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"Raja Yoga ou Occultisme", Statues animées

Quelle que soit la raison que l'on puisse invoquer, le mot fétiche est expliqué dans les dictionnaires sous son sens étroit d' « objet choisi momentanément pour être adoré » , d' « une petite idole employée par les sauvages africains » etc., etc.

Dans son livre Des cultes qui ont précédé et amené l'idolâtrie, Dulaure définit le fétichisme dans ces termes : l' « adoration d'un objet considéré par les ignorants et les faibles d'esprit comme le réceptacle ou l'habitat d'un dieu ou d'un génie. »

Tout cela est très érudit, et très profond sans doute, mais n'a pas le mérite d'être vrai ou correct. Une idole peut n'être qu'un fétiche chez les nègres d'Afrique, selon Webster ; et il existe certainement des gens ignorants et faibles d'esprit qui sont des adorateurs de fétiches. Pourtant, la théorie que certains objets — statues, images et amulettes, par exemple — servent temporairement, ou même constamment, d'habitat à un « dieu » , à un « génie » ou simplement à un esprit, a été admise par certaines des plus grandes intelligences connues de l'Histoire. Ce ne furent pas des ignorants et des faibles d'esprit qui l'inventèrent, puisque la majorité des sages et des philosophes du monde, depuis le crédule Pythagore jusqu'au sceptique Lucien, croyaient à une telle chose dans l'antiquité ; de même, dans notre siècle hautement civilisé, cultivé et instruit, plusieurs centaines de millions de chrétiens y croient encore, que les définitions ci-dessus soient correctes, ou que ce soit celle que nous allons offrir. L'administration du Sacrement, le mystère de la Transsubstantiation « dans la transmutation supposée du pain et du vin de l'Eucharistie en sang et corps du Christ » , feraient du pain et du vin, et même du ciboire, des fétiches — tout autant que l'arbre, le chiffon ou la pierre du sauvage africain. Tout objet miraculeux, image, tombeau ou statue d'un saint, de la Vierge ou du Christ, dans les Églises Romaine et Grecque, doit donc être considéré comme fétiche, car, que le miracle soit censé s'accomplir par Dieu ou par un ange, par le Christ ou un Saint, ces images ou statues deviennent réellement — si le miracle est revendiqué comme authentique — « le réceptacle ou l'habitat » pour un temps plus ou moins long, de Dieu ou d'un « ange de Dieu » .

C'est uniquement dans le Dictionnaire des Religions (article sur le Fétichisme) que l'on trouve une définition assez correcte : « Le mot fétiche dérive du portugais fetisso, « enchanté » , « ensorcelé » ou « charmé » , d'où fatum, le « destin » ,  fatua, une « fée » , etc.

De plus « fétiche » était et devrait toujours être identique à « idole » , et comme le dit l'auteur de l'ouvrage « Les Téraphim de l'idolâtrie » : « Le fétichisme est l'adoration d'un objet quelconque, inanimé ou vivant, de grandes ou de petites dimensions, dans lequel ou en rapport avec lequel, un " esprit " quelconque — bon ou mauvais, en bref un pouvoir intelligent invisible — a manifesté sa présence. »

Comme j'ai rassemblé pour ma Doctrine Secrète un certain nombre de notes à ce sujet, je puis en donner quelques-unes à propos du dernier roman théosophique intitulé : A Fallen Idol, et montrer ainsi que cette fiction est basée sur quelques vérités très occultes de la Philosophie Ésotérique.

Les images de tous les dieux de l'antiquité, depuis les premiers Aryens jusqu'aux derniers Sémites — les juifs — étaient toutes des idoles et fétiches, qu'elles aient été appelées téraphim, urim et thummim, kabeiri ou chérubins, ou dieux lares. Si, en parlant des téraphim, que Grotius traduit par « anges » — étymologie admise par Cornélius qui dit qu'ils « étaient le symbole des présences angéliques » — les chrétiens peuvent les appeler « les intermédiaires par lesquels la présence divine se manifestait » , pourquoi ne pas appliquer la même définition aux idoles des « païens » ?

Je sais parfaitement bien que l'homme de science moderne, comme le sceptique ordinaire, ne croit pas plus à une statue « animée » de l'Église Romaine qu'au fétiche « animé » du sauvage. Mais il n'est pas question à présent de croyance ou d'incrédulité. Il s'agit simplement de l'évidence de l'antiquité embrassant une période de plusieurs millions d'années, et s'affirmant en face de la négation du XIXe siècle — le siècle du spiritisme et du spiritualisme, de la Théosophie et de l'Occultisme, de Charcot et de son hypnotisme, de la « suggestion » psychique, et de la MAGIE NOIRE non reconnue, mais étendant partout son influence.

Honorons la religion de nos ancêtres, nous Européens, en l'interrogeant sur ses croyances et leur origine, avant de citer pour sa défense l'antiquité païenne et sa philosophie grandiose ; où trouvons-nous, dans la littérature occidentale soi-disant sacrée la première mention d'idoles et de fétiches ? Dans le chapitre 31 (et les suivants) de la Genèse, où l'on apprend que dans la ville d'Ur des Chaldéens, en Mésopotamie, les ancêtres d'Abraham, Serug et Terah, adoraient de petites idoles d'argile qu'ils appelaient leurs dieux, et aussi que Rachel déroba, à Haran, les images (téraphim) de son père Laban. Il se peut que Jacob ait défendu le culte de ces dieux, mais on voit néanmoins, 325 ans plus tard, les juifs de Moïse adorer aussi bien « les dieux des Amorrhéens » (Josué 24, 14, 15). Les dieux téraphim de Laban existent encore de nos jours parmi certaines tribus de musulmans en territoire perse. Ce sont de petites statuettes de génies tutélaires ou de dieux que l'on consulte dans toutes les occasions. Les Rabbis expliquent que Rachel n'avait pas d'autre motif, en dérobant les dieux de son père, que de l'empêcher de savoir par eux la direction qu'elle et son mari Jacob avaient prise, de peur qu'il les empêchât une fois de plus de quitter sa maison. Ainsi ce n'était ni la piété, ni la peur du Seigneur Dieu d'Israël, mais une simple crainte d'indiscrétion de la part des dieux qui les lui faisait dérober. De plus, ses mandragores n'étaient qu'une autre espèce d'instrument magique de sorcellerie.

Voyons maintenant quelle est l'opinion d'auteurs classiques et sacrés divers concernant ces idoles qu'Hermès Trismégiste appelle des « statues présageant l'avenir » (Asclepias) ?

Philon de Biblos montre que les juifs consultaient les démons comme les Amorrhéens, surtout par l'intermédiaire de petites statues en or, en forme de nymphes, qui, si on les questionnait à n'importe quelle heure leur répondaient ce que les consultants devaient faire et ce qu'ils devaient éviter (Antiquités). Dans le Moreh Nebhuchim (1.3) il est dit que rien ne ressemblait plus à ces dieux protecteurs portatifs des païens (dii portatiles vel Averrunci) que ces dieux tutélaires des juifs. C'étaient de véritables phylactères ou talismans animés, les spirantia simulacra d'Apulée (Livre 11) dont les réponses données dans le temple de la déesse de Syrie furent entendues par Lucien personnellement, et répétées par lui. Kircher (le Père jésuite) montre aussi que les téraphim ressemblaient d'une façon tout à fait extraordinaire aux sérapis païens de l'Égypte ; et Cédrène semble corroborer cette affirmation de Kircher (dans son ouvrage « Œdipe » vol. 3, p.494, etc.), en montrant que le t et le s (comme le s sanskrit et le h zend) étaient des lettres interchangeables, et que séraphim (ou sérapis) et téraphim étaient absolument synonymes.

Quant à l'usage de ces idoles, Maimonide nous dit (Moreh Nebhuchim p.41) que ces dieux ou images passaient pour être doués du don de prophétie, et pour pouvoir dire aux gens qui les possédaient « tout ce qui leur était utile et salutaire » .

Toutes ces images, nous dit-on, avaient la forme d'un nourrisson ou d'un petit enfant, et on n'en trouvait qu'occasionnellement de beaucoup plus grandes. C'étaient de vraies statues ou idoles à l'image de l'homme. Les Chaldéens les exposaient aux rayons de certaines planètes pour qu'elles les imprègnent de leurs vertus et pouvoirs. Ceci se faisait dans des buts astro-magiques ; les véritables téraphim étaient destinés à des usages nécromantiques et de sorcellerie en général. Les esprits des morts (élémentaires) y étaient attachés grâce à des pratiques magiques, et on les employait dans des buts coupables divers.

Ugolino (1) met dans la bouche du sage Gamaliel, le maître (ou guru) de Saint-Paul, les paroles suivantes qu'il emprunte, dit-il, à son Capito, chap. 36 :

« Ils (les possesseurs de ces téraphim nécromantiques) tuaient un nouveau-né, lui enlevaient la tête et lui plaçaient sous la langue, salée et huilée, une petite plaque d'or sur laquelle était gravé le nom d'un esprit mauvais , puis, après avoir suspendu cette tête au mur de leur chambre, ils allumaient des lampes, et, prosternés sur le sol, ils conversaient avec lui. »

Le savant marquis de Mirville croit que c'étaient précisément de tels fétiches ex-humains que Philostrate avait en vue lorsqu'il signalait divers exemples. Il y avait la « tête d'Orphée » — dit-il — qui « parle à Cyrus, et celle d'un sacrificateur de Jupiter Hoplosmius... qui, séparée de son corps, révéla, au dire d'Aristote, le nom de son meurtrier qui s'appelait Ceucidas ; et le nom de Publius Capitanus, qui, au dire de Trallian, au moment de la victoire remportée par Acilius... consul romain sur Antioche, roi d'Asie, prédit aux Romains les grands malheurs qui vinrent bientôt les affliger » , etc. (Pn. des Esprits, vol. 3 Ch. 2 ; Mémoires adressés aux Académies p.252)

Diodore raconte comment, autrefois, ces idoles se fabriquaient dans des buts magiques. Sémélé, la fille de Cadmus, ayant mis au monde prématurément, à la suite d'une frayeur, un enfant de sept mois, Cadmus, afin d'observer la coutume de son pays et de lui donner (à l'enfant) une origine supra-terrestre qui lui permettrait de vivre après la mort entoura son corps d'une statue d'or et en fit une idole pour laquelle un culte spécial et des rites furent établis. (Diodore lib. 1, 23).

Comme Fréret, dans son article de l' « Histoire de l'Académie Royale des Inscriptions... » (Tome 23, p.247) remarque justement, en commentant le passage ci-dessus :

« Une singularité qui mérite plus d'attention, c'est que la cérémonie de cette consécration de l'enfant de Sémélé par Cadmus, que les Orphiques disaient être une coutume de ses ancêtres, est précisément celle qui est décrite dans les Rabbins cités par Selden au sujet de Théraphim ou des Dieux domestiques des Syriens et des Phéniciens. Il n'y a pas grande apparence que ces Rabbins connussent les Orphiques. »

II y a donc tout lieu de croire que les nombreuses gravures publiées dans l'Œdipe du Père Kircher, ces petites figures et ces têtes qui ont des lamelles métalliques dépassant de dessous la langue qui pend entièrement hors de la bouche, sont simplement de véritables téraphim — comme le montre de Mirville. Et dans le livre Religions de Le Blanc (vol. 3, p.277), parlant des téraphim phéniciens, l'auteur les compare aux palladium gréco-phrygiens qui contenaient des reliques humaines. « Tous les mystères de l'apothéose, des orgies, des sacrifices et de la magie s'y trouvaient réunis. On immolait un enfant assez jeune pour que son âme innocente ne fût pas encore séparée de l'Anima Mundi — Âme du monde » , dit-il, « on conservait sa tête embaumée dans laquelle son âme était fixée par la puissance de la magie et des enchantements » . Après quoi, vient la description du procédé habituel, la plaque d'or, etc., etc.

Ceci est de l'affreuse MAGIE NOIRE, disons-nous ; et seuls les dugpa d'antan, les sorciers infâmes de l'antiquité, l'employaient. Au Moyen Âge, on sait que seuls quelques prêtres catholiques romains y ont eu recours, et parmi eux le prêtre Jacobin, apostat au service de la reine Catherine de Médicis, cette fille fidèle de l'Église de Rome, et l'auteur du Massacre de la Saint-Barthélémy. L'histoire est rapportée par Bodin, dans son ouvrage fameux sur la Sorcellerie : La Démonomanie ou Traité des Sorciers (Paris, 1587) ; et le passage est cité dans Isis Unveiled (vol. 2, p.56). Le pape Sylvestre II fut accusé publiquement de sorcellerie par le cardinal Benno, pour avoir fabriqué une « Tête d'airain divinatoire » . Ces têtes et autres statues parlantes, trophées de l'habileté magique de moines et d'évêques, n'étaient que des reproductions des dieux animés des temples anciens.

Benoît 9, Jean 20 et les papes Grégoire 6 et 7 sont tous connus dans l'Histoire comme des sorciers et des magiciens. En dépit d'une telle masse de faits prouvant que l'Église latine avait dépouillé les anciens juifs de tout — oui, même de leur connaissance de l'art noir — un de leurs défenseurs des temps modernes, le marquis de Mirville, n'a pas honte de publier, contre les juifs modernes, les plus terribles et infâmes accusations !

Dans ses violentes polémiques avec les symbologistes français qui essayent de trouver une explication philosophique aux coutumes et rites anciens de la Bible, il dit :

« Nous passons les significations symboliques que l'on se donne la peine de chercher à toutes ces coutumes [de juifs idolâtres] (leurs téraphim humains et leurs têtes d'enfants coupées), parce que nous y croyons fort peu. Mais nous croyons fort bien, par exemple, que la tête que le Scandinave Odin consultait dans toutes les affaires difficiles était un téraphim du même ordre (magique). Et ce que nous croyons bien plus encore, c'est que tous ces enlèvements d'enfants (chrétiens), pratiqués de tous temps et même dans le nôtre par les Juifs, étaient la conséquence de ces antiques et barbares idées nécromantiques... qu'on se rappelle celui de Damas et le P. Thomas (2). »

Voilà qui est clair et sans détours ! Les pauvres Israélites dépouillés sont ouvertement accusés de ravir des enfants chrétiens pour les décapiter et se servir de leurs têtes comme moyen divinatoire dans des buts de sorcellerie ! Où s'arrêteront la bigoterie et l'intolérance, avec leur odium theologicum, je me le demande ?

Au contraire, il semble bien évident que c'est à la suite de pareilles pratiques déformées et infernales de l'occultisme que Moïse et les premiers ancêtres des juifs furent si stricts dans leur sévère interdiction de se servir d'images gravées, de statues, de reproductions, sous une forme quelconque, de dieux ou d'hommes vivants. La même raison était à la base d'une défense semblable promulguée par Mahomet et imposée par tous les prophètes musulmans, car l'image d'une personne, sous quelque forme que ce soit, et en n'importe quelle matière, peut être transformée en une arme mortelle contre le modèle, par un praticien réellement versé dans l'art noir.

Les autorités légales au Moyen Âge, et même il y a deux siècles, n'avaient pas tort de mettre à mort ceux qu'on découvrait en possession de petites figures de cire de leurs ennemis, car ils complotaient purement et simplement un meurtre. « Tu n'attireras pas les esprits vitaux de ton ennemi, ou de toute autre personne, dans son simulacrum » car « c'est un crime chargé de haine contre la nature » . Et plus loin : « Tout objet dans lequel le fiat d'un esprit a été attiré est dangereux, et ne doit pas être laissé aux mains des ignorants... Un expert (en magie) doit être requis pour le purifier » (Lois pratiques de la Science Occulte, livre 5, exemplaire copte).

Dans une sorte de « Manuel » de l'occultisme élémentaire, il est dit : « Pour rendre impuissant un objet ensorcelé (fétiche), ses parties doivent être réduites en atomes (brisées) et le tout enterré dans un sol humide » (suivent des instructions qu'il n'est pas nécessaire de publier) (3). Ce qui est appelé « esprits vitaux » , c'est le corps astral. « Les Âmes, unies au corps ou séparées de lui, ont une substance corporelle inhérente à leur nature » , dit saint Hilaire (Comm. sur Mathieu, Ch. 5. n° 8). Mais le corps astral d'une personne vivante, ignorante en sciences occultes, peut être attiré de force (par un expert en magie) et fixé dans un objet quelconque surtout s'il est fait à son image comme un portrait, une statue, une petite figure de cire, etc. Et comme tout ce qui touche ou affecte l'astral réagit par répercussion sur le corps physique, il apparaît logique et évident qu'en poignardant l'image dans ses parties vitales — le cœur, par exemple — le modèle peut être tué par sympathie, sans que personne puisse découvrir la cause de la mort. Les Égyptiens qui séparaient l'homme (exotériquement) en trois divisions, ou groupes — « le corps mental » (l'esprit pur, nos 7e et 6e principes), l'âme spectrale (les 5e, 4e et 3e principes), et le corps grossier (prâna et sthûla sharîra) attiraient dans leurs évocations et pratiques théurgiques (pour des buts de magie blanche divine, comme de magie noire) l' « âme spectrale » , ou corps astral, comme nous l'appelons.

Ce n'était pas l'âme elle-même qui était évoquée, mais son simulacrum, ce que les Grecs appelaient eidolon, et qui était le principe médian entre l'âme et le corps. Et cette doctrine provenait de l'Orient, le berceau de tout savoir. Les Mages de Chaldée, comme tous les autres disciples de Zoroastre, croyaient que ce n'était pas l'âme divine seule (esprit) qui participait à la gloire de la lumière céleste, mais également l'âme sensible » ( « Psellos, in Scholiis, in Orac » ).

Traduit en notre phraséologie théosophique, ce qui précède se rapporte à Âtma et à Buddhi, le véhicule de l'esprit. Les néoplatoniciens, et même Origène, appellent le corps astral « Augoeidès et Astroeidès, c'est-à-dire celui qui a l'éclat des étoiles » (Sciences Occultes, par le comte de Résie, vol. 2, p.598, 9).

D'une façon générale, l'ignorance du monde concernant la nature du fantôme humain et du principe vital ainsi que les fonctions de tous les principes de l'homme est déplorable. Tandis que la science les nie tous — moyen facile de couper le nœud gordien de la difficulté — les églises ont inventé le dogme fantaisiste d'un principe unique, l'Âme, et ni l'une ni l'autre ne veut se départir de ses idées préconçues respectives, en dépit de l'évidence fournie par toute l'antiquité et ses auteurs les plus intellectuels. C'est pourquoi, avant que la question puisse être discutée avec quelque espoir de l'éclairer, il est nécessaire que les points suivants aient été bien établis et étudiés par nos théosophes — ceux du moins que le sujet intéresse.

  • 1) La différence entre une hallucination physiologique et la clairvoyance et clairaudience psychiques ou spirituelles.
  • 2) Les esprits ou les entités de certains être invisibles — revenants d'hommes autrefois vivants, anges, esprits élémentaux — ont-ils oui ou non un corps naturel, quoique éthéré et invisible à nos yeux ? Sont-ils unis à une substance fluidique qui les aide à se manifester aux yeux des hommes, ou peuvent-ils l'assimiler ?
  • 3) Ont-ils, oui ou non, le pouvoir de s'introduire parmi les atomes d'un objet, qu'il s'agisse d'une statue (idole), d'un portrait ou d'une amulette, au point de lui communiquer leur pouvoir et leur vertu, et même de l'animer ?
  • 4) Est-il dans le pouvoir d'un Adepte, Yogi ou Initié, de fixer de telles entités, par la Magie Blanche ou Noire, dans certains objets ?
  • 5) Quels sont les divers états (à l'exception de nirvâna et d'avîchi) des hommes bons et mauvais après la mort ? Etc...

Tout cela peut s'étudier dans la littérature des anciens classiques, et surtout dans la littérature aryenne. En attendant, j'ai essayé d'expliquer et de donner les opinions collectives et individuelles de tous les grands philosophes de l'antiquité sur ce sujet dans ma Doctrine Secrète. J'espère que le livre pourra bientôt paraître. Mais afin de contrebalancer les effets d'ouvrages humoristiques comme A Fallen Idol sur les gens d'esprit faible, qui n'y voient qu'une satire de nos croyances, j'ai cru bon de donner ici le témoignage des âges pour prouver que les tours post mortem, joués par le faux ascète de M. Anstey, qui mourut d'une mort subite, ne sont pas rares dans la nature.

Pour conclure, que le lecteur se souvienne que si le corps astral de l'homme n'est pas une superstition fondée sur de simples hallucinations, mais une réalité de la nature, il est logique que cet eidolon (dont l'individualité est entièrement centrée après la mort dans son EGO personnel), soit attiré vers les restes du corps qui fut sien durant sa vie (4), et que, si le corps est brûlé, et les cendres enterrées, il cherche à prolonger son existence en prenant possession d'un corps vivant (celui d'un médium), ou en s'attachant à sa propre statue, image ou objet familier dans la maison ou la localité qu'il habitait.

La théorie du vampirisme ne peut être entièrement une superstition. Dans toute l'Europe, en Allemagne, Styrie, Moldavie, Serbie, France et Russie, les corps des décédés qu'on suppose être devenus des vampires sont soumis à des rites d'exorcisme spéciaux que leurs Églises respectives ont établis pour eux. Les religions grecque et latine croient bien faire en déterrant ces corps et en les clouant à la terre avec une perche en bois de tremble.

Quoiqu'il en soit, qu'il s'agisse d'une vérité ou d'une superstition, les anciens philosophes et les poètes de jadis, les auteurs profanes et classiques ont cru, comme nous le croyons maintenant, pendant plusieurs milliers d'années de l'époque historique, que l'homme avait en lui une contrepartie astrale qui pouvait apparaître en se séparant ou en exsudant du corps matériel, au cours de la vie comme après la mort. Jusqu'à la mort, l' « âme spectrale » était le véhicule de l'âme divine et de l'esprit pur. Mais dès que les flammes avaient dévoré l'enveloppe physique, l'âme spirituelle, se séparant du simulacrum de l'homme, montait à sa nouvelle demeure de béatitude sans mélange (le devachan ou svarga), tandis que l'eidolon spectral descendait dans les régions de l'Hadès (limbus, purgatoire, ou kâma loka). « J'ai terminé ma carrière terrestre » , s'exclame Didon, « mon spectre glorieux (le corps astral), l'IMAGE de ma personne, va maintenant descendre au sein de la terre. (5) » .

« Et nunc magna mei sub terras ibit imago » (Enéide, lib. 4, 653-54).

Sabinus et Servius Honoratus (commentateur érudit de Virgile au 6e siècle) ont enseigné, comme le montre le démonologue Delrio (lib. 2, ch. 20 et 25, p. 116), que l'homme était composé, en plus de son âme, d'une ombre (UMBRA) et d'un corps. L'âme monte au ciel, le corps est réduit en poussière, et l'ombre est plongée dans l'Hadès... Ce fantôme — umbra seu simulacrum — n'est pas un corps réel, disent-ils ; ce n'est qu'une apparence qu'aucune main ne peut toucher, car il défie le contact comme un souffle. Homère montre cette ombre sous la forme du fantôme de Patrocle qui périt, tué par Hector, et pourtant « Le voici — c'est son visage, sa voix, son sang coulant encore de ses blessures ! » (Voir l'Iliade, 23, 65-68, et aussi l'Odyssée 11I, 468). Les anciens grecs et latins reconnaissaient deux âmes — anima bruta et anima divina — et la première était, chez Homère, l'âme animale, l'image de la vie du corps, et la seconde, l'âme immortelle et divine.

Quant à notre kâma loka, Ennius, d'après Lucrèce, « a tracé le tableau des régions sacrées dans l'Achérusie, où n'habitent ni nos corps ni nos âmes, mais seulement nos simulacres dont la lividité est un affreux spectacle ! » C'est parmi ces ombres que le divin Homère leur apparut, versant d'amères larmes comme si les dieux n'avaient créé cet homme honnête que pour les tourments éternels. C'est de ce monde (kâma loka), qui recherche avidement les communications avec notre terre, que cette troisième (partie) du poète — son fantôme — lui expliqua les mystères de la nature... (6).

Pythagore et Platon divisaient tous deux l'âme en deux parties, indépendantes l'une de l'autre — l'une, l'âme rationnelle ou logon, l'autre irrationnelle, alogon — celle-ci étant à son tour subdivisée en deux aspects, le thumikon et l'epithumikon, qui, avec l'âme divine et son esprit et le corps, forment les sept principes de la Théosophie.

Ce que Virgile appelle imago, « image » , Lucrèce le nomme simulacrum, « similitude » (voir De Nat. rerum) mais ce sont là des noms différents pour une seule et même chose : le corps astral.

Deux points pris dans les anciens corroborent donc entièrement notre philosophie ésotérique : (a) l'astral ou l'aspect matérialisé du mort, n'est ni l'âme, ni l'esprit, ni le corps du décédé mais simplement son ombre, ce qui justifie notre appellation de « coque » ; et (b) à moins que ce soit un Dieu immortel (un ange) qui anime un objet, ce ne peut jamais être un esprit, c'est-à-dire l'ÂME, ou l'ego réel et spirituel d'un homme jadis vivant ; car ceux-ci s'élèvent, et une ombre astrale (à moins qu'elle n'appartienne à une personne vivante) ne peut jamais être supérieure à un ego lié à cette terre ou à une coque irrationnelle. Homère avait donc raison en faisant dire à Télémaque au moment où il voit Ulysse qui se révèle à lui : « Non, tu n'es pas mon père, tu es un démon, un esprit qui me flatte et me trompe ! »

«Ou sug'Odusseus essi patèr émos, alla mé daimôn thelgueï. » (Odyssée, 16, 194.)

Ce sont ces ombres illusoires, n'appartenant ni à la Terre ni au Ciel, qu'emploient les sorciers et autres adeptes de l'Art Noir, pour persécuter leurs victimes ; pour halluciner à l'occasion le mental de personnes très honnêtes et bien intentionnées qui tombent victimes des épidémies mentales produites par eux dans un but défini ; et pour s'opposer de toutes les façons au travail bienfaisant des gardiens de l'humanité — qu'ils soient divins ou humains.

Pour l'instant, il a été suffisamment démontré que les théosophes ont l'évidence de toute l'antiquité pour confirmer l'exactitude de leurs doctrines.

NOTES

  • (1)  UGOLINO : Thesaur, vol. 23. p.475.
  • (2) Pn. des Esprits, vol. 3, p.254.
  • (3) L'auteur de l'ouvrage A Fallen Idol montre qu'il connaissait ce fait, par intuition naturelle ou par l'étude des lois occultes, — à lui de le dire — en faisant dire à Nebelsen que l'esprit ou le tirthankar était paralysé et engourdi pendant le temps où son idole était enterrée aux Indes. Son eidolon ou élémentaire ne pouvait rien faire. Voir page 295.
  • (4) L'incinération même n'influence pas son action, ni ne l'entrave, puisqu'il peut se servir des cendres. La terre seule le rend impuissant.
  • (5) Ce qui n'est pas l'intérieur de la terre, ou l'enfer ainsi que l'enseignent les théologiens anti-géologiques, mais la matrice cosmique de notre globe, la lumière astrale de notre atmosphère.
  • (6) ...Esse Acherusia templa
    Quo neque permanent animæ, neque corpora nostra,  
    Sed quædam simulacra
    , modis pallentia miris
    Unde sibi exortam semper florentis Homeri
    Commemorat speciem lacrimas effundere salsas
    Cœpisse, et rerum naturam, expandere dictis.
    -- Lucrèce, De natura rerum, 1, 120-26.

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