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"Notes sur la Bhagavad-Gita", Chapitre 17, Trois sortes de Foi

Le douzième chapitre parle de la consécration par la foi fondée sur la connaissance de l'Esprit Suprême ; le présent chapitre explique la nature de la foi de ceux qui, tout en négligeant les préceptes des Écritures (la connaissance sacrée trouvée dans les textes), adorent néanmoins avec foi.

Krishna dit que la foi des mortels est de trois sortes, qu'elle est née de leurs propres dispositions et qu'elle participe des qualités de sattva, vérité, de rajas, action et de tamas, indifférence. Ces trois qualités ont été spécialement analysées dans le quatorzième chapitre, qui a montré aussi la nécessité pour le chercheur de vérité de s'élever au-dessus de leur influence. Étant en relation intime, les douzième, quatorzième et dix-septième chapitres devraient être étudiés ensemble.

" La foi de chacun (...) découle de la qualité de sattva ; l'âme incarnée étant douée de foi, chaque homme est de la même nature que celle de l'idéal auquel sa foi est attachée " [v. 3]. Ici le mot sattva doit être pris dans son sens le plus élevé, " le pouvoir de comprendre " que possède toute âme incorporée, en contraste avec les restrictions imposées à ce pouvoir par ceux qui attachent leur foi à quelque idéal de bien apparent.

" Ceux dont le caractère provient de la prédominance de la bonne qualité, ou sattva, adorent les Dieux " [v. 4]. " Dieux " est un terme générique qui embrasse maintes classes d'êtres invisibles ; il s'agit ici du genre d'entités que le fidèle s'imagine douées de pouvoirs et de vertus surnaturels, à qui il demande d'être guidé et comblé de faveurs.

" Ceux en qui la qualité de rajas prédomine adorent les puissances célestes, les Yaksha et les Râkshasa " [v. 4] ; en d'autres termes, ceux en qui prévaut le désir des possessions et des réalisations personnelles et égoïstes recherchent l'aide des élémentaux et les attirent : ceux-ci, d'une manière irresponsable, les aident à atteindre leurs fins ; autrement dit, partout où prévaut la qualité de rajas, toute force extérieure qui aidera à l'accomplissement des désirs est recherchée et bien accueillie, sans souci de sa nature ou de son effet nuisible sur les autres. De telles forces ou de tels êtres appartiennent au côté séparatif et destructif de la nature.

" D'autres, sous la prédominance de l'obscure qualité de tamas, ou indifférence, adorent les puissances élémentales et les esprits des morts " [v. 4]. Les puissances élémentales dont il est ici question font partie de la classe la plus basse ; ce sont, entre autres, les prétendus " esprits " des séances spirites qui, galvanisés par le médium et les assistants, donnent une apparence factice de vie et d'intelligence. Cette classe la plus basse d'élémentaires et d'élémentaux (1) appartient à la partie la plus grossière de la nature invisible, la plus proche du plan physique et la plus facilement éveillée. C'est l'ignorance de la vraie nature de l'homme qui fait ouvrir les portes à cette classe d'entités et qui induit à commettre l'erreur d'attacher sa foi à des influences impermanentes, irresponsables et de nature vampirique. Tamas prédomine aussi en " ceux qui pratiquent des mortifications sévères (...) qui sont pleins d'hypocrisie et d'orgueil (...) soupirant après le passé et désirant toujours plus. En proie aux illusions, ils (...) me torturent aussi, moi qui réside dans les replis les plus profonds du cœur ; sache que ces êtres sont de tendance infernale " [v. 5-6].

Il est bien connu que certains dévots en Orient s'infligent un grand nombre de pénitences et de tortures corporelles comme moyen de développement, et que, même parmi les peuples occidentaux, une idée similaire a été très répandue à une certaine époque, et a persisté peut-être encore ici ou là. Il n'y a pas de doute que ces pratiques ont eu leur origine dans l'interprétation erronée d'une formule courante dans les Écritures anciennes : la " mortification du corps " . Dans ce chapitre, Krishna en fait clairement ressortir le véritable sens par ces mots : " La vénération pour les dieux (êtres supérieurs à l'homme), les brâhmanes (ceux qui possèdent la connaissance divine), les instructeurs (de la connaissance) et les sages, la pureté, la droiture, la chasteté et la non-violence, sont ce qu'on appelle la mortification du corps " [v. 14] (2) Que nous ayons ici la véritable définition apparaît dans le fait que le corps est par lui-même incapable d'agir, n'étant qu'un agrégat organisé de matière physique à l'usage et sous le contrôle du penseur et de l'acteur intérieur. C'est ce penseur, cet acteur, qui doit changer ses manières de penser et d'agir. En changeant, d'un mode de pensée et d'action pour un autre, de type opposé, l'homme se trouve en guerre avec les habitudes qu'il avait lui-même établies ; il lui faut donc les priver de leur statut au profit d'autres habitudes, en harmonie avec la nouvelle base adoptée dans ce changement. C'est là, au sens propre du mot, la mortification du corps, mais elle doit se faire de l'intérieur vers l'extérieur, et non en l'imposant de l'extérieur.

Également, les " austérités du langage " ne consistent pas en une sévérité de ton et de manière, ni en un mépris de puritain pour le commun des mortels et ses intérêts — attitude qui est due à un sens de sa propre valeur que l'on nourrit en soi — mais elles sont pratiquées et manifestées dans " un langage bienveillant ne causant pas d'anxiété, franc et amical, et l'assiduité dans la lecture des Écritures " [v. 15].

La " mortification du mental " n'est accomplie ni par des prières et des pénitences imposées, ni par des offrandes à une divinité supposée, mais par " la sérénité d'esprit, la douceur de caractère, le silence, la maîtrise de soi et la droiture absolue dans la conduite " [v. 16].

Le chapitre continue par ces mots : " Cette triple mortification, ou austérité, est de qualité sattvique si elle est pratiquée avec une foi suprême par ceux qui n'aspirent à aucune récompense " [v. 17].

" Mais l'austérité qui est pratiquée avec hypocrisie, en vue d'obtenir de la considération personnelle ou de la gloire et des faveurs, qui est incertaine et n'appartient qu'à ce monde, tient de la qualité de rajas " [v. 18].

« Les austérités qui sont pratiquées uniquement en s'infligeant des tortures, ou par suite d'un mauvais jugement, ou encore en vue d'infliger une souffrance à autrui tiennent de la qualité de tamas " [v. 19].

L'idée est très répandue chez les peuples occidentaux que la valeur d'un don tient au prix qu'il représente ; Krishna dit le contraire, en affirmant que la valeur du don se trouve entièrement dans l'attitude mentale qui l'accompagne ; cela s'applique aux présents et aux bienfaits de toute espèce, qu'ils soient offerts à certaines époques de l'année ou non, à des amis, parents, relations ou bien à un étranger nécessiteux. Il serait bon de se le rappeler au moment de Noël ou de tout autre date anniversaire.

Krishna spécifie et qualifie ces différentes attitudes comme il suit : " Les dons octroyés au moment opportun, à la personne convenable et par ceux qui ne désirent rien en retour sont de la qualité de sattva ; ils sont bons et de nature de la vérité " [v. 20].

" Mais le don octroyé dans l'espoir que le bénéficiaire en fasse retour, ou pour en retirer un bénéfice spirituel, ou qui est offert à contrecœur, tient de la qualité de rajas ; il est mauvais et participe de l'erreur " [v. 21].

" Les dons faits hors de propos, sans l'attention nécessaire, avec dédain et à des personnes qui en sont indignes, tiennent de la qualité de tamas, ils sont entièrement mauvais et de nature ténébreuse " [v. 22].

Quel merveilleux commentaire à l'adresse de nos idées occidentales de charité (telle qu'elle est habituellement pratiquée) et de nos organisations de bienfaisance. Combien de dons ou de secours charitables sont octroyés sans avoir en vue le bénéfice spirituel qui en découlera ? Combien de souscriptions sont adressées à des œuvres de charité sans y mettre une certaine répugnance, ou sans y être poussé par le désir de paraître généreux aux yeux des gens ? Combien de dons sont faits " hors de propos, sans l'attention nécessaire, avec dédain et à des personnes qui en sont indignes " ? Chacun doit répondre par lui-même. Faire de bonnes œuvres sans danger de causer un mal incalculable exige d'un homme une profonde sagesse : avec ses grands pouvoirs d'intuition, il peut alors savoir qui soulager et qui laisser dans le bourbier, son meilleur maître. Les pauvres et les miséreux racontent eux-mêmes à qui peut gagner leur confiance les erreurs désastreuses qui sont commises par des gens venant d'une classe différente qui cherchent à les aider. La douceur et les bons traitements font parfois ressortir les pires caractéristiques d'un homme ou d'une femme qui avait vécu assez décemment tant qu'il avait été maintenu dans la souffrance et le désespoir. la Gîtâ enseigne que les causes de misère ne résident pas dans les conditions, ou les circonstances, mais dans les idées et actions erronées de l'homme lui-même ; il récolte ce qu'il a semé dans l'ignorance. Une meilleure connaissance de la nature de l'homme et du but de la vie est nécessaire ; dès qu'on l'acquiert, les causes de misère sont graduellement éliminées. On ne saurait faire une plus grande charité à l'humanité souffrante qu'en lui donnant la connaissance juste qui conduit à l'action juste. Celui qui possède cette connaissance sera plein de sympathie divine pour tous ceux qui souffrent ; il ne soulagera dans chaque circonstance que les détresses qui doivent être soulagées, tout en communiquant sa connaissance supérieure dans la mesure où l'affligé pourra la recevoir et l'appliquer. Mais il ne permettra pas à sa main gauche de savoir ce que fait sa main droite (3) ; il n'aura nulle pensée de récompense ni même de gratitude à attendre ; il fera simplement tout ce qu'il peut, et au mieux de sa connaissance, pour élever l'homme qui souffre à un plan supérieur de pensée et d'action, tout en lui procurant un secours physique suffisant pour lui donner une base d'appui.

Ce chapitre est l'avant-dernier de la Bhagavad-Gîtâ ; en tant que chapitre, il est peut-être celui qui embrasse le plus de choses, car il expose la vraie foi unique, fondée sur la connaissance de l'Esprit Suprême, le Soi intérieur, le Connaisseur dans chaque corps mortel, ainsi que trois fausses espèces de foi établies sur des choses extérieures. II considère les pratiques véritables comme les produits naturels de la vraie foi, comparées aux pratiques erronées fondées sur des fois fausses. Il montre clairement que placer la confiance spirituelle sur une réalité extérieure — être, chose ou pratique — fait obstacle à la vraie connaissance et au progrès véritable, et ne peut manquer d'engendrer des résultats karmiques préjudiciables.

La connaissance du Soi de tout, et l'action pour ce Soi — qui est intérieur — doivent intervenir dans chaque pensée, chaque parole et chaque acte, même lorsqu'il s'agit d'alimenter le corps. Krishna n'enjoint aucune nourriture particulière ; il dit que l'alimentation la plus appropriée à chaque être est " celle qui prolonge la vie, qui augmente la vigueur et la force, qui préserve de la maladie et maintient l'égalité d'âme et le contentement, qui est savoureuse, nourrissante, toujours salutaire et en harmonie avec le corps ; c'est la nourriture préférée par les êtres en qui prévaut la qualité de sattva " [v. 8].

Nombreux sont ceux qui basent leur foi sur des sortes particulières de nourriture et qui s'efforcent de convertir les autres à ce genre de foi. Comme tous ceux qui attachent leur foi à des formes extérieures, ils ont " une piété fausse et l'âme égarée " (4). La question ne porte jamais sur les variétés de la nourriture mais sur son adaptation à chaque cas particulier, car, en fin de compte, chaque corps n'extrait de n'importe quel genre d'aliment que ce qui est conforme à la nature de celui qui est le possesseur du corps, et cette nature est sujette aux changements de l'intérieur. La chose principale à observer est de garder le corps en condition efficace comme instrument de l'âme qui l'habite, par tous les moyens et aliments jugés nécessaires à cet effet. Ici, ce qui plaît ou déplaît est mis de côté et seul est pris en considération le but de l'âme.

La nourriture " préférée par les hommes soumis à la qualité de rajas est très amère, trop acide, salée à l'excès, très épicée, âcre, sèche et brûlante ; elle provoque le malaise, la douleur et la maladie " [v. 9]. Quand la foi est centrée sur le désir des possessions et acquisitions personnelles, le désir devient cumulatif ; chaque objet obtenu ne fait que stimuler le désir d'en avoir plus ; cela produit dans le corps des tendances cumulatives correspondantes.

" Toute nourriture préparée la veille, insipide ou en décomposition et impure, est préférée par ceux en qui prévaut la qualité de tamas, ou indifférence " [v. 10]. Là où tamas domine, il y a une tendance vers les élémentaux et éléments inférieurs de la nature, et une affiliation avec eu : le côté destructif et désintégrateur.

La dernière partie de ce chapitre se rapporte à la triple désignation de l'Esprit Suprême : Om, Tat, Sat, la Déité trinitaire, en ses trois aspects correspondant à la création, la préservation et la destruction, tout en recréant, ou en vue de recréer. Le mot Om, ou Aum (5), est tout à la fois une invocation à ce qui est le plus élevé dans l'homme, une bénédiction, une affirmation et une promesse ; il est dit qu'employé d'une manière appropriée il conduit à une réalisation du Soi intérieur. L'Aum contient en lui-même tous les aspects et implique l'Univers sous l'empire de l'Esprit Suprême. Il représente le courant de méditation que tout homme devrait poursuivre, même dans l'accomplissement des devoirs quotidiens nécessaires. Il existe pour chaque être conditionné une cible qu'il doit viser constamment. Dans la Mundaka Upanishad, il est dit : " 0m est l'arc, le soi individuel est la flèche, la cible, dit-on, c'est le Brahman. Pour frapper au but, il faut viser sans distraction ni erreur et s'identifier à Lui, comme la flèche fichée dans la cible (...) Lui seul, l'Unique, connaissez-le comme le Soi — abandonnez tout autre discours — c'est Lui le pont vers l'immortalité (...) Avec la syllabe OM, méditez sur ce Soi (...) " (6) .

NOTES

  • (1). [Voir :  note générale 17 - l.]
  • (2). [Voir : note générale 17 - 2.]
  • (3). [Allusion à Matthieu 6, 3.]
  • (4). [Cf. Gîtâ, 3, 6. Formule empruntée par Judge à Thomson, cf. supra, chapitre 3, note 7.]
  • (5). [À propos de ce mot, voir par exemple Aphorismes du Yoga de Patañjali, 1, 26-28, avec la note de Judge. Voir aussi, de Judge, les articles " Qu'est-ce que l'Udgîta ? " (Cahier Théosophique n°94) et " La signification d'OM " (in Les Rêves et l'Éveil intérieur, pp. 153-168.]
  • (6). [Mundaka Upanishad, 2, 2, 4-6. Trad. Cahier Théosophique, n°155, pp. 12-3.]

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