aller au contenu|aller au menu principal|politique d'accessibilité

  • style par défaut de la page
  • visualiser cette page en noir sur blanc
  • visualiser cette page en blanc sur noir
  • Livres, Articles
  • W.Q. Judge / Océans
  • Devachan

imprimer cette pageenvoyer le lien vers cette page

"L'Océan de Théosophie", Devachan

Chapitre 13

Ayant montré qu'il existe, immédiatement au-delà du seuil de la vie humaine, un lieu où la partie la meilleure de l'homme se sépare de ses éléments inférieurs et grossiers, nous sommes amenés à examiner quel est, après la mort, l'état de l'être réel, cet être immortel qui voyage de vie en vie. Ayant lutté pour se dégager du corps, l'homme entier entre en kama loka, au purgatoire ; là, luttant à nouveau, il se dégage des skandha inférieurs. Cette période de naissance ayant pris fin, les principes supérieurs, Atma-Buddhi-Manas commencent à penser d'une manière différente de celle que le corps et le cerveau leur permettaient durant la vie. C'est là l'état de devachan, mot sanskrit qui signifie littéralement " le domaine des dieux ", où l'âme éprouve la félicité ; mais, les dieux n'ayant pas de corps semblables aux nôtres, le Soi en devachan est dépourvu de corps mortel. Il est dit dans les livres anciens que cet état dure " un nombre infini d'années ", ou " pendant une période proportionnée aux mérites de l'être " et, quand les forces mentales particulières à cet état sont épuisées, " l'être est attiré de nouveau vers la terre pour renaître dans le monde des mortels ". devachan est donc un intermède entre les naissances sur terre. La loi de karma, qui nous oblige à naître ici-bas, opérant continuellement dans un champ d'action universel, agit aussi sur l'être en devachan car c'est uniquement la force ou l'action de karma qui nous
[ PAGE_116 ]
fait sortir du devachan. Cette action peut être comparée à celle de la pression atmosphérique qui, continue et uniforme, expulse ou écrase l'objet soumis à son action, à moins qu'il n'y ait une quantité équivalente d'atmosphère pour la neutraliser. Dans le cas présent, le karma de l'être est l'atmosphère qui le pousse continuellement d'un état à un autre ; la quantité d'atmosphère qui neutralise cette action est la force des pensées et des aspirations nourries par l'être durant sa vie ; c'est cette force qui l'empêche de sortir du devachan tant qu'elle n'est pas épuisée, mais une fois épuisée elle n'a plus le pouvoir de différer l'application du décret de la destinée que nous nous sommes forgée nous-mêmes.

Cet état post mortem est l'une des nécessités de l'évolution résultant de la nature du mental et de l'âme. La nature même de Manas exige un état dévachanique, dès que le corps est abandonné à cause de l'effet du relâchement des liens placés sur le mental par ses enveloppes physiques et astrales. Pendant la vie, nous ne pouvons mettre à exécution que partiellement nos pensées de chaque instant ; quant à épuiser les énergies psychiques produites par les aspirations et les rêves de chaque jour, nous le pouvons encore moins. L'énergie ainsi produite n'est cependant pas perdue ou annihilée mais est conservée dans Manas, alors que le corps, le cerveau et le corps astral ne permettent pas son plein épanouissement. Gardée ainsi en réserve dans un état latent jusqu'à la mort, cette énergie s'affranchit alors des liens affaiblis qui la retenaient, et plonge Manas, le penseur, dans l'épanouissement, l'utilisation et le développement de la force-pensée engendrée pendant la vie. L'impossibilité d'échapper à cet état nécessaire est due à l'ignorance de l'homme au sujet de ses propres pouvoirs et facultés. De cette ignorance surgit l'illusion, et Manas, n'étant pas complètement libéré, est entraîné par sa propre force dans le mode de penser dévachanique. Mais, bien que l'ignorance soit la cause qui nous plonge dans cet état, le processus, dans son ensemble, est réparateur, reposant, bienfaisant ; car, si l'homme ordinaire reprenait immédiatement un nouveau corps dans la
[ PAGE_117 ]
civilisation qu'il vient de quitter, son âme serait complètement épuisée et privée de l'opportunité nécessaire au développement de la partie supérieure de sa nature.

Dépourvu de corps mortel et de kama, l'Ego se revêt en devachan d'un vêtement qui ne peut être qualifié de corps mais plutôt de moyen ou de véhicule, et dans ce dernier il fonctionne dans l'état devachanique uniquement sur le plan du mental et de l'âme. Tout est alors aussi réel pour lui que ce monde semble l'être pour nous. Il a tout simplement acquis maintenant la possibilité de créer lui-même son propre monde sans être entravé par la vie physique. Son état peut être comparé à celui d'un poète ou d'un artiste qui, dans l'extase de la composition ou de la disposition des couleurs, ne se soucie pas du temps et des objets de ce monde et ne les connaît plus.

Nous créons à chaque instant des causes, et ces causes n'ont que deux champs pour manifester leur effets : ce monde, appelé objectif, et le monde subjectif qui existe tant ici-bas qu'après que nous ayons quitté cette vie. Le champ objectif se rapporte à la vie terrestre et à la partie la plus grossière de l'homme, aux actions de son corps, aux pensées de son cerveau et parfois aussi à son corps astral. Le champ subjectif concerne les parties supérieures et spirituelles de l'homme. Dans le champ objectif, ni les impulsions psychiques, ni les tendances et aspirations élevées de l'âme ne peuvent se manifester ; elles doivent donc être la base, la cause, le substratum et le soutien de l'état devachanique. Quelle sera donc, mesurée en années mortelles, la durée du séjour de l'homme en devachan ?
Il va de soi que, tout en se rapportant à ce que l'homme terrestre appelle le temps, cette question ne touche pas à la signification réelle du temps lui-même, c'est-à-dire à ce que peuvent être en fait, pour notre système solaire, l'ordre ultime, l'antériorité, la succession et la longueur des moments. On peut répondre à cette question par rapport à notre temps, mais certainement pas par rapport au temps sur la planète Mercure, par exemple, où il n'est pas pareil au
[ PAGE_118 ]
nôtre, pas plus, en vérité, que nous ne pouvons comprendre le temps tel que l'âme le conçoit. A ce sujet, chacun peut constater qu'après de nombreuses années l'homme n'a pas la perception exacte du temps qui vient de s'écouler, mais ne peut se souvenir que des quelques incidents qui en ont marqué le passage, les heures et les moments heureux ou poignants semblant dater de la veille. Il en est de même pour l'être en devachan. Là, le temps n'existe pas. L'âme profite de tout ce qui se passe en elle pendant cet état, mais elle ne se livre à aucune spéculation concernant l'écoulement du temps ; tout est fait d'événements pendant que, sur le plan terrestre, l'orbe solaire marque continuellement pour nous les années qui s'écoulent. Il n'y a là rien d'impossible, si nous pensons au fait bien connu dans la vie que les événements, les images, les pensées, les sujets de discussions, les impressions intérieures peuvent passer devant nous dans leurs moindres détails en un instant, ou encore que les événements d'une vie entière se présentent devant l'œil de l'intelligence avec la rapidité de l'éclair, comme le savent bien ceux qui ont failli se noyer. Cependant, comme il a été déjà dit, l'Ego demeure en devachan pendant une période exactement proportionnée aux impulsions psychiques engendrées durant la vie. Mais étant donné que c'est un sujet qui a trait aux mathématiques de l'âme, seul un Maître pourrait dire quelle serait la durée moyenne du séjour en devachan pour l'homme de ce siècle, quel que soit son pays. Nous dépendons donc des Maîtres de Sagesse pour cette moyenne qui doit être basée sur un calcul. D'après eux, et comme M.A.P. Sinnett l'a très bien dit dans le Bouddhisme ésotérique, cette période est de quinze cents ans, en général. En lisant ce livre écrit d'après des lettres des Maîtres, on est amené à conclure que l'auteur désire laisser entendre que la période devachanique dure toujours, et dans tous les cas, quinze siècles ; afin de dissiper ce malentendu, ces mêmes instructeurs écrivirent à une date postérieure que cette période est une moyenne et non pas une durée fixe. Telle doit être la vérité car, comme dans la vie les hommes ont des états d'âme qui durent des
[ PAGE_119 ]
temps qui varient selon l'intensité de leurs pensées, il doit en être de même en devachan, où la force de la pensée est plus grande, bien qu'elle soit toujours due à celui qui l'a produite.

Voici les paroles du Maître à ce sujet : " Le rêve du devachan persiste jusqu'à ce que karma soit satisfait dans ce sens. En devachan il y a dissipation progressive de force ; le séjour en devachan est proportionné aux impulsions psychiques non épuisées produites durant la vie terrestre. Ceux dont les actions furent surtout matérielles seront ramenés plus vite à la renaissance par la force de tanha ". Tanha est la soif de vivre. Ainsi, l'homme qui n'aura pas produit dans sa vie beaucoup d'impulsions psychiques n'aura, dans sa nature essentielle, qu'une force limitée pour maintenir ses principes supérieurs en devachan. Il n'aura guère que les aspirations de son enfance, avant que ses pensées ne se soient fixées sur des idées matérialistes. La soif de vivre, exprimée par le mot tanha, est la force d'attraction ou force magnétique inhérente à tous les êtres et qui réside dans les skandha. Dans le cas en question, la règle générale ne s'applique pas puisque, de toute façon, l'effet global est dû à la résultante des forces et est le produit de l'action et de la réaction. En tenant compte des forces psychiques inépuisées engendrées dans la prime jeunesse, un penseur matérialiste de cette sorte peut émerger du devachan pour prendre un autre corps ici-bas au bout d'un mois. Mais comme de telles personnes diffèrent entre elles par la catégorie, l'intensité et la quantité de pensée et d'impulsion psychique, la durée de leur séjour en devachan sera aussi différente. Les penseurs matérialistes endurcis resteront dans l'état devachanique dans la torpeur ou le sommeil, pour ainsi dire, puisqu'ils n'ont pas en eux de forces appropriées à cet état, sauf de façon très vague ; pour de tels êtres, en vérité, il n'existe pas après la mort d'état mental proprement dit. Ils demeurent engourdis pendant quelque temps et reviennent vivre sur terre. La moyenne générale de la durée du séjour en devachan, dont il a été question, nous donne la longueur d'un cycle humain très important, le Cycle de la Réincarnation. Car, conformément à
[ PAGE_120 ]
cette loi, on verra le développement des nations se répéter, et les temps passés revenir.

C'est la dernière série des pensées puissantes et profondément gravées qui donnera coloration et direction à toute la vie devachanique. Le dernier moment teintera tous les suivants. L'âme et le mental se fixent sur ces dernières pensées et s'en servent pour tisser tout un ensemble d'événements et d'expériences ; en les développant jusqu'à leurs limites extrêmes, ils mettent à exécution tout ce qui n'a pu être réalisé dans la vie. En tissant et en amplifiant ainsi ces pensées, l'entité passe par la jeunesse, la croissance et la vieillesse, c'est-à-dire l'élan impétueux de la force, son expansion et son déclin, jusqu'à l'épuisement final. Si la vie d'un être fut terne, la vie en devachan sera terne aussi ; si elle fut riche, le devachan sera riche en variétés et en effets. Là, l'existence n'est un rêve que dans un sens conventionnel, car c'est une étape de la vie de l'homme, et quand nous nous y trouvons c'est la vie présente qui est un rêve. La vie devachanique n'est en aucun sens monotone. Nous sommes trop enclins à juger tous les états possibles de vie et tous les champs d'expériences d'après notre vie terrestre actuelle et à nous imaginer qu'elle est la réalité. Mais la vie de l'âme est sans fin et ne peut être arrêtée un seul instant. L'abandon du corps physique n'est que la transition vers un autre lieu ou plan d'existence. Cependant, comme les vêtements éthérés du devachan sont plus durables que ceux dont nous nous revêtons ici-bas, les causes spirituelles, morales et psychiques se développent et s'épuisent plus lentement dans cet état que sur terre. Si les molécules qui composent le corps physique n'étaient pas sujettes aux lois chimiques générales qui gouvernent la terre physique, nous vivrions aussi longtemps dans notre corps physique que dans l'état dévachanique. Mais une telle vie d'efforts et de souffrances ininterrompus suffirait à entamer l'âme contrainte à l'endurer. Le plaisir deviendrait alors une souffrance et la satiété finirait en folie immortelle. Aussi la nature, toujours bienfaisante, nous ramène-t-elle rapidement au ciel pour nous reposer et
[ PAGE_121 ]
laisser fleurir ce qu'il y a de meilleur et de plus noble dans notre nature.

Le devachan n'est donc dépourvu ni de sens ni d'utilité.

« Là nous trouvons le repos ; cette partie de notre être qui n'a pu s'épanouir sous les cieux glacés de la vie terrestre y fleurit, et revient avec nous sur terre plus forte et plus intimement liée à notre nature qu'auparavant. Pourquoi nous plaindre de ce que la nature nous aide avec bienveillance dans la lutte interminable, pourquoi penser sans cesse à notre misérable personnalité actuelle et à sa bonne ou à sa mauvaise fortune ? (1) ».

Mais, demande-t-on parfois, qu'advient-il de ceux que nous avons laissés derrière nous ? Les y voyons-nous ? Nous ne les y voyons pas en réalité, mais nous nous faisons d'eux une image aussi parfaite, complète et objective que durant la vie, et en même temps dépourvue de tout ce qui nous semblait alors défectueux. Nous vivons avec eux et les voyons grandir en bonté et en sagesse, plutôt qu'en médiocrité ou en méchanceté. La mère qui a laissé ici-bas un fils ivrogne le trouvera en devachan, sobre et bon ; il en est de même pour tous les autres cas : parents, enfants, maris, femmes, tous y retrouvent ceux qu'ils aiment parfaits et pleins de sagesse ; et tout cela n'a pour but que le plus grand bien de l'âme. Qualifiez-le d'illusion si vous voulez, mais l'illusion est nécessaire au bonheur comme c'est souvent le cas dans la vie. Et puisque l'illusion c'est le mental qui la produit, ce n'est pas une duperie. L'idée d'un ciel situé aux confins de l'enfer, ne peut certainement pas être comparée à la doctrine du devachan car si, selon la conception orthodoxe moderne, vous aviez conservé la faculté de raisonner ou de vous souvenir, vous ne pourriez manquer de savoir que vos amis et vos parents égarés souffrent des tortures éternelles. Cependant les entités en devachan ne sont pas entièrement dépourvues du pouvoir d'aider les êtres laissés sur terre. L'amour,
[ PAGE_122 ]
le maître de la vie, s'il est réel, pur et profond, amènera parfois l'heureux Ego en devachan à exercer une influence salutaire sur ceux qu'il a laissés sur terre, non seulement dans le domaine moral mais aussi dans les circonstances matérielles. Ceci est possible selon une loi de l'univers occulte dont l'explication ne serait maintenant d'aucun profit, mais le fait peut être mentionné. H.P. Blavatsky en a déjà parlé, sans toutefois trop y attirer l'attention.

En dernier lieu il nous reste à considérer si nous pouvons atteindre les êtres en devachan, ou si ce sont eux qui viennent à nous. A moins d'être des Adeptes, nous ne pouvons ni les atteindre, ni les influencer.

La prétention des médiums de pouvoir communiquer avec les esprits des morts est sans fondement, et celle de pouvoir aider les êtres en devachan en a encore moins. Le Mahâtma, cet être qui a développé tous ses pouvoirs et est libéré de l'illusion, peut entrer dans l'état devachanique et communiquer alors avec les Egos qui s'y trouvent. C'est là une des fonctions des Mahâtmas, et c'est la seule école des Apôtres après la mort. Les Mahâtmas s'intéressent à certaines entités en devachan et les aident à sortir de cet état afin qu'elles reviennent sur terre pour le grand bien de la race. Les Egos dont ils s'occupent ainsi ont une nature élevée et profonde, mais n'ont pas encore la sagesse nécessaire pour être capables de surmonter les illusions naturelles du devachan. Il se peut aussi qu'un médium hypersensible et pur entre parfois dans cet état et communique avec les Egos qui s'y trouvent ; cependant le cas est rare. et ne se produit certainement pas dans la majorité des médiums, qui font payer leurs services. Mais l'âme ne descend jamais ici-bas, jusqu'au médium. Et l'abîme qui existe entre la conscience devachanique et celle de cette terre est tellement grand et profond qu'il est bien rare qu'un médium puisse se souvenir, en revenant ici-bas, des choses et des êtres qu'il a rencontrés, vus, ou entendus en devachan. Cet abîme est pareil à celui qui sépare le devachan du retour à la naissance ; là toute mémoire de ce qui précède est effacée.

[ PAGE_123 ]
Toute la période assignée par les forces de l'âme ayant pris fin en devachan, les fils magnétiques qui rattachent l'âme à la terre commencent à affirmer leur pouvoir. Le Soi se réveille de son rêve, il est rapidement emporté vers un corps nouveau puis, juste avant la naissance, il perçoit, l'espace d'un instant, toutes les causes qui l'ont conduit en devachan et qui le ramènent à une vie nouvelle ; comprenant que tout est juste, que tout est le résultat de sa propre vie passée, il ne murmure pas, mais se charge de nouveau de sa croix : une autre âme est revenue sur terre.

Note du Chapitre 13

(1) Lettres du Mahâtma K.H. Voir le Path, volume 5, page 192.

haut de page

© 2009 - 2017 theosophie.fr - mentions légales - webmaster - Valid XHTML 1.0 Strict Valid CSS