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"L'Océan de Théosophie", Manas

Chapitre 7

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Dans notre analyse de la nature de l'homme, nous n'avons considéré jusqu'ici que les éléments périssables qui constituent l'homme inférieur, et nous sommes arrivés au quatrième principe ou plan — celui du désir — sans avoir effleuré la question du mental. Mais, même au point où nous sommes arrivés, il doit être déjà évident qu'il existe une grande différence entre les idées courantes au sujet du mental et celles professées par la Théosophie. D'habitude on considère le mental comme immatériel, ou comme un simple nom donné à l'action du cerveau élaborant la pensée — processus entièrement inconnu, si ce n'est par déduction — ou bien on pense que sans cerveau il ne peut y avoir de mental. On s'est efforcé de cataloguer certaines fonctions et certains attributs du mental, mais les termes pour décrire des faits métaphysiques et spirituels réels touchant l'homme font complètement défaut dans notre langue. La confusion et la pauvreté de mots adéquats sont presque entièrement dues d'abord à la religion dogmatique qui, durant des siècles, a affirmé, et imposé avec rigueur, des dogmes et des doctrines inacceptables pour la raison, puis au combat qui a naturellement surgi entre la science et la religion dès que furent écartées les entraves imposées à la science par la religion et qu'il fut permis à la première de s'occuper des faits de la nature. La réaction contre la religion a tout naturellement empêché la science de considérer l'homme et
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la nature autrement que d'un point de vue matérialiste. Ainsi, ni la religion ni la science n'ont pu encore nous fournir les termes nécessaires pour décrire les cinquième, sixième et septième principes qui constituent la Trinité, l'homme réel, le pèlerin immortel.

Dans la classification adoptée par M. Sinnett, Manas est le cinquième principe ; il est habituellement traduit par mental. D'autres noms lui furent donnés, mais c'est le connaisseur, celui qui perçoit, le penseur. Le sixième principe est Buddhi ou le discernement spirituel ; le septième est Atma ou Esprit, le rayon de l'Être Absolu. Notre langue ne peut décrire ni Buddhi ni Atma, elle suffira à décrire partiellement ce qu'est Manas mais laissera dans le vague beaucoup de choses à son sujet.

Le cours de l'évolution développa les principes inférieurs et produisit finalement la forme humaine pourvue d'un cerveau dont la capacité était supérieure et plus profonde que celle de tout autre animal. Mais cet homme, humain par la forme, n'en était pas un par le mental ; il lui manquait, pour le différencier du règne animal et lui conférer le pouvoir de devenir soi-conscient, le cinquième principe, celui qui pense et qui perçoit. La monade, composée d'Atma et de Buddhi, était emprisonnée dans ces formes. Sans la présence de la monade, l'évolution ne pouvait se poursuivre. En nous reportant pour un instant au temps où les races étaient dépourvues de mental, une question surgit : " qui donna le mental, d'où vint-il et qu'est-il ? " C'est le lien entre l'Esprit de Dieu en haut et l'homme personnel en bas ; il fut donné aux monades privées de mental, par d'autres qui, jadis, étaient passées par ce même processus pendant des âges dans d'autres mondes et d'autres systèmes de mondes ; il provient donc d'autres périodes d'évolution qui se sont déroulées et terminées longtemps avant que le système solaire n'eût commencé. Telle est la théorie qui, bien qu'étrange et inacceptable de nos jours, doit néanmoins être exposée si nous voulons proclamer la vérité théosophique, et en cela nous ne faisons que transmettre ce que d'autres ont dit avant nous.

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On peut comprendre comment cette lumière du mental fut donnée aux hommes sans mental par l'exemple d'une seule chandelle qui en allume beaucoup d'autres. S'il y a une seule chandelle allumée et de nombreuses autres qui ne le sont pas, une seule flamme suffit pour allumer les autres. Il en est ainsi pour Manas : il est la torche de lumière. Les hommes sans mental, ayant les quatre principes élémentaires, corps, corps astral, vie et désir, sont les chandelles non allumées qui n'auraient pu s'allumer d'elles-mêmes. Les Fils de la Sagesse qui, sur tous les globes, sont les Frères Aînés de chaque famille humaine, possèdent la lumière qui leur fut donnée dans un passé reculé par ceux qui l'avaient reçue dans un passé encore plus lointain, et ainsi de suite en une procession ininterrompue, sans commencement ni fin. Ils enflamment l'ensemble des principes inférieurs et la monade, et allumant ainsi Manas dans les hommes nouveaux, ils préparent une nouvelle grande race pour l'initiation finale. Toutes les grandes religions et la Franc-Maçonnerie ont représenté symboliquement cet éveil du feu de Manas. En Orient, un prêtre paraît à l'autel tenant une chandelle allumée et des milliers de fidèles y allument la leur. Les Parsis ont aussi leur feu sacré qui est allumé à une autre flamme sacrée.

Manas ou le penseur, est l'être qui se réincarne, immortel, qui porte les résultats et les valeurs des différentes vies vécues sur terre ou autre part. Sa nature devient double dès qu'il s'attache à un corps. Le cerveau humain est, en effet, un organe supérieur et Manas s'en sert pour raisonner des prémisses aux conclusions, ce qui différencie l'homme de l'animal, car l'animal agit par impulsions automatiques dites instinctives, tandis que l'homme peut user de la raison. Ceci n'est pas, comme certains le supposent, le don le plus élevé et le meilleur de l'homme, mais l'aspect inférieur du penseur ou Manas. Son autre aspect, son aspect supérieur selon la Théosophie, est l'intuition qui connaît, et ne dépend pas de la raison. L'aspect inférieur et purement intellectuel de Manas est plus proche du principe du désir, et c'est ce qui le distingue de son autre aspect qui a des affinités avec les
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principes spirituels supérieurs. Si donc le penseur devient purement intellectuel, toute sa nature commence à tendre vers le bas, car l'intellect seul est froid, dur et égoïste, parce qu'il n'est pas éclairé par les deux autres principes, Buddhi et Atma.

Les pensées de toutes les vies sont emmagasinées dans Manas. Cela revient à dire que, dans chaque vie, la somme des pensées sous-jacentes aux actes de cette vie sera empreinte d'un même caractère général, mais pourra être classée en une ou plusieurs catégories. Ainsi, l'homme d'affaires moderne représente un type particulier ; les pensées de toute sa vie ne constituent qu'une seule ligne de pensées. L'artiste en représente un autre. L'homme qui s'est engagé dans les affaires, mais qui, en même temps, a estimé beaucoup la gloire et le pouvoir sans jamais les atteindre, représente encore un type différent. La grande masse des gens pauvres, forts et courageux, et pleins d'abnégation, qui n'ont que peu de temps pour penser, constituent une autre classe distincte. Dans tous ces cas différents, la totalité des pensées nourries durant la vie forme le courant ou la ligne de méditation d'une vie — " le désir constant du cœur " — et Manas l'emmagasine pour le manifester à nouveau à n'importe quel moment dans n'importe quelle vie, si le cerveau et l'entourage physiques sont semblables à ceux qui ont servi à engendrer cette classe de pensées.

C'est Manas qui voit les objets qui lui sont présentés au moyen des organes corporels et des organes intérieurs réels. Quand l'œil ouvert reçoit une image sur la rétine, toute la scène est transformée dans les nerfs optiques en vibrations qui disparaissent dans le cerveau où Manas peut les percevoir en tant qu'idée. Il en est de même pour tout autre organe ou sens. Si le lien entre Manas et le cerveau est rompu, l'intelligence ne se manifeste plus, à moins que Manas n'ait appris, par un entraînement spécial, à projeter le corps astral hors du physique et ainsi communiquer avec ses semblables. L'hypnotisme, le mesmérisme et le spiritisme ont maintenant prouvé que les organes et les sens n'ont pas conscience des
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objets car, dans les expériences mesmériques et hypnotiques, l'objet vu ou senti qui nous donne toutes les sensations des objets solides n'est souvent qu'une idée dans le cerveau de l'opérateur. De la même manière, et en se servant du corps astral, Manas n'a qu'à imprimer une idée sur une autre personne, pour que cette dernière voie l'idée et la traduise en un corps visible qui semblera comporter les effets habituels de densité et de poids. De nombreuses expériences hypnotiques démontrent que la présumée matière n'est pas solide ou dense per se, que la vue ne dépend pas toujours de l'œil et des rayons de lumière provenant d'un objet, que ce qui est intangible pour un cerveau normal et des organes normaux, peut être parfaitement tangible pour d'autres et que, dans le corps, des effets physiques peuvent être produits uniquement par une idée. Produire une phlyctène au moyen d'une simple feuille de papier, ou empêcher un emplâtre vésicatoire réel d'en provoquer une par la force de l'idée suggérée au sujet, qu'il y aura, ou qu'il n'y aura pas de phlyctène, sont des expériences courantes qui prouvent d'une manière concluante la faculté de pouvoir donner une impulsion à la matière en se servant de ce qui est appelé Manas. Mais tous ces phénomènes sont la manifestation des pouvoirs du Manas inférieur qui agit dans le corps astral et dans le quatrième principe - le désir - en utilisant le corps physique comme champ de manifestation de ces forces.

C'est ce Manas inférieur qui conserve toutes les impressions d'une vie entière et qui parfois les révèle d'une manière étrange dans des transes, des rêves, dans le délire, dans des états provoqués, parfois aussi dans des conditions normales, et très souvent au moment de la mort physique. Mais Manas inférieur est si occupé par le cerveau, la mémoire et la sensation, qu'il ne présente habituellement qu'un nombre restreint de souvenirs tirés de la masse des événements que tes années lui ont apportés. Il entrave l'action du Manas supérieur, car, au point actuel de l'évolution, le désir et tous les pouvoirs, facultés et sens qui y correspondent, sont hautement développés et de ce fait obscurcissent, pour ainsi
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dire, la lumière blanche de la partie spirituelle de Manas. Il est coloré par tout objet qui lui est présenté, mental ou matériel. C'est-à-dire que Manas inférieur, agissant par le cerveau, prend immédiatement la forme et les autres caractéristiques de n'importe quel objet, mental, ou d'autre nature. C'est pourquoi il a quatre propriétés particulières. Premièrement, fuir naturellement tout point, objet ou sujet ; deuxièmement, voler vers une idée agréable ; troisièmement, voler vers une idée désagréable ; quatrièmement, demeurer passif et ne rien considérer. La première propriété est due à la mémoire et au mouvement naturel de Manas ; la seconde et la troisième sont dues à la mémoire seule ; la quatrième indique un état de sommeil, lorsque celui-ci n'a rien d'anormal, et s'il est anormal il va vers l'aliénation mentale. Ces caractéristiques mentales, qui appartiennent toutes au Manas inférieur, sont celles que le Manas supérieur aidé de Buddhi et d'Atma doit combattre et conquérir. Si Manas supérieur peut agir, il devient ce qu'on appelle parfois le génie ; s'il domine complètement, l'homme peut alors devenir un dieu. Mais comme la mémoire présente continuellement des images au Manas inférieur, le supérieur en est obscurci. Cependant, nous rencontrons parfois, sur le chemin de la vie, des hommes qui sont des génies ou des grands voyants et des prophètes. Ce sont les pouvoirs supérieurs de Manas qui sont actifs en eux, et la personne en est illuminée. Tels furent les grands Sages du passé, des hommes comme Bouddha, Jésus, Confucius, Zoroastre et d'autres. Il y a aussi des poètes tels Tennyson, Longfellow et d'autres chez qui Manas supérieur répand de temps à autre sur l'homme inférieur un rayon lumineux, toutefois promptement obscurci par l'éducation religieuse dogmatique qui a doté la mémoire de certaines images qui empêchent toujours Manas d'atteindre sa pleine activité.

Dans la Trinité supérieure, le Dieu réside au-dessus de chacun de nous ; ce Dieu est Atma, et peut être appelé le Soi supérieur. Ensuite vient la partie spirituelle de l'âme, appelée Buddhi,
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et si Buddhi est complètement uni à Manas cette union peut être appelée l'Ego divin.

L'Ego intérieur qui se réincarne, en revêtant corps après corps, qui emmagasine les impressions des vies successives, qui acquiert l'expérience et l'adjoint à l'Ego divin, qui souffre et qui jouit durant une immense période d'années, est le cinquième principe, Manas non uni à Buddhi. C'est là l'individualité permanente qui donne à chaque homme le sentiment d'être lui-même et non pas quelqu'un d'autre et qui, à travers tous les changements des jours et des nuits, depuis la jeunesse jusqu'à la fin de la vie, nous rend conscients d'être la même identité durant toute cette période. C'est Manas qui jette un pont sur le gouffre creusé par le sommeil, de même qu'il en jette un sur le gouffre creusé par le sommeil de la mort. C'est ce principe, et non notre cerveau, qui nous élève au-dessus de l'animal. La profondeur et la variété des circonvolutions du cerveau dans l'être humain sont dues à la présence de Manas elles ne sont pas la cause du mental. Lorsque nous devenons consciemment unis à Buddhi, l'âme spirituelle, totalement ou occasionnellement, nous voyons Dieu, pour ainsi dire. C'est à cette vision qu'aspiraient tous les anciens ; mais les modernes, qui n'y croient pas, préfèrent rejeter leur droit inné à la grandeur, et adorer un dieu imaginaire, créé par leur propre fantaisie, et ne différant guère de la faible nature humaine.

Cette individualité permanente, dans la race actuelle, a donc passé par toute sorte d'expériences, car la Théosophie affirme la pérennité de l'individualité, et soutient qu'il lui est nécessaire de continuer à participer à l'évolution. Elle a un devoir à accomplir : élever à un stade supérieur toute la matière participant à la chaîne de globes dont la terre fait partie. Civilisation après civilisation, race après race, nous avons tous vécu sur terre et y avons joué notre rôle, et ainsi continuerons-nous à travers toutes les rondes et les races jusqu'à ce que la septième soit parachevée. On doit aussi se rappeler que la matière de ce globe — et celle qui est en rapport avec lui — a passé également par toute espèce de
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formes, avec probablement quelques exceptions dans les plans très inférieurs de formation minérale. Mais en général toute la matière visible, ou celle en suspension dans l'espace et non encore précipitée, a été moulée, à un moment ou à un autre, en des formes variées dont, pour nombre d'entre elles, nous n'avons aucune idée. C'est pourquoi les processus de l'évolution se font actuellement, dans certains domaines, plus rapidement que dans les âges précédents, car Manas et la matière ont acquis tous deux une facilité d'action. Il en est ainsi particulièrement pour l'homme, le plus avancé de toutes choses et de tous les êtres de cette évolution. Actuellement, l'homme s'incarne et est projeté dans la vie plus rapidement que dans les premières périodes où de longues années étaient requises pour obtenir un " vêtement de peau ". Cette entrée dans la vie, qui se répète maintes et maintes fois, ne peut être évitée par l'homme ordinaire, car Manas inférieur est encore lié par le désir qui, à l'époque actuelle, est le principe prépondérant. Etant donc sous l'emprise du désir, Manas vit, lorsqu'il est dans un corps, dans un leurre perpétuel ; ainsi leurré, il est incapable d'empêcher les forces mises en branle pendant la vie d'exercer leur action sur lui. Ces forces sont mises en mouvement par Manas, c'est-à-dire par la manière de penser de la vie entière. Chaque pensée crée un lien physique aussi bien que mental avec le désir dans lequel elle est enracinée. La vie entière est remplie de telles pensées, et quand la période de repos qui suit la mort prend fin, Manas est lié à la terre par d'innombrables fils magnétiques et électriques en raison des pensées nourries pendant la vie écoulée. C'est donc le désir qui l'a lié, car c'est le désir qui fut la cause de ces multiples pensées et de l'ignorance de la véritable nature des choses. Si l'on comprend bien cette doctrine qui fait de l'homme réellement un penseur, un être fait de pensées, alors tout le reste ayant trait à l'incarnation et à la réincarnation devient clair. Le corps de l'homme intérieur est fait de pensées et, puisqu'il en est ainsi, le retour à la vie sur terre est inévitable car les pensées ont plus d'affinité pour la vie terrestre que pour une vie ailleurs.

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De nos jours Manas n'est pas entièrement actif dans la race, le désir étant toujours prédominant. Lors du prochain cycle de la période humaine, Manas sera complètement actif et développé dans la race entière. C'est pourquoi les hommes de la terre ne sont pas encore arrivés au point de faire le choix conscient du sentier qu'ils prendront ; mais lorsque, dans le cycle mentionné ci-dessus, Manas sera actif, tous seront alors contraints de faire consciemment le choix entre le sentier de droite et celui de gauche, l'un conduisant à l'union complète et consciente avec Atma, l'autre à l'annihilation des êtres qui préfèrent ce sentier.

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