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"Notes sur la Bhagavad-Gita", Chapitre 11, Vision Forme Divine

Ainsi que tous les autres chapitres, celui-ci, intitulé " Vision de la Forme Divine incluant toutes les formes " , doit être appliqué à l'individu, car bien qu'il y soit constamment question de nombreuses classes d'êtres, doués de leur propre degré de conscience et de pouvoirs, il est clairement indiqué que chaque Ego divin est avant tout le Soi et contient en lui-même tous les éléments qui existent dans l'Univers.

Ce chapitre commence par ces mots d'Arjuna : " Mon erreur a été dissipée par les paroles que tu as prononcées, pour la paix de mon âme, sur le mystère d'Adhyâtma, l'Esprit " II avait compris que le Soi Unique anime toutes les formes, quelle qu'en soit l'espèce, que le pouvoir qui soutient, aussi bien que celui qui perçoit, est présent en toute forme, mais il désirait voir et comprendre la forme du Soi, ou ce qu'il contient — en d'autres termes, connaître les moyens par lesquels le Soi Unique s'individualise, pour ainsi dire — dans les formes innombrables de l'existence.

Krishna donne dans sa réplique la clef de la réponse en une seule phrase. " Vois maintenant, ô Gudâkesha, tout l'univers animé et inanimé rassemblé en une unité ici dans mon corps et tout ce que tu pourrais encore désirer voir. Mais comme tu es incapable de me voir avec tes yeux naturels, je vais te donner l'œil divin " (v. 7-8). Il est évident que le corps mentionné ici par Krishna était un corps spirituel, puisqu'il fallait l'œil divin pour le voir et que cette forme suprême ne pouvait être perçue par Arjuna à moins de posséder lui-même une vue pareille. Corps implique forme et substance et, dans le cas présent, doit sous-entendre la matière ou substance primordiale la plus sublime que l'on puisse concevoir et qui pour nous serait peut-être à comprendre comme " luminosité et énergie " — source de toute lumière et de tout pouvoir.

Les mots " la Forme Divine incluant toutes les formes " (1) impliquent qu'il n'existe pas de formes qui ne soient incluses dans la Forme Divine : on peut donc en déduire que le substratum de chaque forme est la même substance primordiale dont parle le chapitre avec l'expression la " Forme Divine " , et que chaque être possède une forme divine qui, potentiellement, contient en elle chaque pouvoir et chaque élément. La véritable base de l'évolution — un déploiement de l'intérieur à l'extérieur — se trouve dans cet enseignement du passé.

Les parties descriptives de ce chapitre peuvent être mieux comprises si l'étudiant ne perd jamais de vue que la Gîtâ, telle que nous la possédons dans notre langue nous est restituée à partir du sanskrit, langue scientifique, dont chaque lettre a une valeur numérique, avec un son et un sens correspondants (2) Notre langue est au contraire celle d'un peuple batailleur et commerçant, très pauvre en termes renvoyant à tout ce qui peut être au delà du physique. Aussi ne fera-t-on pas l'erreur de penser que ces descriptions sont dues à l'ignorance et à une imagination puérile ; il s'agit en réalité d'une connaissance englobant pouvoirs, forces, êtres et états de conscience.

Samjaya (qui a enregistré le dialogue) dit : " Hari (Krishna), le Seigneur puissant au pouvoir mystérieux, fit voir au fils de Prithâ (Arjuna) sa forme suprême, le Dieu éternel dont la face est tournée dans toutes les directions, avec des bouches et des yeux nombreux et maintes apparences merveilleuses ; avec de nombreux ornements divins et de nombreuses armes célestes brandies ; orné de guirlandes et de robes célestes, oint d'onguents et de parfums célestes, réunissant toutes les choses merveilleuses " [v. 9-11].

Le " Dieu éternel " est le Témoin conscient dans la " forme divine " ; la " face.... tournée dans toutes les directions " renvoie à cette " forme divine " qui, telle un miroir sphérique, reflète toute chose. Toutes les différenciations de substance ont lieu dans la forme divine, et chaque différenciation doit avoir ses propres modes particuliers d'expression et de manifestations perceptibles qui correspondent aux " bouches " , " yeux " et " formes merveilleuses " .

II a été dit jadis que " la Déité géométrise " . Toutes les formes se développent de l'intérieur vers l'extérieur. Du " point " (3) , dont le centre est partout et la circonférence nulle part, commence un rayonnement uniforme dans toutes les directions qui établit une circonférence, une sphère, à l'intérieur de laquelle l'activité du " point " est particulièrement confinée. Ce point s'étendant horizontalement devient un diamètre (4) qui divise la sphère en hémisphères positif et négatif qui constituent une base d'action et de réaction. Une extension ultérieure du point, dans le plan vertical par rapport à celui de la circonférence, divise la sphère en quatre parties qui, projetées sur une surface plane, forment une croix dans un cercle. Si l'on se rappelle que ces prolongements du " point ", ou centre, sont des lignes de force partant du centre et tendant à y retourner, on peut concevoir le début d'une révolution de la sphère qui porte les extrémités des lignes verticale et horizontale à se projeter les unes vers les autres, en formant d'abord la croix à branches coudées (5) et finalement le carré dans le cercle — en réalité, un cube, ou un volume à six faces inscrits dans la sphère. Vu de n'importe quel côté, le cube présente l'aspect de quatre angles, qui, si nous pouvons les concevoir comme des points lumineux équidistants du centre brillant, apparaîtront comme une étoile à quatre branches, le symbole et le signe du règne animal. Si nous pouvons nous imaginer Arjuna voyant dans " la forme divine " toutes les vivantes lignes de force, et les formes qu'elles produisent — l'étoile à quatre, cinq, ou six branches, les figures aux multiples faces, le tout en mouvement, d'un éclat de lumière merveilleux et de couleurs multiples, représentant les activités des êtres innombrables de tout degré dans l'univers, nous pouvons, dans une certaine mesure, nous représenter les parties descriptives de ce chapitre.

" Je suis le Temps venu à maturité, manifesté ici-bas pour la destruction de ces créatures " [v. 32]. Ce Temps révolu renvoie à l'accomplissement des cycles ; tout ce qui commence dans le temps, finit dans le temps ; chaque action a son propre cycle ou période de retour, ou réaction ; ce sont l'action et les actions qui produisent les cycles, et ces derniers varient en durée, de l'instantanéité jusqu'à la période de ceux d'un " grand âge " , selon ce qui les produit : entités séparées, classes d'êtres ou actions collectives de tous les êtres, de tout degré, engagés dans un courant particulier d'évolution. Une allusion générale est faite ici à l'impermanence de toutes les formes, ou de leurs combinaisons. Le changement est nécessaire au progrès, car sans lui, il y aurait stagnation ; d'où la désintégration et la réintégration constantes des éléments dans des rapports et des formes, de caractère toujours changeant, que déterminent dans tous les cas les besoins du Témoin conscient — l'Homme Réel intérieur — qui seul survit à travers tous les changements.

" Tu es l'Être et le Non-Être, un et indivisible, ce qui est suprême " [v. 37]. Ces paroles ne seront comprises que si chacun les applique à soi-même. Nous savons que nous ne sommes pas notre corps, car il change continuellement, tandis que nous demeurons toujours la même identité à travers tous les changements. Nous ne sommes pas nos contenus mentaux, étant donné que nous les changeons chaque fois que l'occasion se présente ; si nous étions nos pensées, nous serions incapables de les changer, et de plus, il est évident que le " changement " ne peut voir le " changement " ; seul le permanent peut voir le changement. Cette permanence renvoie à l'Homme Réel, immortel ou, comme l'exprime la Voix du Silence, " l'Homme qui a été, qui est, et qui sera, pour qui l'heure ne sonnera jamais " (6) Chacun est le Soi, le Témoin conscient ; le non-être, et cependant la cause et le soutien de l'être ; comme le dit la Gîtâ dans ce chapitre, " tu es le Connaisseur et ce qui doit être connu " [v. 38], " tu es le suprême et ultime réceptacle de cet univers " [ibid.], — celui qui recueille toutes les expériences à l'heure de la dissolution de cet univers. À la fin du Grand Cycle, qui comprend tous les cycles mineurs, tous les êtres retournent à leur état primordial avec, en plus, l'expérience acquise. Le prochain grand courant d'évolution procédera en ayant pour base la connaissance acquise par tous les êtres qui y sont engagés.

Ayant ignoré ta majesté, je t'ai pris pour un ami et t'ai appelé : " Ô Krishna, ô fils de Yadu, ô ami " et, aveuglé par mon affection et ma présomption, je t'ai parfois traité irrespectueusement au cours des jeux, du loisir, du repos, en ton siège, et pendant tes repas, en privé et en public ; je t'adjure, ô Être inconcevable, de me pardonner tout cela. [v. 41-2.]

Krishna doit être considéré non seulement comme représentant le Soi dans tous les êtres, mais aussi comme un Être Divin incorporé dans une forme humaine. Arjuna avait demandé à voir la " forme divine " et, l'ayant vue, il fut terrifié par sa grandeur et sa gloire ; en se rendant compte qu'il s'était conduit envers Krishna comme avec un être humain semblable à lui-même — bien que possédant une connaissance beaucoup plus vaste — il implore le pardon pour sa présomption et prie Krishna de reprendre la forme qui lui était familière.

Nous avons ici, dans cet ancien écrit, la description de l'erreur fatale, répétée à maintes reprises par l'humanité : ne jamais reconnaître un maître divin lorsqu'il apparaît parmi les hommes sous des dehors humains. Le Bouddha, Jésus, et bien d'autres avant et après eux, furent traités par leurs contemporains comme des êtres humains ordinaires dont les actions étaient dictées par des motifs semblables à ceux des autres. Ils furent combattus par ceux qui représentaient les intérêts établis, religieux et autres, car les doctrines qu'ils professaient détruisaient les conclusions dogmatiques sur lesquelles étaient fondés ces intérêts. Bien qu'ils aient visé à instruire, éclairer et aider, leur langage et leurs actes furent interprétés comme des violations de la loi et des coutumes et souvent caractérisés comme étant de nature criminelle. Même parmi leurs disciples immédiats, on a trouvé suspicion, doute, jalousie, peur, ressentiment et intérêt personnel : aucun de ces sentiments n'aurait pu exister si la nature réelle du maître avait été comprise. Ces conditions empêchèrent d'établir un lien véritable entre maître et disciple, lien si nécessaire à ce dernier pour qu'il puisse réellement profiter de cette relation. Il est vrai qu'en dépit de leurs défauts, tous les disciples ont appris quelque chose, mais il n'en est pas moins vrai que le principal facteur de leur échec à transmettre fidèlement les enseignements qu'ils avaient reçus fut leur incapacité de comprendre intuitivement la nature divine de leur maître ; c'est cette incapacité qui ferma en eux la porte par laquelle l'illumination divine aurait pu venir. Arjuna lui-même, le disciple loyal et dévoué, avait manqué de percevoir la nature merveilleuse de son maître. Ce ne fut qu'au moment où celui-ci, par sa faveur et son pouvoir, ouvrit " l'œil divin " d'Arjuna que ce dernier obtint la capacité de vision sur ce plan de substance. Certes, il est naturel de penser qu'Arjuna était arrivé, par son inébranlable confiance et sa dévotion constante, à un stade de développement où cette aide était méritée.

Les étudiants théosophes feraient bien de réfléchir si eux-mêmes n'auraient pas commis semblable erreur à l'égard de Ceux qui ont apporté le message de la Théosophie au monde occidental (7), en fermant ainsi la seule porte par laquelle une aide directe pouvait leur parvenir.

Dans la partie qui clôt le chapitre, Krishna déclare : " Ni par l'étude des Veda (Écritures), ni par la charité, ni par les rites sacrificiels, ni par les mortifications (...) je ne puis être vu sous cette forme (...) " [v. 49]. " On ne peut m'approcher, me voir et me connaître en vérité qu'au moyen de cette dévotion (8) qui n'a que moi pour objet "» [v. 54].

Les paroles suivantes, écrites par l'un des Instructeurs, pourraient servir à faire comprendre le paragraphe ci-dessus : " Îshvara, l'esprit dans l'homme, n'est pas touché par les soucis, les œuvres, les fruits des œuvres, ou les désirs (9), et dès que l'on adopte une position ferme dans le but d'atteindre l'union avec l'esprit suprême par la concentration, II (cet esprit) vient à l'aide du soi inférieur et l'élève graduellement à des plans supérieurs " . " Position ferme " et concentration représentent une seule et même chose : la consécration d'une vie entière, l'action faite pour le Soi et comme le Soi en toutes choses.

" Celui qui consacre toutes ses actions à moi seul, qui me considère comme le but suprême, qui est uniquement mon serviteur, détaché du fruit de l'action et sans inimitié envers quelque créature que ce soit, celui-là vient à moi, ô fils de Pandu " [v. 55].

NOTES

  • (1). [En sanskrit : vishvarûpa, la forme cosmique, universelle.]
  • (2). [Voir à ce sujet l'article de T. Subba Row " Les douze signes du zodiaque " (daté du 14 sept. 1881) publié à l'origine dans la revue The Theosophist. On y lit, par exemple : " ... très souvent les mots sanskrits sont amenés à porter un sens caché défini au moyen d'un ensemble préétabli de certaines méthodes (utilisées par convention tacite), alors que la signification littérale est toute différente de ce que doit impliquer le mot " . Une connaissance de la valeur numérique des lettres intervient dans l'une de ces méthodes.]
  • (3). [Le passage qui suit s'inspire de l'ouvrage de Mme Blavatsky, The Secret Doctrine, notamment des toutes premières pages (pp. 1-5).]
  • (4). [Ou, dans l'espace, un plan équatorial.]
  • (5). [C'est-à-dire l'image du svastika, l'un des symboles les plus répandus et les plus anciens qui soient.]
  • (6). [Traité 2, p. 48.)
  • (7). [Allusion aux Maîtres de Mme Blavatsky qui avaient inspiré et soutenu le Mouvement théosophique créé en 1875.]
  • (8). [Le mot sanskrit est ici bhakti (ananya), la dévotion (exclusive) au maître spirituel.]
  • (9). [Formule (paraphrasée) empruntée aux Aphorismes du Yoga de Patañjali, dans la traduction de Judge (1, 24).]

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