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"Notes sur la Bhagavad-Gita", Chapitre 8, Esprit omniprésent

La Bhagavad-Gîtâ a un sous-titre : " Le livre de la consécration " (2). Dans tous ses chapitres — à l'exception du premier (3) — il est question de la consécration à l'aide d'un moyen particulier ; aussi les chapitres précédents peuvent-ils être considérés comme conduisant au degré le plus haut de consécration à travers les formes variées adoptées par l'humanité.

Le huitième chapitre a pour titre " La consécration à l'Esprit Omniprésent appelé OM " . Ce titre est en lui-même une clé pour la suite du chapitre aussi bien qu'un résumé de ce qu'il contient.

La pensée occidentale pourrait éprouver une difficulté à comprendre que l'on puisse se consacrer à ce qui est partout, car l'acception courante du terme implique un objet auquel on peut se consacrer ; cependant, il apparaît ici que la consécration est une disposition inhérente à l'être qui perçoit et non pas à l'objet perçu, elle peut donc être appliquée universellement aussi bien que particulièrement.

Les penseurs les plus profonds, anciens et modernes, ont maintenu que Ce qui raisonne est supérieur à la raison, et que, de même, Ce qui perçoit les formes et acquiert la connaissance est au delà de toute forme et n'est limité ni à un degré de connaissance ni par un degré de connaissance. Ces sages déclarent et démontrent que toutes les limitations sont auto-imposées et impermanentes. C'est pourquoi ils parlent de l'univers manifesté comme de la " Grande Illusion " produite par un sens général et temporaire de séparativité de la part des êtres qui y sont impliqués. Aussi, à toutes les époques, portèrent-ils toujours leurs efforts à aider l'intelligence humaine en progrès vers une réalisation plus vraie de la nature essentielle de tous les êtres, réalisation qui seule peut conduire à une perfection dans la connaissance, et donc au bonheur parfait.

L'expression " l'Esprit Omniprésent appelé 0m " se rapporte à l'Esprit Un qui anime tous les mondes et tous les êtres. Une autre expression rendant la même idée est " le Soi de toutes les créatures " et, dans le présent chapitre, Krishna débute sa réponse à Arjuna par ces mots [v. 3] : " Brahman le Suprême est l'inépuisable " . Ces termes, comme bien d'autres, ne sont que des manières différentes pour exprimer la même idée. La compréhension en sera plus aisée si on réalise que " la faculté ou la capacité de percevoir est commune à toutes les créatures " et qu'elle recouvre tout ce qu'impliquent les termes abstraits d'Esprit, Vie, Conscience. En fait, la Bhagavad-Gîtâ ne peut être comprise à moins de l'étudier en se fondant sur les idées que " ce qui vit et pense dans l'homme est l'Éternel Pèlerin " et que " celui qui voit et sait que tous les êtres spirituels sont les mêmes en espèce et ne diffèrent qu'en degré, est sage en vérité " (4)

Comme il a été déjà expliqué, Krishna représente le Soi Supérieur de tous les êtres, aussi doit-on considérer tous les discours qui lui sont attribués comme s'adressant aux hommes en général et non simplement comme s'il s'agissait d'un dialogue tenu avec un tiers. On comprendra alors que dans les expressions : " mon être se manifestant comme le Soi individuel " , " Purusha, la Personne Spirituelle " , ou " moi incarné dans ce corps " , il fait allusion aux constituants de chaque être humain.

" karma est l'émanation qui est la cause de l'existence et de la reproduction des créatures " [v. 3]. Cette phrase s'éclaircirait peut-être, si l'étudiant prenait en considération l'ancien aphorisme affirmant : " il n'y a pas de karma sans un être pour le créer, ou en ressentir les effets " (5) ; karma signifie action, et comme chaque être ou créature agit selon son propre degré de perception et en ressent la réaction ou l'effet dans le même rapport, il s'ensuit que karma, dans sa totalité, est, pour ce qui concerne un monde ou un système de mondes, l'interaction de tous les êtres de tout grade qui les constituent ou qui sont en relation avec eux. C'est pourquoi karma est inhérent à tous les êtres, il n'est pas auto-existant en tant que tel, ni imposé par quelque créateur imaginaire des mondes.

Krishna montre que, si l'on veut atteindre l'état le plus haut, la réalisation de l'immortalité doit être acquise durant la vie dans le corps. Cet état une fois atteint, la nécessité de la réincarnation cesse. Toutefois ceux dont la foi est fermement fixée sur telle forme particulière d'existence posthume réalisent ce à quoi ils ont aspiré et ensuite, dans l'accomplissement des temps, ils renaissent sur terre.

La méditation qui a été décrite comme nécessaire à la réalisation la plus haute, est parfois appelée " la méditation d'une vie " ; cela signifie qu'il faut d'abord admettre en postulat l'immortalité de l'homme puis se tenir strictement à cette idée et en faire la base de chaque pensée et de chaque action, car ce n'est qu'ainsi que les êtres incorporés peuvent réaliser l'immortalité. Étant donné que toute loi et tout pouvoir procèdent de l'Esprit qui réside dans l'homme, chaque être humain crée ses propres limitations sur chaque plan de l'être ; il ne peut dépasser ces limitations qu'en se référant à son immortalité essentielle et en l'affirmant comme le témoin qui observe et expérimente tous les changements passagers, en demeurant lui-même inchangé et inchangeable.

Tout au long du dialogue, Krishna parle des multiples sentiers de consécration suivis par les hommes. La plupart d'entre eux sont choisis en vue d'obtenir quelque récompense convoitée, telle la libération des renaissances, la jouissance de ce que l'individu considérait comme l'idéal du bonheur une fois libéré du corps, le salut individuel. Il montre que toutes ces récompenses peuvent s'obtenir par un effort constant, mais que toutes sont d'une durée temporaire et comportent nécessairement, à une époque ultérieure, aussi éloignée soit-elle, un retour à l'existence terrestre. Celui qui mène " la vie de brahmâcharya, en œuvrant pour le salut " [v. 11] ne travaille que pour lui ; il va " au but suprême " [v. 13] mais cet état une fois atteint, il se trouve au delà de toute possibilité d'aider ses semblables. Bien qu'il puisse rester dans cet état de béatitude pendant une période immense, les devoirs envers ses frères humains, qu'il avait négligés afin d'obtenir le salut pour lui-même, le placeront inévitablement là où ces devoirs devront être affrontés et remplis. Le cas d'un tel homme est très différent de celui des " êtres à l'âme grande qui ont atteint la perfection suprême " [v. 15] dans la connaissance et le devoir universel.

" Tous les mondes, jusqu'à celui de Brahmâ, sont soumis à des renaissances répétées " [v. 16]. Dans le passage qui débute par ces paroles, Krishna met en relief la loi de périodicité qui prévaut dans chaque département de la Nature. Une explication plus complète se trouve dans l'ouvrage de H.P. Blavatsky, la Doctrine Secrète (cf. les Trois Propositions Fondamentales énoncées dans le vol. l). Les voici brièvement exposées : notre existence terrestre présente est le résultat de vies précédentes, la terre actuelle est le résultat de terres précédentes, le système solaire actuel est le résultat de systèmes précédents et, dans tous les cas, il y a un certain progrès, vu que l'essence du progrès est le changement. Tous les êtres sont arrivés à leur condition actuelle — qu'elle soit supérieure ou inférieure — par l'évolution, et tous continuent à évoluer ; un univers infini offre des possibilités infinies. " II existe cependant " , dit Krishna, " ce qui n'est jamais détruit lors de la dissolution de toutes choses ; cela est indivisible, indestructible et d'une nature différente du visible " [v. 20]. C'est l'Étincelle Divine d'Esprit, de Vie, et de Conscience dans chaque forme et dans chaque être. Chez l'homme on l'appelle le " Témoin intérieur " , qui voit, apprend et sait, indépendamment de tout objet, de toute circonstance ou condition à travers lesquels il passe. " Ce suprême ô fils de Prithâ, qui englobe toutes les créatures et par qui tout est pénétré, peut être atteint par une dévotion (6) qui lui est exclusivement dédiée " [v. 22]. " Agir pour le Soi et comme le Soi " dans tout état, toute condition et toute circonstance, voilà le sentier le plus haut qui mène au but suprême : c'est le sentier du devoir dans son aspect le plus sublime.

" Je vais maintenant te déclarer, ô le meilleur des Bhârata, quel est le moment où le yogi mourant obtient la libération ou l'assujettissement à la renaissance " [v. 23]. Les yogis sont ceux qui s'efforcent vers l'union avec le Soi Supérieur. Tous ne réussissent pas en une seule vie, aussi certains sont-ils sujets à la renaissance. Krishna indique les conditions des planètes et des saisons dans les divers cas de décès (7). II semblerait, d'après ce qui a été dit dans le passage cité, que ces indications ne concernent pas les gens dont les pensées sont centrées sur l'existence matérielle ; d'autres conditions s'appliqueraient à leur cas. Il peut être intéressant de considérer sous ce rapport l'enseignement des anciens sages professant que toutes les âmes ne quittent pas le corps de la même manière (8). Selon eux il existe sept grands plexus qui en gouvernent d'autres moins importants ; ceux-ci représentent des canaux par lesquels des influences sont reçues ou données. Chacun de ces canaux a sa propre relation directe avec l'une des sept divisions du système, ce qui prouve que l'Homme peut avoir un rapport conscient avec toutes les divisions. Il s'ensuivrait que l'idée prédominante d'une vie quelconque demanderait que le départ s'effectuât par un canal particulier qui conduirait à son domaine approprié de liberté ou d'esclavage. Ainsi, l'Homme s'enchaîne ou se libère en raison de son pouvoir spirituel et de sa connexion avec chaque département et chaque division de la grande Nature. Krishna termine le chapitre en disant : " L'homme de méditation qui possède toute cette connaissance atteint au delà des récompenses promises dans les Veda, ou de celles qui résultent des sacrifices, des austérités, ou des aumônes, et va au lieu suprême, le lieu le plus haut " [v. 28]. Ce lieu suprême est parfois appelé l' " Omniscience " , la perfection de la connaissance, dont la possession confère le pouvoir d'agir sur n'importe lequel des départements de la Nature manifestée, ou sur tous. Pour atteindre ce " lieu le plus haut " , le motif le plus élevé doit prévaloir dans chaque pensée et dans chaque action et cela peut-être durant de nombreuses vies. Ce que peut être ce motif sublime peut être appréhendé au mieux en réfléchissant au serment très ancien qui se traduit par ces mots (9) :

JAMAIS JE NE CHERCHERAI NI NE RECEVRAI LE SALUT PRIVÉ INDIVIDUEL. JAMAIS JE N'ENTRERAI SEUL DANS LA PAIX FINALE. MAIS TOUJOURS ET PARTOUT JE VIVRAI ET LUTTERAI POUR LA RÉDEMPTION DE CHAQUE CRÉATURE À TRAVERS LE MONDE.

NOTES

  • (1). [Rappelons que ce chapitre et tous les suivants sont de la plume de Robert Crosbie. Voir : note générale 8-1.]
  • (2). [Voir : note générale 8-2]
  • (3). [Voir : note générale 2-4, à propos des titres de chapitres.]
  • (4). [Rappel de l'lsha Upanishad citée plus haut par Judge (voir note 14, chap. 4).]
  • (5). [Voir " Les aphorismes sur karma ", Cahier Théosophique, n° 157.]
  • (6). [Ici le mot anglais " dévotion " qui répond au sanskrit bhakti doit être traduit en français par dévotion, et non par consécration, qui rendait précédemment le terme très général de yoga.]
  • (7). [Voir les remarques de Judge à ce sujet, dans le 2ème article du chap. l (passage associé à la note 14).]
  • (8). [Voir — note générale 8-3]
  • (9). [Ce serment est attribué à Kuan Yin, vénérée en Chine bouddhiste comme la déesse de la Compassion. Cf. glossaire de la Voix du Silence, p. 137 (article Kuan-Sbih-Yin).]

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