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"Notes sur la Bhagavad-Gita", Chapitre 12, Foi

Tel qu'il est employé dans ce chapitre, le mot " foi " a un sens beaucoup plus profond qu'on ne lui donne habituellement. Avoir la foi c'est être fermement convaincu de la vérité de ce à quoi on attache sa foi. Il y a beaucoup d'espèces de " foi " dans le monde ; certaines sont adoptées par ignorance, crédulité et superstition ; d'autres, parce qu'elles s'adressent aux désirs de ceux qui y adhèrent et d'autres encore, pour les vérités partielles qu'elles contiennent. Ce qui fait défaut à toutes est la " connaissance " , car une conviction tenue par ignorance ne fait que perpétuer l'ignorance et ses résultats ; une conviction gardée uniquement parce que dictée par le désir ne fait que perpétuer les désirs et leurs résultats ; une conviction tenue à cause de vérités partielles que l'on perçoit, fait preuve d'un peu de connaissance, mais pas suffisamment pour distinguer l'erreur qui se trouve toujours mêlée aux vérités partielles. La " foi " dont parle Krishna est celle qui repose sur la soi-connaissance, ou la connaissance du Soi comme étant Tout, et en tout. Placer sa confiance dans le Soi Suprême, et identifier son Soi avec Lui, fournit une base permanente et immuable à partir de laquelle on peut percevoir la Vérité concernant l'Homme et toute la Nature. La " foi véritable " ne peut exister que fondée sur la connaissance correcte.

Dans la réponse de Krishna qui clôt le onzième chapitre, on trouve les paroles suivantes : " On ne peut m'approcher, me voir et me connaître, en vérité, qu'au moyen de cette dévotion qui n'a que moi pour objet " [v. 54] et, dans le douzième chapitre, Arjuna reprend l'idée avec cette question : " Parmi ceux de tes fidèles qui toujours t'honorent ainsi, quels sont ceux qui prennent la voie la meilleure, ceux qui adorent l'indivisible et le non-manifesté, ou bien ceux qui te servent sous ta forme présente " [v. l].

Krishna répond, entre autres choses : " Pour ceux dont le cœur est attaché au non-manifesté, la tâche est plus ardue, car le sentier non-manifesté est difficilement atteint par des êtres corporels "» [v. 5]. Une note de W.Q. Judge indique : " La difficulté en question est due à la personnalité qui nous fait considérer le Suprême comme différent et séparé de nous-mêmes ". Les êtres humains ont tendance à penser et à agir comme des personnalités dans leurs rapports avec les autres, et avec la nature manifestée en général et, bien qu'ils puissent ardemment désirer agir " pour le Soi et comme le Soi " , ils se rendent compte qu'ils tombent sans arrêt sous l'emprise du sentiment purement personnel de séparativité.

Les mots " ou bien ceux qui te servent sous ta forme présente " se rapportent à la forme de Krishna qu 'Arjuna connaissait le mieux. D'après le chapitre précédent, on a vu qu'il s'agissait d'une forme humaine, lorsque Arjuna déclarait : " Ayant ignoré ta majesté, je t'ai pris pour un ami, et t'ai appelé : " ô Krishna, ô fils de Yadu, ô ami " , et, aveuglé par mon affection et ma présomption, je t'ai parfois traité irrespectueusement au cours des jeux, des loisirs, du repos, en ton siège et pendant tes repas, en privé et en public ; je t'adjure, ô Être inconcevable, de me pardonner tout cela " [v. 41-2]. Par ces paroles, Arjuna reconnaissait en Krishna une incarnation divine, un être qui avait atteint la perfection et s'était volontairement incarné pour aider ceux qui luttent encore dans " cet océan d'incarnation et de mort " . L'étude des grandes religions de l'humanité prouve que de telles incarnations divines n'ont pas été rares, avant aussi bien qu'après l'époque de Krishna (1) ; la Doctrine Secrète explique clairement la raison d'être et le sens de telles incarnations.

La voie suivie par chaque Arjuna — et chacun de nous en est un — consiste à reconnaître d'abord que la véritable connaissance doit exister et qu'il faut nourrir un ardent désir d'obtenir cette connaissance ; il faut ensuite se mettre en quête de la source de cette connaissance, et c'est là que gît le danger pour le chercheur. Il rencontre un grand nombre de maîtres, ayant chacun sa prétention à détenir la connaissance. Ne possédant pas encore les moyens de discerner le vrai du faux, il acceptera par ignorance le maître, ou l'enseignement, qui répondra le mieux à ses idées et à ses désirs. C'est malheureusement ce qui ce passe avec la plupart des chercheurs. Il y en a cependant qui examinent soigneusement les bases fondamentales des enseignements proposés et qui acceptent uniquement celui dont les propositions fondamentales peuvent être appliquées si universellement que leur vérité devienne évidente par elle-même.

En parcourant les grandes lignes des chapitres précédents, on voit que Krishna a exposé à Arjuna les diverses formes de croyance et de pratique — ou de consécration — suivies par les hommes, en montrant que celles-ci, bien que partielles et erronées, conduisent finalement à la Vérité unique, si l'homme est sincère et consacré dans sa recherche de la Vérité. En même temps, il est apparu que la Réalité ou Vérité Unique était accessible à tous et qu'elle constituait le sentier le plus haut, le plus direct et le plus noble, conduisant à la compréhension, à la sagesse et au bonheur véritable.

" Mais si, pour commencer, tu es incapable de fixer ton cœur et ta raison fermement en moi, ô Dhananjaya, alors efforce-toi de me trouver par la pratique constante dans la consécration " [v. 9]. La fermeté est acquise par un effort constant vers elle.

" Si après une pratique constante, tu en es encore incapable, suis-moi par des actions que tu accompliras pour moi car, en accomplissant des œuvres qui me sont dédiées, tu atteindras à la perfection " [v. 10]. Les œuvres en question sont des actions spéciales, conçues et accomplies en vue du Suprême : elles tendent toutes à éliminer " l'idée personnelle " de séparativité.

" Si même cela est disproportionné à tes forces, alors, maître de toi-même, dédie-moi toutes tes actions, succès et échecs également, en renonçant en moi au fruit de toute action. (...) la connaissance vaut mieux que la pratique constante, la méditation est supérieure à la connaissance, le renoncement au fruit de l'action est supérieur à la méditation ; l'émancipation finale est le résultat immédiat d'un tel renoncement " [v. 11-2]. Il a été dit que la Source de tous les êtres est Une, que le but est Un, mais que le sentier varie avec chaque pèlerin. Il s'ensuit que chaque pèlerin se trouve à un point d'évolution, ou de développement, où l'un ou l'autre des pas à faire est à sa portée. Il est montré que chacun de ces pas mène dans la direction du but, mais l'aspirant doit les considérer uniquement comme des pas, car la condition de son succès est de toujours garder en vue le but : l'union avec le Soi Supérieur.

" Maître de toi-même " signifie : tenant sous contrôle le soi personnel. L'injonction : " Dédie-moi toutes tes actions, succès et échecs également, en renonçant en moi au fruit de toute action " nécessite à peine une explication, le même enseignement ayant été donné si souvent dans les chapitres précédents de la Gîtâ, comme par exemple : " L'émancipation provient du renoncement à l'intérêt personnel au fruit de ses actions " . L'intérêt personnel est toujours une question de pensée : nous ne pouvons avoir de l'attachement — ni de l'aversion — pour une chose à laquelle nous ne pensons pas ; ainsi donc, si nous sommes confrontés à des actions qu'il serait juste d'accomplir, il faudrait les faire sans considérer si elles promettent succès ou échec pour nous-mêmes. Krishna dit que l'émancipation finale résulte immédiatement d'un tel renoncement, en posant ainsi le renoncement complet comme la réalisation du but. Le renoncement est supérieur à la méditation, car c'est par la méditation sur le but visé que vient le renoncement ; la méditation est supérieure à la connaissance, car la vraie connaissance produit la véritable méditation ; la connaissance est mieux que la pratique constante, car la pratique engendre la connaissance.

Le reste du chapitre devrait être lu en tenant compte de ce qui précède, car, dans ce qui suit, Krishna parle des qualités qui sont l'apanage de ceux qui suivent le sentier qu'il indique. Le chapitre se termine par ces mots : " Mais les plus chers d'entre mes fidèles (2) sont ceux qui cherchent cette ambroisie sacrée — la religion de l'immortalité — telle que je viens de l'expliquer, ceux qui ont une foi ardente, qui aspirent à moi par-dessus tout et qui se sont identifiés à la consécration " [v. 20].

NOTES

  • (1). [Voir plus haut (chap. 4, 1er article) les commentaires de Judge sur les Avatârs.]
  • (2). [Dans ce chapitre, le mot " fidèle " traduit le sanskrit bhakta, le disciple qui est attaché au maître par bhakti, la pure dévotion.]

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