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  • W.Q. Judge - Lettres
  • Persévérence, Elémentaux, Mort, Enfer, Ciel, Fraternité

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"Lettres qui m'ont aidé", Persévérence, Élémentaux, Mort, Enfer, Ciel, Fraternité

Sommaire :

Livre 2, Lettre 8, Judge : engagements théosophiques (↑ sommaire)

En ce qui me concerne, la seule question c'est ma santé, qui n'est encore ni rétablie ni bonne. Si tout allait bien de ce côté, je n'aurais rien. Que m'importe tout ce tumulte ? II s'arrêtera bien un jour ou l'autre ; certains seront morts ; le plus tôt sera le mieux, et alors nous aurons d'autres distractions. Je considère tout cela comme amusement et variété — pour sûr ! Je ne plaisante pas. Variété est bien le mot et, sans elle, que serait la vie ? Pendant que tous ces ânes braient, nous apprenons de nouvelles notes de la gamme que nous ignorions précédemment. J'ai reçu des tas de lettres, mais je me sens tout à fait bien : fragile peut-être, mais pas cassant. J'aimerais bien être avec vous deux et avoir un peu de bon temps, sans larmes et sans regret, mais nous devons rester séparés, et nous rencontrer de temps en temps. Pauvre * * * ! Ne le jugez pas sévèrement. Il fallait qu'il se taise, vous savez. Une petite affaire, mais plus importante pour lui qu'il ne s'en est douté. Laissez-le tranquille et ne vous raillez pas. Il a assez de difficultés avec lui-même sans que les autres en ajoutent encore en le harcelant.

L'allusion de C. au fait de « souffrir » me rappelle une série de pensées que j'ai eues. Je me suis examiné pour trouver les « effets utiles » de tout ce vacarme, et voir si je « souffre » comme il faut. Eh bien ! je ne peux pas dire. Au fond des abîmes, c'est là peut-être que je suis, mais je me trouve gai, heureux, et tout ce que vous voudrez sauf morose ou triste. Par conséquent, suis-je en train de souffrir ? Pouvez-vous le dire ? Positivement, je n'en sais rien ; mais le devrais-je ? Suis-je un homme perdu sous prétexte que je ne souffre pas, ou que, étant plongé dans une réelle souffrance, je suis insensible, et n'en ai aucune perception ? Mais, d'autre part, je n'éprouve ni colère ni ressentiment. Vraiment, voilà qui me rend perplexe. Très souvent, je ne dors pas la nuit ; alors je profite des heures qui s'écoulent (comme en ce moment), lorsque tout est calme, pour passer chaque chose en revue ; mais tout compte fait, je me sens très bien — à tous points de vue. Naturellement, comme un être humain, j'ai commis des fautes et des péchés, mais je veux dire que, si je fais le grand bilan, je ne trouve rien pour me tourmenter ; rien que je voudrais me dépêcher de corriger, en prenant à témoin le monde ridicule et répugnant comme confident.

Quant à moi, eh bien ! Quoi ? Rien. Je ne sais pas et reste indifférent. Je suis joyeux et me félicite que le travail aille de la sorte. Mes désirs ne sont pas d'ici, et tout ce tapage me paraît lointain, comme à des milles de mon oreille. Je fonctionne comme un moteur de pompe, en essayant de forcer son régime. Mais ce n'est pas pour moi. Je dois me trouver seul, comme nous le sommes tous ; et alors la Loi dira : « La suite ! » Mais ce que sera cette suite ne me préoccupe pas, et je ne veux pas la connaître, car quand sera donné l'ordre : « La suite ! », je verrai ce qu'elle demandera de faire. Pour l'instant, le meilleur travail, le plus important pour nous, pauvres enfants, se trouve sur ce plan, avec la grande aide du Maître, dont la simple et unique volonté maintient vivante toute l'organisation, et lui sert de soutien et de bouclier. Nous ne sommes pas encore assez grands pour manier l'Akâsha (15) mais nous pouvons Les y aider, et c'est tout ce que j'ai le désir de faire. Je me suis servi des événements actuels comme d'une leçon à tirer pour moi, car ils peuvent être utilisés comme tests pour me mettre à l'épreuve sous l'angle de l'orgueil et de l'ambition ; et je m'aperçois que, de quelque façon que je les retourne, c'est toujours le même résultat qui arrive. Je suis en quête d'autres choses tout en travaillant dans celle-ci. J'aurai beau essayer de développer une ambition de pouvoir, ou de faire naître un désir de changer un cas imaginaire (qui n'existe pas en fait), je n'y arriverai pas. Ainsi, vous le voyez, mon cher Camarade, je suis tout à fait bien.

Passons aux questions que vous me posez.

Quand on commence à voir le soi, c'est comme si on regardait dans un gant : et pour combien d'incarnations n'en sera-t-il pas ainsi ? L'enveloppe matérielle projette devant l'œil de l'Âme des tourbillons de fumée et des nuages d'illusion.

Le cerveau est seulement le foyer par lequel sont centralisées les forces et les pensées qui pénètrent continuellement par la voie du plexus solaire du cœur. Il arrive donc que beaucoup de ces pensées se perdent, comme des millions de graines se perdent dans la nature. Il nous appartient de les étudier et de veiller sur elles quand elles sont là. Mais pouvons-nous les appeler nôtres ? Ou pleurer à leur sujet ? Soyons aussi larges que la grande Nature en ce qui les concerne et laissons chaque pensée aller à sa propre place, sans la teinter de notre couleur, de notre assentiment ou de notre adhésion.

Le mouvement en spirale dont il est question est le double mouvement de la lumière astrale, une spirale contenue dans l'autre. La diastole et la systole du cœur sont provoquées par ce mouvement double de l'Akâsha. Mais ne tentez pas présomptueusement de saisir trop tôt ce mouvement, car souvent même le cœur battant trop vite peut détruire la vie.

Inconsciemment, les bêtes sauvages sont averties de l'opposition humaine générale qu'elles perçoivent focalisée dans chaque être humain.

Il est plus facile, en retournant à l'Éternel, de s'y enfoncer progressivement que d'y plonger. Le plongeur doit nécessairement avoir le pouvoir de retenir son souffle contre le choc créé par le plongeon, tandis qu'en se laissant couler, on a le temps de prendre et de retenir sa respiration.

Rien d'autre de bien nouveau. Je compte apprendre bientôt que votre santé s'est complètement rétablie. Porté par la vague, vous arriverez en temps voulu avec la marée. Meilleures amitiés à *** et à ***, et à vous aussi, bien sûr. Puissiez-vous tous être bien soutenus. Je pense vous avoir donné maintenant tout ce qu'il y avait. Salut, cœur de diamant, plein de noblesse et de bravoure ! Puissions-nous nous rencontrer quand la poussière se sera dispersée — et nous nous rencontrerons pour toujours dans les longs, longs manvantaras (16) qui nous attendent tous. Paix ! Paix ! Suivez le sentier de la paix et non de la guerre : telles sont les paroles.

Comme toujours et à jamais.

Notes

  • (15) [L'Akâsha, le cinquième élément, ou l' « éther », pour l'hindouisme, renvoie en fait à une essence dynamique qui pénètre et soutient l'Univers, à tous les degrés de manifestation de la vie.]
  • (16) [Allusion aux grands cycles de manifestation des Univers.]

Livre 2, Lettre 9, à des critiques, persévérer le travail (↑ sommaire)

Je ne sais pas quoi écrire car j'ai été si occupé avec des gens ! Je suis inquiet au sujet de mes conférences qui ne sont pas encore préparées. Je ne puis naturellement répondre à beaucoup de vos points, car je me sens porté à me retirer intérieurement, et pour cette raison je ne répondrai pas. Vraiment, je songe souvent combien il serait bon de ne pas parler ni écrire. Je ne suis pas expert en ces belles phrases qui plaisent aux gens. Naturellement, cela ne change rien à mes sentiments réels, mais les poulets sans cervelle sont ce qu'ils sont et ont souvent des pensées stupides. Je veux oublier — en leur pardonnant — tous ces enfants et ces actes infantiles. Faisons-le et essayons autant que possible d'être de vrais frères, et ainsi de nous rapprocher de la vérité. Et, par le travail, nous vaincrons l'ennemi du Maître — en persévérant silencieusement dans le travail.

J'espère encore que, tôt ou tard, vous en sortirez, d'autant mieux et plus fort. Je sais qu'il en sera ainsi et je ne vous vois pas mort le moins du monde. Vous avez moins d'espoir pour vous-même que pour les autres. Mais vous avez la volonté et le feu pour combattre jusqu'au dernier souffle et jusqu'au dernier moment. Je souhaiterais seulement pouvoir vous voir tous, pour vous réconforter un peu plus : c'est-à-dire, pour parler avec vous, car vous n'avez pas besoin de beaucoup d'encouragement...

Je reçois souvent des communications de Lui en ce moment. Ce terrible tumulte m'a éclairé. Il dit qu'il faut éviter de trop se presser et que je ne dois pas laisser le flot m'emporter. Il me prie de vous dire que vous avez une rapidité naturelle qui doit être guidée par vous-même, et que la meilleure façon est de prendre son temps après une lettre, et laisser passer une nuit sur un projet. Il dit aussi... (et de cela je ne me rends pas compte, mais II doit avoir raison) que vous avez un subtil désir d'être le premier à faire ou proposer un bon plan, ou une bonne action. Ne vous laissez pas entraîner par cela, mais soyez plus lent sous ce rapport. C'est un bon conseil, je pense, d'autant plus que l'on peut prendre de temps en temps un projet dans la pensée d'autrui.

Je vois que les clans se sont groupés. Continuez comme cela, et veillez autant que possible à ce que l'esprit partisan soit au plus bas, et que le motif principal soit le bien, une loyauté constante et le travail. Et ne rejetez personne de votre coeur.

Il faut que je vous demande d'aller plus calmement en ce moment. C'est absolument nécessaire.

Un mot d'affection à *** ? Je l'ai envoyé. J'en ai envoyé plus d'un. Non seulement d'une façon visible, mais aussi de l'autre manière. Que pouvais-je dire ? Je n'en sais rien. Dans ce que j'ai envoyé j'ai mis tout mon coeur. Est-ce que * * * n'est pas toujours présent pour moi et avec moi ? Comment puis-je utiliser des mots quand les fibres de mon cœur sont impliquées ? Et à quoi servirait ma philosophie si, au moment où le départ de *** semblerait si proche, je me laissais aller à de simples mots ? Je ne puis faire cela. Si j'essaie, alors les mots ne sont que niaiseries, mensonges, et faux semblants, car je suis incapable d'une telle prose de circonstance, même si d'autres y parviennent quelque peu. Notre vie réelle ne réside pas dans des paroles d'amour, de haine ou de froideur, mais dans les profondeurs ardentes du cœur. Et, dans ces profondeurs, * * * est et a été. Pourrais-je dire plus ? Non, impossible. Et même cela est peu et mal dit.

Il est vrai que chaque jour l'effet de ma philosophie devient plus apparent sur moi, comme c'est et ce sera le cas pour vous, ainsi que pour nous tous. Je le vois par moi-même, sans parler de tout ce que j'en entends dire par les autres. Quel monde et quelle vie ! Pourtant, nous sommes nés seuls, et seuls nous devrons mourir, à ceci près que dans l'Espace Éternel tous les êtres sont une Unité et que la Réalité Une ne meurt jamais.

Si l'ambition arrive à monter insidieusement de plus en plus haut, elle détruira toutes choses, car les fondations seront faibles. En fin de compte, le Maître gagnera ; aussi respirons profondément et tenons bon à notre poste, tels que nous sommes. Et ne précipitons rien. L'éternité est ici même, tout le temps. Je ne puis vous dire combien mon coeur va vers vous tous. Vous le savez déjà, mais un seul mot suffira : Ayez confiance ! C'était ce que disait H.P.B. N'avait-elle pas la connaissance ? Qui est plus grand que notre vieille et vaillante « Old Lady » (17) ? Ah ! si elle était ici, quel carnage ! Je me demande tout de même comment elle, ou il, ou « cela » (18) voit la question. En souriant, je suppose, de toutes nos luttes.

Encore une fois, dans l'orage ou le soleil, dans la chaleur ou le froid, proche ou éloigné, au milieu d'amis ou d'ennemis, toujours le même dans l'Œuvre Unique.

Notes

  • (17) [« The old Lady » ( = la « vieille Dame » ) , expression familière et respectueuse désignant H.P.B.]
  • (18) [Le pronom neutre it (rendu ici par « cela » ) employé après elle et il, est une allusion à l'Ego, ni féminin, ni masculin, qui animait la personnalité terrestre de H.P.B.]

Livre 2, Lettre 10, ignorer attaques (↑ sommaire)

Mon cher Compagnon (Compañero)

Bien reçu votre longue lettre avec son message. Tout ce que je puis dire c'est qu'elle est d'une extraordinaire splendeur, d'une merveilleuse précision. Et laissez-moi alors vous renvoyer ce message [...] pour vous prouver nécessairement que vous ne restez pas immobile... C'est très bien d'être au milieu des rapides, comme vous dites que je le suis, mais à quoi bon puisque je n'entends pas moi-même de message tel que celui que vous avez reçu ? Merci. C'est un coup de clairon qui résonne du passé. Peut-être, dans un autre âge, vous ai-je enseigné la même chose et me la rendez-vous maintenant. Quand je vous disais dans ma lettre que durant le kali yuga, on pouvait faire plus qu'en aucun autre âge dans le même temps, j'exprimais tout ce que vous dites, mais je n'en avais pas la connaissance. Maintenant, votre claire lumière tombe sur ces faits et je les vois bien. Mais n'ayez aucune crainte. Vous m'êtes devenu si familier que je me suis permis parfois de vous révéler certaines choses que je sens de temps en temps. Mais je vous jure que je ne les laisse pas toujours surgir de la sorte devant moi. En vérité, vous avez prouvé que votre place est là « où la longue liste d'appel vous trouve présent » .

Ne commencez-vous pas à voir maintenant de plus en plus de choses ? Ne sentez-vous pas des choses que vous connaissez sans que personne ne vous en parle ?

Mon ami Urban (19) m'a montré une lettre de *** dans laquelle ce dernier se sentant sombre en conséquence de diverses causes n'aperçoit aucune lumière. Ce n'est là que le bourbier du découragement, lui ai-je dit. Nous savons que la lumière attend devant nous, et l'expérience des autres montre que l'heure la plus sombre vient juste avant l'aube. Je lui ai dit aussi que les âmes fortes sont ainsi inévitablement mises à l'épreuve parce qu'elles se précipitent en avant sur la route menant vers la lumière. Dans le poème épique finnois (le Kalevala) il est question de serpents hideux et de lances étincelantes gardant un certain endroit. Et il en est bien ainsi.

Mais, bien que ce soit vrai, je dois aussi lui dire qu'il devrait, autant que possible, essayer d'améliorer les circonstances. Je m'explique : comme vous le savez, ce correspondant habite en ce moment chez des personnes qui professent une foi opposée à la sienne ; elles sont entourées d'élémentaux qui voudraient, s'ils le pouvaient, implanter de la méfiance et des soupçons au sujet des êtres qu'il révère ; ou, s'ils échouent, qui essaieront de provoquer des maux physiques, ou d'aggraver ceux qui existent. Dans son cas, ils ont réussi en partie à jeter l'obscurité en lui [...] Quant à ***, bien qu'il ne se trouve pas exactement dans ce cas, lui aussi est entouré (alors qu'il manque de force) par des gens qui, intérieurement, déplorent ses croyances [...], aussi les élémentaux sont-ils là à se quereller avec ceux de ***, provoquant du découragement, diminuant ses forces, et ainsi de suite. J'ai dit à *** que cet état de choses devrait être amélioré, de temps à autre, car je sais qu'il irait mieux immédiatement s'il pouvait aller à un meilleur endroit. Aussi lui ai-je écrit de faire ce changement aussitôt qu'il le pourra.

Il est de la plus haute importance de ne pas répondre aux attaques. Amenez les gens à se dévouer au travail et à ignorer les attaques. Les forces opposées saisissent toutes les occasions pour irriter certains d'entre nous, ou nous tous, afin de nous amener à répondre avec irritation et provoquer davantage de folies. Attachez-vous uniquement à améliorer l'ancien travail, à en créer du nouveau et à infuser de l'énergie dans les activités. Autrement, les influences bienfaisantes destinées à tous les membres de la S.T. seront anéanties.

Réconfortez ***, et dites-lui, d'après vous, comment reconnaître la distinction entre l'intellect et le mental spirituel. Dites-lui comment découvrir sa volonté spirituelle et oublier un peu l'attitude mentale qu'il prend. Ne faites pas allusion à des exemples particuliers de ses échecs, mais donnez lui des détails sur votre propre expérience intérieure. Cela lui fera du bien.

En référence aux Upanishad (20) : « Subsister » signifie ici, non pas que le soi existe grâce à la nourriture mais qu'en tant que manifestation, comme cause permettant au corps d'être visible et actif, le soi subsiste en cet état par le moyen de la nourriture employée. La traduction est l'inverse de ce qu'elle devrait être ; il faudrait lire, je pense : « Le soi existe très proche du cœur et fait exister le corps grâce à la nourriture qu'il prend pour subsister. » Ainsi, il est continuellement fait allusion à la doctrine selon laquelle si le soi n'était pas là le corps n'existerait pas. Oui, cela signifie aussi que le soi tire des souffles vitaux de la nourriture que la vie une fait digérer. Car remarquez ce que vous savez déjà : si nous ne prenions pas de nourriture, l'élément matériel utilisé par la trinité mourrait et le soi serait trompé dans son attente : il devrait alors prendre un autre corps pour recommencer l'expérience. Car n'est-il pas permis à chacun de tâcher de créer dans cet élément matériel une habitude grâce à laquelle nous pouvons, en tant qu'êtres incarnés, arriver à connaître le soi ? Quand nous avons atteint ce résultat, nous ne vivons plus comme les autres hommes ; mais, de toute façon — et même alors — tant qu'il se manifeste, le soi doit subsister, pour ainsi dire, au moyen de la nourriture, même si celle-ci est d'une qualité différente, correspondant au nouvel état. Même les Dévas subsistent par la nourriture. Vous connaissez ceci : « Ils entrent dans la couleur, le son ou la saveur, au cours du sacrifice, ils s'élèvent dans cette couleur, etc... et par elle ils vivent ». Prenez garde aux mots, cher *** ; ce sont des pièges. Saisissez les idées, et je comprendrai par le contexte que vous ne vous limitez pas à l'interprétation ordinaire.

J'ai du travail par-dessus la tête, mais mon courage est intact et je ressens l'aide qui me vient de la bonne source. Allons de l'avant, d'un lieu à l'autre, d'année en année ; peu importe qui ou quoi nous réclame à l'extérieur, nous sommes chacun la propriété du soi.

Comme toujours et à l'avenir.

Notes

  • (19) Eusebio Urban est un des noms de plume utilisé par Judge dans le Path. (N.d.E.).
  • (20) [Allusion probable à la Mundaka Upanishad, II, 2, 7-8.].

Livre 2, Lettre 11, élémentaux, sons, couleurs (↑ sommaire)

Lettre à ***

II y a une phrase dans votre lettre que J. Niemand n'a pas expliquée et qui a pourtant besoin de l'être car, chez vous, elle est le prolongement d'une idée erronée. Vous dites « Puis-je aider par une instruction mentale ces élémentaux ignorants ? J'ai essayé mais sans succès. »

Dans tous les cas où une difficulté ou un désarroi mental est provoqué par les élémentaux, vous ne pouvez le faire. Les élémentaux ne sont pas ignorants. Ils savent tout autant et tout aussi peu que vous. La plupart du temps, ils savent plus que vous. Ne savez-vous pas qu'ils sont des réflecteurs ? Ils ne font que vous renvoyer l'image de votre propre mental, ou de la couche mentale particulière créée par l'époque, la race et la nation à laquelle vous pouvez appartenir. Leur action est invariablement automatique et inconsciente. Ils ne se soucient pas de ce que vous appelez une « instruction mentale » . Ils ne vous entendent pas.

Savez-vous comment ils entendent et quel langage ils comprennent ? Ce n'est pas le langage humain, ni la pensée humaine ordinaire, revêtue du langage mental. Tout cela est absolument lettre morte pour eux.

On ne peut communiquer avec eux que par des associations de couleurs et de sons. (21) Mais, tandis que vous vous adressez à eux, ces pensées tirent leur vie d'élémentaux qui affluent et s'attachent à elles.

N'essayez donc pas trop de leur parler, car si vous arriviez à vous faire connaître d'eux, ils pourraient vous demander une faveur ou un privilège, ou finir par s'attacher à vous, car, pour vous faire comprendre d'eux ils doivent vous connaître — et une plaque photographique n'oublie pas.

Ne les craignez pas, ni ne reculez d'horreur ou de dégoût. Le temps de l'épreuve doit être accompli. Job a dû attendre son temps jusqu'à ce que toutes ses afflictions et ses maux disparaissent. Avant ce temps, il n'a rien pu faire.

Mais nous n'avons pas à rester oisifs et à nous lamenter ; nous devons supporter ces épreuves, tout en attirant à nous de nouveaux et bons élémentaux, de manière à nous constituer, en langage occidental, un capital dans lequel nous puiserons quand le temps des épreuves sera complètement passé...

Niemand a bien expliqué tous les autres points. Lisez nos deux lettres conjointement.

Pour terminer, apprenez cette loi écrite sur les murs du temple de l'apprentissage :

« Après avoir reçu, donne libéralement ; une fois que tu as consacré en pensée ta vie au grand courant d'énergie dans lequel sont entraînés à la fois âmes et élémentaux — et qui provoque les battements de notre cœur — tu ne peux plus jamais la reprendre. Cherche donc cette dévotion mentale qui pousse à donner. Car, dans la Loi, il est écrit que nous devons tout donner sous peine de tout perdre ; de même que tu as besoin d'aide mentale, ainsi en est-il des autres qui errent dans les ténèbres en quête de la lumière. »

Note

(21) [Voir Secret Doctrine, l, 514 fn.]

Livre 2, Lettre 12, mort, libération (↑ sommaire)

J'ai reçu aujourd'hui votre télégramme. « *** est très bas ». C'est un coup pour moi. Je peux difficilement imaginer que ce soit vraiment la fin. Je ne peux y croire, tant il y a là de feu. Je vous ai télégraphié pour vous demander si je devais informer ***. Et aussi pour vous dire de lire le deuxième chapitre de la Bhagavad-Gîtâ. Ce texte, mon cher, résout tous ces problèmes pour moi, sans toutefois détruire la souffrance immédiate. De plus, c'est karma, juste et sage. Des défauts, il y en a en nous tous ; et si c'est le « départ », alors cela veut dire qu'une quantité de karma obstructif s'est ainsi en une fois et pour toujours épuisé, en laissant *** libre pour une tâche plus grande, en des lieux meilleurs. Je voudrais être là avec vous. Dites-lui combien je l'aime, et assurez-le que, dans cette ère de kali yuga, aucun être sincère comme lui ne reste longtemps éloigné du travail à accomplir. Les mots sont inutiles. J'ai envoyé des pensées et celles-ci sont utiles, que nous soyons dans le corps ou hors de celui-ci. Ces derniers temps, j'ai envoyé chaque soir toute l'aide que j'ai pu, et j'ai continué de même dans la journée ; pas seulement à *** mais aussi à vous. Elle vous est parvenue, je le sais, mais je ne peux vaincre le karma s'il est trop puissant.

Dites à *** qu'il ne doit avoir aucun regret au sujet du travail, même si le pire devait arriver. Ce qui a déjà été réalisé là-bas durera, entrera en effervescence et accomplira son œuvre durant plusieurs années encore. C'est pourquoi il n'y a rien à regretter dans ce sens. Je ne peux pas écrire directement à *** ; mais s'il est capable d'entendre ceci — ou peut-être lorsque ce mot arrivera — mettez un en-tête comme s'il était destiné à lui et non à vous.

Ainsi, cher ***, en présence de votre télégramme c'est tout ce que je peux écrire. Vous connaissez mes sentiments et je n'ai pas besoin d'en dire davantage.

Comme toujours.

Livre 2, Lettre 13, enfer, ciel (↑ sommaire)

Vous avez bien fait de m'adresser cette lettre. Bien sûr, je regrette de recevoir de telles nouvelles de vous mais suis heureux que vous ayez écrit. Laissez-moi vous dire quelque chose — me croirez-vous ? II s'en faut de beaucoup que vous soyez en aussi mauvais état que vous le pensez, et la lettre que vous m'envoyez sans détour le montre. Ne pouvez-vous pas, du simple point de vue de la sagesse humaine, voir les choses ainsi ? Car, votre lettre montre ceci : un mental et une nature inférieure pris dans un tourbillon, non dans le sens ordinaire du mot, mais, pour prendre une image, comme s'ils tournoyaient à l'intérieur d'un cercle étroit, morts en apparence, cependant maintenus en vie par leur propre mouvement. Et, par-dessus cela, une âme humaine, pas du tout pressée mais attendant que son heure sonne. Et je vous le dis : je sais qu'elle sonnera.

Si, pour ce qui est de votre conscience personnelle, vous avez perdu tout désir de progrès, de service, de vie intérieure, qu'est-ce que cela peut faire ? Ne pensez-vous pas que d'autres ont dû traverser les mêmes choses, et bien pire, jusqu'à éprouver une véritable aversion peut-être pour tout ce qui a trait à la Théosophie ? Ne savez-vous pas qu'il faut avoir une nature possédant une certaine force pour plonger très bas, et que le seul fait d'avoir ainsi le pouvoir d'aller très bas peut signifier que cette même personne pourra en son temps s'élever à une hauteur proportionnellement plus élevée ? Ce n'est pas là le sentier le plus haut à suivre, mais c'en est un que beaucoup doivent parcourir. Le plus élevé est celui qui se déroule sans beaucoup de variations, mais peu d'êtres sont assez forts pour maintenir la même tension incessante. Seuls le temps et de nombreux âges de service peuvent leur donner cette force. Mais, en attendant, il y a cet autre sentier à parcourir. Parcourez-le courageusement.

Vous avez attrapé la fièvre... Dans lequel des enfers pensez-vous être ? Tâchez de le découvrir, et considérez le ciel correspondant. Il est très proche. Je ne dis pas cela pour essayer de vous remonter le moral d'une façon artificielle, ce qui serait inutile et sans durée, même si j'arrivais à le faire. Je parle de faits, et je pense que quelque part dans votre nature vous savez pertinemment que c'est ce que je fais.

Maintenant, que faut-il faire ? [...] À mon avis, vous devriez délibérément vous accorder une année d'essai. Écrivez-moi à la fin de cette année (et, entre-temps, aussi souvent que vous en sentirez le désir, ce qui ne sera pas très fréquent), dites-moi alors comment vous vous sentez : si vous n'avez pas envie de continuer et de tenir le coup, je vous aiderai autant que je le pourrai. Mais vous devez vous-même faire l'effort, même si vous n'en éprouvez pas le désir. Vous le pouvez,

Réalisez bien que dans une certaine partie de vous-même, quelque part, il y a ce qui désire être utile au monde. Saisissez intellectuellement que ce monde ne va pas trop fort, et réclame probablement de l'aide. Reconnaissez mentalement que vous devriez essayer de travailler pour lui, tôt ou tard. Admettez qu'une autre partie de vous-même — et, si possible, reconnaissez qu'il s'agit de l'inférieure — ne se soucie nullement du monde, ni de son avenir, mais qu'un tel souci et un tel intérêt devraient être cultivés. Bien sûr, la culture de ces sentiments prendra du temps : toute culture en prend. Commencez graduellement. Répétez-vous constamment que vous avez l'intention de travailler et que vous le ferez. Maintenez cette attitude tout le temps. N'assignez aucune limite de temps à cette démarche, mais adoptez la position de vous trouver à l'ouvrage en vue de cette fin. Commencez, chaque jour, par faire dix minutes de travail, n'importe lequel : étude, adresses d'enveloppes, ou n'importe quoi, pourvu que vous le fassiez délibérément et dans ce but. S'il vient un jour où cette tâche vous paraît trop ingrate, laissez-la de côté pour ce jour-là. Accordez-vous trois ou quatre journées de repos, et faites-le délibérément. Puis reprenez vos dix minutes de travail. Au bout de six ou sept semaines, vous saurez ce qu'il faut ajouter à cette pratique ; mais allez doucement, ne faites rien en hâte ; ayez une démarche délibérée.

N'essayez pas d'avoir plus de sympathie envers telle ou telle personne, d'être plus activement amical devrais-je plutôt dire. De telles choses doivent naître d'elles-mêmes, et ne manqueront pas de le faire en temps voulu. Mais ne soyez pas surpris de sentir toute compassion disparaître en vous de certaines façons. Cela aussi est une vieille histoire. Et c'est sans importance parce que cela ne dure pas. Ne soyez pas trop pressé d'obtenir des résultats par la pratique que j'ai esquissée plus haut. N'en attendez aucun. Si vous accomplissez le tout comme un devoir, vous n'avez rien à voir avec les résultats. Et finalement, n'oubliez pas, mon cher, que les morts revivent et que la chose la plus froide du monde peut être rendue très chaude par une douce friction. Je vous souhaite donc bonne chance et voudrais pouvoir faire davantage pour vous. Mais je ferai ce que je pourrai.

Livre 2, Lettre 14, Fraternité des Nations et des Hommes (↑ sommaire)

[Cher Ernest,] (22)

[...] Comme je vous le disais, nous sommes dans une ère. Je l'ai appelée l'ère de l'Occultisme Occidental, mais vous pouvez lui donner tout autre nom qu'il vous plaira. Toutefois, c'est une ère occidentale. La République américaine bien intentionnée — dont Thomas Paine avait eu la prémonition comme représentant « une ère nouvelle dans les affaires du monde » — en est le symbole. Le but visé était qu'elle soit, d'aussi près que possible, une fraternité de nations, et c'est bien le sens général de sa Déclaration et de sa Constitution. Pour la S.T. le but visé est le même mais, depuis de longues années, elle est dans un état de friction : il faut maintenant, si possible, qu'elle en sorte. Elle ne peut être une fraternité à moins que tous ses membres (ou un certain nombre d'entre eux) ne deviennent frères dans toute l'acception du terme. Et Frères fut le noble nom donné aux Maîtres en 1875. C'est pourquoi vous et moi, et nous tous, devons œuvrer en ce sens. Nous devons pardonner à nos ennemis et à ceux qui nous attaquent, car c'est seulement ainsi que les frères aînés pourront aider avec efficacité, en travaillant par notre intermédiaire. Il semble qu'il y ait beaucoup de choses à pardonner, mais c'est tellement facile si nous songeons que d'ici cinquante ans nous aurons tous disparu et serons oubliés.

Coupez donc court à ces pensées au sujet de ces « enfants insensés » jusqu'à ce que d'harmonieuses vibrations se fassent ressentir quelque peu. Cette absurdité [...] ignorez-la [...]. Je me suis volontairement abstenu de sauter sur une si belle occasion. Ainsi donc, voyez-vous, pardonnez, pardonnez et, dans une grande mesure, oubliez. Également, allez de l'avant, et avec moi faites croître aussi vite que possible le sentiment de fraternité.

D'un autre côté, vous avez besoin de davantage de lumière, alors voici ce que vous devez faire. Vous allez devoir « renoncer » à quelque chose. Pour être précis : faites-vous réveiller une demi-heure plus tôt que d'habitude et consacrez ce temps avant le petit déjeuner à une méditation silencieuse sur des idées grandes et élevées. Une demi-heure ! Vous pouvez sûrement gagner cela sur votre temps. Et ne mangez pas avant. Si vous pouvez prendre une autre demi-heure avant d'aller vous coucher, et sans aucun préliminaire de déshabillage ou d'arrangement pour rendre les choses plus agréables, ou plus confortables, méditez à nouveau. Mais ne vous méprenez pas sur le sens de mes paroles. Cela fait beaucoup de choses à abandonner, mais faites-le, et n'oubliez pas que vous n'avez pas à vous livrer à tous ces préparatifs auxquels s'adonnent tant de gens [...]. « Le meilleur instructeur, et le plus important, est notre septième principe centré dans le sixième. Plus vous vous défaites du sens illusoire de l'isolement personnel, et plus vous êtes consacré au service d'autrui, plus mâyâ disparaît et plus vous approchez de la Divinité » (23) [...] Au revoir donc, et puissiez-vous trouver cette paix qui vient du Soi.

Notes

  • (22) [Extraits d'une lettre à E.T. Hargrove, datée de New York, 7 août 1894. Ce jeune théosophe anglais avait rejoint Judge en Amérique, au printemps de 1894. Il devait demeurer à ses côtés, jusqu'à la mort de son aîné, en 1896.]
  • (23) [Citation des paroles d'un Maître]

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