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"L'Océan de Théosophie", Karma

Chapitre 11

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Karma est un terme peu familier à l'oreille occidentale. C'est le nom adopté par les théosophes pour désigner une des lois les plus importantes de la nature. Opérant sans cesse, cette loi agit également sur les planètes, les systèmes planétaires, les races, les nations, les familles et les individus. C'est la doctrine jumelle de la réincarnation. Ces deux lois sont entrelacées d'une manière si inextricable qu'il est presque impossible de les considérer séparément. Aucun point ni aucun être dans l'univers n'est exempt de l'action de karma, mais tous sont sous son pouvoir. Punissant l'erreur, c'est néanmoins avec profit qu'il conduit, par la discipline, le repos et la récompense, jusqu'aux sommets lointains de la perfection. Cette loi, qui embrasse à la fois notre être physique et moral, est d'une ampleur si vaste, que seules des périphrases et des explications multiples pourraient en donner le sens dans notre langue. C'est pourquoi le terme sanskrit, karma fut adopté pour la désigner.

Appliquée à la vie morale de l'homme, c'est la loi de causalité éthique, de justice, de récompense et de châtiment, la cause des naissances et des renaissances, mais également le moyen de se libérer de l'incarnation. Considérée d'un autre point de vue, c'est simplement les effets découlant des causes, action et réaction, l'exact résultat de chaque pensée et de chaque action. C'est l'acte et le résultat de l'acte, car le sens littéral du mot est action. La Théosophie considère
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l'univers comme un tout intelligent ; chaque mouvement dans l'univers est donc une action de ce tout conduisant à des résultats qui, à leur tour, deviennent les causes de résultats ultérieurs. Prenant karma dans son sens le plus large, les anciens hindous disaient que tous les êtres jusqu'à Brahma étaient sous sa loi.

Karma n'est pas un être mais une loi, la loi universelle d'harmonie qui, sans jamais se tromper, rétablit l'équilibre après toute perturbation. Sur ce point cette théorie est en contradiction avec la conception courante de Dieu édifiée à partir du système juif qui considère que le Tout-Puissant est une entité pensante extérieure au cosmos, qui construit, puis, trouve sa construction privée d'harmonie, dépourvue de proportions, défectueuse, déséquilibrée, et se voit ainsi obligée à démolir, détruire ou punir ce qu'elle a créé. Cette croyance a conduit des milliers d'êtres à vivre dans la crainte de Dieu, conformément aux commandements qu'il aurait formulés, dans l'espoir d'obtenir une récompense et de se mettre à l'abri de sa colère, ou bien elle les a plongés dans les ténèbres qui résultent de la négation de toute vie spirituelle. Mais comme tout être humain voit clairement, douloureusement même, que se poursuit en nous et autour de nous une destruction constante, une guerre continuelle, non seulement parmi les hommes mais partout dans le système solaire, semant l'affliction dans toutes les directions, la raison exige une solution à cette énigme. Les pauvres, ne percevant ni refuge, ni espoir, implorent à grands cris un Dieu qui ne répond pas: à la vue des opportunités et du bien-être offerts aux riches, l'envie surgit en eux. Ils voient les riches débauchés, les opulents insensés, se réjouir impunément. Mettant en doute une justice qui permet qu'une telle misère soit le lot de gens qui n'ont rien fait pour mériter de naître sans ressources, sans les opportunités nécessaires pour s'instruire, sans nulle aptitude pour surmonter les obstacles créés par les conditions sociales, raciales ou les événements, ils s'adressent à leur instructeur religieux qui leur répond : "  C'est la volonté de Dieu ". Des parents mettent au monde
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des enfants tendrement aimés qui sont fauchés par une mort prématurée au moment même où l'avenir était plein de promesses. A leur question " pourquoi suis-je ainsi éprouvé ? " eux aussi ne reçoivent comme réponse que la même allusion, contraire à la raison, à un Dieu inaccessible dont la volonté arbitraire cause leur misère. C'est ainsi que, dans toutes les circonstances de la vie, les pertes d'êtres chers, les blessures, les persécutions, le manque d'opportunités, les forces mêmes de la nature travaillant à la destruction du bonheur de l'homme, la mort, les revers, les déceptions assiègent continuellement le juste comme le méchant. Mais nulle part nous ne trouvons de réponse ou de réconfort, sauf dans l'ancienne vérité que chaque homme crée et modèle sa propre destinée, étant le seul qui mette en mouvement les causes de son propre bonheur et de son propre malheur. Dans une vie il sème, dans la suivante il moissonne ; et c'est ainsi que la loi de karma le pousse continuellement et éternellement.

Karma est une loi bienfaisante, entièrement miséricordieuse et inflexiblement juste, car la véritable miséricorde n'est pas une faveur mais l'impartiale justice.

Mes frères ! la vie de chaque homme
Est le résultat de ses existences précédentes ;
Les torts passés amènent chagrins et souffrances,
Le bien passé engendre la félicité...
Telle est la doctrine de karma (1).

Mais de quelle manière la vie présente est-elle affectée par cette action passée, juste et injuste, et est-ce toujours sous forme de châtiment ? Karma ne serait-il que le destin sous un autre nom, une destinée déjà établie et fixée à laquelle il serait impossible d'échapper ? Cela ne nous induirait-il pas à penser et agir avec insouciance, la destinée ne pouvant en être affectée ? Karma n'est pas fatalisme. Tout ce qui a été fait dans un corps antérieur aura des conséquences dont l''Ego jouira ou souffrira dans sa nouvelle incarnation, car ainsi
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que l'a dit Saint Paul : "  Mes frères, ne vous abusez point ; on ne se joue pas de Dieu ; ce que l'homme sème, il le moissonnera ". L'effet est dans la cause, et karma en produit la manifestation dans le corps, le cerveau et le mental fournis par la réincarnation. Et puisqu'une cause produite est liée directement à l'homme dont elle émane comme d'un centre, chacun vit les résultats de ses propres actions. Il peut sembler parfois que nous récoltons les effets qui ne proviennent que des actions d'autrui mais ceci n'est que le résultat de nos propres actions et pensées soit de cette vie soit d'une vie antérieure. C'est toujours en compagnie d'autrui que nous agissons et ces actes et leurs pensées sous-jacentes sont toujours en rapport avec les autres et avec nous-mêmes.

Aucun acte n'est accompli sans avoir une pensée à sa racine, au moment de son accomplissement, ou comme motif préalable. Ces pensées résident dans la partie de l'homme que nous avons appelée Manas, le mental, et elles y restent comme des liens subtils mais puissants, avec des fils magnétiques qui enserrent le système solaire et au moyen desquels des effets variés sont produits. Ici entre en jeu la théorie avancée dans les pages précédentes selon laquelle le système entier auquel ce globe appartient est vivant et conscient sur tous les plans, bien que la soi-conscience ne se manifeste que chez l'homme ; cette théorie explique en effet comment la pensée qui est à la base d'un acte accompli dans cette vie peut produire un résultat dans cette incarnation ou dans la prochaine. Les merveilleuses expériences modernes de l'hypnotisme montrent que la plus légère impression — si reculée qu'elle puisse être dans l'histoire de la personne — peut être réveillée, ce qui prouve qu'elle n'était pas perdue mais seulement latente. Prenons par exemple le cas d'un enfant né bossu, de très petite taille, la tête enfoncée dans les épaules, les bras longs et les jambes courtes ; quelle en est la raison ? C'est son karma, le fruit de ses pensées et actions dans une vie précédente ; il méprisa, persécuta ou blessa de quelque façon une personne difforme avec tant de
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persistance ou de violence que l'image de sa victime infirme s'est imprimée dans son mental immortel. L'intensité et la persistance de l'image seront en proportion de l'intensité de la pensée, exactement comme lorsqu'il s'agit d'une impression sur la plaque sensible photographique ; selon que l'exposition est longue ou courte, l'impression sur la plaque sera forte ou faible. Ainsi, ce penseur, cet acteur — l'Ego — rapporte avec lui cette image lorsqu'il renaît, et si la famille vers laquelle il est attiré pour s'incarner a dans sa lignée des tendances physiques similaires, l'image mentale amènera le corps astral en voie de formation à prendre un aspect difforme par osmose électrique et magnétique à travers la mère de l'enfant. Or, comme tous les êtres sur terre sont indissolublement unis, l'enfant difforme est aussi le karma des parents, la stricte conséquence de pensées et d'actions similaires de leur part dans d'autres vies. Voilà une justice infaillible que ne peut fournir aucune autre théorie.

Si, en guise d'illustration, nous reprenons l'exemple précédent, nous voyons qu'un être humain difforme peut souvent avoir une nature heureuse, une intelligence excellente, un jugement sain et toutes sortes de bonnes qualités morales, et ceci nous conduit à conclure qu'il doit exister, pour chaque cas individuel, différentes sortes de karma qui opèrent évidemment dans plus d'une partie de notre être, et sont susceptibles de produire des effets agréables dans l'une et désagréables dans une autre.

Il y a trois sortes de karma :

Premièrement : celui qui n'a pas encore commencé à produire des effets dans notre vie, d'autres causes karmiques opérant sur nous. Ceci est conforme à une loi bien connue des physiciens, selon laquelle deux forces opposées tendent à se neutraliser, l'une des deux pouvant être assez forte pour empêcher temporairement l'action de l'autre. Cette loi opère tant sur les plans ou sphères invisibles, mentaux et karmiques de l'être que sur les plans matériels. La force d'un certain groupe de facultés corporelles, mentales et psychiques, avec leurs tendances, peut inhiber complètement
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l'action sur nous de causes auxquelles nous sommes liés, car l'action de cette loi met en jeu la nature entière de l'être. Les faibles et les médiocres offrent donc un faible foyer à karma et, pour eux, le résultat général d'une vie est limité, bien qu'il puisse leur sembler très lourd. Mais l'homme fort, au caractère large et profond, ressentira les effets d'une plus grande quantité de karma que l'homme plus faible.

Deuxièmement : le karma que nous sommes maintenant en train de créer ou de mettre en réserve par nos pensées et nos actions et qui se manifestera dans le futur, lorsque, dans une autre vie, l'Ego se réincarnera dans le corps, le mental et l'entourage appropriés, ou bien toutes les fois que le karma obstructif sera écarté.

Cela concerne à la fois la vie présente et la prochaine. Car on peut atteindre en cette vie le point où, toutes les causes antérieures ayant été épuisées, le karma nouveau, ou celui tenu en réserve, doit commencer à agir.

C'est dans cette catégorie que se rangent les cas de revers de fortune, ou ceux d'amélioration, que ce soit dans les circonstances ou dans le caractère. Pour notre conduite présente cela a une importance capitale. Tandis que l'ancien karma suit son cours sans pouvoir être arrêté, il serait sage que l'homme pense et agisse maintenant, dans les circonstances présentes, quelles qu'elles soient, de manière à ne produire aucune cause mauvaise ou préjudiciable à sa naissance prochaine ou aux années futures de cette vie-ci. La révolte est inutile, car la loi agit toujours, que l'on pleure ou que l'on se réjouisse. De Lesseps, le grand ingénieur français, est un bon exemple de cette classe de karma. Ayant vécu pendant de longues années dans l'apogée de la gloire et du succès, il tomba subitement, couvert de honte par le scandale du canal de Panama. Innocent ou coupable, il eut l'humiliation de voir son nom mêlé à une entreprise nationale souillée de subornation et de corruption, dans laquelle de hauts fonctionnaires furent impliqués. C'était la manifestation d'anciennes causes karmiques qui agirent sur lui, dès que furent épuisées celles qui avaient gouverné les années
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précédentes de sa vie. Napoléon ler en est un autre exemple car il atteignit un haut degré de gloire, puis tomba soudainement et mourut en exil et en disgrâce. D'autres cas nombreux se présenteront à l'esprit du lecteur réfléchi.

Troisièmement : le karma qui a commencé à produire des résultats. C'est l'action de causes créées en compagnie d'autres Egos, dans des vies précédentes, et qui opère maintenant sur nous, parce qu'étant le mieux adapté à la souche de la famille, au corps individuel, au corps astral et aux tendances de la race de la présente incarnation, ce karma peut se manifester clairement, tandis qu'un autre, non encore épuisé, attend son tour.

Ces trois classes de karma gouvernent les hommes, les animaux, les mondes et les périodes d'évolution. Chaque effet découle d'une cause précédente, et comme tous les êtres renaissent constamment, ils vivent continuellement les effets (eux-mêmes des causes) des pensées et des actions d'une incarnation précédente. Ainsi, comme le dit Saint Matthieu, chacun doit répondre de chaque parole et de chaque pensée, et nul ne peut y échapper, ni par la prière, ni par le favoritisme, ni par la force, ni par tout autre intermédiaire.

Comme les causes karmiques se divisent en trois classes, elles doivent pouvoir agir dans des domaines différents. Elles opèrent sur l'homme dans sa nature mentale et intellectuelle, dans sa nature psychique, dans son corps et dans les événements. Karma n'affecte jamais la nature spirituelle de l'homme, et n'a aucune prise sur elle.

Une espèce de karma peut agir en même temps et au même degré sur les trois plans de notre nature mentionnés ci-dessus, ou il peut y avoir un mélange de causes, les unes agissant sur un plan, les autres sur un plan différent. Prenons, par exemple, une personne difforme ayant une intelligence brillante et une déficience dans sa nature psychique ; elle jouit d'un bon karma dans sa nature mentale et intellectuelle, tandis qu'un karma correctif et déplaisant opère sur son corps, mais psychiquement le karma ou la cause étant d'un
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genre indifférent, le résultat sera aussi indifférent. Pour d'autres, ce sera une autre combinaison. La personne peut avoir un corps accompli, être entourée de circonstances favorables, mais posséder un caractère morose, hargneux, irritable, vindicatif, morbide et désagréable pour elle-même et pour les autres. Dans ce cas c'est un bon karma physique qui opère en même temps qu'un très mauvais karma mental, intellectuel et psychique. A la pensée du lecteur se présenteront des cas de gens nés dans un milieu élevé, ayant toutes les opportunités et tous les pouvoirs et qui cependant sont des faibles d'esprit ou deviennent subitement fous.

Or, de même que tous ces aspects de la loi karmique gouvernent l'homme individuel, ils agissent également sur les races, les nations et les familles. Prise dans son ensemble, chaque race a son karma. S'il est bon, cette race progresse ; s'il est mauvais, elle s'éteint — annihilée en tant que race — bien que les âmes qui la constituent reprennent leur karma dans d'autres races et dans d'autres corps. Les nations ne peuvent échapper à leur karma national, et toute nation ayant mal agi en souffrira tôt ou tard. Le karma du XIXè siècle en Occident est le karma d'Israël, car le plus simple des novices peut se rendre compte que c'est l'influence mosaïque qui domine les nations européennes et américaines. Les Aztèques de jadis et les autres anciens peuples d'Amérique disparurent parce que leur karma — résultat de leur propre vie en tant que nations dans un passé lointain — retomba sur eux et les détruisit. Pour ce qui concerne les nations, cette lourde opération karmique se manifeste toujours par la famine, les guerres, les convulsions de la nature et la stérilité des femmes. Cette dernière cause se produit vers la fin et emporte tout ce qui reste de la nation. Aussi cette grande doctrine prévient l'individu faisant partie d'une race ou d'une nation que s'il permet à ses pensées et à ses actions de tomber dans l'indifférence, en s'identifiant ainsi au karma moyen général de sa race ou de sa nation, ce karma l'entraînera finalement dans la destinée générale. Voici pourquoi les
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instructeurs d'antan ont déclaré avec force : " Sortez des rangs et soyez séparés ".

La doctrine de karma jointe à celle de la réincarnation explique les misères et les souffrances du monde, et ne laisse aucune latitude pour accuser la nature d'injustice.

La misère de toute nation, de toute race, est le résultat direct des pensées et des actions des Egos qui composent cette race ou cette nation. Dans un passé lointain ils agirent méchamment, ils en souffrent maintenant. Ils violèrent les lois de l'harmonie. La règle immuable veut que l'harmonie soit rétablie lorsqu'elle a été violée. Aussi ces Egos souffrent-ils pour compenser cette violation et rétablir l'équilibre du cosmos occulte. La masse entière des Egos doit continuer à s'incarner et à se réincarner dans cette nation ou dans cette race, jusqu'à ce qu'ils aient tous entièrement épuisé les causes mises en mouvement. Quoique la nation puisse disparaître pour un temps en tant que forme physique, les Egos qui l'édifièrent ne quittent pas ce monde, mais deviennent les fondateurs d'une nouvelle nation dans laquelle ils doivent poursuivre leur tâche et recevoir leur châtiment ou leur récompense, conformément à leur karma. Les anciens Égyptiens illustrent cette loi. Il est vrai qu'ils atteignirent un degré de développement très élevé, mais il n'en est pas moins vrai qu'ils s'éteignirent en tant que nation. Cependant les âmes - les anciens Egos - continuent à vivre, constituent une nouvelle nation, contemporaine, et y accomplissent maintenant la destinée qu'ils se sont eux-mêmes forgée. Il se pourrait bien que ces Egos constituent la nouvelle nation américaine, ou bien la juive, condamnée à errer de par le monde et à endurer de grandes souffrances infligées par la main des autres. Ce processus est parfaitement juste. Prenons comme exemple les États-Unis et les Indiens d'Amérique. Ces derniers ont été traités de la manière la plus honteuse par la nation américaine. Les Egos indiens renaîtront dans le peuple nouveau et conquérant et, comme membres de cette grande famille, ils seront alors eux-mêmes les instruments qui produiront les justes résultats des actes commis
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contre eux, alors qu'ils vivaient dans des corps de Peaux-Rouges. C'est ainsi que les choses se passèrent jadis, et c'est ainsi qu'elles se reproduiront dans l'avenir.

Le malheur individuel de toute vie est expliqué de la manière suivante :

  • a) C'est le châtiment pour le mal fait dans des vies précédentes ; ou
  • b) c'est une discipline assumée par l'Ego pour éliminer des défauts, ou pour acquérir force d'âme et compassion. Lorsque les défauts sont éliminés, c'est comme si on enlevait les barrages d'un canal d'irrigation pour laisser l'eau s'écouler librement. Le bonheur est expliqué de la même manière : il est le résultat du bien de vies antérieures.

La base scientifique rendant évidente la nécessité de vivre selon une véritable éthique se trouve dans cette doctrine et dans nulle autre. Car s'il fallait pratiquer cette éthique rien que pour elle-même, les hommes ne comprendraient jamais, et jamais ils ne comprirent, que cette simple raison doive suffire pour les pousser à bien agir. Si c'est la crainte qui nous fait suivre les principes éthiques, la dignité de l'homme en est rabaissée et il trouvera sûrement moyen de s'esquiver ; si c'est l'espoir de la faveur du Tout-Puissant, faveur qui n'est basée ni sur la loi ni sur la justice, alors nous aurons précisément ce qui existe aujourd'hui : un code donné à l'Occident par Jésus, professé par les nations et jamais pratiqué, sauf par quelques êtres qui, de toute façon, auraient été vertueux.

On peut trouver dans la Secret Doctrine (2) le passage suivant, écrit sur le sujet par les Adeptes :

Les voies de karma ne seraient pas impénétrables si les hommes travaillaient dans l'union et l'harmonie au lieu de travailler dans la désunion et la lutte. Notre ignorance de ces voies — qu'une partie de l'humanité appelle les voies sombres et inextricables de la Providence, tandis qu'une autre y voit l'action du fatalisme aveugle, et une troisième le simple hasard, sans dieux ni démons pour les guider — notre ignorance disparaîtrait sûrement si nous voulions seulement les attribuer toutes à leur cause réelle. Avec la
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connaissance juste ou tout au moins une conviction basée sur la confiance que nos voisins ne cherchent pas plus à nous nuire que nous ne songerions nous-mêmes à leur faire du mal, les deux tiers des maux du monde s'évanouiraient dans les airs. Si personne ne faisait de mal à son frère, Karma-Némésis n'aurait pas de cause pour agir ni d'arme pour assurer son action... C'est journellement et de nos propres mains que nous traçons le cours sinueux de nos destinées, alors que nous nous imaginons poursuivre notre chemin sur la grande route royale de la respectabilité et du devoir, et nous nous plaignons ensuite de ce que ces voies soient si inextricables et si sombres. Nous restons déroutés en présence du mystère qui est notre œuvre et des énigmes de la vie que nous ne voulons pas résoudre, puis nous accusons le grand Sphinx de nous dévorer. En vérité, il n'y a pas un accident dans notre vie, pas un mauvais jour ni une souffrance, dont on ne puisse rattacher la cause à nos propres agissements dans cette vie ou dans une autre... La connaissance de karma donne la conviction que si

« ... La détresse de la vertu et le triomphe du vice
Rendent l'humanité athée »

c'est uniquement parce que l'humanité a toujours fermé les yeux à cette grande vérité que l'homme est lui-même son propre sauveur et son propre destructeur ; qu'il n'a pas à accuser le ciel et les dieux, le destin et la Providence, de l'apparente injustice qui règne dans l'humanité. Qu'il se rappelle et répète plutôt ce fragment de sagesse grecque qui prévient l'homme d'avoir à s'abstenir d'accuser Cela qui,

« Juste, bien que mystérieux, nous conduit infailliblement,
Par des voies non tracées, de la faute au châtiment ».

Car ce sont là les voies et la grande route poursuivies maintenant par les grandes nations européennes dans leur marche en avant. De même que leurs frères orientaux de la Cinquième Race, toutes les nations et toutes les tribus des Aryens occidentaux ont eu également leur âge d'Or et leur âge de Fer, leur période d'irresponsabilité relative ou l'âge Satya de pureté, tandis que maintenant plusieurs d'entre elles ont atteint leur âge de Fer, le Kali Yuga, un âge noir d'horreurs. Cet état durera... aussi longtemps que nous ne commencerons pas à agir de l'intérieur au lieu d'obéir toujours aux impulsions venant de l'extérieur... Jusque-là, le seul palliatif est l'union et l'harmonie, une Fraternité dans les actes et un altruisme qui ne le soit pas simplement de nom.

Notes du Chapitre 11

  • (1) La Lumière de l'Asie, par Edwin Arnold.
  • (2) Secret Doctrine Vol. l, page 643. Édition originale.

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