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"Lettres qui m'ont aidé", Karma, Ornières, Occultisme

Sommaire :

Livre 2, Lettre 1 (↑ sommaire)

Chers Frères et chères Sœurs,

Je ne pense pas que vous trouverez déplacé que je m'impose encore à vous. Je suis si loin, et si chers me sont les lieux où vécut ma vieille amie et instructrice (1) — celle qui me montra le chemin qui doit nous conduire, si on le suit, à la lumière, à la paix et au pouvoir de la vérité — que j'ai bien envie de parler avec ceux de mes compagnons de travail qui vivent en ce moment, là où elle a œuvré et où son âme puissante a quitté le corps qu'elle a utilisé à notre bénéfice. Voilà sans doute une raison suffisante.

Si vous vous rapportez à la lettre du Maître, publiée dans Le Monde Occulte (2) où il déclare que les Maîtres sont des philanthropes et n'ont que cela en vue, il est clair que, si un membre de la S.T., fùt-il le plus ancien, n'a cessé d'être égoïste et a manqué de philanthropie, il ne s'est jamais imposé à l'attention des Maîtres et n'a rien fait, en réalité, dans le sens du développement de l'âme qui est la sienne, ni rien pour la race des hommes. Ce n'est pas le fait d'appartenir à la S.T., ou à tout autre organisme mystique, qui nous rapproche des Maîtres, mais précisément un tel travail philanthropique, animé d'un pur motif.

J'ajouterai ceci : je sais, et le dis franchement (car, étant si proches les uns des autres, nous devrions parler franchement), que certains d'entre nous, peut-être nous tous, nous sommes mis à attendre, chercher, souhaiter et espérer quelque chose — mais quoi donc, en fait ? Voici quelques exemples : pour l'un, il s'agit à toute force d'aller vers les Maîtres, sans même savoir s'il est à propos de le faire ; un autre désire connaître ce qu'est cette vague aspiration qu'il ressent en lui-même ; un autre encore se dit : « Si seulement les sens internes étaient développés ! », en espérant que le Maître y pourvoira — et ainsi de suite. Tout cela, cependant, se trouve exprimé dans ce que le Maître lui-même a écrit : « Vous cherchez à être informés sur ce que nous sommes et sur nos méthodes de travail et, dans ce but, vous poursuivez vos recherches en suivant la voie de l'occultisme. » Accordons ce point : il est juste pour nous de chercher la voie, d'essayer, et de nourrir le désir d'arriver jusqu'à Eux — car, autrement, à aucune époque, nous n'atteindrons le point où se trouvent de tels Êtres. Mais, en tant que sages penseurs, nous devrions agir et penser sagement. Je connais beaucoup d'entre vous, et ce que je vous dis devrait aider certains, comme cela m'aide aussi.

Vous êtes tous sur la route qui conduit aux Maîtres, mais, tels que nous sommes maintenant, avec nos corps faibles et malades par hérédité, nous ne pourrions pas vivre une heure avec les Maîtres, même si nous pouvions d'un seul coup franchir l'espace qui nous sépare d'Eux. Certains, également, sont envahis de doute et d'obscurité — surtout d'un doute en ce qui les concerne. Il ne faudrait pas donner refuge à une telle influence car c'est un piège de l'homme inférieur qui essaie de vous retenir parmi les médiocres de la race. Dès que vous vous êtes élevés au-dessus de ce niveau de la race humaine, l'ennemi de l'homme frappe et s'efforce en toute occasion d'amonceler des nuages de doute et de désespoir. Sachez bien que vous tous — chacun d'entre vous, jusqu'au plus obscur — qui travaillez avec constance, vous vous acheminez avec une égale constance vers un changement, puis vers un autre, et encore un autre — ces changements étant autant de pas vers le Maître. Ne permettez pas au découragement d'entrer en vous. Il faut du temps pour toute croissance, tout changement et tout développement. Laissez le temps accomplir son œuvre parfaite et ne l'arrêtez pas.

Comment pourrait-on l'arrêter ? Combien d'entre vous ont songé à cela, je ne sais, mais voilà bien un fait. Au fur et à mesure qu'un étudiant sincère travaille, ses efforts l'amènent à se rapprocher chaque jour d'une étape, et s'il s'agit bien d'un progrès, il est certain qu'il se produit une sorte de silence, ou d'isolement, qui s'étend dans toute la forêt de son caractère. À ce moment, l'individu peut tout arrêter, en permettant au désespoir de le gagner, pour des raisons et prétextes divers : en faisant cela, il peut se rejeter lui-même au point où il a commencé. Ce n'est pas une loi arbitraire, mais celle de la Nature. C'est une loi du mental ; et les ennemis de l'homme en profitent pour amener la perte du disciple imprudent. Je ne laisserai jamais la moindre peur, ou l'ombre du désespoir, approcher de moi : si je ne distinguais plus la route, ni le but, à cause du brouillard, je m'assiérais simplement et j'attendrais ; je ne permettrais pas au brouillard de me faire croire qu'il n'y a pas de route devant moi, et que je ne pourrais jamais le traverser. Les brumes épaisses doivent tôt ou tard se lever.

Quelle est donc finalement la panacée — le talisman royal ? C'est le DEVOIR, l'Altruisme. Le devoir que l'on suit avec persévérance est le yoga le plus haut, et vaut mieux que les mantrams, les postures ou toute autre chose. Si vous ne pouvez rien faire d'autre que votre devoir, il vous mènera au but. Et, mes chers amis, je puis le jurer : les Maîtres nous observent tous et, sans erreur possible, quand nous atteignons le point voulu et le méritons réellement, Ils se manifestent à nous. À tout moment, je le sais, Ils nous viennent en aide et tentent de nous assister, dans la mesure où nous voulons bien Les laisser faire.

Assurément, les Maîtres sont soucieux (pour employer un terme de notre langage) de voir le plus grand nombre possible d'êtres humains atteindre l'état de pouvoir et d'amour auquel Ils sont arrivés. Comment, alors, supposer qu'Ils ne donneraient pas Leur aide ? Puisqu'Ils sont Âtman et, en cela, la loi de karma elle-même, Ils sont présents en toutes choses de la vie et dans chaque phase des fluctuations de nos jours et de nos années. Si vous voulez bien stimuler votre foi, en gardant en vue cette perspective, vous vous rendrez bien plus ouverts à Leur aide que vous ne pourrez vous en rendre compte.

Je vous envoie mon affection et mon espérance, ainsi que mes meilleures pensées, afin que vous puissiez tous trouver la grande lumière qui luit autour de vous chaque jour. Elle est là.

Votre frère,

William Q. JUDGE

Notes

  • (1) [H.P.B.]
  • (2) [Éd. française, pp. 94-95 ; 116-119 ; 136-138.]

Livre 2, Lettre 2 (↑ sommaire)

Une fois encore, en l'absence d'Annie [Besant] qui est si loin, je vous adresse un mot de fraternelles salutations. Je vous demanderai d'en lire chaque partie d'une façon impersonnelle, car je n'ai eu aucune arrière-pensée, ni aucune intention cachée en l'écrivant ; je n'ai pas non plus reçu de lettres ou de nouvelles de quiconque qui auraient pu me pousser à écrire. Nous sommes si éloignés les uns des autres qu'il est bon, de temps à autre, d'envoyer de tels messages d'amitié et de les recevoir dans l'esprit même de leur expéditeur. Il n'est pas possible de communiquer avec un autre foyer communautaire que le vôtre, puisqu'il n'en existe pas d'autre dans la Société : votre cas est unique — votre foyer est le seul qui soit. Nous n'avons rien de semblable ici, puisque pratiquement tous les membres habitent en des lieux différents, notre centre n'étant qu'un centre de travail.

Bien des fois, l'expérience des foyers coopératifs de type communautaire a été tentée et a échoué. L'une d'elles a été lancée aux États-Unis, et est restée célèbre. On l'a connue sous le nom de « Brook Farm » (3), mais contrairement à vous, elle n'avait pas de but élevé ni de profonde philosophie à sa base : c'est pour cette raison que les conflits personnels, qui se développent partout où l'intimité est étroite, causèrent son éclatement. Que cela vous serve d'avertissement, en vous permettant de vous tenir sur vos gardes et de prévenir le mal. Votre communauté peut varier en nombre et en personnes, mais jamais elle ne pourra éclater si le but reste élevé et si le jugement que chacun a de lui-même est toujours strict — en évitant toute attitude de suffisance et de critique d'autrui. Ce n'est pas que je vous en accuse, mais je signale simplement un danger qui est commun à tout le genre humain et duquel, à aucun moment, le théosophe n'est à l'abri. En fait, il est en danger dans votre centre, vu que des forces puissantes tournent autour de lui. C'est pourquoi tous doivent sans cesse demeurer attentifs, car l'élément personnel est tel qu'il a constamment tendance à nous tromper, du fait qu'il se dissimule derrière différents murs et se revêt des fautes, réelles ou imaginaires, des autres.

Votre centre étant le seul de cette importance, jusqu'à présent, il est utile que vous réfléchissiez sur la meilleure façon dont vous puissiez tous agir pour le rendre vraiment international. Chacun — et chacune — a le droit d'avoir sa « marotte » particulière, bien sûr, mais nul ne devrait se croire autorisé à mal juger une autre personne, sous prétexte qu'elle n'a pas le même genre de « marotte » que lui. L'un mange de la viande, un autre n'en mange pas. Ni l'un ni l'autre n'est absolument dans le vrai, car le royaume des cieux ne vient pas de la viande, ni de son absence. Un autre fume, un autre encore s'en abstient ; aucun des deux n'est absolument dans le vrai ni dans le faux, puisque fumer peut être bon pour l'un et mauvais pour l'autre ; l'homme vraiment cosmopolite laisse à chacun la liberté d'agir comme il l'entend dans ces questions. Essentielles sont seulement les choses pour lesquelles le véritable Occultisme et la Théosophie exigent que l'on soit d'accord, tandis que des questions d'ordre transitoire, telles que la nourriture et autres habitudes journalières, ne sont pas essentielles. C'est une erreur aussi de trop faire étalage de son mode particulier de vie ou d'action. Dans un tel cas, tout le monde est excédé, et rien d'efficace ou de durable n'en résulte, en dehors d'une impression de maniaquerie.

Dans un centre comme le vôtre, où tant de natures de toutes sortes sont rassemblées, il y a une opportunité unique d'enrichissement et de bénéfice pour tous, dans la possibilité d'auto-discipline qui est offerte. Ici, la friction entre personnalités est inévitable et, si chacun apprend le grand principe de l'échange généreux, et ne s'occupe pas des fautes des autres mais de celles qu'il découvre en lui-même par l'effet de cette friction, de grands progrès peuvent être réalisés. Les Maîtres ont dit que le grand pas à franchir consiste à apprendre à se dégager de l'ornière où chacun se trouve, de façon innée et par l'effet de l'éducation, et à combler les anciens sillons. Cette injonction a été mal interprétée par certains qui l'ont appliquée aux seules habitudes extérieures de la vie, en oubliant que son application réelle concerne les ornières mentales, et aussi astrales. Chaque mental a son ornière, et n'accepte pas volontiers d'emprunter l'ornière naturelle d'un autre mental. De là proviennent de fréquentes frictions et querelles. Illustrons ceci par l'exemple de la roue à boudin de la locomotive roulant sur une voie. Elle ne peut pas quitter sa voie, ni en emprunter une plus large ou plus étroite : elle est limitée à un seul écartement possible. Supposons qu'on enlève le rebord de la roue, et qu'on élargisse sa surface de roulement, elle pourra s'adapter à n'importe quelle voie possible. La nature humaine en général est semblable à la locomotive ; elle est bridée et ne roule que sur une voie d'une certaine largeur, mais l'occultiste, ou l'aspirant occultiste, devrait éliminer cette limitation et donner à la roue une surface si large qu'elle puisse s'accommoder au mental et à la nature de chacun. Ainsi, même en une seule vie, nous pourrions tirer le bénéfice de plusieurs, car l'existence des autres hommes se déroule près de nous, sans que nous la remarquions ou en tirions profit, parce que notre roue est trop large et bridée, ou trop étroite et tout autant bridée.

Assurément, cette situation n'est pas facile à changer, mais il n'existe pas, dans le monde entier, de meilleure opportunité que celle qui vous est offerte à chaque instant d'opérer ce changement. J'aimerais bien avoir une telle occasion que karma m'a refusée et je mesure la perte que je subis chaque jour en ne pouvant en profiter, ni ici ni ailleurs. Vous avez cette chance, et à partir de là devraient, tôt ou tard, essaimer par toute la terre des hommes et des femmes larges d'idées, libres et forts pour le travail d'aide au monde. Si je vous rappelle tout ceci, ce n'est pas dans un esprit de critique mais parce qu'une telle opportunité me fait défaut et que, disposant d'un certain recul, il m'est possible d'avoir une vue plus claire de la question et de ce qui est à votre portée, pour votre propre bénéfice et pour celui de tous les autres.

Il est naturel que l'on se demande : « Qu'attendre de l'avenir et quelle idée se faire de l'objectif précis de notre entreprise — s'il y en a un ? » On peut répondre à cette question de diverses façons.

Il y a d'abord, pour chacun de nous, le travail que nous faisons en nous-mêmes et sur nous-mêmes. De tels efforts ont pour but de s'éclairer soi-même pour le bien des autres. Si l'on poursuit dans ce sens d'une façon égoïste, il arrive bien quelque lumière mais pas assez pour accomplir tout l'ouvrage. Nous devons nous surveiller afin de faire de chacun de nous un centre duquel, à notre mesure, puissent se répandre les potentialités bénéfiques qui, de l'adepte, jaillissent en courants larges et abondants. Ainsi, pour chacun, le futur découlera de chaque moment présent. Selon l'usage que nous faisons du moment, nous changeons le niveau qui sera atteint dans l'avenir vers le haut ou vers le bas, pour le bien ou le mal ; l'avenir n'étant qu'un mot pour désigner le présent qui n'est pas encore arrivé, nous devons veiller au présent plus qu'à toute autre chose. Si le présent est plein de doute et d'hésitation, ainsi sera le futur ; s'il est plein de confiance, de calme, d'espoir, de courage et d'intelligence, ainsi également sera l'avenir.

Quant à la portée plus large de l'œuvre entreprise, c'est une question d'efforts unis de tout l'ensemble des unités. Elle englobe la race entière et, comme nous ne pouvons échapper à la destinée de la race, nous devons rejeter le doute et persister dans le travail. La race, dans son ensemble, se trouve dans une période de transition et beaucoup de ses unités sont retenues en arrière par la condition propre à l'ensemble. Nous trouvons le sentier difficile parce que, appartenant à la race, les tendances générales de celle-ci nous affectent très fortement. Et ce n'est pas en un instant que nous pouvons nous en affranchir. Inutile de nous en lamenter : c'est aussi égoïste, puisque nous-mêmes avons contribué, dans un passé éloigné, à faire que le présent soit ce qu'il est. Le seul moyen de changer cette situation est d'agir actuellement de telle sorte que chacun devienne un centre bienfaisant, une force qui contribue à favoriser la « droiture » , et qui soit guidée par la sagesse. En raison de la grande puissance des mauvaises qualités collectives, chacun de nous a un combat plus grand à livrer dès qu'il s'efforce d'élever sa nature intérieure au-delà du niveau de la grande masse du monde. Aussi, avant de tenter cette transformation forcée, devrions-nous accumuler, sur le plan inférieur, tout le mérite possible par des actions accomplies avec désintéressement, par de bienveillantes pensées et par le détachement de notre mental des illusoires séductions du monde. Cela ne nous rejettera pas du monde mais nous libérera de la grande force que Boehme appelle la « Turba » , en désignant par ce mot l'immense pouvoir de la base inconsciente et matérielle de notre nature. Cette base matérielle étant dépourvue d'âme a davantage d'inclination sur ce plan pour les choses inférieures de la vie que pour les supérieures.

Par conséquent, tant que nous n'avons pas maîtrisé cette force dans une certaine mesure, il est inutile de souhaiter, comme tant d'entre nous le font, voir les Maîtres et être avec Eux. Ils ne sauraient nous aider à moins que nous ne remplissions la condition voulue — et un simple désir n'y suffit pas. La nouvelle condition requiert un changement de pensée et de nature.

Ainsi, les Maîtres ont dit que nous étions dans un âge de transition et celui qui a des oreilles pour entendre entendra ce qui a été dit. Nous travaillons pour les cycles et siècles à venir. Ce que nous faisons maintenant dans cet âge de transition est semblable à ce que firent les grands Dhyan-Chohans au point de transition — le point médian de l'évolution — qui a marqué l'époque où toute la matière et tous les prototypes des espèces vivantes étaient encore à l'état fluidique et transitoire. C'est alors qu'Ils fournirent l'impulsion nouvelle pour les formes primitives originales, d'où résulta dans la suite toute l'immense variété des espèces de la nature. Nous sommes actuellement au même point, sous l'angle du développement mental ; et ce que nous faisons maintenant, avec foi et espérance, pour les autres et pour nous-mêmes, donnera un résultat similaire sur le plan vers lequel tout cet effort est dirigé. Ainsi, en d'autres siècles, nous réapparaîtrons pour poursuivre cette tâche. Si nous la négligeons maintenant, tant pis pour nous alors. En conséquence, ce n'est pas en vue d'une organisation particulière des proches années à venir que nous œuvrons, mais pour provoquer un changement dans le Manas et la Buddhi (4) de la race. C'est pourquoi, même si l'œuvre peut paraître vague et imprécise, elle est néanmoins très définie et d'une portée immense. Permettez-moi de vous référez à la partie de La Doctrine Secrète (5), écrite par le Maître lui-même, où Il donne des explications sur le point médian de l'évolution, en rapport avec les mammifères ongulés. Cela devrait vous donner une idée de ce que nous avons à accomplir, et vous débarrasser de tout vain désir d'aller vivre, à l'époque actuelle, avec nos guides et frères invisibles. Le monde n'est pas exempt de superstition et nous qui en faisons partie en avons certainement conservé quelques traces. Les Maîtres ont dit qu'une grande ombre accompagne toutes les innovations dans la vie de l'humanité. Le sage se gardera de provoquer trop tôt l'apparition de cette ombre ; il attendra que quelque lumière soit prête à se répandre en même temps, pour dissiper les ténèbres.

Les Maîtres pourraient, dès maintenant, donner toute la clarté et la connaissance nécessaires, mais il y a trop de ténèbres qui engloutiraient la lumière, sauf en quelques âmes rayonnantes, et en conséquence une plus grande obscurité se ferait. Beaucoup d'entre nous ne seraient pas capables de saisir ni de comprendre tout ce qui pourrait être donné et il en résulterait pour nous un danger et de nouvelles difficultés en perspective pour d'autres vies, qu'il nous faudrait surmonter dans la douleur et le chagrin. C'est par bonté et par amour que les Maîtres ne nous aveuglent pas avec l'éclair électrique de la vérité complète.

Mais, d'une façon concrète, il y a un certain objectif à notre travail général. C'est de lancer une nouvelle force, un nouveau courant dans le monde, grâce auquel de grands Gnani, ou Sages, disparus depuis longtemps de notre sphère, seront à nouveau attirés vers nous pour s'incarner ici et là parmi les hommes, et rétablir ainsi sur terre la vraie vie et les vraies pratiques. Actuellement, un manteau de ténèbres s'étend sur tous les êtres, au point qu'aucun Gnani ne saurait être attiré. De place en place, quelques rayons percent ces ténèbres. Même en Inde, l'obscurité est grande, car là-bas, lorsque la vérité est cachée, le voile épais du dogme théologique obscurcit tout ; et bien qu'il y ait un grand espoir dans ce pays, les Maîtres ne peuvent percer ce voile, pour atteindre le mental qu'il recouvre. Nous devons éduquer l'Occident afin qu'il puisse apprécier les possibilités de l'Orient, et qu'ainsi, sur la structure d'attente qui existe en Orient, puisse être édifié un nouvel ordre de choses pour le plus grand bien de tous. Nous devons, chacun d'entre nous, faire de notre être un centre de lumière — une sorte de galerie d'images vivantes, capable de projeter dans la lumière astrale des scènes, des influences et des pensées qui soient à même d'impressionner en bien de nombreux individus, en créant ainsi un nouveau courant, avec, comme résultat final, la perspective de ramener parmi nous tout ce qui est grand et bon, des autres sphères qui s'étendent au-delà de la terre. Tout cela n'a rien à voir avec le spiritisme, car il n'est question, en aucun cas, des habitants du monde des spectres.

Soyons donc pleins de foi et de confiance. Voyez combien d'individus ont essaimé, au fil du temps, de votre centre vers bien des destinations lointaines, et combien continueront à le faire, pour le bien et le profit de l'homme en tout lieu. Ils sont allés dans toutes les directions, et il doit s'ensuivre que même si un jour le centre doit se disloquer, pour des raisons indépendantes de votre volonté, son pouvoir et sa réalité ne seront nullement détruits mais subsisteront toujours, même si d'aventure tout en est finalement dispersé — pour ce qui est des briques et du ciment.

Je vous envoie mes meilleurs vœux et mes fraternelles salutations pour l'année nouvelle, et pour toutes les années à venir.

Affectueusement vôtre,

William Q. JUDGE

Notes

  • (3) [Expérience tentée de 1841 à 1847 sur des terres situées près de Boston, dans l'esprit du transcendentalisme américain. La vie en communauté devait permettre de combiner en chacun le penseur et le manuel, à l'écart de la société de compétition, en laissant une large part à l'éducation. En 1845, la colonie en difficulté s'ouvrit aux idées utopiques de Charles Fourier pour s'organiser en « phalange », appelée à vivre réunie dans un bâtiment central, le phalanstère, lequel, presque achevé, brûla en 1846.]
  • (4) [Ces mots suggèrent, entre autres, une transformation profonde de la mentalité et de la moralité de l'humanité.]
  • (5) [The Secret Doctrine, vol.IIl, pp. 732-737.]

Livre 2, Lettre 3 (↑ sommaire)

Je vous envoie ceci pour que vous le conserviez et en fassiez usage plus tard, quand je vous le dirai. J'y donnerai un titre par la suite.

Le Mouvement Théosophique fut fondé par la Fraternité dont H.P.B. est un membre et dont le grand initié, appelé Maître par elle, est l'un des Chefs. Il fut inauguré parmi les peuples d'Occident, par des Occidentaux, les deux agents principaux en étant H.P.B. une Russe et H.S. Olcott, un Américain. L'endroit où il fut lancé était aussi occidental : la ville de New York. Bien que cette Fraternité soit ainsi à l'origine de ce Mouvement, il doit néanmoins, en tant que Société, conserver une libre plate-forme, tandis que ses membres gardent individuellement la faculté de prendre et de professer toute croyance que leur conscience approuve, pourvu qu'elle ne milite pas contre la Fraternité Universelle. Dans ces conditions, ils sont parfaitement libres de croire ou non à la Loge de cette Fraternité et à ses messagers, ainsi que d'accepter ou non leurs doctrines concernant l'homme, sa nature, ses pouvoirs et sa destinée, telles que les ont données les messagers au nom de la Loge.

C'est un fait significatif que le Mouvement Théosophique ait été lancé, comme il a été dit, dans le monde occidental — dans le pays où se font les préparatifs de la nouvelle race-racine et où doit apparaître cette nouvelle racine. Cela ne fut pas fait pour donner la préférence à une race ou à un pays, ni pour rabaisser une race ou un pays quelconque, mais l'entreprise fut lancée — et elle demeure — en conformité avec la loi des cycles qui est une partie de l'évolution. Au regard de cette grande Loi, aucun pays n'est premier ni dernier, ni jeune ni vieux, ni élevé ni bas, mais chacun, au moment voulu, est adapté de façon convenable pour la forme particulière de travail qui demande alors à être accompli. Chaque pays est lié à tous les autres et doit leur venir en aide.

Ce Mouvement a, entre autres, un but que l'on devrait garder présent à l'esprit : c'est l'union de l'Occident et de l'Orient, la renaissance en Orient de la grandeur qui fut sienne jadis, le développement en Occident d'un Occultisme qui lui soit approprié, afin qu'il puisse, à son tour, tendre une main secourable aux races de sang plus ancien qui, avec le temps, ont pu finir par s'enfermer dans des conceptions rigides et se dégrader spirituellement.

Depuis de nombreux siècles, cette union a été graduellement préparée, et des travailleurs ont été envoyés en Occident pour en jeter les fondements. Mais ce ne fut pas avant 1875 qu'un large effort public put être tenté et c'est alors que naquit la Société Théosophique, parce que les temps étaient mûrs et que les travailleurs étaient prêts.

Les organisations, comme les hommes, peuvent tomber dans des routines ou des ornières, en ce qui concerne leur action mentale et psychique, et celles-ci, une fois établies, sont difficiles à combler. Pour éviter de telles routines ou ornières dans le Mouvement Théosophique, ses gardiens veillèrent à ce que, de temps à autre, des chocs nécessaires se produisent, comme des obstacles stimulant la solidarité, afin de lui donner cette force qu'acquiert le chêne en luttant contre la tempête, et d'obtenir que soient comblées toutes les ornières, dans le champ du mental, de l'action ou de la pensée.

Ce n'est pas le désir de la Fraternité que ceux des membres du Mouvement Théosophique qui, comme c'est leur droit, ont adopté une croyance dans les messagers et leur message, partent en pèlerinage vers l'Inde. On ne peut tenir H.P.B. pour responsable de cette idée, et elle ne l'a pas souhaitée davantage.

Et ce n'est pas non plus le désir de la Loge d'amener les membres à penser qu'ils doivent suivre les méthodes de l'Orient, adopter les habitudes de l'Orient, ni prendre comme modèle, ou comme but final, l'Orient actuel. L'Occident a sa propre tâche et son devoir à accomplir, sa vie et sa ligne de développement particulières : c'est dans son domaine propre d'activités, d'aspirations et de réalisations qu'il lui appartient d'œuvrer, sans se précipiter vers d'autres champs d'expériences, où c'est le devoir d'autres hommes de remplir leur tâche. S'il était facile de réveiller la spiritualité de l'Inde, maintenant dégradée et presque étouffée, et si, ce réveil facilement accompli, elle pouvait briller dans tout le monde d'Occident pour l'illuminer, alors vraiment ce serait du temps perdu que cette tentative lancée en Occident, vu qu'il existerait une voie plus courte et plus rapide dans ce pays témoin du passé. Mais, en réalité, il est plus difficile de faire une pénétration dans le cœur et le mental de gens qui, par suite de longues périodes de dogmatisme métaphysique immuable, se sont créé, sur les plans psychique et psycho-mental, une dure carapace impénétrable qui les enferme, que de toucher les Occidentaux qui, pour mangeurs de viande qu'ils soient, n'ont pas d'opinions fixes enracinées dans une base de mysticisme, et étayées par un orgueil hérité du passé.

La nouvelle ère d'Occultisme occidental commença réellement en 1875, grâce aux efforts de cette noble femme qui abandonna son corps il n'y a pas bien longtemps. Cela ne veut pas dire que l'Occultisme occidental doive être quelque chose de tout à fait différent de ce que tant d'hommes connaissent (ou croient connaître) comme l'Occultisme oriental, voire même d'opposé à ce dernier. Ce doit être l'aspect occidental du grand tout unique dont le véritable occultisme oriental est l'autre moitié. La mission qui lui revient — mission qui a été dans une large mesure confiée à la Société Théosophique — consiste à fournir à l'Occident ce qu'il ne peut en aucun cas obtenir de l'Orient, et donner une large impulsion pour faire lever bien haut, dans la progression circulaire de la vague de l'évolution qui maintenant déferle vers l'Occident, la lumière éclairant chaque homme qui vient dans le monde, la lumière du vrai Soi, qui est le seul Maître véritable pour chaque être humain — tous les autres Maîtres n'étant que des serviteurs de ce vrai Maître unique, en qui toutes les véritables Loges se trouvent en union.

Du malheur est réservé — non par suite d'un décret des Maîtres, mais par les lois de la Nature — à ceux qui, ayant débuté sur le sentier avec l'aide de H.P.B. essaient, d'une façon ou d'une autre, de la rabaisser, elle et son œuvre, qui a été jusqu'à présent incomprise et même, par beaucoup, interprétée de façon erronée. Cela ne veut pas dire qu'il faille suivre servilement une simple personne. Mais, prétendre pouvoir analyser ses motifs, la diminuer, imaginer de vaines explications pour se débarrasser de ce qui ne plaît pas dans ses affirmations, c'est violer l'idéal, c'est se retourner pour cracher au visage de l'instructeur, par qui la connaissance et l'opportunité avaient été offertes, c'est souiller la rivière qui vous avait amené l'eau douce. Elle était, et elle est toujours, l'un de ces courageux serviteurs de la Loge Universelle envoyés à l'Occident pour se charger de la tâche, sachant bien, dès le début, le lot inévitable qui l'attendait de souffrance, d'ignominie et d'insulte de la pire espèce — celle qui prend l'âme elle-même pour cible. « Ceux qui ne peuvent la comprendre feraient mieux de ne pas essayer d'expliquer ce qu'elle est ; ceux qui ne se sentent pas la force d'accomplir la tâche qu'elle a définie clairement dès le début feraient mieux de ne pas l'entreprendre. » (6) Elle savait — et vous en avez été informés précédemment — qu'il y a eu, depuis de nombreux siècles, une présence permanente de hauts et sages serviteurs de la Loge en Occident, dans le but de l'aider à accomplir sa mission et sa destinée. C'est là le travail que les membres du Mouvement Théosophique feraient bien de poursuivre sans dévier, sans s'agiter, sans tomber dans les extrêmes, sans s'imaginer que la Vérité est une question de longitude ou de latitude ; la vérité de la vie de l'âme ne se cache sous aucun point cardinal spécial ; elle se trouve partout, en tous les points du cercle, et ceux qui ne cherchent que dans une seule direction ne la trouveront pas.

Note

(6) [Citation d'une lettre des Maîtres.]

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