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"La Bhagavad-Gita", La consécration par la distinction entre Kshetra et Kshetrajna

Chapitre 13

Krishna :

[1] « Ce corps périssable, ô Fils de Kuntî, est connu sous le nom de Kshetra ; l'âme qui connaît ce corps est appelée Kshetrajña par ceux qui sont familiers avec la nature réelle des choses. [2] Sache aussi que je suis le Connaisseur dans chaque corps mortel, ô fils de Bharata ; la connaissance qui, par l'âme, réalise à la fois le connu et le connaisseur est seule considérée par moi comme sagesse. [3] Apprends de moi, brièvement, ce qu'est Kshetra ou le corps, ce à quoi on peut le comparer, ce qu'il produit et son origine, et, d'autre part, quel est celui qui, l'habitant, le connaît, et quel est son pouvoir. [4] Avec discernement et des arguments subtils, les Rishi l'ont chanté maintes fois dans les différents hymnes védiques en l'honneur de Brahmâ.

[5] « Or, ce corps est composé des grands éléments, Ahamkâra (égotisme), Buddhi (intellect ou jugement), le non-manifesté invisible, les dix centres d'action, le mental et les cinq objets des sens, [6] le désir, l'aversion, le plaisir et la douleur, la persistance de la vie et la fermeté, le pouvoir de cohésion. Je t'ai donc fait connaître ce qu'est Kshetra, ou le corps, avec toutes ses parties constituantes.

[7] « La véritable sagesse d'ordre spirituel est libre de toute estime de soi-même, d'hypocrisie et d'injustice envers les autres ; c'est la patience, la sincérité, le respect des maîtres spirituels, la pureté, la fermeté, la maîtrise de soi, [8] le non-attachement aux objets des sens, l'absence d'orgueil et une méditation sur la naissance, la mort, la déchéance, la maladie et l'erreur ; [9] c'est la délivrance de toute identification personnelle dans l'attachement pour les enfants, l'épouse et le foyer, et une constante et inébranlable fermeté d'âme devant chaque événement, tant favorable que défavorable ; [10] c'est un amour ininterrompu pour moi seul, le soi étant complètement effacé, une adoration dans un endroit solitaire et l'absence de plaisir dans les assemblées des hommes ; [11] c'est la poursuite résolue de l'étude d'Adhyâtma, l'Esprit Supérieur, et une méditation sur l'objet de l'acquisition d'une connaissance de la vérité ; voilà ce que l'on appelle sagesse ou connaissance spirituelle ; son opposé est l'ignorance.

[12] « Je te dirai maintenant l'objet de la sagesse dont la connaissance procure à l'homme l'immortalité ; c'est ce qui est sans commencement, c'est en vérité Brahman le Suprême qui ne peut être qualifié d'Être ou de Non-Être. [13] Il a des mains et des pieds dans toutes les directions ; des yeux, des têtes, des bouches et des oreilles dans chaque direction ; il est immanent dans le monde et possède le vaste tout. [14] Lui-même dépourvu d'organes, il est reflété par tous les sens et toutes les facultés ; non attaché et cependant supportant tout ; sans qualités et cependant le témoin de toutes les qualités. [15] Il est à l'intérieur et à l'extérieur de toutes les créatures animées et inanimées, il est inconcevable à cause de sa subtilité et, quoique proche, toujours lointain. [16] Bien qu'indivisé, il apparaît comme divisé parmi les créatures et, tout en supportant les choses existantes, il doit être aussi connu comme leur destructeur et leur créateur. [17] Lumière de toutes les lumières, il est considéré comme au delà des ténèbres ; et il est la sagesse elle-même, l'objet de la sagesse et ce qui peut être acquis par la sagesse ; il préside éternellement dans tous les cœurs. [18] Voilà brièvement exposés ce que sont le corps périssable, la sagesse elle-même et l'objet de la sagesse ; celui de mes fidèles qui ainsi, en vérité, me conçoit parvient à mon état.

[19] « Sache que prakriti, ou la nature, et purusha, l'esprit, sont sans commencement. Sache que les passions et les trois qualités découlent de la nature. [20] On dit que la nature, ou prakriti, est ce qui opère pour la production de la cause et de l'effet dans les actions (1) ; l'esprit individuel, ou purusha, est, dit-on, la cause de l'expérience du plaisir et de la douleur (2). [21] Car l'esprit revêtu de matière, ou prakriti, éprouve les qualités qui procèdent de prakriti ; ses liaisons avec ces qualités sont la cause de sa renaissance dans des matrices bonnes ou mauvaises (3). [22] L'esprit dans le corps est appelé Maheshvara, le Grand Seigneur, le spectateur, le conseiller, le soutien, le bénéficiaire et aussi Paramâtma, l'âme suprême. [23] Celui qui possède cette connaissance de l'esprit, de la nature et des qualités ne renaîtra plus sur cette terre, quelle que soit sa façon de vivre.

[24] « Certains hommes, par la méditation, perçoivent l'esprit intérieur, en recourant à la contemplation du Soi ; certains l'atteignent par l'étude philosophique et sa réalisation ; [25] d'autres par la religion des œuvres, d'autres encore, n'ayant pu le connaître ainsi mais en ayant entendu parler, s'y attachent et le respectent ; et même ceux-là passeront au delà de l'océan de la mort s'ils sont simplement attentifs à écouter les Écritures et assidus à suivre la tradition (4).

[26] « Apprends, ô chef des Bharata, que c'est à l'union de Kshetra et de Kshetrajña — le corps et l'âme — qu'est due la production de toute chose, animée ou inanimée. [27] Celui qui perçoit l'Être Suprême existant également impérissable en toute chose périssable voit vraiment. [28] Percevant en tous lieux et en toute chose la présence de ce même Seigneur, il ne détruit pas son âme par son soi inférieur, mais va au but suprême. [29] Celui qui voit que toutes ses actions sont accomplies par la nature seule et que le soi intérieur n'est pas l'acteur voit effectivement. [30] Et lorsqu'il réalise parfaitement que toute chose dans la nature est englobée dans I'UN, il atteint à l'Esprit Suprême. [31] Cet Esprit Suprême, ô fils de Kuntî, même dans le corps, n'agit point dans l'action et n'est point influencé par elle parce que, étant sans commencement et dépourvu d'attributs, il est sans changement. [32] Comme l'Akâsha au mouvement universel, grâce à sa subtilité, pénètre partout sans être modifié, ainsi l'Esprit, bien que présent dans tous les corps, n'est pas attaché à l'action et n'en est pas affecté. [33] De même qu'un seul soleil illumine le monde entier, ainsi l'Esprit Unique illumine chaque corps, ô fils de Bharata. [34] Ceux qui, avec l'œil de la sagesse, distinguent ainsi la différence entre le corps et l'Esprit, et voient se détruire l'illusion des objets (5), vont au suprême. »

Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le treizième chapitre intitulé :

LA CONSÉCRATION
PAR LA DISTINCTION
ENTRE KSHETRA ET KSHETRAJÑA

Notes du chapitre 13

  • (l) prakriti, la matière ou nature, est la cause de toute action dans l'univers du fait qu'elle est la base par laquelle l'action peut avoir lieu ; ceci s'applique aux actions des hommes, des dieux, des pouvoirs, etc.
  • (2) purusha est l'aspect de l'esprit individuel dans chaque coeur humain ; la cause de notre expérience de la douleur et du plaisir par la connexion avec la nature qui existe dans notre corps.
  • (3) purusha est ici l'individualité persistante qui, tel un fil relie entre elles toutes les réincarnations, d'où son appellation: « l'âme-fil » .
  • (4) Cette dernière phrase signifie qu'ils préparent ainsi une base qui leur permettra d'atteindre dans leurs vies futures l'immortalité, après avoir passé par les autres états.
  • (5) Ceci se rapporte à ce qui a été dit précédemment sur la grande illusion produite par la nature qui nous fait voir les objets comme étant différents de l'Esprit. Cette thèse est en accord avec Patañjali : il postule que cette illusion est détruite par l'être parfaitement éclairé, mais qu'elle continue à avoir prise sur les ignorants : ceux-ci doivent passer par des renaissances répétées jusqu'à l'heure de leur délivrance.

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