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"Les Aphorismes du Yoga de Patanjali", Livre Ⅳ : La nature essentielle de l'isolement

  1. Les perfections du corps ou les pouvoirs surhumains sont produits par la naissance, les herbes magiques, les incantations * , les pénitences ou la méditation.

    La seule cause des perfections permanentes est la méditation accomplie dans des incarnations antérieures à celle où elles apparaissent, car la perfection par naissance, telle que le pouvoir de voler chez les oiseaux, est impermanente. Il en est de même de celle qui provient des incantations, élixirs. etc. Mais comme la méditation atteint l'être intérieur, elle affecte chaque incarnation. Il doit aussi s'ensuivre que la méditation dans le mal aura pour résultat d'engendrer la perfection dans le mal.

  2. Le changement d'un homme en une autre classe d'être — telle que celle d'un être céleste — s'effectue par la transfusion des natures.

    Ceci fait allusion à la possibilité — admise par les hindous — qu'un être humain se change en l'un des Devas, ou êtres célestes, par la force des pénitences et de la méditation.

  3. Certains mérites, certaines œuvres et certaines pratiques sont appelés « occasionnels » parce qu'ils ne produisent pas de modifications essentielles de la nature ; mais ils ont le pouvoir de supprimer des obstructions sur la voie d'anciens mérites, comme dans le cas du cultivateur qui écarte des obstacles sur le passage d'un courant d'irrigation et lui permet de s'écouler librement.

    Ceci vise à expliquer l'aphorisme 2 en montrant, que, dans une incarnation donnée, certaines pratiques (par exemple, celles exposées précédemment) ont le pouvoir de balayer les obstacles à la manifestation du karma passé d'un homme, déclenchant ainsi cette manifestation, tandis que si ces pratiques ne sont pas poursuivies, le résultat de la méditation passée peut se trouver reporté à une autre vie.

  4. Les entités mentales agissant dans les différents corps que l'ascète prend volontairement, ne sont le produit que de son être égoïque.

  5. Et le mental de l'ascète sert de moteur pour les différentes activités de ces diverses entités mentales.

  6. Parmi les mentaux différemment constitués par l'effet de la naissance, des herbes, des incantations, des pénitences et de la méditation, seul celui qui porte l'empreinte de la méditation est dépourvu de la base des dépôts mentaux provenant des œuvres.

    Cet aphorisme s'applique à toutes les classes d'hommes et non aux corps empruntés par l'ascète : et il faut toujours se rappeler que la doctrine philosophique dit que chaque vie laisse dans l'Ego des dépôts mentaux qui forment la base d'où procéderont des vicissitudes dans d'autres vies.

  7. Les œuvres chez l'ascète ne sont ni pures ni ténébreuses, mais elles lui sont particulières, tandis que celles des autres sont de trois sortes.

    Les trois sortes d'œuvres auxquelles il est fait allusion se distinguent suivant qu'elles sont : l ) pures dans leur exécution et leur motif, 2) ténébreuses, comme celles des êtres infernaux, 3) à la fois pures et ténébreuses, comme chez le commun des mortels. La 4ème sorte est celle de l'ascète.

  8. De ces œuvres résulte dans chaque incarnation une manifestation des seuls dépôts mentaux capables de fructifier dans l'environnement fourni.

  9. Bien que la manifestation des dépôts mentaux puisse être empêchée par des environnements inappropriés, du point de vue classe, lieu et temps, il y a une immédiate relation entre eux, parce que mémoire et train de pensée autoreproductrice sont identiques.

    Ceci vise à écarter un doute causé par l'aphorisme 8, et à montrer que la mémoire n'est pas due à la simple matière cérébrale, mais qu'elle est possédée par l'Ego immortel, qui retient à l'état latent tous les dépôts mentaux dont chacun ne se manifeste que lorsque la constitution corporelle et l'environnement adéquats sont fournis.

  10. Les dépôts mentaux sont éternels à cause de la force du désir qui les a produits.

    L'édition indienne dit que les dépôts subsistent à cause de la « bénédiction ». Mais comme ce mot y est employé dans un sens spécial, nous ne le donnons pas ici. Tous les dépôts mentaux résultent d'un désir de jouissance, qu'il s'agisse d'un désir d'éviter dans la prochaine vie certaines souffrances endurées dans celle-ci, ou du sentiment positif exprimé dans le souhait. « puisse tel ou tel plaisir être toujours mien ». Ceci est appelé une « bénédiction ». Et le mot « éternel » a aussi une signification spéciale. c'est-à-dire seulement celle d'une période comprise dans le « jour de Brahma ». qui dure un millier d'âges.

  11. Du fait qu'ils sont maintenus par la cause, l'effet, le substratum et le support, quand ces derniers sont éliminés, il en résulte une extinction des dépôts mentaux.

    Cet aphorisme supplée au précédent et tend à montrer que, quoique les dépôts subsistent durant une « éternité » s'ils sont laissés à eux-mêmes — étant toujours grossis par de nouvelles expériences et des désirs semblables — ils peuvent cependant être supprimés en éliminant les causes qui les produisent.

  12. Le passé et l'avenir existent dans leur nature propre, car les relations des propriétés caractéristiques ** diffèrent les unes des autres.

  13. Les objets, manifestés ou subtils, sont constitués par les trois qualités.

    Les « trois qualités » sont Satwa. Raja et Tamo, ou Vérité, Activité et Obscurité. La Vérité correspond à la lumière et à la joie ; l'Activité à la passion ; et l'Obscurité au mal, à l'inaction, à l'indifférence, à la paresse et à la mort. Tous les objets manifestés sont composés de ces trois qualités.

  14. L'unité des choses résulte de l'unité de modification.

  15. La perception est distincte de l'objet, car il y a diversité des pensées parmi les observateurs d'un seul objet. ***

  16. Un objet est perçu ou non par le mental, selon que ce mental est teinté et affecté, ou non, par cet objet.

  17. Les modifications du mental sont toujours connues du Seigneur intérieur, parce qu'il n'est pas sujet à la modification.

    Par conséquent, à travers tous les changements auxquels le mental et l'âme sont soumis, l'âme spirituelle, lshwara, « le témoin et spectateur », reste inchangée.

  18. Le mental n'est pas lumineux par lui-même, parce qu'il est un instrument de l'âme qui se colore et se modifie par les expériences et les objets, et parce qu'il est connu de l'âme.

  19. L'attention concentrée sur deux objets ne peut se faire simultanément.

  20. Si une perception pouvait être connue par une autre, il y aurait alors une nouvelle nécessité de connaître le connu, et il s'ensuivrait une confusion de mémoire.

  21. Lorsque le mental et l'âme sont unis. il en résulte la soi-connaissance.

    La soi-connaissance dont on parle ici est l'illumination intérieure désirée par tous les mystiques, et n'est pas purement une connaissance de soi dans le sens ordinaire.

  22. Quand le mental est uni à l'âme et qu'il est pleinement versé dans la connaissance, il embrasse alors universellement tous les objets.

  23. Quoique le mental assume des formes variées en raison d'innombrables dépôts mentaux, il existe dans le but de l'émancipation de l'âme et fonctionne en coopération avec elle.

  24. Pour celui qui connaît la différence entre la nature de l'âme et celle du mental, la fausse notion concernant l'âme prend fin.

    Le mental est purement un outil, un instrument ou un moyen par lequel l'âme acquiert expériences et connaissance. Dans chaque incarnation le mental est. pour ainsi dire. nouveau. Il est une portion de l'appareil fourni à l'âme, à travers d'innombrables vies. pour obtenir l'expérience et récolter le fruit des œuvres accomplies. La notion que le mental est soit le connaisseur soit l'expérimentateur est fausse, et elle doit être éliminée avant que l'émancipation puisse être atteinte par l'âme. Il a été dit par conséquent que le mental opère, ou existe, pour réaliser le salut de l'âme et non que l'âme existe pour servir le mental. Quand ceci est pleinement compris, la permanence de l'âme apparaît clairement et tous les maux provenant des fausses idées commencent à disparaître.

  25. Alors le mental se tourne vers la discrimination et se soumet progressivement à l'Isolement.

  26. Mais dans les intervalles entre les méditations, d'autres pensées s'élèvent, en conséquence de la continuité des anciennes impressions non encore effacées.

  27. Les moyens à adopter pour les éviter et les éliminer sont les mêmes que ceux indiqués précédemment pour obvier aux afflictions.

  28. Si l'ascète ne recherche pas les fruits, même une fois atteinte la connaissance parfaite, et qu'il n'est pas inactif, la méditation techniquement appelée Dharma Megha — nuage de vertu — est atteinte, grâce à sa connaissance discriminative absolument parfaite.

    Le commentateur explique que lorsque l'ascète a atteint le point décrit dans l'aphorisme 25, s'il s'oblige, dans la concentration, à empêcher toutes autres pensées et se refuse à désirer des pouvoirs qui sont à sa portée par un simple voeu, un état de méditation plus avancé est atteint, qui est appelé « nuage de vertu », parce qu'il est de nature à fournir, pour ainsi dire, la pluie spirituelle qui permettra de réaliser le but principal de l'âme — l'entière émancipation. Et cet aphorisme souligne le fait qu'avant d'atteindre le but final le désir des fruits est un obstacle.

  29. Il en résulte la suppression de toutes les afflictions et de toutes les œuvres.

  30. Alors, avec l'infinité de la connaissance, absolument libre d'obscuration et d'impureté, ce qui est connaissable apparaît minime et facile à saisir.

    À ce moment, ayant réalisé le but de l'âme — l'expérience et l'émancipation — le jeu alternatif des modifications des qualités arrive à son terme.

  31. Il est alors perçu que les moments et l'ordre suivant lequel ils se précèdent et se succèdent sont les mêmes.

    Ceci est un pas plus loin que dans l'aphorisme 53 du livre 3 où il est exposé que de la discrimination des divisions ultimes du temps résulte une perception des principes très subtils et secrets de l'univers. Ici. ayant atteint l'lsolement. l'ascète voit au-delà même de ces divisions ultimes, et. quoiqu'elles puissent affecter l'homme qui n'a pas atteint ce stade, elles sont identiques pour l'ascète parce qu'il s'en est rendu maître. Il est extrêmement difficile d'interpréter cet aphorisme : et dans l'original il est dit que l'ordre est la contrepartie du moment. Pour exprimer cela d'une autre manière, on peut dire que dans l'espèce de méditation mentionnée dans l'aphorisme 53, livre 3, une perception calculatrice se développe dans l'esprit, et pendant cette méditation le contemplateur, qui n'est pas encore complètement maître des divisions du temps, est forcé de les observer, alors qu'elles passent devant lui.

  32. La réabsorption des qualités qui ont consommé le but de l'âme, ou encore l'état de l'âme qui demeure unie avec le mental dans sa propre nature, c'est l'Isolement.

    Ceci est une définition générale de la nature de l'Isolement, parfois appelé Émancipation. Les qualités dont on parle, qui se trouvent dans tous les objets et qui ont jusqu'ici affecté et retardé l'âme, ont cessé d'être prises par elle pour des réalités et la conséquence en est que l'âme demeure dans sa propre nature, non affectée par les grandes divisions des « paires des opposés » — plaisir et peine, bien et mal, froid et chaud, etc.

    Encore ne doit-on pas en déduire que la philosophie aboutit à une négation ou une froideur, comme semblerait l'impliquer notre mot « Isolement ». C'est le contraire. Tant que ce stade n'est pas atteint, l'âme, continuellement affectée et déviée de sa direction par les objets, les sens, la souffrance et le plaisir, est incapable de participer consciemment et universellement à la grande vie de l'univers. Pour cela, elle doit se tenir fermement « dans sa propre nature » : elle peut alors aller plus loin — comme l'admet la philosophie — pour conduire au but toutes les autres âmes qui combattent encore sur la route. Mais ici. manifestement, d'autres aphorismes sur ce sujet seraient aussi déplacés qu'incompréhensibles ; ils ne seraient d'ailleurs d'aucune utilité.

FIN DU LIVRE QUATRIÈME

Puisse lshwara être près de ceux
qui lisent ce livre et les aider.
OM

Notes :

  • *    —  Mantrams (N. d. T.).
  • **   —  Dharma dans le texte. Voir note. livre 3. aphorisme 13 (N. d.T.).
  • ***  — Après ce sutra se place généralement un aphorisme qui n'apparaît pas dans le présent texte et dont la teneur est la suivante :
    « Un objet ne dépend pas d'un seul mental car qu'adviendrait-il de lui dès lors que ce mental cesserait de le percevoir ? » (N.d.T.).

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