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"Notes sur la Bhagavad-Gita", Chapitre 10, Perfections divines universelles

Le titre de ce chapitre est " La consécration au moyen des Perfections Divines Universelles " . Les mots " Perfections Divines Universelles " ont un sens dont on ne se rend pas compte d'habitude. Les hommes parlent de la perfection du point de vue de l'imperfection et toujours relativement aux formes, conditions et apparences qui sont sans cesse changeantes ; aussi, pour l'humanité en général, la conception courante de la perfection est une idée toujours fuyante et insaisissable, aussi bien que trompeuse. Ici encore, comme le fait notre science moderne, nous raisonnons du particulier à l'universel, au lieu d'aller de l'universel au particulier, sans jamais réaliser le fait que rien de moins que la cause elle-même ne pourrait jamais se connaître elle-même.

Les discours de Krishna ne font que répéter ce que les hommes parfaits ont connu de tout temps et qui, depuis, a été proclamé par toutes les incarnations divines : l'identité de l'homme avec l'Absolu non manifesté, aussi bien qu'avec la Déité telle que nous la voyons manifestée dans la Nature. Nos doctrines et notre éducation nous induisent à penser que l'imperfection nous est inhérente ; s'il en est ainsi, il nous est impossible, par aucun moyen, de devenir un jour parfaits ; alors que, si la perfection nous est inhérente, il est à notre portée de voir, comprendre et corriger le caractère imparfait d'une connaissance et d'une utilisation de toutes les forces, car c'est à des forces et non à des formes que nous avons affaire ; à des idées et non à des personnes. Nous commencerons alors à comprendre qu'il n'existe qu'une force, ou un seul pouvoir — le pouvoir spirituel — et que tous les effets variés de ce pouvoir (ou de cette force) unique, que nous voyons et expérimentons, sont dus au sens que leur impriment des entités conscientes, d'espèces multiples dans leurs différents degrés. Pour comprendre les " Perfections Divines " , il faut les appliquer universellement du point de vue du Soi Unique : le Soi de chacun, le Soi de tout.

Bien que la Gîtâ soit écrite sous forme d'un dialogue entre Krishna et Arjuna — entre instructeur divin et disciple — et bien qu'on puisse la comprendre ainsi, on peut l'appliquer dans un sens différent. Krishna est le Soi Supérieur dans chaque être et Arjuna, le mental, le miroir des impressions extérieures. Cela permet d'envisager avec profit ce dialogue comme un moyen pour réaliser le Soi, comprendre comment Il s'adapte aux éléments et aux forces de nature inférieure et comment Il les contrôle. La note dominante de tous les enseignements anciens est que le pouvoir créateur, qui soutient aussi toute chose et tout être, ne doit pas être recherché à l'extérieur : il ne peut être trouvé qu'à la racine même de la nature de chacun et de tous. Comme il est dit dans les Upanishad : " Le Soi-Être perça les ouvertures vers l'extérieur, c'est pourquoi l'homme regarde au dehors et non pas en dedans de lui-même " . Le sage qui cherche l'Éternel regarde en dedans, car " ce qui vit et pense dans l'homme est l'Éternel Pèlerin " (1). II est donc nécessaire que l'étudiant s'attache fortement à la pensée qu'il agit pour le Soi et comme le Soi de tout, que la faculté de tout voir et de tout comprendre existe potentiellement en lui, qu'elle est en fait son vrai Soi. Dans ces paroles de la GÎtâ : " Ni l'assemblée des Dieux, ni les Rois-Adeptes ne connaissent mon origine, car je suis l'origine de tous les Dieux et des Adeptes " [v. 2], comme dans celles-ci : " Je suis l'origine de tout ; toute chose procède de moi " [v. 8], l'étudiant comprendra au moins alors que Krishna parle du Soi de tout et de chacun, et que l'origine de ce qui est Éternel et immuable ne peut être découverte, car elle est à la fois Être et Non-Être. Comme le déclare Patañjali (2) : « L'Âme est le Témoin ; elle est assurément vision elle-même, pure et simple, et elle perçoit directement les idées " . Cela signifie que tout être humain possède le pouvoir de voir et de connaître toute chose, si restreint que soit parfois ce pouvoir : la restriction n'est due qu'à la limitation plus ou moins grande des idées auxquelles il adhère et qui constituent la base de ses actions. Ce champ de perception limité, par l'homme lui-même, empêche non seulement l'exercice complet de ses pouvoirs en tant que Soi, mais agit comme un obstacle à la juste compréhension de ses observations et de ses expériences. Ainsi, même l'homme d'aujourd'hui pourrait dire : " Je suis l'origine de tout ; toute chose procède de moi " , car en ce qui le concerne, ses idées adoptées et sa nature acquise forment la base de toutes les causes qu'il met en branle et qui constituent aussi le champ où il observe et éprouve les effets de ces causes. Par le pouvoir même qui réside dans le Soi, l'Homme crée le bien et le mal, l'illusion de la séparativité et toutes les imperfections. Les perfections divines sont universelles ; on ne peut les atteindre qu'en agissant pour le Soi et comme le Soi en toute chose. Cet état peut être obtenu par une élimination graduelle de toutes les bases d'action qui contribuent à créer la séparativité.

Arjuna commence par définir à lui-même (c'est-à-dire Krishna) les caractéristiques qui, à ses yeux, indiquent l'état et la puissance suprêmes. " Tu es Parabrahm (3) (...) tu es la Présence Éternelle, l'Être Divin, (...) omniprésent, sans commencement " [v. 12]. " Toi seul te connais par ton Soi (...). Toi seul peux énoncer intégralement les pouvoirs divins (...). La pensée concentrée sur toi, comment pourrai-je te connaître ? (...) Sous quelles formes particulières méditerai-je sur toi ? " [v. 15-7].

La réponse débute par ces mots : " Je vais te révéler les principales d'entre mes manifestations divines, car l'étendue de ma nature est infinie. Je suis l'Ego qui réside dans le cœur de tous les êtres ; je suis le commencement, le milieu et la fin de toutes les choses existantes " [v. 19-20]. Il poursuit en expliquant que parmi les dieux, le Soi est le plus élevé ; parmi les corps planétaires, le Soleil est Son expression ; parmi les esprits de l'air, leur chef est également Son expression ; parmi les Écritures sacrées, le Soi est leur essence — le chant ou le son tout-puissant — et il poursuit ainsi avec une longue énumération des formes, pouvoirs et qualités multiples accessibles à l'intelligence d'Arjuna. Il conclut en déclarant : " Je suis, ô Arjuna, la semence de toutes les choses existantes, et il n'y a rien, tant animé qu'inanimé, qui soit exempt de moi. Mes manifestations divines sont infinies ; toutes celles que je viens de mentionner n'en sont que des exemples. Sache que toute créature permanente, favorisée du sort ou puissante, est issue également d'une fraction de mon énergie. Mais qu'as-tu à faire, ô Arjuna, de tant de connaissance ? J'ai établi cet univers entier avec une seule partie de moi-même et je reste inchangé " [v. 39-42].

Arjuna avait demandé à Krishna sous quelle forme particulière le Soi devait être adoré. La réponse de Krishna fut : " sous toutes les formes " , car, dans l'univers, rien d'animé ou d'inanimé n'est privé du Soi. Celui qui cherche la Vérité et la connaissance doit voir le Soi Unique en toute chose et toutes choses dans le Soi et, en conséquence, agir pour le Soi et comme le Soi de tout. Toutes les Écritures sacrées s'adressent à l'individu, car c'est de l'intérieur de l'individu — et de lui seulement — que peut venir la réforme, et c'est en lui qu'elle doit se parfaire. L'étude de la Gîtâ et son application tendent à démolir toute idée basée sur la séparativité et à convaincre l'étudiant que la voie de la vraie connaissance des divines perfections se trouve dans le service universel, sans distinction de caste, de croyance, de sexe, de couleur ou de race (4). " La Soi-Connaissance est l'enfant d'actions aimantes " (5).

NOTES

  • (1). [Cf. La Doctrine Secrète.]
  • (2). [Cf. Aphorismes du Yoga, II, 20. Le mot sanskrit pour " témoin est drashtâ : ' celui qui voit ', ' qui regarde ' ".]
  • (3). Au delà de Brahmâ.
  • (4). [Cette formule rappelle évidemment l'énoncé du premier But de la Société Théosophique, visant à " former le noyau d'une fraternité universelle de l'humanité " , sans aucune des distinctions notées ici. On en trouve aussi un écho dans la Déclaration de la Loge Unie des Théosophes, à propos du véritable service de l'Humanité auquel se consacre le vrai théosophe.]
  • (5). [Cf. La Voix du Silence, Traité 2, p.48.]

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