique qui devrait suivre logiquement la théorie car ils perdraient ainsi leur position et leur gagne-pain.

Aussi, lorsque dans une telle nation un homme sort des rangs et appelle à l'aide pour retrouver le sentier perdu, inconsciemment il est profondément affecté par sa propre éducation et aussi par celle qu'a subie sa nation depuis des siècles. Il a hérité de tendances qui sont difficiles à dominer. Il combat des fantasmes réels pour lui, mais qui sont de simples rêves pour l'étudiant éduqué sous d'autres influences.

Donc, quand on lui dit qu'il doit s'élever au-dessus du corps pour le vaincre, subjuguer ses passions, sa vanité, sa colère et son ambition, il demande « qu'arrivera-t-il, si entraîné par l'entourage dans lequel je suis né sans le vouloir, je succombe ? » . Puis, si on lui dit qu'il doit vaincre ou mourir dans le combat, il répondra peut-être que la doctrine de Karma est froide et cruelle parce qu'elle le rend responsable de conséquences qui semblent être le résultat de cet entourage qu'il n'a pas souhaité. C'est donc pour lui une question de savoir s'il combattra et mourra, ou s'il se laissera porter par le courant, insouciant quant aux résultats, mais heureux s'il parvient par hasard dans des eaux tranquilles jusqu'aux rives élyséennes.

Ou bien s'agit-il d'un étudiant de l'occultisme dont l'ambition a été enflammée par la perspective de l'adeptat, des pouvoirs sur la nature, ou que sais-je encore !

Dès le début du combat, il se trouve assailli de difficultés qui, il en est convaincu, sont uniquement dues à son entourage. Dans son cœur il se dit que Karma l'a traité durement en l'obligeant à travailler constamment pour gagner sa vie et celle de sa famille, ou bien il s'est lié pour la vie à une compagne dont l'attitude est telle qu'il serait sûr de pouvoir progresser s'il était loin d'elle; si bien qu'en fin de compte, il fait appel au ciel pour qu'il intervienne en sa faveur et change cet entourage si hostile à son perfectionnement.

Cet homme se trompe plus encore que le premier. Il a supposé à tort qu'il devait haïr et rejeter son entourage. Sans se l'avouer ouvertement, il nourrit, dans les replis cachés de son cœur, l'idée que semblable au Bouddha, il pourrait, en une vie, triompher de toutes les forces, de tous les pouvoirs implacables qui barrent la voie vers le Nirvana. Il faut se souvenir que le Bouddha ne paraît pas sur terre tous les jours, mais qu'il est l'efflorescence des âges, se manifeste à un endroit donné et dans un certain corps quand les temps sont mûrs, non pour travailler à son propre avancement, mais pour le salut du monde.

Que dire alors de l'entourage et de son pouvoir sur nous ?

L'entourage est-il Karma ou est-il la Réincarnation ? Karma, c'est LA LOI, la réincarnation n'est qu'un incident. C'est l'un des moyens qu'emploie la Loi pour nous conduire finalement à la vraie lumière. La roue des renaissances est tournée mainte et mainte fois par nous, par obéissance à cette Loi, afin de nous rendre finalement entièrement confiants en Karma. Notre entourage n'est pas Karma en lui-même car Karma est le pouvoir subtil qui agit dans cet entourage.

Rien n'existe que le SOI, pour employer le mot dans le sens où Max Müller en fait usage, désignant par là l'Ame Suprême, et ce qui l'entoure. Les Aryens emploient pour désigner celui-ci, le mot Kosams ou enveloppes. De telle sorte qu'il n'y a que ce Soi et les diverses enveloppes dont il se revêt, à commencer par la plus subtile pour finir par le corps, tandis qu'à l'extérieur de cela, se trouve, commun à l'ensemble, ce qu'on appelle généralement l'entourage alors qu'en réalité ce mot devrait inclure tout ce qui n'est pas le Soi.

Combien il est peu philosophique alors de se débattre contre notre entourage et de souhaiter s'en échapper ! Nous échappons à un genre d'entourage pour retomber immédiatement dans un autre. Et en supposant même que nous soyons admis dans la compagnie des plus sages dévôts, nous transporterions encore notre entourage du Soi dans nos propres corps et celui-ci sera notre ennemi aussi longtemps que nous ne connaîtrons pas ce qu'il est dans ses moindres détails. Pour en revenir à la personnalité en question, il est évident que ce fragment de l'entourage comprenant les circonstances de la vie et le milieu personnel, n'est qu'un incident et que l'entourage réel que nous devons comprendre et considérer est celui dans lequel Karma lui-même réside en nous.

Nous voyons donc que c'est une erreur de dire, comme souvent nous l'entendons, « si seulement il avait plus de chance, si son entourage était plus favorable, il agirait mieux » puisque, en réalité, il ne pourrait se trouver en aucune autre circonstance à ce moment-là ; le serait-il que ce ne serait pas à proprement parler lui mais quelqu'un d'autre. Il doit être nécessaire pour lui de passer par ces épreuves-là et ces difficultés pour perfectionner le Soi ; et c'est parce que nous ne percevons qu'une partie infinitésimale de l'ensemble, qu'une apparente confusion ou une difficulté surgit. Nos efforts devraient donc viser, non à échapper à quoi que ce soit, mais à comprendre que ces Kosams ou enveloppes sont un fragment intégral de nous-mêmes que nous devons parfaitement comprendre avant de pouvoir changer l'entourage pour lequel nous ressentons de l'aversion. On y arrive en reconnaissant l'unité de l'esprit, en comprenant que tout, le bien comme le mal, est le Suprême. Nous nous harmonisons alors avec l'Ame Suprême, avec l'univers tout entier, et aucun entourage ne peut plus nous être nuisible.

Le pas initial consiste à s'élever au-dessus du seul entourage extérieur trompeur, sachant pertinemment qu'il est le résultat des vies passées, le fruit du Karma engendré, et à dire avec Uddalaka parlant à son fils :

« Tout cet Univers a la Déité comme vie,
Cette Déité est la vérité.
C'est l'âme Universelle.
Tu es cela, O Svetaketu ! » (note 2) »
HADJI  ERINN

 

Notes

  • (l) Article de W. Q. Judge publié dans The Path de février 1887, sous le pseudonyme « Hadjii Erinn ».
  • (2) Chandogya upanishad. VI.

La récompense des souffrances imméritées (note 3)
Karma : Juge, Guide et Récompense (↑ sommaire)

Dans la Clef de la Théosophie (note 4) l'auteur emploie une phrase à laquelle on fait objection sous prétexte qu'une interprétation stricte de celle-ci renverse toute la doctrine de Karma. La phrase qui contient les mots incriminés est la suivante :

« Notre philosophie nous enseigne que la punition karmique n'atteint l'Ego que dans sa prochaine incarnation. Après la mort, iI reçoit seulement la récompense due aux souffrances imméritées qu'il a subies pendant sa dernière incarnation » .

La partie de la phrase mise en gras est celle à laquelle il est fait objection ; l'objection soulevée est que si tout ce qui nous arrive est causé par notre Karma, cela ne peut donc pas être immérité ; en conséquence, ou bien l'affirmation est incorrecte, ou Karma n'est pas la loi de justice, et dans ce cas il doit en exister une autre qui gouverne l'homme et les vicissitudes de sa vie.

Examinons la même page, un peu plus bas, et voyons si quelques phrases du même paragraphe ne se rapportent pas à ce qu'a voulu dire l'auteur. Elle écrit :

« Sans doute peut-on dire qu'il n'y a aucune souffrance mentale ou physique dans la vie d'un mortel qui ne soit le fruit direct et la conséquence d'un péché quelconque commis dans une existence précédente. Mais l'homme qui, dans sa vie actuelle, ne conserve aucun souvenir de ses fautes antérieures, l'homme qui sent qu'il ne mérite pas la punition qu'il subit et qui croit, en conséquence, souffrir de ce dont il n'est pas coupable, a bien droit à la consolation la plus complète, au repos et à la félicité de l'existence post-mortem. Pour nos sois spirituels, la Mort vient toujours comme une libératrice et une amie » (note 5).

Tous les étudiants de la Théosophie que je connais croient que Karma est la grande loi qui régit tout, que toutes les souffrances et les récompenses viennent de Karma et par son action ; et selon ce que j'ai pu comprendre, d'après les idées publiées ou non d'H. P. Blavatsky, elle professe la même opinion. Donc, dans ces conditions, ce que nous devons rechercher, c'est le sens qu'on voulait donner aux passages cités. Il n'y a aucun doute que l'auteur de la Clef est d'accord, exception faite peut-être pour l'enfer, avec le prêtre bouddhiste qui, traitant ce sujet dans le Theosophist (note 6) , il y a quelques années, disait :

« À cette lumière, le Karma peut se définir comme ... cette force irrésistible qui entraîne le criminel dans le feu de l'enfer au milieu de ses lamentations violentes, comme la main puissante qui sauve le malheureux des griffes sans merci des anges infernaux et le conduit vers un endroit plus heureux pour améliorer sa condition misérable, ou encore comme l'ange céleste qui emporte, pour ainsi dire, l'âme en extase là-haut, vers les demeures de béatitude, et la ramène, après une longue période de joies célestes, dans notre monde ou dans l'enfer lui-même, n'accordant que peu ou pas d'attention aux tristes plaintes de l'âme qui obéit à contre-cœur » .

Si nous rapprochons de cela les phrases du paragraphe de la Clef de la Théosophie, nous voyons qu'elle dit en effet, dans les dernières phrases de la même page, que toute souffrance est le fruit direct et la conséquence de quelque péché commis dans une existence antérieure, mais que, comme la personnalité de la vie où la souffrance est ressentie n'a aucun souvenir de la cause qui l'a provoquée, cette punition est ressentie comme étant imméritée par cette personnalité et, ainsi, est créée une autre cause qui donne son effet dans l'état post-mortem. Toute la difficulté soulevée par la critique réside dans le fait que la question tout entière a été considérée comme objective, que Karma a été pris pour une loi matérielle ou objective et que l'état post-mortem a été rangé dans la même catégorie. Le véritable Ego ne ressent ni souffrance ni joie, et n'est à aucun moment lié par Karma, mais, comme le Devachan est un état subjectif dans lequel l'Ego se crée lui-même, à l'aide de ses propres pensées, l'entourage qui lui convient, nous pouvons dire, sans modifier en quoi que ce soit nos conceptions sur Karma, qu'après la mort cet Ego reçoit les récompenses des souffrances qu'il pensait imméritées pendant la vie qu'il vient de quitter. Le mot « immérité », tel qu'il se trouve dans la Clef, ne doit pas être interprété comme le résultat d'un pouvoir karmique quelconque, mais comme la conception que l'Ego s'est faite, au cours de la vie, quant au bien fondé ou non de toute la souffrance qu'il peut avoir endurée.

Car, ainsi que nous l'avons vu dans d'autres études, le Devachan, l'état post-mortem que nous considérons ici, est un état où l'Ego ne subit aucune expérience objective, mais où les pensées d'une certaine catégorie, nourries pendant la vie, contribuent à produire autour de lui, ou plutôt dans sa sphère, les expériences subjectives de béatitude nécessaires au repos de l'âme. C'est pourquoi dans l'organisme mortel, il s'est cru injustement traité par le sort ou par la nature, il a créé à ce moment et là-même les causes susceptibles d'apporter une soi-disant récompense aux souffrances qui lui paraissaient imméritées, et ceci aussitôt qu'il est délivré du corps, et que ces causes peuvent agir dans le seul endroit, ou état, qui permette leur action.

Cet état de béatitude, ainsi que l'indique la citation prise dans le Theosophist, est la récompense karmique sur le plan du Devachan. La « punition karmique », à laquelle il est fait allusion dans la Clef, n'est pas l'opposé de cet état, mais est le contraire de la récompense karmique agissant sur le plan de la vie terrestre objective. Car l'opposé de la récompense ou de la béatitude dévachanique doit se trouver sur un plan similaire, comme l' « enfer », dont parle le prêtre Bouddhiste, c'est-à-dire Avitchi. Si ces distinctions sont gardées clairement présentes à la mémoire, aucune de ces questions ne présentera plus beaucoup de difficultés.

Pour moi, Karma est non seulement le juge, mais aussi l'ami et le libérateur. Il est essentiellement juste. Les conditions sont indiquées. Si je m'y conforme, le résultat s'ensuivra inévitablement. C'est mon ami parce qu'aussi inévitablement qu'il me procurera la vie et la mort, il me donnera le repos en Devachan, où l'âme fatiguée, qui en a autant besoin que le corps, trouvera ce qui lui convient le mieux. Et une simple locution telle que « souffrances imméritées », inventée par moi dans mon ignorance, ici sur terre, sera un des facteurs employés par ce même Karma pour engendrer ma paix et ma joie, bien que, ce Karma inexorable encore une fois m'attende au seuil du Devachan, pour me décerner, lors de ma prochaine apparition sur cette scène terrestre, mon juste dû. Et ainsi, nous poursuivrons notre marche ascensionnelle, de vie en vie, d'un stade à un autre, jusqu'à ce qu'enfin la conviction que Karma est non seulement juste, mais miséricordieux, devienne une partie intégrante de notre être.
UN ÉTUDIANT.

 

Notes

  • (3) Article publié par W. Q. Judge dans The Path de mars 1891.
  • (4) page 161 de l'édition anglaise originale et page 156 de l'édition française publiée par la Compagnie Théosophie (N.d.T.).
  • (5) p. 157 en français (N.d.T.).
  • (6) Vol. l, Theosophist, p. 199.

La Pauvreté est-elle un mauvais Karma ? (note 7) (↑ sommaire)

Les Théosophes ont généralement envisagé la question du bon et du mauvais Karma, d'un point de vue très mondain et très égoïste. L'élément mercantile est entré en ligne de compte pour évaluer les résultats du mérite et du démérite. La Justice Eternelle, qui n'est qu'un autre nom pour Karma, a été considérée comme décernant tel ou tel état d'existence à l'ego réincarnant, simplement pour liquider un compte dans un grand livre, en tant que paiement dans un cas, sous forme de récompense, et en tant que jugement pour dettes dans un autre cas, sous forme de punition.

On a souvent pensé que si un homme était riche et placé dans de bonnes circonstances, on en déduisait que dans son incarnation précédente, il avait été bon quoique pauvre, et que si un être était maintenant dans la pauvreté, on devait en conclure que dans sa vie antérieure, il avait été mauvais, tout en possédant la richesse. Ainsi donc, la seule pierre de touche pour distinguer le bon Karma du mauvais, c'est celle qui se rapporte entièrement au porte-monnaie. Mais la pauvreté avec toutes ses misères, est-elle un mauvais Karma ? S'ensuit-il, parce qu'un homme est né dans les conditions les plus difficiles, parce qu'il est obligé de vivre très humblement, qu'il souffre souvent de la faim, et voit sa femme et ses enfants privés de nourriture, qu'il subit par là un mauvais Karma ?

Si nous envisageons la question entièrement du plan de notre vie terrestre, de notre personnalité, alors sans doute ce qui est désagréable et pénible en cette vie doit être considéré comme mauvais. Mais si nous envisageons toutes les circonstances de la vie comme des expériences subies par l'ego, dans le but de se développer, alors même la pauvreté cesse d'être du « Mauvais Karma » . La force ne nous vient que dans l'épreuve et l'exercice. C'est dans la pauvreté, que gisent quelques-unes des plus grandes épreuves d'endurance, le meilleur moyen de développer la force de caractère qui, seule, conduit à la grandeur. Ainsi donc, ces Egos que nous voyons autour de nous enfermés dans des corps dont l'entourage est si dur qu'il leur faut de l'endurance pour soutenir la lutte, passent volontairement, d'après ce que nous en savons, par cette école difficile, de manière à acquérir une expérience de plus en plus profonde et avec elle, la force.

L'ancienne définition du bon et du mauvais Karma est la meilleure : La voici : « Le bon Karma est celui qui est agréable à lshwara et le mauvais Karma celui qui lui est désagréable » . II n'y a que peu de place ici pour une discussion au sujet de la pauvreté et de la richesse ; car la pierre de touche et la mesure ne dépendent pas de nos goûts et de nos désirs humains, présents et fugitifs, mais sont remis au jugement du soi immortel — lshwara. Il se peut que le soi ne désire pas les plaisirs de la richesse, mais que voyant la nécessité de la discipline, décide d'accepter la vie parmi les mortels dans cette condition difficile où endurance, patience et force s'acquièrent grâce à l'expérience. Il n'y a pas d'autre façon d'implanter dans le caractère les leçons de la vie.

On pourrait se demander alors, si toute pauvreté et toute condition difficile sont du bon Karma ? Selon la règle énoncée, nous pouvons répondre à cela par la négative. Certaines de ces vies, beaucoup d'entre elles en vérité, sont du mauvais Karma, désagréable au soi immortel emprisonné dans le corps, parce qu'elles n'ont pas été choisies délibérément par lui mais qu'elles sont le résultat de causes mises en œuvre aveuglément dans des existences antérieures et qui ne manqueront pas d'implanter dans la personne des semences de méchanceté qui devront plus tard être déracinées par des efforts douloureux. D'après cette règle donc, nous dirons que la masse des pauvres qui n'ont pas une nature mauvaise, subissent la plupart du temps un bon Karma, parce que c'est la ligne d'expériences choisie par lshwara, et que seuls les pauvres qui sont mauvais peuvent être envisagés comme endurant un mauvais Karma, parce qu'ils agissent et travaillent dans un sens qui déplaît au soi immortel intérieur.
WILLIAM BREHON, M.S.T.

 

(7) Article de W. Q. Judge publié dans The Path de juillet 1891 sous le pseudonyme William BREHON.

Le bon Karma et le mauvais Karma (note 8) (↑ sommaire)

Le mot Karma signifie « action ». Chaque incarnation d'un être est action ; chaque manifestation d'un système de mondes est action de la part des entités qui se manifestent. C'est notre Karma qui nous amène dans telle ou telle sorte de corps, dans n'importe quel genre d'environnement, avec un caractère bon ou mauvais, noble ou vil, libéral ou mesquin. En ce qui concerne les choses qui nous entourent, Karma produit les circonstances de l'environnement, du changement, constituant récompense ou punition, plaisir ou peine. Quant à nous-mêmes, considérés en tant qu'êtres moraux, il produit de vie en vie une tendance vers des actions et des pensées bonnes, vertueuses et sages ou l'inverse. Nous voyons un homme de caractère altier, entouré de circonstances des plus pénibles, tandis qu'un autre de caractère bestial ou vicieux, se trouvera là où toutes les circonstances paraissent agréables. Qu'est-ce ici que le bon Karma ou le mauvais Karma ? Quel est le critère qui permettra de distinguer le bon Karma du mauvais Karma ? Dans le cas de l'homme de bien plongé dans l'adversité il pourrait bien s'agir d'un bon Karma si cela le fortifie et élargit son champ de sympathie, tandis que dans l'autre cas il peut être entièrement mauvais, puisque l'individu ne fait que se vautrer dans la boue de la sensualité, renforçant ainsi ses tendances mauvaises. « Le bon Karma, ou action, est celui qui est agréable au Soi Supérieur, et le mauvais Karma est celui qui lui est désagréable » .

C'est à la suite du bilan de notre Karma que nous sommes ici à tel ou tel endroit, avec tel ou tel caractère, pour expérimenter des différences d'environnement. Le genre de Karma qui œuvre sur les circonstances peut être généralement désagréable et qualifié de mauvais par certains, mais notre caractère acquis par un autre Karma peut être tel qu'il nous rend aptes à triompher de l'adversité et à glaner aide et force dans le champ mal ensemencé par erreur ou accident pendant d'autres vies.

 

(8) Réponse de W. Q. Judge dans The Theosophical Forum — Mars 1892, publiée à nouveau dans Theosophy Vol. 29 p. 546.

Œil pour Œil (note 9) (↑ sommaire)

QUESTION — La loi de Karma ne fournit-elle pas aux hommes un exemple de représailles puisque l'action de cette loi est essentiellement celle du talion, confirmant, en apparence, le principe « œil pour œil, dent pour dent » ? Ou bien devons-nous ne pas la considérer comme une loi de représailles ou de rétribution, seule notre conception étroite de la justice nous la faisant voir sous ce jour ?

RÉPONSE — Je ne comprends pas comment on peut s'imaginer que la loi de Karma, si elle est bien comprise, implique des représailles. Assurément, une loi pareille ne peut « donner un exemple », car cela supposerait l'action d'un être tel qu'un Dieu ou tout autre. La loi de Karma ne devrait pas être considérée comme une loi de représailles parce que la revanche implique une fois encore l'action d'un être et non l'œuvre d'une loi ; Karma est l'accomplissement de l'effet découlant de la cause, comme aussi la création de causes dont doivent découler des effets. Par conséquent Karma est entièrement miséricordieux car la justice et la miséricorde sont une seule et même chose dans leur aspect supérieur. Le juste résultat doit faire suite à la cause et de chaque acte découleront de nombreux effets, à la fois bons et mauvais. Ceux qui veulent trouver une excuse à la vengeance, peuvent évidemment adapter n'importe quelle loi à leurs fins et le moyen de soutenir le principe de vengeance par la loi de Karma est d'en parler comme si elle donnait un exemple, chose qui ne peut être faite que par un individu doué de conscience, d'intelligence et de responsabilité.
W. Q. J.

 

(9) The Theosophical Forum décembre 1893.

Avantages et Handicaps dans la vie  (note 10) (↑ sommaire)

L'opinion qu'un être se fait sur son Karma et qui l'incite à se lamenter sur le sort ingrat qui lui refuse les avantages dans la vie est une estimation erronée de ce qui est bon ou mauvais pour l'âme. Il est vrai que nous trouvons souvent des gens comblés de grands privilèges, mais qui n'en font pas un usage adéquat ou n'y prêtent pas attention. Ce fait lui-même prouve que les positions soi-disant avantageuses de la vie, ne sont réellement ni bonnes, ni favorables, dans le sens vrai et profond de ces mots. Les gens riches ont de la fortune et des professeurs, la capacité et les moyens de voyager et de remplir leur intérieur d'œuvres d'art, de musique, de confort. Mais ces avantages sont semblables à l'air tropical qui affaiblit le corps ; ils affaiblissent le caractère au lieu de l'affermir. Ils ne tendent pas par eux-mêmes à acquérir une vertu quelconque mais plutôt l'opposé, par suite de la saturation constante des sens dans les essences subtiles du monde sensuel. Ils sont semblables à des douceurs qui, absorbées en abondance, deviennent acides dans le corps. On peut donc les considérer comme étant l'opposé d'un bon Karma.

Qu'est-ce donc que le bon et le mauvais Karma ? La réponse suivante est suffisante et englobe tous les points de vue :

Le bon Karma est celui que désire et exige l'Ego ; le mauvais Karma celui que ne désire ni n'exige l'Ego.

En cela l'Ego, étant guidé et contrôlé par la loi, par la justice, les nécessités de l'évolution ascendante. et non par la fantaisie, l'égoïsme ou la revanche et l'ambition, est sûr de choisir dans toute une gamme de possibilités l'habitat terrestre le plus propice à un Karma, qui, en fin de compte, sera pour lui un véritable avantage. Dans cette perspective donc, même la vie médiocre et paresseuse d'un riche, comme celle d'un être grossier et méchant, paraît juste.

Quand nous examinons la question en partant de cette idée, nous voyons que les « privilèges » qu'on rechercherait si l'on voulait fortifier le caractère et libérer la force et l'énergie de l'âme, seraient considérés comme des « handicaps » par le monde égoïste et personnel. La lutte est nécessaire à l'acquisition de la force ; les périodes d'adversité qui nous fustigent sont destinées à conférer de la profondeur à l'âme ; de maigres opportunités peuvent être employées pour acquérir la force d'âme et la pauvreté devrait faire naître la générosité.

En tout ceci nous voulons parler du juste milieu et non des extrêmes. Naître avec le handicap de parents ivrognes, malades, dans la couche criminelle de la société, est une punition qui provoque un arrêt sur le chemin de l'évolution. C'est généralement une nécessité parce que l'Ego a attiré dans une vie antérieure certaines tendances et il n'existe pas d'autres moyens de les éliminer. Mais nous ne devons pas oublier que parfois, souvent, dans ce vaste ensemble, un Ego pur et puissant s'incarne dans un milieu épouvantable de ce genre, y reste bon et pur tout le temps, n'y demeurant que dans le but d'élever et d'aider les autres.

Mais naître dans une pauvreté extrême n'est pas un désavantage. Jésus avait raison de le dire, en répétant ce que de nombreux sages avaient dit avant lui, lorsqu'ils décrivaient la difficulté qu'éprouverait un homme riche pour entrer au ciel.

Si nous considérons la vie du point de vue étroit de ceux qui disent qu'il n'y a qu'une terre, puis soit un ciel ou un enfer éternels, la pauvreté sera envisagée comme un grand handicap qu'il faut tâcher d'éviter. Mais, sachant que nous avons de nombreuses vies à vivre, et qu'elles nous offriront toutes les occasions nécessaires pour édifier notre caractère, nous devons admettre que la pauvreté n'est pas nécessairement, en elle-même, du mauvais Karma. La pauvreté ne tend pas naturellement à engendrer l'égoïsme, mais la richesse en a besoin.

Il est juste et bien que chacun naisse à son tour dans un corps soumis à toutes les peines, les privations et les misères de la pauvreté moderne. Comme l'état actuel de la civilisation, avec toutes ses horreurs de misère, de crime, de maladie, de relations fausses qui règnent presque partout provient du passé auquel nous avons œuvré, il est juste que tous nous les subissions à un moment donné de notre carrière. Si une personne qui ne s'inquiète nullement de la misère où vivent des hommes et des femmes, est attirée dans son incarnation suivante vers une impasse de nos villes, son âme portera l'empreinte de la souffrance infligée par un tel état. Et plus tard cette expérience lui suscitera de la compassion et de l'intérêt pour autrui. Car, tant que nous n'avons pas expérimenté les effets d'une situation de la vie, nous ne pouvons ni la comprendre ni la juger par une simple description. L'aspect personnel qui est impliqué dans cette expérience, peut ne pas se réjouir de cette perspective ; mais si l'Ego décide que la prochaine incarnation de la personnalité aura lieu dans un tel milieu, il en résultera un avantage et non le contraire.

Si nous considérons maintenant le champ d'opération en nous du soi-disant avantage des occasions offertes, d'argent, de voyages et de professeurs, nous voyons tout de suite qu'il est limité uniquement au cerveau. Les langues, l'archéologie, la musique, la jouissance des beaux spectacles, des mets les plus fins, des vêtements les plus luxueux, des voyages en tous pays, modifiant ainsi à l'infini les impressions auditives et visuelles, ont tous leur origine et leur fin dans le cerveau, mais non dans l'âme ou le caractère. Et comme le cerveau est une partie du corps instable et fugitif, toute la fantasmagorie disparaît et cesse d'exister lorsque la note de la mort fait résonner sa vibration solennelle dans la forme physique, et en chasse l'habitant. Le maître-ganglion central merveilleux qui régit le tout, se désagrège, et il ne reste rien que quelque arôme subtil ça et là dépendant de la prédilection intérieure réelle pour telle ou telle activité, image ou sensation. Rien ne subsiste que quelques rares tendances — des skandhas, et non de la meilleure espèce. Les avantages se transforment donc, finalement, en désavantages.

Mais imaginez le même cerveau, le même corps placés dans des conditions difficiles, luttant une grande partie de la vie, accomplissant leur devoir, mais ne se trouvant pas en état de satisfaire les sens : cette expérience marquera au fer rouge, imprimera, gravera dans le caractère, plus d'énergie, de pouvoir, de grandeur d'âme. C'est ainsi que se font au cours des âges, les grandes âmes. L'autre processus est celui que suit l'homme moyen quelconque qui n'est encore rien d'autre en somme, qu'un animal.
WILLIAM Q. JUDGE

 

(10) Article de W. Q. Judge dans The Path de Juillet 1895.

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