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  • Vœu, Fraternité, Cœur, Contemplation, Occulte

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"Lettres qui m'ont aidé", Vœu, Fraternité, Cœur, Contemplation, Occulte

Sommaire :

Livre 1, Lettre 1 (↑ sommaire)

Mon cher Jasper,

Permettez-moi d'élever un signal de mise en garde. Ne vous faites pas une haute idée de moi dans vos pensées, je vous en prie (1). Pensez à moi avec bienveillance ; mais surtout, je vous en conjure, mon ami, dirigez vos pensées vers la Vérité Éternelle. Je suis, comme vous, en train de lutter sur le chemin. Il pourrait arriver qu'en un instant un voile tombe de votre esprit et que vous vous trouviez loin en avance sur nous tous. Si vous avez reçu de l'aide, la raison en est que, dans des vies précédentes, vous avez aidé les autres. Dans chaque effort fait pour éclairer le mental d'un autre et l'ouvrir à la Vérité, vous avez été aidé vous-même. Les perles que vous avez trouvées pour les donner à autrui, en vérité vous vous les êtes acquises dans cet acte de générosité. Car lorsqu'on vit ainsi pour aider ses semblables, on met en pratique la règle qui enjoint d'essayer de « tuer tout sentiment de séparativité » , et de cette manière on arrive peu à peu à la possession de la vraie lumière.

Ne perdez donc jamais cette attitude mental : tenez-vous en silence à tout ce qui vous appartient, car vous en aurez besoin pour la bataille ; mais jamais, jamais, ne désirez obtenir la connaissance, ou le pouvoir, pour aucun autre but que de l'offrir sur l'autel, car c'est ainsi seulement qu'un tel acquis pourra vous être conservé.

Il y a tant de gens autour de moi qui sont pleins d'ardeur dans leur désir et leur recherche — des fidèles dévoués — mais s'ils se comportent ainsi c'est que la possession leur semble digne d'intérêt. Peut-être vois-je en vous — j'espère ne pas me tromper — un désir pur de rechercher la Connaissance pour elle-même, et afin que tous vos semblables puissent en bénéficier. Aussi voudrais-je vous montrer la seule voie royale, le véhicule unique. Accomplissez toutes ces actions physiques, mentales et morales, pour la raison qu'elles doivent être faites, en renonçant instantanément à tout intérêt pour elles, et en les offrant sur l'autel. Quel autel ? Eh bien ! le grand autel spirituel qui est, si l'on veut, dans le coeur. Mais que cela ne vous empêche pas de faire toujours usage de discernement, de prudence et de sagesse terrestres.

Ce n'est pas que vous devriez vous précipiter, d'une manière inconsidérée ou intrépide, pour faire quelque chose à tout prix. Faites ce que vous trouvez à faire. Désirez ardemment agir et, même lorsque vous n'aurez réussi qu'à remplir de menus devoirs, ou donner quelques mots d'avertissement, votre puissant désir frappera comme Vulcain sur d'autres cœurs dans le monde et, soudainement, vous trouverez réalisé ce que vous aviez aspiré à faire vous-même. Réjouissez-vous alors qu'un autre ait été assez heureux pour accomplir un karma si méritoire. Ainsi, tels les fleuves qui se déversent dans l'océan passif qui jamais ne déborde, vos désirs pénétreront dans votre cœur.

Je trouve que toutes vos remarques sont justes, et de plus, elles semblent animées d'un esprit authentique. Ne craignez rien et ne faillissez pas parce que vous ressentez en vous obscurité et lourdeur. La rage même que vous éprouvez finira, au bout d'un certain temps, par briser l'enceinte qui tient enfermé le mystère. Personne ne peut vraiment vous aider. Nul ne peut ouvrir vos portes. C'est vous qui les avez fermées, et vous seul pouvez les ouvrir. Quand vous ouvrez une porte — quelle qu'elle soit — vous trouvez, arrêtés derrière elle, certains êtres qui vous avaient dépassé depuis longtemps mais qui maintenant, incapables d'avancer, restent là dans l'attente ; il y en a d'autres qui sont là, et qui vous attendaient. Vous arrivez alors et, en ouvrant une porte, vous permettez peut-être à ces disciples en attente de poursuivre leur chemin ; et ainsi de suite. Quel privilège, voyez-vous, de penser que nous sommes peut-être capables d'aider ceux qui paraissaient plus grands que nous !

Oh ! comme la Nature gémit à la vue de l'écrasant karma que l'homme a accumulé sur lui-même et sur toutes les créatures des trois mondes ! Ce soupir déchirant me transperce le cœur. Comment alléger ce fardeau ? Devrais-je donc ne penser qu'à moi alors que les quelques mains puissantes des Maîtres Bénis et celles de leurs amis sont seules à retenir le terrible nuage ? Ce vœu que j'ai fait de les aider a été enregistré il y a des siècles, et je dois le tenir. Plût au grand karma qu'il fût en mon pouvoir de faire davantage ! Et vous, faites ce que vous pouvez.

Placez votre seule foi, espérance et confiance en karma.

-- Z --.

[The Path, décembre 1888, pp. 277-8.]

Note

(1) [Le début de cette phrase ( « do not think much of me » ) peut également signifier : « ne pensez pas beaucoup à moi » . Sur ce point, W.Q. Judge précise son intention dans la lettre suivante.]

Livre 1, Lettre 2 (↑ sommaire)

Mon cher Frère,

Votre dernière longue lettre m'est bien parvenue et a été lue avec beaucoup de plaisir. Il est bien rare de trouver quelqu'un qui veuille entrer dans ce Mouvement sur la base que vous vous êtes établie, et ma précédente lettre avait été écrite dans le but de voir quelle était vraiment votre attitude, et aussi parce que je sentais alors en vous lisant que vous preniez les choses tout à fait au sérieux. Avant de recevoir votre lettre d'aujourd'hui, je m'étais pris à réfléchir sur vous, en me demandant si vous n'aspiriez pas à quelque perspective de pouvoir ou à de brillantes connaissances ; je songeais aussi à l'effet que certains événements pourraient bien avoir sur vous à ce sujet.

Jugez donc de mon plaisir en trouvant dans vos lignes la réponse exacte à mes questions mentales d'hier, qui vous place ainsi dans la position correcte.

Il est vrai que nous devons aspirer ardemment — et béni est celui qui, après cette première aspiration, est assez sage pour voir la Vérité.

Trois qualités nous enveloppent constamment : Satwa (vérité et stabilité), Rajas (action, guerre, aspiration, ambition), Tamas (indifférence, ignorance, obscurité).

Aucune ne peut être ignorée. Ainsi, le sentier s'élève depuis Tamas, en passant par le combat, l'ambition et l'aspiration, pour aller jusqu'à Satwa, ou vérité et stabilité. Nous sommes actuellement dans les régions rajasiques ; et parfois nous pouvons toucher du doigt la frange de la robe de Satwa, en aspirant continuellement, et en nous efforçant sans cesse de purifier nos pensées et de nous libérer de l'attachement aux actions et aux objets. Par conséquent, il est naturel que l'étudiant ardent aspire au pouvoir. Cela est sage. Mais il faut sans tarder qu'il commence à voir ce qu'il doit faire pour un progrès réel. Car une aspiration continuelle au pouvoir, sans autre motif, sème immanquablement dans notre coeur l'ivraie géante du moi dont parle La Lumière sur le Sentier (2).

Quant à la Société Théosophique, tous devraient y être admis car nous ne pouvons refuser personne. Si elle est une Fraternité Universelle, nous ne pouvons faire aucune distinction — mais nous pouvons prendre la bonne position dès le début en veillant à ce que les gens ne se joignent pas à nous avec des idées erronées sur ce que nous avons à offrir. Et pourtant, malgré toutes nos précautions, combien de fois ne trouvons-nous pas des personnes qui, n'étant pas elles-mêmes réellement sincères, nous jugent d'après leurs critères et ne croient pas à notre sincérité. Elles entrent pour s'apercevoir que chacun doit étudier par lui-même et qu'aucun guide n'est assigné à personne ; alors elles sont dégoûtées. Elles oublient que « le Royaume des Cieux doit être pris par la violence » . Nous avons eu aussi à souffrir de nos propres amis. Il est arrivé que des gens, à l'instar de Nicodème, se joignent à nous en secret : ils sont restés là, dans l'inaction, en attendant que la Cause devienne puissante, ou à la mode, en laissant tout le dur combat à une poignée d'hommes résolus qui défiaient les hordes du matérialisme et des conventions. S'ils avaient parié pour leur Cause, depuis longtemps des gens plus sincères auraient entendu parler du Mouvement, au lieu d'en être tenus à l'écart jusqu'à maintenant — comme vous l'avez été — par ignorance de son existence.

Vous constaterez que d'autres membres n'ont d'intérêt que pour la Théosophie et sont néanmoins obligés, du fait des circonstances, de travailler aussi dans d'autres domaines. Tous leurs moments libres sont consacrés à la Cause ; en conséquence, ils n'ont pas une heure d'oisiveté : chaque instant se trouve occupé durant la journée et la soirée et, pour cette raison, ils sont heureux. Et, cependant, ils souffrent de ne pouvoir consacrer tout leur temps de travail à la Cause dans laquelle certains sont engagés depuis le commencement. Ils sentent, comme Louis-Claude de Saint-Martin, un brûlant désir en eux-mêmes de faire entendre ces vérités aux oreilles de tous les hommes. Ce sont des vérités, et vous êtes sur le bon chemin. Il est aussi facile de trouver la Lumière des Lumières en Amérique qu'en Inde, mais tout autour de vous se trouvent ceux qui sont dans l'ignorance de ces choses, qui n'en ont jamais entendu parler ; cela n'empêche pas beaucoup des membres que nous côtoyons de ne vouloir étudier avec ardeur que pour leur propre avantage. Parfois, s'il n'y avait pas cette confiance que j'ai en ces Grands Maîtres qui ne cessent de me faire signe d'avancer, je perdrais courage et, laissant ces gens à eux-mêmes, je courrais me réfugier dans la forêt. Il y a tant de personnes qui aiment la Théosophie mais qui souhaitent dès l'abord lui donner un caractère sélect et un style raffiné ! Elle est pour tous les hommes. Elle est pour le commun des gens : ceux qui sont toujours avec nous. D'autres, encore, viennent à nous et, comme des oisillons, attendent qu'on leur donne la becquée ; ils ne veulent point penser et des âges devront s'écouler avant qu'ils ne progressent.

Vous n'avez pas tout à fait compris les mots de ma lettre : « Ne vous faites pas une haute idée de moi dans vos pensées ». La mise en garde concerne l'idée élevée que vous pourriez vous faire de moi, et non vos pensées. Nourrissez à mon sujet toutes les pensées que vous désirez, mais ne me placez sur aucune sorte de pinacle : c'est tout ce que j'ai voulu dire.

S'efforcer constamment de ne perfectionner que la machine mortelle est folie. C'est ainsi que, parfois, nous ne parvenons pas à vivre conformément à nos propres intuitions. Cette habitude persistera un certain temps, mais elle s'affaiblira à mesure que de nouveaux sens (les sens intérieurs) commenceront à s'éveiller. Cependant, connaissez pleinement ces nouveaux sens avant de vous dégager des anciens.

Du fait que nous apprenons presque exclusivement les uns par les autres, puisque nous sommes tous ici les uns pour les autres, l'effet des affinités sur nos actes et nos pensées est énorme et d'une grande portée. À certains moments il nous sauve, à d'autres il nous damne. Car, en raison des affinités engendrées dans les vies passées, nous pouvons rencontrer dans notre existence une personne qui a sur nous une influence remarquable, en bien ou en mal. Et maintenant nos yeux sont ouverts, nous agissons aujourd'hui pour l'avenir.

Afin que vous puissiez traverser la mer des ténèbres, je vous offre ma vie et mon aide.

Z.

[The Path, janvier 1889, pp. 307-308]

Note

(2) Ouvrage publié par Mabel Collins (1889). Dans la revue The Path (Vol.4, p.101, juillet 1889), Jasper écrit : " Les occultistes avancés identifient La Lumière sur le Sentier avec un ancien manuscrit inédit et non traduit, intitulé "Le Livre de ***", auquel Mabel Collins n'a pu avoir accès et dont les préceptes ont dû lui être communiqués par des méthodes occultes (N.d.É.), Los Angeles, 1946). (La référence évoquée ici par Judge est la règle 4 du premier livre.]

Livre 1, Lettre 3 (↑ sommaire)

Dites-moi, Frère Jasper, êtes-vous las ? Moi, je le suis. Non pas du destin, ni des grands « Guides du Monde », mais de tous ces gens qui restent là à bâiller et qui sont si américainement (pardonnez le terme) « indépendants » , comme si les hommes étaient jamais indépendants les uns des autres !

Vous m'interrogez sur le « moment du choix » . II est formé de tous les moments. Il ne se place pas dans le temps, ni dans l'espace, mais il est le résultat accumulé de tous ces moments qui s'écoulent furtivement à chaque instant de notre vie. Le Bouddhisme Ésotérique (3) le mentionne comme une période qui n'est pas encore arrivée pour la race, mais où, dans son ensemble, elle sera obligée de choisir entre le bien et le mal. Mais chaque individu isolé peut déterminer la venue de cette période pour lui-même. Dire quand elle arrivera ou quand elle s'est présentée, celui qui n'est pas éclairé en est incapable. Pour l'étudiant de l'occultisme, elle peut arriver en l'espace d'un instant, ou dans cent existences. Mais elle ne peut survenir dès maintenant que si toutes les vies antérieures ont conduit à ce résultat. Toutefois, en ce qui concerne l'étudiant, même si elle se présente et qu'il refuse de se décider, il sera amené à faire le choix dans des existences futures avec l'ensemble complet de sa race.

Les influences raciales sont insidieuses et puissantes. Par exemple, ma race a ses particularités profondément enracinées, héritage d'un passé extraordinaire. Ces influences, je dois les subir dans ce corps, comme une partie nécessaire de mon expérience. Dans une précédente existence, j'ai pu être un simple Hottentot, ou un Anglais ; je naîtrai peut-être, dans une autre vie, sous l'influence d'autres particularités raciales. Ainsi, ces influences me guident à chaque instant, et chacune des pensées que je nourris leur ajoute actuellement sa contribution, que ce soit pour mon propre usage futur, ou pour celui de quelque autre personne qui viendra se placer sous le pouvoir d'une partie de cette force que j'engendre maintenant.

Venons-en au mental subconscient. Il est difficile de l'expliquer. Comme je m'en rends compte sans cesse, j'ai des idées qu'intérieurement je comprends parfaitement mais pour l'expression desquelles je ne puis trouver aucun langage. Donnez à cela le nom de subconscient, si vous voulez. Il est présent et peut être influencé ; en vérité, il l'est à chaque moment. C'est un domaine voisin du mental universel. Ainsi, par exemple, si je désire influencer, disons votre mental, je ne me représente pas votre plan subsconscient mais je pense à vous, avec force et bienveillance, ainsi qu'au sujet auquel je souhaite vous voir penser. Ceci doit vous atteindre. Si je suis égoïste, ma pensée a plus de peine à y parvenir. Si elle est fraternelle, elle y arrive plus aisément car elle est en harmonie avec le mental universel et avec la Loi. La Société Psychique (4) parle de cela et dit que l'influence « émerge dans le mental inférieur » par l'un des canaux, ou par plusieurs d'entre eux. Mais les membres de cette Société ne savent pas ce que sont ces « canaux » , ni même s'ils existent. En fait, tout le problème du mental n'est compris, en Occident, que d'une manière très vague. On dit « mental » pour désigner le vaste domaine et les innombrables divisions de ce qu'on englobe dans le mot mental, alors qu'il faudrait des noms appropriés pour chacune de ces divisions. Quand on aura bien saisi les idées justes, on trouvera les noms qui conviennent. En attendant, il nous faut nous contenter du terme « mental » comme s'il incluait tout l'ensemble. Mais ce n'est pas le cas. Ce n'est certainement pas le fait du mouvement mental ordinaire — la ratiocination — de pouvoir saisir en un clin d'œil un sujet tout entier, prémisses et conclusions, sans s'attarder à raisonner. On ne peut d'ailleurs pas appeler cette perception une image, car, pour certains individus, elle se présente comme une idée et non comme une image. La mémoire ? De quoi s'agit-il ? Est-ce une impression cérébrale, ou une similitude de vibration que l'on reconnaît lorsqu'elle se répète et qu'elle produit alors une image ? S'il en est ainsi, le pouvoir qui reconnaît la vibration comme étant identique à celle qui s'est présentée antérieurement doit être distinct de la matière qui vibre. Et comment est-il possible à ce pouvoir d'être inhérent aux cellules cérébrales quand on sait qu'elles changent constamment ? Pourtant la mémoire est parfaite, quoi qu'il arrive. Le fait qu'elle se trouve au-dessus du cerveau est évident, si on pense qu'un homme peut être tué en ayant le cerveau pulvérisé à l'état d'atomes et que pourtant sa « coque » (5) sera capable de restituer le souvenir de tous les événements de sa vie ; cette mémoire ne peut être prise dans le cerveau puisqu'il est mort. Où donc est le mental subconscient ? Où en sont les canaux ? Et comment sont-ils reliés entre eux ? Par le cœur, j'imagine : c'est le cœur qui est la clef de tout cela et le cerveau n'est que le serviteur du cœur (6), car, souvenez-vous qu'il y a en lui « le petit nain qui siège au centre » (7). Réfléchissez à cela maintenant par vous-même en ces termes — ou de toute autre manière que vous pouvez choisir — mais pensez.

Comme toujours,

[The Path, janvier 1889, pp. 308-310]

Notes

  • (3) Titre original : Esoteric Buddhism, ouvrage publié par A.P. Sinnett en 1883. (N.d.E.). [Cf. chap. VIII.]
  • (4) [II s'agit de la Society for Psychical Research, fondée à Londres en 1883.]
  • (5) [C'est-à-dire les restes psychiques de sa personnalité. Voir à ce sujet : W.Q. Judge, L'Océan de Théosophie, chap. XII, pp.108-109. En s'exprimant par le canal d'un médium, ces restes peuvent donner l'illusion de la survivance d'un défunt.]
  • (6) Non pas le cœur physique, mais le centre réel de vie dans l'homme. (J.N.)
  • (7) [Allusion à la Katha Upanishad, représentant symboliquement le Soi (l'Âtman) comme siégeant au centre du corps sous la forme d'un être de la taille d'un pouce (2, l, 12), ou encore d'un nain (2, 2, 3).]

Livre 1, Lettre 4 (↑ sommaire)

Cher Monsieur et Frère,

En réfléchissant dernièrement, j'ai pensé à vous en rapport avec certaines de mes propres pensées. J'étaiss en train de lire un livre et de m'examiner intérieurement pour découvrir comment je pourrais agrandir mon idée de la fraternité. La pratique de la bonté ne peut lui donner toute son expansion. J'avais donc à trouver un moyen d'aller plus loin, et je tombai sur ceci qui est aussi vieux que le monde :

Je ne suis séparé d'aucune chose. " Je suis ce qui est " , c'est-à-dire, je suis Brahma, et Brahma est tout. Pourtant, comme je me trouve dans un monde illusoire, je suis environné de certaines apparences qui semblent me rendre séparé. Je vais donc, mentalement, affirmer que je suis toutes ces illusions et l'accepter. je suis mes amis et à ce moment j'allai vers eux, en général et en particulier. Je suis mes ennemis et alors je les sentis tous. Je suis les pauvres et les méchants ; je suis les ignorants. Les moments de dépression intellectuelle que je peux connaître sont ceux pendant lesquels je suis influencé par ces ignorants qui sont moi-même. Tout cela est compris dans ma nation. Mais il y a beaucoup de nations et je me porte aussi vers elles en esprit ; je les sens toutes et je suis elles-mêmes, avec tout ce qu'elles possèdent de superstition, de sagesse ou de mal. Tout, tout est moi-même. D'une façon bien peu sage, j'étais alors sur le point de m'arrêter ; mais tout cela c'est Brahma, aussi me tournai-je vers les Devas et les Asuras (8) ; le monde élémental, cela aussi c'est moi-même. Après avoir suivi cette voie un certain temps, je trouvai plus facile de retourner à une contemplation de tous les hommes comme étant moi-même. C'est une bonne méthode et elle devrait être poursuivie, car c'est un pas vers la réalisation de la contemplation du Tout. J'ai essayé, la nuit dernière, de m'élever jusqu'à Brahma, mais les ténèbres enveloppent son trône.

À quoi rime donc toute cette folie, dira-t-on ? Je vais vous le dire. Sans cette folie, je deviendrais fou. Mais ne reprendrai-je pas courage, alors même qu'un ami cher m'abandonne et me poignarde profondément, si je sais qu'il est moi-même ?

NAMAS TE (9) !

[Note de Jasper Niemand :]

J'ai trouvé cette lettre d'un intérêt plus grand encore en me rappelant que Brahma est « la force expansive universelle de la Nature » — d'après la racine Brih, se dilater ; c'est ce qui en est dit dans un article de Mme Blavatsky publié dans Five Years of Theosophy (1ère édition, p.184) (10). Dans le Dhammapada, nous sommes invités à penser que nous sommes le soleil et les étoiles, l'humidité et la sécheresse, le chaud et le froid — en résumé, à éprouver toutes les expériences, car nous pouvons les vivre toutes mentalement.

J.N.

[The Path, février 1889, p. 348]

Livre 1, Lettre 5 (↑ sommaire)

Note

  • (8) Dieux et démons (J.N.)
  • (9) [Formule sanskrite de salutation respectueuse (cf. Bhagavad-Gîtâ, XI, 39).]
  • (10) [Réédité par The Theosophy Company, Los Angeles, U.S.A., 1980.]

Cher Jasper,

Je voudrais pouvoir répondre à votre lettre comme vous mériteriez que cela soit fait. Mais je m'en sens incapable.

Cependant, notre devoir est de ne jamais considérer ce dont nous sommes capables, mais de faire ce qui se présente à nous, quelle que soit notre capacité et quelque imparfait que notre travail puisse paraître aux yeux des autres. Lorsque nous nous arrêtons à examiner notre faiblesse, nous pensons, par comparaison, à la manière dont un autre agirait. Notre seul droit réside dans l'action elle-même (11). Les conséquences sont dans le grand Brahm. Aussi vais-je simplement vous dire ce qui me vient à l'esprit.

Je sens dans votre lettre la tristesse que vous éprouvez, mais je sais que vous allez réagir pour en sortir. Ne permettez pas à la tristesse résultant de la connaissance d'engendrer le déses poir ; cette tristesse est moindre que la joie qui naît de la Vérité. Même la Vérité Abstraite renferme nécessairement en elle-même toute la miséricorde qui se trouve dans le tout. Son caractère sévère n'est qu'un reflet de nos propres imperfections qui ne nous laissent reconnaître que ce côté austère. Nous ne sommes pas les seuls à souffrir sur le Sentier. Comme nous-mêmes actuellement, les Maîtres ont pleuré jadis, mais Ils ne pleurent plus aujourd'hui. Il y a quelques années, l'un d'Eux a écrit : " Vous imaginez-vous que nous n'ayons point passé par des épreuves beaucoup plus terribles que celles que vous pensez traverser maintenant " . Il arrive souvent que le Maître semble prendre une attitude de rejet et cacher sa face (spirituelle) pour obliger le disciple à essayer. Sur les portes et sur les murs du Temple est écrit le mot ESSAIE. (Notez que l'expression " les Frères " est une meilleure désignation que Mahâtmas, ou Maîtres).

Le long du sentier du véritable étudiant se rencontre la tristesse, mais il y a aussi beaucoup de joie et d'espérance. La tristesse vient d'une plus juste appréciation des difficultés de sa route et de la grande méchanceté du cœur humain, individuel et collectif. Mais la pensée que les Frères existent et qu'Ils ont été aussi des hommes. Il a fallu qu'Ils livrent le combat ; Ils ont triomphé et voici qu'Ils travaillent pour ceux qui sont restés derrière eux. Et puis, au delà d'Eux, il y a les "Pères", c'est-à-dire les esprits d' « hommes justes élevés à la perfection » , ces Êtres qui vécurent et travaillèrent pour l'humanité il y a des âges et qui, pour se trouver maintenant hors de notre sphère, n'en continuent pas moins de nous influencer, du fait que leurs forces spirituelles se répandent sur cette terre pour toutes les âmes pures. Leur influence immédiate est ressentie par les Maîtres, et c'est par Eux qu'elle nous parvient.

Je vous accorde que tout cela est Foi, comme vous le dites ; mais qu'est-ce que la Foi ? C'est le sentiment intuitif : « cela est vrai » . Ainsi, formulez dans votre pensée certaines choses comme vraies, que vous sentez être vraies, et ensuite augmentez votre foi en elles.

Ne soyez pas inquiet. Ne vous laissez pas « devenir fou » , comme vous dites. Le fait pour vous de « devenir fou » (bien sûr au sens métaphorique) est la preuve que vous êtes inquiet. Du point de vue du monde, il peut paraître bien d'être inquiet pour une affaire d'une haute importance mais, en occultisme, c'est différent, car la Loi ne tient compte ni de nos projets, ni de nos objectifs, pas plus que de notre désir d'être en avant ou en arrière. Si donc nous sommes inquiets, nous élevons une barrière contre le progrès par la perturbation que nous provoquons et par le manque d'harmonie de nos efforts. Vous avez écrit à B. que ce qui était à lui lui appartenait. L'inverse est vrai : ce qui n'est pas à lui ne lui appartient pas. Pourquoi ne prenez-vous pas votre propre remède ?

Vôtre,

-- Z --.

Note

(11) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 2, 47.]

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