aller au contenu|aller au menu principal|politique d'accessibilité

  • style par défaut de la page
  • visualiser cette page en noir sur blanc
  • visualiser cette page en blanc sur noir
  • Livres, Articles
  • H.P. Blavatsky - Voix
  • Les Deux Sentiers

imprimer cette pageenvoyer le lien vers cette page

"La Voix du Silence", Les Deux Sentiers

Traité 2

Les Deux Sentiers

[PAGE_39]
Et maintenant, ô Maître qui enseignes la Compassion, indique le chemin aux autres hommes. Regarde : tous ceux qui frappent pour être admis attendent, dans l'ignorance et les ténèbres, de voir s'ouvrir toute grande la porte de la Douce Loi.

La voix des candidats :

Ô Maître de ta propre Miséricorde, ne révéleras-tu pas la « Doctrine du Cœur » (1) ? Refuseras-tu de conduire tes serviteurs au Sentier de la Libération ?

[PAGE_40]
Le Maître dit :

Les Sentiers sont deux ; les grandes Perfections trois ; six sont les Vertus qui transforment le corps en l'Arbre de la Connaissance (2).

Qui les approchera ? Qui le premier y entrera ?

Qui le premier entendra la doctrine des deux Sentiers en un, la vérité dévoilée sur le « Cœur Secret » (3) ? La Loi qui, se détournant du savoir, enseigne la Sagesse, révèle un récit de misères.

Hélas ! Hélas ! Faut-il que tous les hommes possèdent Âlaya, soient un avec la Grande Âme, et que, la possédant, Âlaya leur profite si peu !

Regarde comment, telle la lune qui se mire sur les ondes tranquilles, Âlaya se reflète dans le petit comme dans le grand, se réfléchit dans les plus minimes atomes et n'arrive pas cependant à atteindre le cœur de tous. Hélas ! Faut-il que si peu d'hommes profitent du don, de l'inappréciable bienfait d'apprendre la vérité, d'acquérir la perception juste des choses existantes, la Connaissance du non-existant !

[PAGE_41]
L'élève dit :

Ô Maître, que devrai-je entreprendre pour atteindre la Sagesse ?

Ô Sage, que ferai-je pour gagner la perfection ?

Cherche les Sentiers. Mais, ô Lanou, sois d'un cœur pur avant de commencer ton voyage. Avant de faire ton premier pas, apprends à discerner le vrai du faux, le toujours-fuyant du toujours-durable. Par-dessus tout, apprends à séparer la Science-de-tête de la Sagesse-de-l'Âme, la « Doctrine de l'Œil » de celle du « Cœur » .

En vérité, l'ignorance est comme un vase fermé et sans air ; l'âme comme un oiseau qui y est enfermé. Il ne gazouille pas, et ne peut remuer une plume ; le chanteur reste muet, engourdi, et se meurt d'épuisement.

Cependant, même l'ignorance vaut mieux que la Science-de-tête sans la Sagesse-de-l'Âme pour l'illuminer et la guider.

[PAGE_42]
Les semences de Sagesse ne peuvent germer et croître dans un espace sans air. Pour vivre et récolter l'expérience, il faut au mental de la largeur, de la profondeur et des pointes pour l'attirer vers l'Âme-Diamant (4). Ne cherche pas ces pointes dans le royaume de Mâyâ ; mais plane au-delà des illusions, cherche l'éternel et l'inchangeable SAT (5) en te méfiant des fausses suggestions de l'imagination.

Car le mental est comme un miroir, il amasse la poussière tout en reflétant (6). II faut les douces brises de la Sagesse-de-l'Âme pour balayer la poussière de nos illusions. Cherche, ô débutant, à fusionner ton mental et ton âme.

Fuis l'ignorance et fuis également l'illusion. Détourne ta face des tromperies du monde ; méfie-toi de
[PAGE_43]
tes sens, ils sont faux. Mais, à l'intérieur de ton corps, tabernacle de tes sensations, cherche dans l'Impersonnel l' « Homme Éternel » (7), et l'ayant trouvé regarde en dedans : tu es Bouddha (8).

Fuis la louange, ô consacré. La louange conduit à s'illusionner sur soi-même. Ton corps n'est pas le Soi, ton Soi est en lui-même sans corps, et louange ou blâme ne pourrait l'affecter.

La satisfaction de soi-même, ô disciple, est semblable à une tour élevée où s'est juché un insensé vaniteux. Il y siège dans une orgueilleuse solitude, mais nul ne l'aperçoit que lui-même.

La fausse science est rejetée par le Sage et dispersée aux vents par la Bonne Loi. Sa roue tourne pour tous, l'humble comme le superbe. La « Doctrine de l'Œil » (9) est pour la foule des hommes ; la « Doctrine du Cœur » pour les élus. Les premiers répètent avec orgueil : « Voyez, je sais » ; les autres, ceux qui ont
[PAGE_44]
moissonné dans l'humilité, modestement reconnaissent : « Ainsi ai-je entendu » (10).

« Grand Crible » est le nom de la « Doctrine du Cœur » , ô disciple.

La roue de la Bonne Loi va d'un mouvement rapide ; elle moud nuit et jour, séparant la balle sans valeur du grain doré, le rebut de la farine. La main de Karma guide la roue ; les révolutions marquent les battements du cœur karmique.

La farine est la véritable connaissance, la balle la fausse science. Si tu veux manger le pain de Sagesse, tu dois pétrir ta farine avec les eaux claires d'Amrita (11). Mais si tu pétris de la balle avec la rosée de Mâyâ, tu ne pourras créer que de la nourriture pour les noires corneilles de la mort, les oiseaux de la naissance, de la décrépitude et de la douleur.

S'il t'est dit que pour devenir Arhat tu dois cesser d'aimer tous les êtres, réponds que c'est mensonge.

S'il t'est dit que pour gagner la libération tu dois haïr ta mère et négliger ton fils, renier ton père et
[PAGE_45]
l'appeler « maître de maison » (12), renoncer à toute pitié pour hommes et bêtes, réponds que ce langage est faux.

Ainsi prêchent les Tîrthika, les incroyants (13).

S'ils t'enseignent que le péché est le fruit de l'action, et la béatitude celui de l'inaction absolue, dis-leur qu'ils s'égarent. L'idée que l'homme puisse arrêter d'agir, et délivrer son mental de la servitude par la seule cessation du péché et des fautes, n'a pas de sens pour les « Ego-Deva » (14). Ainsi parle la « Doctrine du Cœur » .

Le Dharma de « l'Œil » exprime ce qui est extérieur et non existant.

Le Dharma du « Cœur » est l'expression même de Bodhi (15), du permanent et du toujours-durable.

La lampe éclaire brillamment quand la mèche et l'huile sont propres. Pour les rendre propres, il faut
[PAGE_46]
un nettoyeur. La flamme ne sent pas le processus du nettoyage. « Les branches d'un arbre sont secouées par le vent ; le tronc reste immobile. »

Toutes deux, l'action et l'inaction, peuvent trouver place en toi ; ton corps agité, ton mental tranquille, ton Âme limpide comme un lac de montagne.

Veux-tu devenir un Yogi du « Cercle du Temps » (16) ? Alors, ô Lanou,

Ne crois pas que s'asseoir dans des forêts sombres en une orgueilleuse solitude et à l'écart des hommes, ne crois pas que vivre de racines et de plantes, qu'étancher sa soif avec la neige de la Grande Chaîne, ne crois pas, ô consacré, que cela te conduira au but de la libération finale.

Ne pense pas que briser les os, déchirer la chair et les muscles, puisse t'unir à ton « Soi silencieux » (17). Ne pense pas, ô victime de tes ombres (18), que ton devoir soit accompli envers la nature et l'homme une fois que sont vaincus les péchés de ta forme grossière.

[PAGE_47]
Les Bénis n'ont jamais agi ainsi. Quand il eut découvert la vraie cause de la douleur humaine, le Lion de la Loi, le Seigneur de Miséricorde (19), abandonna aussitôt le doux mais égoïste repos des tranquilles lieux sauvages. D'âranyaka (20). II devint l'Instructeur du genre humain. Après être entré au Nirvâna, Julai (21) prêcha par les monts et par les plaines et fit dans les cités des discours aux Deva, aux hommes et aux dieux (22).

Sème des actions de bonté et tu moissonneras leurs fruits. L'inaction dans un acte miséricordieux devient action dans un péché mortel.

Ainsi parle le Sage.

T'abstiendras-tu d'agir ? Ce n'est pas ainsi que ton âme obtiendra sa liberté. Pour gagner le Nirvâna il
[PAGE_48]
faut atteindre la Soi-Connaissance, et la Soi-Connaissance est l'enfant d'actions aimantes.

Sois patient, candidat, comme celui qui ne craint pas l'échec, ne courtise pas le succès. Fixe le regard de ton âme sur l'étoile dont tu es un rayon (23), l'étoile flamboyante qui brille dans les profondeurs sans lumière du Toujours-être, les champs illimités de l'Inconnu.

Sois persévérant comme celui qui dure à jamais. Tes ombres vivent et se dissipent (24) ; ce qui en toi vivra toujours, ce qui en toi connaît - qui est en effet Connaissance (25) - n'appartient pas à la vie fuyante : c'est l'Homme qui a été, qui est et qui sera, pour qui l'heure ne sonnera jamais.

Si tu veux moissonner la douce paix et le repos,

[PAGE_49]
disciple, ensemence avec les graines du mérite les champs des moissons futures. Accepte les misères de la naissance.

Retire-toi du soleil dans l'ombre, pour faire plus de place aux autres. Les larmes qui arrosent le sol aride de la souffrance et de la peine font germer et croître les fleurs et les fruits de la rétribution karmique. De la fournaise de la vie de l'homme, et de sa fumée noire, s'élancent des flammes ailées, des flammes purifiées, qui en s'élevant sans cesse sous l'œil karmique finissent par tisser l'étoffe glorieuse des trois vêtements du Sentier (26).

Ces vêtements sont : Nirmânakâya, Sambhogakâya et Dharmakâya, robe sublime (27).

En vérité, la robe Shâna (28) peut procurer la lumière éternelle. À elle seule, la robe Shâna donne le Nirvâna
[PAGE_50]
de destruction ; elle met fin à la renaissance, mais, ô Lanou, elle tue aussi la compassion. Les Bouddhas parfaits qui se revêtent de la gloire du Dharmakâya ne peuvent plus aider au salut de l'homme. Hélas ! Les Soi seront-ils sacrifiés au Soi, l'Humanité au bonheur des Unités ?

Sache, ô débutant, que c'est là le SENTIER Ouvert, la voie de la béatitude égoïste, rejetée par les Bodhisattva du « Cœur Secret » , les Bouddhas de compassion.

Vivre au bénéfice du genre humain est le premier pas. Pratiquer les six vertus (29) glorieuses est le second.

Revêtir l'humble robe Nirmânakâya c'est renoncer à la béatitude éternelle pour Soi, afin d'aider au salut de l'homme. N'atteindre à la félicité nirvânique que pour y renoncer, tel est le pas suprême, le pas final, le plus sublime sur le Sentier du Renoncement.

[PAGE_51]
Sache, ô disciple, que c'est là le SENTIER Secret, choisi par les Bouddhas de Perfection qui ont sacrifié le SOI à des Soi plus faibles.

Pourtant, si la « Doctrine du Cœur » est d'une trop haute volée pour toi, si tu dois être aidé toi-même, et si tu crains d'offrir une aide aux autres, alors sois averti à temps, ô toi au cœur timide : contente-toi de la « Doctrine de l'Œil » de la Loi. Espère encore, car si le « Sentier Secret » ne peut être atteint en ce « jour », il sera à ta portée « demain » (30). Sache que nul effort, fût-ce le plus minime - dans une bonne ou une mauvaise direction - ne peut s'évanouir du monde des causes. Même la fumée dispersée ne reste pas sans traces. « Une parole dure proférée dans des vies passées n'est pas détruite, mais elle revient toujours.» (31) Le poivrier ne produit jamais de roses, et l'étoile argentée du jasmin parfumé ne se change pas en épine ou en chardon.

Tu peux créer ce «jour» tes chances pour ton « lendemain ». Dans le « Grand Voyage » (32), les causes
[PAGE_52]
semées chaque heure portent chacune sa moisson d'effets, car une Justice rigide gouverne le Monde. D'un mouvement puissant aux effets infailliblement justes, elle dispense aux mortels des vies heureuses ou malheureuses, progéniture karmique de toutes les pensées et actions de jadis.

Ô toi au cœur patient, prends donc tout ce que le mérite a en réserve pour toi. Ne perds pas courage et contente-toi du destin. Tel est ton Karma, le Karma du cycle de tes naissances, la destinée de ceux qui, dans leur douleur et leur affliction, sont nés en même temps que toi, se réjouissent et pleurent de vie en vie, enchaînés à tes actions précédentes.

Agis pour eux « aujourd'hui » , ils agiront pour toi « demain » .

C'est du bourgeon du Renoncement au Soi que jaillit le doux fruit de la Libération finale.

Il est condamné à périr celui qui, par crainte de Mâra s'abstient d'aider les hommes, de peur d'agir pour Soi. Le pèlerin qui voudrait rafraîchir ses membres
[PAGE_53]
fatigués dans les eaux vives, mais n'ose s'y plonger par la frayeur qu'inspire le courant, risque de succomber à la chaleur. L'inaction basée sur la peur égoïste ne peut produire que du mauvais fruit.

Le fidèle égoïste vit sans but. L'homme qui n'accomplit pas la tâche qui lui est assignée dans la vie a vécu en vain.

Suis la roue de la vie ; suis la roue du devoir envers race et famille, ami et ennemi, et ferme ton mental aux plaisirs comme à la douleur. Épuise la loi de la rétribution karmique. Gagne des Siddhi pour ta future naissance.

Si tu ne peux être Soleil, sois l'humble planète. En vérité, s'il t'est impossible de flamboyer comme le Soleil de midi sur la montagne coiffée de neige de l'éternelle pureté, choisis alors, ô néophyte, une plus humble carrière.

Montre la « Voie » - même sans éclat, et perdu parmi la foule - comme fait l'étoile du soir à ceux qui suivent leur sentier dans les ténèbres.

Regarde Migmar (33) : vois comme dans ses voiles de
[PAGE_54]
pourpre son « Œil » passe au-dessus de la terre assoupie. Regarde l'ardente aura de la « Main » de Lhagpa (34) étendue, aimante et protectrice, sur la tête de ses ascètes. Tous deux sont maintenant les serviteurs de Nyima (35) laissés en son absence comme gardiens silencieux dans la nuit. Pourtant, tous deux furent des brillants Nyima dans des Kalpa passés, et dans des « Jours » futurs ils pourront redevenir deux Soleils. Telles sont, dans la nature, les chutes et les ascensions de la Loi karmique.

Sois comme eux, ô Lanou. Donne lumière et réconfort au pèlerin qui peine sur sa route ; mets-toi en quête de celui qui sait encore moins que toi, et qui, dans sa misère désolante - sans Instructeur, sans espérance ni consolation - attend affamé le pain de la Sagesse, comme le pain qui nourrit l'ombre, et fais-lui entendre la Loi.

Dis-lui, ô candidat, que celui qui fait de l'orgueil et de l'amour-propre les esclaves de la dévotion et qui,
[PAGE_55]
tout en restant attaché à l'existence, dépose néanmoins en offrande sa patience et sa soumission à la Loi comme une douce fleur aux pieds de Shâkya-Thubpa (36), devient un Srotâpanna (37) dans cette vie. Les Siddhi de perfection peuvent paraître loin, très loin ; mais le premier pas est fait : il est entré dans le courant et il pourra un jour acquérir la vue de l'aigle des montagnes, l'ouïe de la daine timide.

Dis-lui, ô aspirant, que la véritable dévotion pourra lui ramener la connaissance, cette connaissance qui fut sienne dans des incarnations passées. La vue-Deva et l'ouïe-Deva ne sont pas obtenues en une seule et brève naissance.

Sois humble si tu veux atteindre la Sagesse.

Sois plus humble encore quand tu te seras rendu maître de la Sagesse.

Sois comme l'Océan qui reçoit toutes les rivières et
[PAGE_56]
tous les fleuves. Le calme puissant de l'Océan demeure immuable ; il ne les ressent pas.

Restreins ton Soi inférieur par ton Soi Divin. Restreins le Soi Divin par l'Éternel.

En vérité, il est grand celui qui est le meurtrier du désir.

Il est encore plus grand celui en qui le Soi Divin a tué jusqu'à la connaissance du désir.

Veille sur l'Inférieur de crainte qu'il ne souille le Supérieur.

La voie de la libération finale est dans ton SOI. Cette voie commence et finit hors du Soi (38).

Humble et non prisée des hommes, telle est, aux regards hautains du Tîrthika, la terre mère de tous les fleuves ; vide paraît la forme humaine aux yeux des insensés, bien qu'elle soit pleine des douces eaux d'Amrita. Et cependant, le lieu de naissance des fleuves sacrés est la Terre sacrée (39), et celui qui possède la Sagesse est honoré de tous les hommes.

[PAGE_57]
Les Arhat et les Sages à la Vision illimitée (40) sont rares comme la fleur de l'arbre Udumbara. Les Arhat naissent à l'heure de minuit, en même temps que la plante sacrée aux neuf et sept tiges (41), la fleur sainte qui s'ouvre et s'épanouit dans les ténèbres, sous la pure rosée et sur le sol gelé des hauteurs coiffées de neige, que jamais ne foule le pied d'un pécheur.

Nul Arhat, ô Lanou, ne devient tel dans l'incarnation où l'Âme commence à aspirer pour la première fois à la libération finale. Cependant, ô toi au cœur plein d'impatience, à nul guerrier s'offrant volontairement à combattre dans la lutte acharnée entre le vivant et le mort (42), à nulle recrue ne peut jamais être refusé le droit d'entrer dans le Sentier qui mène vers le champ de la Bataille.

Car il vaincra, ou il succombera.

[PAGE_58]
En vérité, s'il est vainqueur, Nirvâna sera sien. Avant qu'il ne rejette son ombre de sa dépouille mortelle, cette cause féconde d'angoisse et de douleurs sans bornes, en lui les hommes honoreront un grand et saint Bouddha.

Et s'il succombe, même alors ce ne sera pas en vain ; les ennemis qu'il aura tués à la dernière bataille ne reviendront pas à la vie dans sa prochaine naissance.

Mais que tu veuilles atteindre le Nirvâna, ou en rejeter le prix (43), veille à ce que le fruit de l'action et de l'inaction ne soit pas ton motif, ô toi au cœur indomptable.

Sache que le Bodhisattva qui échange la Libération pour le Renoncement, afin d'endosser les misères de la « Vie Secrète » (44), est appelé « trois fois Honoré » , ô candidat à la douleur à travers les cycles.

Le SENTIER est un, disciple, et pourtant double à la fin. Ses étapes sont marquées par quatre et sept Portails. À une extrémité, c'est la béatitude immédiate ;
[PAGE_59]
à l'autre, la béatitude différée. Les deux sont la récompense du mérite : le choix t'appartient.

L'Un laisse place aux deux : L'Ouvert et le Secret (45). Le premier conduit au but, le second à l'Immolation de Soi.

Lorsque le changeant est sacrifié au permanent, le prix est à toi : la goutte retourne là d'où elle était venue. Le SENTIER Ouvert mène à l'inchangeable changement : Nirvâna, l'état glorieux d'Absoluité, la Béatitude qui dépasse toute conception humaine.

Ainsi, LIBÉRATION est le sens du premier Sentier.

Mais RENONCEMENT est celui du second, aussi est-il appelé le « Sentier de Douleur » .

Ce Sentier Secret conduit l'Arhat à une inexprimable souffrance mentale - souffrance pour les Morts vivants (46) et pitié impuissante pour les hommes voués à la douleur karmique : les Sages n'osent arrêter le fruit de Karma.

[PAGE_60]
Car il est écrit : « Enseigne à éviter toute cause ; quant à l'effet, onde légère comme raz de marée, tu le laisseras suivre son cours. »

La « Voie Ouverte » , dès que tu en auras atteint le but, te conduira à rejeter le corps de Bodhisattva et te fera entrer dans l'état trois fois glorieux de Dharmakâya (47), qui est à jamais l'oubli du Monde et des hommes.

La « Voie Secrète » conduit elle aussi à la béatitude du Paranirvâna, mais à la fin d'innombrables Kalpa, de Nirvâna gagnés et perdus par pitié et compassion sans bornes pour le monde des mortels abusés.

Mais il est dit : « Le dernier sera le plus grand ». Devenu Samyak Sambuddha, le Maître-Instructeur de Perfection abandonna son SOI pour le salut du Monde en s'arrêtant au seuil du Nirvâna, l'état pur.

[PAGE_61]
Tu as désormais la connaissance concernant les deux Voies. Le temps de ton choix viendra, ô toi à l'Âme ardente, quand tu auras atteint le terme, et franchi les sept Portails. Ton mental est clair. Tu n'es plus pris au filet des pensées illusoires, car tu as tout appris. Sans nul voile, la Vérité se dresse devant toi et te fixe d'un regard austère.

Elle dit :

« Doux sont les fruits du Repos et de la Libération obtenus pour Soi ; mais plus doux encore sont ceux du long et amer devoir. Oui, les fruits du Renoncement pour le bien des autres, pour l'amour des frères qui souffrent. »

Celui qui devient Pratyeka Buddha (48) ne fait sa soumission qu'à son Soi. Le Bodhisattva qui a gagné la bataille, qui tient le prix dans la paume de sa main et dit cependant, dans sa divine compassion :
[PAGE_62]
« Pour l'amour d'autrui j'abandonne cette grande récompense », accomplit le plus grand Renoncement.

Un SAUVEUR DU MONDE, c'est ce qu'il est.

Regarde ! Le but de la béatitude et le long Sentier de Souffrance se trouvent à la fin extrême. Tu peux choisir l'un ou l'autre, ô aspirant à la douleur dans tous les cycles à venir ! ...

OM VAJRAPÂNI HUM

Notes

  • l. Les deux Écoles de la doctrine du Bouddha, l'ésotérique et l'exotérique, sont appelées respectivement la « Doctrine du Cœur » et la « Doctrine de l'Œil » . En Chine (d'où les noms sont passés au Tibet), Bodhidharma a appelé la première Tsung-men, et la seconde Chiao-men. La « Doctrine du Cœur » est ainsi nommée parce qu'elle est une émanation du cœur de Gautama le Bouddha, tandis que l'autre, la « Doctrine de l'Œil » , fut l'œuvre de sa tête ou de son cerveau. La première est aussi appelée le « sceau de vérité » , ou le « vrai sceau » : c'est un symbole qu'on trouve en tête de presque toutes tes œuvres ésotériques. [Cf. Edkins, Chinese Buddhism, p. 158.]
  • 2. « Arbre de la Connaissance » est un titre donné par les fidèles du Bodhidharma (Religion-Sagesse) à ceux qui ont atteint les hauteurs de la Connaissance mystique : les Adeptes. Nâgârjuna, le fondateur de l'École Mâdhyamika, fut appelé « l'Arbre-Dragon » , le Dragon symbolisant la Sagesse et la Connaissance. L'arbre est honoré car c'est sous l'arbre de Bodhi (Sagesse) que le Bouddha reçut la naissance et l'illumination, qu'il fit son premier sermon et qu'il mourut.
  • 3. Le « Cœur Secret » signifie la Doctrine ésotérique,
  • 4. « Âme-Diamant » ( Vajrasattva) est un titre du suprême Bouddha, qui, comme « Seigneur de tous les Mystères » , est appelé Vajradhara et Âdi-Buddha.
  • 5. SAT, l'unique Réalité - et Vérité - Éternelle et Absolue, tout le reste n'étant qu'illusion.
  • 6. Cf. la doctrine de Shen-Hsiu enseignant que le mental humain est comme un miroir qui attire et reflète chaque atome de poussière et qui, comme lui, doit être inspecté et essuyé journellement. Shen-Hsiu fut le sixième patriarche en Chine du Nord : il enseigna la doctrine ésotérique de Bodhidharma.
  • 7. L'Ego qui se réincarne est appelé par les bouddhistes du Nord « l'homme réel » , lequel, en union avec son Soi Supérieur, devient un Bouddha.
  • 8. « Bouddha » veut dire « Illuminé » [ « Éveillé » ].
  • 9. Voir note l. Il s'agit du bouddhisme exotérique des masses.
  • 10. Formule usuelle qui précède les Écritures bouddhiques; elle indique que l'enseignement qui va être présenté fut recueilli par tradition orale directement du Bouddha et des Arhat.
  • 11. L'immortalité.
  • 12. Selon la légende retracée dans le Rathapâla Sûtrasanne, Rathapâla, le grand Arhat, interpella ainsi son père ; mais tous les récits de ce genre ont un sens allégorique (par ex. le père de Rathapâla a une maison à sept portes) : de là le reproche fait à ceux qui acceptent ces légendes littéralement.
  • 13. Il s'agit d'ascètes brahmanes [hostiles au bouddhisme].
  • 14. Allusion à l'Ego qui se réincarne.
  • 15. La véritable Sagesse divine.
  • 16. [En sanskrit : Kâlachakra. Voir Glossaire pour ce mot.]
  • 17. Le « Soi Supérieur » , le « septième » principe.
  • 18. Les Écoles mystiques appellent « ombre » notre corps physique.
  • 19. Le Bouddha.
  • 20. L'âranyaka est un ermite qui se retire dans la jungle et vit dans une forêt où il pratique le Yoga.
  • 21. Julai [pron. Joulè], nom chinois pour Tathâgata, titre donné à chaque Bouddha.
  • 22. Toutes les traditions, du Nord comme du Sud, s'accordent sur le fait que le Bouddha abandonna sa solitude et instruisit publiquement l'humanité dès qu'il eut résolu le problème de la vie, c'est-à-dire dès qu'il eut reçu l'illumination intérieure.
  • 23. .D'après l'enseignement ésotérique, chaque Ego spirituel est un rayon d'un « Esprit Planétaire ».
  • 24. Les « personnalités » , ou les corps physiques (les « ombres » ), sont éphémères.
  • 25. La référence au mental (Manas), le principe pensant ou l'Ego dans l'homme, comme étant en soi-même « connaissance » , rappelle que les Ego humains sont désignés sous le nom de Mânasapûtra - fils du Mental (universel).
  • 26. Voir plus loin, la note 44 du troisième Traité.
  • 27. Ibid.
  • 28. La robe Shâna [faite de fibres de la plante Shana} est à rattacher à Shânavâsin de Râjagriha, le troisième grand Arhat, ou « patriarche » (selon le nom donné par les orientalistes à la hiérarchie des trente-trois Arhat qui répandirent le bouddhisme). L'expression « revêtir la robe shâna » traduit métaphoriquement l'acquisition de la Sagesse qui permet de gagner le Nirvâna de destruction (de la personnalité). Littéralement, c'est la « robe d'initiation » que l'on remet au néophyte. Edkins [Chinese Buddhism, note l, p. 66] signale que ce « vêtement d'herbe » fut amené de Chine au Tibet, sous la dynastie T'ang, et il ajoute : « À la naissance d'un Arhat, on trouve cette plante (à neuf tiges) poussant dans un lieu pur ». Telle est la légende, aussi bien chinoise que tibétaine.
  • 29. « Pratiquer le Sentier des Pâramitâ » signifie devenir un Yogi pour atteindre l'état d'ascète.
  • 30. « Demain » signifie la prochaine naissance, ou incarnation.
  • 31. Préceptes de l'École Prâsangika.
  • 32. Le « Grand Voyage » ou le cycle complet des existences, au cours d'une « Ronde » [de l'évolution terrestre].
  • 33. La planète Mars.
  • 34. La planète Mercure.
  • 35. Nyima est le Soleil dans l'astrologie tibétaine ; Migmar, ou Mars, est symbolisé par un « Œil » et Lhagpa, ou Mercure, par une « Main » .
  • 36. Le Bouddha [Shâkyamuni].
  • 37. Le Srotâpanna est « celui qui entre dans le courant » menant au Nirvàna : il est rare qu'il y parvienne en une seule naissance, sauf pour quelque raison exceptionnelle. On considère généralement qu'un chéla commence l'effort d'ascension dans une vie pour n'atteindre le but que dans sa septième naissance suivante.
  • 38. Il s'agit du « Soi » personnel inférieur.
  • 39. Le mot Tîrthika [cf. note 13] désigne les croyants des sectes brahmaniques, « de l'autre côté » de l'Himâlaya, appelés « infidèles » par les bouddhistes de la Terre sacrée - le Tibet - et réciproquement.
  • 40. Cette Vision illimitée renvoie à la faculté de vision psychique de nature surhumaine. On accorde à l'Arhat le don de tout « voir » et savoir, à distance aussi bien que là où il se trouve.
  • 41. Voir note 28, à propos de la plante Shana.
  • 42. Le « vivant » est l'Ego Supérieur immortel et le « mort » l'ego personnel inférieur.
  • 43. Voir plus loin la note 44 du troisième traité.
  • 44. La « Vie Secrète » est celle d'un Nirmânakâya.
  • 45. Le « Sentier Ouvert » est celui qui est enseigné aux laïcs - la doctrine exotérique, acceptée en général. La nature du « Sentier Secret » est expliquée lors de l'initiation.
  • 46. Les hommes qui ignorent les vérités ésotériques et la Sagesse sont appelés « les Morts vivants » .
  • 47. Voir plus loin la note 43 du troisième traité.
  • 48. Les Pratyeka Buddha sont des Bodhisattva qui luttent pour gagner le vêtement Dharmakâya, et qui souvent l'obtiennent, après une série d'incarnations. Ne s'occupant guère des douleurs de l'humanité et ne se souciant pas de l'aider, ils n'ont en vue que leur propre béatitude : ils entrent au Nirvâna et disparaissent de la vue et du cœur des hommes. Dans le bouddhisme du nord, la voie du Pratyeka Buddha est synonyme d'égoïsme spirituel.

haut de page

© 2009 - 2017 theosophie.fr - mentions légales - webmaster - Valid XHTML 1.0 Strict Valid CSS