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  • Divin, Evolution cyclique

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Échos de l'Orient (2)

[Les chapitres 7 à 12 sont ci-dessous]

Chapitre 7

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Un vieil argument en faveur de l'existence d'un Dieu extra-cosmique et personnel est cette intelligence même qui semble pénétrer la Nature, d'où on tire la conclusion qu'il doit exister un être qui en serait le guide intelligent. Mais la Théosophie n'admet pas un tel Dieu, car il n'est ni nécessaire, ni possible. Il y a trop de signes évidents de l'implacabilité avec laquelle agit la nature pour que nous puissions longtemps chérir l'idée d'un Dieu personnel. Nous voyons les tempêtes se déchaîner et s'abattre sur les bons comme les mauvais, les tremblements de terre ne faire aucune distinction d'âge, de sexe ou de rang: chaque fois qu'une loi naturelle doit agir, elle le fait sans se soucier de la douleur ou du désespoir des hommes.

En postulant l'existence de hiérarchies comme celles auxquelles j'ai déjà fait allusion, la Religion-Sagesse n'évoque pas pour autant l'image d'un Dieu personnel. La différence entre le Dieu personnel - disons Jéhovah, par exemple - et les Lipika, avec les armées des Dhyan Chôhan, est très grande. La loi et l'ordre, le bons sens, la convenance et le progrès sont tous soumis à Jéhovah, et peuvent même parfois s'effacer complètement si telle est sa bienfaisante volonté, tandis que, selon la Religion-Sagesse, les Dhyan Chôhan ne peuvent que suivre les lois immuables, tracées de toute éternité dans le Mental Universel - et ils le font d'une façon intelligente, car ils sont
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en fait des hommes devenus des dieux. Comme ces lois éternelles sont d'une énorme portée, et que la Nature par elle-même est aveugle, les hiérarchies - les armées qui se tiennent aux quatre angles - doivent guider le progrès évolutif de la matière.

Afin de mieux saisir la doctrine, prenons une période de manifestation(24) comme celle où nous sommes actuellement. Elle a débuté il y a des millions de millions d'années, en succédant à une vaste période d'obscurité, ou d'hibernation, qu'on appelle Chaos dans le système chrétien. Et avant cette période de sommeil, d'autres périodes d'activité (ou de manifestation) se sont succédé dans l'éternité. Au cours de ces périodes antérieures de déploiement d'énergie et d'activité, s'est poursuivi le même processus évolutif d'où sont issus de grands êtres - des hommes élevés à un état de perfection, et devenus ce que sont pour nous des dieux, après avoir collaboré à d'innombrables évolutions dans ce passé éternel. Ils sont devenus des Dhyan Chôhan, et ont participé à toutes les phases d'évolutions ultérieures. Tel est le grand objectif vers lequel doit tendre une âme humaine: en comparaison, la piètre (et impossible) récompense du Ciel chrétien se réduit à bien peu de chose.
Il ne faut pas tomber dans l'erreur de limiter au cadre de notre misérable terre ces grandes périodes évolutives
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et les êtres dont j'ai parlé. Nous ne sommes qu'une partie de la chaîne(25): il y a d'autres systèmes, d'autres espaces où s'exercent l'énergie, la connaissance et la puissance. Dans la mystérieuse Voie Lactée, existent des domaines, vastes par leurs dimensions, et à des distances inconcevables, où il y a place pour bien des systèmes comme le nôtre; et au moment même où nous sommes à observer l'ensemble des étoiles, il y a ici ou là un point du ciel où l'immense nuit de la mort s'étend implacablement sur un système qui autrefois avait connu son plein épanouissement.

Il est vrai que, soumis à la loi comme ils le sont, ces grands êtres peuvent parfois sembler impitoyables. Dans certains cas, le jugement d'un mortel pourrait trouver sage ou juste de sauver une ville de la destruction, une nation de la décadence, ou une race de l'extinction totale. Mais si une telle destinée est le résultat naturel d'actions accomplies jadis, ou constitue un pas nécessaire dans la course cyclique, rien ne peut la changer. Ainsi que l'a écrit l'un des Maîtres de cette noble Science :

«Nous n'avons jamais prétendu pouvoir entraîner des nations entières dans telle ou telle crise, en dépit du cours général des relations cosmiques du monde. Les cycles doivent suivre leur cours. Des périodes de lumière et d'obscurité mentales et morales se succèdent comme le jour succède à la nuit. Les yuga(26) majeurs et mineurs doivent s'accomplir selon l'ordre établi

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des choses. Et nous, portés par la marée puissante, ne pouvons que modifier et diriger certains de ses courants mineurs. Si nous possédions les pouvoirs du Dieu personnel imaginaire, et si les lois immuables n'étaient qu'un jeu entre nos mains, alors, vraiment, nous aurions pu créer des conditions qui auraient fait de cette terre une Arcadie pour les âmes supérieures.»(27)

II en est de même pour les cas individuels (sans excepter ceux qui sont en rapport direct avec un Adepte ou un autre): la loi ne peut être violée. Le karma exige que telle et telle chose arrive à un individu, et le plus grand Dieu ou le plus humble Adepte ne peut lever le doigt pour l'empêcher. Il peut se faire qu'une nation ait accumulé à son passif une masse énorme de mauvais karma. Son sort est scellé en tant que nation, et elle peut bien compter dans son nombre de nobles individus - de grandes âmes, peut-être même des Adeptes - rien ne peut la sauver, et elle disparaîtra «comme une torche plongée dans l'eau».

Ainsi finit l'ancienne Égypte, dont nul homme moderne ne sait rien de la gloire passée. Bien que pour nous elle fasse son apparition dans le ciel de l'histoire comme un soleil à son apogée, elle a eu sa période de croissance où de puissants Adeptes occupaient le trône, et guidaient le peuple. Peu à peu, elle a fini par atteindre un haut degré de pouvoir, puis son peuple tomba sous l'emprise de la matière; les Adeptes se sont retirés, de faux Adeptes les ont remplacés, et progressivement sa gloire a pâli, jusqu'à ce que finalement la lumière de l'Égypte se
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changeât en obscurité. La même histoire s'est répétée en Chaldée et en Assyrie, comme aussi sur notre propre sol américain. Ici même, une grande et splendide civilisation s'épanouit autrefois, pour disparaître à son tour, comme les autres. Et le fait qu'un magnifique développement de civilisation soit en train de recommencer ici illustre aux yeux du théosophe l'une des activités de la juste et parfaite loi de karma, mais ne représente qu'une des opérations mystérieuses d'une irresponsable providence, pour ceux qui croient à un Dieu personnel, qui alloue aux bons Chrétiens la terre qui appartenait à d'autres hommes(28). L'essor de la nation américaine a un rapport mystérieux, mais réel et puissant, avec le passé extraordinaire des Atlantes. C'est là une des grandes histoires esquissées dans le livre de la destinée par les Lipika dont j'ai parlé la semaine dernière.

Chapitre 8

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Parmi les Adeptes, l'ascension et la chute des nations et civilisations sont des sujets étudiés en rapport avec les grands mouvements cycliques, car pour eux il existe une relation indissoluble entre l'homme et tout événement se produisant sur notre globe - non seulement les changements ordinaires en politique et vie sociale, mais aussi tout ce qui arrive dans les règnes minéral, végétal, et animal. Les altérations survenant dans les saisons se produisent pour l'homme, et par son intermédiaire; les grands soulèvements de continents, les mouvements d'immenses glaciers, les terrifiantes éruptions volcaniques, les crues soudaines de grands fleuves surviennent tous pour l'homme et par son influence, qu'il en ait conscience ou non, qu'il soit présent ou absent. Et les Adeptes parlent de grands changements dans l'inclinaison de l'axe des pôles terrestres - changements passés et futurs, toujours dus à l'homme.

Cette doctrine est incompréhensible pour le 19e siècle occidental, car les faits évoqués échappent à l'observation; elle est opposée à la tradition et contredite par l'enseignement courant. Mais le théosophe qui a dépassé les stades élémentaires sait qu'elle est la vérité néanmoins.«Quel rapport peut-il exister», demande celui qui fait de la science une religion, «entre l'homme et le tremblement de terre de Charleston, ou les chutes de poussières cosmiques qui envahissent notre atmosphère? Aucun.»
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Mais l'Adepte, qui se tient sur les hauteurs prodigieuses d'où il contemple les siècles, voit se dérouler les cycles majeurs et mineurs, influencés par l'homme, et produisant leurs bouleversements pour sa punition, sa récompense, son expérience et son développement.

Il n'est pas nécessaire pour l'instant d'essayer d'expliquer comment les pensées et les actes des hommes opèrent des changements dans les choses matérielles; je le poserai ici en dogme, si vous voulez, dont l'élucidation se fera plus tard.

Le grand sujet des cycles qui vient d'être effleuré nous amène à considérer un fait des plus troublants qu'affirment les Adeptes théosophes. Selon eux, les cycles dans leur déroulement sont en train de ramener à la surface, aux États-Unis, et en Amérique en général, une grandiose civilisation oubliée depuis onze mille ans, ou davantage, ainsi que les hommes mêmes, les monades (ou Ego, comme ils les appellent) qui avaient contribué, dans ce passé si reculé, à la développer et à l'amener jusqu'à son éclat final. En fait, nous qui, en ce 19e siècle, apprenons chaque jour de nouvelles découvertes et inventions, et rêvons de grands progrès partout en art et en science, sommes les mêmes individus que ceux qui ont été incarnés dans la race des Atlantes, puissants et brillants aussi bien que méchants, dont le nom a été à jamais immortalisé par l'Océan Atlantique(29). Les Européens sont aussi des
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monades de cette race; mais la fleur, pour ainsi dire, de cette renaissance, ou résurrection, apparaît et doit s'épanouir sur le continent américain. Je ne dis pas les États-Unis car, peut-être, lorsque le soleil de notre puissance se sera levé à nouveau, n'y aura-t-il plus d'États-Unis pour en être éclairés.

Naturellement, pour pouvoir accepter le moins du monde cette théorie, il est essentiel de croire aux doctrines théosophiques jumelles du karma et de la réincarnation. Pour moi, elle paraît tout à fait évidente: j'ai comme l'impression de voir les Atlantes dans ces citoyens de l'Amérique, assoupis et ne se rendant pas bien compte de ce qu'ils sont, mais pourtant pleins des idées de ces Atlantes, qu'ils sont empêchés d'exprimer entièrement et clairement par l'effet de leur actuel héritage physique et mental qui paralyse et enchaîne l'homme puissant qui se cache en eux. Ici encore, c'est karma-Némésis qui nous punit par ces humiliantes limitations, paralysant notre pouvoir et frustrant pour le moment notre ambition. Et cela parce que, jadis, incarnés dans des corps d'Atlantes, nous avons fait le mal, non pas la simple méchanceté sordide de notre temps, mais de hauts faits dans la voie du mal, tels que saint Paul en a attribué à des êtres spirituels inconnus, vivant en des lieux élevés(30). Nous avons dégradé des choses spirituelles et appliqué à de vils
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usages des pouvoirs puissants sur la Nature; nous avons fait in excelsis ce qui correspond aujourd'hui à la glorification de la richesse, des biens matériels et de l'«individu», aux dépens du côté spirituel, et en rabaissant l'Homme dans sa grandeur - l'Humanité. Nous en subissons maintenant les conséquences dans notre incapacité actuelle à atteindre ce que nous désirons, ou à éloigner de notre société le poids écrasant de la pauvreté. Nous n'en sommes encore qu'aux tâches de préparation, même si nous sommes tentés de vanter notre développement américain, qui est pourtant encore bien fruste.

C'est en cela que réside la signification essentielle de notre cycle. C'est une phase préparatoire, qui doit comporter une large part de destruction nécessaire; car avant de procéder à la construction, il nous faut passer par une certaine désintégration. Ici, en Amérique, nous sommes engagés dans la préparation d'une race(31) nouvelle destinée à manifester à la perfection les splendeurs qui, comme je l'ai dit, sont en train d'être ramenées lentement à la surface, du fond d'un passé depuis longtemps oublié. C'est pourquoi l'on voit les Amériques en perpétuelle effervescence. C'est le bouillonnement et la fermentation des vieilles races dans le creuset d'affinage, et la lente montée à la surface des matériaux pour la race nouvelle. Ici, et nulle part ailleurs, se rencontrent des hommes et des femmes de toutes races vivant ensemble, gouvernés ensemble, s'attaquant ensemble aux obstacles de la nature et aux problèmes de la vie, et donnant naissance à des enfants, en qui se combinent chaque fois deux races. Ce
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processus se poursuivra jusqu'au moment où, dans de nombreuses générations, sera produite sur les continents américains une race entièrement nouvelle avec de nouveaux corps, de nouvelles tendances intellectuelles, de nouveaux pouvoirs du mental, des facultés psychiques étonnantes, encore insoupçonnées, comme aussi d'extraordinaires pouvoirs physiques, ainsi que des nouveaux sens et une extension aujourd'hui imprévisible des sens actuels. Quand cette nouvelle espèce de corps, ainsi que de mental, aura été générée, d'autres monades, ou les nôtres à nouveau, les animeront et projetteront sur l'écran du temps les images d'il y a 100.000 ans.

Chapitre 9

En traitant de ces doctrines, on est obligé, de temps en temps, d'étendre largement la portée et le sens de nombreux mots de notre vocabulaire. Le terme «race» est l'un de ceux-là. Dans le système théosophique qu'ont donné les sages d'Orient, il est question de sept grandes races. Chacune d'elles comprend une multiplicité de ce qu'on appelle races dans notre ethnologie moderne. D'où la nécessité de distinguer sept grandes races-racines, des sous-races, des races-familles et d'innombrables embranchements raciaux. La race-racine se ramifie en sous-races, lesquelles se divisent en races-familles, mais toutes sont englobées dans la grande race-racine en voie de développement.

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L'apparition de ces grandes races-racines se produit toujours exactement lorsque le développement du monde le permet. Pendant que le globe se formait, la première race-racine était plus ou moins éthérée et ne possédait pas un corps tel que celui que nous habitons actuellement. Le milieu cosmique se densifia et la seconde race apparut et, peu après, la première disparut complètement. Puis la troisième entra en scène, après une immense période de temps où la seconde avait progressivement développé les corps requis pour la troisième. À l'avènement de la quatrième race-racine, il est dit que la forme humaine actuelle était élaborée, bien qu'elle fût gigantesque, et différât de la nôtre à certains points de vue. C'est à partir de ce point — la quatrième race — que le système théosophique commence à parler de l'homme en tant que tel.
Voici comment l'ancien livre cité par Mme Blavatsky(32), explique ce fait :

«AINSI, DEUX PAR DEUX SUR LES SEPT ZONES, LA TROISIÈME RACE DONNA NAISSANCE À LA QUATRIÈME... . ET
«LA PREMIÈRE RACE SUR CHAQUE ZONE ÉTAIT COULEUR DE LUNE; LA SECONDE, JAUNE COMME L'OR; LA TROISIÈME ROUGE ; LA QUATRIÈME BRUNE - ELLE DEVINT NOIRE DE PÉCHÉ.» (33).

Dans son Anthropologie, Topinard va dans ce sens lorsqu'il déclare qu'il y a trois couleurs fondamentales
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dans l'organisme humain: le rouge, le jaune et le noir. La race brune, qui devint noire de péché, renvoie à la race des sorciers Atlantes dont j'ai parlé dans mon dernier article (ses pratiques terriblement néfastes, sur le plan mental autant que physique(34), ayant produit un changement dans la couleur de la peau).

L'évolution de ces sept grandes races couvre bien des millions d'années, et il ne faut pas oublier que, lorsque la race nouvelle est complètement développée, la précédente disparaît, car ses monades se sont graduellement réincarnées dans les corps de la nouvelle race. La présente race-racine à laquelle nous appartenons est la cinquième - quelle que soit la sous-race ou la race-famille dans laquelle nous pouvons éventuellement nous trouver. Elle est devenue une race séparée, distincte et complètement définie, il y a environ un million d'années, et il lui reste encore bien des années à servir avant que la sixième paraisse sur la scène. Cette cinquième race comprend aussi toutes les nations d'Europe, car elles constituent ensemble une race-famille et ne doivent pas être considérées séparément les unes des autres.

Ce processus qui conduisit à former le fondement (ou la grande colonne vertébrale) de la race appelée à amener la sixième sur la scène - et qui se poursuit comme je l'ai dit, dans les Amériques - est pour nous une lente opération. Car nous sommes limités par notre incapacité à juger ou à compter autrement que par référence à des repères: le rassemblement progressif des nations, et les
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croisements maintes fois répétés de leur descendance, conduisant à produire quelque chose de nouveau dans la lignée humaine, tout cela est si graduel qu'on peut avoir l'impression qu'il n'y a presque aucun progrès. Néanmoins, ce changement et cette évolution se poursuivent sans cesse, et l'observateur très attentif peut en percevoir des indices révélateurs. Un fait mérite de retenir l'attention. C'est la faculté d'invention dont font preuve les Américains. Nos savants n'y attachent pas grande importance, mais l'Occultiste y voit une preuve que le cerveau de ces inventeurs est plus réceptif aux influences et images du monde astral que celui des nations plus anciennes. Diverses personnes compétentes m'ont rapporté des cas d'enfants, garçons et filles, naissant avec des facultés tout à fait anormales (dans le domaine du langage, de la mémoire, etc.); j'ai été moi-même le témoin de certains d'entre eux. Tout cela se produit en Amérique, et très souvent dans l'Ouest. Il y a plus de nervosité chez nous que dans les nations plus anciennes. On en donne comme raison la vie fiévreuse et agitée de notre civilisation ; mais, en réalité, cette explication n'a pas de sens, car la question demeure: «Pourquoi y a-t-il tant de précipitation, d'impulsion et de changement aux États-Unis?» Ces arguments habituels tournent en rond, puisqu'ils laissent dans l'ombre la raison essentielle, si familière au théosophe: l'évolution humaine qui se poursuit là, sous nos yeux, en accord avec les lois cycliques.

Les Adeptes théosophes croient à l'évolution, mais non à celle qui prétend nous donner un singe comme ancêtre. Leur système, large et universel, est parfaitement capable de rendre compte de l'existence de muscles rudimentaires
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et de traces d'organes, qu'on ne trouve développés complètement que dans le règne animal, sans avoir à faire appel à une créature pithécoïde comme ancêtre de l'homme, car ils dévoilent le processus graduel d'édification du temple à l'usage de l'Ego divin, qui se poursuit sans cesse, dans le silence, au fil des âges, et progresse en spirale parmi toutes les formes de la Nature, dans chaque règne, depuis le minéral jusqu'au plus élevé. Telle est la véritable explication de l'ancienne doctrine juive, maçonnique et archaïque, disant que le temple du Seigneur n'est pas érigé de main d'homme, et qu'on n'y entend aucun bruit de construction.

Chapitre 10

II convient maintenant de dire plus nettement que je ne l'ai fait jusqu'à présent quelques mots à propos des deux classes d'êtres, dont l'une a été fort discutée dans la littérature théosophique, ainsi que par des personnes extérieures (lesquelles traitent du sujet avec sérieux ou dérision, selon le cas). Ces deux classes d'êtres très élevés sont les Mahâtmas et les Nirmânakâya.

Au sujet des Mahâtmas beaucoup de notions erronées circulent, non seulement dans le public mais aussi parmi les théosophes du monde entier.

Dans les premiers temps de la Société Théosophique, on ne parlait pas de Mahâtmas: on disait alors «Frères», pour indiquer qu'ils formaient un groupement d'hommes
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appartenant à une fraternité de l'Orient. Ceux qui croyaient à leur existence leur attribuaient les pouvoirs les plus merveilleux, et parfois les motifs les plus extraordinaires. Ils étaient capables en un clin d'oeil de se transporter dans toutes les parties du monde. À travers la grande distance qui sépare l'Inde de ce pays, ils pouvaient matérialiser des lettres adressées à leurs amis et disciples de New-York. Beaucoup de gens pensaient que s'ils accomplissaient ces choses c'était pour amuser la galerie; pour d'autres, c'était pour mettre les fidèles à l'épreuve; d'autres encore supposaient que les Mahâtmas agissaient ainsi par pur plaisir d'exercer leur pouvoir. Les spirites, dont certains croyaient à la réalité des phénomènes surprenants attribués à MmeBlavatsky, affirmèrent alors qu'elle n'était qu'un médium, et rien d'autre, et que les Frères dont elle parlait étaient des esprits familiers des séances spirites. Pendant ce temps-là, la presse, en général, tournait les choses en dérision, mais MmeBlavatsky et ses amis théosophes poursuivirent leur travail, sans jamais renoncer à leur croyance dans les Frères, qu'on se mit à appeler Mahâtmas, au bout de quelques années. Sans faire de distinction avec ce mot, on a aussi adopté le terme Adepte pour désigner les mêmes êtres, si bien qu'on voit ces deux titres employés d'une façon imprécise, et qui porte à confusion.

Le mot Adepte évoque compétence experte. Il est d'usage assez courant, de sorte que, si on l'utilise pour l'appliquer aux Frères, il est nécessaire de l'assortir de quelque description. C'est pour cette raison que j'ai employé l'expression Adeptes théosophes dans un article précédent. Un Mahâtma n'est pas seulement un Adepte,
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mais bien plus que cela. L'étymologie de ce terme (qui est purement sanskrit) en dévoile la portée: il signifie Grande Âme, de mahâ, grand, et âtma, âme. Ce qui ne veut pas dire simplement un homme au noble cœur, mais un être devenu parfait, qui a atteint l'état fréquemment décrit par les mystiques(35) (et nié, comme une impossibilité, par les hommes de science), état où le temps et l'espace cessent d'être un obstacle à la vision, à l'action, à la connaissance ou à la conscience. C'est pourquoi on les dit capables d'accomplir les faits extraordinaires relatés par diverses personnes, et de posséder aussi des informations d'ordre tout à fait pratique concernant les lois de la Nature, y compris ce mystère que constitue pour la Science la vie elle-même - dans sa signification, ses opérations et sa constitution - ainsi que la genèse de notre planète et des races qui l'habitent.

Ces vastes prétentions ont donné lieu au principal reproche soulevé contre les Adeptes théosophes par les auteurs extérieurs à la Société qui ont abordé la question: comment ces êtres, s'ils existent vraiment, peuvent-ils rester dans un état de froide quiétude égoïste en voyant la misère et en entendant les gémissements du monde, et refuser de tendre une main secourable, si ce n'est à quelques rares favorisés? Et comment, possédant la connaissance de principes scientifiques ou de préparations médicinales capables de guérir, la gardent-ils pour
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eux sans la communiquer aux hommes instruits, ou aux riches capitalistes qui désirent le développement du commerce, tout en retirant l'honnête bénéfice qu'il procurerait? Bien que, pour ma part, je croie fermement - sur la foi de preuves qui m'ont été données(36) - à tous les pouvoirs prêtés à ces Adeptes, je soutiens que le grief soulevé contre eux n'est pas fondé, sachant qu'il est dû à un manque de connaissance concernant ceux qu'on accuse.

Les Adeptes et les Mahâtmas ne sont pas les produits d'un développement miraculeux, ni les successeurs égoïstes de certains êtres qui seraient tombés par hasard sur de grandes vérités et les auraient transmises à des fidèles, en en gardant les droits exclusifs de propriété. Ce sont des êtres humains, entraînés, développés, cultivés, pendant une durée qui ne couvre pas une seule existence mais une longue série de vies, en suivant toujours les lois de l'évolution, et en se conformant tout à fait à ce qu'on voit se produire parmi les hommes du monde ou de la science. Tout comme un Tyndall est plus grand qu'un sauvage, en demeurant toujours un homme, le Mahâtma, sans cesser d'être humain, est encore plus grand qu'un Tyndall(37). L'Adepte-Mahâtma est le résultat d'une croissance naturelle, et n'est pas produit par un miracle; le processus qu'il a suivi pour le devenir peut ne pas nous
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être familier, mais il est strictement dans l'ordre de la Nature.

Il y a quelques années, un Anglo-Indien(38) bien connu, demanda par écrit aux Adeptes théosophes s'ils avaient jamais imprimé leur marque sur le tissu de l'histoire, en doutant qu'ils l'aient fait. Il lui fut répondu(39) qu'il n'avait pas de tribunal au banc duquel il pourrait les assigner, et qu'ils avaient écrit plus d'une ligne importante dans la page de la vie humaine, et cela non seulement lorsqu'ils régnaient sur terre, sous une forme visible, mais même jusqu'à ces derniers jours où, comme ils l'ont fait depuis de longs siècles, ils accomplissent leur œuvre dans les coulisses. En termes plus explicites, ces hommes étonnants ont de tout temps influencé la destinée des nations, et aujourd'hui encore modèlent les événements. Les remparts de paix, comme les faiseurs de guerre tels que Bismarck, ou les sauveurs de nations comme Washington, Lincoln et Grant, doivent leur élévation, leur singulière puissance et leur emprise étonnante sur les hommes aptes à les aider dans leur entreprise, non à l'entraînement poussé de leur intellect, ni à une longue préparation dans les écoles de leur époque, mais bien à ces invisibles Adeptes, qui ne briguent aucun honneur, ne recherchent aucune publicité et n'exigent aucune reconnaissance.

Chacun des grands conducteurs d'hommes que j'ai mentionnés avait eu, dans ses années d'obscurité, ce qu'il
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a appelé des prémonitions de grandeur future, ou d'association avec des événements marquants dans l'histoire de sa patrie.

Lincoln avait toujours eu le sentiment que, d'une façon ou d'une autre, il devrait servir un jour d'instrument pour une grande tâche; et on trouve, ici et là, dans les propos de Bismarck, des allusions à ces moments de silence (dont il ne parlait jamais ouvertement) où il sentait en lui-même l'impulsion qui allait l'amener à accomplir tout ce qui serait compté comme bien dans son action. Je pourrais citer une longue liste d'exemples montrant que les Adeptes ont laissé «une marque ineffaçable imprimée sur les différentes ères».

Même pendant le grand soulèvement qui a eu lieu en Inde et menaça la domination anglaise dans ce pays(40), comme ils avaient vu longtemps à l'avance l'influence que l'Angleterre et l'Inde auraient dans les affaires du monde, par l'effet des bouleversements qui ont lieu justement de nos jours, sur les plans psychique et métaphysique, il est arrivé souvent qu'ils utilisent leurs propres méthodes occultes extraordinaires pour transmettre plus vite la nouvelle de succès des forces britanniques aux districts et aux habitants de l'intérieur qui auraient pu être poussés à prendre les armes, par l'effet de communiqués imaginaires annonçant des désastres anglais. À d'autres moments, de vagues craintes furent répandues instantanément sur de grandes populations d'hindous, de telle sorte
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que l'Angleterre resta finalement maîtresse de la situation, alors que plus d'un patriote natif de l'Inde eût désiré un autre résultat. Mais les Adeptes n'œuvrent pas pour être loués des hommes, pour acquérir la maîtrise passagère d'un jour, mais pour les races futures et pour le meilleur et le bien le plus élevé de l'humanité(41).

Chapitre 11

Une étude exhaustive de la question des Adeptes, des Mahâtmas et des Nirmânakâya exigerait plus d'un volume. Le développement individuel dont ils offrent l'exemple paraît si étrange au mental moderne, et si extraordinaire en ces jours de médiocrité universelle, que le lecteur ordinaire saisira difficilement les idées avancées dans un article aussi condensé; et comme presque tout ce qu'on pourrait dire au sujet des Adeptes — sans parler des Nirmânakâya - nécessite l'explication complète de lois cachées et de questions abstruses, il y a peu de chances de se faire comprendre, même si on devait y consacrer
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des volumes. En ce qui concerne ces êtres, il faut dire que leur développement, leurs conditions de vie, leurs pouvoirs et leur fonction sont intimement liés à l'intégralité du système de l'évolution; car, comme l'ont dit les mystiques(42), le Mahâtma est l'efflorescence d'un âge. On peut vaguement comprendre de nos jours ce que peuvent être les Adeptes; quant aux Nirmânakâya, ils n'ont encore été mentionnés que sporadiquement, tandis que les Mahâtmas sont incompris aussi bien par ceux qui croient en eux que par ceux qui nient leur existence.

Mais il y a au moins une chose qui est aisée à expliquer, et qui ne devrait pas s'avérer difficile à comprendre: c'est la loi qui les gouverne. Interférer avec karma, ils ne le font pas, ils ne le veulent pas et ne le doivent pas; c'est-à-dire qu'ils n'iront pas aider un individu de la manière souhaitée - pour aussi méritant qu'il puisse paraître - si son karma ne le permet pas; pas plus qu'ils ne voudraient s'imposer dans le champ de la pensée humaine afin d'étonner l'humanité par une manifestation de pouvoir qui serait partout considéré comme miraculeux. Certains ont avancé que si les Adeptes théosophes accomplissaient quelques-uns de leurs phénomènes sous les yeux de l'Europe(43), ils gagneraient aussitôt une
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immense foule de gens pour les suivre, mais tel ne serait pas le résultat. Au lieu de cela, on verrait se déchaîner un dogmatisme et une idolâtrie pires que tout ce qui avait jamais existé, avec une réaction de nature néfaste qu'ils serait impossible de neutraliser.

Cela fait longtemps qu'ils connaissent l'hypnotisme - bien que sous un autre nom. Souvent l'état hypnotique a servi les objectifs des prêtres et des Églises. Mais obliger les hommes à reconnaître la vraie doctrine n'est pas la façon de faire de ces sages, car obligation est hypnotisme. Nourrir une multitude avec seulement cinq pains(44) leur serait facile, mais comme ils n'agissent jamais par sentiment, mais en obéissant continuellement aux grandes lois cosmiques, ils ne viennent pas au grand jour les mains pleines d'une aide matérielle immédiate pour les pauvres. Cependant, en employant leurs pouvoirs naturels, ils influencent chaque jour le monde, non seulement parmi les riches et les pauvres en Europe et en Amérique, mais dans tous les autres pays, de telle sorte que ce qui arrive effectivement dans notre vie est meilleur que ce qui aurait été s'ils n'y avaient pris aucune part.

L'autre classe signalée - les Nirmânakâya - se consacre sans cesse à une tâche qu'ils considèrent comme plus importante que toutes les entreprises terrestres: ils s'attachent à l'amélioration de l'âme de l'homme, et à tout autre bienfait qu'ils peuvent accomplir par l'intermédiaire d'agents humains. Ils sont au centre même de la question
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longuement débattue du nirvâna, bien qu'on ne les ait pas pris clairement en considération dans ce problème. Si, en effet, l'opinion de Max Müller (qui tient le nirvâna pour l'annihilation) est correcte, un Nirmânakâya est une impossibilité. Pour employer un paradoxe, on peut dire que les Nirmânakâya se trouvent à la fois dans cet état et en dehors. Ce sont des êtres qui possèdent le nirvâna, mais le refusent dans le but de pouvoir aider l'orpheline souffrante: l'humanité. Ils ont suivi l'injonction du Livre des Préceptes d'Or : «Retire-toi du soleil dans l'ombre pour faire plus de place aux autres»(45).

Dans l'histoire des nations, les Nirmânakâya prennent une part plus grande qu'on ne le supposerait. Il y en a qui ont sous leur garde certains individus particuliers dans chaque nation qui, dès leur naissance, sont destinés à être des facteurs importants dans l'avenir : ils les guident et veillent sur eux jusqu'au moment voulu. Et ces «protégés»(46) savent rarement qu'une telle influence les entoure, surtout en notre 19e siècle. Mais les Nirmânakâya n'ont pas besoin qu'on reconnaisse et apprécie cette insigne assistance, car ils opèrent derrière le voile et préparent les matériaux pour un but défini. Il se peut aussi qu'un même Nirmânakâya ait sous sa garde beaucoup de personnes différentes (hommes ou femmes) qu'il dirige en même
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temps. Comme le dit Patanjali: «Dans tous ces corps, un seul mental est la cause motrice»(47).

Également, et pour étrange que cela puisse paraître, il arrive plus d'une fois que des hommes comme Napoléon Bonaparte soient aidés par eux. Un être comme Napoléon n'aurait pas pu venir par hasard sur la scène du monde. Sa naissance et ses pouvoirs étranges doivent être dans l'ordre de la Nature. Dans la philosophie théosophique orientale, les conséquences à grande portée qui accompagnent l'action d'une nature comme la sienne - et dont nous ne pouvons apprécier l'importance - demandent qu'on les observe et qu'on y pourvoie en conséquence. S'il fut un homme mauvais, tant pis pour lui; mais cela n'aurait jamais pu empêcher un Nirmânakâya de l'amener à servir les fins qu'il visait. Peut-être fut-ce en détournant l'empereur d'une voie qui aurait plongé le monde dans des abîmes de misère, et aurait finalement produit, au cours des années ultérieures, des résultats inévitables auxquels Napoléon n'avait jamais songé. La peur de ce que pourrait penser le monde d'un encouragement donné à un monstre, à un moment particulier, ne peut jamais retenir un Sage qui envisage la fin la meilleure. Et, dans la vie de Napoléon, il y a bien des faits qui révèlent à certaines heures la manifestation d'une influence contre laquelle il n'avait pas de prise. L'idée de sa marche insensée sur Moscou fut peut-être machinée par ces silencieux stratèges, de même que sa retraite soudaine et désastreuse. Ce qu'il aurait pu réaliser s'il était
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resté en France, nul historien actuel n'a compétence pour le dire. L'histoire souvent contestée de la lettre remise par le mystérieux Homme Rouge(48), à un moment précis où Napoléon était dans un état d'hésitation, révèle peut-être ce qui a pu être un encouragement donné à un tournant particulier de sa vie. «Ceux que les dieux veulent perdre, ils les rendent fous»(49). Et l'on ne comprendra jamais la défaite de Waterloo tant que les Nirmânakâya n'auront pas remis leurs rapports.

Comme l'obtention d'un changement dans la pensée d'un peuple parti à la dérive vers un athéisme grossier a toujours été le désir des Sages de la Religion-Sagesse, on peut supposer que la vague de phénomènes spirites qui aboutit maintenant, d'une façon très claire, à une tendance à revenir à une reconnaissance universelle de l'âme a reçu l'aide des Nirmânakâya. Ils sont dans cette vague et l'accompagnent: ils activent la progression d'un déluge psychique qui submerge des grandes masses de gens. Le résultat s'en fait sentir dans la littérature, la religion et le
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théâtre d'aujourd'hui. Lentement, mais sûrement, la marée monte et recouvre les rivages autrefois desséchés du matérialisme; et, bien que des prêtres puissent crier bien fort, en exigeant «la suppression de la Théosophie d'une main ferme», et qu'une presse vénale se mette en devoir de les aider, nul n'a le pouvoir ni la connaissance qui permettraient de produire la moindre vaguelette en sens inverse, car la main du Maître est guidée par une intelligence omnisciente, propulsée par une force gigantesque - et elle oeuvre en coulisse.

Chapitre 12

II y a eu, pendant l'ère chrétienne, tant de sociétés secrètes qui ont prétendu posséder une connaissance des lois cachées de la Nature qu'une question se pose ici d'elle-même: «En quoi les Sages théosophes d'Orient diffèrent-ils des nombreux Rose-Croix (et autres) dont on entend si souvent parler?» En Allemagne, les réserves de vieux livres sont pleines de publications sur le rosicrucianisme, ou d'ouvrages écrits par de prétendus membres, ou même par de véritables affiliés de cet Ordre; et de nos jours, il n'est pas rare de rencontrer des gens qui ont assez d'audace pour se donner le titre de «Rose-Croix».

La différence est celle qui existe entre la réalité et l'illusion, entre le simple ritualisme et les signes qu'imprime la nature sur toute chose et tout être progressant irréversiblement vers des états supérieurs d'existence. Les fraternités
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rosicruciennes et maçonniques connues de l'histoire s'appuient sur des marques et signes extérieurs de reconnaissance pour distinguer le degré d'avancement des membres dans leur Ordre, et, faute de ces preuves, un homme est considéré par elles comme un profane non initié.

Mais les Sages dont nous parlons, et leurs disciples, portent en eux-mêmes la marque indélébile de reconnaissance, et leur parole dit les mots bien connus prouvant qu'ils sont de ceux qui se sont développés selon des lois, et non simplement des personnes qui, après avoir subi quelque épreuve puérile, sont entrées en possession d'un diplôme. On peut dire de l'Adepte qu'il est un chêne rugueux sans aucune fausse apparence, tandis que l'homme non développé, qui jongle avec les termes et formules maçonniques, n'est qu'un âne revêtu d'une peau de lion.

Il y a de nombreux Adeptes qui vivent dans le monde, et tous se connaissent entre eux. Ils ont des moyens de communication inconnus de la civilisation moderne, grâce auxquels ils peuvent, entre eux, transmettre et recevoir des messages à n'importe quel moment et à d'énormes distances, sans employer aucun moyen mécanique. Nous pourrions dire qu'il existe une Société d'Adeptes, à condition de ne pas attacher à ce mot le sens ordinaire qu'on lui donne. C'est en fait une Société qui n'a pas de lieu de réunion, qui n'exige aucune cotisation, qui n'a ni constitution ni statuts autres que les lois éternelles de la Nature; elle ne possède ni police, ni espions à son service(50), et on n'y présente ni ne reçoit aucune plainte,
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pour la bonne raison que tout délinquant se trouve puni par l'action de la loi, laquelle échappe entièrement à son contrôle, car il perd sa maîtrise de la loi dès l'instant où il la viole.

Cette Société d'Adeptes tient sous sa protection, son assistance et sa direction les disciples de chacun de ses membres. Ces disciples se divisent en différents degrés correspondant aux divers stades de développement; les moins avancés sont aidés par ceux qui les précèdent, et ceux-ci par d'autres, d'une façon similaire, jusqu'à ce que soit atteint le grade de disciple où le rapport direct avec les Adeptes devient possible. En même temps, chaque Adepte tient sous son regard chacun de ses disciples. C'est par l'entremise des disciples des Adeptes que beaucoup d'effets sont produits dans le domaine de la pensée et des affaires humaines, car, depuis les grades supérieurs, sont souvent envoyés des agents qui, sans révéler leur rapport avec le mysticisme(51), influencent des individus qui sont connus comme devant jouer un rôle important dans des événements sur le point de se produire.

L'idée est avancée que la Société Théosophique bénéficie d'une assistance dans sa croissance, et l'extension de son influence, de la part des Adeptes et de leurs disciples acceptés. L'histoire de la Société semblerait le prouver, car s'il n'y avait pas quelque force cachée mais puissante, agissant à son avantage, il y a bien longtemps qu'elle aurait sombré dans l'obscurité, détruite par la tempête de ridicule et d'insultes qu'elle a dû subir. Aux débuts
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de l'histoire de la Société, des promesses furent données dans le sens d'une telle assistance constante, et il lui fut prédit, d'une façon générale, qu'elle deviendrait la cible de diffamations et l'objet d'une grande opposition. Ces deux prophéties se sont réalisées à la lettre.

De la même façon qu'un diamant taillé témoigne du travail qui lui a donné sa valeur et son éclat, l'homme qui a traversé toutes les phases de la probation et de l'enseignement sous le contrôle des Adeptes en porte en lui-même les marques ineffaçables. A l'oeil ordinaire, inexpert en ce domaine, aucun signe de ce genre n'est perceptible ; mais ceux qui ont la capacité de voir déclarent que ces indications sont parfaitement visibles, et échappent complètement à la volonté de celui qui les porte. Et cela pour la raison que, si un individu a progressé sur le sentier du disciple, disons de trois degrés, il aura les trois marques correspondantes: inutile alors de prétendre que son rang est plus élevé d'un degré car, s'il en était ainsi, la quatrième marque serait là puisqu'elle viendrait à se manifester en même temps que la croissance de l'être. Et comme ces signes authentiques ne peuvent être imités ni contrefaits, la fraternité intérieure, dans sa totalité, n'a que faire de secrets ou de moyens cachés de reconnaissance. Nul ne peut tromper les Adeptes, ni leur soutirer les secrets des degrés supérieurs, en se prévalant de signes et mots de passe trouvés dans un livre, ou en contre-partie du paiement de droits d'affiliation; et nul ne peut se procurer le privilège d'un avancement quelconque, tant que la nature tout entière de l'homme ne correspond pas exactement au point voulu de développement.
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La différence entre la fraternité des Adeptes et les sociétés secrètes répandues en ce bas monde s'affirme doublement: dans leurs façons d'agir avec les nations, et dans leurs rapports avec leurs propres disciples directs, investis d'une mission spéciale. Rien n'est forcé, rien n'est accordé par faveur. Tout est arrangé selon les meilleurs intérêts d'une nation, en tenant compte des influences cycliques qui dominent à un moment donné, et sans rien précipiter avant le temps voulu. S'ils désirent détruire les chaînes forgées par le dogmatisme, les Adeptes ne commettent pas l'erreur d'apparaître subitement aux yeux étonnés du public; car ils savent bien qu'une telle façon d'agir ne ferait que transformer la croyance dogmatique attachée à un ensemble donné d'idées, en une acceptation insensée - et également dogmatique - des Adeptes, qui seraient pris pour des dieux, à moins qu'elle n'engendre, dans l'esprit de beaucoup, la certitude d'être en présence du diable.

Notes

  • 24. - [La littérature théosophique emploie le mot manifestation dans deux sens voisins, peu courants en français: 1)le processus progressif d'apparition et de développement d'un monde, et2)le monde - manifesté - (devenu visible) lui-même. Une «période de manifestation» englobe le temps qui s'écoule entre l'apparition d'un univers et sa destruction finale.]
  • 25. - [En anglais: «we are only in the chain».]
  • 26. - [Mot sanskrit au sens général de cycle d'évolution, terrestre ou cosmique.]
  • 27. - [Extrait de l'ouvrage de A.P. Sinnett, The Occult World, p.118. Ce passage a été repris, en partie, dans L'Océan de Théosophie, p.6.]
  • 28. - [Allusion probable aux croyances des pieux colons chrétiens venus s'installer en Amérique, convaincus de trouver sur ces terres (appartenant souvent en fait aux Indiens Peaux-Rouges) comme une «terre promise» - un nouveau Canaan.]
  • 29. - [L'adjectif atlantique renvoie à Atlas, Titan colossal qui, selon Hésiode, soutenait les colonnes du ciel. Le nom d'Atlantide, la fille d'Atlas, a servi aussi à désigner l'Océan, ainsi que l'Île de cet Océan dont Platon a parlé dans le Timée. À noter que la destruction de cette île, dernier vestige du grand continent Atlantique, se produisit à une période remontant à plus de onze mille ans (une lettre d'un Maître à A.P. Sinnett, datée de 1882, précise que l'événement eut lieu «il y a juste 11.446 ans »).]
  • 30. - [Allusion probable à Éphésiens, 6,12, mentionnant des «esprits mauvais qui sont dans les régions célestes».]
  • 31. - [Sur les divers sens du mot race, voir la Section IX, pp.51-55.]
  • 32. - [Le Livre de Dzyan]
  • 33. - [The Secret Doctrine, 2, 227, Stance X, 38-9.]
  • 34. - [Voir Océan p.138, sur la responsabilité des Atlantes dans l'apparition des anthropoïdes.]
  • 35. - [Dans le contexte de ces articles, le mot «mystique », qui peut renvoyer au saint contemplatif des religions occidentales ou orientales, désigne aussi, sans aucun doute, le disciple engagé sur la voie occulte du yoga spirituel, conduisant à l'initiation aux « Mystères».]
  • 36. - [Particulièrement, par MmeBlavatsky elle-même.]
  • 37. - [Physicien irlandais (1820-1893), John Tyndall, considéré par MmeBlavatsky comme «l'un des plus grands, sinon le plus grand homme de science en Europe », attira l'attention des théosophes par ses réflexions sur la Science et l'homme, sur la matière, considérée par lui comme «essentiellement mystique et transcendantale». Voir The Theosophist, juillet 1883, pp-260-1.]
  • 38. - [Il s'agit d'un Anglais, A.O.Hume, qui résidait alors en Inde.]
  • 39. - [La réponse du Maître est reproduite dans le livre de A.P.Sinnett The Occult World au chapitre «Récent Occult Phenomena», p.91. W.Q.Judge y fera encore allusion dans son Océan de Théosophie, pp.5-6.]
  • 40. - [Allusion à la révolte des cipayes, soldats indigènes de l'armée britannique, qui s'emparèrent de Delhi et Allahabad (1857), avant d'être vaincus en 1858.]
  • 41. - [Voir, pour tout ce passage, l'article de Judge intitulé: «Les Adeptes en Amérique en 1776» (Cahier Théosophique 151). Ce texte publié en 1883, dans le Theosophist, ayant suscité les plus expresses réserves d'un lecteur indien, MmeBlavatsky fit justice de ces critiques, en apportant des précisions nécessaires dans un article d'un grand intérêt dans ce contexte («Les Adeptes et la politique», The Theosophist, déc.1883, pp..79-80).]
  • 42. - [Voir note 35. Il s'agit ici, bien entendu, d'Occultistes, instruits des étapes de la voie spirituelle la plus haute.]
  • 43. - [Au début de ses rapports épistolaires avec les Mahâtmas théosophes, A.P.Sinnett avait imaginé que s'ils acceptaient de matérialiser en Inde un numéro du Time, venant de paraître à Londres, les Européens seraient convaincus de leur existence et de leurs pouvoirs. La réponse (négative) contenue dans la première lettre reçue par Sinnett, expose en détail les dangers moraux d'une pareille expérience.]
  • 44. - [Allusion au miracle de la multiplication par Jésus des cinq pains (et deux poissons) pour nourrir plus de 5.000 personnes (Matthieu, 14, 16-21).]
  • 45. - [Cf. La Voix du Silence, Traité 2, p.49. Voir, dans ce livre, d'importants passages sur ces êtres de compassion, pp.50, 58, 93, et les notes 26,44.]
  • 46. - [En français dans le texte.]
  • 47. - [Cf. l'édition des Aphorismes du Yoga de Patañjali, publiés par Judge. Voir livre IV, v.5.]
  • 48. - [Allusion probable à L'Homme rouge des Tuileries, un livre-roman où l'auteur, P. Christian (un ancien bibliothécaire conquis à l'occultisme, à la Rose-Croix, etc.), entreprend surtout de démontrer les merveilles d'une astrologie infaillible dans la prévision des grandes destinées. Prenant prétexte d'une légende populaire prêtant à Napoléon l'assistance d'un génie familier, identifié par ailleurs à un énigmatique «Homme Rouge des Tuileries», il met en scène ce dernier sous les traits d'une sorte de mage, initiant Bonaparte aux arcanes hermétiques, et lui prodiguant conseils et mises en garde. La lettre signalée ici renvoie sans doute au manuscrit secret remis par le mage au jeune général inquiet sur son avenir.]
  • 49. - [Adage latin: «Quos vult perdere Juppiter dementat».]
  • 50. - [Voir, sur ce passage, l'article de Judge signalé plus haut, note 7 (« The Tell-Tale Picture Gallery»).]
  • 51. - [Voir notes 35 et 42. Le «mysticisme» suggère ici encore la voie initiatique de l'Occultisme spirituel.]

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