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"Lettres qui m'ont aidé", Conseils divers

Sommaire :

Livre 2, Lettre 15, âge actuel (↑ sommaire)

En réponse à vos questions :

(l) Vêtements astraux et forme astrale.

Réponse. - Vous faites erreur en supposant que les vêtements n'ont pas de forme astrale. Chaque chose dans la Nature a son double sur d'autres plans, le fait étant que rien de visible dans la matière ou dans l'espace ne pourrait être produit sans une telle base. Les vêtements sont vus aussi bien que la personne parce qu'ils existent sur le plan astral comme elle. En dehors de cela, la raison pour laquelle on peut voir les gens sur le plan astral avec des vêtements de coupe et de couleur différentes tient à la pensée et au désir de la personne vue qui la font paraître alors habillée de cette façon. Voilà pourquoi quelqu'un peut être perçu dans la lumière astrale comme vêtu d'un costume ne ressemblant en rien à celui qu'il porte à ce moment, parce que sa pensée et son désir se sont portés sur un autre vêtement, plus confortable, mieux adapté, ou que sais-je encore ?

(2) Que peuvent faire les théosophes sincères et sérieux contre l'Âge Noir, ou le kali yuga ?

Réponse. - Rien contre, mais énormément pendant cette période, car il faut se souvenir de ce fait important qu'il est l'âge de fer, ou l'âge de base (24), qui offre ainsi des opportunités qui ne se présentent dans aucun autre. Il ne dure que le quart du plus long des autres âges : la vie et l'activité y sont donc quatre fois plus intenses. D'où la vitesse à laquelle toute chose se déroule. Une cause infime provoque des effets gigantesques. La moindre aspiration nourrie maintenant entraînera des conséquences bienfaisantes plus importantes et plus durables qu'en tout autre âge. L'inverse est également vrai : une mauvaise intention possède de plus grands pouvoirs pour le mal. Ces grandes forces s'accroissent d'une manière visible à la fin de certains cycles du kali yuga. Le présent cycle qui s'achève entre le 17 novembre 1897 et le 18 février 1898 est l'un des plus importants qui aient jamais existé. À l'heure présente s'offrent aux théosophes des occasions de produire des effets bénéfiques permanents, en eux-mêmes et dans le monde en général, occasions qui, s'ils les laissent passer, pourraient bien ne jamais revenir à leur portée.

Note

(24) [En anglais : the foundation age. Les autres âges ont une durée respectivement double, triple et quadruple de celle du kali yuga.]

Livre 2, Lettre 16, pensée, acte, son, image (↑ sommaire)

Les Maîtres ont écrit que nous sommes liés les uns aux autres en un tout vivant unique. C'est pourquoi les pensées et les actes de l'un réagissent sur tous les autres.

L'expérience a démontré qu'il est vrai, comme le disent les Maîtres, que tout membre sincère, quelle que soit la ville où il demeure, peut aider la S.T. et rendre service aux habitants de sa ville. Ce n'est pas une instruction poussée qui est requise mais seulement la consécration au bien de l'humanité, la foi dans les Maîtres, et dans le Soi Supérieur, une compréhension des vérités fondamentales de la Théosophie et un peu, seulement un peu d'effort sincère pour présenter ces vérités fondamentales à une population qui en a désespérément besoin. Cet effort devrait être poursuivi sans cesse. Et il ne sert à rien de perdre ses énergies à faire des discours sur les phénomènes psychiques ou à les prouver car, comme les Maîtres l'ont encore écrit, un phénomène en réclame un autre et encore un autre.

Ce dont les gens ont besoin c'est d'une solution pratique pour les difficultés qui les assaillent, et cette solution vous l'avez dans la Théosophie. N'essaierez-vous pas de la leur donner de plus en plus ? Et de sauver *** de son bourbier actuel ? (25)

J'attirerai spécialement votre attention sur Frère ***. II n'existe pas entre vous deux cette complète sympathie et tolérance qu'il faudrait, et pour le bien du travail il devrait en être autrement. Peut-être direz-vous que c'est sa faute. Pas entièrement, car vous devez aussi être tant soit peu à blâmer, sinon dans cette vie, au moins dans une précédente. Pouvez-vous nier que pendant un bon moment il a été là à soutenir la Branche ? Car, s'il ne l'avait pas fait, elle serait morte, bien que vous tous aussi en ayez été des agents nécessaires.

Est-ce que personne parmi vous n'a jamais eu de sentiments malveillants ou vindicatifs à son égard ? Dans ce cas, ne devriez-vous pas, chacun de vous les déraciner immédiatement de votre cœur ? Car, je vous jure sur ma vie que si vous avez eu des difficultés ou de la malchance, c'est la réaction provenant de telles pensées (ou d'autres du même genre) à son propos ou envers d'autres personnes. Ainsi, vous tous, chassez ces pensées sans exception de votre cœur, et montrez tant de gentillesse et de fraternité à son égard que par la force de votre vivante bienveillance il sera immanquablement réintégré en complète unité et coopération avec vous.

Les discussions ou les preuves pour montrer que vous avez tous raison et qu'il a tort sont inutiles. Aucun de nous n'a jamais entièrement raison, et il y a toujours en nous ce qui peut pousser l'autre à faire une faute. La seule discussion à envisager devrait avoir pour but de vous permettre de trouver les moyens de présenter au monde, dans votre région, un front solide, simple et uni.

Quant à l'expression « voir des sons », vous la comprenez, bien sûr, dans les limites de son contexte. Elle fait état du fait qu'autrefois les vibrations qui maintenant produisent un son étaient capables de créer une image visuelle, et c'est ce qu'elles font encore sur le plan astral.

Note

(25) [II ne s'agit pas ici d'une personne en péril mais peut-être d'une collectivité.]

Livre 2, Lettre 17, sommeil, travail (↑ sommaire)

En réponse à votre question :

Ni la loi générale, ni la Loge n'interfèrent pour neutraliser l'effet de la tension exercée sur les énergies physiques du disciple lorsque celle-ci est due à un effort exagéré ou un manque de régularité — sauf dans certains cas. C'est la raison pour laquelle le théosophe est tenu de veiller à ce que ses heures de sommeil, de travail et de récréation soient convenablement distribuées et équilibrées entre elles, car il n'a pas le droit de vivre en risquant de briser sa santé et de priver ainsi la cause pour laquelle il travaille d'un instrument utile et nécessaire.

Les énergies de votre ami ont été déséquilibrées et jusqu'à un certain point, épuisées par des irrégularités dans ses heures de repos et de détente, d'autant plus que le travail qu'il a fourni a été rude et que le repos nécessaire — dans le sommeil ou la veille — n'a pas été pris. Cela provoque de l'excitation qui va réagir (ou a réagi) de diverses façons dans le système et sur les organes. Il en résulte une excitation mentale qui, à son tour, provoque un autre dérangement. Il devrait, comme tout le monde, prendre des mesures pour assurer la régularité de son repos, de telle façon que le travail qu'il accomplit soit meilleur et que l'excitation actuelle disparaisse de sa constitution. Il n'est pas sage de veiller tard, à moins que ce soit pour une raison valable, ce qui n'est pas le cas lorsqu'il s'agit simplement de rester avec d'autres personnes jusqu'à des heures avancées, alors qu'il n'y a rien de spécial ou de nécessaire à faire. En dehors de toute autre raison, celle-ci est suffisante.

L'excitation est de la chaleur. Si vous ajoutez de la chaleur à de la chaleur vous en obtiendrez un surcroît. Pour créer un équilibre, c'est de la fraîcheur qu'il faut appliquer. C'est justement le cas ici, et le fait d'instaurer de la régularité dans la question du repos correspond à l'apport de fraîcheur. En second lieu, les diverses actions ou pensées des autres qui ont un caractère excitant ou « mauvais » constituent aussi de la chaleur ; il faut alors produire de la fraîcheur en débarrassant le mental de ces impressions et en cessant d'y faire allusion en paroles, sinon la chaleur générée se maintiendra. Il est inutile de faire appel à des raisons reposant sur des questions de conduite et d'exemple, car tout le monde est capable d'en trouver et de les appliquer.

Comme rien ne presse, il est facile de débarrasser le mental de l'impatience et de l'irritation résultant de la précipitation. De plus, c'est un tort de comparer à son avantage son propre travail ou sa façon de faire les choses à ce que font les autres, et cela produit également de cette chaleur dont je viens de parler.

Livre 2, Lettre 18, régime sans viande, célibat (↑ sommaire)

Vous avez raison de penser que les principes essentiels de la Théosophie sont souvent cités sans qu'il soit fait usage de ce nom, car elle est le système fondamental universel qui sous-tend les religions de chaque époque. Correctement compris, le Nouveau Testament enseigne la Théosophie, et nous savons que Jésus et saint Paul furent tous deux des initiés. Naturellement, en Théosophie, comme en n'importe quelle autre science, plus on lit plus on comprend, et je vous recommande de lire et d'assimiler ceux de nos livres que vous pouvez aisément vous procurer.

En ce qui concerne vos questions, laissez-moi vous dire que la Théosophie n'exige d'aucun homme l'abandon d'un mode de vie qui n'est pas mauvais en soi-même. L'habitude de la nourriture carnée n'est pas un péché ; ce n'est même pas une faute ; c'est une habitude à laquelle la race s'est conformée dans une large mesure, et il n'y a là aucune question de morale ou de bien à observer. À un certain stade d'avancement sur la voie du chéla ou disciple, le régime carné doit être abandonné à cause de ses effets psychiques et physiologiques. Mais vous n'avez pas atteint ce stade et il est peu probable que vous y parveniez d'ici longtemps. La consommation de la viande n'étant pas une faute, le fait d'en fournir aux autres ne peut en être une ; aussi ne manquez-vous pas du tout à votre devoir d'homme, ou de théosophe, en aidant à l'abattage de porcs pour le marché. Puisque c'est votre devoir dans les circonstances actuelles, je.vous recommanderais de le faire sans hésitation.

Hommes et femmes sont complémentaires en caractère et donc adaptés les uns aux autres. Il est naturel que chaque sexe prenne plaisir à la compagnie de l'autre, et ce qui est naturel ne peut être mauvais. De plus, il est parfaitement légitime que lorsqu'un homme a trouvé une compagne qui lui convient il se marie et fonde un foyer, en élevant une famille avec de bons principes et de nobles motifs. Celui qui donne naissance à des enfants qui prendront sa place après sa mort, et poursuivront sa vie de droiture et d'altruisme, contribue à servir l'humanité. Par conséquent, si vous trouvez une compagne bien assortie et désirez vous marier, il n'y a aucune raison pour que vous ne mettiez pas ce projet à exécution. Le célibat, comme l'abstention de viande, est une condition essentielle de progrès après un certain stade, mais vous ne l'avez pas encore atteint et vous ne pouvez donc pas être soumis à ses conditions. On ne peut établir une règle unique applicable à tous les êtres humains, étant donné que les tempéraments et les désirs de chacun sont tellement différents. Chacun doit résoudre le problème de la vie à sa manière. Si vos aspirations étaient tellement tournées vers des choses supérieures que vous ressentiez les inférieures comme un obstacle, il est évident que vous ne devriez pas vous adonner à ces dernières. Mais si vous n'êtes pas arrêté de la sorte, vous n'en avez pas moins un devoir à accomplir. Vous avez raison de penser que l'essentiel pour tout progrès réel réside dans un désir de se conformer entièrement à la Volonté Divine, avec la certitude que nous serons aidés en proportion — à la mesure de notre besoin.

Livre 2, Lettre 19, problèmes groupes travailleurs (↑ sommaire)

Oui, vous avez raison. Je suis en danger mais ce danger n'est pas à l'extérieur, bien que ce soit de l'extérieur que proviennent les attaques. Et, dans un certain sens, tous ceux qui sont avec moi sont également en danger. C'est un danger qui vient de *** (26), qui essaie constamment d'entraver la marche de ceux qui vont de l'avant. Ainsi, vous aussi, mon cher, êtes exposé au même genre de danger. Mais, tandis qu'il y a danger, il y a cependant encouragement dans le fait lui-même. Car nous ne serions pas placés dans cette situation si nous n'avions pas eu la chance de progresser, grâce au travail et à la patience, jusqu'au point où *** perçoit assez en nous pour tenter d'arrêter nos progrès et d'entraver notre travail. En conséquence, s' « ils » s'aperçoivent qu'ils ne peuvent nous arrêter, ils essaient toutes sortes de plans pour susciter des différends afin d'anéantir notre ouvrage. Mais nous vaincrons car, connaissant le danger, nous prenons des mesures contre lui. Je suis décidé à ne pas échouer. D'autres peuvent faillir, mais ni *** ni moi ne le ferons. Préparons-nous donc à toute souffrance, avec confiance et espoir. Le fait même que vous souffrez si intensément est une preuve objective de progrès, bien qu'elle soit si douloureuse, non seulement pour vous mais aussi pour tous ceux qui vous aiment. Ainsi, bien que je ne vous dise pas « continuez à souffrir », je me console en sachant bien que tout cela conduira au plus grand bien dans l'avenir. C'est pourquoi je vous écris ces mots de ma main, au lieu de les dactylographier, afin que vous puissiez ressentir la force de mon affection et de mon amitié de compagnon.

Rapprochons-nous tous ensemble par la pensée et par le cœur, l'âme et l'action, et essayons ainsi de créer cette vraie fraternité grâce à laquelle, seulement, pourra se faire le progrès universel et individuel.

À toi, ô porteur du flambeau, j'envoie toute mon affection. Eh bien ! je m'en vais une fois de plus mais je n'oublie jamais. À toi ma meilleure affection et ma bénédiction. Je ne puis parler de ces choses mais tu sais ce que je veux dire.

Ainsi, comme avant, et comme maintenant, et comme toujours, et à tout jamais.

Livre 2, Lettre 20,conflits sur Olcott (↑ sommaire)

À ceux que j'aime et qui travaillent avec moi.

Mes derniers mots avant d'aller au Congrès. (27)

II est apparu des doutes et des questions sur certains sujets depuis que les nuages actuels se sont amoncelés. Il a été dit entre autre qu'il vaudrait mieux que Olcott abandonne la présidence, que ce serait bien pour lui de partir, et ainsi de suite. Il ne faut pas s'arrêter à de telles opinions. Et si on les a professées qu'on les abandonne. Il y a deux forces à l'œuvre dans la S.T., comme dans le monde et dans l'homme : la force du bien et celle du mal. Nous n'y pouvons rien : c'est la Loi ! Mais nous avons des règles ; nous avons prêché l'amour, et la vérité, et la bonté ; et, par-dessus tout, nous avons parlé de gratitude, non seulement envers les Maîtres mais aussi entre nous. En fait, ceci s'applique aux questions qui concernent Olcott, tandis qu'en même temps interviennent des principes de conduite du Mouvement. À ce propos, laissez-moi vous faire part de ce que m'a dit quelqu'un en qui je crois et aux paroles de qui je souscris. Voici :

« II conserve le poste pour deux raisons : (a) il existe une dette de gratitude à son égard, (b) la S.T. ne doit pas donner au monde extérieur l'impression d'éclater ou de se scinder en entités séparées. Elle doit rester une, indivise, solide dans sa totalité, d'un bord à l'autre, en conservant même son "président incompétent". On ne doit pas savoir qu'il est complètement incapable. Il est à même de continuer jusqu'au bout avec sa petite portion de travail, s'il est bien assisté. Le travail ne doit pas échouer parce que, ici et là, des personnalités faillissent, pèchent, et manquent de sagesse. La VÉRITÉ subsiste et ELLE EST, quels que soient ceux qui succombent, mais la masse a les yeux fixés sur le leader visible. S'il s'effondre, comme un puzzle disjoint, aussitôt tous les gens disent : "il n'y a là-dedans aucune vérité, rien qui soit vraiment"; et le travail de tout un siècle est perdu et doit être repris à sa base ; et des années de tendance régressive doivent s'écouler entre le naufrage d'une entreprise et les débuts de la suivante. Le même pouvoir qui a contrecarré son projet de démission, et l'a fait échouer, l'emportera sur la difficulté actuelle.

Laissez-moi vous dire une chose que JE SAIS : seul, le sentiment de vraie fraternité, d'amour véritable envers l'humanité, éveillé et vivant dans l'âme de quelqu'un d'assez fort pour endiguer cette marée peut nous tirer d'affaire. Car l'AMOUR et la CONFIANCE sont les seules armes capables de vaincre les ennemis RÉELS contre lesquels doit se battre le véritable théosophe. Si moi, ou vous, entrons dans cette bataille par orgueil, par impulsion personnelle, par désir de maintenir notre position face au monde, ou pour toute autre raison que les motifs les plus purs, nous échouerons. Ainsi donc, sondons notre âme en profondeur et examinons les choses comme nous ne l'avions jamais fait auparavant : voyons s'il y a bien en nous la réalité de cette fraternité que nous prêchons et que nous sommes censés représenter. »

Rappelons nous ces paroles célèbres : « Soyez sages comme des serpents et innocents comme des colombes. »

Souvenons-nous de cet enseignement des sages : la mort en faisant notre propre devoir est préférable à l'accomplissement du devoir d'un autre, aussi parfaitement que nous puissions le faire : le devoir d'un autre est plein de dangers (28). Soyons des êtres de paix, tournés vers la paix, et non vers la guerre uniquement.

Sincèrement vôtre,

William Q. Judge

Notes

  • (27) Évidemment le Congrès de 1892. Le texte de cette lettre a été complété à l'aide de Theosophical Forum d'août 1933. (N.d.E.).
  • (28) [Cf. Bhagavad-Gîtâ, 3, 35 et 18, 47.]

Livre 2, Lettre 21, Annie Besant, Chakravarti (↑ sommaire)

[Automne 1893]

[Cher Jasper,]

En ce qui concerne Annie [Besant], il est vrai qu'elle a souffert de mes sentiments froids et durs. Mais c'était de sa faute, car je le répète ici, comme je l'ai dit à ***: étant tout absorbée par Chakravarti (29), elle a négligé mes membres qui sont mes enfants et pour lesquels je désirais le meilleur d'elle-même et n'ai reçu que le pire. D'où, naturellement, ma froideur, contre laquelle j'ai dû lutter, et je ne me suis pas soucié de savoir si Annie la prenait mal. Je n'ai pas le temps de m'inquiéter de ces choses. Je suis content qu'elle soit partie en Inde. C'est une épreuve et une opportunité pour elle ; et lorsqu'elle reviendra, elle pourra voir par elle-même si elle est capable d'empêcher l'idée de "grand chef" de s'installer — comme c'est arrivé pour d'autres. Si elle y parvient elle aura résisté à la réaction, et j'ai confiance qu'elle tiendra bon ; mais c'est encore à prouver. Le temps arrive, sans aucun doute, et avec lui l'épreuve. H.P.B. fut celle qui la prépara et lui apporta le réconfort, mais les hommes ne sont pas forgés d'acier par le réconfort, et remarquez que H.P.B. quitta bientôt la scène en mourant.

Ma grande tournée dans tout ce pays me prouve qu'il est plus important que je porte maintenant tous mes efforts sur les États-Unis, où les Maîtres commencèrent Leur œuvre en ce siècle. L'Amérique a besoin de tout ce que je peux faire [...] Aussi, lorsque j'aurai rempli mes engagements sur la scène anglaise, je décamperai en vitesse pour retourner là-bas et me mettre à ce travail. Le champ est encore plus vaste que je ne l'imaginais, et pourtant j'en avais déjà une idée très large. À partir des États-Unis, nous pourrons influencer le monde entier et les gens viendront à nous de partout, que ce soit pour faire un travail solide, ou pour trouver de l'aide dans leur besoin [...]

Maintenant, parlons de vous ; je sens bien tout cela. Ce sont des hauts et des bas. Vous êtes courageux, c'est une bonne chose, et aussi capable d'endurer tout cela. Vraiment "endurer" est le meilleur mot, car c'est ce que fait le chêne quand l'ouragan fait rage : mieux vaut endurer, quand on ne peut rien faire d'autre, que de défaillir et s'effondrer. Les faits doivent être affrontés. J'espère qu'ils finiront par changer, sinon c'est que c'est karma. Si on met de côté la souffrance, c'est comme toute autre chose. Si cela vous arrive, ce ne sera pas pour longtemps. J'espère pourtant que cela ne viendra pas. J'y pense beaucoup, mais je connais votre bravoure et l'âme noble qui vous habite. Pendant tout le temps que vous souffrez et que vous luttez âprement, je sais que votre soi réel se tient bien au-dessus de tout, sans être affecté, et ainsi fait le mien : avec cette idée, prenons courage. Tout dans notre époque progresse avec la rapidité de l'éclair ; et il en est de même de notre karma, encore que le mien ait paru bien souvent avancer lentement en ce qui me concerne. Mais je ne vais pas m'attarder là-dessus. J'éprouve les mêmes sentiments que vous : je suis de cœur avec vous et vous ai souvent envoyé ces derniers temps des messages d'espoir et de force pour vous aider.

J'ai conseillé à [A.B.] de faire, quant à elle, tout son possible pour éviter de mettre toujours en avant le nom de H.P.B. (30) au lieu d'encourager une pensée indépendante sur la Théosophie. Cette habitude n'est que trop ancrée ; ce n'est pas là une preuve de loyauté envers H.P.B. et il en résulte beaucoup de sottises répandues à propos de notre dogmatisme. Vous comprenez ce que je veux dire, et vous pourrez influencer certaines personnes pour qu'elles prennent une attitude plus modérée, bien que ferme, qui ne diminuera en rien leur loyauté et leur dévotion. Une bonne chose à retenir : le vrai chéla ne parle guère de son Maître aux autres, et souvent même ne fait pas allusion à son existence. Manquer de cette discrétion aujourd'hui c'est un peu comme si l'on agitait inutilement un chiffon rouge devant un taureau. Ceux d'entre nous qui ont de l'expérience n'agissent pas ainsi, mais les plus jeunes le font. C'est ce que fait X... ici dans ses causeries et il faut que je lui en parle. Si l'on n'y met pas un frein, la première chose que nous pouvons prévoir c'est une scission entre les partisans de H.P.B. et les Théosophes pur sang (31), ces derniers prétendant être seuls dans le vrai parce que libérés de tout élément personnel. Vous et moi, et * * *, nous ne jugeons pas nécessaire d'être toujours à lancer le nom de H.P.B. au visage des autres, et il est bon maintenant de saisir l'avertissement qui nous est offert de l'extérieur. De plus, j'ai reçu une très forte mise en garde intérieure à ce propos. Je vous adresse mes meilleures amitiés puisque nous approchons de Noël et du Nouvel An. Et puisse-t-il y avoir un peu de soleil pour illuminer le sentier. Je vous envoie mon affection sans la ternir par un simple cadeau.

J'espère que [A.B.] sera ferme et qu'elle fera selon les indications données mais, comme nous tous, elle doit rencontrer ses vieux ennemis en elle-même.

Une fois encore je vous quitte.

Comme toujours.

Notes

  • (29) [Allusion à l'ascendant regrettable pris sur Annie Besant par le professeur Chakravarti, lors de leur voyage aux États-Unis (en septembre-octobre 1893) pour le Parlement des Religions, à Chicago.]
  • (30) [Allusion à certains écrits de A. Besant, en particulier un article assez tapageur paru dans le numéro d'octobre 1891 de Lucifer, sous le titre "Théosophie et christianisme".]
  • (31) [En français dans le texte.]

Livre 2, Lettre 22 élever hommes et bêtes (↑ sommaire)

Grand branle-bas hier soir. C'était la réunion normale de la Branche de X. et *** devait faire une causerie. Nous arrivâmes à 8 h 15 et la salle était pleine. Le conférencier commença mais à peine avait-il parlé un quart d'heure qu'on s'aperçut que le bâtiment était en feu. Nous arrêtâmes la réunion et laissâmes sortir les l 000 personnes assemblées dans les diverses salles, puis nous sortîmes tranquillement à notre tour ; personne ne fut blessé ; seuls *** et *** reçurent quelques litres d'eau d'un tuyau crevé.

Ce fut une étrange sortie : nous descendîmes les escaliers à côté de l'ascenseur ; du verre, des briques et de l'eau dégringolaient dans la cage de l'ascenseur, tandis que dans les étages supérieurs l'incendie grondait en jetant une fameuse lueur : des coulées de feu descendaient le long des colonnes grasses de l'ascenseur de l'autre côté, et les pompiers déroulaient leur lance d'arrosage, ou je ne sais quoi, pendant que nous quittions le bâtiment. C'était la réunion réservée à ***, et elle se termina dans le feu ! Aucun des grands psychiques présents n'avait eu la moindre prémonition, mais l'un d'eux inventa, après coup, un sentiment de terreur annonciateur de l'incendie.

Dites à *** que ce n'est plus le moment pour lui d'hésiter ; il connaît son Guru : c'était et c'est H.P.B. ; qu'il réfléchisse bien avant de faire ce qui, en brisant la vie et la renommée de H.P.B., brisera aussi la sienne en l'amenant finalement en un point où il ne pourra plus rien percevoir de ce qui est vrai [...] Le silence est utile, de temps à autre ; mais il arrive parfois que le silence soit une chose qui parle trop fort. Je suis son ami et l'aiderai. Personne d'autre que lui ne peut lui faire du tort ; nobles furent son travail et son sacrifice, et personne n'a quoi que ce soit à lui reprocher.

Voyez ce que j'ai dit dans le premier volume du Path, à savoir que l'étude de ce qu'on appelle maintenant "l'occultisme pratique" n'était pas le but de cette revue. "Nous considérons cet occultisme pratique comme un élément secondaire qui fait partie du voyage sur le sentier intérieur. Il peut arriver qu'en allant d'une ville à l'autre le voyageur ait à traverser plusieurs fleuves : si ses moyens de transport ne peuvent lui servir, il sera bien obligé de nager ; ou bien qu'il ait à franchir une grande montagne ; il lui faudra alors connaître la technique du génie pour percer un tunnel ; ou encore qu'il soit obligé d'exercer l'art de repérer sa position exacte en observant le soleil ; mais tout cela n'est qu'accessoire en regard de son but principal qui est d'atteindre sa destination. Nous admettons l'existence de forces cachées, puissantes, dans la nature et nous croyons fermement que, chaque jour, un plus grand progrès est fait vers la compréhension de ces forces. La formation du corps astral, la clairvoyance, la vision dans la lumière astrale, le contrôle des élémentaux, tout cela est possible, mais tout n'est pas profitable. Lorsqu'il rencontre une résistance dans un arc au charbon, le courant électrique produit une lumière intense : il peut être mis en marche par n'importe quel ignorant qui possède la clef de la cabine électrique et qui peut tourner le bouton de commande de la dynamo, mais cet homme est incapable d'empêcher son prochain (ou lui-même) d'être tué sur-le-champ si, par accident, ce courant est détourné à travers le corps de la victime. Il n'est pas facile d'obtenir la maîtrise de ces forces cachées et ce n'est pas sans danger qu'on produit ces phénomènes psychiques ; à notre point de vue, ce n'est pas au moyen de ces phénomènes qu'on peut atteindre la vraie sagesse mais par le développement qui commence à l'intérieur de soi-même."

"Le véritable occultisme est clairement indiqué dans la Bhagavad-Gîtâ et dans la Lumière sur le Sentier où il est suffisamment insisté sur l'occultisme pratique ; mais, après tout, Krishna ne dit-il pas que la science royale et le souverain mystère consistent à se tourner avec dévotion vers la lumière qui vient de l'intérieur et à l'étudier ? Le tout premier pas dans le véritable mysticisme et l'occultisme réel consiste à essayer d'embrasser tout ce que signifie la Fraternité Universelle sans laquelle le plus haut progrès dans la pratique de la magie est finalement réduit en cendres."

"Nous faisons donc appel à tous ceux qui désirent s'élever et élever leurs compagnons — hommes et bêtes — au-dessus de la routine irréfléchie de la vie quotidienne égoïste. Il n'est pas question que cette Utopie puisse être réalisée en un jour ; mais à force de répandre l'idée de la Fraternité Universelle, la vérité en toute chose pourra être découverte. Ce qu'il faudrait c'est une connaissance réelle de la condition spirituelle de l'homme, de son but et de sa destinée. Une telle étude nous conduit à accepter le précepte donné par Prajâpati à ses fils : « Soyez maîtres de vous-mêmes, soyez libéraux, soyez miséricordieux : c'est là la mort de l'égoïsme. »

Telle est la ligne de conduite où nous devons nous engager et persévérer, afin que tous puissent, dans le cours du temps, obtenir la vraie lumière.

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