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  • W.Q. Judge - Bhagavad-Gîta
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"La Bhagavad-Gita", La consécration par la maîtrise de soi

Chapitre 6

 

KRISHNA :

[1] « Celui qui accomplit les actions nécessaires sans s'attacher à leurs fruits pratique à la fois le renoncement à l'action (1) et la consécration par le juste accomplissement de l'action (2) ; mais celui qui vit sans allumer le feu du sacrifice et sans accomplir les cérémonies (3) ne peut être considéré comme tel. [2] Sache, ô Fils de Pându, que ce qu'on appelle Samnyâsa, ou renoncement à l'action, est pareil au Yoga, ou pratique de la consécration. Nul ne peut être consacré s'il n'a renoncé d'abord à toute intention (4). [3] Il est dit que l'action est la voie permettant au sage désireux d'accéder à la méditation d'y parvenir. Il est dit également que la cessation de l'action est la voie pour celui qui est arrivé à la méditation. [4] Lorsque l'homme a renoncé à toute intention, lorsqu'il est exempt de tout attachement à l'action en rapport avec les objets des sens, il est considéré comme ayant atteint à la méditation. [5] Il doit élever le soi par le Soi, sans jamais souffrir l'avilissement du Soi ; car le Soi est l'ami du soi, et également le soi est son propre ennemi (5). [6] Le Soi est l'ami de l'homme qui s'est maîtrisé; de même, le soi est hostile comme un ennemi à celui qui ne s'est pas dominé.[7] Le Soi de l'homme qui s'est dominé, qui est libéré du désir et de la colère, est attaché au Soi Suprême dans la chaleur et le froid, la souffrance et le plaisir, l'honneur et l'ignominie. [8] L'homme qui possède la connaissance spirituelle et le discernement, qui se tient imperturbable sur la hauteur et a vaincu les sens, pour qui la pierre et l'or sont d'égale valeur, cet homme est considéré comme consacré. [9] Est estimé entre tous celui qui garde une âme égale, parmi ses amis et compagnons ou au milieu d'ennemis, d'êtres hautains et indifférents, au milieu de ceux qui aiment ou qui haïssent ou dans ses relations avec des pécheurs ou des justes.

[10] « Celui qui a atteint à la méditation devrait s'efforcer constamment de se reposer dans le Suprême en restant dans la solitude et la retraite, en maîtrisant son corps et ses pensées, en ne possédant rien et en étant libéré de l'espérance. [11] Il devrait dresser son siège dans un lieu pur ; que ce siège soit solide, ni trop haut, ni trop bas et construit d'herbe kusha recouverte de peau et de toile (6). Là, pour la purification du soi, il devrait se livrer à la méditation, le mental concentré sur un point, en contrôlant les modifications du principe pensant et en restreignant l'activité de ses sens et de ses organes. [13] Le corps, la tête et le cou fermes et droits, l'esprit résolu , le regard fixé sur la pointe du nez, sans regarder dans aucune direction, [14] le cœur en paix et sans peur, ainsi le yogi devrait rester établi dans un vœu de brahmacharya, contrôlant ses pensées et le cœur fixé en moi. [15] Le fidèle au mental maîtrisé qui ainsi ramène constamment son cœur en repos dans le Suprême atteint cette sérénité : l'assimilation suprême en moi.

[16] « Cette discipline divine, ô Arjuna, ne peut être atteinte par l'homme qui mange plus qu'il n'est nécessaire, ou insuffisamment, ni par celui qui se livre trop au sommeil ou à des veilles prolongées. [17] La méditation qui abolit la souffrance est propre à l'homme modéré dans la nourriture et la récréation, dont les actions sont mesurées et dont le sommeil et la veille sont réglés. [18] Lorsque l'homme vivant ainsi fixe son cœur dans le Soi véritable et est exempt d'attachement à tout désir, il est considéré comme ayant atteint au Yoga. [20] On dit que le sage au cœur concentré, en repos et libre d'attachement aux désirs est " semblable à la lampe qui, abritée du vent, ne vacille pas " . Lorsque, discipliné par la pratique du Yoga, en repos et percevant le Soi par le soi, il est satisfait ; [21] lorsque, connaissant la béatitude illimitée qui est indépendante des objets des sens, il atteint l'état d'où rien ne peut le détacher de la réalité (7) ; [22] lorsqu'il a acquis ce qu'il considère comme supérieur à tout, et que, s'y trouvant établi, il ne peut en être délogé même par la plus grande souffrance, [23] sache que cette interruption du lien qui l'unit à la douleur est considérée comme Yoga, l'union spirituelle, ou consécration, pour laquelle l'homme doit lutter avec foi et constance.

[24] « L'homme atteint graduellement au repos lorsque, possédant la patience, il a abandonné tous les désirs qui surgissent de l'imagination et dominé par le mental les sens et les organes qui poussent à l'action dans toutes les directions. [25] Ayant fixé son mental en repos sur le vrai Soi, il ne devrait penser à rien d'autre. [26] Quel que soit l'objet vers lequel se dirige son mental inconstant, il devrait le subjuguer, le ramener et le placer sur l'Esprit. [27] Une béatitude suprême sera certainement la récompense du sage dont le mental est ainsi en paix, dont les passions et les désirs sont ainsi maîtrisés, qui est ainsi dans le Soi véritable et qui est libre de péché. [28] Celui qui est ainsi consacré et sans péché obtient sans difficulté la félicité la plus haute : l'union avec l'Esprit Suprême. [29]   L'homme qui est pénétré de cette consécration et qui voit l'unité de toutes les choses perçoit l'Âme Suprême dans tout et tout dans l'Âme Suprême. [30] Celui qui me voit en toutes choses et voit toutes choses en moi ne se détache pas de moi et je ne l'abandonne point. [31] Et quiconque, croyant à l'unité spirituelle, m'honore, moi qui suis en toutes choses, demeure avec moi quelle que soit la condition dans laquelle il se trouve. [32] Celui, ô Arjuna, qui en raison de la similitude trouvée en lui-même ne voit qu'une seule essence en toutes choses, bonnes ou mauvaises, celui-là est considéré comme le fidèle consacré par excellence. »

ARJUNA :

[33] « Ô tueur de Madhu (8) à cause de l'inconstance du mental, je ne puis voir aucune possibilité de persister fermement dans ce Yoga d'égalité d'âme que tu viens de décrire. [34] Car, en vérité, ô Krishna, le mental est turbulent, fort, obstiné et plein d'agitation. Je crois qu'il est aussi difficile à maîtriser que le vent. »

KRISHNA :

[35] « Sans aucun doute, ô toi aux bras puissants, le mental est agité et difficile à maîtriser ; mais il peut être maîtrisé, ô fils de Kuntî, par l'exercice et par le non-attachement au désir. [36] Cependant, cette discipline divine appelée Yoga est, selon mon opinion, très difficile pour qui n'a pas atteint à la domination de son âme ; mais elle peut être acquise par des moyens appropriés par celui qui s'y adonne assidûment et qui contrôle son cœur. »

ARJUNA :

[37] « Quel est le sort, ô Krishna, de celui qui, tout en ayant la foi, n'a pu atteindre la perfection dans la consécration, sa pensée insoumise l'éloignant de la discipline ? [38] Ô toi aux bras puissants, après être tombé des deux (9) et s'être égaré de la voie de l'Esprit Suprême, cet homme est-il soumis à la destruction comme un nuage dispersé privé de support (10) ? [39] Tu devrais, ô Krishna, m'éclairer et dissiper complètement ce doute, car nul autre ne pourrait l'arracher de mon cœur. »

[40] « Un tel homme, ô fils de Prithâ, ne peut périr ni dans ce monde, ni au-delà. Car celui qui fait le bien ne va jamais en un lieu néfaste. [41] L'homme dont la consécration a été interrompue par la mort va vers la région des justes (11), y reste pendant d'innombrables années, et puis renaît sur terre dans une famille pure et fortunée (12), [42] ou même dans une famille d'êtres spirituellement illuminés. Mais cette dernière renaissance terrestre est plus difficile à obtenir. [43] S'étant réincarné, il vient en contact avec la connaissance qui fut sienne dans l'incarnation précédente, et dès lors s'efforce plus assidûment vers la perfection, ô fils de Kuru, [44] car il est guidé, même à son insu, par son ancienne pratique et continue à œuvrer dans cette voie. Même s'il cherche seulement à s'informer, il ira au-delà de la lettre des Veda. [45] Mais le fidèle consacré qui, en luttant de toutes ses forces, obtient la perfection grâce à ses efforts continus au cours de plusieurs naissances parvient au but suprême. [46] L'homme de méditation, comme celui qui vient d'être décrit, est supérieur à l'homme de pénitence, à l'homme de savoir et également à l'homme d'action ; par conséquent, ô Arjuna, prends la résolution de devenir un homme de méditation. [47] Mais entre tous les fidèles consacrés, c'est celui qui m'honore d'un cœur invariablement fixé sur moi et plein de foi que je considère comme ayant atteint à la plus haute consécration. »

Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le quatrième chapitre intitulé :

LA CONSÉCRATION
PAR LA MAÎTRISE DE SOI

Notes du chapitre 6

  • (1) Samnyâsa.
  • (2) Yoga.
  • (3) Les cérémonies prescrites par la loi brâhmanique.
  • (4) [Le mot sanskrit traduit ici par intention est samkalpa. Voir la note chap. IV v. 6. N.d.T.]
  • (5) II s'agit, dans ce jeu de mots sur le « soi » , du Soi Supérieur et du soi inférieur. Le soi inférieur est considéré comme l'ennemi du Soi Supérieur, à cause de la résistance qu'il oppose au véritable développement ; et en même temps, le soi inférieur est l'ennemi de ses propres intérêts véritables par sa tendance vers la nature inférieure.
  • (6) Ces instructions sont pour les ermites retirés du monde. Ce texte a été interprété de façons différentes par de nombreux traducteurs : certains ont cru comprendre que le fidèle « ne possède qu'une peau et une toile pour se couvrir et de l'herbe pour s'y coucher » , d'autres pensent que « ses biens ne consistent qu'en un morceau de toile, une peau de bête, et de l'herbe kusha » . Mais « ceux qui savent » prétendent que c'est la description de la préparation magnétique d'un siège : l'herbe kusha est placée par terre, la peau étendue sur l'herbe et la toile sur la peau. Une discussion philologique n'éclaircira jamais ce point.
  • (7) « Réalité » : nirvâna, et aussi la complète réalisation du Vrai et la perte des illusions concernant les objets et la séparativité.
  • (8) Madhu : Un daitya ou démon tué par Krishna et qui représente la qualité de la passion dans la nature.
  • (9) « Des deux » s'applique ici au bon karma résultant des bonnes actions et à la connaissance spirituelle acquise par le Yoga, autrement dit : le ciel et l'émancipation.
  • (10) « Privé de support » se rapporte au support (ou sanction) promis par la loi brâhmanique à celui qui l'observe ; car celui qui pratique le Yoga ne s'en remet pas aux promesses faites à ceux qui obéissent à cette loi et qui s'abstiennent du Yoga.
  • (11) C'est-à-dire le devachan décrit par la Théosophie.
  • (12) Madhusûdana explique qu'il s'agit ici d'une famille royale ou impériale.

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