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"Les Rêves et l'Éveil Intéreur", Choix de rêves commentés selon la Théosophie

par H. P. Blavatsky  et W.Q. Judge

Sommaire :

  1. A. Remarques générales sur l'utilité des rêves
  2. B. Rêves intéressant l'histoire de la personnalité, dans son contexte terrestre

 

Les témoignages qui suivent sont extraits d'une rubrique spéciale de la revue The Path intitulée «Tea Table Talk» (Discussion à l'heure du thé). Publiés assez régulièrement, de décembre 1886 à juillet 1893, ces textes mettent en scène de façon très vivante des personnages différents que réunit un même intérêt pour le vécu de la recherche spirituelle. On trouve ainsi autour de la table, à l'heure du thé, plusieurs dames (anonymement désignées par «la mère», «la veuve», etc.) commentant les faits à l'ordre du jour avec des interlocuteurs masculins tels que «l'étudiant en médecine» ou simplement «l'étudiant»), un digne «professeur» à. la barbe de philosophe, un homme de loi dénommé «Didyme», le sévère et taciturne «Quickly» (très probablement W.Q. Judge lui-même), sans oublier «Julius», le signataire de toutes ces rubriques. Même si ce dernier nom recouvre l'identité d'un ou plusieurs collaborateurs de confiance de Judge (dont l'un de ses disciples, Mrs Julia ver Planck, qui fut la principale destinataire des Lettres qui m'ont aidé (1), il est certain que ces documents, d'une grande valeur instructive, ont reçu l'approbation du directeur de la revue, W.Q. Judge, qui demeura jusqu'à sa mort la figure centrale du mouvement théosophique en Amérique.

Dans le numéro de janvier 1887, une note aux lecteurs avertissait : «Toute personne souhaitant recevoir une réponse à des questions, ou communiquer des expériences authentiques de rêve, etc., est invitée à s'adresser à «Julius» (The Path, P. 0. Box 2659)...» Grâce aux nombreuses contributions qui ne tardèrent pas à affluer dans la suite, nous avons ainsi aujourd'hui à notre disposition un large éventail de témoignages véridiques, accompagnés de commentaires théosophiques dignes de confiance. La très riche matière de ces «Discussions», répondant à l'attente des lecteurs, a été classée ici en multiples catégories, illustrant divers types de rêves, avec l'enseignement particulier qu'ils apportent. Dans la pratique, pour simplifier au mieux la présentation, il a paru souhaitable, après quelques remarques générales d'introduction, de distinguer deux classes principales de témoignages, en séparant — sans les opposer absolument — les rêves qui sont manifestement liés à l'histoire de l'homme incarné, dans son vécu journalier, et ceux qui accompagnent l'éveil intérieur de l'être.

Bien entendu, ces exemples ne sauraient épuiser ce vaste sujet mais ils offrent déjà une large provision de faits d'expérience et d'explications appropriées, permettant au lecteur d'approfondir sa recherche, à la lumière des enseignements de Mme Blavatsky donnés en première partie (2).

A. Remarques générales sur l'utilité des rêves(↑ sommaire)

 

1. Du cauchemar digestif au rêve prophétique, l'expérience nocturne est riche d'enseignement

(Path, vol. 7, pp. 194-6, sept. 1892)

« À quoi peuvent bien servir les rêves ?» demanda l'autre jour le professeur. Serait-ce utile pour nous de leur prêter la moindre attention ? J'ai rêvé que le canard que nous avions mangé à dîner l'autre jour avait grandi à la dimension d'un éléphant et qu'il me menaçait en agitant sa patte palmée. C'était vraiment terrifiant.»

« Et alors», reprit l'étudiant, qui regardait fermement le professeur, «cela inspirait de la terreur ? Ne voyez-vous rien de significatif dans le fait que quelqu'un était effrayé par ce canard imaginaire ?»

« Ce n'était qu'une image dans mon cerveau», répondit le professeur.

« Oui, c'est très vrai : une image produite par une mauvaise digestion ; mais vous ignorez un fait d'une immense importance en rapport avec cette image : ce canard inexistant a produit un choc sur l'être intérieur qui perçoit. La personne et les facultés qui font reculer votre corps devant ce que vous appelez un réel danger à l'état de veille sont la même personne et les mêmes facultés qui ont été terrifiées par le canard de votre rêve»

« Vraiment», dit le professeur, «je n'avais pas regardé les choses sous cet angle. Voulez-vous dire que même dans cet exemple stupide j'ai eu une expérience introspective me démontrant, au moyen de l'état de rêve, la réalité de l'existence et du fonctionnement de mon être, en tant que personne véritable en moi-même ?»

[Ici, une interlocutrice proposa un autre rêve :]

« Quant à moi, j'ai rêvé que j'essayais un nouveau chapeau à brides devant la glace, en pensant combien j'avais de chance d'avoir le premier de la nouvelle mode, quand Lady Eleanor entra et devint immédiatement verte de jalousie devant ce bonheur qui me revenait.»

« Oui», remarqua l'étudiant, «c'était juste le contraire de cette histoire de canard grand comme un éléphant. La cause de votre rêve n'était pas l'indigestion, et il était agréable : il apportait une satisfaction à votre amour de la parure personnelle, non exempt du désir de dépasser les autres femmes, célibataires ou non. Mais en vous la personne intérieure perçut l'événement que votre mental évoqua, et en tira du plaisir. Cette personne intérieure ne voit jamais les objets matériels. Elle n'a perception que de l'idée des objets, qu'ils lui soient présentés par les sens éveillés ou par le mental dans les rêves. C'est un penseur qui regarde ces idées. Et que le rêve soit en lui-même insensé ou non, le grand fait demeure que quelqu'un l'a perçu. Dans nos moments de veille, nous courons après des choses insensées tout autant que nous le faisons en rêve. Nous appelons cela l'expérience, qu'elle soit sage ou folle, qu'elle poursuive des buts élevés, ou le contraire. Pourquoi refuserions-nous de tirer parti de nos rêves, en tant qu'expérience appropriée à cet état ? Pour le penseur, l'expérience est la même qu'elle lui parvienne par ce que voit l'œil éveillé ou par les propres mouvements du mental dans un rêve.»

Le professeur prit un air sérieux quelque temps et déclara :

« Vous avez jeté une lumière sur le sujet, mais que dire des rêves d'autres sortes ? Sont-ils également insensés, et ne servent-ils tous qu'à l'effet mentionné ?»

« Non, ils ne sont pas tous semblables. Mais il y a rêveurs et rêveurs. Ce n'est pas tout un chacun qui est un véritable rêveur au sens ancien du terme. Certains rêves sont des visions de la nuit. L'homme réel voit alors bien des faits de la vie, de l'histoire, de la famille, des nations. À ce moment il n'est pas lié par le corps et, de ce fait, il tire des conclusions immédiates. Il peut percevoir une guerre qui se prépare, parce qu'il voit tous les faits qui doivent conduire à une guerre et, en conséquence, il imprime sur le cerveau des images de batailles, d'armées, de drapeaux. Il peut aussi percevoir l'arrivée d'événements isolés qui sont en rapport avec lui-même, ou d'autres personnes. Ceci pour la raison que rien ne peut survenir sans être précédé d'une cause. Lui-même regarde les causes en spectateur, en calcule instantanément les résultats — même jusqu'aux dates exactes — et en projette ensuite l'image sur le cerveau qui sert de récepteur. Si l'homme est un roi — et en même temps un bon rêveur de cette catégorie — ses visions de rêve ont un rapport avec le royaume et peuvent ainsi avoir plus d'importance que ceux du paysan. Mais cependant il arrive que des rêveurs de ce genre soient des gens obscurs qui ont plus d'une fois des rêves qui concernent tout le royaume. Toute idée (en dehors des sujets de pure mathématique) se présente au mental comme une image, ou un drame — et non en paroles. Il s'ensuit souvent que le cerveau déforme et dénature l'image, d'où la confusion qui en résulte.»

« II arrive aussi parfois que nous rêvions de gens dont nous ignorons s'ils sont vivants ou morts, ou s'ils ont jamais existé. C'est que, dans certains cas, notre soi intérieur à l'état de rêve rencontre le soi d'un autre que nous avons connu dans une vie antérieure mais que nous sommes incapables alors d'identifier avec notre expérience cérébrale actuelle. Cependant il ne s'agit pas de visions absurdes, ni de fictions imaginaires.»

« Et puis il y a le genre de rêve que font souvent ceux qui s'efforcent de réaliser la vie supérieure et de développer leurs facultés intérieures. Il arrive alors, dans certains cas, que l'individu se voie attaqué et poursuivi. C'est l'effet de la lutte entre la nature supérieure et l'inférieure et, dans certains cas, une terreur envahit l'être lorsque des passions et tendances opposées de jadis semblent prendre le dessus. Cette peur produit une image de poursuite ou de bataille, et le rêveur s'éveille dans l'état que génère ordinairement un cauchemar. Si l'aspiration vers la vie supérieure est maintenue vivante mais ne s'accompagne pas d'un changement correspondant en pensée et en acte dans le quotidien, le rêve se répète, avec peut-être des variantes de détail : il ne cesse de se présenter que si la lutte est abandonnée (et que l'individu replonge dans un genre de conduite inférieur) ou bien lorsque la bataille est gagnée en s'astreignant au mode opposé de vie et de pensée.»

Le professeur remercia l'étudiant en promettant de poser d'autres questions un autre soir, et nous nous réunîmes tous dans une autre pièce pour discuter de prophéties théosophiques si fréquemment répétées, selon lesquelles notre civilisation égoïste ne peut manquer de faire naître de très graves luttes de société.

2. Le rêve appelle le sceptique à réfléchir sur le côté caché de la vie.

(Path, vol. 3, p. 327, janv. 1889)

Un correspondant écrit :

« J'ai une amie graveuse. Elle est d'un tempérament sceptique, elle repousse avec dédain la Théosophie, et trouve seulement «curieux» les faits qu'elle me rapporte. La semaine dernière, elle a rêvé qu'elle se rendait au siège d'une revue, mais au lieu de voir comme d'habitude l'employé responsable des illustrations, elle était invitée à entrer dans le saint des saints pour rencontrer un grand directeur. C'était une pièce qu'elle ne connaissait guère. Le personnage lui dit qu'il avait demandé à la voir pour lui faire graver un portrait de Wm. Lloyd Garrison dont le tableau était au mur. L'homme attira l'attention de la graveuse sur l'ancienneté de l'oeuvre et les craquelures du vernis, en lui enjoignant particulièrement de les reproduire.

« Tel fut ce rêve : le lendemain, elle se rendait au bureau de la revue et là, exactement, la vision se réalisa dans tous les détails — jusqu'aux craquelures du portrait. Bien sûr, cette amie fut étonnée et décrivit la chose comme très singulière.»

Précisément. Et ce qui me paraît encore plus singulier c'est que de tels incidents dans leur vie ne fassent pas réfléchir les gens. Il y a pour l'occulte une telle masse d'indices qui suffiraient à prouver, un million de fois plus, la réalité de tout autre sujet au public le plus borné du monde, mais les mêmes gens qui acceptent comme absolument vrai chaque fait scientifique — disons de la chimie, par exemple — [...] se railleront sans merci d'un occultiste s'il tente de suggérer l'existence réelle de l'invisible. Combien d'entre nous ont une expérience pratique du fait que l'eau est composée de deux gaz particuliers ? Pourtant nous considérerions comme un ignorant complet celui qui en douterait. Mais si on nous demande d'accepter les dires de l'Occultiste comme une hypothèse de travail, nous nous découvrons aussitôt une lucidité et une sûreté de jugement bien trop grandes pour nous plier à une telle attitude inconsidérée, et exigeons une preuve que nous ne faisons pas nous-mêmes l'effort de chercher. Ainsi sommes—nous faits — ou plutôt nous sommes-nous faits. Kismet !

B. Rêves intéressant l'histoire de la personnalité, dans son contexte terrestre(↑ sommaire)

Tous les témoignages appartenant à cette classe font ressortir la capacité de perception extrasensorielle de l'homme à l'état de rêve : l'information peut alors lui parvenir, au delà des limites du temps et de l'espace, et rester telle quelle dans la mémoire, ou se présenter au réveil d'une manière symbolique, avec parfois d'importantes déformations dues à de multiples interférences.

1. Rêves d'événements inconnus ou imprévisibles, confirmés ultérieurement

Dans cette catégorie, le rêveur perçoit des événements, parfois très anodins, qui se placent dans une échelle de temps pouvant être très large.

1.1 Rêves intéressant des individus

— a. Clef générale d'interprétation : tout événement est inscrit dans la lumière astrale.

(Path, vol. 3, p. 322, janv. 1890)

Quand le poète écrivit que «les événements futurs projettent leurs ombres annonciatrices», il exprima intuitivement un fait scientifique. Tout ce qui est, ou fut, existe dans la lumière astrale ; et, dans ce qu'on appelle «le rêve», l'âme scrute cette lumière — à l'un de ses niveaux, supérieur ou inférieur, selon le cas — et y voit des faits du passé, du présent, ou de l'avenir. Parfois, ces événements sont clairement reproduits sur le cerveau et transmis à la mémoire de veille ; parfois, ils sont mélangés à d'autres choses dans l'intervalle du retour à l'état de veille, ou brouillés par des vibrations physiques, ou autres, et finalement l'image présentée au mental éveillé est floue et fantastique. Quant à savoir «comment ces images sont venues là», une explication complète n'est pas possible. Il manque à la fois les termes et la connaissance qui permettraient d'expliquer un si grand mystère. Car c'est un mystère pour le mental : il faut le voir pour le connaître. Ce qu'on peut dire c'est que la lumière astrale est le miroir universel ; elle renferme les modèles de toutes choses : en elle se trouvent toutes formes, aussi bien que les images de tous les événements. Ce qui est, d'une manière ou d'une autre, commence par être placé là comme un centre d'énergie, et ainsi se constitue le moule qui donnera la forme objective, ou l'événement. On peut dire que la création de ce moule, ou cette mise en place préalable — cette apparition à l'existence subjective de la chose qui est appelée ensuite à avoir une existence objective — est effectuée par l'empreinte de l'idée produite sur la substance universelle par le mental universel, ou l'idéation cosmique. De la même manière, mais à un degré moindre, le cerveau humain produit des images dans l'æther de toutes ses pensées — images qui sont plus ou moins nettes selon la quantité d'énergie qui les revêt. Ceci est causé par le pouvoir créateur de la pensée, tout comme une vibration peut provoquer une cristallisation ou faire apparaître des dessins géométriques dans une couche de sable ou de limaille de fer étendue sur une lame de verre, par le moyen d'un son.

— b. Révélation d'événements passés : ici, le sujet (l' «étudiant en médecine») revoit en rêve les péripéties d'extractions dentaires subies sous anesthésie.

(Path, vol. 3, p. 130, juil. 1888)

Pour l'extraction de quatre dents de sagesse, on lui avait administré du gaz (3), en quantité nécessaire pour venir à bout de sept personnes : malgré cela, il ne resta sous son influence qu'une cinquantaine de secondes au bout desquelles il revint à lui, pendant qu'on lui retirait la quatrième dent. Il n'éprouva aucune suite désagréable, et il vaqua à ses occupations le reste de la journée mais, la nuit suivante, un cauchemar très particulier l'affligea cinq fois de suite : à peine s'endormait-il que la vision lui revenait dans tous ses détails. À la cinquième fois, il resta éveillé et nerveux pour le reste de la nuit.

Dans son rêve, il était étendu inconscient dans le fauteuil du dentiste à inhaler le gaz tandis que, par ailleurs, son autre soi observait la scène depuis un autre point du cabinet. Le dentiste se penchait anxieusement sur son patient et soudain criait à son assistante : «Enfin, le voilà parti !» II rejetait le masque de côté, saisissait son davier, arrachait la première molaire supérieure droite, la rejetait de son davier (d'où elle roulait derrière le fauteuil), puis la dent inférieure droite était lancée par-devant, à gauche du fauteuil, ensuite c'était au tour de la dent supérieure gauche de tomber, une fois extraite, dans le crachoir ; à ce moment, malgré la hâte du dentiste, le patient revenait à lui. La première dent était barrée — chose peu courante — et l'assistante avait poussé une exclamation d'horreur en la voyant. Toute la scène avait offert un spectacle de précipitation et d'inquiétude.

Le lendemain, en questionnant le dentiste, l'étudiant constata que ces détails étaient tous corrects, quant à l'ordre et à la pratique opératoire, si bien qu'il avait fait là l'étrange expérience d'être informé du contenu d'un état d'inconscience physique en passant par un autre état d'inconscience — qu'on appelle le sommeil.

— c. Visions d'événements survenant au moment du rêve.
1er rêve

1er rêve, transmis par un homme doué de pouvoirs psychiques qu'il ne cherchait d'ailleurs pas à exploiter.

(Path, vol. 3, p. 266, nov. 1888)

Un jour qu'il était assis dans sa cabane, où il vivait seul, et qu'il somnolait devant une tasse de thé après une rude journée de labeur, l'homme se mit d'un seul coup à rêver : il avait l'impression d'être chez son plus proche voisin et d'entendre la famille parler de lui ; il nota les positions de chacun, dans le fauteuil, ou près de la cheminée, ou encore à table. Il s'éveilla, mit son imperméable et pataugea cinq kilomètres sous la pluie pour gagner la maison de son ami : là, il décrivit son rêve, et constata qu'il correspondait exactement à ce qui s'était passé alors.

Ces rêves apportent la preuve de la réalité du soi intérieur et parfois ils traduisent un effort de la part de l'âme pour éveiller l'homme extérieur à une conscience d'une double existence.

2ème rêve

(Path, vol. 3, pp. 267-8, nov. 1888)

« Le chef-lieu de notre comté est à environ 80 kilomètres de notre séjour (J-ville) et, bien qu'il n'y ait pas de chemin de fer, nous sommes reliés par télégraphe. Hier, l'employé était malade, et comme j'ai de l'expérience dans cette branche, on vint me chercher pour envoyer cette dépêche : «Au Dr Smith, L-ville. Prière venir d'urgence. Réponse immédiate. G. Jones (4).»

« Comme il était environ 18 heures, nous attendions une réponse pour le soir. Au bout de quelque temps, je retournai chez moi, pour revenir vers 21 heures mais c'est en vain que je tentai d' «attraper» le bureau de L-ville. Le lendemain, ma femme se leva à 7 heures et cela me tira suffisamment du sommeil pour que je pense qu'il me faudrait aller au bureau pour voir si une réponse était arrivée de L-ville. Mais je retombai bientôt endormi. Je rêvai que je me rendais au bureau pour appeler l'autre poste et que je recevais la réponse suivante : «A G. Jones, J-ville. Impossible venir. Maladie dans la famille. Dr E.S. Smith.»

« Quand je me réveillai pour de bon — c'est-à-dire peut-être au bout de quelques minutes — je m'habillai en hâte et filai au bureau, m'attendant à voir mon rêve se réaliser, pourtant à la question que je lui faisais l'employé répondit : «Rien de nouveau.» Je revins chez moi, oubliai mon rêve, pris mon petit déjeuner [...] jusqu'à ce qu'un garçon du magasin me prévienne que M. H. désirait me voir une minute. Je retournai donc au poste pour recevoir la dépêche ainsi libellée :

« A G. Jones, J-ville. Impossible venir. Maladie dans la famille. Dr Smith.»

« Toutefois, mon rêve ne me revint pas à l'esprit avant environ 13 heures, alors que j'étais en train de lire l'article «Astral Intoxication» dans le numéro d'octobre du Path. J'eus alors la soudaine vision du rêve, qui se réalisait ainsi presque littéralement. Je dis presque, car, vous le voyez, dans le rêve, le message était signé Dr E.S. Smith, alors qu'en réalité il ne portait que Dr Smith. Je savais bien que l'une de ses initiales était E. sans être certain qu'il en ait eu d'autres, mais dans mon rêve je me souviens avoir noté le S. dans la signature. Il apparaît donc qu'il n'y a que le E. Ai-je vu dans mon rêve le message à l'instant où le docteur l'écrivait — c'est-à-dire, je pense, à peu près au moment où je m'étais rendormi ?»

Notre correspondant a vu le message soit pendant qu'il était écrit, soit avant. La détermination de la part du docteur de l'écrire constituait, dans la lumière astrale, la même chose que le fait même de l'écrire. L'étudiant devrait procéder à toutes les vérifications nécessaires, en écrivant à «Smith» pour savoir s'il avait décidé d'écrire le message quelque temps avant de le faire, où s'il avait signé «E.S. Smith» en barrant ensuite les initiales (etc.). Il y a des chances aussi que la dépêche ait été relayée par une station télégraphique intermédiaire. Une erreur a bien pu se glisser dans la retranscription. Il faut donc établir tous les faits. La même chose est arrivée à Quickly. Un employé avait reçu l'ordre de lui télégraphier mais l'avait oublié : très inquiet, il s'en était souvenu trop tard pour le faire. Cette inquiétude imprima fortement le message dans la lumière astrale : Quickly le vit en rêve, et quand l'employé arriva à son domicile, le lendemain de bonne heure, pour faire sa confession, Quickly vérifia le fait.

3ème rêve

(Path, vol. 6, p. 48, mai 1891)

Un visiteur [...] en conversation avec le professeur raconta que dans un rêve il avait vu son ami D. tout en feu dans la région au-dessus de l'estomac, et qu'en lui versant de l'eau dessus il avait éteint le foyer brûlant. Ce rêve avait eu lieu la nuit du dimanche précédent. Environ un jour ou deux après ce récit, D. écrivit qu'il avait été malade cette nuit du dimanche et avait été très éprouvé par des vagues de chaleur qui l'avaient envahi depuis les hanches. Il avait souffert d'un grave rhume pendant des jours, mais le lundi matin il s'était senti beaucoup mieux au moment où son ami rêvait que le feu s'éteignait.

— d. Visions du futur proche.
1er rêve

(Path, vol. 2, p. 158, août 1887)

«  J'ai rêvé que je me trouvais dans une bibliothèque, cherchant un livre que je n'arrivais pas à trouver. Finalement, j'ai demandé à l'employé qui me dit : «Eh bien ! il est sur ce rayon.» Je répliquai que je ne pouvais pas le trouver à l'endroit indiqué ; sur quoi, il s'y rendit avec moi et, sous mes yeux, me descendit l'ouvrage désiré. Le matin suivant, j'étais au bureau du Greffier du Tribunal pour préparer des documents. Je demandai à l'employé un papier particulier conservé dans un dossier, et il s'enquit de savoir si la date concordait avec les jugements du Tribunal pour 1884, en me suggérant de faire la comparaison avec les livres classés sur une certaine étagère. Je regardai comme il m'avait dit, mais finalement lui fis part de mon incapacité à trouver l'année 1884. Sur quoi il vint vers moi en disant : «C'est ici», et il me montra du doigt un livre posé à part sur un rayon, encore une fois juste sous mes yeux : à ce moment, en un éclair, mon rêve me traversa l'esprit.»

2ème rêve

(Path, vol. 1, p. 381, mars 1887)

« Trois fois j'ai rêvé que je recevais une lettre dans une enveloppe bleue : chaque fois je l'ai reçue effectivement le lendemain. Une nuit, j'ai rêvé que je lisais, dans un paragraphe du Sun, qu'on avait fabriqué une nouvelle protection pour les canons permettant de mettre à l'abri les artilleurs : le lendemain, ce journal contenait ce paragraphe exact. Je n'avais jamais de ma vie songé à cette question de protection des artilleurs. Une autre nuit, je me trouvais en rêve dans une ville en feu de toutes parts : le lendemain, le Sun racontait l'incendie de Little Rock (Arkansas).»

— e. Vision d'un futur éloigné.
1er rêve

(Path, vol. 4, p. 321, janv. 1890)

«  Un hiver, je rêvai d'un pont élevé dont l'arche franchissait une rivière bordée d'arbres et de jeunes arbustes au feuillage vert tendre d'un début de printemps. Le soleil se couchait et ses rayons inclinés tombaient sur l'eau en striant sa surface de lumière d'or et de pourpre. Je remarquai particulièrement la branche d'un arbre en partie cassée, dont les feuilles à moitié mortes formaient par leur teinte jaune un frappant contraste avec le reste du feuillage. Il y avait sur le pont trois personnes, formant un groupe serré, regardant par-dessus le parapet ; j'étais au centre ; à ma gauche se tenait une dame pour laquelle j'avais (il s'agit ici du je de l'image, car il y a une double conscience dans toutes mes expériences qui rendent difficile la tâche de les relater exactement) les sentiments de la plus grande amitié, bien que son visage ne m'apparût pas (à moi qui étais sur le pont) ; à ma droite, se trouvait un homme que le «je» du rêve semblait connaître, mais dont «moi», la rêveuse, ignorait l'identité. Tout me parut si net et vivant que j'en parlai le lendemain à l'amie mentionnée plus haut. Le printemps suivant, d'une façon inattendue pour l'une et l'autre, il arriva que nous visitâmes ensemble Washington D.C. et, un après-midi, un ami de cette amie nous emmena faire un tour à Cabin John's Bridge où nous dînâmes ; après quoi, juste quand le soleil se couchait, nous allâmes jusqu'au pont où nous nous arrêtâmes pour regarder par-dessus le parapet : tout était là comme je l'avais vu en rêve, jusqu'à la branche cassée, avec ses feuilles jaunes !

«  À peu près à la même époque, j'avais rêvé que mon amie et moi nous trouvions sur un navire de haute mer. Nous faisions simplement une inspection, puis nous partions. Eh bien ! pendant notre séjour à New York, avant de partir à Washington, mon frère nous invita à visiter l'un de ces bateaux — ce que nous fîmes.»

2ème rêve

(Path, vol. 2, p. 158, août 1887)

Une nuit, Quickly rêva qu'il allait dans une rue voisine et constatait que plusieurs maisons avaient été modifiées et comportaient de nouvelles vérandas et des portes en bois de cerisier d'Amérique. Le lendemain, il s'y rendit mais ne découvrit aucun changement. Un mois après, tout était transformé comme il l'avait vu en rêve (...) II y avait aussi une porte peinte en bleu qu'il voyait souvent (à l'état de veille) dans la lumière astrale, et à propos de laquelle on le plaisantait souvent (...) Et voici qu'aujourd'hui il nous écrit triomphant : «Cette fameuse porte bleue était finalement une histoire de seconde vue. La porte de l'autre côté de la rue, que je vois matin et soir, a bien été refaite comme je l'avais vue. Je pense que j'ai dû percevoir l'image juste au moment où le propriétaire a décidé de la repeindre dans les quelques mois à venir. Sa pensée et sa détermination ont produit une forte image que j'ai saisie, et ainsi j'ai vu la chose se réaliser. La plupart des gens, presque chaque jour, déterminent dans leur pensée ce qu'ils feront dans les semaines qui suivent, et ainsi l'éther est constamment plein de telles images. Et ces images de choses si bien fondées qu'elles doivent bientôt se matérialiser sont perçues par nous.»

3ème rêve

(Path, vol. 3, p. 267, nov. 1888)

«  Une nuit, j'ai vu en rêve une lettre m'arriver du rédacteur en chef de la revue X, qui paraissait accompagnée d'une autre venant de vous, expédiée dans une enveloppe de format moyen n° 9. À ce moment je m'éveillai, en conservant seulement un fort désir de lire la lettre du rédacteur qui, j'en avais l'impression, devait contenir des nouvelles désagréables. Dans la suite, cette lettre arriva effectivement : elle visait à m'informer qu'un article diffamatoire me concernant avait été envoyé au rédacteur qui avait refusé de le publier. À la lecture de la lettre j'eus exactement la pénible sensation ressentie pendant mon sommeil. Mais il fallut attendre plusieurs jours l'arrivée de votre lettre qui, en fait, était sans rapport avec celle du rédacteur. Et l'enveloppe était du petit format usuel. Cependant, elle contenait des informations pouvant effectivement intéresser la revue X : j'écrivis donc pour faire parvenir une note au rédacteur, mais quand j'en vins à y joindre la vôtre, je vis que l'enveloppe avec son adresse écrite était trop petite. Machinalement, je fouillai dans mes affaires pour en trouver une autre — de format moyen n° 9 — et j'y enfermai le tout : à cet instant, la lettre vue en rêve me traversa l'esprit en un éclair.»

Ces lettres faisaient la chronique d'événements d'importance, et à caractère d'épreuve, dans la vie du rêveur. Il se trouvait ainsi averti d'avance, et cette expérience est un bon exemple de la façon dont la vision perd de sa pureté et se déforme en passant d'un plan à l'autre, avant d'émerger sur celui de la conscience normale. Le sujet psychique entraîné la perçoit comme un tout, où sont respectées les proportions relatives. C'est toute la différence entre un nuage qui se diffuse en se répandant par degrés dans l'atmosphère sans garder sa forme, et une bouffée bien délimitée de fumée qui, envoyée intentionnellement, et sans rencontrer d'obstacles, se fraie un passage dans l'air pur et tranquille, avec une forme parfaite, que l'on aperçoit complète en elle-même et dans le rapport convenable qu'elle a avec son environnement.

Notes à propos des rêves prémonitoires

À plusieurs reprises, des lecteurs du Path se sont inquiétés des suites pratiques a donner à de tels rêves. Voici deux réponses de la rédaction de la revue.

1° - (Path, vol. 4, pp. 322-3, janv. 1890)

Un correspondant, qui a eu déJà des rêves prémonitoires vérifiés, nous rapporte une douloureuse expérience onirique, et pose les questions suivantes :

  • 1) Du fait que les précédents rêves étaient exacts, celui-ci se vérifiera-t-il aussi ?
  • 2) Peut-on empêcher l'événement pénible annoncé, ou faire quelque chose pour arrêter les personnes vues en rêve, dans la démarche où elles paraissaient alors s'engager, pour finir si mal en définitive ?
Réponse l

On ne peut absolument pas conclure qu'un rêve donné se vérifiera pour la raison que d'autres se sont révélés vrais antérieurement... Il peut se vérifier, ou pas du tout. Mais assurément, il vaut mieux ne pas y penser comme devant se vérifier — ou ne pas y penser du tout — parce que, en y pensant, on en crée dans la lumière astrale des images, revêtues de plus ou moins d'énergie et de vie, qui sont susceptibles d'impressionner des personnes sensibles.

Réponse 2

On ne saurait jamais affirmer assez clairement qu'on ne peut empêcher le cours de la Loi. Si quelque chose doit arriver à une personne, nul ne saurait s'opposer à la circonstance karmique. Cependant, il peut s'agir seulement d'une menace, et c'est peut-être alors le karma d'un individu extérieur d'entrer en scène pour empêcher l'accident ou l'infortune. C'est donc indiscutablement notre devoir de faire ce que nous pouvons pour écarter d'autrui le danger, ou la souffrance, et, après avoir fait tout notre possible, de bannir de notre mental la préoccupation du résultat. Tout ce que nous devons ou pouvons faire c'est notre devoir. À ce devoir s'attache tout effort altruiste. Une fois que nous l'avons accompli, nous devrions nous départir de toute inquiétude pour le résultat et calmement accepter le cours de la Loi.

2° -  (Path, vol. 4, p. 381, mars 1890)

Récemment, une personne de la S. T. m'écrivit pour me raconter certains rêves prémonitoires qui s'étaient chaque fois vérifiés. Elle ajouta un autre récit concernant un certain ami (dont elle m'indiqua le nom) : elle avait rêvé qu'il mourait en conséquence de son habitude de prendre les trains en marche. C'était pour elle l'occasion de deux questions :

  • 1) À mon avis, le fait de la véracité des autres rêves tendait-il à prouver que celui-ci se vérifierait aussi ?
  • 2) Pourrait-on faire quelque chose pour empêcher que les événements ainsi prévus arrivent ?

J'ai répondu comme il suit :

Réponse l

La véracité des rêves antérieurs constitue une certaine probabilité — sans plus. Un rêve prémonitoire donné pourrait se révéler complètement faux, malgré l'exactitude de la moyenne des autres.

Réponse 2

Rien ne saurait être fait pour détourner le cours de la Loi, si les événements ont été écrits, pour ainsi dire, dans le livre de la destinée. Et il ne serait pas sage d'essayer de le faire d'une quelconque façon occulte. Mais nous ne pouvons être sûrs que les choses ont été ainsi écrites, et il est tout indiqué dans ce cas de recourir aux précautions et actions ordinaires dictées par le bon sens, par exemple en pressant cet ami d'abandonner une dangereuse habitude, etc.

Peu de temps après, la dame m'écrivit pour m'annoncer la mort soudaine de son ami, en joignant les détails publiés de son décès. Toutefois, il n'avait pas été tué comme elle l'avait rêvé : il était mort d'une attaque à la suite de brusques revers en affaires. Elle me demanda si ce fait n'indiquait pas un symbolisme dans son rêve : n'arrivant pas à «prendre en marche» un certain train d'événements ou de circonstances, n'était-il pas tombé et mort sous le choc ? II me semble bien que c'est le cas. Et toute histoire montre le peu de confiance que l'on doit accorder aux rêves, ou à leurs détails, car, comme on le voit, dans le cas de mon premier correspondant, nos pensées mêmes à propos d'un événement sont souvent suffisantes pour provoquer une certaine action karmique dans un sens donné.

Nous formons en quelque sorte le monde dans lequel la force karmique peut circuler et se dépenser. Une authentique expérience onirique devient confuse en filtrant jusqu'à notre conscience ordinaire ; ses détails se déforment, se brisent, s'altèrent, et le cerveau de veille ne la rapporte pas avec précision. En dehors d'un voyant entraîné, nul ne peut faire confiance à sa mémoire de l'expérience de rêve, et même un tel être est susceptible d'erreur — en dehors du cas des adeptes pleinement confirmés. Il semble donc que nous ayons intérêt à étudier ces expériences sans les surévaluer. Pour ma part, j'accorderais l'attention qui convient à un rêve — pour ce qui est d'examiner son contenu — mais je ne lui permettrais pas de prendre racine dans mes pensées à un autre titre que celui d'une vision imaginaire, ou, au mieux, d'une éventuelle suggestion. Le bon sens est un guide inestimable dans toutes ces questions, et en Occultisme il n'a pas de prix.

1.2. Rêves communs a deux individus

ler rêve : échange entre deux compagnons de travail.

(Path, vol. 1, p. 381, mars 1887)

«  J'ai rêvé l'autre nuit que j'avais une discussion avec un compagnon d'étude théosophique ; le lendemain, il m'a dit avoir rêvé de moi cette même nuit ; j'étais venu lui dire : «J'en ai assez de tes bêtises ; il faut que tu deviennes sérieux.» C'est précisément ce que dans mon rêve je lui disais moi-même. Et aussi, quand notre père est mort : quatre fois, la même nuit, mon frère et moi avons rêvé que nous le voyions et l'entretenions du même sujet.»

2ème rêve : communication d'une information d'importance secondaire.

(Path, vol. 6, p. 48, mai 1891)

«  Ces derniers temps j'étais occupée par une affaire prosaïque de robe à confectionner : hier, j'ai discuté avec une parente de l'opportunité d'utiliser ou non de la ganse jaune, en adoptant finalement cette solution. Puis j'ai écrit à une de mes amies (qui est veuve), de venir m'aider à faire cette robe. Elle a reçu la lettre le soir même, mais je n'y mentionnais ni les fournitures prévues ni le style de la coupe. La nuit, je rêvai que je discutais avec elle de cette robe, en évoquant la fameuse «ganse jaune». Elle rêva la même nuit qu'elle était près de moi à parler de la robe ; je lui expliquais que nous emploierions de la «ganse jaune». C'est à mon avis un exemple de communication par le canal du rêve. Mais sommes-nous justifiées à penser que nous nous sommes effectivement rencontrées, hors de notre corps pendant notre sommeil ?»

Non, il n'y a aucune raison pour nous assurer qu'il y a eu une quelconque intercommunciation consciente. Il y a eu une communauté de rêve en rapport avec des faits intéressant l'une des rêveuses, et le courant qu'établit cette expérience commune a eu comme vecteur la lettre qui invitait sa destinataire à venir faire de la couture. Il est plus que probable que chacune des deux a élaboré l'imagerie de son rêve indépendamment de l'autre. Mais, bien sûr, il faut se rappeler ici que, dans la lumière astrale, les images de faits et conversations qui ont lieu effectivement gardent leur trace, ce qui a pu permettre à la seconde rêveuse de les en extraire, pour finalement en conserver la mémoire au réveil.

1.3. Rêves de type prophétique intéressant une nation

Le témoignage qui suit provient d'une personne naturellement clairvoyante «douée d'un sens psychique remarquablement affiné».
(Path, vol. 3, pp. 265-6, nov. 1888)

« Un matin de février 1866, alors que mon corps était profondément assoupi, mon soi intérieur se libéra, semble-t-il, de toute limitation de temps et d'espace. Et voici que j'étais debout, sur le rivage d'un vaste océan. Un bateau apparut sur la mer. Il s'imposait au regard, de l'océan à la voûte bleue du ciel. Je demandai : «Quel est ce navire ?» Bien qu'il n'y ait eu personne en vue, la réponse vint, claire et distincte : «C'est le navire de l'État.» À ce moment je remarquai qu'il était drapé de noir de bas en haut. J'observai mais ne vis personne à bord. Ce me fut un grand choc de constater qu'il n'y avait personne à la barre. Je fus envahie d'une sensation comparable à celle d'une décharge électrique. Je vis le bateau chavirer et se coucher sur le côté mais bientôt il se redressa, pour se mettre à dériver lentement, vers le sud. Puis, une fois de plus, en pleine mer, il chavira et se coucha, mais alors il se mit à s'enfoncer lentement, d'une façon progressive, sous les vagues, et on voyait des bulles monter au-dessus de lui. Une voix proche me dit : «C'est la fin définitive d'une forme de Gouvernement.» Sous le coup de ces paroles, je m'éveillai. Il faisait plein jour. Je n'ai guère besoin de vous rappeler la mort de Lincoln, les tendances sudistes de Johnson et plus tard la fin tragique de Garfield, sans oublier le changement ultérieur de politique dans le gouvernement de la nation.» Ici nous ne suivons pas notre amie dans son interprétation car nous croyons que la catastrophe finale évoquée visait un événement qui reste à venir. Depuis un certain temps nous avons reçu, de l'Orient et d'ailleurs, des prédictions qui concernent une grande révolution dans les affaires américaines.

«  Également, trois jours avant l'assassinat de Garfield par Guiteau (5), il me fut donné dans les mêmes conditions de voir un chêne majestueux. À ma question : «De quoi ce chêne est-il le symbole ?», la réponse fut : «C'est un monarque parmi les chênes, et il symbolise le Pouvoir.» Instantanément, l'arbre s'abattit dans un grand fracas, en provoquant une grande confusion. Je pensai que la chute avait dû blesser une multitude de gens et, en même temps, me vint la certitude que Garfield serait tué. Quelques jours seulement s'écoulèrent et un ami, à qui j'avais confié la chose, vint me voir et me dit : «Tu avais raison ; Garfield a été assassiné».»

2. Rêves avertisseurs d'un danger

2.1 Annonce d'un danger auquel échappera le sujet

ler rêve

(Path, vol. 4, pp. 380-1, mars 1890)

Un correspondant raconte un rêve où il s'est trouvé en compagnie d'un théosophe éminent et de sa femme. Celle-ci lui remit un anneau, sorte de talisman protecteur, de la part de son mari, en ajoutant ces mots : «M. L., souvenez-vous de Ferncliff.» Pour le rêveur inattentif, elle insista : « Écrivez Ferncliff trois fois dans votre mémoire, pour ne pas l'oublier en vous réveillant.» Le rêve se confirma comme il suit :

«  Le lendemain soir en marchant dans Fulton Street, à Brooklyn, le mot «Ferncliff» imprimé sur une affiche de théâtre accrocha mon regard en me rappelant mon rêve. L'instant suivant, j'arrivais à un croisement de rues, mais alors que je quittais le trottoir une forte impulsion me domina pour m'arrêter, et je sentis comme une poigne qui saisissait fermement mon bras pour me ramener en arrière. Je tournai la tête pour voir qui avait pris mon bras mais ne vis personne — pas même un fantôme. À ce moment, un attelage lancé à folle allure surgit brusquement du coin d'une rue sombre et les roues passèrent à quelques centimètres de mes pieds. Sans cette amicale main invisible qui m'avait tiré en arrière j'aurais été renversé par les chevaux.»

2ème rêve.

(Path, vol. 2, pp. 377-8, mars 1888)

«  Une nuit j'ai rêvé que j'étais seule et que je conduisais un traîneau attelé de deux chevaux ; à un moment, je croisai une charrette chargée de foin : les chevaux prirent peur et détalèrent avec moi. Vu que jamais je ne voyage en traîneau, ni ne vais seule en voiture à cheval, et que de plus les charrettes chargées de foin ne circulent généralement pas dans la neige profonde, je m'amusai bien, après mon réveil, de toute cette histoire abracadabrante. Mais, ce matin-là, d'une façon très inattendue, une voisine m'envoya son traîneau attelé de deux chevaux en me demandant de lui rendre un service. Je partis donc avec le cocher, mais, au bout de peu de temps une partie du harnais céda. L'homme descendit pour le réparer et, pendant qu'il était sur le côté de la route, une charrette chargée de foin déboucha sur nous d'un tournant de la route. Les chevaux partirent à faire des bonds et... le cocher les saisit par les rênes et l'histoire s'arrêta là...»

2.2. Rêve symbolique permettant d'éviter un accident mortel

(Path, vol. 1, pp. 285-6, déc. 1886)

Mme D. était à sa maison de campagne. Une nuit, elle rêva qu'elle se levait et s'approchait de sa fenêtre pour contempler au-dehors la scène familière qu'éclairait la lune. À sa surprise, elle remarqua des gens marchant par couple et traversant la pelouse dans sa direction ; puis vint encore plus de monde, dont beaucoup de personnes connues d'elle. Pendant qu'elle observait cette procession, arriva finalement un corbillard conduit par un garçon. Il arrêta le sinistre véhicule sous la fenêtre, et tournant vers la dame un visage balafré où se jouaient les rayons de la lune, il appela : «Êtes-vous prête ?»

Mme D. poussa un cri et s'éveilla pour se retrouver dans son lit, la victime d'un rêve. Plus tard, en le racontant à sa famille, elle remarqua : «Si jamais je devais voir ce garçon, je le reconnaîtrais aux affreuses cicatrices qu'il a sur le visage.»

Quelque temps après, nous retrouvons cette dame debout dans un couloir d'hôtel à attendre l'ascenseur. Pendant qu'il émergeait lentement à la vue, elle fut attirée par la tête du garçon qui le manœuvrait. «Où donc ai-je vu cette tête ?» pensait-elle, et, perdue dans ses interrogations, elle mit du temps à s'avancer pour entrer dans la cabine. Au moment où elle faisait un pas pour y pénétrer, le garçon tourna le visage vers elle, en disant : «Êtes-vous prête ?» Là, elle revit ces grandes cicatrices pendant que, dans sa vision intérieure, défilait lentement la procession funèbre de son rêve. Bouleversée et effrayée, elle fut prise d'un impérieux désir de s'enfuir ; elle profita de l'arrêt de l'ascenseur à l'étage suivant pour en sortir, au lieu de monter plus haut, comme elle en avait eu le dessein. Elle demeura immobile quelques instants pour récupérer son calme — et aussi pour se raisonner — quand soudain un horrible fracas se fit entendre, suivi bientôt d'un silence de mort. Puis ce fut un tumulte de voix excitées : la machinerie s'était rompue et la cabine avait chuté jusqu'au rez-de-chaussée, entraînant dans la mort tous ses occupants.

[À la fillette qui lui rapportait ce récit, Julius demanda qui avait bien pu prévenir la dame par ce rêve :]

«  Oh ! moi, je pense que c'est son âme — d'une certaine manière [...]»

[Et Julius de conclure :]

«  Allez vers les enfants, questionnez leurs frais instincts, leurs curieuses façons, leurs habituelles impulsions et fantaisies, par-dessus tout leur esprit de corps (6), et ce que vous apprendrez sur l'Occultisme de ces esprits encore plastiques vous surprendra. Je parle d'expérience !»

2.3. Rêve symbolique préparant le sujet à accepter les conséquences d'un accident

(Path, vol. 2, pp. 316-7, janv. 1888)

Un ami nous raconte un cas intéressant. Le personnage principal est un homme dans la force de l'âge, naturellement robuste et en bonne santé, qui n'a jamais donné prise à la moindre superstition, ni montré de capacités psychiques évidentes. Il n'a sans doute jamais entendu parler de Théosophie, ni de quoi que ce soit dans ce domaine. Il appartient à une Église protestante et [...] a des vues très larges en toute chose.

Une nuit, cet homme rêva : un pouvoir auquel il ne pouvait résister avait décrété qu'il devait renoncer à sa fille tendrement aimée ; elle devait mourir. Terrible perspective : il fit appel à ce pouvoir, ou plutôt aux pouvoirs qu'il pressentait en pensée, sans avoir, dans son rêve, une claire conception de leur nature, pour obtenir la grâce de sa fille. La décision était inexorable.

Finalement, il demanda qu'on lui permette d'offrir sa propre vie pour sauver celle de son enfant. Cette proposition fut acceptée et il se prépara à la dernière scène qui lui sembla avoir le caractère d'une exécution capitale en public. Au dernier moment, il entendit une voix disant qu'il avait été mis à l'épreuve ; les pouvoirs se déclaraient satisfaits du caractère généreux de son offre de donner sa vie en échange de celle de sa fille ; ainsi sa bonne disposition était acceptée au lieu du sacrifice prévu — et père et enfant auraient la vie sauve. Mais l'affaire étant grave, la voix déclara que les choses ne se passeraient pas si facilement, pour tomber vite dans l'oubli ; aussi devait-on retirer à notre homme une partie de sa force : il fallait qu'il perde son bras droit. En racontant plus tard son rêve, il expliqua : «Aussi longtemps que je vivrai, je n'oublierai jamais le sentiment que j'eus en présentant mon bras droit sur le billot : un sentiment de fière satisfaction, presque joyeuse, de pouvoir par ce sacrifice sauver la vie de ma chère enfant.»

À son réveil, l'ensemble du rêve était si net dans son souvenir qu'il le raconta à sa femme dans tous ses détails. Il se leva, s'habilla et sortit sans tarder pour donner, avant le petit déjeuner, des instructions concernant ses affaires. Il n'avait pas dépassé deux ou trois pâtés de maisons que son pied glissa sur le trottoir mouillé : aussitôt il projeta son bras droit en arrière pour amortir la chute, ressentit une violente secousse avec une douleur aiguë et, en se relevant, il constata que son bras était inerte et sans force. Le médecin de famille diagnostiqua une fracture de l'omoplate, mais, en entendant les circonstances de l'accident, déclara qu'une telle fracture était impossible sans un coup direct sur l'os. Un expert chirurgien consulté confirma cependant le premier diagnostic, bien qu'il n'ait jamais entendu parler d'un tel cas de fracture indirecte. Pendant six semaines, le bras fut maintenu absolument immobile et sans force.

Vous pouvez voir ici tous les éléments d'authenticité : le rêve a été raconté à un tiers avant tout indice possible de sa réalisation, la blessure est en étroite correspondance avec la nature du sacrifice demandé dans le rêve et, finalement, l'incapacité est provoquée d'une façon qu'un éminent chirurgien déclare presque unique dans les annales de la chirurgie.

Ce récit fait également ressortir à quel point nous sommes susceptibles de voir les pensées qui nous préoccupent le plus à l'état de veille (7) se mélanger à ce que nous voyons ou entendons en rêve, en démontrant comment ces images oniriques — tout comme les perceptions des clairvoyants et visionnaires — sont affectées par la personnalité et ses réminiscences cérébrales. Seul un Adepte peut être sûr de voir dans la «lumière astrale» sans l'interférence de sa personnalité, parce que lui seul sait contrôler les vibrations du cerveau et, pour ainsi dire, le paralyser le temps de l'expérience. Un extrait de la Doctrine Secrète de Mme Blavatsky (8) montre tout ce que peut recouvrir cette question de vibrations, et il y a bien des suggestions scientifiques concernant les principes cosmiques qui, appliqués à la constitution de l'homme, peuvent largement récompenser les efforts des étudiants qui réfléchissent.

2.4. Impression de rêve obligeant à une démarche évitant un accident collectif

(Path, vol. 3, pp. 357-8, fév. 1889)

«  Un jour de novembre dernier, je m'éveillai impressionné par l'idée que j'aimerais bien faire un petit tour jusqu'à la gare de Sterling Valley [...] à moins de deux kilomètres de la maison de nos amis où nous étions en visite. C'était bien la première et unique fois que j'éprouvais une telle impulsion sans cause apparente. Je dis un mot de ce sentiment à ma femme avant de quitter la chambre pour aller déjeuner ; mais pendant cette réunion à table je fus pris par la conversation et oubliai mon désir de balade à la gare. Cependant, quand la famille se mit à réciter les prières, l'impression que je devais aller à cette gare devint si forte que je m'enfuis dès que je le pus.

«  Arrivé sur les lieux, sans avoir eu de motif conscient d'y venir, et n'ayant rien à y faire, je bavardai un moment avec l'employé, puis je me mis à aller et venir le long de la voie. Finalement, je fus tenté de pousser jusqu'à un aiguillage situé à quelques dizaines de mètres à l'ouest de la gare. Il n'y avait aucun sujet d'intérêt particulier pour m'y appeler, car j'avais vu tout ce qu'il y avait à voir ; mais n'ayant rien d'autre à faire — et comme il faut souvent peu de chose à un homme désoeuvré pour le pousser à des actes qu'il n'a aucune raison d'accomplir — je me rendis jusqu'à l'aiguillage. Là, je découvris qu'une pièce du rail d'acier de la voie principale était rompue et hors de sa place normale. Ce n'était pas une pièce de grande dimension — peut-être moins d'une trentaine de centimètres en tout — mais il est arrivé que de grands désastres découlent de plus petites choses.

«  Je me hâtai d'aller raconter ma découverte à l'employé. Il télégraphia sur-le-champ pour qu'on avertisse le rapide qui, à cette heure, devait être presque attendu à la gare qui se trouve juste avant Sterling Valley, à l'ouest : quand le train arriva finalement, il passa très lentement sur la partie endommagée, au lieu de filer à toute vitesse.»

  3. Rêves liés à la mort

3.l. Vision au moment du décès d'un tiers

(Path, vol. 2, p. 378, mars 1888)

Quickly avait [...] un rêve à raconter [...] Son domicile était à New York et il avait dans ses relations un homme qui était mieux connu de la famille de son oncle que de lui-même. Un jour, il partit à Washington et s'installa dans une maison particulière [...] La seconde nuit qui suivit son arrivée, il fit un rêve : il était à New York, en train de rentrer chez lui par la porte du sous-sol, en compagnie du personnage mentionné plus haut et de sa propre sœur décédée. Au moment où ils allaient entrer, l'homme mit la main sur la voûte sous laquelle il passait : soudain, celle-ci s'effondra sur lui, en le recouvrant complètement. Chacune des personnes du rêve parut éprouver de très vives inquiétudes à son sujet. Le lendemain, Quickly nota son rêve dans son journal personnel et l'écarta de sa pensée. Comme il n'écrivait pas chez lui, il n'entendit pas parler du personnage avant de retourner à New York où il apprit que l'homme avait fait une chute grave qui avait entraîné un mal chronique. Il était mort la nuit même du rêve.

Le professeur, qui avait écouté avec l'air naturel de Monsieur-je-sais-tout, remarqua à la fin du récit que le rêve avait sans doute été déclenché par la revue panoramique des événements de l'existence de l'individu mourant qui se déroulait rapidement dans son mental à cet instant (9) : au moment où l'homme avait repris conscience de ses relations avec Quickly, ce souvenir avait vibré en liaison avec cet ami, en provoquant chez lui ce rêve, et la connexion s'était établie d'autant plus vite que la nature physique de Quickly se trouvait en repos, plongée dans le sommeil. Je ne doute pas, quant à moi, que cette suggestion soit une indication correcte à prendre en compte dans tous les cas d'expériences similaires.

3.2. Annonce de la mort future du sujet

II est intéressant de rappeler ici le rêve prémonitoire de Lincoln, quelque temps avant sa mort (il fut tué au théâtre de Washington par un fanatique sudiste, en avril 1865). Voici ce qu'il avait confié à des convives lors d'un dîner a la Maison-Blanche :

«  II y a environ dix jours, j'allai me coucher très tard) après avoir attendu d'importantes dépêches du front. Je ne devais pas être au lit depuis très longtemps quand je m'assoupis, car j'étais très fatigué. Je ne tardai pas à rêver. Il y avait autour de moi, semblait-il, un silence et une immobilité de mort. Je commençai à entendre des sanglots contenus, comme si un certain nombre de gens étaient en train de pleurer. J'ai l'impression d'avoir à ce moment quitté mon lit pour déambuler à l'étage inférieur. Là, le silence était rompu par le même bruit de sanglots pitoyables, mais les gens en deuil demeuraient invisibles. Je passai d'une pièce à l'autre : nulle personne vivante en vue ; mais partout où j'allais, j'entendais toujours les mêmes accents funèbres d'affliction. Il y avait de la lumière dans toutes les pièces ; chaque objet m'était familier, mais où étaient donc tous ces gens qui pleuraient, comme si leur cœur allait se briser ? J'étais perplexe et inquiet. Que pouvait bien signifier tout cela ? Décidé à trouver la cause d'un état de choses aussi mystérieux et préoccupant, je continuai pour arriver finalement à la Salle Orientale [East Room] où je pénétrai. Là, ce fut pour moi une navrante surprise : devant moi, il y avait un catafalque où reposait un corps revêtu d'un habit d'apparat pour des funérailles, tout autour étaient placés des soldats qui montaient la garde, et partout se pressait une foule de personnes dont les unes fixaient des regards affligés sur le corps, dont le visage était voilé, et les autres pleuraient à fendre l'âme. «Qui est mort à la Maison-Blanche ?» demandai-je à l'un des soldats. «C'est le Président», fut la réponse, «il a été tué par un assassin !» À ce moment monta soudain de la foule un grand cri de douleur qui me tira de mon rêve. Je ne dormis plus de la nuit. Et, bien que ce n'ait été qu'un rêve, je n'ai pas cessé depuis d'en être étrangement tourmenté» (Cité dans Recollections of Abraham Lincoln, de Lamon)(N.d.T.)

Note à propos de visions de scènes de mort, et autres «mauvais présages».

(Path, vol. 2, pp. 188-9, sept. 1887).

À propos d'images d'événements futurs perçus dans la lumière astrale, [...] Quickly donna une excellente réponse [...] à propos de «mauvais présages» tels que des visions de scènes de mort ou de cortège d'enterrement.

 

«  Il sagit, bien sûr, d'images composées d'éléments divers, dont certains n'appartiennent pas à la pensée. Mais les causes doivent toujours exister ; si je devais mourir maintenant, mes proches ont une assez bonne idée générale du genre d'obsèques que je devrais avoir [...] et ainsi toute la scène pourrait aisément être imaginée et vue soudain par une personne dans un état de tension nerveuse. Et puis, dans de nombreux cas, une chaîne de causes semblables produit généralement des effets ou images similaires. Avec son énorme pouvoir d'induction, l'âme peut commencer par une cause connue ; l'effet de celle-ci devient une autre cause, etc. Les hommes irréfléchis qui agissent à l'aveuglette sont toujours poussés dans des voies connues, faciles à prévoir ; aussi tous les éléments peuvent-ils être calculés en un instant et on peut voir un événement à longue distance dans le temps. Il semble que ce soit, dans certains cas, une extension du pouvoir que beaucoup possèdent de calculer les causes. Il y a dans la vie diverses méthodes montrant que tout ceci peut se faire ; voir la méthode des moindres carrés (10), etc.»

 

  4. Rêves mettant en scène un personnage inconnu, rencontré plus tard par le sujet

ler rêve : vision du mari d'une amie

(Path, vol. 4, pp. 321-2, janv. 1890)

«  La sœur de mon amie, qui vivait au Colorado, vint s'établir ici pour vivre avec sa mère et sa soeur. Son mari, le Dr C., n'avait pu la suivre avant d'avoir réglé ses affaires. Je ne l'avais jamais vu, on ne me l'avait jamais décrit mais comme sa femme était grande et qu'on m'en avait parlé comme d'un homme exceptionnellement intelligent, je m'imaginai naturellement qu'il devait être grand et de belle apparence. Un lundi, Mme C. m'annonça l'arrivée de son mari pour le prochain jeudi. La nuit suivante, je vis en rêve un homme qui n'était ni grand ni beau, mais dont le visage était agréable et intelligent. Il souriait et je lui dis : «Qui êtes-vous, et qu'est-ce qui vous fait tant plaisir ?» II répondit : «Je suis le Dr C. et je me réjouis de pouvoir partir deux jours plus tôt que prévu.» II avait une moustache et une courte barbe et, pendant qu'il parlait, sa barbe disparut en le laissant seulement avec sa moustache ! Le lendemain, je racontai tout à ma propre sœur, mais, en rencontrant mon amie, je dis simplement que j'avais rêvé que le docteur arriverait ici avec deux jours d'avance. L'après-midi du même jour, Mme C. entra et dit : «Êtes-vous sorcière ? Je reçois à l'instant un télégramme m'annonçant que mon mari serait ici ce soir !» Voici maintenant le plus drôle de l'histoire : me rendant en visite le lendemain chez ces personnes, on me présenta le Dr C. Effectivement, c'était un homme de petite taille ; il paraissait absolument comme je l'avais vu en rêve, imberbe mais portant moustache. Plus tard, je demandai à sa belle-sœur s'il n'avait jamais eu de barbe — ce qui, me fut-il répondu, avait toujours été le cas, mais, le mercredi précédent, s'avisant que le soleil l'avait flétrie, le docteur l'avait coupée !»

2ème rêve : vision du futur époux du sujet

(Path, vol. 5, p. 226, oct. 1890)

« Cette histoire me fut racontée par l'héroïne, une amie respectée, qui a depuis longtemps dépassé la fleur de l'âge mais dont l'âme n'est pas fatiguée de la vie, ni mondaine, et garde un beau reflet de la pureté primitive. Il apparaît qu'elle habitait la campagne pendant son adolescence et qu'elle avait une amie qui lui rendait visite. Celle-ci lui parlait souvent d'un certain jeune homme pour lequel elle avait de l'affection : en l'écoutant, la jeune fille ressentait toujours une impression spéciale, à laquelle elle ne pouvait donner de nom. Une nuit, dans un rêve, elle vît le visage d'un homme : il lui fut dit que c'était son futur mari. C'était un visage qu'elle n'avait jamais vu. Elle ne révéla son rêve à personne. Sur ces entrefaites, son amie Mlle L. partit. Une semaine après, à la nuit tombante, un homme s'arrêta à la grille de la maison paternelle et la demanda par son nom, comme elle se trouvait là. C'était l'homme de son rêve et, en le reconnaissant, quelque chose la poussa à lui dire tout haut : «Vous êtes Mr. X, l'ami de Mlle L. !» II répondit par l'affirmative, et déclara qu'il avait eu l'impression d'avoir eu un grand désir de la connaître. Le dénouement arriva au bout d'une semaine, sous la forme de fiançailles — et si jamais deux époux se sont aidés mutuellement à porter leurs fardeaux, en les rendant plus légers par l'amour, c'est bien ce couple ! Ils avaient tous deux l'impression que leur mariage avait été ordonné à l'avance et qu'ils s'étaient déjà rencontrés auparavant, bien qu'à cette époque le pays n'eût pas encore connu le moindre écho d'enseignement théosophique» [...]

Note : un 3ème rêve, assez peu documenté, évoque la vision par un sujet de douze ans de l'image d'un bel enfant dont les traits seront exactement reproduits, des années plus tard, par le fils de ce témoin.

(Path, vol. 1, p. 382, mars 1887)

Dans sa famille, W. avait un peu un don de seconde vue. Une nuit, à l'âge de douze ans en Roumanie, alors qu'il était couché, il vit en regardant vers le pied de son lit, dans la lumière du gaz d'éclairage, la tête et les épaules d'un bel enfant. Il en fut très effrayé ; son frère, qui était avec lui, n'avait rien vu. Quelques années plus tard, W. émigra aux États-Unis, se maria assez tard et son premier enfant fut un garçon : en grandissant, il était devenu l'image exacte de la vision que son père avait oubliée, jusqu'à ce que les traits du garçon finissent par être à la ressemblance exacte de l'enfant entrevu.

  5. Rêves allégoriques révélant le caractère de tiers

(Path, vol. 3, p. 266, nov. 1888)

Un étudiant, mis en contact avec des personnes nouvelles, fait des rêves qui lui révèlent allégoriquement leur vrai caractère. Ces rêves sont divers, amusants et finissent toujours par se montrer corrects. Ainsi, dans l'un de ces cas, il vit R. — la personne dont il venait de faire la connaissance — dans un grand corps (dont R. fait effectivement grand cas), dans une pièce sombre (R. étant en fait un individu sans lumière spirituelle) et vêtu d'un habit noir et jaune d'Arlequin, ajusté exactement à son corps. Le noir exprime l'erreur, les morceaux jaunes les aspects partiels de sagesse, d'éducation, etc., mais comme il y a une juxtaposition uniforme des deux couleurs, il en résulte que l'homme n'a jamais une idée sage non mélangée d'erreur. Dans son rêve, l'étudiant saisit R. par le cou et l'aplatit en le comprimant comme une saucisse, sans qu'il réagisse ou se regonfle ensuite — ce qui montre que ce dont il est rempli en dedans, ou sa nature intérieure, est inerte, facile à écraser, sans réaction et incapable de sortir d'étroites limites. Le rêve indiquait aussi que l'étudiant gagnerait un ascendant sur le mental de cette personne. On me fit ce pronostic il y a quelque temps et depuis il s'est révélé singulièrement vrai.

  6. Rêves aidant à trouver un objet recherché

ler rêve

(Path, vol. 1, p. 382, mars 1887)

Le jeune W., à l'âge de 11 ans, à la recherche d'un dictionnaire, n'arrivait pas à le trouver après beaucoup d'efforts. La nuit suivante, il rêva qu'il se levait et prenait l'ouvrage sur un autre rayon particulier — ce qui se réalisa le lendemain.

2ème rêve

(Path, vol. 5, p. 94, juin 1890)

« J'avais perdu une bague sertie de diamants d'un grand prix, et je n'arrivais pas à la retrouver malgré toute ma recherche. Cette nuit-là, je rêvai trois fois de suite qu'elle était sous le tapis dans le salon, au coin du mur. Au réveil, sans même m'habiller, j'allai directement à l'endroit repéré en rêve : la bague y était.»

C'est une manifestation du soi astral cherchant la bague pendant le sommeil, la découvrant — en suivant la trace qui la relie au corps (tout comme fait un chien pour retrouver son maître) — et finalement imprimant le résultat de sa quête sur le cerveau. C'est un cas facile à expliquer.

Notes

  • (1) Recueil de lettres de Judge concernant la vie spirituelle, publié en français par les éditions Textes Théosophiques (N.d.T.).
  • (2) Dans les textes qui suivent, les individus sont parfois désignés comme des «étudiants» : il s'agit, bien entendu, de personnes qui étudient la Théosophie et s'efforcent de l'appliquer dans leur vie (N.d.T.).
  • (3) Sans doute du protoxyde d'azote, utilisé en anesthésie légère (N.d.T.).
  • (4) Dans ces récits, les noms propres sont toujours changés pour préserver l'anonymat des correspondants.
  • (5) En mars 1881 (N.d.T.).
  • (6) En français dans le texte (N.d.T.),
  • (7) Dans le cas présent, le souci que l'homme avait probablement pour le bonheur de sa fille (N.d.T.).
  • (8) Voir par exemple Secret Doctrine, vol. l, p. 514, avec la note (N.d.T.).
  • (9) Voir à ce sujet l'enseignement théosophique sur l'expérience des mourants. Cette revue de toute la vie est décrite et commentée par Mme Blavatsky dans la Clef de la Théosophie, p. 177 (édition Textes Théosophiques), ainsi que dans le Cahier théosophique, n°139, intitulé : «La mémoire chez les mourants» (même édition) disponibles sur le site (N.d.T.).
  • (10) Procédé permettant de remonter à l'expression mathématique d'une loi, à partir d'un traitement approprié de données expérimentales (N.d.T.).

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