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"Lettres qui m'ont aidé", Médiation

Livre 1, Lettre 10

Cher Jasper,

Vous m'interrogez sur ces « trois qualités qui surgissent de la Nature » , dont il est question dans la Bbagavad-Gîtâ (29). Elles existent potentiellement (à l'état latent) dans Purusha (l'Esprit) ; et pendant la période mentionnée dans la Bhagavad-Gîtâ comme le temps où Il produit toutes choses après les avoir dévorées (ce qui est identique à Saturne dévorant ses enfants), ces trois qualités naissent à l'activité et, par conséquent, on constate qu'elles impliquent tous les êtres, dont il est dit qu'ils ne sont pas libres de leur influence.

Ici, le mot « êtres » doit se référer aux êtres formés dans tous les mondes. Ainsi, dans ces formes, les qualités existent [car la forme dérive de la Nature = Prakriti = la Substance Cosmique – J.N.], et, en même temps, elles impliquent le spectacteur (l'âme) qui est dans la forme. Les Dévas sont des dieux — c'est-à-dire une sorte de pouvoir spirituel, inférieur à l'lshwara qui est dans l'homme. Ils sont sous l'influence de la qualité de Satwa, ou Vérité. Ils jouissent d'une période d'immense félicité, qui a une énorme durée mais qui, par le fait qu'elle a une durée, n'est pas une éternité.

Il est écrit :

« Bien, mal et indifférence — les qualités ainsi nommées — procédant de la Nature, influencent l'âme impérissable à l'intérieur du corps » . (30)

Cette âme impérissable apparaît ainsi distincte à la fois du corps, dans lequel les qualités l'influencent, et de ces qualités qui ne sont pas l'âme. Elle-même est Ishwara. L'Ishwara est donc impliqué par les qualités.

La première ou la plus haute qualité est Satwa qui est, dans sa nature, pure et agréable et implique lshwara en l'attachant aux choses agréables et à la connaissance. Ainsi, même en demeurant en Satwa, l'âme est impliquée.

La seconde qualité est Rajas ; elle produit l'action ; elle implique l'âme du fait qu'elle participe de l'avidité et des inclinations ; c'est en provoquant ainsi des actions qu'elle implique l'âme.

La troisième, la qualité Tamo (31), est de la nature de l'indifférence et induit en erreur tous les mortels. Elle est nourrie par l'ignorance.

Voilà donc deux grands adversaires de l'âme : l'ignorance et l'action. Car l'action procédant de Rajas, assistée de Satwa, ne conduit pas au point le plus haut, tandis que l'ignorance mène à la destruction. Pourtant, quand on reconnaît son ignorance, on doit bien agir afin de la détruire. Comment y parvenir sans toujours demeurer dans le tourbillon de l'action [c'est-à-dire karma, qui cause les renaissances – J.N.] ? Telle est la question.

Sachant que les actes se passent tous dans le champ de ces trois qualités naturelles, et pas du tout dans l'âme, il faut commencer par se débarrasser de l'idée que quelque chose est réellement fait par soi-même. Le terme « qualités » doit être pris dans un sens plus large que celui qu'on lui donne généralement.

Il faut ensuite faire reposer toutes ses actions sur la dévotion. C'est-à-dire sacrifier toutes ses actions au Suprême, et non à soi-même. On doit dès lors (en laissant de côté l'indifférence), ou bien se considérer comme le Dieu auquel on sacrifie, ou bien choisir l'autre, le vrai Dieu — Krishna — et dès lors orienter tous ses actes et toutes ses aspirations vers soi-même ou bien vers le Tout. Ici intervient l'importance du motif. Car, celui qui accomplit pour l'humanité des actes magnifiques de vaillance ou de service, ou qui acquiert une connaissance lui permettant d'aider ses semblables, en ayant pour seul mobile la pensée que, de cette manière, il atteindra le salut, ne fait qu'agir dans son intérêt personnel et, par conséquent, ne sacrifie qu'à lui-même. C'est donc une dévotion intérieure au Tout qu'il faut avoir, c'est-à-dire faire reposer toutes ses actions sur le Suprême, en sachant qu'on n'en est pas l'auteur, mais leur simple témoin. (32)

Du fait qu'on se trouve dans un corps mortel, on est affecté par des doutes qui ne manquent pas de surgir. Quand ces doutes arrivent, c'est que l'on est ignorant au sujet de quelque chose. On devrait donc être capable de dissiper ces doutes « avec l'épée de la connaissance » . Car, si l'on a pour un doute une réponse toute prête c'est toujours autant de dissipé. Les doutes viennent tous de la nature inférieure et jamais, en aucun cas, de la nature supérieure. C'est pourquoi, à mesure que notre dévotion augmente, nous devenons capables de saisir de plus en plus clairement la connaissance qui réside dans ce qui en nous tient de Satwa. Car il est dit :

« Celui qui est parfaitement consacré (ou qui persiste dans cette discipline) verra, dans le cours des temps, la connaissance spirituelle jaillir spontanément en lui » (33)

Et encore :

« L'homme au mental plein de doute ne jouit ni de ce monde, ni de l'autre (le monde des dévas), ni de la béatitude finale. » (34)

Cette dernière phrase vise à détruire l'idée que, s'il y a en nous ce soi supérieur dont nous parlons, il ne manquera pas — même si nous sommes indolents et sceptiques — de triompher en surmontant le besoin de connaissance, et de nous conduire à la béatitude finale, en même temps que tout le flot de l'humanité.

Les trois qualités sont inférieures à un état appelé Turîya (35) qui est un état élevé dont il est possible de jouir même en étant incarné. Par conséquent, dans cet état il n'existe aucune des trois qualités, mais l'âme voit les trois qualités se mouvoir dans l'océan de l'Être qui s'étend en dessous. Cette expérience n'est pas vécue seulement après la mort, mais, comme je l'ai dit, il est possible de l'atteindre dès la vie présente — bien que, naturellement, très rarement en pleine conscience. Mais il y a de ces grands Yogis qui peuvent s'élever jusqu'au Nirvâna, ou à l'Esprit, et qui le font, même consciemment, pendant qu'ils sont sur terre. C'est le quatrième état, appelé Turîya. Il n'y a pas, dans nos langues, de mot pour l'exprimer. Dans cet état, le corps est en vie quoiqu'en catalepsie profonde [volontairement provoquée par l'Adepte – J.N.]. Quand l'Adepte en revient, il rapporte ce qu'il peut des vastes expériences de cet état Turîya. Il va de soi qu'elles sont bien au delà de toute expression et nous ne pouvons percevoir leurs possibilités que confusément. Je ne peux donner de Turîya aucune description, car je ne l'ai pas connu, mais j'en perçois les possibilités, comme vous le pouvez probablement aussi vous-même.

Il est bon de se livrer à quelque pratique et de la poursuivre en se retirant dans un lieu fixe, ou une retraite mentale qui échappe à la vue, ou bien la nuit. Le fait qu'on peut accomplir ce qui est appelé Dharana, Dhyana et Samâdhi doit être connu. (Voyez le système de Yoga de Patanjali (36).)

Dharana, c'est le choix d'une chose, d'une zone délimitée ou d'une idée, pour y fixer le mental,

Dhyana en est la contemplation, et

Samâdhi est la méditation qui fait suite sur le même thème.

Quand on s'y exerce, ces trois étapes ne sont qu'un même acte, bien entendu.

Ainsi, prenez par exemple ce qu'on nomme le creux de la gorge.

1. Sélectionnez-le. Dharana.

2. Fixer le mental sur lui. Dhyana.

3. Méditez sur lui. Samâdhi.

Cela donne de la fermeté au mental.

Choisissez ensuite le point de la tête où aboutit le nerf Sushumna. Ne vous préoccupez pas de l'emplacement exact : appelez-le le sommet de la tête. Poursuivez alors le même exercice. Cela vous amènera à pénétrer un peu dans la pensée d'êtres spirituels. Au début, ce genre d'exercice est difficile, mais il deviendra aisé avec la pratique. Toutefois, si on s'y livre, il faut choisir la même heure chaque jour, ce qui crée une habitude, non seulement dans le corps, mais aussi dans le mental. Gardez toujours à l'esprit le conseil donné par Krishna, c'est-à-dire de le faire pour l'humanité tout entière et non pour vous-même.

En ce qui concerne les passions : la colère semble être la force de la nature ; il y a plus que cela en elle, cependant. La luxure (comme on l'appelle) est le symbole grossier de l'amour et du désir de créer. C'est la perversion du Vrai dans l'amour et le désir.

La vanité, je pense, représente, dans un de ses aspects, le pouvoir d'illusion de la Nature, mâyâ, ce que nous prenons à tort pour la réalité. Elle est toujours très près de nous et très insidieuse, tout comme l'illusion de la Nature est toujours présente et difficile à surmonter.

La colère et la luxure ont quelque chose de la qualité rajasique ; mais il me semble que la vanité est presque entièrement de la nature du Tamogunam,

Puissiez-vous traverser jusqu'au rivage où la peur est inconnue.

-- Z. --

[Note de Jasper Niemand :]

En ce qui concerne les pratiques de concentration suggérées dans cette lettre, ce ne sont que des étapes dans une vie tout entière de contemplation ; ce sont des moyens pour atteindre un but, moyens d'un certain ordre parmi d'autres, d'ordres différents, tous nécessaires, la voie la plus élevée étant celle d'une dévotion constante et d'une entière soumission à la Loi. Les méthodes exposées plus haut ont une valeur physiologique parce que les points suggérés pour la contemplation sont, comme d'autres, des centres vitaux. L'excitation de ces centres, et du résidu magnétique de souffle qu'on y trouve toujours, renforce et éveille les facultés de l'homme intérieur — véhicule magnétique de l'âme et lien entre la matière et l'esprit. Ces deux derniers mots sont employés pour la clarté du langage, car, en réalité, matière et esprit sont un. Mieux vaudrait imaginer une série infinie de corrélations de forces allant de l'Esprit pur à son véhicule le plus grossier, et dire que le véhicule magnétique intérieur, ou homme astral, se trouve à mi-chemin sur cette échelle. Le secret de la circulation du fluide nerveux est caché dans ces centres vitaux et celui qui le découvre peut se servir de son corps à volonté. De plus, ces pratiques entraînent le mental à rester dans son propre principe, sans dépenser son énergie et sans exercer sa force tangentielle si difficile à dominer. La pensée a un pouvoir auto-reproducteur et lorsque le mental est fixé d'une façon soutenue sur une idée, il vient à en prendre la couleur et, pour ainsi dire, tous les corrélatifs de cette pensée apparaissent dans le mental. C'est pourquoi le mystique parvient à obtenir toute la connaissance concernant un objet quelconque auquel il pense constamment, dans une immuable contemplation. Tel est le secret des paroles de Krishna : « Pense constamment à moi ; repose-toi sur moi seul et tu viendras sûrement jusqu'à moi. » (37)

Les instincts purs des enfants révèlent souvent des vérités occultes. J'entendais dernièrement une jeune fille de 15 ans dire : « Quand j'étais petite, je m'imaginais tout le temps des choses. J'avais l'habitude de m'asseoir sur le bord de la fenêtre et de regarder, regarder fixement la lune, et je m'imaginais que, si seulement je la regardais assez longtemps, je finirais par m'y transporter et tout connaître à son sujet. »

La culture spirituelle s'obtient par la concentration. On doit s'y appliquer continuellement, chaque jour et à tous les instants, pour qu'elle serve a quelque chose. On peut trouver dans l'article « L'Élixir de Vie » (38) (publié dans Five Years of Theosophy) certaines des raisons de cette vérité. La Méditation a été définie comme étant « la cessation de la pensée extérieure active » . Pratiquer la concentration c'est tendre sa vie tout entière vers un but défini. Par exemple, la mère dévouée est celle qui se préoccupe des intérêts de ses enfants et de toutes les ramifications de leurs intérêts, en toutes choses et avant toutes choses, et non celle qui s'asseoit pour penser fixement toute la journée à une seule branche de leurs intérêts. La vie est le grand instructeur ; elle est la grande manifestation de l'Âme, et l'Âme manifeste le Suprême. Donc, toutes les méthodes sont bonnes, toutes sont des contributions partielles au grand but : la Dévotion. « Le Yoga (ou Dévotion) est la perfection dans l'accomplissement des actions » dit la Bhagavad-Gîtâ (39). Nous devons employer toutes nos facultés, supérieures comme inférieures ; au delà des facultés du mental il y a celles de l'Esprit : elles sont inconnues, mais on peut les découvrir. Quand ils se manifestent, les pouvoirs psychiques doivent aussi être employés, car ils révèlent des lois. Mais leur valeur ne doit pas être exagérée, ni leur danger ignoré. Ce sont des moyens d'intoxication bien plus subtils que les grossières énergies physiques. Celui qui se fie à eux ressemble à un homme qui s'abandonne à la vanité et à la joie du triomphe, sous prétexte qu'il a atteint la première station sur le bord du chemin conduisant au pic qu'il a décidé d'escalader. Tout comme elle le fait avec le découragement, le doute, la peur, la vanité, l'orgueil et l'auto-satisfaction, la Nature se sert de ces pouvoirs comme de pièges pour nous retarder. Chaque événement, chaque objet, chaque énergie peut servir pour ou contre le grand but : dans chacun la Nature s'efforce de contenir l'Esprit et l'Esprit s'efforce d'être libre. Est-ce que la substance parviendra à paralyser le mouvement, ou sera-ce le mouvement qui s'imposera à la substance ? Leurs interrelations contribuent à produire la manifestation. La proportion plus ou moins grande d'activité conditionne le développement spirituel ; quand la grande Force a acquis sa pleine impulsion, Elle nous emporte jusqu'aux frontières de l'Inconnu. C'est une Force intelligente, soi-consciente et spirituelle : il nous appartient d'évoquer ses prolongements inférieurs — formes, véhicules, ou énergies en rapport avec Elle — mais Elle-même n'arrive que de Sa propre volonté. Nous ne pouvons que Lui préparer un véhicule où, comme le dit Boëhme, « le Saint-Esprit puisse aller dans Son propre char » .

« Le Soi ne peut être connu par les Veda, ni par l'intellect, ni par beaucoup de savoir. Celui que le Soi choisit, c'est par lui seulement que le Soi peut être gagné. » (40)

« Le Soi choisit celui-là comme sien. Mais l'homme qui ne s'est pas d'abord détourné de sa méchanceté, qui n'est point calme et soumis, ou dont le mental n 'est pas en repos, ne peut jamais gagner le Soi, même par la connaissance. »

Les italiques sont de moi ; elles indiquent la valeur de la contemplation qui est le stade mentionné plus haut dans lequel le mental a cessé d'agir et les pures énergies de la Nature vont grossir la fontaine de l'Esprit.

Quand il est dit, dans la lettre ci-dessus, que l'Adepte « rapporte ce qu'il peut » de Turîya, il est clair que nous avons là une allusion au fait que tout dépend de la coordination des divers principes de l'homme. Celui qui a atteint la perfection, ou l'état de Mahâtma, a obtenu une maîtrise complète de son corps, et il l'occupe et s'en sert à volonté. Mais, bien entendu, tandis qu'il est dans son corps, lui-même — âme pleine de pouvoir — demeure jusqu'à un certain point limité par ce corps ou véhicule. Ceci veut dire qu'il y a des expériences que ne peut partager cet instrument de l'âme que nous appelons « le corps » , et que, au delà d'un certain point, son cerveau ne peut les réfléchir, ni se les rappeler. Ce point varie avec le degré de réalisation atteint par les âmes individuelles et, quoique chez certains êtres il puisse se situer à un niveau élevé de connaissance et de pouvoir, il faut pourtant le considérer comme limité si on le compare aux expériences spirituelles de l'âme libérée.

Le travail auquel se consacrent tous les disciples consiste à rendre le corps, d'une part, plus poreux, plus fluide, plus réactif à toutes les influences spirituelles qui naissent dans le centre intérieur — l'âme qui est une partie indivisible de la grande Âme de tous — et, d'autre part, moins réceptif aux influences matérielles extérieures engendrées par le monde qui ne pense pas, et par les qualités de la nature. Il est dit que la pensée abstraite est « le pouvoir de penser à une chose indépendamment de ses qualités » , mais ces qualités sont le phénoménal, l'évident, et elles font la plus grande impression sur nos sens. Elles nous égarent et constituent un aspect de ce piège que la Nature place sous nos pas, de crainte que nous ne découvrions ses plus intimes secrets et la dominions. Bien plus : le fait que nous soyons retenus dans notre progrès comme unités composantes d'une race donne le temps à cette race et à d'autres d'accomplir lentement leur expérience évolutive, et offre à chaque âme des chances prolongées et répétées de se corriger, de revenir sur ses pas, de parfaire la courbe de l'évolution. En cela, la Nature est très miséricordieuse ; et, même dans les ténèbres de la huitième sphère où tombent les âmes spiritualisées dans le mal, ses impulsions fournissent des chances de retour, s'il reste, dans l'âme condamnée par elle-même, une seule énergie capable d'y répondre.

De nombreuses personnes insistent sur un code parfait de morale, tempéré par les douceurs de la bienséance sociale, en oubliant que ces civilités varient avec le climat, les nations et les époques. La vertu est une noble offrande au Seigneur. Mais, tant qu'elle n'est que droiture corporelle et droiture mentale, elle est insuffisante et n'a rien à voir avec la droiture de la nature psychique, ou vertu de l'âme. L'Être vrai — telle est la vertu de l'âme ; sa vertu est d'être libre. Le corps et le mental ne participent pas à de telles expériences, bien qu'ils puissent ultérieurement les refléter, et que ce reflet puisse les instruire par une lumière et un pouvoir d'une nature spécifique. La spiritualité n'est pas la vertu. Sous un aspect, elle est l'impersonnalité. Il est tout aussi possible d'être spirituellement « mauvais » que spirituellement « bon » . Ces attributs ne sont conférés à la spiritualité qu'en raison de l'usage qui en est fait, pour ou contre la grande Loi d'évolution, et celle-ci doit finalement prévaloir, parce qu'elle est la loi de la Déité — une expression de la nature et de l'Être de l'Inconnu — et que cette nature est dirigée vers la manifestation, la réalisation de soi et la réabsorption. Tout ce qui contrecarre cette Loi, en luttant pour une existence séparée, doit à la longue succomber, et toute différenciation qui s'avère en elle-même incapable de réabsorption est réduite à ses éléments originels, qui constituent la forme, pour ainsi dire, sous laquelle elle peut être réabsorbée.

La spiritualité est donc une condition de l'Être qui ne peut être exprimée par le langage. Appelez-la un taux de vibration, bien au delà de notre compréhension. Son langage est le langage du mouvement, à son premier stade, et sa perfection transcende les mots et même la pensée.

« La connaissance du Principe Suprême est un silence divin, et l'état de repos de tous les sens. »
(La Clef) (41)

« Attractions et répulsions, bien et mal, n'affectent nullement le connaisseur de Brahm, qui est sans corps et existe à jamais. »
(Le plus beau fleuron de la discrimination (42))

« Sur cette nature qui est au delà de l'intellect, beaucoup de choses sont affirmées selon la pensée intellectuelle, mais elle est mieux contemplée par l'arrêt de l'énergie intellectuelle qu'avec elle. »
(Porphyre)

La pensée est limitée et nous cherchons à pénétrer l'illimité. L'intellect est le premier produit de la Nature (43) qui, comme je l'ai dit, pousse à l'expérience de l'âme. Lorsque nous reconnaissons cette vérité, nous nous servons de cette énergie naturelle appelée Pensée, pour faire des comparaisons, nous instruire et éliminer le doute ; nous atteignons un point où nous exerçons une contrainte sur les tendances extérieures de la Nature : lorsque ces tendances sont résolues dans leur cause, et quand la Nature est tout à fait conquise et dominée, cette cause se manifeste aussi bien dans la Nature qu'au delà d'elle.

« Dans leur descente, les substances incorporelles se divisent et se démultiplient parmi les individus, avec une diminution correspondante de force ; mais lorsque, par leurs énergies, elles s'élèvent au-delà des corps, elles en viennent à s'unir et à exister comme un tout, par un effet d'exubérance de pouvoir. »
(Porphyre)

Ces suggestions suffiront pour les âmes qui sont déjà sur la voie. Les autres les trouveront impénétrables. Le langage n'exprime que les expériences d'une race : comme la nôtre n'a pas atteint les degrés supérieurs de l'Être, nous n'avons encore aucun mot pour exprimer ces idées. L'Orient a toujours été le foyer de la recherche spirituelle ; il a donné au monde toutes ses grandes religions. C'est ainsi que le sanskrit possède des termes pour désigner certains de ces états et conditions, mais, même en Orient, on sait bien que le sans-forme ne peut être exprimé par la forme, ni l'Illimitable par les limites des mots et des signes. Être ces états est le seul moyen de les connaître ; nous ne pouvons jamais réellement connaître ce que nous ne sommes pas.

J.N.

[The Path, juillet 1889, pp. 108-114]

Notes

  • (29) [Voir la Bhagavad-Gîtâ, chapitre 14, au sujet de ces trois qualités, ou guna — sattva, rajas et tamas.]
  • (30) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 14, 5.]
  • (31) [On trouve en sanskrit, pour la qualité de tamas, l'expression tamogunam, que Judge rend ici en anglais par Tamo quality.]
  • (32) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 5, 8-9, 13, 29 et 14, 19.]
  • (33) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 4, 8.]
  • (34) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 4, 40.]
  • (35) [À propos de cet état « quatrième » (turîya), voir la Mândùkya Upanishad, 7,8, 12. Cf. Cahier Théosophique n° 103 et Les Rêves et l'Eveil intérieur, (154-157).]
  • (36) [En particulier, voir le début du Livre 3 des Aphorismes du Yoga.]
  • (37) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 9, 34 et 18, 65.]
  • (38) Paru pour la première fois dans la revue The Theosophist, vol. 3, pp. 140 et 168 (N.d.E.)
  • (39) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 2, 50.]
  • (40) [Allusion à un passage de la Mundaka Upanishad. Voir Cahier Théosophique n° 155.]
  • (41) [Hermès Trismégiste, Traité 10, § 5.]
  • (42) [Traité fameux de Shankarâchârya. En sanskrit : Vivekachûdâmani.]
  • (43) [Conformément à la doctrine du Samkhya, Mahat (ou Mahabuddhi) est la première différenciation de la Prakriti cosmique.]

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