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"Lettres qui m'ont aidé", Clochette, Doute, Oracle

Sommaire :

Livre 1, Lettre 6 (↑ sommaire)

Cher Jasper,

C'est un grand progrès pour vous d'entendre les clochettes que peu entendent, et cela montre que vous en êtes au point où il est possible pour vous de les entendre ; c'est beaucoup en vérité. Ne recherchez pas la voix des clochettes, mais considérez les idées qui, à ce moment-là, pénètrent dans la tête et soumettez-les à la pierre de touche de votre propre Âme, tout comme vous l'avez conseillé à B. Le fait de vous sentir « mort » est une chose dont vous ne devriez pas vous inquiéter. Vous êtes probablement sous l'opération, d'une loi qui prévaut dans la nature et dont il est question, comme vous le verrez, dans la revue The Path (numéro d'avril 1886, page 14) (12). L'explication est la suivante : l'âme, en accédant à un lieu ou un environnement nouveau, y reste silencieuse pendant un certain temps — c'est ce que vous appelez « être mort » — elle y puise des forces, puis elle s'accoutume progressivement à son nouveau milieu, après quoi elle commence à s'y mouvoir. Dans la vie ordinaire, on peut voir de cela une illustration dans la timidité de l'enfant. On constate que la timidité est la réserve éprouvée dans un milieu inaccoutumé ; et c'est justement ce qui arrive lorsque l'âme va dans un lieu inconnu ou dans un environnement nouveau.

Nos efforts ne peuvent subir ni perte ni préjudice. Chaque aspiration éclaire plus brillamment la route qui relie le Soi supérieur et l'inférieur. Cela ne fait pas de doute. Ce n'est pas ce que l'on fait qui compte, mais l'esprit avec lequel on accomplit la moindre chose. Écoutez les paroles du Maître : « Celui qui fait tout ce qu'il peut et de son mieux, fait assez pour nous. »

Le simple fait qu'un homme apprécie ces vérités et ressente ces aspirations est la preuve qu'il est sur la bonne route. C'est une bonne chose que d'y marcher maintenant. Nous ne vivrons pas toujours. La mort doit venir. Aussi, ne vaut-il pas beaucoup mieux embrasser la mort pendant que l'on est ainsi à l'ouvrage, que de se dérober pour se voir finalement entraîné avec soudaineté dans les vies futures ? La renaissance immédiate est pour ceux qui travaillent constamment, avec un cœur attaché à l'œuvre du Maître et dépourvu d'intérêt personnel.

L'Esprit Un est en tous, II est la propriété de chacun. Il est donc toujours là, toujours avec nous et, si on y réfléchit, il reste peu de place pour la tristesse ou l'illusion. Si nous croyons que l'âme de tous est mesurée par la totalité du Temps, et non par une de ses parties, alors nous ne nous soucions plus de ces moments qui sont seulement relatifs à notre corps. Si nous vivons dans notre cœur, nous avons bientôt la preuve que le temps et l'espace n'existent pas. Rien d'étranger au Maître n'y pénètre et nos fautes ne s'y trouvent pas. Le cœur L'atteint toujours, et il n'y a pas de doute qu'Il réponde. Il répond, je le sais. Il nous aide tout en nous laissant à nous-mêmes. Il n'a pas besoin de se pencher vers la terre pour voir notre dévotion, car elle est d'une qualité céleste et sa portée s'étend partout.

Non, je ne dis pas et n'ai jamais dit que vous devriez faire autre chose que ce que vous faites. Nous faisons chacun notre possible. Nul d'entre nous ne peut être le juge d'une quelconque créature existante ; je ne vous juge donc en aucune manière. Dans la grande somme totale, il se pourrait que votre vie soit plus grande qu'aucune vie jamais vécue par moi ou par quiconque. Le fait que vous soyez en Amérique, en Europe ou en Inde ne change rien. Tout cela, c'est se mettre en quête de conditions. J'en suis arrivé à comprendre que les Maîtres eux-mêmes ont dû s'élever au milieu de conditions bien plus mauvaises que celles où nous sommes. Peu importe où nous nous trouvons : le même esprit pénètre tout et est également accessible. Quel besoin alors de changer de lieu ? Nous ne nous transformons pas en transportant notre corps d'un point géométrique à un autre. Simplement, nous le plaçons sous une influence différente. Et, pour changer, nous avons dû en arriver à avoir de l'aversion pour le lieu que nous avons quitté. C'est ce qui s'appelle l'attachement par les contraires, et cela agira à notre détriment, comme tout ce qui trouble l'équilibre de l'âme. Vous savez qu'un même résultat est produit par deux opposés exacts et qu'ainsi les extrêmes se touchent.

Cette chaude flamme dont vous parlez est, comme les sons, l'une des expériences. Il y en a tellement, tellement de ces choses ! Souvent, elles résultent de l'extrême tension ou vibration à laquelle est soumise l'aura d'un aspirant dont la dévotion est pure. Elles sont lui-même, et il devrait veiller à ne pas les prendre pour des merveilles. Ce sont souvent des « apparitions dans Brahm » . Elles sont comme des lumières et des visions nouvelles qui se présentent au marin sur une côte inconnue. Elles peuvent persister, changer ou cesser. Notez-les seulement avec beaucoup de soin, et « ne vous montrez pas surpris et ne formez pas d'associations » .

Je ne puis en dire plus. Toute aide que vous donnez à une autre âme, quelle qu'elle soit, est une aide à vous-même. C'est notre devoir d'aider tout le monde et nous devons commencer par ceux qui nous sont les plus proches car, en courant au loin en quête d'âmes que nous pourrions éventuellement aider, nous délaissons à nouveau notre devoir présent. Mieux vaut mourir dans l'accomplissement de notre propre devoir, aussi médiocre soit-il, que d'essayer d'en remplir un autre (13). Relevez donc la tête et considérez la grande masse des soi-disant fautes passées. Elles furent pour vous des moyens et des leçons. Chassez tout doute, toute crainte, tout regret et, librement, prenez de la Vérité ce que vous pouvez en contenir à chaque pas. Ainsi ce sera bien. La Vérité Éternelle est une et indivisible et nous pouvons de temps à autre recevoir des Pères (Pitris) des visions furtives de ce qui est vrai.

Les mots sont des choses. C'est mon point de vue et c'est un fait. Sur le plan inférieur des relations sociales, ils sont des choses, mais des choses sans âme et mortes, parce que les conventions au milieu desquelles ils sont nés en ont fait des créatures avortées. Mais si nous nous écartons du cadre de ces conventions, ils deviennent vivants, proportionnellement à la réalité et à la pureté de la pensée qui les anime. Ainsi, dans la communication entre deux étudiants, les mots sont des choses et ces étudiants doivent s'assurer soigneusement que le terrain où s'établit leur dialogue est pleinement compris. Usons avec précaution de ces messagers vivants qu'on appelle les mots.

Là où je vous verrai dans l'erreur, je parlerai, pour mettre en garde mon Frère qui, temporairement, ne sait pas. Car, si je ne sonnais pas l'alarme, d'autres choses pourraient peut-être le faire dévier vers une voie qui lui plairait pour un temps, mais dont il se repentirait plus tard et, quand il aurait compris son erreur, il aurait de bonnes raisons de soupirer après moi, à travers de sombres siècles de séparation, en regrettant amèrement que j'aie manqué à mon devoir de mise en garde.

Comme toujours,

Z.

[Note de Jasper Niemand]

Le nouveau plan où l'âme peut aller, et dont il s'agit dans cette lettre, est le plan astral. Il se trouve juste au-dessus du plan physique et est formé d'un degré subtil de matière. Quand un étudiant tourne son attention vers la vie supérieure et désire intensément trouver la voie, son âme a commencé à s'éveiller et à parler. Elle a entendu la voix de l'esprit. Alors, les sens internes commencent à s'épanouir, d'abord si faiblement et si délicatement, que l'on entend à peine leur message. Mais l'âme a tourné son attention vers le plan astral, le premier que nous ayons à connaître sur notre chemin ascendant ; l'énergie de l'âme est transférée alors du plan physique au plan astral et il se produit un influx de nombreux songes confus et d'expériences étranges, pendant la veille et le sommeil. Cette situation peut durer, ou bien cesser ; tout dépend de l'âme individuelle et de Karma. C'est un plan très déroutant et l'on peut dire, d'une façon générale, qu'ils ont plus de chance que les autres les étudiants qui parviennent à faire un progrès marqué dans les choses spirituelles sans avoir aucune expérience consciente du plan astral. Car alors ils pourront, plus tard, l'étudier d'en haut, et non d'en bas, et avec beaucoup moins de danger pour eux-mêmes. Il nous faut tout connaître, mais notre progrès peut se faire de diverses façons, même en sautant certains degrés ; dans ce cas, cependant, nous devons revenir plus tard sur ce que nous avons laissé de côté. Un tel retour en arrière n'implique pas qu'il y ait préjudice, ou perte du degré acquis, car, une fois gagné en réalité, il ne saurait être perdu.

Les clairvoyants et les sujets non entraînés qui ont des visions nient souvent cette vérité que le plan astral est composé d'une matière plus subtile. Ils ne distinguent pas les sens psychiques des sens spirituels. Ils peuvent voir à travers la matière grossière, comme celle d'un mur, du corps humain, et ainsi de suite, comme si c'était du verre ; mais ils ne peuvent voir à travers la substance astrale et, en conséquence, ils considèrent comme réelles ses formes et toutes les images et apparences perçues dans la lumière astrale. Seul l'adepte voit à travers ces illusions qui sont d'autant plus puissantes qu'elles sont composées d'un degré plus subtil de matière : les énergies transcendantes, les forces subtiles ont un pouvoir d'action très amplifié sur les forces plus grossières. L'Adepte possède la maîtrise du taux de vibration qui peut les dissiper ou les désagréger. En parlant du plan astral, j'ai en vue le plan de l'âme inférieure et non cette essence élevée et purifiée que l'auteur de La Lumière sur le Sentier appelle l' « astral divin » (14)

Par l'inquiétude, nous mettons en action le pouvoir constrictif de l'égoïsme qui densifie et perturbe notre sphère magnétique et nous rend moins perméables aux effluves des plans supérieurs.

J.N.

[The Path, mars 1889, pp. 378-381]

Note

  • (12) [Voir l'article «Seership» (Theosophy, 6, 19.) En français Clairvoyance », Cahier Théosophique n° 14.]
  • (13) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 3, 35 et 18, 47.]
  • (14) [Voir l'annexe « Correspondance » insérée dans cet ouvrage (p. 153).]

Livre 1, Lettre 7 (↑ sommaire)

Cher Jasper,

J'ai votre lettre, Camarade, où vous me dites combien vous souhaiteriez que quelques Adeptes fussent envoyés aux États-Unis pour y aider tous les véritables étudiants. Vous savez bien cependant qu'Ils n'ont pas besoin, pour aider, de venir ici en personne. En examinant soigneusement votre lettre, j'ai l'impression d'y découvrir la possibilité du germe du doute dans votre cœur, en ce qui concerne la sage ordonnance de toutes choses ; car tout est soumis à la Loi, et les Maîtres en premier lieu. Remarquez bien que je dis seulement : « la possibilité du germe du doute » . Car, je juge d'après ma propre expérience. Je me rappelle fort bien l'époque où je pensais, comme vous le dites, « comme ce serait mieux si quelqu'un était là ! »

Si vous laissez demeurer en vous cette sorte de pensée elle va se métamorphoser pour donner un germe de doute, qui s'enracinera plus tard comme une plante. Chassez-la une bonne fois ! En ce moment, elle ne donne pas l'impression d'être un germe de doute ; mais qu'une métamorphose se produise, le changement pourrait être si grand que vous jugeriez à tort qu'elle n'a pu provenir de la même origine. Le meilleur point de vue à adopter est : les choses sont très bien comme elles sont pour l'instant, et quand viendra le moment qu'elles s'améliorent, il en sera ainsi. En attendant, nous avons le devoir de veiller à faire tout ce que nous pouvons là où nous sommes, comme nous le jugeons le mieux, sans nous laisser troubler ni ébranler par quoi que ce soit.

Que de fois, au long d'années révolues, n'ai-je pas dit et pensé ces mêmes choses que vous m'écrivez — et cela en pure perte ! Pourquoi vous souciez-vous de ce qu'il advient d'un million d'êtres humains ? Ne meurt-il pas journellement des millions d'hommes sans que personne ne leur ait parlé de tous ces sujets ? Vous êtes-vous imaginé qu'il n'a pas été pourvu à tout cela ? « Et la mort céleste, elle-même, n'est pas laissée au hasard » Ainsi donc, vous et moi, devons apprendre à considérer la mort ou la famine de millions d'êtres sans que notre cœur défaille. Sinon, mieux vaudrait renoncer à tout dès à présent. Songez qu'actuellement, dans bien des lieux éloignés, existent de nombreuses personnes qui ne pourront jamais entendre ces vérités. Vous mettez-vous en peine pour elles ? Comprenez-vous leur situation ? Non. Vous ne comprenez que partiellement la situation de ceux au milieu desquels il vous a été donné de naître, c'est-à-dire votre nation. Voulez-vous faire plus que tout votre possible ? Ambitionnez-vous de faire le travail d'un autre ? Non, bien sûr. Restez donc calme, à votre poste, et le cœur inébranlable, représentez-vous le tableau des morts et des famines physiques et morales, qu'il est, pour le moment, impossible de prévenir ou de soulager. Votre foi saura qu'il est pourvu à tout.

Je ne dis pas que vous devez atteindre ce degré de calme maintenant, ou bien alors abandonner la recherche de la Voie. Ce que je dis c'est que vous devez admettre qu'il faut absolument essayez de l'atteindre. Car, telle est l'épreuve : pourquoi nous en inquiéter ? Nous devrons un jour être capables de résister à n'importe quel choc et, pour nous préparer à ce moment, il nous faut triompher dès à présent de certaines difficultés mineures. Entre autres, il y a la situation même où nous nous trouvons, maintenant, vous et moi ; c'est-à-dire qu'il s'agit de tenir notre position — tout en nous sentant tellement et si effroyablement seuls. Mais, nous savons que les Maîtres nous ont laissé un commandement : nous nous y tenons, bien que, de temps à autre, objets, sensations, hommes et circonstances conspirent à nous faire voir qu'Ils se rient de nous. Tout cela n'est qu'une illusion — simplement l'une des conséquences de notre karma passé se consumant devant nos yeux. Toute cette fantasmagorie n'est qu'un tableau projeté sur l'Écran du Temps par la puissante magie de Prakriti (la Nature). Mais, vous et moi, nous sommes supérieurs à la Nature. Pourquoi donc nous inquiéter de ces images ? Pourtant, une partie de cet écran même étant constituée de notre corps mortel, nous ne pouvons empêcher la sensation qui en découle, par suite de notre connexion avec le corps. Ce n'est qu'une autre forme de froid ou de chaleur ; dans ce cas, de quoi s'agit-il ? De vibrations. Ce sont des impressions ressenties, mais elles n'existent pas réellement en elles-mêmes. Aussi pouvons-nous calmement regarder le tableau pendant qu'il défile par fragments, en traversant les quelques centimètres carrés qui sont englobés dans les limites superficielles de notre forme grossière. C'est ainsi que nous devons faire, car elle est une copie de la forme plus grande, universelle. Sinon, nous ne pourrons jamais comprendre le tableau perçu à une échelle plus large. N'y a-t-il pas également bien des centimètres cubes de votre propre corps qui ont droit à connaître et à devenir la Vérité dans une mesure plus grande que maintenant ? Et pourtant vous souffrez de voir l'ignorance de tant d'autres êtres humains ! Souffrez donc — mais je souffre, moi aussi. Ne vous imaginez pas que je sois effectivement l'être qui est décrit dans cette lettre. Non. Je suis tout aussi affligé que vous extérieurement, mais, au-dedans, j'essaie de réaliser le conseil que je viens de vous donner. Et quel rêve que tout cela ! Je suis là, à vous écrire avec tant de sérieux, et puis je m'aperçois que vous savez fort bien ces choses, et beaucoup mieux que moi.

Et pourtant, mon cher Jasper, il m'arrive de temps à autre de ressentir — non pas le Doute au sujet des Maîtres, qui perçoivent chaque battement de cœur dans la bonne direction — mais un terrible désespoir pour ces gens. Oh, mon Dieu ! L'âge est noir comme l'enfer, dur comme le fer. C'est l'Âge de Fer, c'est le kali yuga. Kâli (15) est toujours peinte en noir. Pourtant, ce kaliyuga, par sa nature même et sa terrible cadence accélérée, permet à tout être de faire plus avec ses seules énergies, et en un temps plus court, que pendant n'importe quel autre Yuga. Mais, juste ciel, quel combat ! Des démons venant de toutes les sphères, des nuages menaçants de fumées karmiques, des formes terrifiantes, des exhalaisons stupéfiantes de tous côtés ! À chaque détour, nous sommes exposés à de nouveaux dangers. Imaginez un ami marchant à vos côtés, de toute évidence sur le même chemin : soudain, le voilà imprégné de ces influences de mort, et qui se dispose à vous barrer la route — cette route qui est aussi la sienne ! Oui, les dieux sont en sommeil pour un temps. Mais il y a encore de nobles cœurs sur cette terre, livrant à nouveau le combat des temps passés. Ils se recherchent pour s'entraider. Nous ne voulons pas faillir à leur attente. Faillir ne serait rien, mais cesser de travailler pour l'Humanité et la Fraternité serait terrible. Nous ne le pouvons pas : nous ne le voulons pas. Pourtant notre route n'est pas claire. Non, elle n'est pas claire. Et je m'estime heureux si je peux apercevoir ne serait-ce que le pas suivant. Vous cherchez le Guerrier (16). Il est ici, quelque part. Personne ne peut le trouver pour vous. Vous devez le trouver vous-même. Pourtant, Il combat, toujours. Nul doute, Il vous voit et s'efforce de vous amener à Le voir. Et, pendant ce temps-là, Il combat, sans cesse et toujours.

Comme les lignes de démarcation sont bien tracées et comme on voit bien les différents groupes ! Les uns veulent un certificat, d'autres une prestation de serment, ou une réunion secrète, ou encore une déclaration ; mais je vois aussi ceux qui n'en demandent pas tant et que, jusqu'à cette heure, je reconnais comme mes « compagnons » . Ils n'ont pas besoin de ce genre de sottise. Ils sont présents ; ils entendent et comprennent le cri de guerre ; ils reconnaissent le signe. Mais alors, où sont les autres ? II y en a beaucoup que j'ai pris à part pour leur dire les mots exacts et leur ouvrir vraiment mon cœur, mais ils n'ont rien entendu ; ils ont cru que ce cœur était quelque chose d'autre. Je soupire en pensant à tout leur nombre. Peut-être y en a-t-il que j'ai laissé passer ? Peut-être d'autres ne m'appartenaient-ils pas ? II en est qui ont compris en partie les mots et le signe, mais ils ne sont pas sûrs d'eux-mêmes ; ils sont conscients de leur appartenance, mais ils sont encore retenus en arrière.

Ne voyez-vous pas, Jasper, que votre place dans les rangs est bien connue ? Vous n'avez pas besoin d'assurances, car elles sont en vous. Eh bien, quelle lettre terrible ! Mais elle est vraie d'un bout à l'autre.

Un étudiant de l'occultisme entre, au bout d'un certain temps, dans ce que nous pourrions appeler un mouvement de turbulence psychique, ou un tourbillon d'occultisme. Au début, il est affecté par les sentiments et les influences de son entourage. À peine ces contraintes commencent-elles à être repoussées qu'il entre dans un tourbillon causé par l'effort puissant de son Soi Supérieur visant à l'amener à se souvenir de ses vies passées.

Alors, ces vies passées se mettent à l'influencer. Elles deviennent comme des nuages projetant des ombres sur son sentier. Un moment, elles paraissent tangibles, puis s'évanouissent : un simple nuage. Puis, elles commencent à influer sur son impulsion à l'action, de façons très diverses. Un jour, il se sent envahi de vagues envies de faire quelque chose, mais, en s'examinant avec critique, il ne peut en trouver aucune raison dans cette vie. C'est l'écho d'une vie passée qui retentit pour lui comme un appel de clairon, presque en plein visage. (17) II le fait tressaillir et peut même le jeter à bas. Cette masse de souvenirs finit par se dresser devant lui comme un fantôme ; ou bien, pareille à une personne placée derrière soi quand on est face à un miroir, elle semble regarder par-dessus son épaule. Quoique mortes et passées, ces vies ont un pouvoir. L'étudiant, lui aussi, acquiert un pouvoir et un choix. Si toutes ses existences précédentes ont été pleines de bien, irrésistible sera pour lui la force bienfaisante. Cependant, elles viennent toutes pareillement s'aligner devant lui, et il hâte cette résurgence par son effort. Dans ce tourbillon qui l'entoure, d'autres individus sont attirés et leurs tendances cachées, au bien ou au mal, mûrissent activement. C'est une phase qui fait jouer la réserve de forces karmiques. Le choix s'offre ici : les événements arrivent les uns après les autres et, pour ainsi dire, se présentent d'eux-mêmes : face à eux, si l'étudiant choisit mal, alors le combat est rude. Dans ce choix, la préférence donnée à une image ou une situation peut en attirer d'autres semblables qui appartiennent au passé, car toutes ont une vie propre. Vous étonnez-vous que la folie frappe parfois ceux qui se précipitent sans préparation, et avant le moment opportun, dans le « cercle des ascètes » ? Mais alors cette folie est leur sauvegarde pour protéger leur vie future, ou garantir leur retour à la raison.

Recevez la ferme assurance de mes sentiments fraternels et de mon désir constant de vous aider.

-- Z.--

[The Path, avril 1889, pp. 7-10]

[Note de Jasper Niemand :]

Au sujet de l'action karmique, il est bon de rappeler les paroles de Patañjali : « les œuvres n'existent que sous forme de dépôts mentaux » (Livre 2, Aph. 12. A). Par « œuvres » il faut entendre ici Karma, la somme cumulée des œuvres, ou l'Action. Ses résultats restent comme dépôts mentaux, ou énergies potentielles, dans la partie la plus élevée du cinquième principe et, quand ce dernier se réincarne, ces semences sont là pour « venir à maturité sur les tablettes du mental » , toutes les fois qu'elles sont exposées à des circonstances favorables. Parfois, elles restent en sommeil, faute de stimulant pour les éveiller, comme dans le cas des enfants. « À mesure que les dépôts mentaux des œuvres, recueillis depuis un temps sans âge dans le champ du mental, arrivent à maturité, il en résulte, selon leurs proportions plus ou moins grandes de mérite et de démérite (la somme du mérite étant moindre que celle du démérite, ou inversement), qu'ils conduisent à leurs effets, tels que naissance, humble ou élevée... ou expérience agréable ou désagréable » (Livre 2, Aph. 13. B) (18). Le mental nous stimule et nous pousse à de nouvelles actions. L'impulsion se tient au-dedans, en germe, et peut être mûrie par une suggestion intérieure ou extérieure. Pouvons-nous jamais mettre trop de soin à monter la garde sur le champ du mental et à surveiller nos pensées de très près ? Les pensées sont dynamiques. Chacune d'elles, en quittant le mental, possède une force vive qui lui est propre, et qui est proportionnelle à l'intensité de son émission. Étant donné que le travail effectué par un corps en mouvement est proportionnel au carré de sa vitesse, nous pouvons dire que la force des pensées devrait être mesurée par le carré ou la quatrième puissance de leur spiritualité, tant ces énergies plus subtiles s'accroissent par l'activité. La force spirituelle étant impersonnelle, fluidique, et n'étant pas liée à un centre quelconque capable de la brider, elle agit avec une promptitude inimaginable. On dit qu'une pensée quittant le mental s'associe avec un élémental (19), elle est attirée partout où existe une vibration similaire ou, disons, un sol favorable, de même que la semence ailée du chardon flotte à l'aventure dans le vent et se sème elle-même, ici et non là, sur le sol de sa propre sélection naturelle. Ainsi, l'homme vertueux qui tolère dans son mental une pensée matérielle ou sensuelle — même s'il l'expulse aussitôt — l'envoie grossir les mauvaises impulsions de l'homme vicieux dont il se croit séparé par un large abîme et auquel il a peut-être donné ainsi une nouvelle poussée vers le péché. Beaucoup d'hommes sont comme des éponges, poreux et absorbants, prêts à aspirer en eux-mêmes tout élément du genre préféré par leur nature. Nous tous sommes ainsi, plus ou moins : nous attirons ce que nous aimons, et il arrive que nous tirions plus d'énergie de la vitalité de pensées qui nous viennent du dehors que de celles qui se reproduisent en nous pendant une période d'épuisement nerveux. Cette réalisation de notre responsabilité en ce qui concerne les impulsions communiquées aux autres donne beaucoup à réfléchir. Nous vivons les uns dans les autres et nos actes les plus différents ont souvent une source commune. L'occultiste ne peut aller bien loin sur son chemin sans réaliser à quel point il est « le gardien de son frère » . Nos affinités sont nous-mêmes, quel que soit le terrain où elles peuvent vivre et mûrir.

J.N.

[The Path, mai 1889, pp. 33-34]

Note

  • (15) [La déesse Kâli (la « noire » ) de l'hindouisme.]
  • (16) [Cf. La Lumière sur le Sentier, livre 2, règles 2, 3, 4.](17) [Noter que ces résurgences, plus ou moins conscientes de vies antérieures, sont spontanées. L'étudiant ne les recherche pas par curiosité, comme le font de nos jours bien des gens qui se prêtent aux techniques modernes d'exploration des vies passées.]
  • (18) Ces citations ne sont pas extraites des Aphorismes du Yoga de Patañjali tels qu'ils ont été rendus par W.Q.Judge, mais sont tirées d'une autre édition. Pour une étude parallèle, voir le texte selon W.Q. Judge aux mêmes références, ainsi que Livre 4, Aph. 7 à 11 (N.d.E.).
  • ( 19) [Les « élémentaux » renvoient à des formes d'énergies semi-conscientes de la Nature, qui interviennent (entre autres) dans l'activité psychique. Voir vol. 2, Lettre 11.]

Livre 1, Lettre 8 (↑ sommaire)

Cher Jasper,

Je profite de quelques instants pour accuser réception de votre lettre. Nous sommes dans une période d'attente, de silence. Rien ne paraît en vie. Tous les oracles se taisent. Mais la grande horloge de l'Univers marche toujours, indifférente. Dimanche, je me suis engagé dans la Méditation et j'en ai reçu quelque bienfait. J'aurais souhaité vous voir pour vous en parler. Mais ces choses sont trop élevées pour les traduire en mots, et quand nous approchons les sujets, nous nous trouvons incapables de donner une expression à nos pensées. Nous ne vivons point selon les possibilités les plus élevées de notre âme. Tout ce qui nous empêche de retrouver les hautes pensées du lointain passé vient de notre propre faiblesse et n'est l'œuvre de personne d'autre. Combien paraissent insignifiants les soucis de la terre quand on se plonge dans une réflexion profonde ; on les apprécie alors à leur vraie valeur, et plus tard ils s'effacent. Il est vrai que le chemin qui conduit aux dieux est obscur et difficile et, comme vous le dites, nous n'obtenons rien d'eux au premier appel ; il nous faut appeler souvent. Mais nous pouvons nous arrêter en route pour regarder en avant, car, quelle que soit l'obscurité, ou notre faiblesse, le Spectateur voit tout, nous fait signe et murmure : « Prends courage, car je t'ai préparé une place où tu seras avec moi pour toujours. » C'est le Grand Soi : II est nous-mêmes.

Les Conducteurs du Monde sont sans cesse à essayer de nous aider. Puissions-nous dépasser les nuages et les voir toujours ! Soyons patients. Tous nos obstacles, nous les avons créés nous-mêmes. Tout notre pouvoir est l'accumulation du passé. Cette réserve de force, nous devons tous l'avoir ; celui qui, actuellement, la sent proche de lui est celui qui, dans cette vie, a dirigé ses pensées dans la voie appropriée. Si d'autres ne la perçoivent pas c'est parce qu'ils ont vécu en aveugles. Si vous ne la sentez et ne la voyez pas plus clairement, c'est que vous n'avez pas dirigé toutes vos énergies mentales vers elle. Il est possible de puiser à cette source puissante d'énergie karmique en dirigeant vers elle le feu de notre mental. La vraie démarche, naturellement, c'est d'aller vers l'Amour — l'Amour du Divin et de tous les êtres. Si nous avons l'impression, tout compte fait, que nous ne sommes pas encore des « Grandes Âmes » , participant à cette totalité des « Âmes qui servent les dieux » , nous n'avons pas à en être abattus : nous attendons notre heure dans l'espérance. Attendons donc avec patience, dans le silence qui suit tout effort, sachant que c'est ainsi que la Nature opère ; car, dans ses périodes d'obscuration, on ne la voit rien faire là où a lieu cette obscuration, tandis que, sans aucun doute, pour elle et pour nous aussi, le travail se poursuit dans d'autres sphères.

Ce que vous décrivez n'est point l'âme, c'est seulement une expérience partielle. Si vous connaissiez l'Âme, vous pourriez répondre vous-même à toutes ces questions, car toute connaissance réside là. Dans l'âme se trouvent également chaque créature et chaque pensée. Cet effort pour ancrer vos pensées dans le centre profond est une question de pratique. On peut y arriver, mais il est impossible de l'expliquer : nous ne pouvons que dire : « faites-le » . Pourtant, ne brûlez pas du désir de faire ces choses. Le premier pas dans le devenir est le Renoncement. Le Renoncement est la voie royale, vraie et sûre. Nos motifs subtils, toujours changeants, nous échappent quand nous allons à sa recherche. Vous en êtes bien près, mais, dans cette approche, il faut faire très attention. Cependant, tandis que le corps peut exiger du temps pour éprouver ses pleins résultats, il nous est loisible de changer instantanément l'attitude du mental. Après le Renoncement, viennent (dans leur ordre respectif) la Satisfaction, l'Apaisement, la Connaissance. L'impatience inquiète d'arriver obscurcit la route et vous retient sur place. Efforcez-vous donc d'acquérir un patient Renoncement. La leçon visée par le karma de votre vie présente est l'acquisition de la patience supérieure. Sur ce chapitre, je ne peux rien vous dire ; c'est une question personnelle et une affaire de pratique. Écartez loin de vous tout désir d'acquérir le pouvoir, ne recherchez que la compréhension de vous-même. Insistez sur l'indifférence (20). Pénétrez-vous bien de l'idée que ce que vous étiez hier n'a pas la moindre importance : mais, à chaque instant, luttez pour cet instant ; les résultats suivront d'eux-mêmes.

Le Passé ! Qu'est-il ? Rien. Évanoui ! Congédiez-le. Vous êtes le passé de vous-même. Par conséquent, il ne vous concerne pas en tant que tel. Il ne vous concerne que tel que vous êtes aujourd'hui. En vous, tel que vous existez actuellement, gît tout le passé. Suivez donc la maxime hindoue : « Ne regrette rien, ne sois jamais affligé, mais tranche tous les doutes avec l'épée de la Connaissance spirituelle ». 21) Le regret n'engendre que l'erreur. Je ne m'inquiète pas de ce que j'ai été ou de ce qu'un autre a été. Je me préoccupe seulement de ce que je suis à chaque instant. Car, comme chaque moment est, et aussitôt n'est plus, il s'ensuit que si nous pensons au passé, nous oublions le présent et, pendant que nous l'oublions, les instants passent furtivement à côté de nous, pour aller grossir le passé. Aussi ne regrettez rien, pas même les plus grandes folies de votre existence, car elles sont passées, tandis qu'il vous faut agir dans le présent, qui est en même temps le passé et le futur. Ainsi donc, avec la connaissance absolue que toutes vos limitations sont dues au karma de la vie passée, ou présente, et avec une ferme confiance, de tous les instants, en ce karma compris comme le juge unique — qui sera bon ou mauvais selon ce que vous l'aurez fait — vous serez capable de supporter tous les événements et de garder votre sérénité, malgré les découragements passagers que tous ressentent mais que chasse toujours la lumière de la Vérité. Le verset suivant explique tout :

« Quelle place peut-il y avoir pour l'illusion et quelle place pour le chagrin chez celui qui réfléchit à l'unité de l'Esprit et qui sait que tous les êtres spirituels sont identiques en nature à l'être Suprême ? » (22)

Dans toutes ces expériences intérieures, il y a des marées, aussi bien que dans l'océan. Nous montons et nous descendons. À un certain moment, les dieux descendent, et puis ils s'en retournent au ciel. Ne pensez pas les amener à descendre, tâchez, au contraire, de vous élever « vous-même » plus haut sur la voie par où ils descendent quand ils reviennent périodiquement, et ainsi de vous amener plus près d'eux, afin de recevoir effectivement leurs influences plus tôt qu'auparavant.

Adios. Puissiez-vous toujours sentir la montée du flot des vastes profondeurs, bien au delà de la petite pulsation du cœur. Peut-être nos camarades se rapprochent-ils ? Qui sait ? Mais s'ils ne viennent pas, nous attendrons quand même ; il faudra bien, un jour ou l'autre, que le soleil apparaisse, en crevant les nuages. Cette pensée nous conservera notre force quand, en présence du « Gardien du Seuil » , nous serons obligés de garder les yeux ouverts et de faire semblant pour un temps.

-- Z.--

[Note de Jasper Niemand]

La « patience supérieure » , à laquelle il est fait allusion, demande aussi quelque attention. C'est la démarcation subtile qui sépare l'orgueil de l'humilité. Les deux sont des extrêmes et des erreurs ; les oscillations de l'un à l'autre ne valent guère mieux. Comment pouvons-nous être fiers quand nous sommes si petits ? Comment osons-nous être humbles quand nous sommes si grands ? Dans les deux cas, nous blasphémons. Mais il existe, entre les deux, le point solide, « ni trop haut, ni trop bas », sur lequel Krishna enjoignit à Arjuna de s'asseoir (23) — un point qui était le sien en propre. C'est, pour nous, le ferme point d'appui que notre foi nous a gagné sur le monde. Nous devons toujours nous y tenir dans le calme, sans tomber sous l'influence d'aucun homme, aussi grand soit-il, parce que chacun de nous contient les potentialités de tout autre. « Ne tomber sous l'influence de personne » ne signifie pas que nous ne devions pas nous incliner devant ceux à travers qui parle l'âme. C'est leur grande âme que nous vénérons et non l'argile mortelle. Nous devons examiner profondément tout ce qui nous vient de telles personnes, comme aussi tout ce qui nous vient d'une source quelconque ayant l'apparence de la vérité, et essayer sincèrement de voir en quoi cela peut être vrai, quittes, si nous n'y trouvons rien, à le laisser de côté comme un fruit insuffisamment mûr pour nous. Nous ne devons point renoncer à nos intuitions pour suivre quiconque, bien que nous puissions grandement mettre en doute notre jugement à tout moment. N'agissons point sans l'approbation intérieure, mais ne restons pas ignorants des sérieuses difficultés que l'on rencontre en cherchant à distinguer cette voix intuitive du bavardage inconsistant de l'imagination fantaisiste, du désir ou de l'orgueil. Si nous sommes justes envers nous-mêmes, nous devrons adopter une attitude impartiale. Comment peut-on être juste pour un autre si on ne l'est pas pour soi ? De par la Loi, un homme souffre autant de l'injustice qu'il se fait à lui-même que de celle qu'il fait aux autres ; qu'importe pour quels intérêts il s'est opposé aux courants universels : la Loi sait seulement qu'on a essayé de la détourner par une injustice. Elle ne tient aucun compte des individus, ni même de leur ignorance à son sujet. C'est une force impartiale, impersonnelle, qu'on ne peut comprendre que par la patience supérieure, laquelle, à la fois, ose tout et supporte tout.

« Ne regrettez jamais rien ». Le regret est une pensée et par là une énergie. Si nous tournons son cours vers le passé, son influence va s'exercer sur ces semences de jadis et les vivifier ; alors, elle les fera germer et croître dans le champ du mental : de là à l'expression en action, il n'y a qu'un pas. Un jour que je prononçais le mot « fantôme » devant un enfant, il me dit : « Chut ! II ne faut pas y penser. Ce à quoi nous pensons arrive toujours ». II n'est pas d'observateurs plus impartiaux que les enfants lorsqu'ils pensent à autre chose qu'à eux-mêmes.

J.N.

[The Path, mai 1889, pp. 34-37]

Note

  • (20) [Judge emploie le mot carelessness qui, dans un autre contexte, signifierait insouciance, inattention, manque de soin, incurie, mais qui traduit ici l'absence de toute angoisse, fondée sur la confiance inébranlable dans la loi de karma. C'est la tranquille indifférence aux « paires des opposés » , qui est enseignée dans la Bhagavad-Gîtâ. On parle souvent de nos jours du « lâcher prise » dans l' « ici et maintenant » .]
  • (21) [Cf. Bhagavad-GÎtâ, 4, 42.)
  • (22) [Cf. Isha Upanishad, 5. 6, 7.]
  • (23) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 6, 11.]

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