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"Raja Yoga ou Occultisme", En Quête d'Occultisme

Je reçois quotidiennement de nombreuses lettres ayant pour objet de solliciter des conseils quant à la meilleure méthode à suivre pour recevoir des renseignements sur l'Occultisme et la relation directe qu'il peut avoir avec le spiritualisme moderne. N'ayant pas suffisamment de temps disponible pour répondre à toutes ces demandes, je me propose, afin de faciliter en même temps le travail de mes correspondants et le mien, de citer ici quelques-uns des principaux ouvrages traitant du Magisme ainsi que des mystères d'hermétistes modernes du même genre.

Je dois ajouter également — confirmant ce que j'ai déjà exprimé précédemment — que les aspirants éventuels ne doivent pas se leurrer et croire pouvoir devenir des occultistes praticiens grâce à une simple connaissance livresque. Les œuvres des philosophes hermétiques n'ont jamais été prévues pour les masses, comme le fait remarquer dans un récent essai M. Charles Sotheran, membre érudit de la Société de la Rose-Croix :

« Gabriel Rossetti dans ses dissertations sur l'esprit anti-papal qui produisit la Réforme, montre que l'art de parler et d'écrire dans un langage susceptible d'une double interprétation remonte à une très haute antiquité. Ce mode de langage, utilisé par les prêtres d'Égypte, passa de là aux Manichéens, puis se transmit aux Templiers et aux Albigeois, et se répandit enfin en Europe où il entraîna la Réforme. »

Le livre le plus adéquat qui fut jamais écrit sur les Symboles et les Ordres Mystiques est très certainement The Rosicrucians de Hargrave Jennings. Pourtant, en ma présence, ce livre a été qualifié d' « obscur » par certaines personnes fort bien versées dans les rites et mystères de la Franc-Maçonnerie moderne. Les personnes qui ne possèdent même pas cette connaissance peuvent donc en déduire facilement ce qu'elles pourraient saisir comme renseignements en se référant à des œuvres encore plus voilées et mystiques, car si nous comparons le livre de Hargrave Jennings avec certains des traités médiévaux et des ouvrages anciens d'Alchimistes et de Mages très réputés, nous risquons de trouver ces derniers bien plus obscurs que le premier — en ce qui concerne le langage — comme un élève en philosophie céleste pourrait trouver inaccessible le livre des cieux s'il examinait une étoile très lointaine à l'oeil nu au lieu d'utiliser un télescope puissant.

Loin de moi cependant l'idée de mépriser chez quiconque l'impulsion louable de rechercher ardemment la Vérité, aussi aride et ingrate que la tâche puisse paraître à première vue, car mon propre principe a toujours été de faire de la Lumière de la Vérité le phare de ma vie. Les mots prononcés par le Christ il y a dix-huit siècles : « Croyez et vous comprendrez » peuvent être repris dans ce cas et, en les répétant avec une légère nuance, je me permets de dire : « Étudiez et vous croirez » .

Mais préciser le choix de tel ou tel livre sur l'Occultisme pour ceux qui désirent commencer leurs études des mystères cachés de la nature est une responsabilité que je ne suis pas prête à assumer. Ce qui peut paraître clair à quelqu'un d'intuitif, lu dans le même livre par une autre personne, peut paraître sans signification. À moins d'être prêt à y consacrer toute sa vie, la connaissance des Sciences Occultes demeurera superficielle et amènera celui qui s'y adonne à devenir la cible de millions de moqueurs ignares qui déchargeront contre lui leurs tromblons de ridicule et de railleries pour lui faire opposition. De plus, il est dangereux, sous plus d'un aspect, de choisir cette science comme simple passe-temps. Il faut toujours se rappeler la légende impressionnante d'Œdipe, et se méfier des conséquences analogues. Œdipe déchiffra la moitié de l'énigme présentée par le Sphinx, lequel en mourut, mais la seconde moitié du mystère vengea la mort du monstre symbolique et força le Roi de Thèbes à préférer, dans son désespoir, la cécité et l'exil, plutôt que d'affronter l'épreuve pour laquelle il ne se sentait pas assez pur. Il déchiffra l'homme, la forme, mais avait oublié Dieu, l'idée.

Si un homme veut suivre les traces des philosophes hermétiques, il doit d'abord se préparer pour le martyre. Il lui faut abandonner l'orgueil personnel et tous les motifs égoïstes, se préparer à des affrontements incessants avec amis et ennemis. Il doit effacer, une fois pour toutes, le souvenir de toutes ses idées familières sur l'ensemble de ses conceptions. Les religions, la connaissance, la science qui existent doivent redevenir un livre blanc pour lui, comme au temps de sa prime enfance, car s'il veut réussir, il doit, dans le giron de la Mère Nature, apprendre un nouvel alphabet, dont chacune des lettres lui fournira un nouvel aperçu, chaque syllabe et chaque mot, une révélation inattendue. Les deux ennemis jusqu'ici irréconciliables, la science et la théologie, les Montaigu et les Capulet du  XIX° siècle, s'allieront à la masse des ignorants contre l'Occultiste moderne. Si nous avons dépassé l'âge des bûchers, nous sommes par contre dans les meilleurs jours de la diffamation, du venin de la presse et de tous ces venticelli méphitiques de la calomnie, exprimés de manière si piquante par l'immortel Don Basile. Envers la science, le cabaliste aura pour devoir — entreprise stérile et aride, bien sûr — de lui prouver que, depuis le commencement des temps, une seule science positive a existé : l'Occultisme. Il devra lui démontrer que cet Occultisme fut le levier mystérieux de toutes les forces intellectuelles, l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal du paradis allégorique, dont le tronc gigantesque donna naissance dans toutes les directions à des branches, à des rameaux et des ramilles, les premières poussant d'abord assez droit, les dernières déviant à chaque centimètre de croissance, prenant des apparences de plus en plus fantastiques jusqu'à ce que, l'une après l'autre, chacune perde sa sève, se déforme, puis desséchée, finalement, se brise pour joncher le sol de monceaux de débris. À la théologie, l'Occultiste de l'avenir devra démontrer que les dieux des mythologies, les Elohim d'Israël ainsi que les mystères religieux et théologiques du christianisme, en commençant par la Trinité, sont issus des sanctuaires de Memphis et de Thèbes ; que leur mère Êve n'est que la Psyché antique spiritualisée, toutes deux subissant la punition de leur curiosité, descendant dans l'Hadès ou en Enfer, Psyché pour ramener sur la terre la fameuse boîte de Pandore, et Êve pour poursuivre le Serpent et lui écraser la tête — symbole du temps et du mal — le crime de chacune étant expié par le Prométhée païen et le Lucifer chrétien, le premier étant enfin délivré par Hercule, le second conquis par le Sauveur.

De plus, l'Occultisme devra prouver publiquement à la théologie chrétienne ce que nombre de ses prêtres savent fort bien en secret, à savoir que leur Dieu sur terre fut un cabaliste, humble représentant d'un Pouvoir transcendant qui, mal employé, pourrait ébranler le monde dans ses fondements. Il devra prouver que parmi tous les symboles évangéliques, il n'y en a pas un qui ne puisse être relié à sa source originelle. Prenez par exemple le mythe du Logos ou Verbe incarné, adoré à sa naissance par les Trois Mages conduits par l'étoile et recevant de ces Mages, l'or, l'encens et la myrrhe : tout cela est extrait intégralement de la Cabale, que nos théologiens modernes méprisent, et représente un autre « ternaire » encore plus mystérieux contenant allégoriquement dans ses symboles les plus hauts secrets de cette Cabale.

Un clergé dont le but principal a toujours été de faire de sa Croix Divine la potence de la Vérité et de la Liberté, ne pouvait faire autre chose que d'essayer d'ensevelir dans l'oubli l'origine de cette même croix qui, dans les symboles les plus primitifs de la Magie égyptienne, représente la Clef du ciel. Actuellement, il n'y a plus de force dans leurs anathèmes car les masses sont mieux avisées ; mais, précisément, le plus grand danger nous attend dans cette voie si nous ne parvenons pas à maintenir ces masses au moins dans la neutralité jusqu'à ce qu'elles atteignent une meilleure connaissance — lors de ce très prochain conflit entre la Vérité, la Superstition et la Présomption, ou, pour l'exprimer en d'autres termes, entre le spiritualisme occulte, la théologie et la science. Nous ne devons craindre ni les foudres en miniature du clergé, ni les négations sans caution de la science. Mais l'Opinion Publique, ce tyran despotique, invisible, intangible, omniprésent, cet Hydre aux mille têtes, d'autant plus dangereux qu'il est construit de médiocrités individuelles — n'est pas un ennemi à dédaigner par un aspirant occultiste, aussi courageux soit-il. De nombreux spiritualistes, et des plus innocents, ont laissé leurs peaux de brebis dans les griffes de ce lion rugissant toujours affamé. Car il est le plus dangereux de nos trois catégories d'ennemis. Quel sera le sort, en pareil cas, de l'Occultiste infortuné s'il réussit à démontrer la relation directe qui existe entre les deux ? La masse des gens, bien que n'appréciant généralement pas la science de la vérité ou ne possédant pas de connaissance réelle est par contre infailliblement dirigée par l'instinct ; elle a par intuition — si je puis dire — une idée de ce qu'il y a de formidable dans sa force naturelle. On ne conspire jamais que contre le Pouvoir réel. Les Mystères et l'Inconnu ont toujours été et resteront pour la masse, dans son ignorance aveugle, des sujets de terreur. La civilisation peut progresser ; la nature humaine restera identique à travers tous les âges. Occultistes : attention !

Bien entendu ces mots ne s'adressent qu'aux chercheurs véritablement courageux et persévérants. En plus du danger énoncé ci-dessus, les difficultés sont presque insurmontables pour devenir dans la pratique un Occultiste en ce pays. Barrières de toutes sortes et obstacles accumulés se présenteront devant le postulant car les clefs de la Porte d'Or qui conduit à la Vérité Infinie sont profondément enfouies et la Porte elle-même est enveloppée dans une brume que seuls peuvent dissiper les rayons ardents de la foi inhérente. La Foi seule — dont une seule parcelle de la taille d'une graine de moutarde, peut, comme l'a dit le Christ, soulever une montagne — est capable de découvrir à quel point la Cabale devient simple lorsqu'elle est lue par un Initié qui a réussi à surmonter les premières difficultés abstruses. Son dogme est logique, facile, absolu. L'union nécessaire des idées et des signes, la trinité des mots, des lettres, des nombres et des théorèmes, sa religion, tout peut être résumé en quelques mots. « C'est l'Infini condensé dans la main d'un enfant » a dit Éliphas Lévi. Dix chiffres, vingt-deux lettres alphabétiques, un triangle, un carré et un cercle, tels sont les éléments de la Cabale dont le sein mystérieux donna naissance à toutes les religions du passé et du présent, qui fournit à toutes les associations maçonniques leurs symboles et leurs secrets, qui seule peut réconcilier la raison humaine avec Dieu et la Foi, le Pouvoir avec la Liberté, la Science avec le Mystère, et qui seule possède les clefs du présent, du passé et du futur.

La première difficulté pour l'aspirant réside dans l'impossibilité totale de comprendre, comme je le disais précédemment, la signification des meilleurs livres écrits par les philosophes hermétiques. Principalement, ceux qui vécurent à l'époque médiévale, soucieux, d'une part, de remplir leur devoir envers leurs frères, et désireux de communiquer à eux seuls et à leurs successeurs les vérités glorieuses, et cherchant d'autre part à éviter, ce qui était bien naturel, les griffes de l'Inquisition chrétienne sanguinaire, furent incités à s'envelopper plus que jamais de mystère. Ils inventèrent alors de nouveaux signes et hiéroglyphes, rénovèrent le langage symbolique ancien des grands-prêtres de l'antiquité qui l'utilisaient comme barrière de protection entre leurs rites sacrés et l'ignorance du profane, et ils créèrent un véritable jargon cabalistique. Ce dernier, qui trompait continuellement le faux néophyte attiré vers la Science par simple attrait de la fortune et du pouvoir (qu'il aurait certainement mal utilisés en cas de réussite) est cependant un langage clair, vivant et éloquent, mais il ne l'est et ne peut le devenir que pour le seul véritable disciple d'Hermès.

Mais en supposant même que l'on puisse obtenir des livres sur l'Occultisme, écrits en langage précis et simple, permettant de s'initier à la Cabale, ce ne serait pourtant pas suffisant pour comprendre certains auteurs et méditer leurs enseignements. Galatin et Pic de la Mirandole, Paracelse et Robert Fludd, ne fournissent pas la clef pour les mystères pratiques. Ils disent simplement ce que l'on peut faire et à quoi cela sert ; mais ils ne révèlent pas comment on doit procéder. Plus d'un philosophe connaissant très bien toute la littérature hermétique et qui a consacré à son étude jusqu'à trente ou quarante ans de sa vie échoue lorsqu'il croit avoir atteint le grand résultat final. Il faut comprendre les écrits hébreux, tels que le Sepher Yetzirah, par exemple, apprendre par cœur le grand livre du Zohar dans sa langue originale, maîtriser la Kabbala denudata de la Collection de 1684 (Paris), continuer avec les pneumatiques cabalistiques d'abord, puis se plonger, la tête la première, dans les eaux tumultueuses de cet océan mystérieux et inintelligible, appelé le Talmud, cette compilation de « monstruosités absurdes » selon certains profanes aveugles, l'ultime clef de tous les hermétistes, avec ses signes allégoriques et dogmatiques.

Si je devais nommer deux des livres qui renferment la majorité de l'information occulte qui fut tirée et utilisée par les plus grands cabalistes des époques médiévales — Paracelse fut l'un d'entre eux — je pourrais étonner beaucoup de mes correspondants « qui soupirent après la connaissance » , et ils pourraient ne pas y prendre garde. Des adeptes plus érudits que moi approuveront néanmoins la véracité de mon affirmation.

Par mesure de prudence, je préfère faire une citation d'un livre écrit par l'un de nos plus grands Occultistes modernes :

« Parmi les livres sacrés des chrétiens » , dit Éliphas Lévi, « il existe deux ouvrages que l'Église Infaillible, aussi étrange que cela puisse paraître, ne prétend même pas comprendre et n'a jamais essayé d'expliquer : la Prophétie d'Ézéchiel et l'Apocalypse, qui sont deux traités cabalistiques réservés sans aucun doute pour les Commentaires des Rois Mages, livres fermés des sept sceaux pour le chrétien fidèle, mais parfaitement ouverts pour l'Infidèle initié aux Sciences Occultes. »

Aussi, je le répète, les oeuvres sur l'Occultisme n'ont jamais été écrites pour les masses mais pour ceux des Frères qui font de la solution des mystères de la Cabale l'objet principal de leur vie et qui ont, en principe, surmonté la première des difficultés abstruses de l'Alpha de la philosophie hermétique.

Je ne puis donner qu'un seul conseil aux Candidats à cette Science qui sont fervents et persévérants : « Essayez de devenir » . Un simple voyage en Orient, fait dans une attitude d'esprit juste, les imprévus éventuels qui surviennent du contact avec ce qui pourrait ne sembler que des connaissances de rencontre ou des aventures qui peuvent être vécues par n'importe quel voyageur, tout cela peut parfois avoir pour conséquence d'ouvrir grandes devant l'étudiant zélé les portes jadis closes des mystères ultimes. J'irai même plus loin et dirai qu'un tel voyage entrepris avec l'idée omniprésente du seul but poursuivi et avec l'aide d'une volonté fervente, est sûr de produire des résultats pratiques, plus rapides, meilleurs et plus nombreux que la plus diligente des études de l'Occultisme entreprise dans des livres — même si on devait y consacrer des douzaines d'années.

  Au nom de la vérité,
Vôtre
H. P. BLAVATSKY.

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