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H.P. BLAVATSKY
LA VOIX DU SILENCE Traités choisisExtraits du " LIVRE DES PRÉCEPTES D'OR "
POUR L'USAGE QUOTIDIEN DES LANOU [DISCIPLES]TRADUCTION AVEC NOTES EXPLICATIVES par
" H.P.B. "
Nouvelle traduction française
d'après l'original anglais (1889)
augmentée d'un glossaire et d'un index
[Dans le texte de l'ouvrage, les mots et notes entre crochets sont des additions du traducteur.
Dans la mesure du possible l'orthographe des mots orientaux a été normalisée.]
Les pages qui suivent proviennent du Livre des Préceptes d'Or, l'une des œuvres qui sont mises entre les mains des étudiants du mysticisme en Orient. Leur connaissance est obligatoire dansl' École dont maints théosophes acceptent les enseignements. Aussi, comme je connais nombre de ces Préceptes par cœur, la tâche de leur traduction fut pour moi relativement facile.
L'on sait qu'enInde les méthodes de développement psychique diffèrent selon les Gurus (instructeurs ou maîtres), non seulement du fait qu'ils appartiennent à desgrandes Écoles de philosophie différentes - au nombre de six - mais aussi parceque chaque Guru a son propre système, qu'il garde généralement très secret. Mais au-delà des Himâlayas, la méthode suivie dans les Écoles ésotériques estinvariable, à moins que le Guru ne soit qu'un simple Lama, ayant une connaissance à peine supérieure à celle de ses élèves.
Les Préceptes dontje présente ici la traduction appartiennent à la même série que celle d'oùfurent tirées les « Stances » du Livre de Dzyan sur lesquelles est basée la Doctrine Secrète "Note(*)". Le Livre des Préceptes d'Or se réclame d'une même origine que celle de la grande œuvremystique appelée Paramârtha,qui, selon la légende de Nâgârjuna, aurait été donnée au grand Arhat par les Nâga ou « Serpents » (mot qui, en réalité, désigneles anciens Initiés). Cependant, les idées et les maximes de ce livre, sinobles et si originales qu'elles soient, se rencontrent souvent sous des formesdifférentes dans des ouvrages en langue sanskrite [ou apparentée], tel le Jñâneshvari, ce superbe traité mystique, où Krishna décrit àArjuna en couleurs éclatantes l'état d'un Yogi entièrement illuminé ; onles trouve également dans certaines Upanishad. Et c'est bien naturel vu que parmi les plus grands Arhat qui furent les premiers disciples de Gautama leBouddha - et surtout ceux qui émigrèrent au Tibet - la plupart (sinon tous)étaient des Indiens et des Aryens, et non des Mongols. À elles seules, les œuvres laissées par Aryasamgha sont fort nombreuses.
Les Préceptes originaux sont gravés sur des rectangles minces, leurs copies très souvent surdes disques. Ces disques, ou ces plaques, sont généralement conservés sur lesautels des temples attachés aux centres où sont établies les Écoles dites « contemplatives »du Mahâyâna ( Yogâchâra). Ilssont rédigés de façons variées, parfois en tibétain, mais surtout enidéogrammes. La langue sacerdotale (le senzar quipossède son propre alphabet, peut aussi être rendue par différents modesd'écriture, en caractères symboliques qui tiennent plus du mode idéographiqueque syllabique. Une autre méthode, ou lug en tibétain, consiste à utiliser des nombres et descouleurs correspondant à l'une ou l'autre des lettres de l'alphabet tibétain(30 lettres simples et 74 composées) en formant de la sorte un alphabetcryptographique complet. Quand on se sert d'idéogrammes, il y a un mode définipour lire le texte ; ainsi, les signes et symboles employés en astrologie,les douze animaux du Zodiaque et les sept couleurs primaires (dont chacune estde nuance triple, claire, normale et foncée) peuvent servir à représenter les33 lettres de l'alphabet simple pour former des mots et des phrases. Avec cetteméthode, les 12 « animaux » , cinq fois répétés et couplés auxcinq éléments et aux sept couleurs fournissent un alphabet complet, avec60 lettres sacrées et douze signes. Pour déchiffrer le texte, un signeplacé au début détermine si le lecteur doit l'épeler selon le mode indien,chaque mot n'étant alors qu'une adaptation sanskrite, ou selon le principechinois de lecture des idéogrammes. Toutefois, le mode le plus facile est celuiqui permet au lecteur de ne recourir à aucun langage spécial, ou biend'utiliser à volonté celui qu'il préfère, car, de même que les nombres ou chiffresarabes, les signes et symboles étaient propriété commune et internationaleparmi les mystiques initiés et leurs disciples. La même particularitécaractérise l'un des modes de l'écriture chinoise, qui peut être lue avec lamême facilité par quiconque en connaît les caractères ; ainsi, un Japonaispeut les lire aussi couramment dans sa propre langue que le Chinois dans lasienne.
Le Livre des Préceptes d'Or - dont certainsPréceptes sont antérieurs au bouddhisme historique, et d'autres plus récents -contient environ 90 petits traités distincts. J'en ai appris 39 par cœur, il ya des années. Pour traduire ce qui n'en est pas présenté ici, je devraisrecourir à des informations dispersées parmi bien trop de papiers et de notesprises pour mémoire pendant ces 20 dernières années (sans jamais lesclasser) pour que la tâche soit en rien une entreprise facile. D'ailleurs, cestraités ne pourraient tous être traduits et offerts à un monde trop égoïste ettrop attaché aux objets des sens pour être prêt de quelque manière à accueillirune éthique aussi sublime dans l'esprit convenable. Car à moins de persévérersérieusement dans la poursuite de la soi-connaissance, l'homme ne prêterajamais une oreille attentive à des conseils de cette nature.
Et pourtant, cegenre d'éthique remplit d'innombrables volumes de la littérature orientale,particulièrement les Upanishad.« Tue tout désir de la vie » , ordonne Krishna à Arjuna. Cedésir réside uniquement dans le corps, le véhicule du Soi incarné, et non dansle SOI - lequel est « éternel, indestructible, et ne peut tuer ni êtretué » (Katha Upanishad[1,2,18]). « Tue la sensation » , enseigne le Sutta Nipâta« considèred'un œil égal plaisir et douleur, gain et perte, victoire etdéfaite » . Et encore : « Ne cherche refuge que dansl'Eternel » (ibid.).« Détruis tout sens de séparativité » , répète Krishna soustoutes les formes. « Le mental (Manas) qui suit les sens dans leurs fluctuations rend l'âme (Buddhi) aussi impuissante que la barque ballottée par levent sur les flots » (Bhagavad-Gîtâ, II
Dans la sélectiondes textes présentés, il a donc paru préférable de choisir judicieusement parmiles traités qui sont seuls susceptibles de convenir au petit nombre des mystiquesde la Société Théosophique, et de répondre à coup sûr à leurs besoins. C'estseulement ces mystiques qui sont à même d'apprécier ces paroles de Krishna-Christos, le « Soi Supérieur » :
« Les Sagesne s'affligent ni sur les vivants ni sur les morts. Jamais il ne fut un tempsoù moi ni toi, ni ces princes des hommes, cessâmes d'exister ; et jamaisaucun de nous ne cessera d'exister dans l'avenir » {Bhagavad-Gîtâ, II, 27).
Dans cettetraduction, j'ai fait mon possible pour conserver la beauté poétique du langageet du style imagé qui caractérise l'original. C'est au lecteur de juger à quelpoint cet effort a été mené à bien.
"H.P.B."
LA VOIX DU SILENCE
Dédiée au Petit Nombre.
La Voix du Silence
© Textes Théosophiques, Paris
Textes Théosophiques (association déclarée sans but lucratif)
© 1991, tous droits réservés pour la traduction - ISBN : 2-903654-12-3