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"Les Aphorismes du Yoga de Patanjali", Livre Ⅰ : La concentration

  1. Assurément, le sujet du Yoga ou Concentration va maintenant être exposé.

    La particule sanskrite atha qui est traduite par « assurément » fait savoir au disciple qu'un sujet particulier va être exposé, requiert son attention et sert aussi de bénédiction. Monier Williams dit que c'est une particule de bon augure et d'introduction, mais qu'il est souvent difficile de rendre dans nos langues occidentales.

  2. La Concentration ou Yoga consiste à empêcher les modifications du principe pensant.

    En d'autres termes, le manque de concentration de la pensée est dû au fait que le mental appelé ici « principe pensant » est sujet à de constantes modifications en raison de sa dispersion sur une multitude de sujets. Ainsi « la concentration » équivaut à la correction de la tendance à la dispersion et à l'obtention de ce que les hindous appellent la « Fixation sur un point unique » * , ou le pouvoir d'obliger le mental, à chaque instant, à considérer un seul point de pensée, à l'exclusion de tout autre. C'est sur cet aphorisme que repose toute la méthode du système. La raison de l'absence de concentration de tous les instants est que le mental est modifié par tous les sujets et objets qui se présentent à lui. Il est. pour ainsi dire, transformé en ce sujet ou objet. Le mental, par conséquent, n'est pas le pouvoir suprême ou le plus élevé ; il n'est qu'une fonction, un instrument avec lequel l'âme travaille, sent les choses sublunaires et fait des expériences. Cependant le cerveau ne doit pas être confondu avec le mental, n'étant à son tour qu'un instrument de ce dernier. Il s'ensuit que le mental a son propre plan. distinct de l'âme et du cerveau. il faut donc apprendre à utiliser la volonté (qui est aussi un pouvoir distinct du mental et du cerveau) d'une façon telle qu'au lieu de permettre au mental d'aller d'un sujet ou objet à un autre, au gré de leurs sollicitations, nous l'employions à chaque instant comme un serviteur pour considérer ce que nous avons choisi, et aussi longtemps qu'il nous plaira.

  3. Au moment de la concentration. l'âme demeure dans l'état d'un spectateur sans spectacle.

    Ceci se réfère à la concentration parfaite, et définit la condition dans laquelle, par l'empêchement des modifications (Aph. 2). l'âme est amenée à un état où elle est entièrement soustraite à l'altération ou à l'impression produite par un sujet quelconque. L'âme en question ici n'est pas Atma. qui est l'esprit.

  4. À d'autres moments que celui de la concentration, l'âme est dans la même forme que la modification du mental.

    Ceci se rapporte à la condition de l'âme dans la vie ordinaire, quand la concentration n'est pas pratiquée, et signifie que lorsque l'organe interne, le mental, est affecté ou modifié à travers les sens par la forme de quelque objet. l'âme aussi — voyant l'objet à travers son organe, le mental — se trouve pour ainsi dire changée en cette forme : comme une statue de marbre, blanche comme neige, vue sous une lumière cramoisie, apparaît de cette couleur au spectateur, et le reste pour les organes visuels aussi longtemps que l'éclaire cette lumière colorée.

  5. Les modifications du mental sont de cinq sortes, et elles sont douloureuses ou non douloureuses.

  6. Ce sont : la Connaissance Correcte, la Conception Erronée, la Fiction, le Sommeil et la Mémoire.

  7. La Connaissance Correcte résulte de la Perception, de la Déduction et du Témoignage.

  8. La Conception Erronée est une notion fausse découlant d'un manque de Connaissance Correcte.

  9. La Fiction est une notion dénuée de toute base réelle, élaborée à partir d'une connaissance exprimée par des mots.

    Par exemple, les termes « les cornes de l'escargot » et « la tête de Rahu », dont aucun n'a rien dans sa nature qui corresponde à la notion. Une personne entendant l'expression « la tête de Rahu » imagine naturellement qu'il existe un Rahu possédant cette tête alors que ce monstre mythique qui, dit-on, cause les éclipses en avalant le soleil n'est formé que d'une tête et n'a pas de corps. Et quoiqu'on emploie fréquemment l'expression « les cornes de l'escargot », il est bien connu qu'il n'existe pas de telles choses dans la nature. De la même manière beaucoup de gens continuent de parler du « lever » et du « coucher » du soleil bien qu'ils s'en tiennent à la théorie contraire.

  10. Le Sommeil est la modification du mental qui se produit quand ce dernier abandonne tous les objets du fait que tous les sens et facultés de veille tombent dans l'inactivité.

  11. La Mémoire est le non-abandon d'un objet dont on a été conscient.

  12. L'empêchement des modifications du mental ci-dessus mentionné doit s'effectuer par le moyen de l'Exercice et du Non-Attachement ** .

  13. L'Exercice est l'effort continu, ou répété, en vue de maintenir le mental dans son état immobile.

    C'est-à-dire que pour atteindre la concentration nous devons continuellement faire des efforts pour acquérir sur le mental un contrôle qui nous permette à un moment quelconque, lorsque cela semble nécessaire, de le réduire à une condition d'immobilité, ou de l'appliquer sur un seul point à l'exclusion de tout autre.

  14. Cet exercice est une position ferme observée en considération du but à atteindre et maintenue avec persévérance pendant un temps prolongé et sans interruption.

    L'étudiant ne doit pas conclure de ceci qu'il ne pourra jamais acquérir la concentration à moins de lui consacrer chaque instant de sa vie. Les mots « sans interruption » ne s'appliquent qu'à la durée du temps qui a été réservé à la pratique,

  15. Le Non-attachement est le fait d'avoir surmonté ses désirs.

    C'est la réalisation d'un état de l'être dans lequel la conscience n'est pas affectée par les passions, les désirs et les ambitions qui sont des causes des modifications du mental.

  16. Le Non-attachement, poussé à l'extrême, est l'indifférence à tout sauf à l'âme, et cette indifférence provient d'une connaissance de l'âme et de sa nature distincte de toute autre chose.

  17. Il existe un genre de méditation. dénommé « méditation avec connaissance distincte », qui est d'un caractère quadruple en raison de quatre modes distincts : Argumentation, Délibération, Béatitude et Perception Egoïque.

    L'espèce de méditation en question est une réflexion dans laquelle la nature du sujet considéré est bien connue, sans doute ni erreur. et c'est une connaissance distincte qui exclut toute autre modification du mental de celle qui a été choisie.

    • (l) La division Argumentative de cette méditation est une réflexion sur un sujet en argumentant sur sa nature, en comparaison avec quelque chose d'autre : comme par exemple la question de savoir si le mental est le produit de la matière ou s'il précède la matière.
    • (2) La division Délibérative est une réflexion en vue de découvrir l'origine et le champ d'action des sens subtils et du mental.
    • (3) La condition Béatifique est celle dans laquelle la réflexion porte sur les plus hauts pouvoirs du mental et sur la vérité dans l'abstrait.
    • (4) La division Égoïque est celle dans laquelle la méditation est parvenue à une telle hauteur que tous les sujets ou objets inférieurs sont perdus de vue et qu'il ne reste rien d'autre que la perception consciente du soi. qui devient alors un moyen de parvenir à de plus hauts degrés de méditation.

    Le résultat de l'atteinte du quatrième degré, appelé perception Égoïque. est une perte de la reconnaissance distincte de l'objet ou sujet avec lequel la méditation a commencé, en sorte que seule reste la soi-conscience : mais cette soi-conscience n'inclut pas la conscience de l'Absolu ou de l'Âme Suprême.

  18. La méditation qui vient d'être décrite est précédée par l'exercice de la pensée sans argumentation. Un autre genre de méditation se présente comme une autoreproduction de la pensée après le départ de tous les objets du champ du mental.

  19. L'état méditatif atteint par ceux dont la discrimination ne s'étend pas à l'esprit pur dépend du monde phénoménal.

  20. Dans la pratique de ceux qui sont. ou peuvent être capables de discrimination en ce qui concerne l'esprit pur, la méditation est précédée de Foi, Énergie, Attention soutenue (sur un point unique) et Discernement, ou Discrimination complète de ce qui doit être connu.

    Il est remarqué ici par le commentateur : « en celui qui a la Foi surgit l'Énergie, ou la persévérance dans la méditation. Persévérant ainsi, la mémoire des sujets passés jaillit, et son mental s'absorbe dans la considération attentive en conséquence du souvenir : et celui dont le mental est plongé dans la méditation arrive à un complet discernement de la chose qu'il considère. »

  21. L'état de méditation abstraite est atteint rapidement par l'être animé d'une énergie indomptable.

  22. Suivant la nature modérée, intermédiaire ou transcendante des méthodes adoptées, il y a une distinction à faire parmi ceux qui pratiquent le Yoga.

  23. L'état de méditation abstraite peut être atteint par une profonde dévotion envers l'Esprit Suprême, considéré dans sa manifestation compréhensible comme lshwara.

    Il est dit que cette profonde dévotion est un moyen prééminent d'atteindre à la méditation abstraite et à ses fruits. « Îshwara » est l'Esprit dans le corps.

  24. Îshwara est un esprit que n'affectent pas les causes d'affliction, les œuvres, les fruits des œuvres, ni les désirs.

  25. En Îshwara devient infinie l'omniscience qui dans l'homme n'existe qu'en germe.

  26. Îshwara est le précepteur de tous, même des premiers êtres créés, car Il n'est pas limité par le temps.

  27. Son nom est OM.

  28. La répétition de ce nom devrait être faite avec réflexion sur sa signification.

    OM est la première lettre de l'alphabet sanskrit. Sa prononciation comprend trois sons, dont un au long, un u court, et un arrêt, ou consonne labiale m. À ce caractère tripartite s'attache un sens symbolique mystique profond. Il exprime, comme des réalités distinctes quoiqu'en union, Brahma, Vishnu et Shiva, ou Création, Préservation et Destruction. Pris comme un tout, il implique « l'Univers ». Dans son application à l'homme, au, se réfère à l'étincelle de l'Esprit Divin qui est dans l'humanité ; u, au corps à travers lequel l'Esprit se manifeste .et m. à la mort du corps, ou à sa dissolution en éléments matériels. Par rapport aux cycles affectant tout système planétaire, il implique d'abord l'Esprit, représenté par au comme base des mondes manifestés, puis le corps, ou matière manifestée, représenté par u. à travers lequel œuvre l'esprit, et enfin. représenté par m, « l'arrêt ou le retour du son à sa source », le pralaya ou la dissolution des mondes. Dans l'occultisme pratique, ce mot se rapporte au Son, ou à la Vibration, avec toutes les propriétés et effets qui s'y rattachent, l'un des plus grands pouvoirs de la nature. Dans la répétition de ce mot. pratiquée à titre de discipline, sa prononciation, au moyen des poumons et de la gorge, produit un effet distinct sur le corps humain. Dans l'aph. 28,  le nom est employé dans son sens supérieur, lequel inclut nécessairement tout l'inférieur. Toute prononciation du mot 0m, pratiquée à titre de discipline, a un rapport potentiel avec la séparation consciente de l'âme et du corps.

  29. De cette répétition et de la réflexion sur sa signification, résultent une connaissance de l'Esprit et la disparition des obstacles qui s'opposent au but recherché.

  30. Les obstacles sur le chemin de celui qui désire atteindre la concentration sont la Maladie, la Lassitude, le Doute, la Négligence, la Paresse, l'Attachement aux objets des sens, la Fausse Perception, l'incapacité d'atteindre tout degré d'abstraction et l'instabilité dans l'état qui a pu être atteint.

  31. Ces obstacles sont accompagnés de chagrin, de détresse, de tremblement et de respiration irrégulière.

  32. Pour prévenir cela, il faut demeurer avec insistance sur une seule vérité. On entend ici toute vérité qu'on approuve.

  33. Par la pratique de la Bienveillance, de la Compassion, du Contentement et par l'Indifférence aux objets de bonheur, de douleur, de vertu et de vice, le mental se purifie.

    Les principales occasions de distraction du mental sont la Convoitise et l'Aversion. Cet aphorisme ne signifie pas que la vertu et le vice devraient être vus avec indifférence par l'étudiant. mais qu'il ne devrait pas fixer son mental avec plaisir sur le bonheur ou la vertu, ni avec aversion sur la douleur et le vice. Autrement dit. il devrait tout regarder avec un mental égal : et la pratique de la Bienveillance, de la Compassion et du Contentement conduit à l'allégresse du mental, ce qui tend à le renforcer et le stabiliser.

  34. La distraction mentale peut être combattue par un contrôle ou une régulation de la respiration dans l'inspiration, la rétention du souffle et l'expiration.

  35. Un moyen d'obtenir la stabilité du mental peut être trouvé dans une perception sensorielle immédiate.

  36. Le même but peut être atteint en provoquant la perception immédiate d'un sujet spirituel.

  37. On peut aussi prendre pour objet. une pensée dépourvue de toute passion, comme par exemple un personnage idéalement pur.

  38. La stabilité du mental peut aussi s'obtenir en méditant sur la connaissance qui se présente dans un rêve.

  39. Ou encore, en méditant sur un sujet qu'on approuve.

  40. L'étudiant dont le mental est ainsi stabilisé obtient une maîtrise qui s'étend de l'Atomique à l'Infini.

  41. Le mental qui a été entraîné en vue d'éliminer toutes les modifications ordinaires dues à son action, à l'exception de celles qui se présentent dans la contemplation d'un objet choisi consciemment, s'identifie à cet objet et parvient à la pleine compréhension de sa nature.

  42. Cette nouvelle condition du mental qui s'identifie avec l'objet de la méditation est appelée techniquement la condition argumentative, quand sont mêlés ensemble, à un degré quelconque, le mot qui désigne l'objet, la signification et l'application de ce mot, et la connaissance abstraite des qualités et éléments de l'objet per se.

  43. Lorsque disparaissent du plan de la contemplation le mot et la signification de l'objet choisi pour la méditation, et que la chose abstraite elle-même, libre de distinction par désignation, n'est présentée au mental que comme une entité, c'est ce qu'on appelle la condition non argumentative de la méditation.

    Ces deux aphorismes (42-43) décrivent le premier et le second stades de la méditation. lorsque le mental s'applique convenablement aux objets de nature grossière ou matérielle. L'aphorisme suivant se réfère à l'état où des objets plus élevés et plus subtils sont choisis pour la méditation contemplative.

  44. Les conditions argumentative et non argumentative du mental, décrites dans les deux précédents aphorismes, existent aussi quand l'objet choisi pour la méditation est subtil ou d'une nature plus élevée que les objets sensoriels.

  45. Cette méditation qui a un objet subtil en vue aboutit à l'élément indissoluble appelé matière primordiale.

  46. Les changements du mental décrits ci-dessus constituent la « méditation avec semence ».

    La « méditation avec semence » est cette sorte de méditation dans laquelle existe encore un objet distinct de méditation présenté devant le mental.

  47. Quand la Sagesse a été atteinte par l'acquisition de l'état mental non argumentatif, il y a clarté spirituelle.

  48. Dans ce cas. il y a une Connaissance absolument libre d'Erreur.

  49. Cette sorte de connaissance diffère de celle due au témoignage et à la déduction, parce que dans la poursuite de la connaissance basée sur ces derniers, le mental est occupé à considérer beaucoup de détails et n'est pas en relation avec le champ général de la connaissance elle-même.

  50. Le courant de pensée autoreproductrice qui en résulte paralyse la formation de tout autre train de pensées.

    On considère ici qu'il existe principalement deux sortes de trains de pensées : a) celui qui dépend d'une suggestion faite par les mots d'un autre, ou par une impression sur les sens ou sur le mental, ou encore par association : b) celui qui dépend entièrement de lui-même, et reproduit avec ses propres éléments la même pensée qu'auparavant. Et quand la seconde sorte est atteinte, elle a pour effet d'inhiber tous les autres trains de pensées, car elle est d'une nature telle qu'elle repousse ou expulse du mental toute autre sorte de pensée. Comme expliqué dans l'aphorisme 48 : l'état mental appelé « non argumentatif » est absolument libre de toute erreur, puisqu'il n'a rien à faire avec le témoignage ou la déduction, étant la connaissance elle-même : et par conséquent, par sa nature inhérente, il arrête tout autre train de pensées.

  51. Ce train de pensées lui-même, avec un seul objet, peut aussi être arrêté. Dans ce cas. la « méditation sans semence » est atteinte.

    La « méditation sans semence » survient lorsque l'exercice de la contemplation a été poussé si loin que l'objet choisi pour la méditation a disparu du plan mental, sans y laisser de trace consciente, et que la pensée peut alors s'élever progressivement sur un plan supérieur.

FIN DU LIVRE PREMIER

Notes :

  • *  -  État Ekagrata. Voir Livre 3. aph. 12 (N. d. T.).
  • ** - Dans le texte original  : Abhyasa et Vairagya (N. d. T.).

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