aller au contenu|aller au menu principal|politique d'accessibilité

  • style par défaut de la page
  • visualiser cette page en noir sur blanc
  • visualiser cette page en blanc sur noir
  • Livres, Articles
  • W.Q. Judge - Lettres
  • Judge, Yogi, Silence, Cœur

imprimer cette pageenvoyer le lien vers cette page

"Lettres qui m'ont aidé", Judge, Yogi, Silence, Cœur

Sommaire :

Livre 2, Lettre 4 (↑ sommaire)

À LA « THEOSOPHICAL PUBLICATION SOCIETY » (7)

C'est avec grand regret que j'apprends, par de récents avis de Londres, que, là-bas, les Directeurs de la Société estiment que la brochure Un Epitomé de Théosophie, publiée initialement dans la revue The Path (8) est « trop avancée pour être rééditée à présent, et que ce qu'il faudrait c'est une présentation graduée permettant de s'élever de la fiction à la philosophie ».

Permettez-moi de dire que je ne puis partager cette opinion, ni la politique qu'elle révèle. L'opinion est erronée et la politique est tout aussi faible qu'elle est en désaccord avec celle des Maîtres. Ces Maîtres ont approuvé le projet de la nouvelle Société et ils surveillent en ce moment le développement de sa ligne d'action.

Si j'avais rédigé cet Épitomé entièrement moi-même, je pourrais hésiter à parler de la sorte, mais ce n'est pas le cas. L'idée générale de cette série d'articles me fut donnée il y a environ deux ans et la brochure en question fut préparée par quelques étudiants qui savent ce dont le monde a besoin : elle est à la fois complète et fondamentale. Elle répond à la plupart des sujets et le lecteur sincère qui en saisira le sens aura pour sa réflexion une matière du genre requis.

Si, toutefois, nous devons procéder par une transition édulcorée de la folie (autrement dit : la fiction) à la philosophie, nous nous écartons immédiatement du sentier tracé pour nous par les Maîtres ; et pour cette affirmation je puis m'appuyer sur certaines de Leurs lettres que j'ai entre les mains. Qu'il me suffise d'attirer votre attention sur le fait que, lorsque ces Maîtres firent répandre Leurs enseignements en Inde par Leurs serviteurs, Ils ne débutèrent pas par de la fiction mais par des faits exacts, comme on en trouve dans les articles groupés sous le titre Fragments of Occult Truth (9) qui devinrent plus tard le Bouddhisme Ésotérique de M. Sinnett. Nous n'essayons pas de satisfaire les goûts d'une foule de lecteurs de fiction et d'amateurs de curiosité, mais les besoins pressants d'esprits sérieux. Les lecteurs de fiction n'ont jamais influencé les progrès d'une nation. Et, quant à eux, ces esprits sérieux n'ont aucun désir qu'on leur serve un médiocre brouet, et on ne devrait pas le faire, contrairement à ce que la phrase citée plus haut semblerait préconiser pour leur bien.

Qu'il me soit permis, de plus, de rappeler à mes frères anglais qui s'occupent de cette entreprise qu'ils ne doivent pas perdre de vue le fait suivant : il y a aux États-Unis plus de théosophes, et plus d'abonnés et de lecteurs potentiels que dans toute l'Europe ; ils n'ont pas besoin de fiction, ils n'ont pas besoin de délayage dans leur recherche de la Vérité. Ils sont parfaitement capables de saisir ce qui, selon vous, est « trop avancé » . II y a quelques années, le Maître a dit que les États-Unis avaient besoin de l'aide collective des théosophes anglais. Cette aide n'est pas venue et maintenant elle n'est plus si nécessaire ; mais, aux États-Unis, les idées et les besoins doivent être pris en considération par nous. Nous avons vingt et une Branches, contre les trois que vous avez en Grande-Bretagne, et ici presque chaque mois voit naître une nouvelle Branche. Plusieurs d'entre elles m'ont écrit qu'elles s'attendaient à ce que la T.P.S. leur fournisse de bonnes rééditions d'œuvres de qualité, et non de piètres ouvrages de fiction.

En conséquence, je me permets respectueusement d'insister auprès de vous pour que cette politique faible et erronée dont j'ai parlé ne soit pas suivie, mais qu'une ferme ligne d'action soit adoptée, en abandonnant la fiction aux auteurs qui en tirent profit, ou qui pensent que l'esprit des hommes peut, de cette façon, être dirigé vers la Vérité. Si une ligne contraire devait être adoptée, non seulement nous décevrions le Maître (si la chose était possible), mais nous serions coupables, dans une très grande mesure, d'avoir donné de fausses représentations des choses à un groupe croissant d'abonnés, ici comme ailleurs.

Fraternellement vôtre,

William Q. JUDGE

Notes

  • (7) [Lettre écrite en 1888. Sur la T.P.S., voir de H.P. Blavatsky : Cinq Messages aux Théosophes Américains (avril 1888).]
  • (8) [Publication faite en janvier 1888.]
  • (9) [Articles publiés dans la revue The Theosophist, d'octobre 1881 à juillet 1883.1

Livre 2, Lettre 5 (↑ sommaire)

C'est un soulagement de se détourner de ces perpétuelles chicanes légales (de mes affaires professionnelles) pour dire un mot ou deux sur des questions éternelles.

De temps en temps, on trouve dans le Path des phrases mises en relief dans le texte : il faudrait leur accorder une étude particulière. L'une d'elles, affirmant qu'un yogi ne fait rien à moins d'en percevoir l'incitation dans le mental d'un autre yogi, ouvrira un champ de réflexion.(10) Réticence ne signifie pas toujours ignorance : si, en creusant laborieusement, nous mettons au jour de la connaissance, nous faisons rouler en même temps des pierres et des débris de toute sorte, tandis que si un mineur nous met en main une pépite c'est tout ce qu'il nous vient à ce moment-là. Ainsi, une légère réticence a souvent pour résultat de nous amener à creuser nous-mêmes.

Dans le Path de septembre [1886] il y a une autre phrase de ce genre, suggérant que tout le processus consiste à retrouver la mémoire des vies passées (11) : si des personnes ne comprennent pas certaines choses, c'est ou bien parce qu'elles n'étaient pas encore parvenues jusqu'à ce point dans leurs autres existences, ou bien parce qu'aucune lueur de mémoire ne s'est encore manifestée en elles.

La communion des saints est une réalité, et il arrive souvent que ceux qui ont été élevés à la même école parlent le même langage : dans leur cas, bien qu'on ne puisse parler d'une telle communion, ils s'en approchent par plus d'un point, quelles que soient les conditions de temps ou de lieu. De plus, il y a des natures particulières en ce monde qui, tout en étant semblables à des miroirs (ou des éponges) qui réfléchissent (et absorbent) certaines informations d'autrui, conservent malgré tout une très forte individualité propre. C'est le cas de ce monsieur dont vous m'envoyez la lettre. Il n'y a guère de doute que, si ce qu'il raconte est vrai, il voit dans la lumière astrale. Sa référence à des choses qui « bougent comme des poissons dans la mer » est une description véridique de l'une des façons dont sont perçues beaucoup de ces formes élémentales. Aussi, comme supposé, il est permis de conclure qu'il voit dans la lumière astrale.

Il faudrait qu'il sache que cette lumière astrale existe partout, pénètre toute chose et ne se trouve pas seulement dans l'air libre. Il conviendrait de plus qu'il comprenne que voir comme il le fait dans cette lumière n'inclut pas toute la vision possible. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de sortes de visions de ce genre : par exemple, à un moment donné, il peut voir certaines formes aériennes alors que beaucoup d'autres peuvent lui échapper, bien qu'elles soient tout aussi réellement présentes que celles qu'il perçoit. Il semblerait donc qu'il y ait des « couches » , ou des différences d'états, dans la lumière astrale. Une autre façon d'exprimer les choses c'est de dire que les élémentaux sont constamment en mouvement dans la lumière astrale — autrement dit : partout. En quelque sorte, ils font apparaître des images à celui qui regarde, mais les images ainsi présentées dépendent en grande partie des pensées, des intentions et du développement du voyant. Ces différences sont très nombreuses. Il s'ensuit donc que, dans une telle étude, l'orgueil doit être éliminé. Quand l'orgueil a disparu de la vie ordinaire, cela ne veut pas dire qu'il ait fait autre chose que de se retirer un peu plus loin vers l'intérieur. Aussi doit-on veiller à ne pas s'enorgueillir, même intérieurement, d'être capable de voir de telles choses ; car on risque alors de prendre pour le tout le seul plan limité sur lequel on a la faculté de voir — et donc d'être dans l'égarement. Mais si on en reconnaît le caractère trompeur, parce que partiel, cette vision conservera un aspect de vérité — toute proportion gardée. Toutes les choses vraies doivent être totales, et toutes les totalités existent à la fois, chacune d'elles en toutes les autres, tandis que ces formes partielles n'existent que partiellement en celles qui sont totales. Il en résulte donc que seules celles qui sont totales révèlent la vérité complète et celles qui tiennent de la nature inférieure — ou qui sont partielles — n'expriment qu'un aspect limité de la vérité. Les élémentaux sont des formes partielles, tandis que l'âme individuelle de l'homme est totale, et c'est selon le pouvoir et la pureté de la forme qu'elle habite que cette âme « sert les Dieux ».

Mais nos corps, et tous les pouvoirs du « faux moi », jusqu'à l'âme individuelle, sont des « formes partielles », tout comme les centres d'énergie dans la lumière astrale. En conséquence, quel que soit le degré de mutuelle participation qui existe entre nous et ces centres, la vision de la Vérité unique qui en résulte est partielle dans sa nature, car les deux formes partielles, en se mélangeant, ne peuvent produire la totalité. Mais cette vision a un pouvoir d'intoxication. Et c'est là que gît le danger de l'enseignement de gens comme P.B. Randolph qui préconise une association avec ces êtres partiels au moyen d'excès sensuels recouverts d'une étiquette mirifique, avec la fausse dorure d'une prétention à un but élevé, c'est-à-dire : la connaissance. LA CONNAISSANCE DOIT ÊTRE OBTENUE EN Y APPORTANT TOUS SES SOINS, AVEC UN MOTIF PUR.

C'est ce motif qui constitue pour le monsieur dont vous parlez le point essentiel à étudier. Il dit qu'il « veut savoir » et qu'il « désire échapper aux limitations actuelles de cette personnalité, qui est toute solitude ».

S'il avançait davantage sur le sentier de la connaissance, il verrait que la solitude imaginaire dont il parle ressemble à une foule hurlante, à un régiment qui marche au pas cadencé, en comparaison avec la complète solitude de ce sentier.

Tandis qu'il livre seul son propre combat, qu'il note soigneusement le motif qui le pousse à accroître sa connaissance et à échapper à sa « solitude » actuelle. Ne doit-il pas être vrai qu'on ne peut échapper à la solitude en l'abhorrant, ni même en l'acceptant, mais bien en la reconnaissant pour ce qu'elle est réellement ? Que dire encore ? Eh bien ! ceci — mais c'est peut-être trop simple — : il devrait s'assurer que le motif qui le pousse à chercher à connaître, et à être, est de pouvoir aider toutes les créatures. Je ne dis pas que ce ne soit pas son motif actuel, mais j'y fais allusion de peur qu'il n'en soit pas ainsi. Car, étant donné qu'il semble au bord de la perception de formes et de sons effrayants, il est essentiel qu'il connaisse l'amulette magique qui, seule, pourra le protéger tant qu'il sera ignorant. C'est cette charité sans bornes de l'amour qui fit dire au Bouddha : « Que les péchés de cet âge sombre retombent sur moi afin que le monde puisse être sauvé » — et non pas un désir de fuite ou de connaissance. L'idée est exprimée dans la phrase : « LE PREMIER PAS DANS LA VÉRITABLE MAGIE CONSISTE À SE CONSACRER AUX INTÉRÊTS D'AUTRUI. » Krishna a dit, de même : « Proche du renoncement est le salut » (12) (ou l'état d'un jîvanmukta).

Mais il va demander naturellement s'il devrait cultiver ses pouvoirs. En vérité, il faudra bien qu'il le fasse à un moment ou à un autre. Cependant, il devrait commencer par sonder ses motifs et purifier sa pensée. Il peut, s'il le désire, abandonner les idées de cette charité large et généreuse et faire cependant de grands progrès dans les « pouvoirs » , mais alors, immanquablement, le résultat ne sera que ruine et mort. Cela ne me regarde pas (13).

[Dernièrement, un ami a raconté une étrange expérience, rapportée dans l'un des « Tea Table Talks ». II avait été élevé chez les Gallois et était fermement hostile aux croyances « surnaturelles » si courantes chez eux, jusqu'à ce que l'occultisme finisse par lui donner l'explication de tant d'événements et de visions étranges qu'il avait refusé d'admettre jusque-là. Depuis l'enfance, il avait été habitué à voir des choses étranges bougeant « comme des poissons dans la mer », à entendre des sons bizarres et à voir des lieux ou des objets éloignés, quoique son attitude résolue de négation, jointe au fait qu'il attribuait ces phénomènes à des déficiences optiques ou nerveuses, ait durant les dernières années quelque peu diminué leur nombre. Un jour, récemment, après une lecture concernant certaines expériences psychométriques, il se mit à penser à un lieu défini auquel il désirait se rendre. Fermant les yeux, il y pensa fortement, déterminé à voir, si possible, une personne qui devait y être. Brusquement, une luminosité indescriptible sembla pénétrer toute sa personne. Il pensa : « Je peux y aller ! » II se leva et, en un instant, il se trouva au milieu de la pièce, mais à ce moment, tournant la tête, il se vit assis sur la chaise qu'il venait de quitter. Du coup, une horreur sans nom s'empara de lui — une peur terrible. Il retourna précipitamment dans son corps — comment ? il n'en eut aucune idée — écrasé de terreur en conséquence de son acte involontaire.

La question de cette panique injustifiée et de sa cause possible provoqua une controverse parmi les familiers des « Tea Table Talks ». Finalement, il fut convenu d'écrire à un occultiste à ce sujet : sa réponse intéressera ceux qui étudient cette importante branche de l'occultisme.]

Pourquoi éprouva-t-il de l'horreur alors qu'il parvenait presque à s'éloigner de son corps, à s'en libérer momentanément ? C'est là une question importante. Sa solution peut être trouvée de plusieurs façons. J'en mentionnerai une. Si l'endroit, ou l'être, qu'il désirait atteindre était de ceux qu'il n'aurait pas dû chercher à approcher, ou si son motif en désirant le faire n'était pas pur, alors un sentiment d'horreur a pu se produire en conséquence, avec pour effet de le repousser. Le motif est de la plus haute importance et doit être examiné et éprouvé d'innombrables fois. La signification du mot « motif » ne doit pas être limitée ici à ce qu'on appelle un motif mauvais, ou contraire à la bonne règle. Je m'applique toujours à analyser avec autant de soin les bons comme les mauvais motifs et, même si la lumière jetée sur eux apparaît sinistre, je n'en continue pas moins à les scruter impartialement. Si quelqu'un a un mauvais motif, les résultats seront son propre karma et non celui d'autres personnes, sauf si elles s'en chargent volontairement.

Dans le cas qui nous intéresse, il faut tout autant se garder d'un motif indifférent que de toute autre intention quelconque. Si nous quittons notre corps sans motif, nous le laissons sous les impressions de Tamoguna (la qualité de ténèbres) et, au moment où nous nous libérons, nous avons bien des chances d'être pris dans un tourbillon qui est loin d'être agréable. L'horreur peut alors en résulter. Je ne dis pas que ce soit toujours le cas. Mais de grandes forces ne sauraient être mises en action impunément.

Il faut alors que nous soyons capables de tenir en respect et de maîtriser une opposition égale et c'est seulement le bon motif qui peut nous assurer le surcroît de pouvoir nécessaire, en mettant la Loi de notre côté. Le motif le plus élevé possible doit être mis à la base de nos actions, sinon nous allons au devant de difficultés que seule une mise en œuvre de pouvoir permet de surmonter. Il convient de plus de préciser que, même animé d'un mauvais motif, si notre homme avait tenté d'atteindre un endroit où existait un motif semblable, il n'y aurait pas eu cette manifestation d'horreur. S'il veut bien se formuler à lui même, ou me faire savoir, où, en définitive, il désirait aller, je pourrais peut-être lui dire pourquoi il éprouva ce sentiment. Mais je ne désire pas le savoir.

Quitter son corps n'est pas forcément une chose qui provoque de l'horreur. J'ai un ami qui, il n'y a pas si longtemps, est sorti de son corps physique, à une distance de 10 000 milles, sans en ressentir la moindre horreur. Dans son cas, c'était le désir de rencontrer un ami, en vue d'un projet commun qui visait l'amélioration de cet âge sombre ; une autre fois, il quitta son corps et vit le paysage environnant de forêts et de vallées : il n'en éprouva aucune horreur, ni dans ce cas ni dans l'autre. La similitude de motif crée un courant magnétique ou électrique qui peut servir de support pour une démarche possible à l'abri de tout danger, à condition toutefois qu'il n'y ait pas d'interférences produites par un courant plus fort. Si l'on est sûr de son motif, et si celui-ci est pur, le fait de sortir de son corps ne peut être préjudiciable.

La personne qui nous interroge attache beaucoup d'importance au fait qu'elle revint dans son corps « précipitamment », de son propre mouvement. Cela ne prouve pas qu'elle n'y ait pas été poussée. Quand, par un choc, on perturbe l'équilibre d'une solution saturée contenue dans un verre, elle se met d'elle-même à cristalliser, de son propre mouvement, mais il a bien fallu qu'il y ait une cause qui l'y prédispose, sous la forme du coup frappé sur le verre. Ainsi donc, si notre homme est revenu « précipitamment » dans son corps, ce fut parce qu'il reçut une poussée de quelque chose qu'il est incapable de décrire, ni de comprendre.

Un exemple illustrera les dangers de l'expérience. Prenez le cas d'un être qui décide de quitter son corps simplement pour aller vers quelqu'un qu'il admire, ou qu'il désire voir. Supposons maintenant que cette dernière personne soit protégée par de nobles motifs et par une grande pureté, alors que la première a des motifs mitigés à l'état de veille ; dès qu'elle se dégage de son corps, ses intentions peuvent se transformer en une simple volonté ou curiosité de voir la seconde, à quoi peut venir se mêler plus ou moins de sensualité, par exemple un désir de voir une femme très admirée, et de déverser dans son oreille peu encline à les écouter des mots d'amour humain, feint ou réel. Les élémentaux et autres gardiens de la seconde personne interviennent alors pour protéger cette âme et déchaîner contre l'autre des influences qu'il éprouve comme une horreur sans objet défini : à ce moment, à moins d'être un magicien noir confirmé, l'individu peut, de deux choses l'une, ou bien être simplement refoulé dans son corps physique, ou bien se trouver assailli de frayeurs qui l'empêchent de retrouver ce corps, ou de le réintégrer, celui-ci pouvant être occupé par un élémentaire bon, mauvais ou indifférent ; c'est alors que ses amis diront qu'il s'est réveillé tout à coup privé de raison.

Ainsi donc, c'est bien le motif qui est le point essentiel à étudier, pour ce monsieur, ou tout autre chercheur. S'il est certain de ses motifs et peut affirmer qu'ils ne sont ni indifférents, ni égoïstes, ni imprudents, ni dus à la curiosité, et s'il a confiance dans l'Unité de l'Âme Suprême, il ne peut courir un grand danger.

Mais en voilà assez !

Notes

  • (10) [Cf. Le Journal d'un chéla hindou, Cahier Théosophique n° 107. On trouve p. 9 la phrase suivante, évoquée ici par Judge : « Aucun yogi ne fera une chose à moins d'en voir le désir dans le mental d'un autre yogi. »]
  • (11) [Ibid, p. 18.]
  • (12) [Bhagavad-Gîtâ, XII, 12.]
  • (13) L'essentiel de la lettre à laquelle répond Judge se trouve dans la rubrique « Tea Table Talk » publiée dans le Path de juin 1887, avec une partie de sa réponse. Cette dernière, moins condensée que celle qui a paru dans les LETTRES originales, figure ici à sa place. (N.d.E.)

Livre 2, Lettre 6 (↑ sommaire)

Les lettres proposées par votre ami sont, comme vous avez pu le supposer, une machination de l'ennemi : ainsi que vous en aviez été averti, il fallait vous attendre à ce qu'il se manifeste par des voies et des moyens inattendus. Par conséquent, ces lettres ne devraient pas êtres écrites. C'est la petite fêlure dans le luth qui cause sa destruction ; dans l'histoire humaine, de petits événements inattendus changent la destinée des nations.

Sur ce plan, les pouvoirs des ténèbres comptent sur leur capacité de créer une mâyâ. Ils ont vu qu'on ne pourrait vous prendre au piège dans ce qui constitue les grandes lignes du travail, et c'est pourquoi ils tentent leur chance là où votre courant d'influence existe dans un milieu important, en choisissant le biais d'une question très mineure. Permettez-moi de m'expliquer.

Si vous publiiez ces lettres, elles passeraient pour un aval donné à tout ce que votre ami pourrait envisager de faire ; or, ni vous ni X. n'êtes encore à l'abri des erreurs. Cela équivaudrait, aux yeux de tout le monde, à déclarer que vous avez guidé X. en toute chose, et que vous en avez été conscient à tout moment. Savez-vous, et X. sait-il, où cela vous mènerait ? Vous rendez-vous compte de ce qui arriverait si les autres acceptaient ces lettres intégralement ? Et quelle serait leur action ? Sont-ils à l'abri du fléau de la superstition ? Perçoivent-ils clairement la coordination entre pensée psychique et pensée cérébrale ? Non. Le résultat serait non seulement différent de ce que vous et X. croyez, mais il serait pire. Continuons donc.

Il est vrai — et bien humain — que les autres (tout comme vous-même et vos amis) se sont permis quelques légères critiques au sujet de votre ami, mais elles étaient de peu d'importance et s'accompagnaient de pensées sincères et bien intentionnées (dans l'esprit des gens), même si tout cela, par l'effet de mâyâ, a pu finir par prendre une apparence acerbe et démesurée. Les pouvoirs des ténèbres se saisirent de ces critiques, les grossirent, les revêtirent d'habits travestis, se composèrent l'apparence de ceux qui les avaient formulées, et animèrent les pensées par des élémentaux, dans le seul but d'amener votre ami à imaginer que tout cela venait des autres. Eh bien ! si cela était vrai, ces autres (pauvres faibles mortels) ne seraient que des démons. Mais est-ce bien le cas ? Non, certes. Les pouvoirs sombres ont visé ici à irriter votre ami et vous-même, de manière à ouvrir une brèche à jamais irréparable par l'effet de cette irritation. Dans l'état de grande faiblesse de X., la tâche leur fut facile, et ils espéraient vous aveugler par la distance créée entre vous.

Dites à votre ami de se rappeler ce qui a été dit depuis longtemps, à savoir que le Maître s'occuperait des résultats. Ce n'est pas à vous de vous en occuper, ni de précipiter, ni de forcer les choses. Prenez garde. Si X. veut bien admettre que les autres ne nourrissent pas à son égard de pensées sévères ni critiques, mais tout mettre sur le compte des pouvoirs des ténèbres, les résultats seront pris en charge par le Maître. En tant que chélas et étudiants, prenez soin de faire le silence sur votre vie psychique intérieure, plutôt que de l'étaler au grand jour, car, en en parlant, la marche convenable de votre progrès se trouve entravée. Le silence doit régner au ciel pendant un certain temps, sinon les forces des ténèbres se réjouissent d'obtenir si aisément de bonnes images, faciles à modeler à leur gré, pour vous troubler. Et elles vont recommencer leur tentative, de la même façon ou d'une autre. En étant aimable et bon avec les autres, détaché, strictement attentif à votre devoir, et en vous retirant de temps à autre dans le centre de paix, créez de bons courants et tenez à distance tous les mauvais. Rappelez-vous que c'est par les petites choses que le travail s'accomplit, car elles passent inaperçues alors que les plus grandes attirent le regard et l'attention de tous.

Quand je pense à vous, c'est toujours comme au brave soldat, fait non de boue et de choses sans consistance mais de longues pièces d'acier et de grandes bandes de diamant, avec de longs éclairs de lumière, sans rien de blessant, et un grand, fort ressort tendu dans tout cet être. Voilà ce que vous êtes. Et vos yeux rient de temps à autre, même si vous avez une souffrance dans la tête. A l'intérieur, tout va bien, comme vous le savez parfaitement, n'est-ce pas ? Ainsi donc, si vous êtes ce soldat, cela veut dire qu'il se redressera dès que le corps aura eu le temps de se remettre un peu. Le corps est comme le coeur, il lui faut du temps pour s'adapter à quelque nouvelle condition. Mais vous y arriverez. Un mental et un cœur fermes restent immobiles et tranquilles jusqu'à ce que le flot boueux devienne limpide. Maintenant, dormez, vous dis-je ; je vous commande de dormir. J'ai essayé de vous aider à dormir, et je désire que vous dormiez, car le sommeil vous fera du bien, plus que n'importe quoi. J'espère vous voir tout lâcher quand * * * viendra, pour dormir pendant quelque temps — et assez loin du tumulte pour être tranquille. C'est le sommeil que réclame votre nature fatiguée, dans son aspect extérieur, car le sommeil remet en ordre l'écheveau des fils enchevêtrés de la vie et nous rend la jeunesse. Vous avez été si longtemps éveillé que le pouvoir d'équilibre entre la vie et le corps est perturbé : il faut lui donner une occasion de se rétablir. C'est là un fait. On peut être agité et bouleversé et alors, Prâna est trop fort ; c'est pourquoi les petits enfants dorment beaucoup. Pour une fois, soyez un enfant.

Eh bien, me voici près de chez moi, ou plutôt, du domicile familial, car des pèlerins comme vous et moi n'ont pas de maison attitrée et n'en ont pas besoin : pour eux, avoir un chez soi est une préoccupation trop ennuyeuse et terre à terre. Et peut-être le petit frère est-il sage et bien portant ? Assurément, il sera toujours présent, comme il l'a toujours été, dans ces petites chansons murmurées et ces historiettes qu'on se raconte dans l'ombre ; il est aussi le guerrier solitaire qu'on voit sur la plaine où se déploie l'infanterie stupide, et il chevauche une monture dont le sang est électricité. Au revoi (14). Dites à *** que je puis tenir seul : c'est le meilleur moyen de tenir ; seul, je l'ai toujours été et le serai encore. Laissez les vagues et l'écume continuer leur mouvement de va-et-vient ; le vieux fleuve, et le lit du fleuve, ne bougent pas pour tout ce qui se trouve à la surface. N'est-ce pas vrai ? Eh bien ! maintenant, au revoir et bonne chance ; puissent les dévas vous aider, ainsi que karma. Mes amitiés à tous, comme de coutume.

Vôtre, comme toujours et à jamais. [The Path, août 1887, p. 157]

Note

(14) [En français dans le texte.]

Livre 2, Lettre 7 (↑ sommaire)

J'ai été vraiment heureux de recevoir votre lettre, mais triste d'apprendre vos difficultés. Il se trouve, d'une façon assez étrange, qu'un ennui identique au sujet d'un ami très cher me préoccupe en ce moment au plus haut point, et j'aimerais vous demander la faveur de m'indiquer quelle sorte d'asile est celui dont vous parlez. Le seul qui soit accessible ici est une vraie prison où les hommes sont inactifs et où, je pense, l'atmosphère ne peut être autrement que déprimante. Croyez-vous qu'à l'asile dont vous me parlez, un homme à l'esprit actif, qui souhaite simplement se débarrasser de son affliction actuelle, aurait la possibilité d'y avoir une occupation ?

Je regrette vraiment que vous ayez à me dire de telles choses mais je les garderai confidentielles ; et je vous remercie, ainsi que * * *, de votre nouvelle invitation.

Il vaut mieux ne pas sonder certains mystères de la vie, mais il est certain qu'une confiance absolue dans l'Esprit intérieur, ainsi que dans la loi qui fait que la main qui nous frappe soit en fait notre propre main, allège la pression de certains événements qui semblent des mystères. Je trouve la plus grande consolation dans ces réflexions, et ainsi je vois que chaque moment m'appartient et que, lorsqu'il est écoulé, il appartient au passé et s'est fondu dans la somme totale de mon être ; c'est pourquoi je dois m'efforcer d'Être. Je puis de la sorte espérer devenir un jour le possesseur conscient de la totalité de l'Être. Je ne cherche donc pas le mystère. Le grand combat doit consister à ouvrir mon soi extérieur, de telle façon que mon être supérieur puisse rayonner à travers lui, car je sais que dans mon cœur le Dieu réside, avec patience, et que ses purs rayons sont simplement voilés à ma vue par les nombreuses préoccupations personnelles et illusions que je nourris extérieurement. Les choses étant ainsi, il m'appartient simplement de considérer la Société et son travail (d'après ce que je comprends) comme le meilleur champ d'action s'offrant à mes efforts en vue d'aider les autres. Mais alors, en ce qui me concerne, ses méthodes seront uniquement celles que je mettrai en œuvre et, pour cette raison, je ne saurais y introduire les méthodes d'aucune autre personne.

Croyez-moi sincèrement vôtre.

haut de page

© 2009 - 2018 theosophie.fr - mentions légales - webmaster - Valid XHTML 1.0 Strict Valid CSS