aller au contenu|aller au menu principal|politique d'accessibilité

  • style par défaut de la page
  • visualiser cette page en noir sur blanc
  • visualiser cette page en blanc sur noir
  • Livres, Articles
  • H.P. Blavatsky - Clef
  • Réincarnation

imprimer cette pageenvoyer le lien vers cette page

"La Clef de Théosophie", Chapitre 8, De la Ré-incarnation ou Re-naissance

Sommaire :

 

[ PAGE_139 ]

Qu'est-ce que la Mémoire selon l'enseignement théosophique (↑ sommaire)

QUESTION — Le plus difficile pour vous sera d'expliquer cette croyance et d'en fournir un fondement raisonnable. Aucun théosophe n'a réussi jusqu'à présent à donner une seule preuve valable capable d'ébranler mon scepticisme. Tout d'abord, on peut opposer à cette théorie de la réincarnation le fait que l'on n'a pas encore trouvé un seul homme qui se souvienne d'avoir vécu antérieurement et encore moins qui se rappelle ce qu'il a été pendant sa vie passée.

LE THÉOSOPHE — Votre objection repose sur un vieil argument : la perte, pour chacun de nous, de la mémoire de notre incarnation précédente. Vous croyez que cela infirme notre doctrine ? Je réponds que non et qu'en tout cas une telle objection ne peut être définitive.

QUESTION — Je voudrais bien entendre vos arguments.

LE THÉOSOPHE — Ils sont brefs et tiennent à quelques points. Si vous considérez, d'une part, la totale incapacité des meilleurs psychologues modernes à expliquer au monde la nature du mental et, d'autre part, leur complète ignorance de ses potentialités, ainsi que de ses états supérieurs, il vous faudra admettre que l'objection dont vous parlez s'appuie sur une conclusion a priori, fondée sur des preuves toutes superficielles et indirectes plus que
[ PAGE_140 ]
sur toute autre chose. Mais, dites-moi, comment concevez-vous la « mémoire » ?

QUESTION — Selon la définition généralement acceptée, c'est la faculté dont jouit notre mental de se rappeler et de retenir la connaissance des pensées, des actions et des événements passés.

LE THÉOSOPHE — Veuillez ajouter qu'il y a une grande différence entre les trois formes de la mémoire. En dehors de la mémoire en général, il y a le souvenir, le rappel à la mémoire et la réminiscence. Avez-vous jamais réfléchi à ce qui les différencie ? La mémoire, ne l'oubliez pas, est un terme générique.

QUESTION — Mais tous ces termes sont synonymes.

LE THÉOSOPHE — Certainement pas — du moins pas en philosophie. La mémoire est simplement, chez les êtres pensants, et même chez les animaux, un pouvoir inné qui reproduit des impressions passées, par l'effet d'une association d'idées principalement suggérée par des choses objectives, ou par une action quelconque sur nos organes des sens externes. La mémoire est une faculté qui dépend entièrement du fonctionnement plus ou moins sain et normal de notre cerveau physique ; et le souvenir et le rappel à la mémoire sont les attributs et les serviteurs de cette mémoire. Mais la réminiscence est une chose entièrement différente. Le psychologue contemporain la définit comme un phénomène intermédiaire entre le souvenir et le rappel à la mémoire ou encore comme « un procédé conscient de rappel d'événements passés, mais sans cette référence complète et variée à des choses particulières qui caractérise le rappel à la mémoire » . Parlant du souvenir et du rappel à la mémoire, Locke dit  « Quand une idée revient à l'esprit sans qu'un objet semblable agisse sur les sens externes, c'est le souvenir ; mais s'il faut que le mental la cherche et ne se la représente qu'avec peine et effort, c'est le rappel à la mémoire » . Mais même Locke ne donne pas de définition claire de la réminiscence, parce qu'elle n'est pas une faculté, ou un attribut, de notre mémoire physique, mais une perception intuitive qui est indépendante de notre cerveau physique et extérieure
[ PAGE_141 ]
à lui. Or, cette perception (stimulée par la connaissance toujours présente de notre Ego spirituel) inclut toutes les visions de l'homme qui sont considérées comme anormales, depuis les images suggérées par le génie, jusqu'aux divagations de la fièvre et même de la folie, — images qui, d'après la science, n'existent point en dehors de notre imagination. L'Occultisme et la Théosophie envisagent cependant la réminiscence d'une manière tout à fait différente. Pour nous, tandis que la mémoire est physique et évanescente, et qu'elle dépend des conditions physiologiques du cerveau — proposition fondamentale de tous ceux qui enseignent la mnémonique, et étayée par les recherches des psychologues scientifiques modernes — nous appelons réminiscence la mémoire de l'âme. Et c'est cette mémoire qui donne à presque tout être humain la certitude, qu'il se l'explique ou non, d'avoir vécu antérieurement et de devoir vivre à nouveau. En toute vérité, comme dit le poète Wordsworth :

« Notre naissance n'est que sommeil et oubli ;
L'âme qui se lève avec nous, étoile de notre vie,
A eu ailleurs son couchant
Et vient de loin (1).»

QUESTION — Si c'est sur ce genre de mémoire — qui, de votre propre aveu, n'est que poésie et production anormale de l'imagination — que vous appuyez votre doctrine, je crains que bien peu de gens se laissent convaincre.

LE THÉOSOPHE — Je n'ai pas « avoué » qu'elle n'était qu'un effet de l'imagination. J'ai simplement dit que la plupart des physiologistes et des scientifiques considèrent que de telles réminiscences ne sont que des hallucinations et des inventions fantaisistes ; libre à eux de s'en tenir à cette savante conclusion. Quant à nous, nous ne nions pas que ces visions du passé et ces furtives échappées rétrospectives dans les dédales du temps soient
[ PAGE_142 ]
anormales, lorsqu'on les compare à notre expérience de la vie quotidienne normale et à la mémoire physique. Néanmoins nous affirmons avec le professeur W. Knight que « l'absence de mémoire d'une action quelconque accomplie dans un état antérieur n'est pas une preuve concluante que nous n'ayons pas vécu cette action » . Et tout adversaire loyal doit reconnaître le bien-fondé de ce que dit Butler dans ses Lectures on Platonic Philosophy (2) : « le sentiment d'extravagance qui nous frappe dans cette idée (de la pré-existence) a sa source secrète dans nos préjugés matérialistes ou semi-matérialistes ». De plus, nous maintenons que la mémoire n'est autre que l'imagination incontrôlée — la phantasia (3), au sens que lui donne Olympiodore — et c'est l'élément le moins fiable en nous. Ammonios Saccas affirmait que la mémoire était la seule faculté de l'homme qui soit opposée directement à la faculté de pronostiquer, ou de voir dans l'avenir. D'ailleurs, il faut se souvenir que la mémoire est une chose, et que le mental, ou la pensée, en est une autre : la mémoire est une machine à stocker des images, un registre, qui se détraque très facilement, mais les pensées sont éternelles et impérissables. Refuseriez-vous de croire à l'existence de certaines choses, ou de certains hommes, pour la seule raison que vous ne les avez pas vus de vos propres yeux ? Le témoignage collectif des générations
[ PAGE_143 ]
passées qui ont vu Jules César ne suffit-il pas à garantir qu'il a vraiment vécu ? Pourquoi ne pas prendre en considération le témoignage analogue des sens psychiques d'une multitude d'hommes ?

QUESTION — Mais ne croyez-vous pas que ces distinctions sont trop subtiles pour être acceptées par la majorité des hommes ?

LE THÉOSOPHE — Dites plutôt par la majorité des matérialistes. À ceux-ci nous disons : voyez, la mémoire est trop faible, même dans la courte durée d'une existence ordinaire, pour enregistrer tous les événements de cette existence. Que de fois des événements, même des plus importants, gisent endormis dans notre mémoire jusqu'à ce qu'ils soient réveillés par quelque association d'idées, ou que quelque autre relation les rappelle à l'activité ! C'est particulièrement le cas des personnes âgées chez qui on constate toujours une difficulté à se souvenir. Ainsi donc, si nous tenons compte de ce que nous savons des principes physiques et spirituels de l'homme, ce qui devrait nous surprendre ce n'est pas le fait que notre mémoire n'ait pas conservé la trace de notre vie précédente, ou d'autres existences, mais bien le contraire, si un tel souvenir se manifestait.

Pourquoi ne nous souvenons-nous pas de nos vies passées ? (↑ sommaire)

QUESTION — Vous m'avez donné un aperçu général des sept principes. Comment permettent-ils d'expliquer que nous n'ayons aucun souvenir d'avoir vécu auparavant ?

LE THÉOSOPHE — D'une façon très simple. Les « principes » que nous appelons physiques, et dont la science ne nie aucun, bien qu'elle leur donne d'autres noms (4), se désintègrent après la
[ PAGE_144 ]
mort, avec les éléments qui les composent, et la mémoire disparaît en même temps que son cerveau. Cette mémoire évanouie d'une personnalité disparue ne peut donc se souvenir de rien, ni enregistrer quoi que ce soit dans la réincarnation suivante de l'Ego. La réincarnation veut dire que l'Ego sera pourvu d'un corps nouveau, d'un cerveau nouveau et d'une mémoire nouvelle. Il serait donc aussi absurde de s'attendre à ce que cette mémoire nouvelle se souvienne de ce qu'elle n'a jamais enregistré que d'examiner au microscope la chemise qu'un assassin n'a jamais portée, pour y chercher les taches de sang qui ne se trouvent que sur des vêtements qui ont été les siens. Ce n'est pas la chemise propre qu'il faut inspecter, mais bien les habits portés au moment où le crime a été commis ; cependant, si ceux-ci ont été brûlés ou détruits, comment faire pour les retrouver ?

QUESTION — Oui ; mais alors comment pouvez-vous acquérir la certitude que le crime a jamais été commis, ou que « l'homme à la chemise propre » a vécu auparavant ?

LE THÉOSOPHE — Ce ne sera certainement pas par des procédés physiques, ni en comptant sur le témoignage de ce qui n'existe plus. Mais il y a ce qu'on appelle les preuves indirectes, qui ont une valeur puisque nos lois, dans leur prudence, les acceptent, peut-être même plus souvent qu'elles ne le devraient. Pour se convaincre de la réalité de la ré-incarnation et des vies passées, ce n'est pas avec sa mémoire passagère que l'individu doit se mettre en rapport, mais avec son Ego réel et permanent.

QUESTION — Mais comment les gens peuvent-ils croire à ce qu'ils ne connaissent pas et n'ont jamais vu, et qui, plus est, avec quoi ils ne sont jamais entrés en rapport ?

LE THÉOSOPHE — Si des hommes — et des plus instruits — croient à la pesanteur, à l'éther, à la force, et à toutes les autres abstractions et « hypothèses de travail » de la science, sans les avoir jamais touchées, senties, vues, entendues, ni goûtées pourquoi d'autres personnes ne pourraient-elles pas croire, selon le même principe, à leur Ego permanent, qui est une « hypothèse de travail »
[ PAGE_145 ]
beaucoup plus logique et importante que n'importe quelle autre ?

QUESTION — Mais, en définitive, qu'est-ce que ce mystérieux principe éternel ? Pouvez-vous en expliquer la nature, afin de le rendre intelligible à tous ?

LE THÉOSOPHE — C'est l'Ego qui se ré-incarne, le « Moi » individuel et immortel, et non le « Moi » personnel ; en un mot, c'est le véhicule de la MONADE Âtma-Buddhique ; ce qui est récompensé en devachan et puni sur la terre ; enfin, c'est ce à quoi se rattache le reflet seulement des skandha, ou attributs de chaque incarnation (5).

QUESTION — Qu'entendez-vous par skandha ?

LE THÉOSOPHE — Exactement ce que je viens de dire : des « attributs » , parmi lesquels se trouve la mémoire, et qui tous périssent comme une fleur, ne laissant derrière eux qu'un faible parfum. Citons à ce propos un autre paragraphe du Catéchisme Bouddhique de H. S. 0lcott (6) qui traite directement du sujet. Voici comment il envisage la

QUESTION : « L'homme âgé se souvient des incidents de sa jeunesse, bien qu'il ait changé physiquement et mentalement. Pourquoi, dans ces conditions, ne ramenons-nous pas les souvenirs de nos vies passées dans notre naissance actuelle ? Parce que la mémoire est incluse dans les skandha et, comme ceux-ci ont changé lors de la nouvelle
[ PAGE_146 ]
existence, une nouvelle mémoire se développe, qui retient les faits de cette existence-ci. Pourtant, l'enregistrement, ou le reflet, de toutes les vies antérieures doit survivre car, lorsque le Prince Siddhartha devint le Bouddha, Il découvrit toute la suite de Ses naissances antérieures... et quiconque atteint l'état de Jhâna (7) peut ainsi voir rétrospectivement la succession de ses vies » . Ceci vous prouve que, si les qualités impérissables de la personnalité, telles que l'amour, la bonté, la charité, etc., s'attachent à l'Ego immortel, en photographiant sur lui, pour ainsi dire, une image permanente de l'aspect divin de l'homme disparu, ses skandha matériels (ceux qui produisent les effets karmiques les plus marqués) sont aussi fugitifs qu'un éclair et ne peuvent impressionner le nouveau cerveau de la personnalité nouvelle ; pourtant le fait qu'ils n'impriment aucune trace n'entame pas du tout l'identité de l'Ego qui se ré-incarne.

QUESTION — Peut-on en conclure, d'après vous, que seule survit la mémoire de l'Âme, comme vous l'appelez, l'Âme ou l'Ego n'étant qu'une seule et même chose, tandis que rien ne subsiste de la personnalité ?

LE THÉOSOPHE — Ce n'est pas tout à fait cela. Â moins qu'il ne s'agisse de celle d'un matérialiste absolu, sans la plus petite ouverture dans sa nature par où puisse filtrer un rayon spirituel, quelque chose de chaque personnalité doit survivre, du fait qu'elle laisse son empreinte éternelle sur le Soi permanent ou l'Ego Spirituel qui s'incarne (8). (Voir la section « La conscience post mortem et postnatale » .) La personnalité, avec ses skandha, change constamment avec chaque nouvelle naissance. Comme nous l'avons déjà dit, elle ne représente que le rôle joué par l'acteur (le véritable Ego) durant une seule soirée. Voilà pourquoi nous ne conservons, sur le plan physique, aucune mémoire de nos
[ PAGE_147 ]
vies passées, quoique le véritable « Ego » les ait vécues intégralement et les connaisse toutes.

QUESTION — Comment se fait-il alors que l'homme réel ou Spirituel n'imprime pas cette connaissance dans son nouveau « Moi » personnel ?

LE THÉOSOPHE — Comment se fait-il que des servantes dans une pauvre ferme aient pu parler hébreu et jouer du violon quand elles étaient en transe, ou dans un état somnambulique, alors qu'elles n'avaient rien appris de pareil dans leur condition normale ? Parce que, comme vous le dirait tout psychologue authentique de l'ancienne école, non de votre école moderne : l'Ego Spirituel ne peut agir que lorsque l'Ego personnel est paralysé. Le « Moi » Spirituel de l'homme est omniscient et possède toute connaissance innée en lui, tandis que le soi personnel est la créature de son environnement, et l'esclave de la mémoire physique. Si le premier pouvait se manifester sans interruption et sans entraves, il n'y aurait plus d'hommes sur la terre : nous serions tous des dieux.

QUESTION — II devrait toutefois y avoir des exceptions et certaines personnes devraient se souvenir de leurs vies passées.

LE THÉOSOPHE — Et, en effet, certaines s'en souviennent. Mais qui croit à ce qu'elles disent ? Le matérialisme moderne considère de tels sensitifs comme autant d'hystériques hallucinés, d'enthousiastes détraqués ou de charlatans. Mais les gens feraient bien de lire les ouvrages qui ont été écrits sur ce sujet, principalement Reincarnation A Story of Forgotten Truth (9) par E.D. Walker, membre de la S.T. ; ils y découvriraient toute la masse de preuves que verse cet auteur compétent au dossier de cette question controversée. Si vous parlez de l'âme aux gens,
[ PAGE_148 ]
certains vous demanderont : « Mais qu'est-ce que l'âme ? » ,  « Avez-vous jamais prouvé son existence ? ». Bien sûr, il est mutile de discuter avec les matérialistes, cependant, même à eux, je voudrais poser la question : « Pouvez-vous vous rappeler ce que vous étiez ou ce que vous faisiez, quand vous aviez l'âge d'un bébé ?  Avez-vous conservé le moindre souvenir de votre vie, de vos pensées, de vos actions ou de quoi que ce soit de ce que vous avez vécu pendant les dix-huit premiers mois ou les deux premières années de votre existence ? Pourquoi donc ne niez-vous pas, au nom du même principe, avoir jamais vécu comme des bébés ?  » . Par ailleurs, si nous ajoutons à tout cela que l'Ego qui se réincarne, ou l'individualité, ne conserve, pendant la période du devachan que l'essence de l'expérience de sa vie antérieure sur la terre (c'est-à-dire celle de la personnalité), l'expérience physique tout entière se trouvant réduite à un état de réalités potentielles (10), ou étant traduite, pour ainsi dire, en formules spirituelles ; et si, de plus, nous n'oublions pas que le temps qui s'écoule entre deux renaissances correspond (selon ce qui est dit) à une durée de dix à quinze siècles, pendant lesquels la conscience physique est entièrement et absolument inactive, puisqu'elle n'a pas d'organes pour agir et, par conséquent, n'a pas d'existence, il devient parfaitement clair qu'il ne peut y avoir aucun souvenir d'existence passée dans la mémoire purement physique.

QUESTION — Vous venez de dire que L'EGO SPIRITUEL est omniscient. Que devient alors cette omniscience, dont vous faites tant de cas, pendant ce que vous appelez la vie en devachan ?

LE THÉOSOPHE — Pendant ce laps de temps, elle est latente et potentielle ; avant tout, parce que l'Ego Spirituel (le composé de Buddhi-Manas) n'est pas le Soi Supérieur qui, étant un avec l'Âme Universelle, ou le Mental Universel, est seul omniscient. Ensuite, parce que le devachan est le prolongement idéalisé de la
[ PAGE_149 ]
vie terrestre qui vient de se terminer, une période d'ajustement rétributif et une récompense pour tous les torts et pour toutes les souffrances immérités subis dans cette vie particulière. L'Ego Spirituel n'est omniscient que potentiellement en devachan ; c'est exclusivement en nirvana qu'il le devient de facto, en s'immergeant dans l'Âme-Mental Universelle. Néanmoins, l'Ego redevient quasi-omniscient pendant les heures de la vie terrestre où certaines conditions anormales et certaines modifications physiologiques du corps le dégagent des entraves de la matière, comme, par exemple, dans le cas déjà cité de ces somnambules : une pauvre servante qui parle hébreu et une autre qui joue du violon. Cela ne veut pas dire que les explications que la médecine donne de ces deux cas ne contiennent rien de vrai. Une de ces jeunes filles avait, en effet, quelques années auparavant, entendu son maître, un pasteur, lire à haute voix des textes hébraïques et l'autre avait entendu un artiste jouer du violon à la ferme. Mais ni l'une ni l'autre n'auraient pu accomplir aussi parfaitement ce qu'elles ont fait, si elles n'avaient été animées par CELA qui est omniscient, en vertu de l'identité de sa nature avec le Mental Universel. Dans l'un de ces deux cas, le principe supérieur a agi sur les skandha et les a mis en mouvement ; dans l'autre, la personnalité étant paralysée, l'individualité s'est elle-même manifestée. Veuillez bien ne pas confondre les deux.

De l'Individualité et de la Personnalité (11) (↑ sommaire)

QUESTION — Mais quelle différence y a-t-il entre les deux ? J'avoue que tout cela n'est pas encore très clair pour moi. C'est précisément sur cette différence que vous n'insisterez jamais assez.

[ PAGE_150 ]
LE THÉOSOPHE — C'est ce que je m'efforce de faire, mais, hélas ! il est plus difficile de faire comprendre cette différence à certains que de leur inspirer de la vénération pour de puériles impossibilités, simplement parce que celles-ci sont orthodoxes, et parce que l'orthodoxie est respectable. Pour bien saisir cette distinction, il faut d'abord étudier les deux ensembles de « principes » : les principes spirituels qui appartiennent à l'Ego impérissable, et les principes matériels dont sont faits les corps ou véhicules qui sont toujours soumis au changement, et qui constituent les personnalités successives de cet Ego. Donnons-leur donc des noms définitifs et disons que :

[ PAGE_151 ]

  • 1 — Âtma, le « Soi Supérieur » , n'est ni votre Esprit ni le mien ; comme la lumière du soleil, il brille sur tout. C'est le « principe divin » universellement répandu et inséparable de son Méta-Esprit un et absolu, de même que le rayon solaire est inséparable de la lumière du soleil.

  • 2 — Buddhi (l'âme spirituelle), n'est que son véhicule. L'un et l'autre — qu'on les prenne séparément ou ensemble — ne sont pas plus utiles au corps de l'homme que ne le sont la lumière du soleil et ses rayons à une masse de granit ensevelie dans la terre, à moins que la Duade divine ne soit assimilée par quelque conscience et reflétée en elle. Ni Âtma ni Buddhi ne peuvent jamais être atteints par karma, parce que le premier est l'aspect le plus élevé de karma — d'un certain point de vue, son agent actif par SA NATURE MÊME — tandis que l'autre est inconsciente sur notre plan. Cette conscience ou mental est :

  • 3 — Manas (12), le dérivé ou le produit, sous une forme reflétée, d'Ahamkara, « le sens du Je » , ou l' « EGO-ITÉ » . Aussi, lorsque Manas est lié inséparablement aux deux premiers principes, il est appelé l'EGO SPIRITUEL et Taijasa (le radieux). C'est là l'Individualité réelle, ou l'homme divin. En s'incarnant à l'origine dans la forme humaine, qui était dépourvue d'intelligence et animée par la présence en elle-même de la double monade (sans toutefois être consciente de cette présence, puisque cette forme était privée de conscience), c'est cet Ego précisément qui a fait de cette forme d'apparence humaine un homme réel. C'est aussi cet Ego, ce « Corps Causal » , qui tient dans sa sphère d'influence chaque personnalité dans laquelle karma le
    [ PAGE_152 ]
    force à s'incarner, et c'est lui qui est tenu pour responsable de tous les péchés commis par l'intermédiaire de chaque corps nouveau, chaque personnalité — ces masques éphémères qui cachent le véritable Individu au cours de la longue série des renaissances.

QUESTION — Mais cela est-il juste ? Pourquoi cet EGO reçoit-il une punition comme conséquence d'actions qu'il a oubliées ?

LE THÉOSOPHE —II ne les a pas oubliées ; il connaît ses fautes et se les rappelle aussi bien que vous vous rappelez ce que vous avez fait hier. Sous prétexte que la mémoire qui appartient à ce faisceau d'éléments physiques appelé « le corps » ne se souvient pas des actes de son prédécesseur (la personnalité qui fut jadis), vous imaginez-vous que l'Ego réel les a oubliés ? Autant dire qu'il est injuste que les brodequins neufs aux pieds d'un gamin, qu'on fouette pour avoir volé des pommes, soient punis pour un larcin dont ils ignorent tout.

QUESTION — Mais n'y a-t-il pas des moyens de communication entre les plans spirituel et humain de conscience ou de mémoire ?

LE THÉOSOPHE —II y en a, naturellement, mais les psychologues scientifiques modernes ne les ont jamais reconnus. À quoi attribuez-vous l'intuition, la « voix de la conscience », les prémonitions, les réminiscences vagues et imprécises, etc., etc., sinon à de telles communications ? Si seulement la majorité des hommes instruits pouvaient avoir les perceptions spirituelles raffinées de Coleridge, qui fait preuve d'une si grande intuition dans certains de ses commentaires ! Ecoutez, par exemple, ce qu'il dit sur le fait probable que « toutes les pensées sont en elles-mêmes impérissables » : « S'il fallait donner à la faculté intelligente (par laquelle nous entendons ces " réveils " soudains de la mémoire) une ouverture plus large, elle aurait seulement besoin d'une organisation différente et appropriée — le corps céleste au lieu du corps terrestre — pour que se déroulât devant chaque âme humaine l'expérience collective de toute son existence passée (ou plutôt de ses existences passées) » . Et ce corps céleste c'est notre EGO Manasique.

[ PAGE_153 ]

De la Récompense et de la Punition de l'Ego (↑ sommaire)

QUESTION— Je vous ai entendu dire que l'Ego, qu'elle qu'ait pu être la vie sur terre de la personnalité dans laquelle il s'est incarné, ne subit jamais de punition après la mort.

LE THÉOSOPHE — Jamais, sauf dans des cas très exceptionnels et très rares dont nous ne parlerons pas ici, puisque la nature de cette « punition » ne ressemble en rien à vos conceptions théologiques de la damnation.

QUESTION — Mais si c'est l'Ego qui est puni dans cette vie des fautes commises dans une vie antérieure, c'est lui aussi qui devrait être récompensé, que ce soit ici-bas, ou une fois désincarné.

LE THÉOSOPHE — II en est effectivement ainsi. Si nous n'admettons pas de punition ailleurs que sur cette terre, c'est parce que le Soi Spirituel ne connaît pas d'autre état dans l'au-delà que celui d'une béatitude sans mélange.

QUESTION — Que voulez-vous dire ?

LE THÉOSOPHE — Tout simplement ceci : les crimes et les péchés commis sur un plan d'objectivité et dans un monde de matière ne peuvent être punis dans un monde de pure subjectivité. Nous ne croyons pas à un enfer, ni à un paradis, considérés comme des localités, ni à des flammes qui brûlent et des vers qui rongent, comme des réalités objectives qui durent à jamais, ni à des Jérusalem dont les rues sont pavées de saphirs et de diamants. Mais nous croyons à un état post mortem, ou à une condition mentale après la mort, semblable à ce que nous vivons quand nous sommes dans un rêve d'une grande intensité. Nous croyons à une loi immuable d'Amour, de Justice et de Miséricorde absolus. Et, avec cette conviction, nous disons : quel qu'ait été le péché et quels que soient les terribles résultats de la transgression
[ PAGE_154 ]
karmique originelle des Egos actuellement incarnés (13), nul homme (si nous appelons ainsi la forme extérieure, matérielle et périodique, de l'Entité Spirituelle) ne peut, en toute justice, être considéré comme responsable des conséquences de sa naissance. Il ne demande pas à naître, et il ne peut pas choisir les parents qui lui donneront la vie. Sous tous les rapports, il est victime de son milieu, l'enfant de circonstances sur lesquelles il n'a point de pouvoir. Et, si l'on examinait impartialement chacune de ses fautes, on trouverait neuf fois sur dix qu'il fut celui contre qui le péché a été commis, plutôt que le pécheur lui-même. La vie n'est guère mieux qu'une pièce de théâtre d'où tout sentiment est exclu, une mer orageuse à traverser, un lourd fardeau souvent trop difficile à porter. Les plus grands philosophes ont essayé en vain de la sonder et d'en découvrir les explications dernières, mais tous ont échoué à l'exception de ceux qui en détenaient la clef, à savoir les sages de l'Orient. La vie, comme le dit Shakespeare :

« n'est qu'une ombre errante, semblable à un pauvre comédien
Qui s'enfle d'orgueil et s'agite sur la scène
L'espace d'une heure, pour rentrer ensuite à tout jamais
Dans le silence. C'est une fable
Contée par un idiot, pleine de tumulte et de fureur
Et qui ne signifie rien » (14)

[ PAGE_155 ]
Elle ne signifie rien si on l'envisage par fragments séparés, mais elle est de la plus grande importance dans son aspect collectif embrassant l'ensemble des existences successives. En tout cas, chaque vie individuelle, considérée dans son plein développement est presque toujours un chagrin. Faudrait-il croire que le sort de l'homme, malheureux et impuissant, soit d'être livré à une sempiternelle damnation, ou même à un châtiment temporaire, après avoir été ballotté comme un tronc d'arbre pourri sur les flots déchaînés de la vie, s'il s'est montré trop faible pour y résister ? Jamais ! Qu'il s'agisse d'un pécheur ordinaire ou d'un grand pécheur, d'un être bon ou mauvais, coupable ou innocent, une fois qu'il est délivré du fardeau de la vie physique, le Manu ( « l'Ego pensant » ), fatigué et épuisé, a gagné le droit à une période de repos et de béatitude absolus. La même Loi, infailliblement sage et juste, plutôt que miséricordieuse, qui inflige à l'Ego incarné la punition karmique de tous les péchés commis pendant la vie précédente sur terre, a prévu pour l'Entité, maintenant dépouillée du corps, une longue période de repos mental, c'est-à-dire d'oubli complet de tous les tristes événements — et même, jusqu'à la moindre pensée douloureuse — qui se produisirent du vivant de sa dernière personnalité, en ne laissant dans la mémoire de l'âme que le souvenir de ce qui fut félicité, ou de ce qui conduisit au bonheur. Plotin, en disant que notre corps était le véritable fleuve du Léthé, car « les âmes qui s'y plongent oublient tout » , voulait exprimer plus que le simple sens des mots. Car, si notre corps terrestre est, ici-bas, comme le Léthé, notre corps céleste en devachan l'est également, et même bien davantage.

QUESTION — Dois-je entendre alors qu'il est permis à l'assassin, au transgresseur de toute loi humaine et divine, d'échapper à la punition ?

LE THÉOSOPHE — Qui a jamais dit cela ? La doctrine qu'enseigne notre philosophie à l'égard de la punition est aussi sévère que celle du calviniste le plus intransigeant, mais infiniment plus philosophique et conforme à la justice absolue. Nulle action ne restera impunie — pas même la moindre pensée coupable. Cette dernière est même punie plus sévèrement que la première, car une pensée est, en puissance, bien plus prometteuse de
[ PAGE_156 ]
mauvais résultats que ne l'est même une action (15). Nous croyons à KARMA, cette loi infaillible de Rétribution qui se manifeste par un enchaînement naturel des causes et de leurs résultats inévitables.

QUESTION — Mais où et comment cette loi agit-elle ?

LE THÉOSOPHE — Tout ouvrier est digne de son salaire, dit la Sagesse dans l'Évangile ; toute action, bonne ou mauvaise, est une mère féconde, dit également la Sagesse des Âges. Rapprochez ces deux vérités et vous trouverez le « pourquoi » . Après avoir accordé à l'Âme, soustraite aux douleurs de la vie personnelle, une compensation suffisante — et même, cent fois plus que suffisante — karma, avec son armée de skandha, monte la garde sur le seuil du devachan d'où l'Ego va ré-émerger, pour assumer une nouvelle incarnation. C'est à ce moment que la destinée future de l'Ego, maintenant reposé, oscille dans la balance d'une juste Rétribution, car il (16) retombe maintenant sous la coupe de la loi karmique en action. C'est dans cette renaissance qui est prête pour lui (16) — renaissance choisie et préparée par cette Loi mystérieuse, inexorable et pourtant infaillible dans l'équité et la sagesse de ses décrets — que les péchés de la vie précédente de l'Ego seront punis. Cependant, l'Ego n'est jeté dans aucun enfer imaginaire, avec flammes théâtrales et diables ridicules munis d'une queue et d'une paire de cornes, mais tout bonnement sur cette terre, sur le plan et les lieux de ses péchés, où il devra expier toute pensée et toute action mauvaises. Ce qu'il a semé, il le moissonnera. La réincarnation rassemblera autour de lui tous les autres Ego que la personnalité passée a fait souffrir, directement ou indirectement, ou même par son intermédiaire inconscient. C'est Némésis qui les lancera sur le chemin de l'homme nouveau, qui cache l'ancien, l'Ego éternel, et...
[ PAGE_157 ]
QUESTION — Mais où est l'équité dont vous parlez, puisque ces « personnalités » nouvelles ignorent également qu'elles ont péché, ou qu'elles ont souffert à cause des péchés des autres ?

LE THÉOSOPHE — Peut-on dire d'un habit volé qu'il est bien traité, lorsque son propriétaire le déchire en voulant l'arracher au voleur sur lequel il le reconnaît ? La « personnalité » nouvelle n'est rien d'autre qu'un habit neuf, avec ses caractéristiques spécifiques de couleur, forme et qualités, bien que l'homme réel qui le porte soit le coupable de jadis. C'est l'individualité qui souffre par l'intermédiaire de sa « personnalité » . C'est cela, et cela seulement qui peut expliquer la terrible injustice qu'on remarque dans la distribution du destin qui échoit aux hommes, encore que cette injustice soit seulement apparente. Lorsque vos philosophes modernes auront réussi à nous montrer une bonne raison nous expliquant pourquoi tant d'hommes bons, et apparemment innocents, ne voient le jour que pour souffrir toute leur vie, pourquoi tant de malheureux naissent dans la pauvreté pour finir par mourir de faim dans les quartiers sordides des grandes cités, abandonnés également par le destin et par les hommes, pourquoi les uns viennent au monde dans des taudis, tandis que les autres ouvrent les yeux à la lumière dans des palais, pourquoi une naissance noble et une grande fortune semblent souvent données aux pires des hommes, et rarement à ceux qui en sont dignes, pourquoi il y a des mendiants dont le Soi intérieur est l'égal de celui des plus élevés et des plus nobles de tous les hommes, lorsque vos philosophes et vos théologiens pourront expliquer toutes ces choses, et bien d'autres encore, alors seulement, mais pas avant, vous aurez le droit de rejeter la théorie de la réincarnation. Les plus grands et les plus inspirés des poètes ont eu souvent comme une intuition de cette vérité des vérités. Shelley a cru en elle, et Shakespeare a dû y penser en écrivant ses vers sur l'insignifiance de la naissance. Rappelez-vous ses paroles :

« Pourquoi ma naissance retiendrait-elle mon esprit qui s'exalte ?
La moindre créature n'est-elle pas soumise au temps ?
II est, de par le monde) des légions de mendiants,
Qui par leurs origines, sont descendants de rois)
[ PAGE_158 ]
Et l'on voit, aujourd'hui, maint monarque dont le père
Fut la canaille de son temps... »

Remplacez le mot « père » par « Ego », et vous aurez la vérité.

Notes sur Chapitre 8

  • (1) « Ode : Intimations of lmmortality from Recollections of Early Childhood » (N.d.T.).

  • (2) « Conférences sur la philosophie platonicienne » (N.d.T.).

  • (3) « L'imagination (phantasia) », dit Olympiodore (in Platonis Phaed.), « est un obstacle à nos conceptions intellectuelles ; et en conséquence, lorsque nous sommes agités par l'influence inspiratrice de la Divinité, si cette imagination intervient, l'énergie de l'enthousiasme cesse : car l'enthousiasme et l'extase se contrarient. Si l'on nous demande si l'âme peut agir sans cette faculté, nous répondrons que le fait qu'elle perçoive des idées universelles le prouve. Elle a donc des perceptions indépendantes de l'imagination ; en même temps, cependant, cette dernière l'accompagne dans ses mouvements, comme la tempête poursuit celui qui navigue sur la mer » .
    [Le mot grec φαντασια (phantasia) a le sens d'apparition (éventuellement de choses extraordinaires, qui font illusion), d'image qui se forme à l'esprit par le pouvoir de l'i magination. Il désigne aussi la faculté mentale créatrice d'images — l'imagination. (On notera que ces images peuvent être la représentation de perceptions directes ou de souvenirs réactivés — voire d'apparences illusoires). Le mot φαντασμα (phantasma) dérive de la même racine. (N.d.T.).]

  • (4) À savoir : le corps, la vie, les instincts passionnels et animaux, ainsi que l'eidôlon astral de chaque homme (qu'il soit perçu par la pensée ou par l'œil de notre mental, ou qu'il ait une apparence objective, distincte du corps physique) ; ces principes sont ainsi désignés : sthûla sharîra, prâna, kâmarûpa et linga sharîra (voir plus haut).

  • (5) D'après l'enseignement bouddhique, il y a cinq skandha ou attributs : « rûpa (forme ou corps), les qualités matérielles ; vedanâ, la sensation ; sanna, les idées abstraites ; samkhâra, les tendances du mental ; vinnâna, les pouvoirs mentaux. C'est de ces skandha que nous sommes formés ; c'est par eux que nous avons conscience de l'existence ; c'est par leur moyen que nous communiquons avec le monde qui nous entoure » .

  • (6) H. S. Olcott, Président et Fondateur de la Société Théosophique. L'exactitude de l'enseignement est confirmée par le Rév. H. Sumangala, Grand Prêtre de Sripada et Galle, et Directeur du Collège Widyodaya Parivena de Colombo, qui le reconnut conforme au Canon de l'Église bouddhique du Sud.

  • (7) Mot pâli signifiant absorption. Il rappelle le mot sanskrit dhyâna. (N.d.T.)

  • (8) Le Soi Spirituel par opposition au Soi personnel. L'étudiant ne doit pas confondre cet Ego Spirituel avec le « SOI SUPÉRIEUR » Âtma, le Dieu qui est au-dedans de nous et inséparable de l'Esprit Universel.

  • (9) E.D. Walker, Reincarnation A Story of Forgotten Truth ( « La Réincarnation, une histoire de Vérité oubliée » ), Boston , New York, 1888. (N.d.T.)

  • (10) En anglais : « a state of in potentia » , un état d'existence en puissance (N.d.T.).

  • (11) Même dans son Catéchisme bouddhique, le Col. Olcott se trouva obligé, de par la logique de la Philosophie ésotérique, de corriger les erreurs d'orientalistes qui avaient écrit avant lui sur le sujet et n'avaient pas fait cette distinction ; il en donna la raison au lecteur en ces termes :

    « Les apparitions successives sur terre ou les descentes au plan de la génération des skandha d'un être donné — les éléments de cet être qui sont maintenus en cohésion par tanhâ (la soif de vie) — constituent la succession des personnalités. À chaque naissance, la PERSONNALITÉ diffère de celle de l'incarnation précédente, ou de la suivante : karma, le DEUS EX MACHINA [Voir note p.41 (N.d.T.)]., se déguise (ou, dirons-nous, se reflète) tantôt dans la personne d'un sage, tantôt dans celle d'un artisan, et ainsi de suite dans toute la succession des renaissances. Mais, bien que les personnalités changent sans cesse, la ligne de vie unique sur laquelle elles s'enfilent comme des perles se poursuit sans arrêt ; c'est toujours cette ligne particulière, jamais une autre. Elle est donc individuelle : c'est une ondulation vitale particulière qui commença en nirvâna, le côté subjectif de la nature (comme la vibration de lumière ou de chaleur qui traverse l'aether a commencé à sa source dynamique) et cette ondulation se développe du côté objectif de la nature sous l'impulsion de karma et la conduite créatrice de tanha (le désir inassouvi de l'existence) pour revenir au nirvâna après des changements qui se poursuivent à travers de nombreux cycles. M. Rhys Davids appelle ce qui passe d'une personnalité à une autre, le long de la chaîne individuelle, le « caractère » ou la « ligne d'action » . Cependant, comme le « caractère » n'est pas une simple abstraction métaphysique mais la somme des qualités mentales et des tendances morales, ne verrions-nous pas s'éclairer ce que M. Rhys Davids appelle « l'expédient désespéré d'un mystère » (Buddhism, p. 101) si nous considérions l'ondulation vitale comme l'individualité et chacune de ses manifestations ici-bas comme une personnalité séparée ? L'individu parfait — en parlant du point de vue bouddhique — est un Bouddha, dirais-je ; car le Bouddha n'est que la fleur rare de l'humanité, sans le moindre élément surnaturel surajouté. Et comme il faut d'innombrables générations ( « quatre asankheyya et cent mille cycles » selon Fausböll et Rhys Davids, dans Buddhist Birth Stories, p. 13) pour qu'un homme se développe en un Bouddha, et comme la volonté de fer d'en devenir un se maintient dans toutes les naissances successives, comment appellerons-nous ce qui ainsi veut et persévère ? Le caractère ? Disons plutôt : l'individualité, une individualité qui ne se manifeste que partiellement à chaque naissance, mais qui est constituée par des fragments provenant de toutes ses naissances ? » (Bud. Cat., Appendix A. 137).

  • (12) MAHAT, ou le « Mental Universel » est la source de Manas. Celui-ci est Mahat (c'est-à-dire le mental) dans l'homme. Manas est aussi appelé kshetrajña, « l'Esprit incarné » , parce que, d'après notre philosophie, ce sont les Mânasaputra, les « Fils du Mental Universel » , qui créèrent (ou plutôt produisirent) l'homme pensant, « manu », en s'incarnant dans l'humanité de la troisième Race dans notre Ronde. C'est donc Manas qui est le véritable Ego Spirituel permanent qui se réincarne, l'INDIVIDUALITÉ ; tandis que nos personnalités diverses et innombrables ne sont que ses masques extérieurs.

  • (13) C'est sur cette transgression que l'on a érigé ce dogme aussi cruel qu'illogique des Anges Déchus. Ceci est expliqué dans le second volume de l'édition anglaise originale de la Doctrine Secrète. Tous nos « Ego » sont des entités pensantes et rationnelles (Mânasaputra) qui avaient vécu, soit sous la forme humaine soit sous d'autres formes, dans le précédent cycle de vie (manvantara) et dont le karma fut de s'incarner dans l'homme du cycle de vie actuel. On enseignait dans les MYSTÈRES qu'ayant différé le moment de se soumettre à cette loi (ou ayant « refusé de créer » , comme le disent à la fois l'hindouisme à propos des kumâra et la légende chrétienne à propos de l'Archange Michel) — c'est-à-dire, ayant manqué de s'incarner en temps voulu — les corps qui leur avaient été prédestinés furent souillés. (Voir Stances 8 et 9 dans les « Sloka de Dzyan », Secret Doctrine, Vol.2,, pages 19 et 20). D'où le péché originel des formes sans intelligence et la punition des Ego. La légende des anges rebelles précipités dans l'Enfer signifie simplement que ces purs Esprits ou Ego furent emprisonnés dans des corps de matière impure, c'est-à-dire de chair.

  • (14) Macbeth, Acte 5, scène 5, (N.d.T.).

  • (15) « En vérité, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère avec elle dans son coeur. » (Matthieu, 5. 28).

  • (16) H.P.B. emploie le pronom neutre it (rendu ici par il, ou lui) suggérant que l'Ego qui se réincarne n'est ni masculin ni féminin. (N.d.T.).

haut de page

© 2009 - 2017 theosophie.fr - mentions légales - webmaster - Valid XHTML 1.0 Strict Valid CSS