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"Raja Yoga ou Occultisme", La Magie ancienne dans la Science moderne

On pourrait reprocher à l'indianiste français Paulthier un enthousiasme débordant lorsqu'il assure que l'Inde lui semble être le vaste foyer primitif de la pensée humaine dont la flamme permanente a fini par se propager à l'ancien monde et l'enflammer (1). Pourtant, il a raison de l'affirmer. La Métaphysique aryenne (2), en effet, a conduit le mental à la connaissance occulte la plus ancienne et la mère de toutes les autres sciences, car elles les contient toutes. Et c'est l'Occultisme — synthèse de toutes les découvertes concernant la nature, et principalement celle de la potentialité psychique cachée dans chaque atome physique de matière et au delà — qui fut le lien primitif, cimentant en une seule pierre angulaire les fondements de toutes les religions de l'antiquité. L'étincelle primitive, en effet, s'est propagée dans chaque contrée et la Magie se trouve à la base de toute foi relative à cette contrée, récente ou ancienne. L'Égypte et la Chaldée sont au premier rang parmi les régions qui nous fournissent l'évidence la plus complète sur le sujet, dans l'impuissance où elles sont de protéger, comme le fait l'Inde, leurs reliques paléographiques de la profanation. Les eaux troubles du canal de Suez charrient jusqu'aux côtes britanniques la magie des premiers temps de l'Égypte pharaonique, qui vient remplir de ses restes poussiéreux les musées britanniques, français, allemands et russes. La Magie ancienne, historique, se reflète ainsi dans les annales scientifiques de notre siècle actuel de reniement total. Elle force la main du scientifique et épuise son cerveau, se riant des efforts déployés par celui-ci lorsqu'il cherche à interpréter sa signification à l'aide de ses données matérialistes, tandis qu'elle aide efficacement l'occultiste dans sa compréhension de la Magie moderne, petite-fille rachitique et affaiblie de sa puissante aïeule archaïque. Que l'on exhume un papyrus hiératique, en même temps que la momie emmaillotée d'un Roi ou Prêtre-Hiérophante, que l'on trouve une inscription indéchiffrable effacée par le temps venant des sites bouleversés de Babylone ou de Ninive, ou qu'on découvre un cylindre ancien de terre cuite, il est bien rare que cela n'apporte pas de nouveaux éléments de réflexion ou quelques renseignements suggestifs pour celui qui étudie l'Occultisme. Malgré tout, la magie est niée, considérée comme la « superstition » du philosophe ignorant de jadis.

Ainsi, il y a de la magie sur tous les papyrus, magie dans toutes les formules sacrées, magie mise en bouteille dans des fioles hermétiquement closes, et vieilles de milliers d'années ; magie dans des ouvrages modernes aux reliures élégantes ; magie dans les romans les plus populaires ; magie dans les cercles mondains ; magie, pis que cela en fait : SORCELLERIE dans l'air même que l'on respire en Europe, en Amérique et en Australie ; plus une nation est civilisée, cultivée, plus l'effluve de magie inconsciente qu'elle émet et accumule dans l'atmosphère qui l'environne est extraordinaire et puissante. ..

Bien entendu, on n'acceptera jamais sous son nom légitime la magie ridiculisée et déclarée taboue. Pourtant, la science a commencé à s'occuper très largement de cette science bannie, mais en lui adaptant des masques modernes. Que trouve-t-on donc dans un nom ? Parce que l'on définit scientifiquement le loup comme un animal du genus canis, cela en fait-il pour autant un chien ? Les hommes de science peuvent préférer appeler hypnose hystérique, la magie qui fut explorée par Porphyre et expliquée par Jamblique, mais cela ne l'empêche pas moins d'être de la magie. Les effets sur les premières races de la Révélation primitive qui leur fut faite par leurs « Dynasties divines » , les rois-instructeurs, devinrent, dans la quatrième race, celle des Atlantéens, connaissance innée. Et, lorsque cette connaissance, exceptionnellement, se manifeste maintenant de façon authentique, elle présente un caractère « anormal » qui lui vaut d'être qualifiée de médiumnique. L'histoire secrète du monde, préservée seulement dans des retraites sûres et lointaines, pourrait seule, si elle était communiquée sans réserve, faire connaître aux présentes générations l'existence de pouvoirs, presque toujours ignorés, qui résident, latents, dans l'homme et dans la nature. C'est parce que les Atlantéens abusèrent dangereusement de la Magie que leur race fut finalement vouée à la destruction et à l'oubli. Le récit de leurs sorcelleries et de leurs enchantements maléfiques sont parvenus jusqu'à nous à travers la littérature classique, par fragments, sous la forme de légendes et de contes de fées pour enfants, généralement attribués à de plus petites nations. D'où le mépris pour la nécromancie, la magie goétique et la théurgie. On ne se moque pas moins de nos jours des « sorcières » de Thessalie que des médiums modernes et des théosophes crédules. Encore une fois, ceci est dû à la sorcellerie et l'on ne doit jamais manquer du courage moral de le dire ; car c'est l'abus fatal de la Magie qui força les Adeptes, les « Fils de la Lumière » , à la dissimuler profondément après que ses coupables adorateurs aient eux-mêmes trouvé un tombeau au fond de l'océan, la plaçant ainsi hors d'atteinte des profanes de la race qui succéda aux Atlantéens. C'est donc à la sorcellerie que le monde doit son ignorance actuelle de la Magie, mais qui ou quelle classe d'hommes, en Europe ou en Amérique, voudra croire une telle assertion ? À une exception près, personne. Cette exception se trouve parmi les catholiques romains et leur clergé. Mais si ceux-ci sont tenus par leurs dogmes de croire en l'existence de la magie, ils lui attribuent une origine satanique. C'est cette théorie qui, certainement, a empêché la magie d'être approchée scientifiquement.

Pourtant, nolens volens, la science devra la prendre en main. L'archéologie dans ses départements les plus intéressants, l'égyptologie et l'assyriologie, se trouve fatalement liée avec elle, quoi qu'elle fasse. Car la magie est tellement mêlée à l'histoire du monde que si cette dernière doit jamais être écrite dans son intégrité, en donnant la vérité et rien que la vérité, il ne lui reste aucune échappatoire. Si l'archéologie espère encore faire des découvertes sur des textes hiératiques qui ne soient pas liées à ce sujet maudit, Ï'HISTOIRE, nous le craignons, ne sera jamais écrite.

Il est permis de sympathiser profondément avec la position embarrassante, et que nous pouvons imaginer facilement, des savants et des membres de la Royal Sodety, des académiciens et des orientalistes. Obligés de déchiffrer, de traduire et d'interpréter de vieux papyrus moisis, des inscriptions sur des stèles et des rhombes babyloniens, ils sont constamment en contact avec la MAGIE. Ex voto, dessins sculptés, hiéroglyphes et incantations, tout le bataclan de cette « superstition » maudite, les regarde fixement dans les yeux, sollicite leur attention et les remplit de la plus désagréable perplexité. Pensez seulement à ce que doivent être leurs sentiments lorsqu'on exhume un papyrus qui est de toute évidence précieux. Il s'agit du passeport post mortem de l'âme osirifiée (3) d'un Prince ou même d'un Pharaon récemment élevé au Ciel. Ce document est couvert de caractères rouges et noirs, écrits par un scribe instruit et renommé — disons de la IV° Dynastie et sous le haut contrôle d'un Hiérophante égyptien — classe jouissant d'une grande considération de tout temps et tenue par la postérité comme la plus cultivée de toutes parmi les sages et les philosophes anciens. Les textes trouvés furent écrits à l'heure solennelle de la mort et de la mise au tombeau d'un Roi Hiérophante, d'un Pharaon et d'un Souverain. Le but du document est l'introduction de « l'âme » dans la région effrayante de l'Amenti, devant ses juges, là où un mensonge est, dit-on, plus lourd que tout autre crime. L'orientaliste prend le papyrus et consacre à son interprétation des jours, voire des semaines de travail pour y trouver seulement le texte suivant : « Pendant la XIIIe année et le second mois de Schomou, au 28e jour, nous, le premier Grand Prêtre d'Ammon (le roi des dieux), Penotman, fils du délégué (ou du substitut) (4) du Grand-prêtre Pion-ki-moan, et le scribe du temple de Sosser-sou-khons et de la Nécropole Boutega-monmou, avons commencé à préparer le feu Prince Oozir-mari Pionokha, etc... etc... pour l'éternité. Lorsqu'elle fut préparée, la momie fut heureuse de se lever et de remercier ses serviteurs et d'accepter également une couverture confectionnée pour elle des mains de la « dame qui chante », Nefrelit Nimutha, partie dans l'éternité l'année tant et tant... etc... « quelques centaines d'années auparavant ! » Le tout écrit en hiéroglyphes.

C'est peut-être ici une mauvaise interprétation. Il y a cependant des douzaines de papyrus qui bien authentifiés comportent des interprétations et des récits bien plus étranges que celui que nous venons de mentionner, corroborés en cela par Sanchoniation et Manéthon, par Hérodote et Platon, Georges le Syncelle et de nombreux autres auteurs et philosophes qui mentionnent le sujet. Ces papyrus recensent très souvent, et aussi sérieusement que n'importe quel fait historique n'exigeant aucune confirmation supplémentaire, des dynasties entières de mânes de Rois, c'est-à-dire de fantômes et de spectres. On trouve la même chose dans les histoires d'autres nations.

Tous revendiquent pour leurs premières dynasties (5) originelles de souverains et de rois, ce que les grecs appelaient des Manes et les Égyptiens Ourvagan, des « dieux » , etc... Rossellius s'est efforcé d'interpréter cette bizarrerie, mais en vain. « Le mot manes signifiant Ourvagan » , dit-il, « et ce terme dans son sens littéral signifiant l'image extérieure, nous pouvons supposer, s'il était possible de rapporter cette dynastie à une période historique quelconque, que le mot se réfère à quelque forme de gouvernement théocratique représenté par les images des dieux et des prêtres ! » (6).

Une dynastie composée apparemment de rois vivants, actifs et qui gouvernent, transformée subitement en simples images et ombres, exige pour être acceptée un effort de crédulité moderne bien plus grand que ne l'exigent les « fantômes des rois ».

Est-ce que tous ces Hiérophantes et tous ces Scribes, ces Pharaons et ces Rois-Initiés furent des fous ou des imposteurs, des complices ou des menteurs pour avoir cru eux-mêmes d'abord et avoir tenté ensuite de faire croire aux autres de telles histoires extraordinaires s'il n'y avait aucune vérité à leur origine ? Et cela pendant des millénaires, de la première à la dernière Dynastie ?

La « Doctrine Secrète » traitera plus complètement de la Dynastie divine des Manes. Toutefois, quelques faits particuliers du même genre peuvent être enregistrés d'après des papyrus authentiques et des découvertes archéologiques. Les orientalistes ont trouvé une planche de salut. Obligés de publier le contenu de quelques papyrus réputés, ils les appellent maintenant des romans du temps de tel et tel Pharaon, etc... Si l'expédient n'est pas absolument honnête, il n'en reste pas moins ingénieux. Les Sadducéens amateurs de belles lettres pourront se réjouir de bon cœur.

Un de ces papyrus est le « Lepsius Papyrus » du Musée de Berlin, aujourd'hui acheté par ce dernier aux héritiers de Richard Lepsius. Il est écrit en caractères hiératiques, en langue égyptienne archaïque (copte ancien). On le considère comme l'une des plus importantes découvertes archéologiques parce qu'il fournit des dates de comparaison et permet de rectifier plusieurs erreurs dans l'ordre de succession des dynasties. Malheureusement, ses fragments les plus importants manquent. Les égyptologues spécialisés qui rencontrèrent les plus grandes difficultés à le déchiffrer, ont conclu qu'il s'agissait d' « un roman historique du XVI° siècle avant J.-C. (7) et remontant à certains événements qui auraient eu lieu sous le règne du Pharaon Chéops, constructeur supposé de la pyramide du même nom, et dont le règne fut en pleine efflorescence au XXVI° ( ? ) siècle avant notre ère » . II décrit la vie égyptienne et l'état de la société à la cour de ce grand Pharaon, à peu près 900 ans avant les petites histoires désagréables entre Joseph et Mme Putiphar.

La première scène décrit tout d'abord le roi Chéops sur son trône entouré de ses fils auxquels il donne l'ordre de l'entretenir sur les récits relatifs à la plus haute antiquité et aux pouvoirs miraculeux exercés par les sages renommés et les magiciens de la Cour de son prédécesseur. Le Prince Chephren raconte alors à son auditoire comment un mage à l'époque du Pharaon Nebka fit un crocodile avec de la cire et le doua de vie et d'obéissance. Un mari l'ayant placé dans la chambre de son épouse infidèle, le crocodile mordit la femme et son amant puis, les capturant tous les deux, il les jeta dans la mer. Un autre prince raconta une histoire de son grand-père, le Pharaon SENEFRU, père de Chéops. Se sentant mal entrain, il appela un magicien devant lui qui lui conseilla comme remède le spectacle qu'offraient vingt belles jeunes vierges de la Cour s'amusant en bateau sur le lac voisin. Les jeunes filles obéirent et le cœur du vieux tyran en fut « ravigoté » . Mais, soudain, une des jeunes filles poussa un cri perçant et se mit à pleurer très fort. Elle avait fait tomber un splendide collier dans l'eau à un endroit profond de 220 pieds. Un magicien prononça alors une formule, appela à son aide les génies de l'air et de l'eau, puis il plongea sa main dans les vagues et ramena le collier. Le Pharaon fut très frappé par cet exploit. Il ne regarda plus les vingt beautés, « dévêtues, couvertes de résilles, avec leurs vingt avirons faits d'ébène et d'or » . Il ordonna que des sacrifices soient offerts aux manes de ces deux magiciens lorsqu'ils mourraient. À cela, le Prince Gardadathu fit la remarque que les plus élevés de ces magiciens ne mouraient jamais et que l'un d'eux — plus que centenaire — vivait encore à ce moment, dans la ville de Deyd-Snefrou, son nom était Deddy. Il dit aussi qu'il avait le pouvoir miraculeux de réunir les têtes tranchées à leurs corps et de rappeler l'ensemble à la vie, comme il avait aussi pleine autorité et domination sur les lions du désert. Ce Deddy connaissait également l'endroit où se procurer les matériaux onéreux nécessaires au temple du dieu Thoth (la déité sagesse) édifice que le Pharaon Chéops était extrêmement désireux d'élever près de sa grande pyramide. Entendant cela, le puissant Roi Chéops exprima le désir de voir le vieux Sage à sa cour. Le Prince Gardadathu partit aussitôt en voyage et ramena avec lui le grand magicien.

Selon les dires du papyrus, après de longues salutations, des compliments réciproques et des hommages, une longue conversation s'engagea entre le Pharaon et le Sage, qui, en bref, se déroula ainsi :

« J'ai entendu dire, ô Sage, que tu peux réunir des têtes coupées à leurs corps. »
« Je puis le faire. Grand Roi », répondit Deddy. « Faites venir ici un criminel immédiatement » , dit le Pharaon.
« Grand-Roi, mes pouvoirs ne s'étendent pas aux hommes. Je ne peux ressusciter que les animaux » , remarqua le Sage.

Alors, on apporta une oie, la tête en fut tranchée et placée dans le coin, côté Est de la salle, son corps placé à l'Ouest. Deddy étendit son bras dans chacune des deux directions et murmura une formule magique. Sur le champ, le corps de l'oiseau se leva et s'avança vers le centre de la salle, la tête roula pour le rejoindre. Elle sauta sur le cou sanguinolant, les deux furent réunis et l'oie commença à se promener sans souffrir aucunement de la décapitation opérée sur elle.

Le même exploit merveilleux fut répété par Deddy sur des serins et sur un taureau. Après quoi, le Pharaon désira être informé au sujet du projet du temple de Thoth.

Le magicien-sage connaissait tout au sujet des restes antiques du temple cachés dans une certaine maison d'Héliopolis : mais il n'avait pas le droit de le révéler au roi. La révélation devait venir de l'aîné des triplés de Rad-Dedtou. « Cette dernière est la femme du prêtre du Soleil de la cité de Sahebou. Elle va concevoir des triplés, fils du dieu-soleil, et ses enfants joueront un rôle important dans l'histoire du pays de Khemi (Égypte) étant donné qu'ils seront appelés à le gouverner. L'aîné, avant de devenir Pharaon, sera Grand-Prêtre du Soleil de la cité d'Héliopolis. »

Entendant cela, le Pharaon Chéops, déchira de douleur ses vêtements : sa dynastie serait ainsi détrônée par le fils de la déité à laquelle, de fait; il élevait un temple ! » .

À cet endroit, le papyrus est déchiré. Une large partie manquant, la postérité se voit refusée la possibilité de savoir ce que le Pharaon entreprit dans cette circonstance pénible.

Le fragment suivant nous informe sur le sujet qui est de toute évidence le plus important de cet écrit archaïque, c'est-à-dire celui qui relate la naissance des trois fils du dieu-Soleil. Dès que Rad-Dedtou ressentit les douleurs de l'enfantement, le grand dieu-Soleil appela les déesses Isis, Nephtys, Mesehentou, et Hekhtou et les envoya pour aider la prêtresse en disant : « Elle est en travail pour mes trois fils qui seront un jour les gouverneurs de ce pays. Aidez-la et ils élèveront des temples, feront d'innombrables libations de vin et de sacrifices » . Les déesses firent ce qui leur avait été demandé et trois garçons, d'une taille d'une aune chacun, et avec de très longs bras (8) naquirent. Isis leur donna leurs noms et Nephtys les bénit tandis que les deux autres déesses confirmaient en eux leur futur glorieux. Les trois jeunes hommes devinrent par la suite les rois de la V° Dynastie, leurs noms étant Ouserkath, Sagourey, et Kakây. Lorsque les déesses furent retournées dans leurs célestes demeures, quelques grands miracles se produisirent. Le blé offert aux déesses mères retourna tout seul dans le coffre à grain dans une dépendance de la maison du Grand Prêtre et les serviteurs racontèrent que des voix d'êtres invisibles y faisaient entendre les hymnes que l'on chante à la naissance des princes héréditaires et que l'on percevait distinctement les notes de musique et les danses propres à ce rite. Ce phénomène, plus tard, mit en danger la vie des futurs rois — les triplés.

La Grande-Prêtresse ayant un jour puni une esclave, celle-ci se sauva de la maison et parla ainsi aux foules assemblées : « Comment a-t-elle osé me punir, cette femme qui a donné le jour aux trois rois ? J'irai vers le Roi Chéops, notre Seigneur, et le lui dirai » .

À cet endroit captivant, le papyrus est une fois encore déchiré. Le lecteur est à nouveau laissé dans l'ignorance de ce qui résulta de la dénonciation et comment les trois jeunes prétendants échappèrent à la persécution du chef suprême (9).

Mariette Bey cite un autre exploit magique (Mon. Dir. pl. l. 9. époque perse) trouvé sur une tablette du Musée de Boulak au sujet du royaume d'Éthiopie qui fut fondé par les descendants des Grands Prêtres d'Ammon et où régnait une théocracie absolue. C'était le dieu lui-même, semble-t-il, qui sélectionnait les rois à sa fantaisie et « la stèle 114, qui est une déclaration officielle sur l'élection d'Aspalout, montre comment ces événements eurent lieu » (Gebel-BarkaI). L'armée s'assembla près de la Montagne sacrée à Napata, choisit six officiers qui devaient se joindre à d'autres délégués d'état et proposa de procéder à l'élection d'un roi.

« Venez » , lit-on dans la légende inscrite. « Venez, et choisissons un maître qui soit semblable à un jeune taureau irrésistible » . L'armée commença à se lamenter et dit : « Notre maître est avec nous et nous ne le connaissons pas ! » D'autres remarquèrent : « Certes, mais nous pouvons le connaître, bien que jusqu'à présent personne ne le connaisse sauf Râ (le dieu), puisse le grand Dieu le protéger du danger où qu'il se trouve »... Sur-le-champ, toute l'armée s'écria : « Mais il y a ce dieu Ammon-Râ, dans la Montagne sacrée et il est le Dieu de l'Éthiopie !. Soyons à lui, ne parlez pas de lui sans savoir car les paroles prononcées par ignorance à son sujet ne sont pas bonnes. Laissez-le choisir, ce dieu qui est le dieu du royaume d'Ethiopie depuis le temps de Râ... II nous guidera puisque les rois éthiopiens sont tous son œuvre et qu'il donne le royaume au fils qu'il aime » . « Voilà ce que dit l'armée entière : c'est un discours excellent, en vérité, sans aucun doute ».

Le récit montre ensuite les délégués dûment purifiés, entrant dans le temple et se prosternant devant l'immense statue d'Ammon-Râ, tout en formulant leur requête. « Les prêtres éthiopiens sont puissants. Ils savaient fabriquer des images et des statues miraculeuses, capables de se mouvoir et de parler pour servir de véhicules aux dieux, cet art leur vient de leurs ancêtres égyptiens. »

Tous les membres de la famille royale passent en procession devant la statue d'Ammon-Râ — mais il reste immobile. Cependant, dès qu'Aspalout s'approche, l'énorme statue le saisit avec ses deux bras et s'exclame : « Voici votre roi. C'est votre Maître qui vous fera vivre » . Les chefs de l'armée saluent alors le nouveau Pharaon. Il pénètre dans le sanctuaire et le dieu le couronne, personnellement, de ses propres mains ; enfin, il rejoint son armée. La fête se termine par la distribution de pain et de bière. (Gebel-BarkaI).

Il y a un certain nombre de papyrus et d'inscriptions anciennes qui prouvent au delà de tout doute possible que pendant des milliers d'années les Grands-Prêtres, les magiciens et les Pharaons croyaient — comme les masses — dans la magie, et en outre la pratiquaient ; mais cette magie a pu ensuite passer pour de la prestidigitation habile. Les statues devaient être fabriquées, car à moins d'être faites avec certains éléments et certaines pierres, sous l'influence de certaines constellations, selon les conditions prescrites par l'art magique, les pouvoirs et les forces divines (ou infernales, selon le goût de certains) qui devaient animer de telles statues et images ne pouvaient agir par leur intermédiaire : de même c'est avec des métaux et des matériaux spéciaux et non par un assemblage choisi au hasard, que l'on doit fabriquer une batterie galvanique, si l'on veut qu'elle produise ses effets magiques.

Une photographie ne peut s'obtenir que grâce à des conditions précises d'obscurité et on doit faire appel à certains produits chimiques pour obtenir les résultats attendus.

Quelque vingt ans plus tôt, l'archéologie s'est trouvée enrichie d'un document égyptien très curieux donnant les vues de cette ancienne religion sur le sujet des spectres (manes) et sur la magie en général. C'est le « Papyrus Magique Harris » . II est extrêmement curieux sur ce qu'il apporte relativement aux enseignements ésotériques de la Théosophie occulte. Il est très suggestif. Nous le laissons pour notre prochain article — sur la MAGIE.
Table des matières

NOTES

  • (1) Essai. Préface de Colebrooke.
  • (2)  C'est uniquement par l'entremise de M. Barthélémy St Hilaire que le monde a appris   « qu'en ce qui concerne la métaphysique, le génie hindou est toujours resté dans une sorte de sous-développement infantile » .
  • (3) Le lecteur a-t-il besoin qu'on lui rappelle que chaque âme naissant à son cycle de 8.000 ans suivant la mort du corps qu'elle animait auparavzant devenait en Égypte un « Osiris » , était osirifiée, c'est-à-dire que la personnalité se trouvait réduite à ses principes supérieurs, pour devenir un esprit.
  • (4)  « Substitut » était le nom attribué au père du « Fils » adopté par le Grand Prêtre Hiérophante : une classe de ces Prêtres restaient en effet célibataires et adoptaient des « Fils » en vue de leur transmettre pouvoir et succession.
  • (5)  La Doctrine Secrète enseigne que ces dynasties étaient composées d'êtres divins, « les images éthériques des créatures humaines » , en réalité des « dieux » dans leurs corps astraux lumineux, les sishta de manvantara précédents.
  • (6) Rossellius (Vol. l : « Storia degli Monumenti dell'Egitto » (p.8). Il ajoute que Manéthon et les Chroniques anciennes sont d'accord pour traduire le mot manes par nehies. Dans les Chroniques d'Eusèbe Pamphile, découvertes à Milan et annotées par le Cardinal Mai, le mot nehies est également traduit par urvagan « l'ombre extérieure » ou « l'image éthérique des hommes » ; autrement dit, le corps astral.
  • (7) Attribué de façon très hypothétique à la XVIII° Dynastie de rois selon les tables Synchroniques de Manéthon, falsifiées, au delà de toute reconnaissance possible, par l'habile Eusèbe, le trop astucieux Évêque de Césarée.
  • (8) De longs bras étaient en Égypte, comme maintenant en Inde, un signe indiquant un état de mahâtma ou d'adepte.
  • (9) Ceci est d'autant plus regrettable, dit le traducteur du papyrus, que « malgré des détails légendaires, le contenu du papyrus de Lepsius repose manifestement sur les traditions les plus anciennes et sans aucun doute émanent d'un témoin oculaire et sont d'une évidence incontestable » . Les données du papyrus concordent parfaitement avec les faits connus, avec les découvertes faites par l'égyptologie et les renseignements indéniables obtenus sur l'histoire et sur les événements reculés de ce « pays de mystère et d'énigme » , comme le dit Hegel. Nous n'avons donc aucune raison de douter de l'authenticité du récit général de notre papyrus. Il nous révèle également des faits historiques entièrement nouveaux. Ainsi, nous apprenons tout d'abord que Kéfren ou Chéphren était le fils de Chéops, que la V° Dynastie prit naissance à Sahebou ; que ses trois premiers Pharaons étaient frères et que l'aîné des triplés avait été Grand-Prêtre du Soleil à Héliopolis avant de monter sur le trône. Aussi maigres que soient les détails, ils deviennent très importants dans l'histoire d'événements dont plus de quarante siècles nous séparent. Finalement, le papyrus de Lepsius est un document extrêmement ancien, écrit en vieille langue égyptienne, tandis que les événements qui y sont mentionnés peuvent, par leur originalité (magie ? ) être mis en parallèle avec les meilleurs récits égyptiens traduits et publiés par le célèbre égyptologue et archéologue Maspéro, dans son oeuvre intitulée : « Contes de l'ancienne Égypte » .

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