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"L'Océan de Théosophie", La Théosophie et les Maîtres

Chapitre 1

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La Théosophie est cet océan de connaissance qui s'étend d'une rive à l'autre de l'évolution des êtres sensibles : insondable dans ses parties les plus profondes, elle donne libre cours aux plus grands esprits, tout en étant assez peu profonde sur ses bords pour ne pas accabler l'entendement d'un enfant. Elle est la sagesse concernant Dieu, pour ceux qui croient qu'Il est toute chose et en tout, et la sagesse concernant La nature pour celui qui accepte la Bible chrétienne lorsqu'elle affirme que Dieu ne peut être mesuré ni découvert, et que les ténèbres enveloppent son trône. Quoique le terme Théosophie contienne par étymologie le mot « Dieu », et puisse sembler à première vue n'embrasser que la religion, la Théosophie ne méconnaît pas la science car elle est la science des sciences ; aussi est-elle appelée la Religion Sagesse. Car aucune science n'est complète si elle laisse de côté un seul domaine de la nature visible ou invisible et une religion qui, ne dépendant que d'une prétendue révélation, se détourne des choses et des lois qui les régissent, n'est qu'une illusion, un ennemi du progrès, un obstacle dans la marche de l'homme vers le bonheur. Embrassant à la fois la science et la religion, la Théosophie est une religion scientifique et une science religieuse.

La Théosophie n'est ni une croyance ni un dogme formulé ou inventé par l'homme ; c'est la connaissance des lois qui gouvernent l'évolution des constituants physiques, astraux,
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psychiques et intellectuels de la nature et de l'homme. La religion actuelle n'est qu'une série de dogmes élaborés par les hommes et sans aucune base scientifique pour appuyer les principes éthiques qu'elle enseigne. Notre science, quant à elle, ignore encore l'invisible, et omettant de reconnaître l'existence d'une série complète de facultés intérieures de perception dans l'homme, elle se coupe du champ immense et réel d'expérimentation qui se trouve à l'intérieur des mondes visibles et tangibles. Mais la Théosophie sait que le tout est constitué par le visible et l'invisible et considérant le monde objectif, apparent, comme totalement éphémère, elle prend en compte les phénomènes naturels en les considérant aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur. Elle est ainsi complète en elle-même et ne voit nulle part de mystère insoluble. Elle supprime le mot coïncidence de son vocabulaire et proclame le règne de la loi en toute chose et en toute circonstance.

L'humanité croit en général que l'homme possède une âme immortelle. La Théosophie ajoute à cela que l'homme est une âme, que la nature entière est sensible, que l'immense variété des objets et des hommes n'est pas faite de simples groupements d'atomes fortuitement rassemblés et qui ainsi, sans loi, développent eux-mêmes la loi, mais que jusqu'au plus petit atome tout est âme et esprit en perpétuelle évolution sous le règne de la loi inhérente au tout. Comme les anciens, la Théosophie enseigne que le cours de l'évolution est le drame de l'âme et que la nature n'existe que pour son expérience. Le théosophe est d'accord avec le Professeur Huxley (1) qui affirme qu'il doit exister des êtres dans l'univers dont l'intelligence dépasse la nôtre autant que la nôtre surpasse celle du scarabée et que ces êtres jouent un rôle actif dans le gouvernement de l'ordre naturel des choses. Le théosophe va plus loin : éclairé par la lumière qui provient de la confiance en ses Maîtres, il ajoute que ces intelligences
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furent jadis humaines, et qu'elles proviennent, comme nous tous, d'autres mondes antérieurs au nôtre où elles ont acquis une expérience aussi variée que celle qu'on peut obtenir sur celui-ci. Quand nous venons sur cette planète, ce n'est donc pas la première fois que nous apparaissons ; nous avons déjà parcouru une longue et incommensurable carrière d'activité et de perception intelligente dans d'autres systèmes de globes, dont certains ont été détruits bien longtemps avant que le système solaire ne fût condensé. Cette immense étendue du système évolutif signifie donc que la planète sur laquelle nous sommes à présent est le résultat de l'activité et de l'évolution d'une autre planète, morte depuis longtemps, mais qui a laissé après elle son énergie pour servir à la formation de la terre ; à leur tour, les habitants de celle-ci sont venus d'un monde plus ancien, pour poursuivre ici, dans la matière, le travail qui leur est assigné. Les planètes plus brillantes, telles Vénus, sont les demeures d'entités encore plus avancées, jadis aussi peu développées que nous, mais qui ont atteint maintenant un sommet de gloire incompréhensible à nos intelligences.

L'être le plus intelligent de l'univers, l'homme, n'a donc jamais été privé d'ami ; une lignée de frères aînés veille continuellement sur le progrès des moins avancés, conserve le savoir acquis à travers de longs âges d'épreuve et d'expérience, et cherche continuellement des occasions pour porter l'intelligence croissante de la race — sur notre globe ou sur tout autre — à considérer les grandes vérités concernant la destinée de l'âme. Ces frères aînés conservent aussi la connaissance qu'ils ont acquise des lois de la nature dans tous les domaines, et sont prêts à l'employer pour le bien de l'humanité, quand la loi cyclique le permet. Ils ont toujours constitué une confrérie, se connaissant mutuellement quelle que soit la partie du monde où ils se trouvent, et œuvrant tous par différents moyens pour le bien de la race. A certaines époques, ces frères aînés sont bien connus des hommes et se déplacent parmi eux quand l'organisation sociale, la vertu et le développement des nations le permettent.
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S'ils devaient se montrer de nos jours ouvertement et si tout le monde parlait d'eux, les uns les adoreraient comme des dieux et les autres les pourchasseraient comme des démons. Aux époques de leur apparition, certains d'entre eux sont des souverains, d'autres des instructeurs, quelques-uns de grands philosophes, tandis que d'autres demeurent inconnus sauf des membres tes plus avancés du groupe.

Les Maîtres travailleraient à l'encontre du but qu'ils poursuivent s'ils se faisaient connaître publiquement dans la civilisation actuelle, basée presque entièrement sur l'argent, le renom, la gloire et la personnalité. Car, ainsi que l'un d'eux l'a déjà dit, cette époque " est une époque de transition " où tout système de pensée, qu'il soit scientifique, religieux, politique ou social, est en voie de transformation, et où l'intelligence de l'homme ne fait que se préparer à un changement qui permettra à la race de progresser jusqu'au point propice où les frères aînés pourront manifester leur présence réelle à nos yeux. En vérité, on peut les appeler les porteurs du flambeau de la vérité à travers les âges ; ils font des recherches sur toutes les choses et sur tous les êtres ; ils connaissent ce qu'est l'homme dans sa nature la plus intime, ainsi que ses pouvoirs, sa destinée, son état avant la naissance et les états dans lesquels il entre après la mort de son corps ; ils ont veillé sur le berceau des nations ; ils ont vu les grandes réalisations des anciens et assisté avec tristesse à la décadence de ceux qui n'avaient aucun pouvoir pour résister à la loi cyclique de la grandeur et de la décadence ; et, tandis que des cataclysmes semblaient entraîner une destruction complète de l'art, de l'architecture, de la religion et de la philosophie, les frères aînés en ont conservé les archives complètes dans des endroits où elles sont à l'abri des ravages des hommes et du temps. Des voyants exercés, appartenant à leur ordre, ont fait des observations minutieuses dans les domaines invisibles de la nature et du mental. Ils les ont enregistrées et en ont conservé les annales. S'étant rendus maîtres des mystères du son et de la couleur, seuls moyens de communication avec les êtres
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élémentaux qui vivent derrière le voile de la matière, ces frères aînés peuvent dire comment et pourquoi la pluie tombe, si la terre est creuse ou non, ce qui fait souffler le vent et briller la lumière, et enfin, ce qui est de beaucoup plus important et implique une connaissance des fondements mêmes de la nature, ils connaissent les divisions ultimes du temps, ainsi que la signification et la durée des cycles.

Cependant, l'homme affairé du XIXè siècle, qui lit les journaux et croit au " progrès moderne ", se demande : si ces frères aînés sont réellement ce que vous prétendez, comment se fait-il qu'ils n'aient laissé aucune trace dans l'histoire, ni rassemblé les hommes autour d'eux ? Leur propre réponse, publiée il y a quelque temps par M. A.-P. Sinnett, est préférable à toutes celles que je pourrais donner.

" Nous allons discuter d'abord, si vous le voulez bien, du prétendu échec de la Fraternité qui n'aurait laissé aucune empreinte dans l'histoire du monde. Les Adeptes, pensez-vous, auraient dû, grâce à leurs possibilités extraordinaires, pouvoir réunir dans leurs écoles un nombre important d'hommes parmi les plus éclairés de toute race. Comment savez-vous qu'ils n'ont pas laissé de telles empreintes ? Connaissez-vous leurs efforts, leurs succès et leurs échecs ? Avez-vous un tribunal au banc duquel vous pourriez les assigner ? Comment votre monde pourrait-il rassembler des preuves sur les actions de ces hommes qui ont soigneusement fermé toute voie d'approche afin que les indiscrets ne puissent venir les épier ? La condition formelle de leur succès était d'empêcher tout contrôle ou toute opposition. Ce qu'ils ont fait, ils le savent ; ceux qui n'appartenaient pas à leur cercle ne pouvaient percevoir que les résultats de causes voilées à leurs yeux. Pour expliquer ces résultats, les hommes ont inventé, à différentes époques, des théories sur l'intervention de dieux, de providences spéciales, de destins, sur l'influence favorable ou hostile des étoiles. Il n'y eut jamais une époque, pendant ou avant la période prétendue historique, où nos prédécesseurs se soient arrêtés de modeler les événements et de "faire l'histoire" ; par la suite les faits ont
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été invariablement défigurés par les historiens pour se conformer aux préjugés de leur époque. Êtes-vous bien sûrs que les personnages héroïques visibles, qui ont pris part aux drames successifs, n'étaient pas souvent leurs simples marionnettes ? Nous n'avons jamais prétendu pouvoir entraîner des nations entières dans telle ou telle crise, en dépit du cours général des relations cosmiques du monde. Les cycles doivent suivre leur cours. Des périodes de lumière et d'obscurité mentales et morales se succèdent comme le jour succède à la nuit. Les yugas majeurs et mineurs doivent s'accomplir selon l'ordre établi des choses. Et nous, portés par la marée puissante, ne pouvons que modifier et diriger certains de ses courants mineurs (2). "

C'est en vertu de la loi cyclique que, pendant une période sombre de l'histoire du mental, la philosophie disparaît pour un temps. Mais la même loi la fait réapparaître, aussi sûrement que le soleil se lève, et le mental humain est présent pour la voir. Cependant, certaines œuvres ne peuvent être accomplies que par le Maître, tandis que d'autres nécessitent l'assistance des compagnons. C'est la tâche du Maître de conserver la véritable philosophie, mais l'aide des compagnons est nécessaire pour la redécouvrir et la promulguer. Les frères aînés ont indiqué une fois de plus où l'on pouvait trouver la vérité - la Théosophie - et les compagnons, dans le monde entier, s'efforcent de la présenter pour en accroître la diffusion et la propager.

Les Frères Aînés de l'humanité sont des hommes qui ont atteint un stade de perfection dans des périodes d'évolution antérieures. Les évolutionnistes modernes ignorent le nombre de ces périodes de manifestation mais elles étaient connues non seulement des anciens hindous mais aussi des grands esprits et des hommes éminents qui instituèrent les Mystères de la Grèce et les perpétuèrent sous leur forme primitive, pure et non dégradée. Les périodes de manifestation des univers
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visibles hors du Grand Inconnu sont éternelles dans leurs allées et venues. Elles alternent avec des périodes égales de silence et de repos dans l'Inconnu. Ces vagues puissantes ont pour but la production de l'homme parfait, l'évolution de l'âme, chaque nouvelle vague marquant toujours l'augmentation du nombre des Frères Aînés. La vie du moindre d'entre les hommes illustre ces alternances par le jour et la nuit, la veille et le sommeil, la naissance et la mort,

" car ces deux, la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit, sont les voies éternelles du monde (3) ".

Ces hommes puissants et compatissants sont désignés dans chaque âge, et dans l'histoire de chaque nation, par des noms différents. Ils ont été appelés Initiés, Adeptes, Mages, Hiérophantes, Rois de l'Orient, Sages, Frères et d'autres noms encore. Mais il existe un terme en langue sanskrite qui, lorsqu'il leur est appliqué, les identifie aussitôt et complètement avec l'humanité ; c'est celui de Mahâtma. Ce mot est composé de Mahâ, grand, et d'Atmâ, âme ; il signifie donc grande âme, et comme tous les hommes sont des âmes, ce qui distingue le Mahâtma, c'est sa grandeur. La Société Théosophique a largement répandu l'usage de ce terme, Mme Blavatsky parlant constamment des Mahâtmas comme ayant été ses Maîtres, ceux qui lui avaient donné la connaissance qu'elle possédait. Au début, ils ne furent connus que sous le nom de Frères, mais plus tard, lorsque de nombreux hindous rejoignirent le Mouvement Théosophique, le nom de Mahâtma entra en usage, d'autant plus qu'il s'appuyait sur une longue tradition et un grand nombre d'écrits littéraires hindous. Certains ennemis sans scrupules de la Société Théosophique ont prétendu à différentes reprises que même ce nom avait été inventé, de tels êtres n'étant ni connus des hindous, ni mentionnés dans leur littérature. Ces affirmations ne sont avancées que pour discréditer, si possible, un mouvement philosophique qui menace de renverser complètement
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les dogmes théologiques erronés qui prévalent de nos jours, car les Mahâtmas sont souvent mentionnés dans toute la littérature hindoue, et dans certaines parties du Nord de l'Inde ce terme est courant. Dans la Bhagavad-Gîtâ, cet antique poème qui est révéré par toutes les sectes hindoues, et dont la noblesse et la beauté sont reconnues par les critiques occidentaux, se trouve le verset suivant :

" Un tel Mahâtma est difficile à trouver " (4).

Mais, indépendamment de toute discussion au sujet de dénominations précises, il y a assez de preuves et d'arguments pour démontrer qu'une confrérie d'hommes, possédant la prodigieuse connaissance décrite plus haut, a toujours existé et existe probablement encore aujourd'hui. Les plus anciens Mystères s'y réfèrent constamment ; les grands Rois Initiés de l'ancienne Égypte, fils du Soleil et amis des grands dieux en faisaient partie. Il y a une tendance à déprécier les idées des anciens, et cette tendance n'est vraiment pas en faveur de l'humanité actuelle. Même les chrétiens qui parlent avec révérence d'Abraham comme de " l'ami de Dieu ", se moqueront de l'idée que les Souverains égyptiens aient pu prétendre à cette même amitié, ce qui à leurs yeux ne pouvait être qu'une ambition enfantine pour se parer d'une dignité et d'un titre. Le fait est que ces grands Égyptiens étaient des Initiés, membres de l'unique grande Loge qui comprend toutes les autres, quels que soient leurs degrés ou leurs activités. Certes, les Égyptiens postérieurs et décadents ont dû imiter leurs prédécesseurs, mais ce fut au moment où, sous le règne du dogme et du clergé, la vraie doctrine commençait à s'obscurcir.

L'histoire d'Apollonius de Tyane est celle d'un membre appartenant à l'un de ces mêmes ordres des temps anciens qui apparaissent parmi les hommes lors d'un cycle descendant, dans le seul but d'en rendre témoignage auprès des générations futures.

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Abraham et Moïse de la tradition juive sont deux autres Initiés, des Adeptes qui devaient accomplir leur mission auprès d'un certain peuple. Dans l'histoire d'Abraham il est question de Melchissédech qui était si supérieur à lui qu'il avait le droit de lui conférer une dignité, un privilège ou une bénédiction. Le chapitre de l'histoire humaine où l'on rencontre les noms de Moïse et d'Abraham est également illuminé par celui de Salomon. Ces trois êtres forment ainsi une imposante triade d'Adeptes et les annales relatant leurs actions ne peuvent être écartées comme de pures fantaisies dénuées de fondements.

Moïse fut instruit par les Égyptiens et en Médie, de ces deux sources il acquit de grandes connaissances occultes, et tout étudiant avancé de la grande Maçonnerie Universelle reconnaîtra, à travers tous les livres de Moïse, la main, le plan et l'œuvre d'un Maître. Abraham connaissait tous les arts et beaucoup des pouvoirs d'ordre psychique qui étaient développés de son temps, sinon il n'aurait pu fréquenter des rois et être " l'ami de Dieu ", il suffit d'ailleurs de l'allusion à ses conversations avec le Tout-Puissant, au sujet de la destruction des villes, pour démontrer qu'il était un Adepte ayant depuis longtemps dépassé le stade des cérémonies, ou autres aides accessoires. Salomon complète cette triade et se dessine en caractères de feu. Il est entouré de légendes et de contes si nombreux concernant ses rapports avec les puissances élémentales et ses pouvoirs magiques que nier son grand caractère, et ne pas reconnaître son incarnation parmi les hommes comme un exemple remarquable de l'incarnation d'un puissant Adepte, équivaudrait à considérer le monde entier de l'antiquité comme un ensemble d'hommes insensés, inventant des mensonges pour s'amuser. Rien ne nous oblige à accepter le nom de Salomon, ni de croire qu'il régna sur les Juifs ; mais il nous faut admettre le fait que, dans les temps obscurs auxquels les annales des Juifs font allusion, un homme, qui fut un Adepte, vécut et agit parmi les peuples de la terre, et que le nom de Salomon lui fut donné plus tard. Les critiques péripatéticiens, et à courte vue peuvent
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prétendre ne voir dans la tradition universelle prédominante que des preuves de la crédulité humaine et de sa faculté d'imitation, mais, pour le véritable étudiant de la nature humaine et de la vie, la tradition universelle est vraie; il sait qu'elle découle de faits de l'histoire de l'humanité.

Si nous tournons notre attention vers l'Inde ignorée et oubliée pendant si longtemps par l'Occident sensuel et égoïste, batailleur et commerçant, nous y trouvons toute une tradition relative à ces hommes étonnants dont Noé, Abraham, Moïse et Salomon ne sont que des exemples. Les habitants de l'Inde, de par leur tempérament et leur climat, sont aptes à être les conservateurs des joyaux philosophiques, éthiques et psychiques qui auraient été à jamais perdus pour nous s'ils avaient été abandonnés aux ravages des nations occidentales qui, au début de leur lutte pour la culture et la civilisation, n'étaient que des Goths et des Vandales. De nombreux trésors historiques et ethnologiques, trouvés par les favoris des souverains catholiques d'Espagne en Amérique centrale et en Amérique du Sud, furent brûlés inutilement ; si ces mêmes hommes avaient connu l'existence des livres et des documents en feuilles de palme des Indes, et s'ils avaient pu s'en saisir avant que le bouclier protecteur de l'Angleterre ne se fût élevé contre eux, ils les auraient tous détruits, comme ils l'ont fait pour ceux de l'Amérique, et comme leurs prédécesseurs ont essayé de le faire pour ta Bibliothèque d'Alexandrie. Heureusement, les événements en décidèrent autrement.

A travers la vaste littérature hindoue nous trouvons un très grand nombre de noms de grands Adeptes, parfaitement connus du peuple, qui tous enseignaient la même doctrine : la grande épopée de l'âme humaine. Leurs noms ne sont pas familiers à l'oreille occidentale, mais les témoignages de leurs pensées, de leurs œuvres et de leurs pouvoirs demeurent. De plus, il existe de nos jours, dans l'Orient silencieux et immuable, des centaines de personnes qui savent, par leur expérience personnelle, que la Grande Loge existe toujours, avec ses Mahâtmas, ses Adeptes, ses Initiés et ses Frères. En
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outre, on trouve dans cette contrée un nombre si considérable d'hommes experts dans la mise en pratique d'un pouvoir mineur, mais néanmoins très surprenant, sur la nature et sur ses forces que nous avons là un ensemble indéniable de témoignages humains à l'appui de ce que nous avançons.

Si la Théosophie — l'enseignement de cette Grande Loge — est, comme on l'affirme, à la fois scientifique et religieuse, nous avons encore plus de preuves de caractère éthique. Bouddha, Confucius et Jésus forment une triade puissante qui agit sur l'éthique et par elle. Le premier, un hindou, fonda une religion qui aujourd'hui a beaucoup plus d'adhérents que le Christianisme ; des siècles avant Jésus, Bouddha enseigna la même éthique que celui-ci et qui avait déjà été promulguée de longs siècles avant lui. Jésus, qui vint réformer son peuple, répéta cette ancienne éthique et Confucius fit de même pour l'antique et vénérable Chine.

Pour le théosophe, tous ces grands noms représentent des membres de l'unique Fraternité, ayant tous une doctrine unique. Les personnages extraordinaires qui apparurent de temps à autre dans la civilisation occidentale, tels que Saint-Germain, Jacob Boehme, Cagliostro, Paracelse, Mesmer, le comte de Saint-Martin et Mme Blavatsky, étaient des agents envoyés pour accomplir, à l'heure propice, l'œuvre de la Grande Loge. Il est vrai que ces êtres sont généralement outragés et traités d'imposteurs, bien que personne ne puisse en comprendre la raison, puisque leur action est généralement bienfaisante et qu'ils proposent des idées ou font des découvertes dont la grande valeur pour la science est reconnue après leur mort. Jésus lui-même serait traité aujourd'hui d'imposteur s'il apparaissait dans certaines églises théâtrales de la Cinquième Avenue, et admonestait ceux qui font profession d'être des chrétiens. Paracelse fut à l'origine de méthodes et de traitements précieux pour la médecine et aujourd'hui universellement adoptés. Mesmer fit connaître l'hypnotisme sous un autre nom. Mme Blavatsky attira une fois de plus l'attention de l'Occident sur le système le plus important concernant l'homme, sa nature et sa
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destinée, connu de la Loge depuis longtemps. Néanmoins, tous sont également qualifiés d'imposteurs par un peuple qui, par lui-même, ne possède aucune philosophie originale propre, et dont les classes de mendiants et de criminels dépassent en misère et en nombre celles de toute autre civilisation de la terre.

Il n'est donc pas étonnant de voir la plupart des lecteurs occidentaux se demander comment des êtres humains peuvent avoir une connaissance aussi vaste et exercer sur les opérations des lois de la nature une puissance aussi grande que celle que je viens d'attribuer aux Initiés qui, de nos jours, sont généralement connus sous le nom de Mahâtmas. En Inde, en Chine et dans d'autres pays orientaux, ces faits n'étonneraient personne, car, malgré l'état de ces pays actuellement arriérés pour tout ce qui se rapporte à la civilisation matérielle, la croyance à la nature intérieure de l'homme et aux pouvoirs qu'il peut exercer, s'il le veut, ne s'est jamais perdue. Aussi, les exemples vivants de ces pouvoirs et de ces capacités n'ont-ils jamais disparu de chez ces peuples. Mais en Occident, aucune investigation n'a été entreprise sur ces sujets, une civilisation matérialiste, conséquence d'une réaction due à un dogmatisme illogique, s'étant édifiée sur la négation de la vie de l'âme et de la nature ; jusqu'à ces derniers temps le grand public n'a jamais cru qu'il pût exister, en dehors d'un Dieu supposé, des êtres possédant une telle puissance.

Un Mahâtma doué de pouvoirs sur l'espace, le temps, le mental et la matière, est possible, précisément parce qu'il est un homme arrivé à la perfection. Tout être humain possède le germe de tous les pouvoirs attribués à ces grands Initiés, la seule différence résidant dans le fait qu'en général nous n'avons pas développé ce que nous possédons en germe, tandis que le Mahâtma a passé par la discipline et l'expérience qui ont suscité en lui le développement de tous les pouvoirs humains invisibles, et lui ont conféré des dons qui semblent divins à ses frères moins avancés qui luttent encore. La télépathie, la faculté de lire les pensées et
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l'hypnotisme, connus depuis longtemps par la Théosophie, démontrent l'existence, dans l'homme, de plans de conscience, de fonctions et de facultés insoupçonnés jusqu'ici. La faculté de lire les pensées et celle d'influencer à distance le mental du sujet hypnotisé prouvent l'existence d'un mental qui ne dépend pas entièrement d'un cerveau, ainsi que celle d'un intermédiaire pour transmettre la pensée qui exerce l'influence. C'est par l'action de cette loi que les Initiés peuvent communiquer entre eux quelle que soit la distance. Voici l'explication rationnelle de cette faculté qui n'est pas encore admise par les écoles d'hypnotisme : si le mental de chacun vibre à l'unisson de l'autre ou se met dans un même état, ils penseront d'une manière identique ; en d'autres termes, celui qui doit entendre à distance reçoit l'impression envoyée par l'autre. Il en est ainsi pour tous les autres pouvoirs quelque extraordinaires qu'ils soient. Tous sont naturels, bien que, de nos jours, insolites, de même qu'un grand talent musical est naturel quoique rare et peu commun. Si un Initié peut faire mouvoir un objet solide sans contact, cela est dû à sa connaissance des lois d'attraction et de répulsion, la " gravitation " n'étant que le nom de l'une d'elles ; s'il est capable de précipiter hors de l'air invisible le carbone que nous savons s'y trouver, et en former des phrases sur le papier, c'est par sa connaissance de la chimie occulte supérieure, et par l'exercice de la faculté développée et puissante que possède tout homme de créer des images. Si l'Initié lit aisément vos pensées cela est dû à l'usage des pouvoirs intérieurs de vision, les seuls réels et qui n'ont nul besoin de rétine pour voir le fin réseau d'images tissé autour de l'homme par le cerveau humain en vibration. Tout ce que le Mahâtma peut faire est naturel pour l'homme arrivé à la perfection ; si ces pouvoirs ne nous sont pas immédiatement révélés, cela est dû à l'égoïsme profond de la race qui ne vit que pour le présent et le transitoire.

Je répète donc que même lorsque la vraie doctrine disparaît, pendant un certain temps, de l'humanité, elle doit forcément réapparaître, premièrement parce qu'elle est gravée
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dans le centre impérissable de la nature humaine, et, deuxièmement, parce que la Loge la conserve, pour toujours, inscrite non seulement dans des archives réelles et objectives, mais aussi dans des hommes intelligents et complètement soi-conscients qui, ayant traversé avec succès les nombreuses périodes d'évolution antérieures à celle dans laquelle nous sommes actuellement engagés, ne peuvent perdre les précieuses connaissances qu'ils ont acquises. Avant d'aborder toute autre partie du sujet, j'ai pensé qu'il était utile d'attirer l'attention sur les Frères Aînés et Leur Loge Universelle, car étant le fruit le plus élevé de l'évolution, ce n'est que par eux, en coopération avec la famille humaine entière, que pourra se poursuivre la réalisation normale et parfaitement élaborée des plans du Grand Architecte de l'Univers.

Notes du Chapitre 1

  • (1) Essays on some Controverted Questions, Londres, 1891.
  • (2) The Occult World, Londres, 1881.
  • (3) Bhagavad-Gîtâ, ch. 8. Voir la Bhagavad-Gîtâ
  • (4) Bhagavad-Gîtâ, ch. 7

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