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L'ego et le corps (2)

Sommaire :

  1. L'Ego et le corps
  2. Sur la mort des enfants
  3. Se réincarner ensemble
  4. Sur la réincarnation
  5. La cause des renaissances
  6. Comment l'Ego est-il trompé ?
  7. Incarnations périodiques

Note : Ce Cahier Théosophique 97 contient un autre article intitulé "L'avortement est-il un crime ?" de H.P. Blavatsky.
Pour l'accéder suivez les intitulés : Livres, Articles >> H.P. Blavatsky, Articles >> Avortement

L'Ego et le corps (2) (↑ sommaire)

Question. — l'Ego entre-t-il dans le corps à la naissance ou avant ?

Réponse. — l'Ego n'entre jamais dans le corps. Le corps n'est qu'un instrument grossièrement matériel animé ou adombré  (3) par l'Ego. Nous avons l'habitude de dire que nos âmes sont emprisonnées dans nos corps, parce que les anciens parlaient de la sorte. Mais au temps où ils employaient cette phrase, il existait une explication supplémentaire courante au sujet du corps, c'est-à-dire que ce dernier était considéré comme étant plus qu'une simple carcasse physique visible. Le corps et ses composants complexes s'étendent bien au delà de ce qui est visible à nos yeux. En fait, ce que nous en voyons n'est que la partie solide ou visible ; chaque personne porte autour d'elle les parties les plus intangibles de son corps, qui sont néanmoins très puissantes dans leur action. Le corps visible est le noyau matériel et le reste en est la frange ou l'émanation moins matérielle. Aussi, lorsque les anciens parlaient de l'âme emprisonnée dans le corps incluaient-ils dans le mot  «corps», la signification élargie donnée ci-dessus. Au moment de la conception, le corps astral, ou corps modèle, est formé et la potentialité d'un Ego enchaîné dans la personne est créée  ; la connexion de l'Ego et du corps, à l'aide du principe Manas, se fait en général à sept ans et dès lors l'Ego est inclus ou enchaîné dans le corps. Mais avant d'arriver à un tel enchaînement matériel, l'Ego fut d'abord pris ou enserré dans les passions et les désirs, ou dans le principe kama, qui est toujours la cause productrice et efficiente de l'incarnation de l'Ego. Ce Kama est comme on le sait une part des skandhas, ou agrégats, dont le corps matériel est un élément.
Je ne vois point la valeur de l'objection contre la réincarnation qui prétend que cette loi est en conflit avec le pouvoir de la mère d'influencer l'enfant. Il n'y a aucune opposition entre les deux, car la mère donne à l'enfant le corps et toutes ses tendances ; elle lui donne aussi le lait qui accroît encore ces tendances. Elle ne peut certainement pas affecter l'Ego, et c'est heureux, car elle pourrait vraiment en arrêter le développement. C'est le Karma passé qui amène l'enfant vers cette mère, et ce Karma peut exiger une bonne ou une mauvaise naissance, que la mère influencera en bien ou en mal.
W. Q. JUDGE.

***

Question. — Si l'Ego n'est pas présent en tant qu'âme dans le corps d'un enfant de sept ans, comment justifier les souffrances subies avant cet âge ? Quel bénéfice l'Ego peut-il en tirer ?

Réponse. — II est certain qu'aucun enfant ne pourrait souffrir si ce n'était son Karma. D'un autre côté, certains enfants ne souffrent pas et l'on pourrait alors poser la question : pourquoi tel enfant n'a-t-il que des joies ? La réponse doit être que tel est son Karma. Il en est de même pour la souffrance : c'est le Karma de l'âme. Ce doit être aussi parce que l'Ego perçoit la souffrance et en comprend le pourquoi. L'enfant peut ne pas le savoir, cependant, il arrive souvent qu'au cours de la vie, à l'âge mûr, on comprend pourquoi et comment certaines souffrances furent subies. Prenez le cas d'un enfant qui connaît les privations et les peines dès le début de sa vie et qui par ce fait même a développé en lui le courage et d'autres bonnes qualités, mais qui, placé dans des circonstances constamment heureuses dans sa jeunesse, ne serait pas devenu aussi fort ni aussi bon  ; la souffrance, dans ce cas, avait de la valeur. Maintenant, prenez le cas d'enfants de sauvages qui sont sous l'empire de ce que l'enfant civilisé appellerait la souffrance. Pour eux, il n'y a aucune souffrance à moins que nous admettions qu'il puisse y avoir une définition absolue de la signification de la souffrance. Mais quand on dit que l'âme ne prend pas pleine possession du corps jusqu'à l'âge de sept ans, en règle générale, c'est parce que Karma seul guide l'âme vers ce corps-là et toute la souffrance ou la joie sont en conséquence exactement la propriété de cette âme par l'intermédiaire des molécules du corps, car nous devrions toujours nous rappeler que l'homme entier, corps et âme, est uni comme une unité et que la masse de molécules per se est tout autant le Karma de l'âme qui s'incarne que n'importe quelle circonstance, environnement ou qualité. La question ne doit pas être résolue seulement sur la base du  « bénéfice de l'Ego » mais aussi en tenant compte de la loi de cause et d'effet, de liens d'affinité et du Karma.
W. Q. JUDGE.

  • (2) The Theosophical Forum — Août 1892.
  • (3) Overshadowed en anglais dans le texte (N.d.T.).

Sur la mort des enfants (4) (↑ sommaire)

Question. — Plus j'y pense, plus grand me paraît ce mystère. Si nous nous réincarnons dans un but de développement, ou de punition pour des péchés commis dans une incarnation précédente, pourquoi y a-t-il tant d'enfants qui ne vivent que quelques jours ou quelques semaines ? Ils ressortent du corps sans avoir nullement avancé, ni sans avoir beaucoup souffert.

Réponse. — Les mystères deviendront plus profonds encore pour notre interlocuteur, s'il conclut définitivement qu'une citation d'un fragment d'une doctrine Théosophique est nécessairement toute la doctrine. Dans la question, on suppose que nous nous incarnons uniquement pour atteindre à un développement plus avancé, ou pour un châtiment, alors que cela n'est qu'un aspect partiel de la question. Nous nous réincarnons en vertu du résultat de causes générées. Ainsi il se peut que nous soyons ici pour recevoir une récompense ou une punition, ou par suite de notre choix, ou simplement pour reprendre le travail, ou par plaisir, ou pour le châtiment des autres, ou pour leur discipline, ou bien encore pour notre propre discipline, et ainsi de suite pour quantité de raisons. L'évolution de la race nous oblige à nous réincarner, et nous le faisons selon la loi. La première réponse explique la plupart de ces cas, mais il y a encore un autre point de vue possible. Considérées du point de vue des parents, la naissance et la mort prématurée de l'enfant constituent à la fois une joie, une discipline, et un châtiment. Si la perte est dignement acceptée, il en résulte une discipline ; si les parents se révoltent contre cette mort, le châtiment seul est ressenti ; la joie et la récompense vinrent avec la naissance de l'enfant, et bien que la cause de cette joie ait rapidement disparu, ses effets possibles sur le père et la mère ne sont pas détruits. Ensuite, l'Ego qui essaya de commencer une vie dans cette famille uniquement pour en sortir aussitôt a fait, par là, un pas vers un entourage meilleur que le précédent, ou bien s'est échappé d'une famille où seuls des obstacles et des maux l'auraient assailli. C'est par des réflexions de ce genre que les  «mystères» sont éclaircis.
W. Q. JUDGE.

(4) The Theosophical Forum — Octobre 1892.

Se réincarner ensemble (5) (↑ sommaire)

Question. — Au cours de mes lectures je rencontre souvent la thèse selon laquelle nous revenons sur terre avec nos amis et compagnons du passé et que c'est une raison pour n'avoir que des relations agréables avec tous ceux que nous rencontrons, car autrement ils pourraient se venger et nous nuire. Est-ce que les gens qui sont sur terre à une même époque reviennent ensemble ?

Réponse. — Pour répondre à cette question il faut considérer chaque partie de l'occultisme ainsi que toutes les doctrines fondamentales de la Théosophie : comment répondre clairement et brièvement en ces quelques lignes  ? Nous devons nous tourner vers les Adeptes, car la Science et les archives sont muettes quant à la fréquence des réincarnations des Monades actuellement dans des corps humains et quant au moment où de nouvelles Monades ont cessé d'arriver au stade humain. En effet s'il y a un nombre limité de Monades, et si les Monades au stade humain ont cessé d'entrer ou d'arriver à ce stade, il y a bien des âges, alors on ne peut pas si facilement éluder cette question comme il y paraîtrait en se référant à la ressemblance entre du café froid et Karma. Karma est subtil, n'a pas de répit, est impitoyable et ne se refroidit pas. Le café froid est quelque chose de tellement différent qu'il n'est d'aucune utilité même pour servir d'explication. Citant les Adeptes H.P.B. écrit dans la Secret Doctrine, tout comme n'importe qui pourrait s'y attendre, que le nombre des Monades est limité dans ce système de mondes, et deuxièmement que la porte du règne humain est fermée depuis un très grand nombre de milliers d'années, vers le milieu de la quatrième Ronde. De ce fait, les Egos humains se réincarnant se sont maintenant tous rencontrés maintes et maintes fois avec la certitude à chaque siècle de se rencontrer les uns les autres de plus en plus souvent. Il n'y a pas d'échappatoire. La porte étant fermée et les Egos humains ayant été limités en nombre depuis le milieu de la quatrième Ronde ils se rencontrent de plus en plus fréquemment car aucune nouvelle relation ne peut venir soit des royaumes inférieurs ou d'autres sphères. Ceci confirme la probabilité de rencontrer à presque chaque tour les Egos avec lesquels nous nous sommes trouvés auparavant dans des vies sur terre.

Le Rédacteur suppose que le temps dissipera les effets Karmiques de nos actes. Le temps n'a pas un tel effet per se (comme il en a un sur le café froid)  ; le Karma n'agira pas jusqu'à ce que vienne le temps où des Egos qui ont affaire avec lui se rencontreront dans la vie ; jusque là il est inactif. C'est pour cette raison que l'homme que vous avez abusé il y a dix mille ans, aura une réaction vis-à-vis de vous quand vous le rencontrerez et cette rencontre aura lieu, car action et réaction vous amèneront à vous réincarner ensemble. Je ne peux pas non plus comprendre pourquoi le Rédacteur suppose également la probabilité que les inimitiés ne sont pas transmises alors qu'il pense que les attractions et les affections le sont. Il ne me semble pas y avoir de différence entre les deux, attractions et répulsions, en ce qui concerne la transmission. Il est vrai qu'il a employé ces termes en rapport avec  « revenir ensemble » ; mais chaque personne que nous rencontrons, intimement ou accidentellement, dans la famille ou en dehors d'elle, est  « revenue  » en réincarnation avec nous. D'après ma connaissance de la nature humaine je suis forcé de conclure que l'inimitié a une très forte emprise sur l'homme et que lorsque nous observons une inimitié telle que celle décrite, et qui est si marquée, il est très probable qu'elle a pris racine dans une autre vie.

Il n'y a pas de base sûre pour faire des calculs sur le Devachan et la renaissance quand l'un meurt avant ou après l'autre, car chaque renaissance a le pouvoir de tellement modifier les forces que A. qui mourut deux cents ans avant B, un ami de deux vies antérieures, peut renaître exactement en même temps que B. à cause des effets et des causes produites et générées par B. dans les vies intermédiaires. Et ainsi de suite indéfiniment. Ils peuvent disparaître à nouveau et être séparés pendant de nombreuses vies. Si c'était une règle de fer dépendant de la libre volonté de l'homme et de l'action mentale ce serait aisé à calculer. Mais comme cela dépend de son action et étant donné que chaque renaissance projette l'Ego dans une ligne de probabilités de rencontres avec celui qui changera son train de pensées, personne ne peut dire avec certitude quand ils rencontreront à nouveau un Ego qu'ils ont déjà rencontré.

Chaque pensée inamicale et non charitable conduit à la désunion et chaque pensée opposée à l'harmonie. Les skandhas sont pleins de toutes les impressions que nous avons reçues  ; ces skandhas attendent et sont nôtres à nouveau quand nous émergeons du Devachan. Si nous rencontrons ces Egos qui sont reliés à nos pensées, bonnes ou mauvaises, charitables ou non, la force agit instantanément — pas avant — et à moins que l'homme que nous avons blessé, condamné, ou chargé de rancune nous rencontre dans la prochaine vie ou ensuite dans une autre, ou n'importe quand, nous avons à attendre son retour avec nous (ce qui n'implique pas en famille, mais en n'importe quel lieu où il peut agir sur nous) avant que nous puissions dire s'il va nous payer de retour. S'il n'est pas devenu un saint entre temps il sera immédiatement la cause de notre coup pour coup reçu, ou profit pour profit. Ces lois agissent à travers nous, avec une régularité automatique jusqu'à ce que nous les connaissions et que les effets s'épuisent. Et la valeur de tout cela c'est de savoir que si nous traitons tous les hommes maintenant avec une charité et un amour sans défaillance nous balayons les anciens déchets et ne créons pas de nouvelles peines  ; mais si nous voulons condamner, punir, être rancuniers, en bref, nous considérer nous-mêmes comme agents karmiques sans connaître la signification de ce terme, nous semons la discorde, nous plantons seulement la cause de peines futures.
W. Q. JUDGE.

(5) The Theosophical Forum — Février 1893.

Sur la Réincarnation (6) (↑ sommaire)

Les objections soulevées fréquemment contre la  « Réincarnation » et qui semblent valables à ceux qui les avancent, proviennent parfois de la partie émotionnelle de notre nature. Ils disent :  « Nous ne voulons pas être quelqu'un d'autre dans une autre vie; comment pourrons-nous reconnaître nos amis et ceux que nous avons aimés si eux et nous changeons ainsi notre personnalité ? Les liens puissants que nous formons ici sont tels que le bonheur semblerait impossible sans ceux que nous aimons » .

II est inutile de répondre que, si la Réincarnation est la loi, elle ne peut, ni ne fera de différence entre ce que nous aimons ou n'aimons pas. Tant qu'on se laisse mener par ses sympathies et ses antipathies, les arguments logiques ne dissiperont pas les objections, et si l'on affirme froidement que les objets bien-aimés de notre cœur nous échappent à jamais lors de la mort, le mental n'en éprouve aucune consolation et l'on n'énonce pas non plus une chose essentiellement exacte. En fait, une des souffrances de l'existence conditionnée est le risque évident de perdre pour toujours ceux que nous chérissons. Pour surmonter la difficulté que soulève cette mort toujours menaçante, les églises chrétiennes ont inventé leur ciel où une réunion est possible à une condition : l'acceptation du dogme du Rédempteur. Aucun de leurs croyants ne semble considérer qu'un grand nombre de ceux qui sont le plus intimement attachés à nous par toutes sortes de liens, ne réalisent pas et ne réaliseront jamais cette condition préalable. Par conséquent, le bonheur dans ce ciel n'est pas possible puisque nous savons que, immanquablement, ces non-croyants souffrent en enfer, car si nous avons encore assez de mémoire pour pouvoir reconnaître les amis croyants, il nous est impossible d'oublier les autres.

Que sont ces affections demanderons-nous ? Ce sont ou bien (a) de l'amour pour le simple corps physique, ou (b) de l'amour pour l'âme intérieure. Naturellement, dans le premier cas, puisque le corps est désagrégé après la mort, il ne nous est pas possible, et nous ne devons pas le désirer à moins d'être bassement matérialiste, de revoir ce corps dans l'autre vie. Et la personnalité n'appartient qu'au corps. Par suite, si l'âme que nous aimons vraiment habite un autre organisme physique, la loi veut, et c'est là un aspect de la loi de Réincarnation qui n'est pas souvent signalé ni souligné, que nous rencontrions à nouveau, au cours d'incarnations, cette même âme dans une nouvelle demeure. Nous ne pouvons toutefois pas toujours la reconnaître. Mais le pouvoir de reconnaître ou de nous rappeler ceux que nous avons connus autrefois, est l'un des buts même de notre étude et de notre pratique. Et non seulement cette loi est celle que l'on trouve exposée dans les livres anciens, mais elle est confirmée d'une façon positive dans l'histoire de la Société Théosophique, dans une lettre d'un Adepte qui fut adressée il y a quelques années à certains théosophes londoniens. L'Adepte leur demandait s'ils s'imaginaient que c'était la première fois qu'ils s'incarnaient ensemble. Il leur affirmait le contraire et énonçait la règle que les affinités réelles de l'âme rassemblaient les êtres sur terre.

Être associés contre notre volonté avec ceux qui se targuent d'avoir été notre mère, notre père, notre frère, fils ou femme dans une vie antérieure ne serait ni juste ni nécessaire. Ces relations provenaient uniquement de liens physiques et les âmes qui sont identiques, qui s'aiment vraiment, comme aussi celles qui nourrissent l'une pour l'autre de la haine, sont ramenées ensemble dans des corps mortels en tant que père ou que fils, ou autrement.

Ainsi donc, la doctrine du Devachan nous donne la réponse. Dans cet état, nous avons avec nous, à toutes fins utiles et pour répondre à notre désir, tous ceux que nous avons aimés sur terre  ; en nous réincarnant nous nous retrouvons avec ceux dont l'âme nous attire naturellement.

En vivant en accord avec nos convictions les plus nobles et les meilleures pour l'humanité et non pour soi, nous rendons possible le fait de reconnaître enfin dans quelque vie sur terre ces personnes que nous aimons et dont la perte définitive nous paraît une perspective si triste et sans attrait.
W. Q. JUDGE.

(6) The Path — Août 1888.

La causes des Renaissances (7) (↑ sommaire)

Question. — Si c'est un désir inassouvi de vivre (Tanha) qui est la cause des renaissances, pourquoi ceux qui sont las de la vie et n'ont plus le désir de la poursuivre et de la recommencer doivent-ils renaître ?

Réponse. — L'exposé doctrinal de la question comporte une légère mais importante imprécision et la question laisse aussi de côté le désir de vivre, depuis le berceau pour la vie présente, et également des vies passées, qui n'est jamais assouvi.

L'imprécision réside en cela, c'est que ce ne sont pas les désirs insatisfaits qui conduisent aux renaissances, mais le désir est la cause des renaissances  ; c'est là la grande différence. Le besoin de satisfaction du désir ne fait qu'ajouter un autre élément qui pousse à renaître. Tout désir, qu'il soit satisfait ou non, trompe l'Ego qui, de ce fait, est saisi dans l'attraction magnétique dont, par ignorance, il ne peut se libérer et qui doit agir et agira en temps voulu pour provoquer la renaissance. Le désir, dès qu'il est formulé, agit, puis pénétrant dans les replis les plus profonds de l'être, il devient une cause de renaissance. Le simple fait que nous l'oublions, ou que la vie nous devient plus tard un fardeau, ne lui enlève pas sa force, et il subsiste dans ces parties de notre nature qui nous sont cachées tant que nous restons ignorants car avec chaque désir, et nous en avons des millions, il y a une pensée et ce sont ces pensées qui constituent les liens qui nous ramènent sur terre. Pour chaque personne, ce processus se poursuit durant de nombreuses années, car bien peu d'enfants sont assez sages pour contrôler les désirs. Cette énorme masse de désirs et de pensées doit être prise en considération. La question semble les ignorer complètement. Si, à l'âge adulte, nous commençons à voir la futilité et l'inutilité du désir de vivre, ou de tout autre, cela signifie que nous avons acquis de l'expérience, mais nullement que les forces engendrées durant les années précédentes sont épuisées.

De plus, il y a derrière chacun de nous tout l'ensemble des autres vies avec tous leurs désirs dont beaucoup n'ont pas dû être épuisés. Chacun est, par lui-même, une cause de réincarnation.

Ce n'est pas simplement le désir de vivre qui cause la renaissance. Il existe une cause primordiale qui, étant enracinée dans la nature humaine en général, est plus subtile et plus puissante que toute autre, car elle se rapporte à la vie elle-même, peu importe où elle s'exprime. Et je présume que si la personne qui trouve la vie ici-bas indigne d'être vécue, se voyait offrir une vie sur une autre planète, dans des circonstances plus harmonieuses, plus belles et plus agréables, elle sentirait soudainement le désir de vivre, profondément ancré en elle, se rallumer, lui faisant accepter à l'instant l'offre qui lui serait faite.
W. Q. JUDGE.

(7) The Theosophical Forum — Décembre 1893.

Comment l'Ego est-il trompé ? (8) (↑ sommaire)

Question. — La nature pécheresse de l'homme est-elle située dans l'Ego réincarnant ou dans la personnalité périssable ? Si la première supposition est vraie, que devient l'enseignement qui dit que le bien seul pénètre en Devachan ? Si c'est la seconde hypothèse qui est exacte, est-il juste de punir une personnalité périssable des fautes commises par une autre personnalité disparue depuis des siècles ?

Réponse. — L'Ego est induit en erreur par l'ignorance, c'est pourquoi il s'incarne et se réincarne dans de si diverses conditions, ou en d'autres termes, acquiert un véhicule pour chaque étape dû à son ignorance. Ainsi, il acquiert un véhicule terrestre (corps et personnalité) qui trompe et lie l'Ego tant que l'ignorance de la vérité se poursuit. Il abandonne le véhicule terrestre et entre dans un autre état, le Devachan, où il revêt un véhicule approprié à cette sphère, et où il est retenu et trompé par l'ignorance se rapportant entièrement à des pensées pures, nobles et agréables. De là, il revient dans la sphère terrestre, et ainsi de suite, tant que l'ignorance n'est pas détruite. La prétendue  « nature pécheresse » se trouve dans le véhicule terrestre, mais comme celui-ci est une partie du tout qui inclut l'Ego, ce dernier est responsable de s'être laissé gouverner par l'inférieur et il en souffre. Car le corps et le corps astral ne souffrent, ne savent, ni ne sentent  ; ce ne sont que des instruments aveugles de l'Ego qui sait et sent par eux  ; et ce sont aussi les poids et entraves qui maintiennent l'Ego vers le bas aussi longtemps que l'ignorance règne en maître. De là, la perpétuelle migration d'une sphère à une autre, et c'est là la réponse à la question.
W. Q. JUDGE

(8)   The Theosophical Forum — Janvier 1893.

 

Incarnations périodiques (9) (↑ sommaire)

Question. — Recommençons-nous une nouvelle ronde d'incarnations après le Pralaya  ? Si le passé n'a pas suffi à achever la  «descente dans la matière », pouvons-nous espérer que l'avenir le fera  ?

Réponse. — Un des principes fondamentaux de la Théosophie, c'est que l'évolution est périodique et s'accomplit par la manifestation, un manvantara faisant suite au précédent en tant que son successeur logique et naturel. Par suite, le manvantara actuel est le successeur légitime de celui qui l'a précédé, il en est la résultante à tous les points de vue, mais il lui est nécessairement plus élevé, puisqu'il ne peut y avoir de régression. On postule dans la Doctrine Secrète que la descente dans la matière se change en une re-ascension vers l'esprit dans cette ronde actuelle. Ceux qui font partie de la race et qui ne réussiront pas à atteindre la vérité avant l'arrivée du Pralaya, devront nécessairement recommencer le nombre de réincarnations requises dans le manvantara suivant. Cela est naturel, juste et raisonnable. Ceux qui atteindront, au cours des innombrables siècles à venir, l'apogée du pouvoir, de la sagesse et de la perfection, ne devront plus se réincarner, à moins qu'ils ne le désirent  : il est fort probable que beaucoup d'entre eux descendront à nouveau dans la matière, par amour pour les êtres qui naîtront et lutteront dans ce manvantara futur, apportant une aide bienfaisante à ceux qui sont en arrière. Il se peut qu'à ce moment-là, dans des millions d'années, mon interlocuteur se sera tellement développé par la lutte et l'effort, que la perspective d'une nouvelle lutte avec la matière ne lui répugnera plus. Il est certain, qu'actuellement, c'est regarder bien loin en avant, cherchant à se faire une idée imaginaire pour établir cette possibilité future dans un manvantara, pour nous inconcevable, tant pour la qualité que pour l'époque.
W. Q. JUDGE.

(9)   The Theosophical Forum — Janvier 1894.

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