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Epitomé de Théosophie

Échos de l'Orient
Épitomé de Théosophie

Deux textes présentant les idées essentielles de la THÉOSOPHIE de Mme Blavatsky

Traduction française des textes originaux anglais
© TEXTES THÉOSOPHIQUES, Paris, 1996

Notice historique

L'Épitomé de Théosophie est le premier exposé condensé conçu pour présenter au grand public les principes fondamentaux de la philosophie de la Théosophie. À l'origine, cette étude, qui se limitait à une demi-douzaine de pages, fut éditée sous forme de «Brochure Théosophique» par la Branche de New York de la S.T. (en déc. 1887), puis publiée dans la revue américaine de diffusion internationale, The Path (vol. II, n°10, jan. 1888).

Toutefois, le succès de la brochure fut si grand, malgré sa taille modeste, et le besoin d'en étendre la distribution parut si urgent, que la T.P.S. (Theosophical Publishing Society) de Londres proposa de la faire paraître en Angleterre, en priant Judge de revoir le texte pour cette occasion. Ce qu'il fit, en remaniant entièrement la brochure et en la développant aux dimensions d'un petit livre. Au reçu du manuscrit, la direction de la T.P.S. trouva cependant le contenu trop «profond» , et recommanda quelque chose de plus «léger» , ou édulcoré, pour ne pas rebuter le lecteur et l'élever ainsi, «en douceur» , de la fiction à la philosophie.

La réponse de Judge (qu'on peut lire dans les Lettres qui m'ont aidé, Livre II, lettre 4) fut courtoise et respectueuse mais catégorique : l'opinion émise par la direction de la T.P.S., et la politique proposée, étaient inacceptables et radicalement en désaccord avec la ligne d'action et la volonté des Maîtres de Mme Blavatsky. «Lorsque ces derniers firent répandre leurs enseignements en Inde» , écrivait Judge, «Ils ne débutèrent pas par de la fiction mais par des faits exacts» . De plus, précisait-il, «Nous n'essayons pas de satisfaire le goût de lecteurs de fiction et d'amateurs de curiosité mais les besoins pressants d'esprits sérieux. Les lecteurs de fiction n'ont jamais influencé le progrès d'une nation. Et ces esprits sérieux, quant à eux, n'ont aucun désir d'être nourris à la bouillie...»

Finalement, cette brochure, à laquelle avait collaboré aussi d'autres étudiants, était «à la fois complète et fondamentale» . Elle répondait à presque tous les points : le lecteur sincère pourrait y trouver l'aliment nécessaire à sa réflexion.

Les conseils de Judge, soutenus par l'avis de Mme Blavatsky (qui était à Londres à cette époque, à la veille de la publication de sa Doctrine Secrète), emportèrent la décision des éditeurs et L'Épitomé de Théosophie parut dans sa forme actuelle, au cours de l'été 1888, pour être mainte fois réédité, et diffusé dans le monde entier.

Les Éditeurs.

 

Epitomé de Théosophie

La THÉOSOPHIE, ou Religion-Sagesse, existe depuis des temps immémoriaux. Elle nous offre une théorie de la Nature et de la vie qui se base sur la connaissance acquise par les Sages du passé, et plus spécialement par ceux de l'Orient. Ses étudiants les plus avancés prétendent que cette connaissance n'est pas le fruit de l'imagination ni de la déduction, mais que c'est une connaissance de faits vus et connus par ceux qui consentent à se plier aux conditions requises pour voir et connaître.

Vu que la Théosophie signifie la connaissance de Dieu, ou au sujet de Dieu (c'est-à-dire une Sagesse «divine» , ou d'ordre divin, et non celle d'un Dieu personnel anthropomorphe) et que le terme «Dieu» est universellement accepté comme incluant tout à la fois le connu et l'inconnu, il s'ensuit que la «Théosophie» doit comprendre la Sagesse concernant l'Absolu, et puisque l'Absolu n'a ni commencement ni fin, cette Sagesse a dû exister de tout temps. C'est pourquoi la Théosophie est parfois appelée la Religion-Sagesse car, depuis des temps immémoriaux, elle possède la connaissance de toutes les lois gouvernant les mondes spirituel, moral et matériel.

La théorie de la Nature et de la vie qu'elle présente n'est pas de celles que l'on échafaude au préalable sur des spéculations, pour les démontrer après coup, en ajustant les faits ou les conclusions pour s'y adapter, mais c'est une explication de l'existence, cosmique et individuelle, découlant de la connaissance atteinte par ceux qui ont acquis le pouvoir de voir derrière le voile cachant les opérations de la Nature au mental de l'homme ordinaire. De tels êtres sont appelés des Sages, au sens le plus élevé du terme. Dans ces derniers temps, on les a nommés Mahâtmas et Adeptes. Autrefois, ils étaient connus comme les Rishi et Mahârishi c'est-à-dire Grands Rishi.

Il n'est pas dit que ces êtres très élevés, ou Sages, n'aient existé qu'en Orient. Il est connu qu'ils ont vécu dans toutes les parties du globe, en accord avec les lois cycliques dont nous parlerons dans la suite. Mais en ce qui concerne le développement actuel de la race humaine sur notre planète, c'est en Orient qu'on les trouve maintenant , bien qu'il soit possible qu'en des temps très reculés certains soient même partis des rivages d'Amérique.

Comme il existe nécessairement de multiples grades parmi les étudiants de cette Religion-Sagesse, il va de soi que ceux qui appartiennent aux degrés inférieurs ne sont capables de révéler de cette connaissance que ce qui est l'apanage de leur grade, et qu'ils dépendent, dans une certaine mesure, d'étudiants plus avancés pour une information plus approfondie. Ce sont ces étudiants avancés qui sont visés lorsqu'il est affirmé que leur connaissance n'est pas le fruit de simples déductions, mais qu'elle a trait à des réalités qui sont vues et connues par eux. Bien que certains d'entre eux soient en rapport avec la Société théosophique, ils se tiennent néanmoins au-dessus d'elle. Le pouvoir de voir, et de connaître de façon absolue, de telles lois est subordonné à certaines règles naturelles inhérentes qui doivent être observées comme des conditions préalables ; il n'est donc pas possible de satisfaire à la demande de l'homme mondain qui voudrait qu'on lui exposât cette sagesse immédiatement, étant donné qu'il ne pourrait la comprendre avant de s'être conformé aux conditions précitées. Comme cette connaissance porte sur des lois et des états de matière et de conscience dont le monde occidental «pratique» n'a pas la moindre idée, elle ne peut être saisie que fragment par fragment, au fur et à mesure que l'étudiant poursuit la démolition de ses idées préconçues, dues à des théories inadéquates ou erronées. Ces étudiants avancés prétendent que, spécialement en Occident, une méthode fautive de raisonnement prévaut depuis des siècles et qu'elle a créé une habitude mentale universelle portant les hommes à prendre beaucoup d'effets pour des causes, et à considérer ce qui est réel comme l'irréel, tout en mettant l'irréel à la place du réel. Pour citer un exemple mineur, les phénomènes du mesmérisme et de la clairvoyance ont été, jusqu'en ces derniers temps, niés par la science occidentale, bien qu'il y ait toujours eu de nombreuses personnes connaissant personnellement, et par des preuves introspectives indéniables, la vérité de ces phénomènes, en en comprenant même parfois la cause et la raison d'être.

Voici quelques-unes des propositions fondamentales de la Théosophie :

L'Esprit dans l'homme est la seule partie réelle et permanente de son être, le reste de sa nature étant un composé variable. Et comme tout composé est sujet à la décomposition, tout est impermanent dans l'homme, sauf son Esprit. De plus, l'univers étant un et non divers, et chaque chose qui s'y trouve étant unie au Tout et à chacune de ses parties, ce qui est parfaitement connu sur le plan supérieur (dont il sera question ci-dessous), aucune action, aucune pensée, ne peut se produire sans que chaque fragment du grand Tout ne la perçoive et n'en garde l'impression. Il s'ensuit que tous les êtres sont indissolublement unis par le lien de la Fraternité.

Cette première proposition fondamentale de la Théosophie postule que l'univers n'est pas un agrégat d'unités diverses, mais qu'il constitue un Tout unique. C'est ce dernier que les philosophes occidentaux dénomment «Déité» et les Védantins hindous «Para-Brahm (1)». On peut l'appeler le Non-Manifesté, contenant en lui la potentialité de toute forme manifestée, ainsi que les lois gouvernant ces manifestations. De plus, il est enseigné qu'il n'existe pas de création de mondes, au sens théologique du terme, mais que leur apparition est strictement due à l'évolution. Quand vient, pour le Non-Manifesté, le moment de se manifester comme univers objectif, ce qu'il fait périodiquement, il émane un Pouvoir, la «Cause Première» - appelée ainsi parce que ce Non-Manifesté est lui-même la racine sans racine de cette Cause, et qu'on le désigne en Orient sous le nom de «Cause sans Cause» . La Cause Première, nous pouvons l'appeler Brahmâ ou Ormuzd, ou Osiris, ou de tout autre nom qu'il nous plaira. La projection dans le temps de son influence, ou de ce qui est appelé «le souffle de Brahmâ» , amène l'apparition graduelle de tous les mondes et des êtres qui les peuplent. Ils restent en manifestation aussi longtemps que cette influence continue à s'exercer dans le processus d'évolution. Après de longs éons, le mouvement d'expiration, ou l'influence évolutive, se ralentit, et l'univers commence à entrer en obscuration, ou pralaya, jusqu'à ce que, le «souffle» étant complètement réabsorbé, il ne reste plus aucun objet, car il n'y a rien d'autre que Brahma. L'étudiant doit veiller à ne pas confondre Brahma (2) (le Parabrahma impersonnel) avec Brahmâ, le Logos manifesté. Une discussion des moyens employés par ce pouvoir dans son activité serait hors de place dans cet Épitomé, mais la Théosophie traite également de ces moyens.

La phase d'expiration est connue sous le nom de manvantara, ou la manifestation du monde entre deux Manu (de Manu et antara : «entre» ) et la fin de l'inspiration amène le pralaya, ou la destruction. C'est de ces vérités qu'ont jailli les doctrines erronées de la «création» et du «jugement dernier» . Ces manvantara et pralaya se sont produits éternellement, et continueront de se succéder périodiquement à jamais.

Pour l'accomplissement d'un manvantara, il est postulé deux principes considérés comme éternels : Purusha et Prakriti (ou l'Esprit et la matière), parce que tous deux sont toujours présents et unis au cours de chaque manifestation. Nous employons ces termes ici parce qu'il n'existe pas d'équivalents en anglais. Purusha est appelé l' «Esprit», et Prakriti la «matière» , mais ce Purusha n'est pas le Non-Manifesté, pas plus que Prakriti n'est la matière connue de la science ; aussi les Sages aryens déclarent-ils qu'il existe un Esprit plus élevé encore, appelé Purushottama. La raison en est que lors de la nuit de Brahmâ, ou ce qui est appelé la phase de réabsorption de son souffle, Purusha et Prakriti sont tous deux absorbés dans le Non-Manifesté ; cette conception rappelle l'idée à la base de l'expression biblique : «reposant dans le sein du Père» .

Ceci nous amène à la doctrine de l'Évolution Universelle telle que l'exposent les Sages de la Religion-Sagesse. L'Esprit, ou Purusha, disent-ils, procède de Brahma et passe par les diverses formes de matière évoluées simultanément, commençant dans le monde spirituel par la forme la plus élevée, et dans le monde matériel, par la plus basse. Celle-ci n'est pas encore connue de la Science moderne. Ainsi donc, les formes minérales, végétales et animales emprisonnent chacune une étincelle du Divin, un fragment de l'indivisible Purusha.

Ces étincelles luttent pour «retourner au Père» — en d'autres mots, pour acquérir la soi-conscience — et parviennent finalement à la forme supérieure sur terre : celle de l'homme, la seule où la soi-conscience leur soit possible. La période calculée en temps humain, pendant laquelle se poursuit cette évolution, embrasse des millions d'âges. Chaque étincelle de divinité a donc toute cette durée immense devant elle pour accomplir sa mission, qui consiste à acquérir la soi-conscience complète quand elle se trouve dans la forme humaine. Mais ceci ne signifie pas que le simple fait de s'incarner dans une forme humaine confère la soi-conscience à cette étincelle divine. Cette grande œuvre peut être réalisée au cours du manvantara où une étincelle divine arrive à l'état humain, mais il se peut aussi qu'elle n'aboutisse pas ; tout dépend de la volonté et des efforts de chaque individu. C'est ainsi que chaque esprit passe par le manvantara, ou entre en manifestation, pour son propre enrichissement et celui du Tout. Par ce processus d'évolution graduelle, Mahâtmas et Rishi apparaissent au cours d'un manvantara pour devenir, après son expiration, des esprits planétaires guidant l'évolution d'autres planètes futures. Les esprits planétaires de notre globe sont ceux qui, dans des précédents manvantara - ou jours de Brahmâ - firent l'effort nécessaire pour devenir des Mahâtmas et y sont parvenus au cours de cette longue période.

Chaque manvantara a le même but et le même objectif, de sorte que les Mahâtmas qui ont déjà atteint ces hauteurs, ou ceux qui pourront le faire dans la suite du présent manvantara, deviendront probablement les esprits planétaires du manvantara prochain, sur cette planète-ci ou sur une autre. Comme on le voit, ce système théosophique a pour fondement l'identité de l'Être Spirituel, qui constitue, sous le nom de «Fraternité Universelle» , l'idée cardinale de la Société Théosophique, dont le but est la réalisation de cette Fraternité parmi les hommes.

Les Sages disent que ce Purusha est à la base de tous les objets manifestés. Sans lui, rien ne pourrait exister ni conserver sa cohésion. Il pénètre tout et partout. Il est la réalité dont les choses que nous appelons réelles ne sont que de simples images - images qui sont comme surimposées sur elle. Étant donné que Purusha atteint et comprend tous les êtres, ils sont tous unis les uns aux autres, et dans le plan de Purusha - ou sur ce plan - existe une parfaite conscience de tous les actes, pensées, objets et événements censés se produire sur ce plan, ou sur le nôtre, ou sur tout autre. Car en-dessous de l'Esprit, et au-dessus de l'intellect, se trouve un plan de conscience où s'enregistrent les expériences et qu'on appelle communément la «nature spirituelle» de l'homme ; il est dit souvent que cette nature est tout aussi susceptible d'être cultivée que le corps ou l'intellect.

Ce plan supérieur est le véritable plan enregistreur de toutes les sensations et expériences, bien qu'il y en ait d'autres encore. On l'appelle parfois le «mental subconscient» . La Théosophie soutient toutefois que c'est un abus de termes de dire que l'on puisse cultiver la nature spirituelle. Le but réel, qu'il faut garder toujours en vue, c'est d'ouvrir la nature inférieure à la nature spirituelle, ou de rendre la première perméable à cette influence supérieure, de telle sorte que la nature spirituelle puisse rayonner à travers elle et en devienne le guide et le régent. Cette nature n'est «cultivée» que dans le sens où elle vient à disposer d'un véhicule préparé à son usage, dans lequel il lui soit possible de descendre. En d'autres termes, l'idée avancée est que l'homme réel, qui est le Soi supérieur - ou l'étincelle du Divin dont il a été question plus haut - adombre l'être visible, qui a en lui-même la possibilité de s'unir à cette étincelle. C'est pourquoi il est dit que l'Esprit supérieur n'est pas dans l'homme, mais au-dessus de celui-ci. Il est perpétuellement paisible, impassible, bienheureux et rempli de connaissance absolue. Il participe continuellement de l'état divin, étant lui-même cet état, et «en communion avec les Dieux, il se nourrit d'ambroisie» . Le but de l'étudiant est de faire luire la lumière de cet Esprit à travers les enveloppes inférieures.

Cette «culture spirituelle» ne peut être atteinte que lorsque les intérêts, les passions et les exigences de la chair, de nature grossière, sont subordonnés aux intérêts, aux aspirations et aux besoins de la nature supérieure ; et cela est une question à la fois de système et de loi établie.

L'Esprit ne peut devenir le régent que lorsque l'homme reconnaît fermement, ou admet, dans sa nature intellectuelle, que LUI seul existe. Et, ainsi qu'il a été dit précédemment, comme il n'est pas seulement la personne en cause mais aussi le Tout, l'égoïsme doit avoir été entièrement éliminé de la nature inférieure, avant que puisse être atteint cet état divin de l'Esprit. Aussi longtemps que subsiste le plus petit désir personnel ou égoïste - fût-ce même de succès spirituel pour notre profit personnel - le but escompté reste hors d'atteinte. Il s'ensuit que le terme ci-dessus d' «exigences de la chair» comprend aussi bien, en réalité, des désirs qui ne sont pas de la chair, et il serait plus correct de parler de «désirs de la nature personnelle, y compris ceux de l'âme individuelle» (3).

Lorsqu'ils sont entraînés de façon cohérente et suivie selon le système et la loi dont nous avons parlé, les hommes acquièrent une claire vision pénétrante dans le monde spirituel immatériel, et leurs facultés intérieures saisissent la vérité d'une façon aussi immédiate et aisée que les facultés physiques perçoivent les objets des sens, ou les facultés mentales ceux de la raison. Ou, pour employer les mots de certains de ces êtres, «ils sont capables de regarder directement les idées» (4) ; c'est ainsi que leur témoignage au sujet de cette vérité est tout aussi digne de foi que celui des hommes de science, ou des philosophes, sur les faits appartenant à leurs domaines respectifs.

Au cours de cet entraînement spirituel, ces hommes obtiennent une perception et un contrôle de diverses forces de la Nature, inconnues des autres hommes, ce qui leur permet d'accomplir certaines opérations considérées habituellement comme miraculeuses », quoiqu'elles ne soient, en fait, que le résultat d'une connaissance plus vaste de la loi naturelle. On peut découvrir dans la «Philosophie du Yoga» de Patañjali ce que sont ces pouvoirs (5).

Le témoignage de ces êtres au sujet de la réalité suprasensible, confirmé par leur possession de tels pouvoirs, devrait susciter un examen honnête de la part de tout esprit religieux.

Si nous considérons maintenant le système présenté par ces Sages, nous trouvons en premier lieu un exposé de la cosmogonie, traitant du passé et du futur de notre terre et d'autres planètes, de l'évolution de la vie dans les formes élémentales, minérales, végétales, animales et humaines, comme on les appelle.

Les «élémentaux de vie passive » [dont il est question dans ce système] sont inconnus de la Science moderne, bien qu'elle s'en approche parfois en postulant l'existence d'un agent matériel subtil dans la production de la vie, alors que ces élémentaux sont précisément une forme de la vie elle-même.

Chaque kalpa, ou grande période, se divise en quatre âges, ou yuga, dont chacun dure bien des milliers d'années, et est caractérisé par une note spéciale prédominante. Ces quatre âges sont le satya yuga (ou âge de vérité), le treta yuga, le dvâpara yuga et notre kali yuga actuel (ou âge d'obscurité) qui commença il y a cinq mille ans (6). Le mot «obscurité» a trait ici à la nature spirituelle et non au côté matériel. Toutefois, dans cet âge, toutes les causes produisent leurs effets beaucoup plus rapidement que dans n'importe quelle autre période - ce qui est dû à l'accroissement du pouvoir moteur du «mal» , à mesure que les pulsations de son cycle le rapprochent d'un nouveau cycle de vérité. Ainsi, un être aimant sincèrement la race humaine peut accomplir plus en trois incarnations durant le kali yuga qu'il ne pourrait le faire en un nombre bien plus grand de renaissances au cours de n'importe quel autre âge. L'obscurité en cet âge n'est pas absolue, mais elle est plus profonde qu'en tout autre. Sa principale tendance est dans le sens de la matérialité, tempérée, à l'occasion, de quelques progrès moraux, ou scientifiques, contribuant au bien-être de l'humanité par la suppression des causes immédiates de crimes ou de maladies.

Notre terre appartient à une chaîne de sept planètes [ou globes (7)], elle seule étant sur le plan visible tandis que les six autres se trouvent sur des plans différents, et sont par conséquent invisibles. (Les autres planètes de notre système solaire appartiennent chacune à une chaîne septuple). La vague de vie descend de la plus élevée des planètes de cette chaîne [terrestre] à la plus basse, jusqu'à ce qu'elle atteigne notre terre, puis elle remonte par les trois autres planètes sur l'arc opposé ; et cela se répète sept fois (8). L'évolution des formes va de pair avec cette progression, la marée de vie portant en elle les formes minérales et végétales, jusqu'à ce que chaque globe soit prêt à son tour à recevoir la vague humaine. Notre terre est le quatrième de ces globes.

L'humanité passe de globe en globe en une série de rondes, parcourant d'abord cycliquement chaque globe et s'y réincarnant un nombre déterminé de fois. Il n'est pas permis de dire grand-chose au sujet de l'évolution humaine sur les planètes ou globes invisibles. Nous devons nous limiter uniquement à notre terre. Celle-ci, quand la vague humaine l'atteignit la dernière fois (dans notre quatrième ronde actuelle), commença à développer l'homme, par le processus de l'évolution, en le répartissant en différentes races. Chacune de ces races, une fois qu'elle a atteint, par l'évolution, le point appelé «le moment du choix» , et qu'elle a décidé de sa destinée future, en tant que race individuelle, commence à disparaître. De plus, les races sont séparées les unes des autres par des catastrophes de la Nature, telles que la submersion de continents et de grandes convulsions terrestres. Avec le développement des races coïncide celui de sens spécialisés ; c'est ainsi que notre cinquième race a déjà développé cinq sens.

Les Sages nous disent encore que les affaires de ce monde et de ses populations sont sujettes à des lois cycliques, et que, dans un cycle donné, la qualité, ou la vitesse de progression, caractérisant un cycle différent ne peut être atteinte. Ces lois cycliques se font sentir dans tous les âges. Quand les cycles s'obscurcissent, les mêmes lois continuent à agir, mais les cycles deviennent plus courts ; c'est-à-dire qu'ils ont la même longueur au sens absolu, mais qu'ils parcourent la distance donnée en une période de temps plus réduite. Ces lois imposent des restrictions aux progrès de l'humanité. Dans un cycle où tout monte et descend, les Adeptes doivent attendre que le moment soit venu pour pouvoir aider la race humaine à s'élever. Ils ne peuvent ni ne doivent interférer avec la loi karmique. Ils ne recommencent donc à travailler activement au sens spirituel que lorsqu'ils savent que le cycle s'approche de son point tournant.

En outre, ces cycles n'ont pas de lignes ni de points bien définis de départ ou d'origine, vu que l'un d'entre eux peut se terminer, ou toucher à sa fin, alors qu'un autre a déjà commencé depuis quelque temps. Ils se chevauchent et se fondent les uns dans les autres, comme le jour dans la nuit ; et c'est uniquement lorsque l'un est complètement terminé, et que l'autre a réellement commencé à produire ses fleurs, que nous pouvons nous dire dans un nouveau cycle. Illustrons ceci en comparant deux cycles adjacents à deux cercles se coupant de façon que la circonférence de l'un passe par le centre de l'autre : le moment où l'un finit et l'autre commence correspondrait à la ligne d'intersection des deux circonférences. On peut aussi représenter la progression des cycles en imaginant un homme en marche ; le chemin parcouru correspondra à la distance couverte par ses pas, et le point médian de chacun de ses pas figurera le commencement d'un cycle et l'achèvement d'un autre.

Voici maintenant comment le progrès cyclique est aidé, et comment son déclin est ensuite permis. Lorsque le cycle est ascendant, des Êtres hautement développés, connus en sanskrit sous le nom de Jñani, descendent sur terre, en venant d'autres sphères où le cycle est descendant, afin de pouvoir aider aussi au progrès spirituel de ce globe. De même, ils abandonnent notre sphère, quand notre cycle est sur le point de s'obscurcir. Ces Jñani ne doivent toutefois pas être confondus avec les Mahâtmas et les Adeptes déjà mentionnés. Le vrai but de tout théosophe sincère devrait donc être de vivre de telle façon que son influence puisse contribuer à disperser l'obscurité, afin que ces Jñani puissent revenir vers cette sphère (9).

La Théosophie enseigne également l'existence d'un milieu très éthéré, universellement répandu, qui a été appelé «lumière astrale» et «Âkâsha» . Là est conservée la trace de tous les événements passés, présents et futurs; et les effets des causes spirituelles, et de tous les actes et pensées, provenant de l'Esprit ou de la matière, y sont enregistrés. On pourrait l'appeler le «Livre de l'Ange de Justice» 

Toutefois, Âkâsha n'est pas le terme propre si on le confond avec l'éther, ou la lumière astrale des Cabalistes. L'Âkâsha est le noumène de l'éther phénoménal ou de la lumière astrale proprement dite, car L'Âkâsha est infini, indivisible, intangible, sa seule production étant le Son (10).

Et cette lumière astrale est matérielle et non spirituelle. Elle est, en réalité, le principe inférieur du corps cosmique dont l'Âkâsha est le principe le plus élevé. Elle a le pouvoir de conserver toutes les images. Ceci implique l'affirmation que chaque pensée, chaque mot, chaque acte y imprime une image. Ces images possèdent, pour ainsi dire, deux vies : d'abord, leur propre vie en tant qu'images, en second lieu, l'impression qu'elles laissent dans la matrice de la lumière astrale. Dans le domaine supérieur de cette lumière, il n'existe rien de comparable à l'espace ou au temps, au sens humain de ces termes. Chacun des événements futurs résulte des pensées et des actions des hommes, en ce sens que celles-ci créent à l'avance l'image de l'événement qui devra se produire. Les hommes ordinaires sont continuellement, sans réfléchir et méchamment, les créateurs des événements qui ne manqueront pas d'arriver, mais les Sages, les Mahâtmas et les Adeptes de la Bonne Loi ne forment que des images en harmonie avec la Loi Divine, parce qu'ils contrôlent la production de leur pensée. La lumière astrale renferme aussi tous les sons différenciés. Les élémentaux y constituent des centres d'énergie. Les ombres des êtres humains décédés, ainsi que des animaux, s'y trouvent également. Ainsi, tout voyant, toute personne en transe, peut voir dans la lumière astrale ce qu'un être quelconque a fait ou dit, comme aussi tout ce qui est arrivé à quiconque est en rapport avec lui. De là aussi l'erreur de conclure à l'identité des défunts - qui sont censés communiquer tout spécialement depuis ce plan - d'après la transmission d'informations oubliées, ou inconnues, sous forme de paroles, faits ou idées. L'on peut extraire de ce plan de matière l'image de tout être qui ait jamais vécu, et la refléter sur une surface magnétoélectrique convenable, de telle sorte qu'on la prenne pour l'apparition du décédé, en donnant lieu à toutes les sensations de poids, dureté et volume.

Au moyen de la lumière astrale, et à l'aide des élémentaux, les divers éléments matériels peuvent être extraits de l'atmosphère et précipités sur une surface plane, ou sous la forme d'un objet solide ; cette précipitation peut être rendue permanente, ou, au contraire, son pouvoir de cohésion peut être si faible qu'elle disparaît immédiatement. Mais l'aide des élémentaux ne s'obtient que par une volonté ferme, jointe à une connaissance complète des lois gouvernant leur existence. Il est inutile de donner de plus amples détails à ce sujet, d'abord parce que l'étudiant non entraîné ne comprendra pas, et ensuite parce que l'explication complète n'est pas permise, fut-elle même possible dans les limites de cette brochure.

Le monde des élémentaux est un facteur important dont il faut tenir compte dans notre monde et dans la discipline suivie par l'étudiant. Chaque pensée émise par un homme s'unit immédiatement à un élémental et échappe alors à son contrôle.

On peut aisément se rendre compte que ce processus se poursuit à chaque instant. Ainsi, chaque pensée existe en tant qu'une entité. La durée de sa vie dépend de deux choses : a) la force originelle de la volonté et de la pensée de la personne, b) le pouvoir de l'élémental qui s'y unit, et qui dépend de la classe à laquelle appartient cet élémental. Cela s'applique aussi bien aux bonnes et aux mauvaises pensées, et, comme la volonté qui sous-tend la majorité des pensées méchantes est généralement puissante, on conçoit aisément l'importance du résultat, étant donné que l'élémental n'a pas de conscience morale et qu'il emprunte sa constitution et sa direction à la pensée à laquelle il peut servir de véhicule de temps à autre.

Chaque être humain a ses propres élémentaux qui participent de sa nature et de sa pensée. Si vous fixez vos pensées sur une personne avec colère, ou dans un esprit de critique peu charitable, vous attirez à vous un certain nombre des élémentaux qui appartiennent à la faute ou faiblesse particulière critiquée, qui l'engendrent et sont engendrés par elle, et ils se précipitent sur vous. Ainsi, par suite de l'injustice de votre condamnation, purement humaine, qui ne peut connaître la source et les causes de l'action d'autrui, vous prenez immédiatement votre part de sa faute ou de sa faiblesse par votre façon d'agir, et l'esprit expulsé revient «avec sept démons pires que lui-même» (11).

Telle est l'origine du proverbe populaire : «La malédiction revient toujours sur son auteur» - sa racine se trouve dans les lois gouvernant l'affinité magnétique.

Dans le kali yuga, nous sommes hypnotisés par l'effet de l'immense masse d'images contenues dans la lumière astrale, formée de tous les actes, pensées, etc., de nos ancêtres dont la vie a tendu vers le côté matériel. Ces images influencent, par suggestion, l'homme intérieur qui en a conscience. Dans un âge plus lumineux, l'influence de ces images tendrait vers la Vérité. L'effet de la lumière astrale, telle qu'elle a été modelée et peinte par nous, subsistera tant que nous continuerons à y imprimer de telles images ; c'est de cette manière qu'elle devient notre juge et notre bourreau. Chaque loi universelle contient ainsi en elle-même les moyens de sa propre réalisation, et de la punition qui suit sa violation : elle ne requiert aucune autre autorité pour la promulguer ou appliquer ses décrets.

Par son action inhérente, la lumière astrale produit et détruit les formes. C'est le registre universel. Sa fonction principale consiste à servir de véhicule pour l'opération des lois de karma, ou le progrès du principe de vie ; elle est donc, dans un sens spirituel profond, un intermédiaire, ou un «médiateur» , entre l'homme et sa Divinité - son Esprit supérieur.

La Théosophie traite aussi de l'origine, de l'histoire, du développement et de la destinée de l'humanité.

Au sujet de l'homme, elle enseigne ce qui suit :

  1. Chaque esprit est une manifestation de l'Esprit Un, et par suite un fragment de l'ensemble. Il traverse une série d'expériences dans l'incarnation, et est destiné à se réunir finalement au Divin.
  2. Cette incarnation n'est pas unique, mais elle se répète de multiples fois, chaque individualité se réincorporant au cours d'existences nombreuses, dans des races, et sur les globes successifs de notre chaîne, et accumulant les expériences de chaque incarnation en vue de son perfectionnement.
  3. Entre deux incarnations consécutives, lorsque les éléments les plus grossiers [de l'âme] ont été expulsés, se place une période de repos et de détente réparatrice relatifs, appelée devachan, au cours de laquelle l'âme se prépare à sa nouvelle apparition dans la vie matérielle.

La constitution de l'homme se décompose de façon septuple, avec, comme grandes subdivisions : le corps, l'âme et l'esprit. Celles-ci, avec leur degré relatif de développement dans l'être, déterminent son état subjectif après la mort. La division réelle ne peut être comprise et doit rester ésotérique pour un temps, car elle requiert pour sa compréhension de disposer de certains sens qui sont encore latents en général. Si l'on suit de trop près, sans restriction conditionnelle, la division septuple actuelle, telle que l'ont donnée des auteurs théosophes (12) il en résultera des controverses ou des erreurs. Par exemple, l'Esprit n'est pas un septième principe. C'est la synthèse, ou le tout, qui est également présent dans les six autres. Telle qu'elle se présente, la division septuple, avec ses aspects variés, ne peut servir que d'hypothèse générale de travail demandant à être développée et corrigée à mesure que les étudiants avancent et se développent eux-mêmes.

L'état de repos spirituel, mais relatif, connu sous le nom de devachan, n'est pas éternel, et n'est donc pas identique au Ciel éternel du christianisme. Pas plus que l' «enfer» ne correspond à l'état connu parmi les auteurs théosophes sous le nom d'avîchi (13).

Tous ces états de souffrance sont transitoires et ont un effet purificateur. Une fois qu'il les a traversés, l'individu accède au devachan.

«L'enfer» et l'avîchi ne sont donc pas identiques. L'avîchi correspond à la «seconde mort» , puisque c'est, en fait, l'annihilation qui attend seulement le «magicien noir» , ou l'être spirituellement mauvais, ainsi que nous le verrons dans la suite.

La nature de chaque incarnation dépend du bilan établi entre le mérite et le démérite de la vie ou des vies précédentes - de la façon dont l'homme a vécu et pensé ; cette loi est inflexible et parfaitement juste.

Le «karma» - terme signifiant deux choses : la loi de causalité morale (exprimée par l'adage : «ce qu'un homme sème, il le récoltera aussi» (14), et le bilan, ou l'excès de mérite ou de démérite chez un individu quelconque -
détermine aussi les expériences principales de joie ou de peine en chaque incarnation, de sorte que ce que nous appelons « chance » est en réalité notre « dû », acquis dans une existence passée.
Le karma ne s'épuise pas entièrement en une seule existence, et une personne ne subit pas toujours en sa vie présente l'effet de tout son karma antérieur, car il se peut que, pour des causes diverses, une partie soit empêchée de se manifester. La principale de ces causes intervient lorsque l'Ego n'acquiert pas un corps capable de lui fournir l'instrument, ou l'appareil convenable, dans lequel et grâce auquel la méditation, ou la somme des pensées des vies précédentes, pourrait arriver à maturité et donner ses fruits. C'est pourquoi il est dit qu'il existe un pouvoir mystérieux dans les pensées d'un homme au cours d'une vie qui ne peut manquer de donner ses résultats, soit dans l'existence suivante, soit dans une autre, bien des vies après, c'est-à-dire dès que l'Ego aura acquis un corps susceptible de servir de foyer, d'appareil ou d'instrument pour la maturation du karma passé. Il existe également un aspect dominant, ou divergent, du pouvoir de karma dans ses effets sur l'âme, car une certaine ligne de vie ou de pensée pourra influencer l'âme dans ce même sens pendant parfois trois incarnations, avant que l'effet bienfaisant, ou mauvais, d'une autre espèce de karma puisse se faire sentir. Il ne s'ensuit pas non plus que chaque fragment minuscule de karma doive être éprouvé dans le même détail que lorsqu'il fut produit, car plusieurs sortes de karma peuvent se manifester à un même moment de l'existence et produire ainsi, par leurs effets combinés, un résultat qui, tout en représentant dans sa globalité strictement tous les éléments qu'il renferme, n'en constitue pas moins un karma différent de celui de chaque partie constituante prise isolément. On peut considérer cela comme l'assimilation de l'effet postulé des diverses espèces de karma en jeu.

Le processus évolutif, jusqu'à la conjonction avec le Divin, consiste en une élévation marquée par des degrés successifs, d'un niveau de pouvoir et d'utilité à un autre. Les êtres les plus évolués qui sont encore incarnés sont connus sous les noms de Sages, Rishi, Frères, Maîtres. Leur fonction principale consiste à préserver de tout temps, et à étendre, lorsque les lois cycliques le permettent, la connaissance et l'influence spirituelles.

Quand l'union avec le Divin est réalisée, tous les événements et toutes les expériences de chaque incarnation sont connus.

Quant au processus de développement spirituel, voici ce qu'enseigne la Théosophie :

Premièrement : l'essence du progrès consiste à assurer la suprématie à l'élément le plus élevé, le plus spirituel de la nature humaine ;

Deuxièmement : ce but s'atteint notamment de quatre façons :

  • a) par l'éradication complète de l'égoïsme, sous toutes ses formes, et le développement en soi d'une sympathie, large et généreuse, pour le bien d'autrui, avec un effort en vue d'y contribuer ;
  • b) par la culture systématique de l'homme spirituel intérieur, au moyen de la méditation, de l'élévation vers le Divin et la communion avec Lui, et de l'exercice du genre décrit par Patañjali (15) comme étant un effort continu en vue d'un but idéal ;
  • c) par la maîtrise des appétits et des désirs de la chair, tous les intérêts matériels inférieurs étant délibérément subordonnés aux ordres de l'Esprit ;
  • d) par l'accomplissement scrupuleux de tous les devoirs inhérents à notre condition dans la vie, sans aucun désir de récompense, et en abandonnant les résultats à la Loi divine.

Troisièmement : bien que ce qui précède incombe à tout homme à disposition religieuse, et soit à la portée de sa pratique, il est possible d'atteindre à un plan encore plus élevé de réalisation spirituelle, à condition de suivre une discipline spécifique d'entraînement physique, intellectuel et spirituel, par laquelle les facultés intérieures sont tout d'abord éveillées, puis développées.

Quatrièmement : un développement encore plus poussé de ce processus est atteint au niveau de l'Adepte, du Mahâtma, ou dans les états de Rishi, de Sage et de Dhyân Chohan, qui constituent tous des stades sublimes atteints par une voie de laborieuse discipline personnelle et de grandes tribulations, poursuivie parfois durant de nombreuses incarnations, et comprenant de multiples degrés d'initiation et d'avancement, au delà desquels se trouvent encore d'autres stades se rapprochant de plus en plus du Divin.

Quant à l'explication raisonnée du développement spirituel, la Théosophie affirme ce qui suit :

Premièrement : le processus s'accomplit entièrement dans l'individu lui-même, le motif, l'effort et le résultat procédant de sa propre nature intérieure, selon les lignes de son évolution personnelle.

Deuxièmement : pour personnel et interne qu'il soit, ce processus n'est pas privé d'aide, puisqu'il n'est possible, en fait, que grâce à une communion intime avec la source suprême de toute force.

Concernant le degré d'avancement dans les incarnations, voici les théories qu'elle avance :

Premièrement : même une simple connaissance intellectuelle de la vérité théosophique a une grande valeur, car elle prépare l'individu à s'élever d'un degré dans sa prochaine vie sur terre, en lui donnant une impulsion en ce sens.

Deuxièmement : l'on gagne encore plus par une carrière de devoir, de piété et de bienfaisance.

Troisièmement : une avance plus marquée encore est possible en usant d'une façon attentive et dévouée des moyens de culture spirituelle exposés précédemment.

Quatrièmement : chaque race et chacun de ses individus atteignent au cours de l'évolution un moment appelé le «moment du choix» , où ils décident eux-mêmes de leur destinée future par un choix délibéré et conscient entre la vie éternelle et la mort, ce droit de choisir étant l'apanage exclusif de l'âme libre. Il ne peut s'exercer avant que l'homme ne soit arrivé à une réalisation de l'âme en lui-même, ni avant que cette âme n'ait atteint une certaine mesure de conscience de soi-même dans le corps. Ce moment du choix n'est pas une période définie dans le temps ; il résulte de tous les moments, mais il ne peut se présenter que si toutes les vies précédentes l'ont préparé. Pour la race humaine en général, il n'est pas encore venu. Tout individu peut hâter pour lui-même l'avènement de cette période selon la loi de la maturation du karma, exposée précédemment. Si alors il ne choisit pas bien, il n'est pas irrémédiablement condamné, car l'économie de la Nature prévoit qu'il aura encore, à maintes reprises, l'opportunité de choisir, jusqu'à ce que vienne le moment pour toute l'humanité. Après cette époque, la race humaine ayant atteint sa floraison marchera vers sa dissolution. Quelques individus auront dépassé son degré de progrès et auront atteint l'Adeptat ou l'état de Mahâtma. La grande masse des êtres qui auront bien choisi, mais qui n'auront pas atteint le salut, passeront dans l'état subjectif pour y attendre l'influx de la vague de vie humaine entrant dans le globe suivant, où ils constitueront les premières âmes à l'habiter ; ceux qui auront délibérément choisi le mal, qui auront passé leur vie dans une profonde méchanceté spirituelle (le mal accompli par pur amour du mal per se) rompront le lien les rattachant à l'Esprit Divin ou à la Monade, qui dès lors abandonnera à jamais l'Ego humain. Ce sont de tels Ego qui accèdent alors, pour autant que nous puissions le comprendre, à la souffrance de la huitième sphère, pour y séjourner jusqu'à ce que soit consommée la séparation entre ce qu'ils avaient ainsi cultivé et l'Îshvara personnel, ou l'étincelle divine. Mais les Maîtres ne se sont jamais expliqués clairement sur ce point, et ont toujours refusé d'y répondre pour nous d'une façon concluante. Au manvantara suivant, cette étincelle divine recommencera probablement son long pèlerinage évolutif : replongée dans le fleuve de vie à sa source, elle devra remonter par toutes les formes inférieures.

Aussi longtemps que le lien avec la Monade divine n'est pas rompu, cette annihilation de la personnalité ne peut se produire. Il subsistera toujours quelque chose de cette personnalité qui restera attaché à l'Ego immortel. Même après cette rupture, l'être humain peut continuer de vivre, homme parmi les hommes, comme un être sans âme. Cette déception, pour ainsi dire, infligée à l'étincelle divine, en la privant de son véhicule choisi, constitue le «péché contre le Saint Esprit» qui, de par sa nature même, est impardonnable, car la Monade ne peut rester associée à des principes qui sont dégradés et viciés, dans un sens absolu, à tel point qu'ils ne peuvent plus répondre aux impulsions cycliques et évolutives, mais sombrent au plus profond de la matière, entraînés par leur propre nature. Une fois brisée, la connexion ne peut plus, de par le caractère même de l'Être, se renouer. Mais d'innombrables chances de retour s'offrent à l'individu tout au long du processus de dissolution qui dure des milliers d'années.

Il est également un genre de destinée pouvant survenir même à des Adeptes de la Bonne Loi, qui est assez semblable à une perte du «Ciel» , après en avoir joui pendant des périodes de temps incalculables. Quand l'Adepte a atteint un certain point très élevé dans son évolution, il a le loisir, par un simple vœu, de devenir ce que les hindous appellent un «deva» - ou un dieu mineur (16). Dans ce cas, bien qu'il puisse jouir de la félicité et du pouvoir inhérents à cet état, pendant une durée immense, il ne participera pas, à la venue du prochain pralaya, à la vie consciente «dans le sein du Père» , mais il devra descendre dans la matière à l'aube de la «création» suivante, pour y accomplir certaines fonctions qu'il ne serait pas possible d'expliquer actuellement, et il lui faudra remonter à travers le monde élémental ; toutefois, cette destinée n'est pas comparable à celle du magicien noir qui tombe en avîchi. L'Adepte peut aussi, entre les deux, choisir un état intermédiaire, et devenir un Nirmânakâya, c'est-à-dire un être qui renonce à la béatitude du nirvâna et mène une existence consciente en dehors de son corps après la mort, dans le but d'aider l'humanité. C'est là le plus grand sacrifice qu'il puisse faire pour le genre humain. Quant à l'étudiant, par sa progression d'un degré d'intérêt et de perfection relative à un autre, comme nous venons de l'exposer, il hâte l'avènement du moment du choix, après quoi sa vitesse de progrès s'accroît intensément.

On peut ajouter que la Théosophie est le seul système religieux et philosophique qui offre une explication satisfaisante aux problèmes posés par les points suivants :

  • 1) La finalité, l'utilité et le peuplement des planètes autres que la terre, qui servent à compléter et à prolonger le cycle évolutif, et comblent la mesure d'expérience universelle requise par les âmes.
  • 2) Les cataclysmes géologiques de la terre ; l'absence fréquente de types intermédiaires dans sa faune ; l'existence de vestiges, architecturaux ou autres, de races maintenant disparues, au sujet desquels la Science ordinaire ne peut offrir que de vaines conjectures ; la nature des civilisations éteintes, et les causes de leur disparition ; la persistance de la sauvagerie et le développement inégal des civilisations existantes ; les différences, physiques et internes, entre les diverses races d'hommes ; la ligne de développement futur.
  • 3) Les contrastes et convergences des religions du monde, et la base commune sur laquelle elles reposent
  • 4) L'existence du mal, de la souffrance et de l'affliction, énigme indéchiffrable pour le simple philanthrope ou le théologien.
  • 5) Les inégalités dans les conditions et privilèges sociaux ; les contrastes frappants entre richesse et pauvreté, intelligence et stupidité, culture et ignorance, vertu et vice ; l'apparition d'hommes de génie dans des familles qui en étaient privées, comme aussi d'autres faits qui contredisent la loi de l'hérédité ; les cas fréquents où le milieu est complètement inadapté aux individus qui y vivent, au point d'aigrir le caractère, entraver les aspirations et paralyser les efforts ; l'antithèse violente entre le caractère et la condition ; l'accident qui arrive, le malheur et la mort prématurée - tous problèmes que seules peuvent expliquer la théorie courante du caprice divin ou les doctrines théosophiques du karma et de la réincarnation.
  • 6) La possession par certains individus de pouvoirs psychiques tels que la clairvoyance, la clairaudience, etc., ainsi que les phénomènes de psychométrie et de statuvolisme (17).
  • 7) La vraie nature des phénomènes authentiques du spiritisme, et l'antidote approprié contre la superstition et l'espérance exagérée.
  • 8) L'incapacité des religions classiques à étendre grandement leur cercle d'influence, à réformer les abus, réorganiser la société, répandre l'idée de la fraternité, mettre fin au mécontentement, diminuer le crime et élever l'humanité ; et leur flagrante insuffisance pour réaliser dans la vie des individus l'idéal qu'elles soutiennent publiquement.

NOTES :

  • (1). [Ce mot (généralement orthographié Parabrahman) apparaît plus loin sous la forme Parabrahma, avec le sens de «Suprême Brahman» .]
  • (2). [La littérature moderne utilise généralement le terme sous la forme Brahman}
  • (3). [Sur les «désirs de l'âme individuelle» , voir La Lumière sur le Sentier, p.28.]
  • (4). [Allusion au pouvoir de perception propre à l'âme (Purusha dans l'homme). Voir Patañjali, Aphorismes du Yoga, II, 20.]
  • (5). [Voir particulièrement le Livre 3 des Aphorismes du Yoga.]
  • (6). [Plus exactement, à la mort de Krishna, le 17-18 février 3102 avant J.-C.]
  • (7). [Le passage cyclique de la vague de vie successivement sur les 7 globes est appelé  «ronde» , l'évolution complète d'une chaîne planétaire comptant un total de 7 «rondes» . Voir L'Océan de Théosophie, chap. 3.]
  • (8). [Pour éviter toute confusion avec les autres planètes physiques du système solaire, le terme «globes» est préféré pour désigner les 7 constituants d'une chaîne planétaire, comme la chaîne terrestre.]
  • (9). [Dans les Lettres qui m'ont aidé (Livre 2, lettre 2, p. 104), Judge évoque cette nécessaire contribution des théosophes au retour de ces grands Sages (orthographiés Gnani), «disparus depuis longtemps de notre sphère» .]
  • (10). Âkâsha, dans le mysticisme de la philosophie ésotérique, est, à proprement parler, le  « Saint Esprit» , de caractère féminin, le «Son» ou la parole étant le Logos - le Verbe manifesté de la Mère non manifestée. Voir Sâmkhyasâra, préface, pages 33 et seq..
  • (11). [Allusion à Matthieu, 12, 43-45.]
  • (12). [Particulièrement, A.P. Sinnett dans Le Bouddhisme ésotérique.]
  • (13). [Voir L'Océan de Théosophie, p. 112.]
  • (14). [St Paul, Galates, 6, 7.]
  • (15). [Aphorismes du Yoga, 1, 13-14.]
  • (16). [Voir Échos de l'Orient, note 78, p. 93.]
  • (17). [En anglais : «statuvolism» . Selon l'Oxford English Dictionary (Compact Edition), il s'agirait d'un somnambulisme artificiel produit par ce qu'on appelait antérieurement mesmérisme, ou magnétisme animal. Le mot évoque encore une forme lente d'auto-magnétisation, ou bien de magnétisation par persuasion.]

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