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"Lettres qui m'ont aidé", Essayer, Disciples

Sommaire :

Livre 1, Lettre 11 (↑ sommaire)

Cher Frère,

C'est avec regret que j'ai appris la nouvelle de votre grave maladie, Jasper. A un moment où la vie est suspendue dans la balance, comme la vôtre paraît l'être, et semble devoir le rester quelque temps encore, vous devez sentir une grande dépression.

Certes, ce n'est pas l'habitude de parler ainsi calmement à une personne de sa mort, mais cela vous est égal, c'est pourquoi je le fais: Je ne suis pas d'accord avec vous sur l'idée que ce soit bien de mourir. Votre cas n'est pas comme celui de *** qui devait mourir, et qui décida d'accepter un sursis de vie donné par les Grands Pouvoirs, et de continuer de travailler pour l'Humanité, au milieu des douleurs et des angoisses de ce corps (44) Pourquoi ne pas vivre maintenant aussi longtemps que vous le pouvez dans votre corps actuel, de façon à avancer aussi loin que possible pendant que vous y êtes incarné et, par votre vie, à faire du bien autant que vous le pouvez à la Cause et à l'Humanité ? Car, en tant que Jasper Niemand, vous n'avez pas encore eu l'opportunité de vous qualifier pour mériter une aide extraordinaire après la mort, permettant de revenir rapidement sur terre, si bien qu'en mourant vous auriez des chances d'avoir un long séjour en devachan (45) : ainsi, vous manqueriez de faire beaucoup de ce qu'il serait autrement possible d'accomplir pour Eux. Tel est mon point de vue. La vie vaut mieux que la mort, car la mort, une fois de plus, trompe l'attente du Soi. La mort n 'est pas le grand informateur, ni le révélateur de la connaissance. Elle est simplement le grand rideau qui tombe sur la scène, pour être levé l'instant suivant. La connaissance complète doit être obtenue dans l'homme triple : corps, âme et esprit. Lorsqu'elle est acquise, il passe à d'autres sphères, qui sont inconnues pour nous, et n'ont pas de fin. En vivant aussi longtemps qu'on le peut, on donne au Soi une opportunité prolongée d'autant.

« Atmanam atmana pashya » (percevoir le Soi par le soi — Gîtâ) ne paraît pas réalisable une fois franchi le seuil de la mort. L'union de la trinité ne peut s'accomplir que sur terre, dans un corps, et c'est à ce moment que la délivrance est désirable.

Ce n'est pas pour moi que je parle, Frère, mais pour toi (46), parce que, dans la mort, je ne peux perdre personne. Les vivants ont une plus grande part dans les morts que les morts dans les vivants.

Le doute que vous ressentez actuellement quant à la réussite est morbide. Je vous en prie, détruisez-le. Mieux vaut un faux espoir sans avoir de doute que beaucoup de savoir avec des doutes sur vos propres chances. « Celui qui doute est semblable aux vagues de la mer, poussées par le vent et ballottées. » Il ne faut pas se garder du doute uniquement quand il s'agit des Maîtres (dont vous ne doutez pas, je le sais). Il faut surtout s'en garder et le rejeter quand il s'agit de soi. Penser qu'on ne peut réussir, ou qu'on ferait mieux de mourir plutôt que de vivre parce qu'un corps endommagé semble mettre le succès hors d'atteinte, est un doute.

Nous n'osons pas espérer, mais nous osons essayer de vivre, et de vivre encore, afin de pouvoir Les servir comme Ils servent la Loi. Nous n'avons pas à essayer d'être des chélas [disciples], ni de réaliser une chose quelconque dans cette incarnation, mais seulement de connaître et d'être dans toute la mesure de nos capacités : l'étendue de ce qui est possible n'a pas de limites. Maintenant, réfléchissez : la question est simplement que vous êtes accablé — mais par quoi ? Par quelque chose d'extérieur. Mais si vous vous accusez, ou si vous doutez de vous-même, vous accordez alors un répit à l'ennemi ; il n'a rien à faire car vous faites vous-même tout pour lui, et en vous laissant à votre sort, il va chercher d'autres victimes. Relevez-vous donc de cet abattement et saisissez l'épée de la connaissance. Avec elle, et avec l'Amour, l'Univers peut être conquis. Ce n'est pas que je te voie trop accablé, Jasper, mais je voudrais bien te donner mes idées, même si quelque chose devait te tuer demain contre notre volonté.

Suis heureux que vous alliez bien vous-même, même si le corps est en proie à la souffrance. De diverses façons, nous avons à souffrir, et je ne doute pas que ce soit une grande avance, si, au milieu de la douleur physique, nous pouvons nous prendre en main et nous maintenir au calme, à distance d'elle. Cependant, le corps, lui aussi, doit être mis au repos. Reposez-vous, et faites que vos anxiétés se tiennent tranquilles et dorment. Elles ne sont point tuées pour cela, et quand le corps reprend des forces on en sait davantage.

Vous avez suffisamment traversé de tempêtes. Quelques moments de réflexion vous montreront que nous créons nos propres tempêtes. Le pouvoir d'une circonstance quelconque, et de toutes, est un facteur fixe, invariable, mais comme nous varions dans notre façon de recevoir les unes et les autres, il nous semble que nos difficultés varient d'intensité. Elles ne varient pas du tout. C'est nous qui sommes les éléments variants.

Si nous admettons que nous sommes dans le courant de l'évolution, alors chaque circonstance doit être pour nous tout à fait ce qu'il faut. Et nos échecs dans l'accomplissement d'actes donnés devraient nous apporter nos plus grandes aides, car il n'y a pas d'autres façons pour nous d'apprendre ce calme sur lequel insiste Krishna. Si tous nos projets réussissaient, aucun contraste ne nous apparaîtrait. Il se pourrait également que tous les projets que nous faisons soient conçus avec ignorance et, en conséquence, d'une manière erronée : la Nature bienveillante ne nous permettra pas de les mener à bien. Nous n'encourons aucun blâme pour le projet lui-même, mais nous pouvons encourir un démérite karmique en n'acceptant pas l'impossibilité de sa réalisation. Dans le monde des hommes, l'ignorance de la Loi ne saurait être invoquée, mais l'ignorance d'un fait peut l'être. En occultisme, même si vous êtes ignorant de certains faits importants, vous n'échappez pas à La Loi, car elle ne fait aucun cas de personne, et poursuit Ses ajustements sans tenir compte de ce que nous savons ou ignorons.

Si vous êtes le moins du monde abattu et découragé, ou si l'un de nous l'est, dans cette mesure même la puissance de nos pensées s'en trouve affaiblie. On pourrait être enfermé en prison et n'en être pas moins un travailleur au service de la Cause. Aussi, je vous prie d'écarter de votre mental toute aversion pour les circonstances actuelles. Si vous pouvez réussir à considérer tout cela comme étant exactement ce qu'en fait vous avez désiré, non seulement cela contribuera à renforcer vos bonnes pensées mais, par contre-coup, réagira sur votre corps et le rendra plus vigoureux.

Tout ceci me rappelle H. dont vous connaissez maintenant l'échec. Et, à ce sujet, ne soyez pas déçu. Il ne pouvait guère en être autrement. Imprudemment, H. a fait sa demande à la Loi, avant d'être tout à fait prêt. En fait, si je dis imprudemment, c'est à certains égards, car si on voit les choses à plus grande échelle, rien ne peut être imprudent. Sa défaite apparente, au début même du combat, est toute naturelle en ce qui le concerne. Il s'est précipité là où le feu était le plus ardent, et il l'a rendu encore plus vif par ses aspirations. Tous les autres ont souffert et souffriront de la même façon. Car, cela ne change rien que sa maladie soit corporelle ; comme toutes ces choses procèdent de troubles mentaux, nous pouvons facilement percevoir la même cause sous la forme d'une affection physique ou d'une divagation mentale. Comme c'est étrange ! Je vous avais parlé dans ma lettre du « petit nombre » qui vraiment reste à son poste, et, peu après, arriva cette nouvelle qui jeta une lumière — une lumière rouge, si l'on peut dire — sur l'annonce de la retraite de H. Voyez comme la pensée se rejoint avec la pensée sur tous les plans, lorsque le Vrai est le but visé.

Nous-mêmes, nous ne sommes pas entièrement à l'abri, dans la mesure même où chaque jour, à toute heure, nous ressentons la tension. Acceptez ces paroles d'un compagnon de voyage : entretenez toujours l'aspiration et la recherche, mais ne gardez pas en vous l'attitude du désespoir, ou le moindre murmure de mécontentement. Ce n'est pas que vous le fassiez. Je n'arrive pas à trouver les mots justes ; mais sûrement vous sauriez tout, si ce n'était certains défauts qui vous retiennent en arrière.

Ténèbres et désolation ne peuvent manquer d'être notre lot, mais elles sont purement illusoires. Le Soi n'est-il pas pur, lumineux, incorporel, et libre — et n'es-tu pas Cela (47) ? La vie de veille de tous les jours n'est qu'une pénitence et l'épreuve du corps, afin que lui également puisse atteindre ainsi une condition appropriée. Pendant le rêve, nous voyons la vérité et goûtons aux joies du ciel. A l'état de veille, c'est à nous de distiller graduellement cette rosée dans notre conscience normale.

Et puis, souvenez-vous que les influences de l'âge actuel sont puissantes pour produire de tels sentiments. Quel désespoir et quel (joute atroce ne voit-on pas aujourd'hui en tous lieux ! En cette période de bouleversement, l'homme sage attend. Il plie, comme le roseau sous l'ouragan, pour laisser souffler la tourmente au-dessus de sa tête. En vous élevant comme vous le faites jusqu'aux plans où ces courants se précipitent, tout en essayant de voyager plus haut encore, vous ressentez ces influences hostiles, bien qu'elles vous soient inconnues. C'est un âge de fer. On dirait une forêt d'arbres de fer, noirs et menaçants, avec des branches de fer et des feuilles d'acier aux reflets éclatants. Les vents soufflent sous ses voûtes et nous entendons un terrible vacarme, grinçant et craquant, qui étouffe la petite voix tranquille de l'Amour. Et ses habitants prennent cela pour la voix de Dieu : ils l'imitent et en amplifient les effets terrifiants. Ne défaillez pas, ne vous condamnez pas vous-même. Tous deux, nous sommes l'OM silencieux, nous reposons ensemble sur le sein du Maître (48). Vous n'êtes pas fatigué mais c'est ce corps qui est faible pour le moment, et non seulement faible, mais ébranlé par la force de vos propres pouvoirs physiques et psychiques. Cependant, l'homme sage apprend à assumer dans le corps une attitude indifférente qui est, en réalité, beaucoup plus vigilante que toute autre. Adoptez-la. Vous êtes seul juge. Qui peut vous approuver, qui oserait vous juger, sinon vous-même ? Laissons donc venir des changements naturels, sachant que si notre œil est fixé là où brille la lumière, nous finirons bien par savoir ce que nous avons à faire — le moment n'est pas mûr. Mais, avec le temps, le fruit vert vient à mûrir : il tombe, ou on le cueille. Un jour doit sûrement venir où vous le cueillerez à l'arbre. Au point où vous en êtes, vous n'êtes plus troublé par des peurs sans fondement ou de vains compromis. Lorsque la grande pensée s'approchera suffisamment, vous prendrez le départ. Nous devons tous être des serviteurs avant de pouvoir espérer le moins du monde être des Maîtres.

Je viens de relire la Vie du Bouddha et cela me remplit du désir ardent de me dévouer pour l'humanité, de me consacrer à un effort acharné et résolu afin de prendre position plus près de l'autel du sacrifice. Comme je ne sais pas toujours exactement ce qu'il faudrait faire, je dois m'en tenir à ce que dit le Maître : « Faites ce que vous pouvez si jamais vous comptez Les voir. » Ceci étant vrai, et un autre Adepte ayant dit « Suivez le Sentier qu'Eux et moi nous montrons, mais ne suivez pas mon Sentier " (49), eh bien ! il est clair que tout ce que nous pouvons faire — à quelque degré qu'on se place — c'est ni plus ni moins de faire tout notre possible, chacun dans sa situation particulière. Il est certain que si nous avons une immense dévotion et faisons de notre mieux, le résultat sera bon pour Eux et pour nous, alors même que nous aurions agi autrement si nous avions eu plus de connaissance au moment où nous poursuivions une certaine ligne d'action. Un chéla dévoué disait un jour : « Quant à moi, tous ces efforts d'explication et tous ces embarras ne me préoccupent guère, car j'ai toujours trouvé que ce qui était fait au nom du Maître était bien et arrivait à bonne fin. » Ce qui est fait en Leur nom est fait sans penser à soi, et là, le motif est le critère essentiel.

Ainsi, je suis triste sans l'être. Je ne suis pas triste quand je réfléchis au grand lshwara, le Seigneur, qui permet que toutes ces farces et tous ces spectacles s'étalent devant mes yeux. Triste, lorsque je vois notre faiblesse et nos incapacités. Nous devons être sereins et faire notre possible. Ramaswamier s'est précipité étourdiment au Sikkhim en vue de trouver le Maître (50) : il y a rencontré quelqu'un qui lui a dit de s'en retourner et de faire son devoir. C'est le mieux que chacun de nous puisse faire ; souvent, nous ne connaissons pas notre devoir, mais cela aussi est notre propre faute, c'est une incapacité karmique.

Vous me demandez comment vous devez conseiller votre compagnon d'étude. Le meilleur conseil se trouve dans la lettre que vous m'écrivez où vous dites que la source réelle d'avertissements et de conseils est à l'intérieur de nous-mêmes.

II en est ainsi. Dix mille Adeptes ne peuvent pas nous faire grand bien à moins que nous ne soyons prêts, et leur action consiste seulement à nous suggérer quelles sont les possibilités qui se trouvent dans chaque cœur humain. S'il est vrai que nous demeurons en nous-mêmes et devons vivre et mourir par nous-mêmes, il en découle que le simple fait de courir ici ou là pour voir telle chose, ou telle personne, n'amène aucun progrès. Notez bien que je n'ai rien contre l'idée de fréquenter des gens qui lisent des livres sacrés et se consacrent à une réflexion sur des thèmes élevés. J'essaie seulement d'illustrer ma pensée qu'on ne doit pas s'attarder sur ces choses comme si elles étaient une fin en soi ; elles ne sont qu'un moyen, et encore un parmi beaucoup d'autres. Il n'y a pas d'aide comparable à celle que donne une association avec les personnes qui pensent comme nous, ou la lecture de bons ouvrages. Le meilleur avis que j'aie jamais vu a été de lire des livres sacrés, ou des livres qui sont susceptibles de vous élever, selon ce qui ressort de votre propre expérience. Il doit en exister. Un jour, j'ai trouvé que certains écrits théologiques très abstraits de Plotin avaient cet effet sur moi — un effet très ennoblissant — tout en donnant une explication des pérégrinations d'Ulysse. Et puis, il y a la Gîtâ. Tous ces livres sont doués d'une vie qui leur est propre, qui modifie les vibrations. La vibration est la clef de tout. Les différents états s'expliquent simplement par des différences de vibrations, et si nous ne reconnaissons pas le plan astral, ou les autres, c'est que nous ne sommes pas accordés à leurs vibrations. C'est pourquoi, de temps à autre, nous avons vaguement la sensation que des gens nous regardent, ou qu'une foule se précipite autour de nous, avec de grands desseins, mais sans nous voir, et en restant invisible elle-même à nos yeux : ce n'était qu'un instant de vibrations synchronisées. Mais l'important c'est de développer le Soi dans le soi et, dès lors, les possessions de sagesse qui appartiennent à tous les hommes sages deviennent nôtres immédiatement.

Chaque être serait susceptible de voir le Soi d'une façon différente, sans toutefois jamais le voir ; car le voir c'est être le Soi. Cependant, pour exprimer les choses par des mots, nous disons : « Le voir ». La vision pourrait se présenter comme un éclair, une roue flamboyante, que sais-je encore ? Puis, il y a le soi inférieur, qui est grand à sa manière et qu'il faut commencer par connaître. Quand nous le voyons pour la première fois, c'est comme si nous regardions dans un gant — et pour combien d'incarnations n'en sera-t-il pas ainsi ? Nous regardons à l'intérieur du gant et il n'y a que l'obscurité ; nous devons alors y pénétrer et avoir cette vision — et ainsi de suite, à l'infini.

Le mystère des âges est l'homme — chacun de nous. Il faut de la patience pour que s'écoule tout le temps nécessaire à la modification ou à la maîtrise complète de l'instrument physique. Une domination brutale n'est pas aussi bonne qu'une prise en main douce mais régulière et fermement soutenue sans relâche. La Voyante de Prevorst découvrit qu'un faible courant était plus salutaire qu'un courant violent (51). La douceur est préférable, parce qu'un courant d'opposition est toujours déclenché par réaction, et, bien entendu, si ce qui le provoque est modéré, il sera lui-même modéré. Cela donne à l'étudiant qui n'est pas habitué plus de temps et une force progressive.

Je pense que votre compagnon d'étude sera un bon instrument, mais nous ne devons pas rompre le silence du futur de peur de mettre en émoi des tribus inconnues et peu engageantes, qui nous donneraient du fil à retordre.

On devrait se servir de chaque situation comme d'un moyen. Cela vaut mieux que la philosophie, du fait que cette pratique nous rend capables de connaître la philosophie. Vous ne progressez pas en étudiant les philosophies des autres car, de cette manière, vous ne faites qu'enregistrer leurs idées mal digérées. Ne vous encombrez pas et ne vous torturez pas le cerveau avec les conceptions des autres. Vous avez la clef du soi, c'est tout ce qu'il faut. Prenez-la et débusquez celui qui est tapi à l'intérieur. Vous êtes grand en générosité et en amour, ferme dans la foi, et votre perception est claire. Générosité et amour signifient l'abandon de soi. C'est là votre soutien. Augmentez votre confiance, non dans vos capacités, mais dans le grand Tout — qui est toi-même.

Plût au Ciel que vous-mêmes et tous les autres puissiez trouver la paix.

[The Path, août 1889, pp. 129-134]

Notes

  • (44) [Sans aucun doute, ce passage fait allusion à H.P.B. Voir « Les Mahâtmas Théosophes » dans Râja Yoga ou Occultisme, pp. 23-31, et « Morte, Elle nous parle encore », publié dans le Cahier Théosophique n° 82.]
  • (45) [Mot emprunté au tibétain pour désigner en Théosophie l'état de béatitude auquel l'âme accède après la mort, et où elle assimile toutes les énergies psychiques de qualité spirituelle qu'elle a engendrées pendant la vie terrestre.]
  • (46) [L'emploi exceptionnel du tutoiement — qui n'a pas en anglais la valeur familière que lui donne le français — marque dans cette lettre comme dans d'autres, le passage voulu à un registre plus intime (voire sacré) de communication, comme pour un dialogue direct d'âme à âme. Forme assez usuelle en poésie anglaise, il peut aussi renvoyer au langage des Ecritures où il était de règle, comme dans la Bbagavad-Gîtâ ou l'Evangile.]
  • (47) [Allusion à la fameuse formule de l'hindouisme : Tat tvam asi (tu es Cela). Cf. Chândogya Upanishad (6, 8-16).]
  • (48) Dans la lettre originale : « ... nous reposons sur le cœur du Divin. » Voir The Path, 4, p. 132. (N.d.E.).
  • (49) [H.P.B. a écrit : « Suivez le sentier que j'indique, les Maîtres qui sont derrière, et ne suivez ni moi, ni mon SENTIER. » Voir l'article de Judge : « Morte, elle nous parle encore », publié dans le Cahier Théosophique n° 82.]
  • (50) [Cf. l'article de S. Ramaswamier publié dans Five Years of Theosophy (pp. 442-454) sous le titre : « How a 'chela' found his 'guru'. »]
  • (51) Voir l'article « The Seeress of Prevorst », revue The Path, vol. Il, p. 332, février 1888. L'auteur « B » (probablement initiale de « Brehon », qui fut l'un des noms de plume de Judge) écrit, en rapport avec cette idée d'un « faible courant » : « II y a peut-être là une suggestion valable pour la science médicale ; et, en fait, il semblerait qu'elle tende déjà dans cette direction. Cela vaudrait la peine, peut-être, de construire une machine selon le modèle donné par la voyante...» (N.d.E.)

[Construite de bois, de verre et d'acier, et pourvue de cordons de laine, cette curieuse machine utilisait l'influence de certaines plantes (camomille et millepertuis) convenablement agencées : aux dires de la voyante, qui souffrait de troubles nerveux devenus incurables, le très faible courant produit par ces substances végétales avait sur elle un effet bénéfique.]

Livre 1, Lettre 12 (↑ sommaire)

Cher Jasper,

II y a tant de questionneurs qui cherchent à s'informer sur la condition de « chéla » (52) que votre lettre vient tout à fait à propos en rapport avec mes propres expériences. Vous me dites que ces postulants devraient recevoir quelque réponse et, en cela, je suis d'accord avec vous. Qu'ils soient prêts ou non, nous devons être capables de leur dire quelque chose. Mais, généralement, ils ne sont pas prêts et, en fait, ne sont même pas disposés à faire le simple premier pas requis. Je vais examiner avec vous les divers aspects du problème pour vous guider à l'avenir dans vos réponses à de pareilles questions, et peut-être aussi pour clarifier ma pensée.

La première question qu'un homme devrait se poser (et, par « homme » , nous entendons les postulants des deux sexes) est celle-ci : « À quel moment et dans quelles circonstances en suis-je venu à désirer m'informer sur la condition de chéla et devenir un chéla moi-même ? » et, deuxièmement : « Qu'est-ce qu'un chéla, et en quoi consiste la condition de chéla ? »

II y a beaucoup de sortes de chélas. Il y a les chélas laïques et les chélas en probation ; les chélas acceptés, et ceux qui s'efforcent d'être aptes à devenir tout juste des chélas laïques. Il est possible à quiconque de se constituer chéla laïque, en sachant toutefois qu'il pourrait bien ne jamais recevoir, dans cette vie, de communication consciente émanant de son guide. Quant aux chélas en probation, c'est une règle « invariable » qu'ils sont mis à l'essai pendant une durée de sept années. Dans cette probation, les « tests » ne consistent pas en épreuves établies et fixées, mais portent sur tous les événements de la vie et sur le comportement du candidat en présence de ces événements. Il n'existe pas d'endroit particulier où devraient s'adresser les aspirants pour y faire leur demande, parce que ces choses n'ont rien à voir avec des lieux ou des personnages officiels : c'est l'affaire de la nature intérieure. Nous devenons chélas ; en réalité, si nous atteignons cette position, c'est parce que notre nature intérieure s'est épanouie à un point tel qu'il lui est possible de saisir la connaissance, et qu'elle le fait : nous recevons la récompense des mains de la Loi.

Dans un certain sens, tout membre sincère de la Société Théosophique est sur la voie qui l'amènera à devenir chéla, parce que les Maîtres accomplissent une partie de leur œuvre avec l'Humanité, et pour elle, par l'intermédiaire de cette Société qu'Ils ont choisie comme leur agent. Et comme tout leur Travail et leurs aspirations ont pour but d'aider la race, nul ne peut espérer demeurer l'un de leurs chélas (ou le devenir) si un désir égoïste quelconque d'acquérir des possessions personnelles de richesse spirituelle constitue le mobile de ses efforts pour être chéla. Dans le cas de celui qui l'est déjà, un tel motif a pour effet de le rejeter instantanément hors des rangs (qu'il prenne ou non conscience de sa perte) et, dans le cas de celui qui essaie de le devenir, le même motif lui fait obstacle comme une barrière. Par ailleurs, celui qui est un véritable chéla n'en répand pas le bruit autour de lui, car cette Loge ne ressemble pas aux sociétés exotériques où entrent en ligne de compte les distinctions ou les simples apparences extérieures. Il s'agit d'une chose authentique, ayant à sa tête des Hommes Spirituels vivants, et gouvernés par des lois disposant en elles-mêmes de leurs propres exécuteurs, sans avoir besoin de tribunal, ni d'accusations, ni de verdicts, ni d'aucune notification.

En règle générale, l'Européen ou l'Américain d'origine a devant lui les plus grandes difficultés à surmonter. Il ne possède aucune hérédité de développement psychique sur laquelle s'appuyer : il n'a à sa portée aucune assemblée connue de Maîtres ou de leurs chélas. Ses difficultés raciales l'empêchent de voir facilement en lui-même ; il n'est pas introspectif par nature. Cependant, même lui peut faire beaucoup s'il purifie ses intentions, et s'il possède naturellement (ou s'il cultive) une foi et une dévotion ardentes et inébranlables — une foi capable de le maintenir dans une ferme croyance en l'existence des Maîtres, même si des années doivent s'écouler sans qu'Ils se manifestent. Ils sont de généreux et d'honnêtes débiteurs qui, toujours, s'acquittent de leur dette. Comment et quand s'en acquittent-lls ? Ce n'est pas à nous de le demander. Les hommes pourront penser que cela exige une dévotion aussi aveugle que celle que n'importe quelle Église a toujours demandée. C'est vrai, mais c'est une dévotion aveugle à des Maîtres qui sont la vérité même, à l'Humanité et à vous-même, à vos propres intuitions et idéaux. Cette dévotion à un idéal est également fondée sur une autre chose, qui est celle-ci : un homme n'est guère prêt à devenir chéla à moins d'être capable de se tenir debout seul, sans être influencé par d'autres hommes, ou par les événements. Car il faut qu'il puisse se tenir debout seul, et mieux vaudrait qu'il l'apprenne dès le début plutôt qu'à la fin.

Il y a encore certaines qualifications qu'il doit posséder. On les trouvera dans Man, Fragments of Forgotten History (53) vers la fin du livre, de sorte que nous n'aurons pas ici à nous étendre à leur sujet.

La question de l'aptitude générale des postulants étant réglée, nous arrivons à un point plus sérieux encore : celui des relations entre Guru et chéla, ou Maître et disciple. Nous avons besoin de savoir en quoi consiste réellement le fait d'être un élève d'un tel Instructeur.

La relation entre Guru et chéla n'est rien si elle n'est pas spirituelle. Tout ce qui est purement extérieur ou formel, comme la relation qui s'établit par simple demande et admission, n'est pas spirituel, mais une formalité : c'est ce qui se passe entre professeur et élève. Pourtant, même cette relation n'est méprisable en aucune façon, car le professeur est vis-à-vis de son élève — dans la mesure permise par ce genre de rapport — dans la même position que le Guru vis-à-vis de son chéla. Il n'y a qu'une différence de degré, mais c'est cette différence de degré qui marque la distinction entre le spirituel et le matériel car, en passant par toutes les nuances, depuis la matérialité la plus grossière jusqu'au point extrême que nous puissions atteindre, nous découvrons finalement que la matière se fond dans l'esprit. (Nous parlons ici, bien entendu, de ce qu'on appelle communément matière, tout en sachant bien qu'en réalité ce qui est désigné ainsi n'est pas réellement la matière, mais une immense illusion qui n'a en elle-même aucune existence. La véritable matière, appelée par les hindous mulaprakriti, est une chose ou une substance invisible, dont notre matière est une représentation. La matière est, dans sa réalité, ce que les hermétistes ont appelé terre primordiale ; pour nous, c'est un degré imperceptible de la matière. Nous pouvons facilement nous persuader que ce qu'on a l'habitude de dénommer matière ne répond pas, en fait, à ce mot quand nous savons que des clairvoyants et des sensitifs sont capables de voir à travers des murs épais et des portes closes. S'il s'agissait de matière, leur vision ne pourrait pas la traverser. Qu'un sujet clairvoyant ordinaire se trouve face à face avec la matière primordiale, il, ou elle, ne pourra pas voir au delà, mais rencontrera un mur opaque, plus dense que n'importe quel mur jamais bâti de main d'homme).

Ainsi, depuis les temps les plus reculés, chez tous les hommes, à l'exception des Occidentaux modernes, l'instructeur a toujours été l'objet d'un grand respect de la part de l'élève, auquel il fut enseigné, depuis son enfance, à considérer son précepteur comme venant en dignité immédiatement après son père et sa mère. Ce fut toujours, pour ces hommes, un grand péché, une chose qui causait un réel dommage dans la partie morale de l'être, que de manquer de respect envers son instructeur, même en pensée. La raison en était — et elle ne l'est pas moins aujourd'hui — qu'une longue chaîne d'influence s'étend du guide spirituel le plus élevé que tout homme puisse avoir, en passant par une nombreuse hiérarchie de chefs spirituels, pour aller finalement jusqu'au simple instituteur de notre enfance. Autrement dit, en renversant la proposition à la façon moderne, il existe une chaîne qui s'étend de notre maître d'école, ou de nos précepteurs, jusqu'au chef spirituel le plus élevé, dans le rayon ou la ligne descendante duquel on peut se trouver. Et, dans cette relation occulte, le fait que ni l'élève ni le guide final ne sachent ou n'admettent que ce soit le cas — ou l'ignorent — ne produit absolument aucune différence.

Ainsi, il arrive que l'enfant qui révère son maître et, en conséquence, s'applique avec foi à son travail d'une façon diligente, ne va pas à l'encontre de cette chaîne invisible mais puissante et, par là même, en reçoit le bénéfice, qu'il le sache ou non. Peu importe aussi qu'un enfant ait un instructeur qui, de toute évidence, lui inculque un mauvais système. C'est là son karma, mais par son attitude respectueuse et diligente, il épuise ce karma et finit par dépasser celui qui fut son instructeur.

Cette chaîne d'influence est appelée la chaîne Guruparampara.

Le Guru est le guide, ou celui qui ré-ajuste : il peut ne pas toujours allier cette fonction à celle d'instructeur.

-- Z --

[The Path, octobre 1889, pp. 201-204.]

Notes

  • (52) [Le mot chéla, d'emploi actuel (en hindi, au sens d'élève, disciple), dérive du sanskrit cheda, ou cheta (signifiant : serviteur).]
  • (53) [En français: L'Homme, fragments d'histoire oubliée.] Cette publication, depuis longtemps épuisée, parut pour la première fois, en 1885, sous la signature de « Deux chélas de la S.T. » (qui, plus tard, furent identifiés comme Mohini M. Chatterji et Mme Laura C. Holloway). Voir The Theosophist, vol. 19, p. 649, août 1898. (N.d.E.)

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