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"Lettres qui m'ont aidé", Motif, responsabilité

Livre 1, Lettre 9

Cher Monsieur et Frère,

Dites à cet ami qui vous pose des questions : nul n'a jamais été converti à la Théosophie. Si un homme y entre réellement c'est qu'elle est pour lui simplement « une extension de croyances antérieures » . Cela vous montrera la réalité de karma. Car aucune des idées que nous recevons n'est autre chose qu'une extension d'idées antérieures. En d'autres termes, elles sont causes et effets dans une succession sans fin : chacune engendre la suivante et y demeure de façon inhérente. Ainsi, nous sommes tous différents, et certains ont des similitudes entre eux. Mes idées d'aujourd'hui, et les vôtres, sont teintées par celles de notre jeunesse, et ainsi nous poursuivrons sans cesse la ligne inévitable que nous avons tracée dès le début. Bien sûr nous changeons toujours un peu, mais jamais avant que nos vieilles idées aient reçu une extension à d'autres idées. Les fausses idées que l'on écarte de temps en temps ne doivent pas entrer en ligne de compte ; elles jettent pourtant une ombre çà et là. Mais, par l'effet de la Fraternité, nous recevons la connaissance des autres et nous l'examinons jusqu'au point où (si elle nous agrée) elle devient nôtre. Pour ce qui est de vos conclusions personnelles, faites toujours usage de votre discernement. N'adoptez aucun point de vue définitif simplement pour l'entendre énoncé par une personne en qui vous avez confiance : retenez seulement les conclusions qui s'accordent avec votre intuition. Être illusionné, mêrne inconsciemment, par l'influence d'un autre c'est avoir une foi manquant d'authenticité.

La connaissance spirituelle embrasse toutes les actions (24). Les gens qui cherchent à s'informer devraient bien lire la Bhagavad-Gîtâ. Elle leur donnera de la nourriture pour des siècles, si seulement ils la lisent avec des yeux spirituels. Sous son apparence extérieure se trouve l'esprit vivant qui nous éclairera tous. Je l'ai lue dix fois avant d'y trouver des choses que je n'avais pas vues au premier abord. Pendant la nuit, les idées qu'elle contient sont digérées, et retournées partiellement au mental le lendemain. Elle est le sujet d'étude des adeptes.

Il faudrait que personne n'ignore que, s'il y a une grande joie dans cette croyance, elle recèle aussi beaucoup d'affliction. Étant vraie, étant la Loi, toutes les grandes forces sont mises en mouvement par l'étudiant. Il se met à penser qu'il a abandonné l'ambition et le désir du bien-être (25). En fait, ce qu'il a abandonné c'est l'ambition et le désir du bien-être du plan inférieur, simples reflets des grandes ambitions et des aspirations au bien-être d'une existence plus vaste. Les rayons de la vérité consument les enveloppes que le temps a placées sur ces semences : celles-ci commencent alors à germer et à provoquer de nouveaux combats. Ne laissez aucun chercheur sérieux dans l'ignorance de ce fait. Il en a coûté à certains, pour l'apprendre par eux-mêmes, bien des années d'épreuves et des larmes de sang.

Comme le sentier de l'action est difficile ! Je perçois vaguement le futur : dans de telles circonstances, c'est inconsciemment que l'on fait des efforts, pour ou contre lui. Alors, surviennent les résultats de karma. Je souhaiterais presque ne pas entendre ces murmures. Mais celui qui se conquiert lui-même est plus grand que les conquérants du monde.

Peut-être voyez-vous plus clairement maintenant comment opère karma. Si quelqu'un entreprend lui-même d'éliminer tout le vieux karma, le combat devient très souvent gigantesque, car la masse tout entière des péchés de jadis se révèle en se précipitant sur l'individu, et les événements se mettent à se succéder rapidement. La tension est terrible et tout l'édifice de l'être vivant gémit et est ébranlé de secousses. Comme on le dit en Orient, vous pouvez parcourir le chemin tracé en sept cents incarnations, en sept ans ou en sept minutes.

La citation de la Lumière sur le Sentier à laquelle tant d'étudiants se réfèrent n'est pas aussi difficile que d'autres. Une seule réponse suffira pour l'ensemble. L'ouvrage est écrit sur la base de la réincarnation : quand il est dit que le vêtement souillé retombera sur l'individu (26), cela signifie qu'il sera endossé dans une autre vie, pas nécessairement dans celle-ci, bien que cela soit également possible. « Se détourner avec horreur » n'est pas du détachement. Avant de pouvoir nourrir l'espoir d'empêcher un état mental particulier, ou des événements quelconques, de nous atteindre, dans cette existence ou dans une autre, nous devons, en fait, être détachés de ces choses. Mais « nous » ne sommes pas notre corps, ni simplement notre mental, mais bien la partie réelle de notre être, dans laquelle karma est inhérent. Karma détermine tout. Il se fixe à notre vrai soi intérieur par attachement et répulsion. C'est-à-dire que si nous aimons le vice (ou toute autre chose) il nous agrippe par l'effet de l'attachement que nous lui portons ; si nous haïssons quelque chose, notre soi intérieur est saisi par l'horreur que nous en ressentons. Si nous voulons empêcher une chose, nous devons la comprendre ; nous ne pouvons la comprendre tant que nous la craignons ou la haïssons. Nous n'avons pas à aimer le vice, mais nous devons reconnaître qu'il est une partie du tout et c'est en essayant de le comprendre que nous parvenons à nous placer au-dessus de lui. C'est la « doctrine des opposés » dont il est question dans la Bhagavad-Gîtâ. Ainsi donc, si nous nous détournons du mal avec horreur (notez qu'il serait légitime pour nous d'en éprouver de la tristesse et de la pitié), il arrivera dans une vie future que nous ressentirons cette horreur et la développerons par réaction en nous incarnant dans un corps et dans un lieu où nous devrons, dans notre vie matérielle, traverser la chose même que nous haïssons actuellement. Tout en nous efforçant d'atteindre Dieu, nous devons apprendre à être, autant que possible, à sa ressemblance. Il aime et ne hait pas ; aussi, devrions-nous faire des efforts pour considérer le plus grand vice comme quelque chose que nous ne devons pas haïr, bien que nous refusions de nous y plonger, et alors nous pourrons approcher cet état où nous connaîtrons l'amour le plus large qui embrasse les hommes et les choses, bons et mauvais, de manière égale.

Le Bien et le Mal ne sont que les deux pôles d'une même chose. Dans l'Absolu, le Mal est ainsi la même chose que le Bien. Celui qui possède la connaissance absolue peut voir à la fois le Bien et le Mal, mais il ne ressent pas le Mal comme une chose dont il faut s'éloigner, aussi lui faut-il l'appeler simplement l'autre pôle. Nous disons Bien ou Mal selon que certains événements paraissent agréables ou désagréables à nous-mêmes ou à notre civilisation actuelle. Et c'est ainsi que nous avons forgé ces deux mots. Ce sont de mauvais termes à employer. Car, dans l'Absolu, l'un est tout aussi nécessaire que l'autre et, souvent, ce qui semble Mal et « souffrance » ne l'est point d'une manière absolue, mais constitue seulement des ajustements nécessaires dans la progression de l'Âme. Lisez dans la Bhagavad-Gîtâ (27) la façon dont le soi paraît éprouver de la douleur. Et puis, qu'est-ce que le Mal ? La perte d'amis ? Non, si vous êtes centré dans le soi. La calomnie ? Non, si vous faites confiance à karma. Il y a Mal seulement lorsqu'on se rebelle contre des décrets immuables qui doivent être accomplis. Vous savez que ces alternances qu'on nomme Bien et Mal doivent exister. Représentez-vous un homme qui, après avoir été réellement une âme élevée, vit maintenant en avare et y trouve son plaisir. Vous appelez cela un mal ; lui, un bien. Qui a raison ? Vous dites « Mal » en vous plaçant au point de vue du Vrai ; mais le Vrai savait bien que l'homme n'aurait jamais pu dépasser un certain point à moins d'avoir cette expérience, et c'est pour cette raison que nous le voyons maintenant dans cet état de mal. L'expérience, nous devons en avoir, et si nous l'acceptons quand elle nous arrive, nous sommes sages. C'est-à-dire que, tout en nous efforçant de faire tout notre devoir envers le monde et nous-mêmes, nous n'avons pas à revivre le passé par de vains et nuisibles regrets, ni à condamner quiconque, quels que soient ses actes, puisque nous ne pouvons pas en connaître la véritable cause. Nous ne sommes pas karma, nous ne sommes pas la Loi, et condamner un homme c'est nous rendre coupable de cette sorte d'hypocrisie qu'elle condamne si profondément. Si la Loi laisse vivre un homme, c'est la preuve qu'il n'a pas encore été jugé par cette autorité supérieure. Cependant, nous devons garder et nous garderons en tout temps notre faculté de discernement.

Quant à s'élever au-dessus du Bien et du Mal, cela ne signifie point faire le mal, bien sûr. Mais, en fait, il ne peut exister ni Bien ni Mal réels ; si notre but est juste, nos actes ne peuvent être mauvais. Ajoutez à cela que tous les actes sont morts, une fois accomplis ; c'est dans le cœur qu'ils sont conçus et ils s'y trouvent déjà exécutés : leur réalisation physique est en elle-même une chose morte. Ainsi, nous pouvons faire une action supposée bonne, qui assurément apparaîtra telle, vue de l'extérieur, et cependant, dans la mesure où notre motif est peut-être mauvais, l'acte est nul, bien que l'intention compte.

Le grand Dieu a tout fait, le Bien comme le Mal. Entre autres choses, il y a celles qui semblent mauvaises, mais Il ne doit pas en être affecté pour autant. Si nous suivons la Bhagavad-Gîtâ, chapitre 3, nous ne devons accomplir que les œuvres que nous croyons bonnes, comme une offrande à Dieu et non pour nous-mêmes, et, si nous sommes désintéressés vis-à-vis des conséquences, ce n'est pas notre affaire si celles-ci paraissent bonnes ou mauvaises. Comme le cœur et le mental sont les plans réels de l'erreur, il est clair que nous devons veiller à accomplir tous les actes simplement parce qu'ils sont là pour être faits. Il nous reste alors la difficulté de nous séparer de l'acte.

En tant qu'êtres humains, nous ne pouvons jamais nous élever au-dessus de la condition d'instruments par lesquels ce qu'on appelle le Bien et le Mal doivent se produire ; cependant, comme ce Bien et ce Mal résultent de comparaisons et ne sont pas absolus en eux-mêmes, il s'ensuit que nous (dans notre être réel) devons apprendre à nous élever intérieurement à un niveau où ces événements nous apparaissent simplement comme des changements dans une vie de changement. Ceci arrive parfois même chez l'homme vivant dans le monde.

Prenez Bismarck, par exemple : habitué à manier de grandes masses d'hommes, et peut-être pour une bonne fin, il est capable de s'élever facilement au-dessus d'un Mal passager en vue d'un plus grand résultat. De même, le chirurgien ne s'arrête pas à la douleur qu'il doit faire subir à un patient, il ne voit que le bien, ou plutôt, le résultat escompté à la suite d'une pénible opération. Le patient lui-même pense de la même façon.

Ainsi, l'étudiant en arrive à comprendre qu'il n'a pas à faire le « Bien » ou le « Mal » , mais à accomplir un certain nombre d'actes qui se présentent à lui ; et, pendant tout ce temps, il ne doit pas se préoccuper tant de sa ligne de conduite que de sa ligne de motif ; car sa conduite découle nécessairement de son motif. Voyez le soldat. Pour lui, il n'y a rien de mieux qu'une guerre légitime. Question : en faisant la guerre, commet-il le mal, ou non — même si la guerre est illégitime ? Non, à moins qu'il allie d'autres intentions à son motif : celui qui va à la guerre pour le gain, ou par esprit de vengeance, agit mal, mais non celui qui obéit aux ordres de son supérieur, parce que c'est son devoir du moment.

Ainsi donc, accordons notre aide à tous ceux qui viennent sur notre chemin. Ce sera le vrai progrès ; les voiles qui s'étendent sur notre âme tombent quand nous agissons pour les autres. Si tel est le réel motif, la quantité de travail accompli n'a pas d'importance.

-- Z. --

[Note de Jasper Niemand :]

II semblerait que le Bien et le Mal ne soient pas inhérents aux choses elles-mêmes, mais aux usages auxquels on les soumet. Ce sont des conditions de la manifestation. Bien des choses ordinairement appelées immorales sont des conséquences des lois injustes de l'homme et des institutions sociales individualistes : de telles choses ne sont pas immorales par elles-mêmes mais d'une manière relative. Elles sont immorales uniquement par rapport au temps. Il en est d'autres dont le mal réside dans le bas usage que l'on fait de forces de nature supérieure, ou de la Vie — qui est sacrée ; de sorte qu'ici encore le mal n'est pas en elles, mais en nous-mêmes ; dans notre mauvais usage de nobles instruments appliqués à une tâche inférieure. Le mal n'est pas non plus en nous, mais dans notre ignorance ; c'est là l'une des grandes illusions de la Nature. Toutes ces illusions portent l'âme à faire des expériences dans la matière, jusqu'à ce qu'elle ait clairement pris connaissance de chaque partie : ensuite, il lui faut apprendre à connaître l'ensemble — et tout à la fois — ce qu'elle ne peut accomplir qu'en opérant sa réunion avec l'Esprit, le Suprême, ou la Divinité.

Si nous nous approchons, avec tout le respect voulu, du point de vue du Suprême, dans la mesure où peut nous le permettre notre mental limité, ou notre intuition naissante, nous sentons qu'Il se tient au-dessus, sans être affecté ni par le Bien, ni par le Mal. Notre Bien est relatif et le Mal est simplement la limitation de l'âme imposée par la matière. De l'essence matérielle de la Divinité, sont évoluées les myriades de différenciations de la Nature (Prakriti, la substance cosmique) et tous les mondes, avec leurs relations mutuelles : l'âme en reçoit une aide dans son expérience cyclique, à mesure qu'elle passe d'un état à un autre. Comment alors pourrons-nous dire qu'un état donné soit mauvais dans un sens absolu ? Prenons par exemple l'assassinat. Il semble être un mal. En vérité, nous ne pouvons pas réellement ôter la vie, mais nous pouvons détruire un véhicule du divin Principe de Vie, et entraver le cours d'une âme qui se sert de ce véhicule. Mais, par cet acte, nous recevons une blessure bien plus grande que n'importe qui. Ce crime est le fruit d'un certain état malsain de l'âme. L'acte nous envoie en enfer (pour ainsi dire) dans une condition misérable, durant une ou plusieurs incarnations. Le choc, la rétribution naturelle, notre propre résultante karmique, la punition imposée par l'homme et celle exigée par la loi occulte, châtient l'âme, et la rendent moins dure. Elle a traversé une expérience solennelle qui était devenue nécessaire à son développement et qui finalement a pour effet d'ajouter à sa purification. Si nous considérons ce résultat, l'action perpétrée était-elle mauvaise ? Elle a été une conséquence nécessaire des limitations de la matière, car si l'âme était restée céleste et demeurée dans l'Être libre, elle n'eût pu commettre un assassinat. Quant à l'âme immortelle — le Spectateur — elle n'a aucune participation à l'action mauvaise ; c'est seulement la personnalité, la partie élémentaire de l'âme, qui a péché. Tout ce qui retient l'âme attachée à l'existence matérielle est mal, c'est pourquoi nous ne pouvons pas distinguer l'un de l'autre. Le seul bien ultime c'est l'Unité ; et, en réalité, rien d'autre n'existe que cela. En conséquence, nos jugements se situent seulement dans le temps. Et nous n'avons pas non plus le droit d'exiger une vie pour une vie. « La vengeance m'appartient » . dit le Seigneur (la Loi), « je donnerai le juste salaire ». Avec l'exécution capitale, nous devenons complices d'assassinat en élaborant de telles lois humaines. Par ailleurs, je n'affirme pas que chaque expérience doive être vécue dans le corps, car il en est qui sont éprouvées dans le mental. Je ne cherche pas non plus à justifier aucune d'elle : la seule justification est dans la Loi.

L'homme innocent, injustement assassiné, sera récompensé par karma dans une vie future. En vérité, tout homme victime d'un meurtre reçoit un remboursement, pour ainsi dire ; car, bien que cette infortune provienne de son karma, il n'est pas admis par la loi occulte qu'on enlève la vie. Certains êtres sont les armes de karma dans leur conduite criminelle, mais ils se sont assigné eux-mêmes ce rôle dans leur passé.

Il se trouvait que la Grande Âme avait précisément besoin de ce corps, quelles que fussent les erreurs de sa nature, ou les conditions de son milieu physique : frustrer l'âme est un acte redoutable pour un homme. Car c'est seulement l'homme, seulement la nature inférieure, agissant sous l'influence de Tamas (la qualité des ténèbres), qui ressent l'impulsion qui porte à ôter la vie — que ce soit dans la justice humaine, ou à des fins de vengeance, de protection, etc. « L'âme ne tue pas et n'est point tuée. » (28) Ce que nous connaissons comme nous-mêmes n'est que l'homme naturel, les principes inférieurs et le mental dirigés par la fausse conscience. De l'âme, nous n'avons, dans notre état ordinaire, que de brefs aperçus incomplets — par la voix de la conscience, ou l'intuition. Bien entendu, il existe des états psychiques et spirituels dans lesquels davantage en est connu. Ainsi, la nature fait la guerre à la nature, toujours dans le but de favoriser la purification et l'évolution de l'âme. La Nature n'existe que pour le dessein de l'âme. Si nous réfléchissons à ce sujet dans cette perspective, nous pourrons au moins comprendre à quel point nous serions téméraires de conclure qu'une action quelconque a été un mal sans mélange, ou que ces distinctions existent dans l'Absolu : lui seul est, tout le reste est phénoménal et transitoire ; ces différences disparaissent à mesure que nous nous élevons. En attendant, nous devons éviter toutes les choses ordinairement reconnues comme immorales, et bien d'autres qui ne sont pas considérées comme telles par la masse, mais qui le sont tout autant quand nous savons a quel point elles augmentent l'ignorance et l'obscurité par le ferment qu'elles introduisent dans la nature, et combien cela empêche la pénétration des clairs rayons de la Vérité.

Je doute que l'âme ait connaissance de ce qui est moral ou immoral. Car, considérez un instant le cas d'une âme désincarnée : qu'est-ce que le péché pour elle, quand elle est délivrée de son enveloppe — le corps ? Que connaît-elle alors des lois humaines et des principes moraux, ou encore des lois et des formes de la matière ? Les voit-elle seulement ? Quelle impudicité peut-elle commettre ? Je dis donc que ces principes moraux appartiennent à ce plan seulement, pour être considérés et observés ici-bas, mais qu'on ne saurait leur attribuer un caractère absolu, ni s'en servir de balance pour l'âme qui a d'autres lois. L'âme libre a affaire avec des essences et des pouvoirs qui sont tous impersonnels ; les conflits de la sphère matérielle sont laissés en arrière. Plus haut encore, tout comme au-dessus et en dedans de tout, l'esprit immortel, exempt de passions, regarde en bas, sachant bien que, quand le naturel se sera une fois de plus résorbé dans sa source spirituelle, toute cette lutte et ce jeu de force et de volonté, cette alternance de croissance et de décroissance de formes, cette progression de la conscience qui fait monter des nuages menaçants et des fumées d'illusion devant l'œil de l'âme, tout cela aura touché à son terme. Mais même maintenant, dans l'incapacité où nous sommes de maîtriser ces thèmes élevés, nous pouvons avoir une patiente confiance dans les processus de l'évolution et dans la Loi, en ne blâmant ni ne jugeant aucun homme, mais en vivant nous-mêmes selon nos intuitions les plus hautes. La pierre de touche d'un homme gît dans son motif que nous ne voyons pas — pas plus que ses actes ne l'expriment toujours.

J.N.

[The Path, juin 1889, pp. 65-70]

Note

  • (24) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 4, 33.]
  • (25) [Allusion aux règles l et 3 (livre 1) de La Lumière sur le Sentier.]
  • (26) (Voir, dans La Lumière sur le Sentier, la note 2.]
  • (27) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 13, 20-21.]
  • (28) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 2, 19.]

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