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"Les Aphorismes du Yoga de Patanjali", Livre Ⅲ : Méditation

  1. La fixation du mental sur un point, objet ou sujet, est l'Attention. Ceci est appelé Dharana.

  2. La continuation de cette attention est la Contemplation.

    Ceci est appelé Dhyana.

  3. Cette contemplation, quand elle est pratiquée seulement sur un sujet ou un objet des sens de nature matérielle, est la Méditation  * .

    Ceci est appelé Samadhi.

  4. Quand cette fixité de l'attention, de la contemplation et de la méditation est réalisée en rapport avec un seul objet, cette pratique, dans son ensemble, est appelée Sanyama.

    Nous n'avons, pas de mot en Occident correspondant à Sanyama. Les traducteurs ont employé le mot « restriction ». mais il est inadéquat et trompeur, bien que la traduction soit correcte. Quand un hindou dit qu'un ascète pratique la « restriction » sur un objet selon ce système, il entend qu'il s'agit de Sanyama. Tandis qu'en anglais il peut signifier qu'il se prive lui-même de quelque chose ou d'un acte particulier, et ceci n'est pas le sens de Sanyama. Nous avons employé le terme du texte, mais l'idée est peut-être mieux rendue par « concentration parfaite ».

  5. Quand la pratique de Sanyama — ou la fixation de l'attention, de la contemplation et de la méditation — devient naturelle et facile, un pouvoir de discernement exact se développe en conséquence.

    Ce « pouvoir de discernement » est une faculté distincte que seule cette pratique développe, et que ne possèdent pas les personnes ordinaires qui n'ont pas cultivé la concentration.

  6. Sanyama doit être pratiqué en procédant degré par degré, pour surmonter toutes les modifications du mental, depuis les plus apparentes jusqu'aux plus subtiles.

    (Voir note aph. 2, Livre 2.) L'étudiant doit savoir qu'après avoir surmonté les afflictions et les obstructions décrites dans les livres précédents, il existe d'autres modifications de caractère mystérieux éprouvées par le mental, dont on doit se débarrasser par le moyen de Sanyama. Quand il a atteint ce point les difficultés se révèlent à lui d'elles-mêmes.

  7. Les trois pratiques — attention, contemplation et méditation — sont plus efficaces pour atteindre la sorte de méditation dénommée « méditation avec connaissance distincte » que les cinq premiers moyens précédemment décrits, consistant à « ne pas tuer, respecter la vérité, ne pas voler, pratiquer la continence et ne pas convoiter ».

    Voir aphorisme 17, Livre 1.

  8. L'attention, la contemplation et la méditation précèdent sans toutefois produire immédiatement la sorte de méditation dans laquelle la connaissance distincte de l'objet est perdue, et qui est appelée « méditation sans semence ».

  9. Il y a deux espèces de trains de pensée autoreproductrice : la première résulte d'un mental modifié et changé par l'objet ou sujet contemplé ; la seconde apparaît quand le mental sort de cette modification et entre en rapport uniquement avec la vérité elle-même ; au moment où la première est subjuguée et où le mental devient attentif, il est intéressé à la fois par ces deux courants de pensée autoreproductrice, et cet état est techniquement appelé Nirodha.

  10. Dans cet état de méditation appelé Nirodha, le mental a un flux uniforme.

  11. Quand le mental a surmonté et contrôlé pleinement son inclination naturelle à considérer divers objets, et commence à demeurer appliqué sur un seul, on dit que la méditation est atteinte.

  12. Quand le mental, après s'être fixé sur un seul objet de méditation, a cessé d'être intéressé par toute pensée relative à la condition, aux qualités ou aux relations de la chose pensée, mais se trouve absolument rivé à l'objet lui-même, on dit alors qu'il est appliqué à un seul point — état techniquement appelé Ekagrata.

  13. Les trois classes principales de perception se rapportant à la propriété caractéristique, à la marque distinctive ou à l'usage spécifique, et aux changements possibles d'usage ou de relation d'un quelconque objet ou organe du corps contemplé par le mental ont été suffisamment expliqués dans l'exposé qui précède sur la manière dont le mental est modifié.

    Il est très difficile de traduire cet aphorisme. Les trois mots traduits par « propriété caractéristique, marque distinctive ou usage spécifique et changements possibles d'usage » sont Dharma, Lakshana et Avastha qu'on peut illustrer ainsi : Dharma étant, par exemple, l'argile dont une cruche est composée : Lakshana est l'idée d'une cruche ainsi constituée, et Avasiha est la considération que la cruche change à tous moments du fait qu'elle vieillit ou est affectée de quelque autre manière.

  14. Les propriétés d'un objet présenté au mental sont : premièrement, celles qui ont été considérées et rejetées de la vue  deuxièmement, celles qui sont considérées ; et, troisièmement, la propriété qu'on ne peut dénommer parce qu'elle n'est pas spéciale à un objet, mais commune à toute matière.

    La troisième classe dont il est question ci-dessus se réfère à un principe de la philosophie qui veut que tous les objets puissent et doivent finalement « se résoudre dans la nature » ou en une substance basique ; dans ces conditions l'or peut être considéré comme matière pure et simple, ne différant pas de la terre, c'est-à-dire ne pouvant être classifié séparément, en dernière analyse.

  15. Les altérations dans l'ordre des modifications mentales triples décrites ci-dessus indiquent à l'ascète la variété des changements qu'une propriété caractéristique doit subir quand on la contemple.

  16. L'ascète parvient à la connaissance des événements passés et futurs par la pratique de Sanyama sur les modifications mentales triples expliquées ci-dessus.

    Voyez l'aphorisme 4, où Sanyama est expliqué comme l'usage ou l'opération de l'attention, de la contemplation et de la méditation à l'égard d'un seul objet.

  17. Dans le mental de ceux qui n'ont pas atteint la concentration, se confondent son émis, message perçu et connaissance ; cette confusion résulte d'une compréhension non discriminative des trois ; mais quand un ascète les considère séparément, en pratiquant sur eux Sanyama, il atteint le pouvoir de comprendre le sens de tous les sons émis par tout être sensible.

  18. La connaissance d'expériences vécues dans les précédentes incarnations s'éveille dans l'ascète qui maintient devant son mental le cortège des pensées autoreproductrices et se concentre sur elles.

  19. La nature du mental d'une autre personne devient connue de l'ascète quand il concentre son propre mental sur cette personne.

  20. Cependant une telle concentration ne révélera pas à l'ascète la base fondamentale du mental de cette personne, parce qu'il « ne pratique pas Sanyama » avec cet objet en vue.

  21. Par la pratique de la concentration sur les propriétés et la nature essentielle de la forme, spécialement du corps humain,   l'ascète acquiert le pouvoir de produire la disparition de son corps de la vue des autres, parce qu'il parvient ainsi à tenir sous contrôle la perceptibilité des corps par l'œil, et que la propriété de Satwa, qui se manifeste comme luminosité, n'est plus en rapport avec l'organe de vision du spectateur.

    Une autre grande différence entre cette philosophie et la science moderne apparaît ici. Les écoles d'aujourd'hui tiennent pour établi que si un œil sain se trouve dans l'axe des rayons de lumière reflétés par un objet — tel que le corps humain — ce dernier sera vu, aucune action du mental de la personne regardée ne pouvant empêcher les fonctions de la rétine et des nerfs optiques de l'observateur. Mais les anciens hindous ont affirmé que toutes les choses sont vues à cause de la différenciation de Satwa (une des trois grandes qualités composant toutes choses) qui se manifeste comme luminosité, opérant en conjonction avec l'œil, lequel est aussi une manifestation de Satwa. dans un autre aspect. Les deux doivent se trouver en liaison ; si la luminosité est absente ou n'est pas en rapport avec l'œil du spectateur il y a disparition. Et, comme la qualité de luminosité est complètement sous le contrôle de l'ascète, il peut. par le procédé exposé, l'arrêter, et ainsi priver l'œil des autres d'un élément essentiel dans la vision de tout objet.

  22. De la même manière, par l'accomplissement de Sanyama sur un organe particulier des sens — tel que l'ouïe, le toucher, le goût ou l'odorat — l'ascète acquiert le pouvoir de faire cesser les fonctions de n'importe lequel des organes d'une autre personne, ou de lui-même, à volonté.

    L'ancien commentateur diffère des autres sur cet aphorisme, en ce qu'il soutient qu'il fait partie du texte original — tandis que les autres affirment qu'il s'agit d'une interpolation.

  23. L'action est de deux sortes ; la première est avec anticipation des conséquences ; la seconde est sans anticipation des conséquences. Par la pratique de la concentration sur ces sortes d'actions, l'ascète parvient à connaître l'heure de sa mort.

    Le karma résultant des actions de deux sortes dans l'incarnation présente et les incarnations passées produit et affecte nos corps actuels par lesquels nous accomplissons des actions semblables. Par une ferme contemplation de toutes les actions de sa vie actuelle ou de ses vies passées (voir aphorisme 18), l'ascète est capable de connaître absolument toutes les conséquences des actions qu'il a accomplies et, par là même, il a le pouvoir de calculer correctement l'exacte durée de sa vie.

  24. Par la pratique de la concentration sur la bienveillance, la tendresse, le contentement intérieur et le désintéressement, l'ascète est capable d'acquérir à son gré l'amitié de quiconque.

  25. Par la pratique de la concentration sur les pouvoirs des éléments ou du règne animal, l'ascète est capable de les manifester en lui-même.

  26. En concentrant son mental sur des objets subtils, cachés ou distants. dans tous les départements de la nature, l'ascète acquiert la complète connaissance à leur sujet.

  27. En concentrant son mental sur le soleil, l'ascète parvient à connaître ce qui concerne toutes les sphères comprises entre la terre et le soleil.

  28. Par la concentration de son mental sur la lune, l'ascète parvient à la connaissance des étoiles fixes.

  29. Par la concentration de son mental sur l'étoile polaire, l'ascète est capable de connaître la durée assignée à toute étoile ainsi que ses mouvements dans le Brahmanda dont cette terre est une partie.

    « Brahmanda » ici signifie le grand système, appelé par certains « l'univers » dont notre monde fait partie.

  30. Par la concentration de son mental sur le plexus solaire, l'ascète acquiert la connaissance de la structure du corps physique.

  31. Par la concentration de son mental sur le centre nerveux du creux de la gorge, l'ascète est capable de surmonter la faim et la soif.

  32. Par la concentration de son mental sur le centre nerveux situé au-dessous du creux de la gorge, l'ascète est capable d'éviter tout mouvement de son corps sans que ses muscles exercent aucune résistance.

  33. Par la concentration de son mental sur la lumière dans la tête, l'ascète acquiert le pouvoir de voir les êtres divins.

    II y a ici deux notions auxquelles rien ne correspond dans la pensée moderne. La première est l'existence d'une lumière dans la tête ; et l'autre celle d'êtres divins qui peuvent être vus par ceux qui ainsi se concentrent sur la « lumière dans la tête ». II est admis qu'un certain nerf, ou courant psychique, appelé Brahmarandhra nadi, passe à travers le cerveau et sort vers le sommet de la tête. Là, le principe lumineux de la nature est concentré plus que partout ailleurs dans le corps, et il est appelé jyotis — la lumière dans la tête. Et. comme tout résultat est obtenu par la mise en œuvre de moyens appropriés, la vue des êtres divins peut être obtenue par la concentration sur la partie du corps qui est le plus étroitement en rapport avec eux. Ce point (le sommet de la tête) — l'extrémité du Brahmarandhra nadi — est aussi le point où se fait la connexion entre l'homme et les forces solaires.

  34. Après une longue pratique, l'ascète peut négliger les différents moyens aidant à la concentration, précédemment recommandés pour acquérir plus facilement la connaissance, et devient capable d'obtenir toute connaissance simplement en la désirant.

  35. Par la concentration de son mental sur ce qui est appelé Hridaya, l'ascète acquiert la pénétration et la connaissance des conditions mentales, des intentions et des pensées des autres, aussi bien qu'une exacte compréhension des siennes.

    Hridaya est le cœur. Il y a un certain désaccord parmi les mystiques, sur la question de savoir s'il s'agit du cœur musculaire ou de quelque centre nerveux avec lequel le cœur est en rapport, comme dans un cas analogue où l'aphorisme prescrit la concentration sur l'ombilic, alors qu'en fait il s'agit du centre nerveux appelé plexus solaire.

  36. Par la concentration de son mental sur la véritable nature de l'âme — entièrement distincte de toutes expériences, détachée de toutes choses matérielles et dissociée de l'entendement — l'ascète parvient à la connaissance de cette véritable nature.

  37. De l'espèce particulière de concentration décrite ci-dessus, l'ascète obtient et garde en lui constamment la connaissance relative à toutes les choses, qu'elles soient perçues au moyen des organes du corps ou présentées d'autre manière à sa contemplation.

  38. Les pouvoirs décrits précédemment sont sujets à devenir des obstacles sur le chemin de la concentration parfaite, à cause de la possibilité de susciter l'émerveillement et par le plaisir que cet exercice procure. Mais ils ne sont pas des obstacles pour l'ascète qui est parfait dans la pratique prescrite.

    « Pratique prescrite » : voir aphorismes 36-37.

  39. Le soi intérieur de l'ascète peut être transféré dans n'importe quel autre corps et en avoir l'absolu contrôle, parce qu'il a cessé d'être mentalement attaché aux objets des sens et qu'il a acquis la connaissance de la manière et des moyens par lesquels le mental et le corps sont reliés.

    Cette philosophie soutient que le mental n'est pas un produit du cerveau et qu'il entre dans le corps par une certaine voie en se liant avec lui d'une manière particulière. Aussi cet aphorisme déclare-t-il que lorsque l'ascète acquiert la connaissance du processus exact de connexion entre le mental et le corps, il peut relier son mental avec tout autre corps et ainsi transférer son pouvoir d'utiliser les organes de la forme occupée, pour expérimenter les effets des opérations des sens.

  40. Par la concentration de son mental sur l'énergie vitale appelée Udana et par la maîtrise de cette énergie, l'ascète acquiert le pouvoir d'éviter l'immersion dans l'eau et l'enlisement, et de se dégager de toute matière pouvant l'ensevelir.

    Udana est le nom donné à l'un des « airs vitaux ». Ceux-ci constituent en fait certaines fonctions nerveuses pour lesquelles notre physiologie n'a pas de noms et dont chacune remplit son propre office. On peut dire qu'en les connaissant et en sachant les diriger, un homme devient capable de modifier, à volonté, la polarité de son corps physique. Les mêmes remarques s'appliquent aussi à l'aphorisme suivant.

  41. Par la concentration de son mental sur l'énergie vitale appelée Samana, l'ascète acquiert le pouvoir de paraître rayonnant de lumière.

    (Cet effet a été vu par le traducteur **, à plusieurs occasions, quand il était en compagnie d'un yogi qui avait acquis ce pouvoir. L'effet était tel qu'une luminosité semblait se dégager de dessous la peau. — W.Q.J.).

  42. Par la concentration de son mental sur la relation entre l'oreille et Akasha, l'ascète acquiert le pouvoir d'entendre tous les sons, sur terre ou dans l'æther, lointains ou proches.

    Le mot Akasha a été traduit par « æther » et « lumière astrale ». Dans cet aphorisme, il a le sens d'æther. On se rappellera que le son est la propriété distinctive de cet élément.

  43. Par la concentration de son mental sur le corps humain dans ses relations avec l'air et l'espace, l'ascète est capable de changer à volonté la polarité de son corps et acquiert, en conséquence, le pouvoir de le libérer de la sujétion à la loi de gravitation.

  44. Quand l'ascète a complètement maîtrisé toutes les influences que le corps a sur l'homme intérieur, quand il a éliminé tout intérêt à son sujet et qu'il n'en est absolument plus affecté, il en résulte la disparition de tout ce qui obscurcissait l'intellect.

  45. L'ascète acquiert un contrôle complet sur les éléments par la concentration de son mental sur les cinq classes de leurs propriétés dans l'univers manifesté ; premièrement, celles de caractère grossier ou phénoménal ; secondement, celles de la forme ; troisièmement, celles de qualité subtile ; quatrièmement, celles qui sont susceptibles de distinction suivant les trois qualités (lumière, action et inertie) ; cinquièmement, celles qui ont une influence, dans leurs différents degrés, dans la production de fruits par leurs effets sur le mental.

  46. Par l'acquisition de tels pouvoirs sur les éléments, il résulte pour l'ascète différentes perfections, à savoir, le pouvoir de projeter son soi intérieur dans le plus petit atome, d'étendre son soi intérieur à la dimension de la plus grande forme, de rendre son corps matériel léger ou lourd à volonté, de donner une extension infinie à son corps astral ou à ses membres séparément, d'exercer une volonté irrésistible sur le mental des autres, d'obtenir la suprême excellence de son corps matériel et la capacité de préserver cette excellence une fois obtenue.

  47. L'excellence du corps matériel réside dans sa complexion, la beauté de sa forme, sa force et sa densité.

  48. L'ascète acquiert le contrôle complet sur les organes des sens par la pratique de Sanyama (concentration) sur la perception, la nature des organes, l'égoïsme, la qualité des organes en action ou au repos et leur pouvoir de produire mérite ou démérite, par la connexion que le mental établit avec eux.

  49. De cette manière s'éveillent chez l'ascète les pouvoirs de mouvoir son corps d'un endroit à un autre avec la rapidité de la pensée, d'étendre le champ d'opération de ses sens au-delà des limites de l'espace ou des obstructions de la matière, et de changer à volonté la forme de n'importe quel objet naturel.

  50. Chez l'ascète qui a acquis l'exacte connaissance discriminative de la vérité et de la nature de l'âme, s'éveillent la connaissance et la maîtrise de toutes les formes de vie dans leur nature essentielle.

  51. L'ascète qui acquiert l'indifférence même pour la dernière perfection mentionnée, par la destruction des derniers germes de désir, parvient à un état d'âme qui est appelé l'Isolement.

    (Voir note sur l'Isolement dans le livre 4.)

  52. L'ascète ne doit pas former d'association avec les êtres célestes qui peuvent apparaître devant lui, ni montrer d'émerveillement à leur apparition, du fait que le résultat serait un renouvellement des afflictions du mental.

  53. Une grande et très subtile connaissance naît de la discrimination qui découle de la concentration du mental sur la relation entre les moments et leur ordonnance.

    Ici Patañjali parle des divisions ultimes du temps, c'est-à-dire non susceptibles d'une division plus poussée, et de l'ordre dans lequel elles se précèdent et se succèdent. Il est affirmé ici qu'on peut atteindre une perception de ces périodes minimes : en conséquence, celui qui arrive à une telle discrimination s'élève à une perception plus grande et plus large des principes de la nature, qui sont si abstrus que la philosophie moderne ne connaît même pas leur existence. Nous savons que nous pouvons tous distinguer des périodes comme les jours et les heures. Il y a de nombreuses personnes, mathématiciennes-nées, qui sont capables de percevoir la succession des minutes et peuvent dire exactement, sans montre, le nombre qui s'en est écoulé entre deux points donnés dans le temps. Les minutes ainsi perçues par ces mathématiciens prodiges, ne sont cependant pas les divisions ultimes du temps auxquelles se réfère l'aphorisme, car elles sont elles-mêmes composées de telles divisions ultimes. Aucune règle ne peut être donnée pour une telle concentration, car elle est si avancée sur la voie du progrès que l'ascète trouve lui-même les règles après avoir maîtrisé tous les processus antérieurs.

  54. Par là s'éveille chez l'ascète le pouvoir de discerner des différences subtiles impossibles à connaître par d'autres moyens.

  55. La connaissance qui provient de cette perfection du pouvoir discriminatif est appelée « connaissance qui sauve de la renaissance ». Elle a toutes choses et la nature de toutes choses pour objets, et elle perçoit tout ce qui a été et tout ce qui est, sans limitation de temps, de lieu ou de circonstance, comme si tout était dans le présent à la vue du contemplateur.

    L'ascète en question dans cet aphorisme et le suivant est un Jivanmukta qui n'est plus sujet à la réincarnation. Il peut cependant vivre encore sur terre, mais il n'est plus d'aucune manière soumis à son corps, son âme étant parfaitement libre à tout instant. Et tel est, dit-on, l'état des êtres qui sont appelés, en littérature théosophique, Adeptes. Mahâtmas ou Maîtres.

  56. Quand le mental a cessé de se prendre pour le connaisseur ou l'expérimentateur et est devenu un avec l'âme — le réel connaisseur et expérimentateur — alors l'Isolement survient et l'âme est émancipée.

FIN DU LIVRE TROSIÈME

Notes :

  • *  - Une variante possible à la traduction de ce verset serait : « Une telle contemplation, lorsqu'elle s'exerce uniquement sur le contenu de l'objet, comme s'il était entièrement dépouillé de sa propre forme, est appelé la méditation. » (N. d. T.).
  • *  - William Quan Judge. (N. d. T.)
 

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