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"La Voix du Silence", Les Sept Portails

Traité 3

Les Sept Portails

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« UPÂDHYÂYA (1) le choix est fait, j'ai soif de Sagesse. Tu as maintenant déchiré le voile cachant le Sentier secret et enseigné le grand Yâna (2). Ton serviteur est ici prêt à suivre tes instructions. »

C'est bien, Shrâvaka (3). Prépare-toi, car tu devras
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voyager seul. Le Maître qui enseigne ne peut qu'indiquer le chemin. Le Sentier est le même pour tous, mais les moyens d'atteindre le but doivent varier avec les pèlerins.

Que choisiras-tu, ô toi au cœur indomptable ? Le Samtan (4) de la « Doctrine de l'Œil » - le quadruple Dhyâna - ou la voie qui passe par les Pâramitâ (5) au nombre de six - les nobles portes de vertu qui conduisent à Bodhi et à Prajñâ, le septième degré de Sagesse ?

Le rude Sentier du quadruple Dhyâna monte raide et tortueux. Trois fois grand est celui qui en gravit le sommet sublime.

Les hauteurs des Pâramitâ sont traversées par un sentier encore plus escarpé. Tu devras te frayer ton chemin à travers sept portails, sept places fortes gardées par de cruels Pouvoirs pleins de ruse : les passions incarnées.

Aie bon courage, disciple ; ne perds pas de vue la
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règle d'or. Quand tu auras franchi la porte du Srotâpanna (6) - « celui qui est entré dans le courant » -quand ton pied aura foulé, dans la vie présente ou future, le lit du courant qui mène au Nirvâna, tu n'auras plus devant toi que sept autres naissances, ô toi à la Volonté adamantine.

Observe : que vois-tu sous ton regard, ô aspirant à la Sagesse divine ?

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« Le manteau des ténèbres est étendu sur l'abîme de la matière ; dans ses replis je me débats ; l'obscurité s'approfondit à ma vue, Seigneur. D'un mouvement de ta main, voici qu'elle se dissipe. Une ombre bouge, qui rampe comme les anneaux d'un serpent qui se déroulent . . . Elle grandit, s'enfle et disparaît dans les ténèbres. »

C'est l'ombre de toi-même hors du SENTIER, projetée sur la noirceur de tes péchés.

« En vérité. Seigneur, je vois le SENTIER ; son pied est dans la boue, son sommet perdu dans la glorieuse lumière du Nirvâna. Et maintenant je vois les Portails qui vont en se rétrécissant sur le rude chemin épineux de Jñâna. » (7)

Tu vois bien, Lanou. Ces Portails conduisent l'aspirant, par-delà les eaux, « jusqu'à l'autre rive » (8). Chaque Portail a une clé d'or qui en ouvre l'accès ; et ces clés sont :

  1. DÂNA, la clé de charité et d'immortel amour.
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  2. SHÎLA, la clé d'Harmonie en parole et en acte ; la clé qui rétablit l'équilibre entre la cause et l'effet, et ne laisse plus de place à l'action karmique.
  3. KSHÂNTI, la douce patience que rien ne peut troubler.
  4. VIRÂGA, l'indifférence au plaisir et à la douleur, l'illusion vaincue, la vérité seule perçue.
  5. VÎRYA, l'énergie indomptable qui fraie sa route vers la suprême VÉRITÉ, hors de la boue des mensonges terrestres.
  6. DHYÂNA, dont la porte d'or, une fois ouverte, conduit le Naljor (9) vers le royaume de l'éternel Sat et à sa contemplation sans fin.
  7. PRAJÑÂ, la clé de ce qui fait de l'homme un Dieu, en le créant Bodhisattva, fils des Dhyâni.

Telles sont les clés d'or des Portails.

Avant de pouvoir t'approcher du dernier Portail, ô tisserand de ta liberté, il te faudra, tout au long du Sentier harassant, maîtriser ces Pâramitâ de perfection, les vertus transcendantes, six et dix en nombre.

Car, ô disciple, avant d'avoir été mis en état de
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rencontrer ton Instructeur face à face, ton MAÎTRE lumière à lumière, que te fut-il dit ?

Avant de pouvoir t'approcher de la toute première porte, tu dois apprendre à séparer ton corps de ton mental, à dissiper l'ombre et à vivre dans l'éternel. Pour cela, tu dois vivre et respirer en tout, comme tout ce que tu perçois respire en toi ; tu dois te sentir présent en toutes choses et sentir toutes les choses dans le SOI.

Tu ne laisseras pas tes sens faire de ton mental un champ de plaisir.

Tu ne sépareras pas ton être de l'ÊTRE et du reste, mais tu absorberas l'Océan dans la goutte, la goutte dans l'Océan.

Ainsi tu seras en plein accord avec tout ce qui vit. Aime les hommes comme s'ils étaient tes frères-disciples, les disciples d'un seul Maître, les fils d'une même et tendre mère.

Nombreux sont les instructeurs, unique est le MAÎTRE - l'ÂME (10) - Âlaya, l'Âme Universelle.

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Vis dans ce MAÎTRE comme SON rayon vit en toi. Vis dans tes semblables comme ils vivent en LUI.

Avant de te tenir au seuil du Sentier, avant de franchir la toute première Porte, il te faut fusionner les deux dans l'Un, sacrifier le Soi personnel au SOI impersonnel et ainsi détruire le « sentier » qui est entre les deux : Antahkarana (11).

Tu dois être prêt à répondre à Dharma, la loi sévère, dont la voix te demandera à ton premier pas, ton pas initial :

« T'es-tu conformé à toutes les règles, ô toi aux espérances sublimes ? »

« As-tu accordé ton coeur et ton mental au grand mental et au grand cœur de tout le genre humain ? Car, de même que la voix mugissante du fleuve sacré fait écho à tous les sons de la Nature (12), ainsi le cœur
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de celui qui voudrait " entrer dans le courant " doit vibrer en réponse à chaque soupir et à chaque pensée de tout ce qui vit et respire. »

Les disciples peuvent être comparés aux cordes de la Vina qui résonne au chant de l'âme, le genre humain à sa table d'harmonie et la main qui en joue au souffle mélodieux de la GRANDE ÂME DU MONDE. La corde qui, au toucher du Maître, ne répond pas en harmonie suave avec toutes les autres, se brise ; elle est rejetée. Ainsi en est-il pour le mental collectif des Lanou-shrâvaka. Ils doivent
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s'accorder avec le mental de l'Upâdhyâya - en union avec la Sur-Âme - ou rompre leur lien et se retirer.

Ainsi font les " Frères de l'Ombre " , les meurtriers de leur Âme, le clan redoutable des Dad-Dugpa (13).

As-tu accordé ton être avec la grande douleur de l'Humanité, ô candidat à la lumière ?

Tu l'as accordé ? . . . Tu peux entrer. Cependant, avant de poser le pied sur le morne Sentier de la Douleur, il est bon que tu connaisses d'abord les pièges qui te guettent sur ton chemin.

Armé de la clé de Charité, d'amour et de tendre miséricorde, tu es en sûreté devant la porte de Dâna, la porte qui se dresse à l'entrée du SENTIER.

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Regarde, heureux pèlerin ! Le portail qui te fait face est haut et large ; il semble d'accès facile. La route qui le franchit est droite, égale et verdoyante. Elle a l'air d'une clairière ensoleillée dans les sombres profondeurs de la forêt - comme un coin de la terre reflétant le paradis d'Amitâbha. Là, perchés dans de verts bosquets, des rossignols d'espoir et des oiseaux au plumage splendide chantent le succès aux pèlerins intrépides. Leurs mélodies célèbrent les cinq vertus des Bodhisattva, la quintuple source du pouvoir de Bodhi, et les sept degrés de la Connaissance.

Passe ! Car tu as apporté la clé ; tu es en sûreté.

Vers la seconde porte, la route est verdoyante, elle aussi, mais escarpée et sinueuse, en vérité, jusqu'à son sommet rocailleux. Des brumes grises coiffent sans cesse ses rudes sommets pierreux et tout est sombre au-delà. À mesure que progresse le pèlerin, le chant d'espoir résonne plus faiblement dans son cœur. Voici que l'envahit le frisson du doute ; son pas devient moins assuré.

Prends-y garde, ô candidat ! Méfie-toi de la peur qui se déploie, comme les ailes noires et silencieuses de la chauve-souris de minuit, entre le clair de lune de ton Âme et ton grand but qui vaguement se dessine dans le lointain.

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La peur, ô disciple, tue la volonté et arrête toute action. S'il manque de la vertu de Shîla, le pèlerin trébuche, et des pierres karmiques meurtrissent ses pieds le long du sentier rocailleux.

Aie le pied sûr, ô candidat. Baigne ton Âme dans l'essence de Kshânti (14), car voici maintenant que tu approches du portail de ce nom - la porte du courage et de la patience.

Ne ferme pas les yeux, ne perds pas de vue le Dorje (15) ; les flèches de Mâra frappent toujours l'homme qui n'a pas atteint Virâga (16).

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Garde-toi de trembler. Au souffle de la peur, la clé de Kshânti se rouille ; la clé rouillée refuse d'ouvrir.

Plus tu avanceras, plus tes pieds rencontreront de fondrières. Le Sentier devant toi est éclairé par un seul feu : la lumière de l'audace qui brûle dans le cœur. Plus l'homme ose. plus il obtiendra. Plus il craint, plus pâlira cette lumière, qui seule peut servir de guide. Car, de même que le dernier rayon de Soleil éclairant le sommet d'une haute montagne laisse place à la nuit noire dès qu'il s'éteint, de même en est-il de la lumière du cœur. Si elle vient à s'éteindre, une ombre noire et menaçante tombera de ton propre cœur sur le Sentier et rivera sur place tes pieds de terreur.

Méfie-toi, disciple, de cette ombre fatale. Aucune lumière rayonnant de l'Esprit ne peut dissiper les ténèbres de l'Âme inférieure, tant que toute pensée égoïste ne s'en est pas enfuie et que le pèlerin ne peut affirmer : « J'ai renoncé à cette forme passagère ; j'ai
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détruit la cause : les ombres projetées ne peuvent plus exister en tant qu'effets ». Car, à ce point, a été livré le dernier grand combat, la guerre finale entre le Soi Supérieur et le Soi Inférieur. Regarde : voici que le champ de bataille lui-même se trouve englouti dans la grande guerre - et il n'est plus.

Cependant, dès que tu as franchi la porte de Kshânti, le troisième pas est fait. Ton corps est ton esclave. Prépare-toi maintenant pour le quatrième, le Portail des tentations, qui prennent au piège l'homme intérieur.

Avant de pouvoir approcher de ce but, avant de lever la main pour soulever le loquet de la quatrième porte, tu auras dû passer en revue et maîtriser dans ton Soi toutes les modifications du mental et anéantir l'armée des sensations occupant la pensée, qui, subtiles et insidieuses, font irruption dans le rayonnant tabernacle de ton Âme.

Si tu ne veux pas être tué par elles, tu dois rendre inoffensives tes propres créations, les enfants de tes pensées, invisibles et impalpables, qui, à la manière d'un essaim, tourbillonnent autour du genre humain - la masse de ces pensées étant comme la pro-
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géniture et l'héritière de l'homme, et formant ses dépouilles terrestres. Applique-toi à découvrir la vacuité de ce qui semble plein, la plénitude de ce qui semble vide. Ô aspirant sans peur, sonde profondément le puits de ton cœur et réponds : connais-tu les pouvoirs du Soi, ô toi qui perçois les ombres extérieures ?

Si tu ne les connais pas, en vérité tu es perdu.

Car, sur le quatrième Sentier, la plus légère brise de passion ou de désir troublera la tranquille lumière éclairant l'enceinte blanche et pure de l'Âme. La plus petite onde de désir, ou de regret, pour les dons illusoires de Mâyâ, empruntant le canal d'Antahkarana qui relie ton Esprit et ton soi - la grande voie de passage des sensations, ces grossiers excitants d'Ahamkâra (17) - une pensée aussi rapide que l'éclair, te fera perdre tes trois prix - ces prix que tu as gagnés.

Car sache que l'ÉTERNEL ne connaît pas de changement.

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« Défais-toi pour toujours des huit terribles misères, sinon jamais tu ne pourras parvenir à la sagesse, et encore moins à la libération. » Ainsi parle le grand Seigneur, le Tathâgatha de perfection, « qui a marché dans les pas de ses prédécesseurs » (18).

Sévère et exigeante est la vertu de Virâga. Si tu veux te rendre maître de son sentier, il faut bien plus qu'avant garder ton mental et tes perceptions de toute action meurtrière.

Tu dois te saturer de pur Âlaya, devenir un avec l'Âme-Pensée de la Nature. En union avec elle, tu es invincible; séparé, tu deviens le jouet de Samvriti (19), l'origine de toutes les illusions du monde.

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Tout est impermanent dans l'homme hormis la pure essence brillante d'Âlaya. L'homme est son rayon cristallin - rai de lumière immaculée au-dedans, forme d'argile matérielle à la surface inférieure. Ce rayon est le guide de ta vie et ton véritable Soi, le Veilleur et le Penseur silencieux, la victime de ton Soi inférieur. Ton Âme ne peut être blessée que dans les errements de ton corps ; contrôle et maîtrise l'un et l'autre et tu seras en sûreté en frayant ton chemin jusqu'au « Portail de l'Équilibre » qui déjà n'est plus loin.

Aie bon courage, hardi pèlerin « vers l'autre rive » . Ne prête pas l'oreille aux murmures des légions de Mâra ; repousse loin de toi ces tentateurs, les Esprits malveillants, jaloux Lhamayin (20) peuplant l'espace infini.

Tiens ferme ! Car voici que tu approches du Portail médian, la porte de Douleur avec ses dix mille pièges.

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Sois maître de tes pensées, ô toi qui luttes pour la perfection, si tu veux en franchir le seuil.

Sois maître de ton Âme, ô toi qui poursuis les immortelles vérités, si tu veux atteindre le but.

Concentre le regard de ton Âme sur la Pure Lumière qui est Une, la Lumière que rien ne peut troubler, et use de ta clé d'or. ....

La morne besogne est accomplie, tu touches à la fin de tes labeurs. Le large abîme qui s'ouvrait pour t'engloutir est presque franchi. ....

Voici que tu as traversé le fossé qui encercle la porte des passions humaines. Maintenant tu as vaincu Mâra et sa légion furieuse.

Tu as ôté la souillure de ton cœur, tu l'as saigné du désir impur. Mais, ô glorieux combattant, ta tâche n'est pas encore achevée. Construis bien haut, Lanou, le mur qui entourera l'Ile Sainte (21), la digue
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qui protégera ton mental de l'orgueil et de la satisfaction à la pensée du haut fait accompli.

Un sentiment d'orgueil gâcherait toute l'œuvre. Bâtis solidement, en vérité, de crainte que l'assaut furieux des vagues déferlantes qui montent du grand Océan de la Mâyâ du Monde, et battent le rivage, n'engloutissent le pèlerin et l'Île - oui, même quand la victoire aurait été remportée.

Ton « Île » est comme le daim, tes pensées comme les chiens de chasse qui le harcèlent et le poursuivent dans sa course vers le fleuve de Vie. Malheur au daim qui est rattrapé par les démons aboyeurs avant d'avoir atteint la Vallée du Refuge, appelée Dhyâna-mârga, le « sentier de la pure Connaissance » .

Avant de pouvoir t'établir en Dhyâna-mârga (22) et faire tien ce Sentier, ton Âme doit devenir comme le fruit mûr du manguier : aussi douce et tendre pour les souffrances d'autrui que la brillante pulpe d'or de
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ce fruit, et aussi dure que son noyau pour tes propres angoisses et souffrances, ô conquérant de la bonne et de la mauvaise fortune.

Endurcis ton Âme contre les pièges du Soi ; mérite pour elle le nom d' " Âme-Diamant » (23).

Car, de même que le diamant, enfoui profondément au cœur palpitant de la terre, ne peut jamais refléter les lumières terrestres, ainsi ton mental et ton Âme, plongés en Dhyâna-mârga, ne doivent rien refléter du royaume illusoire de Mâyâ.

Quand tu auras gagné cet état, les Portails restant à conquérir sur le Sentier ouvriront tout grands leurs battants pour te livrer passage, et les forces les plus puissantes de la Nature n'auront aucun pouvoir pour arrêter ta course. Alors tu seras devenu le maître du septuple Sentier, mais pas avant, ô candidat à des épreuves dépassant toute description.

Car, auparavant, une tâche bien plus difficile t'attend encore : tu devras te sentir toi-même TOUTE-
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PENSÉE et pourtant bannir toutes les pensées de ton Âme.

Il faut que tu atteignes une telle fixité du mental qu'aucune brise, si forte soit-elle, ne puisse y introduire une pensée terrestre. Ainsi purifié, le sanctuaire doit être vide de toute action, de tout son et de toute lumière de nature terrestre ; de même que, saisi par la gelée, le papillon tombe inanimé sur le seuil, ainsi toute pensée de la terre doit tomber morte devant le temple.

Voici ce qui est écrit :

« Avant que la flamme d'or puisse brûler d'une lumière invariable, la lampe doit être bien protégée dans un lieu abrité du vent » (24). Exposé aux sautes de brise, le trait de lumière vacillera et la flamme tremblante projettera sur le blanc sanctuaire de ton Âme des ombres trompeuses, sombres et toujours changeantes.

Alors, ô toi qui poursuis la vérité, ton Âme-Mental deviendra semblable à l'éléphant furieux qui se déchaîne dans la jungle : prenant les arbres de la forêt
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pour de vivants ennemis, il périt dans sa rage de tuer les ombres toujours mouvantes qui dansent sur la paroi des rochers éclairés de soleil.

Prends garde que, par souci du Soi, ton Âme ne perde pied sur le sol de la Connaissance-Deva..

Prends garde que, par oubli du SOI, ton Âme ne perde la maîtrise de son mental tremblant et ne soit ainsi frustrée du fruit légitime de ses conquêtes.

Prends garde à l'instabilité intérieure (25) car c'est là ton grand ennemi. Ce manque de fixité aura raison de tes efforts et, hors du Sentier que tu foules, te rejettera dans les profondeurs visqueuses des marais du doute.

Prépare-toi et sois averti à temps. Si tu as essayé et échoué, ô combattant indomptable, ne perds pas courage : continue la lutte, et à la charge reviens, et reviens encore.

L'intrépide guerrier, qui perd le sang précieux de sa vie par ses blessures larges et béantes, attaquera
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encore l'ennemi, le chassera de sa place forte et le vaincra, avant d'expirer lui-même. Faites donc comme lui, vous tous qui échouez et souffrez : de la forteresse de votre Âme boutez dehors tous ces ennemis - ambition, colère, haine, et jusqu'à l'ombre du désir - lors même que vous auriez échoué . . .

Souviens-toi, ô toi qui combats pour la libération (26) de l'homme, que chaque échec est un succès, et que toute tentative sincère aura, en son temps, sa récompense. Les germes sacrés qui, invisiblement, poussent et croissent dans l'âme du disciple, fortifient
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leurs tiges à chaque nouvelle épreuve ; elles se plient comme des roseaux mais jamais ne se rompent et jamais ne peuvent être perdues. Mais, quand l'heure a sonné, vient leur floraison (27). ....

Cependant, si tu es venu préparé, n'aie aucune crainte. .....

Désormais la route est dégagée pour toi, droit par la porte de Vîrya, le cinquième des Sept Portails.

Tu es maintenant sur la voie qui mène au hâvre de Dhyâna, le sixième Portail, celui de Bodhi.

La porte de Dhyâna est semblable à un vase d'albâtre,
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blanc et transparent ; à l'intérieur, brûle un invariable feu d'or, la flamme de Prâjña qui rayonne d'Âtman.

Tu es ce vase.

Tu t'es coupé de tout objet des sens, tu as cheminé sur le « Sentier de la vue » , le « Sentier de l'ouïe » , et voici que tu te tiens dans la lumière de la Connaissance. Maintenant tu as atteint l'état de Titiksha (28).

Ô Naljor, tu es en sûreté.

Sache, ô vainqueur des péchés, que dès qu'un Sowân (29) a franchi le septième Sentier, toute la Nature, saisie d'une crainte sacrée, tressaille de joie et se sent soumise. Voici que l'étoile argentée transmet en scintillant
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la nouvelle aux fleurs nocturnes ; le ruisselet chuchote l'histoire aux cailloux ; les vagues sombres de l'océan la mugissent sans fin aux récifs, tandis que les brises chargées de parfums la chantent aux vallons, et que les pins majestueux mystérieusement murmurent : « Un Maître s'est levé, UN MAITRE DU JOUR. » (30)

II se dresse maintenant à l'Occident comme un blanc pilier, sur la face duquel le Soleil levant de l'éternelle pensée répand ses premières ondes les plus glorieuses. Dans l'espace illimité, son mental s'étend comme un océan apaisé et sans bornes. Il tient la vie et la mort dans sa main vigoureuse.

En vérité, il est puissant. Le pouvoir vivant qui a été libéré en lui - ce pouvoir qui est LUI-MÊME - peut élever le tabernacle d'illusion bien au-dessus des Dieux, plus haut que le grand Brahm et Indra. Maintenant il obtiendra sûrement sa grande récompense !

N'emploiera-t-il pas les dons qu'elle lui confère pour son propre repos et sa félicité, son bonheur bien gagné et sa gloire méritée, lui qui a vaincu la Grande Illusion ?

II ne saurait en être ainsi, ô candidat à la science
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cachée de la Nature ! Pour qui désire marcher dans les pas du saint Tathâgata, ces dons et ces pouvoirs ne sont pas pour Soi.

Voudrais-tu ainsi endiguer les eaux nées sur le Sumeru (31) ? Détourneras-tu le courant pour ton bénéfice, ou le renverras-tu à la source première tout au long de la crête des cycles ?

Si tu veux que ce courant de Connaissance durement acquise, de Sagesse née du ciel, demeure une eau douce et vive, tu ne dois pas le laisser devenir un marais stagnant.

Apprends que si d'Amitâbha, « l'Âge sans Borne » , tu veux devenir l'auxiliaire, il te faudra, comme ses deux Bodhisattva (32), répandre la lumière acquise sur l'étendue des trois mondes (33).

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Apprends que le courant de Connaissance surhumaine et de Sagesse-Deva que tu auras gagnées devra être déversé de toi-même, canal d'Âlaya, dans un autre lit.

Apprends, ô Naljor, toi qui suis le Sentier Secret, que ses eaux pures et fraîches doivent servir à rendre plus doux les flots amers de l'Océan, cette puissante mer de douleur faite des larmes des hommes.

Hélas ! Dès que tu seras devenu semblable à l'étoile arrêtée au plus haut du ciel, il faudra que ce brillant orbe céleste luise des profondeurs de l'espace pour tous, sauf pour lui-même, et donne de la lumière à chacun mais n'en prenne à personne.

Hélas ! Devenu pareil à la pure neige des vallées de montagne - froide et insensible au toucher, mais chaude et protectrice pour la semence qui dort profondément dans son sein - c'est cette neige désormais qui devra recevoir la gelée mordante et les rafales de vent du nord, en abritant ainsi de leurs dents aiguës et cruelles la terre qui garde la moisson promise, la moisson qui nourrira les affamés.

Volontairement condamné à vivre à travers les
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Kalpa (34) futurs, loin des regards et de la reconnaissance des hommes, assujetti comme une pierre entre les autres pierres sans nombre qui forment le « Mur Gardien » (35), tel est ton avenir si tu passes la septième Porte. Construit par les mains de nombreux Maîtres de Compassion, érigé par leurs tortures, par leur sang cimenté, ce mur abrite le genre humain depuis que l'homme est homme et le protège contre des misères et douleurs potentielles encore plus grandes.

Cependant l'homme ne le voit pas ; généralement, il ne s'en rend pas compte, pas plus qu'il ne prend garde à la parole de la Sagesse . . . car il ne la connaît pas.

Toi, cependant, tu l'as entendue, tu en as toute la connaissance, ô toi à l'Âme ardente et sans péché. . . et tu dois choisir. Cependant écoute encore.

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Sur le Sentier du Sowân, tu es sûr de ta route, ô Srotâpanna (36). En vérité, sur ce Mârga (37) où le pèlerin éprouvé ne rencontre que ténèbres, où les mains saignent, déchirées par les ronces, où les pieds sont entaillés par de durs silex tranchants, et où Mârâ déploie ses armes les plus puissantes, il y a en réserve une grande récompense immédiatement au-delà.

Aussi, calme et immuable, le pèlerin va et remonte le courant conduisant au Nirvâna. Il sait que plus ses pieds saigneront, plus il sera lui-même blanchi. Il sait bien qu'après sept courtes et fugitives naissances Nirvâna sera sien . . .

Tel est ce Sentier de Dhyâna, le hâvre du Yogi, le but final béni que convoitent les Srotâpanna.

Mais il n'en est pas de même pour le pèlerin qui franchit le Sentier Arahatta (38) et en gagne le fruit.

Là, Klesha (39) est à jamais détruit, les racines de Tanhâ (40) sont arrachées. Mais arrête-toi, disciple . . . Encore un mot. Peux-tu détruire la divine
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COMPASSION ? La Compassion n'est pas un attribut. C'est la LOI des LOIS, l'Harmonie éternelle, le SOI d'Âlaya ; essence universelle et sans rivages, c'est la lumière de l'immuable Justice et de l'harmonieuse disposition de chaque chose dans le tout, la loi de l'éternel Amour.

Plus tu t'unifieras avec elle, ton être se fondant dans son ÊTRE, plus ton Âme s'unira avec ce qui EST, plus tu deviendras COMPASSION ABSOLUE (41).

Tel est le Sentier Ârya, le Sentier des Bouddhas de perfection.

En outre, que signifient les manuscrits sacrés qui te font dire :

« OM ! Je crois que tous les Arhat ne reçoivent pas les doux fruits du Sentier du Nirvâna. »

« OM ! Je crois que tous les Bouddhas (42) n'entrent pas au Nirvâna-Dharma. »

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En vérité, sur le Sentier Ârya, tu n'es plus Srotâpanna, tu es devenu Bodhisattva (43). Le courant a été remonté. Il est vrai que tu as droit au vêtement Dharmakâya ; mais un Sambhogakâya est plus grand qu'un Nirvâni - et plus grand encore est un Nirmânakâya, le Bouddha de Compassion (44).

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Maintenant, courbe la tête et écoute attentivement, ô Bodhisattva. La Compassion parle et dit : « Peut-il y avoir béatitude quand tout ce qui vit doit souffrir ? Seras-tu sauvé et entendras-tu le monde entier gémir ? »

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Ainsi, tu as entendu ce qui fut dit.

Tu n'atteindras le septième degré et ne franchiras la porte de l'ultime Connaissance que pour épouser la douleur : si tu veux être Tathâgata, marche dans les pas de tes prédécesseurs, reste sans égoïsme jusqu'à la fin sans fin.

Tu es éclairé : choisis ton chemin.

Regarde la douce lumière qui inonde le ciel d'Orient. En signe de louange, les cieux et la terre s'unissent ; et des quadruples Pouvoirs manifestés s'élève un chant d'amour, du Feu flamboyant et de l'Eau fluide, de la Terre odorante et du Vent impétueux.

Écoute !... Des profondeurs de l'insondable tourbillon de cette lumière d'or où baigne le
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Vainqueur, la voix sans paroles de TOUTE LA NATURE s'élève en mille accents pour proclamer :

JOIE À VOUS, Ô HOMMES DE MYALBA (45).
UN PÈLERIN EST REVENU " DE L'AUTRE RIVE "
UN NOUVEL Arhat (46) EST NÉ. .
PAIX À TOUS LES ÊTRES (47).

Notes :

  • l. L'Upâdhyâya est un précepteur spirituel, un Guru. Les bouddhistes du Nord choisissent leurs Gurus généralement parmi les Naljor [ou Naljorpa] , des saints hommes versés en gotrabhû-jñâna et jnâna-darshana-shuddhi, qui enseignent la Sagesse secrète.
  • 2. Yâna, véhicule ; ainsi Mahâyâna le « Grand Véhicule » ,et Hînayâna, le « Petit Véhicule » , sont les noms de deux Écoles d'enseignement religieux et philosophique reconnues dans le bouddhisme du Nord.
  • 3. Le Shrâvaka (de la racine shru [ : écouter] ) est un auditeur, ou un étudiant qui suit les instructions religieuses. Lorsqu'il passe de la théorie à l'exercice ou la pratique de l'ascèse, il devient un Shramana, un « fidèle qui s'exerce » (de la racine shram signifiant faire effort). Comme le souligne Spence Hardy [Eastern Monachism, p. 10] les deux dénominations répondent aux mots grecs ακουστικοι [akoustikoï] et ασκηται [askètaï].
  • 4. Le mot tibétain Samtan équivaut au sanskrit Dhyâna, ou l'état de méditation, qui comporte quatre degrés.
  • 5. Les Pâramitâ, les six vertus transcendantes, sont au nombre de dix pour les prêtres.
  • 6. Srotâpanna : littéralement, « celui qui est entré dans le courant » conduisant à l'océan du Nirvâna. Ce nom indique le premier Sentier. Le second est appelé le Sentier Sakridâgâmin , « celui qui n'aura plus (qu'une seule fois) à renaître » . Le troisième est appelé Anâgâmin « celui qui ne se réincarnera plus » , à moins qu'il ne le désire pour aider l'humanité. Le quatrième Sentier est connu comme celui de l'Arhat, ou Rahat [en cingalais]. C'est le plus haut. Un Arhat voit Nirvâna pendant sa vie ; pour lui ce n'est pas un état post mortem mais un Samâdhi, dans lequel il éprouve une complète béatitude nirvânique. [Le texte original utilise le terme srotâpatti qui signifie l'entrée dans le courant.]
    Note complémentaire sur Srotâpanna. - Pour montrer à quel point on ne peut guère se fier aux orientalistes pour les mots exacts et leur signification, il suffit de citer le cas de trois prétendues « autorités » . Ainsi les quatre mots qui viennent d'être expliqués sont énumérés comme il suit par Spence Hardy [Eastern Monachism, p. 280] :
    • - l) Sowân,
    • - 2) Sakradagami,
    • - 3) Anagami,
    • - 4) Arya.
    Par le rév. J. Edkins [Chinese Buddhism, p. 311] :
    • - l) Srôtâpanna ;
    • - 2) Sagardagam,
    • - 3) Anagamin et
    • - 4) Arhan. Schlagintweit, pour sa part, les orthographie de façon encore différente [Le Bouddhisme au Tibet, pp. 18-19], chacun donnant en outre une nouvelle variante au sens des termes.
  • 7. Connaissance, Sagesse.
  • 8. « Parvenir à la rive » est, pour les bouddhistes du Nord, synonyme d'accession au Nirvâna par la pratique des six et dix Pâramitâ (vertus transcendantes).
  • 9. Un Saint, un Adepte.
  • 10. Le MAÎTRE - l'ÂME [en anglais : the « MASTER-SOUL »] est Âlaya, l'Âme Universelle ou Âtman, dont chaque homme possède en lui-même un rayon avec lequel il est censé pouvoir s'identifier, et dans lequel il devra s'absorber.
  • l l. Antahkarana est le Manas inférieur, le Sentier de communication ou de communion entre la personnalité et le Manas supérieur, ou Âme humaine. En tant que Sentier, ou moyen de communication, il est détruit au moment de la mort, mais ses restes survivent sous une certaine forme, en tant que Kâmarûpa, la « coque » [astrale].
  • 12. Les bouddhistes du Nord, et tous les Chinois en fait, discernent, dans le bruit profond émis par certains des grands fleuves sacrés, la note tonique de la Nature, d'où cette comparaison. C'est un fait admis en Physique, ainsi qu'en Occultisme, que l'agrégat des sons de la Nature comme celui qu'on peut percevoir à distance dans le mugissement des eaux des grands fleuves, dans le balancement sonore du faîte des arbres des vastes forêts, ou dans le bruit étouffé d'une ville éloignée - correspond à une note unique et définie, d'une fréquence tout à fait appréciable. Physiciens et musiciens sont d'accord sur ce point. Ainsi, le Prof. Rice (dans son ouvrage Chinese Music) montre que les Chinois ont reconnu le fait il y a des millénaires, en affirmant que « les eaux tumultueuses du Houang-Ho [Fleuve Jaune] font entendre le kung » , qui est « la note fondamentale » [de la gamme pentatonique] en musique chinoise. Et il fait ressortir que cette note correspond au Fa, « considéré par les physiciens modernes comme la véritable note tonique de la Nature » . Le Prof. B. Silliman en parle également dans ses Principles of Physics. où il déclare : « On considère ce ton comme étant le Fa moyen du piano ; il peut donc être pris pour la note tonique de la Nature. »
  • 13. Les Bön ou Dugpa (secte des « Bonnets Rouges » ) sont considérés comme les plus versés en sorcellerie. Ils habitent le Tibet occidental, le petit Tibet et le Bhoutan. Tous sont des Tântrika. Il est absolument ridicule de voir des orientalistes, qui ont visité les marches du Tibet (tels Schlagintweit et d'autres), confondre leurs rites et leurs pratiques dégoûtantes avec les croyances religieuses des Lamas du Tibet oriental [et central], les « Bonnets Jaunes » et leurs Naljor [Naljorpa] , ou hommes saints. Voir comme exemple note 15, ci-après.
  • 14. Kshânti, « patience » : voir plus haut. l'énumération des clés d'or.
  • 15. Le mot tibétain Dorje est le Vajra sanskrit, il désigne une arme ou un instrument dans les mains de certains dieux (les Dragshed tibétains, Deva qui protègent les hommes) et l'on considère qu'il a les mêmes pouvoirs occultes pour écarter les mauvaise influences en purifiant l'air que l'ozone en chimie. C'est aussi un signe symbolique (Mudrâ) - geste particulier ou posture que l'on adopte pour la méditation. Que ce soit une position corporelle ou un talisman, c'est toujours un symbole de pouvoir sur les mauvaises influences invisibles. Cependant, les Bön ou Dugpa qui s'en sont emparé pour leur usage, en abusent à des fins de magie noire. Pour les « Bonnets jaunes » (ou Gelugpa), le Dorje est symbole de pouvoir, tout comme la Croix l'est pour les chrétiens, sans qu'on puisse y trouver plus de « superstition » . Chez les Dugpa, c'est le signe de la sorcellerie, comme l'est le double triangle renversé.
  • 16. Virâga est le sentiment d'indifférence absolue pour l'univers objectif, pour le plaisir ou la douleur. Le mot « dégoût » , qui n'en exprime pas le sens exact, est néanmoins le terme qui s'en rapproche le plus.
  • 17. Ahamkâra : le sens du « Je » , ou le sentiment de sa propre personnalité, le « Je-suis-moi » .
  • 18. Le véritable sens du mot Tathâgata est : « Celui qui marche dans les pas de ses prédécesseurs » ou comme « ceux qui sont venus avant lui » .
  • 19.  Samvriti [satya] est, des deux aspects de la vérité [satya], celui qui fait ressortir le caractère illusoire ou la vacuité de toute chose : dans ce cas, c'est la vérité relative. Le Mahâyâna enseigne la différence entre ces deux aspects : Paramârtha satya et Samvriti satya. C'est là la pomme de discorde entre les Écoles Mâdhyamika et Yogâchâra, la première niant et l'autre affirmant que tout objet existe en raison d'une cause précédente, ou par enchaînement causal. Les adeptes du système Mâdhyamika sont les grands nihilistes, ou négateurs, pour qui tout est parikalpita - illusion et erreur dans le monde de la pensée et de la subjectivité, comme dans l'univers objectif. Les Yogâchâra sont les grands spiritualistes. En tant que vérité uniquement relative, Samvriti satya est bien l'origine de toute illusion.
  • 20. Les Lhamayin sont des élémentaux et des mauvais esprits opposés aux hommes, et leurs ennemis.
  • 21. L'Ego Supérieur, ou Soi pensant.
  • 22. Dhyâna-mârga est, littéralement, le « Sentier de Dhyâna » ; c'est le Sentier de la pure Connaissance, de Paramârtha, ou de Svasamvedana, « la perception analytique de soi, ou qui s'impose par elle-même » .
  • 23. Voir plus haut la note 4 du deuxième traité. L' « Âme-Diamant » , ou Vajradhara [Vajrasattva], préside sur les Dhyâni Buddha.
  • 24. Cf. Bhagavad-Gîtâ [ch.6, 19].
  • 25. [Le mot anglais change (= changement, variation) évoque ici fluctuation, oscillation, donc instabilité, manque de fixité mentale.]
  • 26. Allusion à la croyance courante en Orient (qui a d'ailleurs sa correspondance en Occident) que chaque nouveau Bouddha (ou chaque nouveau Saint) est un Soldat de plus dans l'armée de ceux qui œuvrent à la libération ou au salut du genre humain. Dans les pays pénétrés par le bouddhisme du Nord est enseignée la doctrine des Nirmânakâya qui sont de ces Bodhisattva qui renoncent à un Nirvâna bien gagné, ou au « vêtement Dharmakâya » (ce qui dans chaque cas les couperait à jamais du monde des hommes), afin de pouvoir rester à aider invisiblement l'humanité et la conduire finalement jusqu'au Paranirvâna. Dans ces pays, chaque nouveau Bodhisattva, ou grand Adepte initié, est appelé « libérateur du genre humain » . L'affirmation de Schlagintweit (dans son ouvrage Le Bouddhisme au Tibet, [p. 26] ) que le Proulpai Ku [Tulpa' i-ku] , ou Nirmânakâya, est « le corps dans lequel les Bouddhas ou Bodhisattvas apparaissent sur la terre pour instruire les hommes » est absurdement inexacte, et n'explique rien.
  • 27. Allusion aux passions et aux péchés humains qui sont exterminés durant les épreuves du noviciat, et qui servent de terrain bien fertilisé où peuvent pousser les « germes sacrés » ou semences des vertus transcendantes. Les vertus, talents ou dons préexistants, ou innés, sont considérés comme ayant été acquis dans une naissance précédente. Le génie est sans exception un talent ou une aptitude provenant d'une autre existence.
  • 28. Titiksha est le cinquième état du Râja Yoga, état d'indifférence suprême et, si nécessaire, de soumission à ce qui pour tous est appelé « plaisir et douleur » , sans toutefois éprouver joie ou souffrance par une telle soumission. En résumé, c'est la condition où l'on est devenu physiquement, mentalement et moralement, indifférent et insensible au plaisir comme à la douleur.
  • 29. Sowân, mot [cingalais] équivalent au sanskrit Srotâpanna pour désigner celui qui pratique le premier sentier de Dhyâna.
  • 30. Ce « Jour » a ici le sens d'un Manvantara entier, soit une période d'une durée incalculable.
  • 31. Le mont Meru, la montagne sacrée des Dieux.
  • 32. Dans le symbolisme du bouddhisme du Nord, Amitâbha, représentant « l'Espace infini » (Parabrahman) passe pour être entouré dans son paradis de deux Bodhisattva - Kuan-Shih-Yin et Ta-Shih-Chi - qui rayonnent sans cesse la lumière sur les trois mondes (voir note suivante) où ils ont vécu, y compris le nôtre, afin d'aider, avec cette lumière (de la connaissance), à l'instruction des Yogis destinés à leur tour à sauver les hommes. Dans cette allégorie, leur position très élevée dans le domaine d'Amitâbha est due aux actes de miséricorde qu'ils ont accomplis l'un et l'autre comme Yogis, lorsqu'ils étaient sur terre.
  • 33. Ces trois mondes sont les trois plans de l'être : terrestre, astral et spirituel.
  • 34. Les cycles des âges.
  • 35. À propos de ce « Mur Gardien » , ou « Mur de Protection » , il est enseigné que les efforts accumulés par de longues générations de Yogis, de Saints et d'Adeptes, surtout de Nirmânakâya, ont, pour ainsi dire, créé un mur protecteur autour du genre humain, mur invisible qui abrite l'humanité souffrante de calamités encore plus terribles.
  • 36. Sowân et Srotâpanna sont des termes synonymes [cf. note 29].
  • 37. Mârga : « Sentier. »
  • 38. [Pâli : Arahattamagga.] À rattacher au sanskrit Arhat.
  • 39. Klesha : l'amour du plaisir ou des jouissances terrestres (bonnes ou mauvaises).
  • 40. Tanhâ : la volonté de vivre, cause des renaissances.
  • 41. La « Compassion » en question ne doit pas être envisagée sous le même jour que « Dieu, l'amour divin » des religions monothéistes. Elle représente ici une loi abstraite et impersonnelle, dont la nature (qui est Harmonie absolue) est jetée dans la confusion par la discorde, la souffrance et le péché.
  • 42  Voir le texte [tibétain] d'un Thegpa Chenpo'i-do {sûtra du Mahâyâna) qui est une « Invocation aux Bouddhas de Confession » (lère partie, IV) [Schlagintweit, Le Bouddhisme au Tibet, pp. 77-80]. Dans la terminologie des bouddhistes du Nord, tous les grands Arhat, Adeptes et Saints, sont appelés des Bouddhas.
  • 43. Un Bodhisattva est moins élevé dans la hiérarchie qu'un « Bouddha parfait » . Dans le langage exotérique, ces deux termes sont souvent confondus. Cependant, le sens populaire, inné et juste, a placé le Bodhisattva plus haut, comme objet de vénération, qu'un Bouddha, en raison du sacrifice qu'il s'est imposé.
  • 44. Cette même vénération populaire appelle « Bouddhas de Compassion » les Bodhisattva qui ont le rang d'Arhat (c'est-à-dire qui ont complètement parcouru le quatrième ou le septième Sentier), mais refusent d'entrer dans l'état de Nirvâna ou d' « endosser la robe Dharmakâya et d'atteindre ainsi à l'autre rive » , car alors ce serait au-delà de leur pouvoir d'assister les hommes, même dans la faible mesure où Karma le permet. Ils préfèrent rester invisibles (en Esprit, pour ainsi dire) dans le monde et contribuer au salut des hommes, en les incitant à suivre la Bonne Loi, c'est-à-dire en les guidant sur le Sentier de la Droiture. Le culte rendu à tous ces grands personnages comme à des Saints, et même les prières qui leur sont offertes, font partie de l'aspect exotérique du bouddhisme du Nord - tout comme les fidèles des Églises grecque et catholique honorent leurs Saints et leurs Patrons. Par contre, les enseignements ésotériques n'encouragent nullement de telles pratiques. Et il y a une grande différence entre les deux approches doctrinales. Le laïc, qui suit le système exotérique, n'a guère idée du sens réel du mot Nirmânakâya. D'où la confusion et les explications inadéquates des orientalistes. Par exemple, Schlagintweit croit que le corps Nirmânakâya désigne la forme physique que prennent les Bouddhas quand ils s'incarnent sur terre -ce serait « le moins sublime » de leurs « embarras terrestres » (cf. Le Bouddhisme au Tibet, [p. 261). Et il continue en donnant une vue entièrement fausse du sujet. Cependant voici le véritable enseignement : Les trois corps ou formes du Bouddha sont appelés
    • I. Nirmânakàya,
    • II. Sambhogakâya,
    • III. Dharmakâya.
    Le premier est la forme éthérée que l'on prendrait si, en quittant son corps physique, on apparaissait dans son corps astral - à condition de posséder en outre toute la connaissance d'un Adepte. Le Bodhisattva développe cette forme en lui-même à mesure qu'il avance sur le Sentier. Quand il a atteint le but et refusé son fruit, il reste sur terre comme un Adepte ; à sa mort, au lieu d'aller en Nirvâna, il demeure dans ce corps glorieux qu'il a lui-même tissé à son usage, comme une présence invisible à l'humanité non initiée, pour veiller sur elle et la protéger.
    Le Sambhogakâya est le même corps de Bouddha, avec l'éclat supplémentaire que lui confèrent trois « perfections » , dont l'une est l'effacement complet de toute préoccupation terrestre.
    Le corps Dharmakâya est celui d'un Bouddha accompli : en fait, ce n'est pas un corps du tout mais un souffle idéal ; la Conscience absorbée dans la Conscience ou Âme Universelle, privée de tout attribut. Une fois au niveau de Dharmakâya, l'Adepte ou le Bouddha abandonne derrière lui toute relation possible avec cette terre, ou toute pensée la concernant. Ainsi, en langage mystique, il est dit qu'un Adepte qui a gagné le droit au Nirvâna « renonce au corps Dharmakâya » afin de pouvoir aider l'humanité ; il ne garde du Sambhogakâya que sa grande et complète Connaissance, et demeure dans son corps Nirmânakâya. L'École ésotérique enseigne que Gautama le Bouddha (avec plusieurs de ses Arhat) est un tel Nirmânakâya : au-dessus de lui, en raison de son renoncement sublime et de son grand sacrifice pour l'humanité, il n'existe aucun exemple connu.
  • 45. Myalba est notre terre, appelée avec raison « Enfer » par l'École ésotérique, car c'est le plus grand des enfers. La doctrine ésotérique ne reconnaît aucun enfer, ou lieu de punition, si ce n'est sur une planète, ou une terre, portant des hommes. Avîchi est un état et non une localité.
  • 46. C'est-à-dire qu'un nouveau Sauveur du genre humain est né, qui guidera les hommes jusqu'au Nirvâna final, une fois terminé le grand cycle de vie.
  • 47. Cette formule est l'une de celles qui suivent invariablement tout traité, toute invocation ou toute Instruction, comme : « Paix à tous les êtres » , « Bénédictions à tout ce qui vit » , etc.
 

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