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"Raja Yoga ou Occultisme", Et les Phénomènes ?

À la Rédaction de la revue Lucifer

À la suite de l'invitation que vous avez faite à vos lecteurs d'écrire, je me permets de vous poser une question.
Comment se fait-il que nous n'entendions plus parler des signes et merveilles qui marquèrent l'avènement de la néo-Théosophie ? « L'âge des miracles » dans la Société est-il révolu ?
--  Respectueusement vôtre,
-- « O. » .

II semble que notre correspondant fasse allusion aux « phénomènes occultes » . Ils n'ont pas réussi à produire le résultat attendu mais ils ne furent aucunement des « miracles » , quel que soit le sens que l'on donne à ce mot. On pensait que des personnes intelligentes, en particulier des scientifiques qui avaient été témoins de certains effets physiques produits à volonté et pour lesquels ils se trouvaient dans l'impossibilité de fournir une explication, reconnaîtraient au moins l'existence d'un nouveau champ de recherches et d'investigations extrêmement intéressant. On croyait que les théologiens accueilleraient favorablement la preuve, dont ils ont tellement besoin en ces temps agnostiques, que l'âme et l'esprit ne sont pas de simples créations de leur imagination dues à l'ignorance de la constitution physique de l'homme, mais que ce sont des entités aussi réelles que le corps et bien plus importantes. Cette attente fut déçue. Les phénomènes furent incompris et mal interprétés, tant au point de vue de leur nature que du but recherché.

L'expérience a maintenant éclairé ce sujet d'un jour nouveau. Il est inutile d'aller très loin pour trouver l'explication de cette regrettable situation. Ni la science, ni la religion ne reconnaissent l'existence de l'Occulte, au sens où la Théosophie comprend et emploie ce terme, c'est-à-dire une région supra-matérielle  mais non supra-naturelle gouvernée par la loi ; elles ne reconnaissent pas d'avantage l'existence de facultés et de pouvoirs latents dans l'homme. Toute ingérence dans la routine quotidienne du monde matériel est attribuée par la religion à la volonté arbitraire d'un autocrate, bon ou mauvais, habitant une région supra-naturelle inaccessible à l'homme, assujetti à aucune loi dans ses actes ou sa constitution, et dont les idées et les désirs ne peuvent être connus des mortels que par des communications inspirées, apportées par un messager reconnu, et auxquelles ils s'en remettent entièrement. Le pouvoir d'accomplir de prétendus miracles a toujours été considéré comme une preuve suffisante pour accréditer un messager céleste, et l'habitude de pensée qui consiste à considérer tout pouvoir occulte de cette façon est encore si forte que le moindre exercice de ce pouvoir est considéré comme « miraculeux » ou prétendant l'être. Inutile de dire que cette manière de concevoir les phénomènes extraordinaires s'oppose radicalement à l'esprit scientifique de ce siècle, et qu'en fait, ce n'est pas l'attitude adoptée par la partie la plus intelligente de l'humanité actuelle. De nos jours, le sentiment qui s'éveille dans l'esprit des témoins de faits extraordinaires n'est plus de la vénération ni de l'effroi mais de la curiosité.

Ce fut dans l'espoir d'éveiller cet esprit de curiosité et de l'utiliser que les phénomènes occultes furent produits. On pensait que la manipulation des forces de la nature qui se trouvent sous la surface — cette surface des choses que la science moderne gratte et fouille si laborieusement et avec tant d'orgueil — aurait conduit à une investigation de la nature et des lois de ces forces inconnues de la science mais parfaitement connues de l'Occultisme. Il est vrai que ces phénomènes suscitèrent une vive curiosité dans l'esprit de ceux qui en furent les témoins, mais, malheureusement, la plupart du temps, cette curiosité resta futile. La majorité des témoins développèrent un appétit insatiable pour les phénomènes eux-mêmes sans songer à étudier la philosophie ou la science dont les phénomènes n'étaient que des manifestations, des illustrations sans importance et pour ainsi dire accidentelles, de la réalité et des pouvoirs. Seulement dans quelques rares cas, la curiosité éveillée suscita le désir sérieux d'étudier la philosophie et la science pour elles-mêmes.

L'expérience a prouvé aux dirigeants du Mouvement que les chrétiens, dans leur grande majorité, se trouvent dans une impossibilité absolue d'examiner calmement les phénomènes comme des faits naturels gouvernés par la loi à cause de leur condition et attitude mentale — résultat de siècles d'enseignements superstitieux. L'Église Catholique Romaine, fidèle à ses traditions, s'abstient de tout examen des phénomènes occultes sous prétexte qu'ils sont nécessairement l'œuvre du Diable dès qu'ils se produisent hors de son sein, étant donné qu'elle a le monopole légal de tous les miracles légitimes. L'Église Protestante nie l'intervention personnelle du Malin sur le plan matériel ; mais ne s'étant jamais occupée de miracles, il semble un peu douteux qu'elle soit en mesure de reconnaître un miracle authentique si on lui en montrait un ; de plus, elle est tout aussi incapable que sa sœur aînée de concevoir que le règne de la loi s'étende au-delà des limites de la matière et de l'énergie, telles que nous les connaissons dans notre état de conscience actuel, et elle s'abstient d'étudier les phénomènes occultes sous prétexte qu'ils appartiennent plutôt au domaine de la science qu'à celui de la religion.

Mais la science elle-même a ses miracles tout comme l'Église de Rome. Cependant, comme elle dépend entièrement de ceux qui fabriquent les instruments nécessaires à l'accomplissement de ces miracles et comme elle prétend posséder le dernier mot sur les lois de la nature, il ne fallait pas s'attendre à ce qu'elle accueillît favorablement les « miracles » pour la production desquels tout instrument est inutile, et qui sont, dit-on, des manifestations de l'opération de forces et de lois qu'elle ne connaît pas. De plus, la science moderne doit faire face dans l'investigation de l'Occulte à des difficultés tout aussi déroutantes que celles dans lesquelles se trouve la Religion ; en effet tandis que la Religion ne peut concevoir l'idée d'une loi naturelle s'appliquant à l'Univers supra-sensible, la Science elle, ne peut admettre même l'existence d'un univers supra-sensible auquel le règne de la loi pourrait être étendu ; pas plus qu'elle ne peut concevoir la possibilité d'autres états de conscience en dehors de notre conscience terrestre actuelle. On ne pouvait donc guère s'attendre à ce que la science entreprît avec beaucoup de sérieux et d'enthousiasme la tâche qu'elle se devait de réaliser ; et effectivement, il semble qu'elle se soit rendu compte qu'on ne s'attendait pas à ce qu'elle traitât les phénomènes de l'Occultisme moins cavalièrement qu'elle avait traité les miracles divins. Aussi, se mit-elle à se railler des phénomènes ; et lorsqu'on l'obligea à émettre une opinion, elle n'hésita pas à les attribuer à des complicités frauduleuses, à des fils de fer, des trappes, et ainsi de suite, sans aucun examen des faits, et en se basant sur de simples ouï-dire.

Ce fut assez pénible pour les dirigeants du Mouvement de se voir considérés comme des suppôts de sa Majesté Satan, ou comme des adeptes experts en charlatanisme, alors qu'ils s'efforçaient d'attirer l'attention du monde sur le vaste champ inconnu de recherche scientifique et religieuse qui s'étend aux frontières de la matière et de l'esprit ; mais le coup le plus mauvais, peut-être, fut porté par cette catégorie d'individus dont les propres expériences, si elles avaient été bien comprises, auraient certainement dû les éclairer davantage : les spirites attribuèrent les phénomènes occultes à l'intervention de leurs chers disparus, et les dirigeants théosophes furent qualifiés d'inférieurs même à des médiums travestis.

Les phénomènes ne furent jamais présentés autrement que comme un exemple du contrôle exercé sur des forces parfaitement naturelles quoique non reconnues et, incidemment, sur la matière par certains individus parvenus à une connaissance de l'Univers, plus vaste et plus élevée que celle atteinte par les savants et les théologiens ou que celle qu'ils pourraient jamais acquérir en suivant leurs voies respectives. Pourtant, ce pouvoir est latent en chaque homme et pourrait être utilisé, en temps voulu, par quiconque voudrait acquérir la connaissance et se conformer aux conditions nécessaires à son développement. Néanmoins, excepté dans quelques cas isolés et sérieux, ce pouvoir ne fut jamais envisagé autrement que comme la manifestation de prétendus miracles ou bien comme l'oeuvre du diable, de vulgaires tours de passe-passe, d'amusants attrape-nigauds, ou encore comme des exploits de ces « spectres » dangereux qui se livrent à quelque mascarade au cours des séances spirites et se nourrissent des énergies vitales des médiums et des assistants. De toutes parts, on attaqua la Théosophie et les théosophes avec rancœur et amertume, sans s'inquiéter le moins du monde tant des faits que de la logique, et avec une méchanceté, une animosité et un manque de charité qui seraient inconcevables si l'histoire des religions ne nous montrait pas combien les hommes ignorants deviennent des brutes irrationnelles et viles dès que l'on touche à leurs préjugés favoris, et si l'histoire de la recherche scientifique ne nous enseignait pas à son tour comment un homme instruit peut se comporter comme un ignorant lorsque le bien-fondé de ses théories est remis en question.

Un Occultiste peut produire des phénomènes mais il ne peut apporter au monde le cerveau, l'intelligence et la bonne foi qui sont nécessaires pour qu'il les comprenne et les apprécie. Rien d'étonnant, par conséquent, si ordre fut donné d'abandonner les phénomènes et de laisser les idées de la Théosophie reposer sur la force de leur propre mérite intrinsèque.

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