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"La Clef de Théosophie", Chapitre 3, L'Organisation de la S.T. (Note 1)

Sommaire :

 

Les buts de la Société. (↑ sommaire)

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QUESTION — Quels sont les buts de la « Société Théosophique » ?

LE THÉOSOPHE — Ils sont, et ont été dès le commencement, au nombre de trois : 1° former le noyau d'une Fraternité Universelle de l'Humanité, sans distinction de race, de couleur, ou de croyance ; 2° encourager l'étude des Écritures aryennes et autres Écritures, des religions et des sciences du monde, et prouver l'importance de l'ancienne littérature asiatique, notamment celle des philosophies brahmanique, bouddhique et zoroastrienne ; 3° étudier sous tous les aspects possibles les mystères cachés de la Nature, et spécialement les pouvoirs psychiques et spirituels latents dans l'homme. Voilà, exposés dans les grandes lignes, les trois buts principaux de la Société Théosophique.

QUESTION — Pouvez-vous me donner des renseignements plus détaillés à leur sujet ?

LE THÉOSOPHE — Nous pouvons diviser ces trois buts en autant de clauses explicatives qu'il peut paraître nécessaire.

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QUESTION — Commençons donc par le premier. Quel moyen emploieriez-vous pour éveiller le sentiment de fraternité entre des races qui, comme on le sait, diffèrent tellement entre elles par les religions, les coutumes, les croyances et les façons de penser ?

LE THÉOSOPHE — Permettez-moi d'ajouter ce que vous paraissez ne pas vouloir exprimer. On sait, bien sûr, que, si on met à part deux vestiges de races — les Parsis et les Juifs — non seulement les nations sont opposées les unes aux autres, mais chacune est en proie, en outre, à des divisions intérieures. Tel est le cas surtout des nations chrétiennes, soi-disant civilisées. Voilà pourquoi vous êtes étonné, et pourquoi notre premier but vous apparaît comme une utopie, n'est-ce pas ?

QUESTION — Eh bien, oui ! Mais qu'avez-vous à objecter à cela ?

LE THÉOSOPHE —Je ne nie pas le fait, mais j'aurais beaucoup à dire sur la nécessité de supprimer les causes qui font, à présent, de la Fraternité Universelle une utopie.

QUESTION — Quelles sont ces causes, selon vous ?

LE THÉOSOPHE — D'abord et surtout l'égoïsme foncier de la nature humaine. Au lieu d'être extirpé, cet égoïsme se trouve journellement fortifié et stimulé pour donner lieu à un sentiment féroce et irrésistible, par l'effet de l'éducation religieuse actuelle, qui tend non seulement à l'encourager mais manifestement à le justifier. Les notions qu'ont les gens du bien et du mal ont été entièrement faussées par l'acceptation littérale de la Bible hébraïque. Toute l'abnégation contenue dans les enseignements altruistes de Jésus est devenue tout simplement un sujet théorique se prêtant aux envolées oratoires du haut de la chaire ; au contraire, les préceptes d'égoïsme pratique enseignés dans la Bible mosaïque, et contre lesquels le Christ a si vainement prêché, se sont enracinés dans le tréfonds de la vie des nations occidentales. « Œil pour œil, dent pour dent » est devenu la première maxime de votre code légal. Or, je dis ouvertement et sans crainte que seule la Théosophie peut éliminer la perversité de cette doctrine, et de tant d'autres.

L'Origine commune des hommes. Nos autres Buts. (↑ sommaire)

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QUESTION — Comment cela ?

LE THÉOSOPHE — Tout simplement en démontrant les points suivants, par des arguments logiques, philosophiques, métaphysiques et même scientifiques : a) tous les hommes ont spirituellement et physiquement, la même origine, ce qui est l'enseignement fondamental de la Théosophie ; b) puisque l'humanité est essentiellement d'une seule et même essence, et que cette essence est une — infinie, incréée et éternelle, que nous l'appelions Dieu ou la Nature — il s'ensuit que rien ne peut influencer une nation ou un homme, sans influencer en même temps toutes les autres nations et tous les autres hommes. Cela est aussi certain et aussi évident que l'effet d'une pierre jetée dans un étang : la perturbation créée finit nécessairement par mettre en mouvement chacune des gouttes d'eau qui s'y trouvent.

QUESTION — Tel n'est pas l'enseignement du Christ : c'est plutôt une notion panthéiste.

LE THÉOSOPHE — C'est là qu'est votre erreur. Cette idée est purement chrétienne, bien que non judaïque. Et c'est peut-être pourquoi vos nations qui suivent la Bible préfèrent l'ignorer.

QUESTION — Pareille accusation est injuste et beaucoup trop catégorique. Sur quelles preuves appuyez-vous une telle assertion ?

LE THÉOSOPHE — Mes preuves sont là, à portée de la main. On fait dire au Christ : « Aimez-vous les uns les autres » , et « Aimez vos ennemis [...] car si vous aimez [uniquement] ceux qui vous aiment, quel salaire [ou mérite] aurez-vous ? Les publicains (2) eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne
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saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les publicains ne le font-ils pas aussi ? » (3) Ce sont les paroles mêmes du Christ. Mais il est dit dans la Genèse (9, 25) : « Maudit soit Chanaan ! Qu'il soit pour ses frères l'esclave des esclaves !  ». Voilà pourquoi les gens qui sont chrétiens mais qui en réalité suivent la Bible préfèrent la loi de Moïse à la loi d'amour du Christ. Ils fondent sur l'Ancien Testament, qui complaisamment se prête à toutes leurs passions, leurs lois de conquête, d'annexion et de tyrannie envers les races qu'ils qualifient d'inférieures. Quels crimes n'a-t-on pas commis sur la foi de ce passage infernal de la Genèse (s'il est pris dans le sens de la lettre morte) ! Seule, l'histoire peut nous en donner une idée, bien qu'elle reste insuffisante (4).

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QUESTION — Je vous ai entendu dire que l'identité de notre origine physique est prouvée par la science, et celle de notre origine spirituelle par la Religion-Sagesse. Cependant les darwinistes ne font pas montre d'une grande affection fraternelle.

LE THÉOSOPHE — C'est parfaitement vrai. C'est justement ce qui montre l'insuffisance des systèmes matérialistes et qui prouve que c'est nous, théosophes, qui avons raison. Savoir que nous avons une même origine physique ne stimule pas en nous des sentiments plus élevés et plus profonds. La matière, privée de son âme et de son esprit, c'est-à-dire de son essence divine, ne peut parler au coeur humain. Mais l'identité de l'âme et de l'esprit, de l'homme réel et immortel, ainsi que la Théosophie nous l'enseigne, une fois démontrée et bien enracinée dans notre cœur, devrait nous conduire loin sur le chemin de la vraie charité et de la bienveillance fraternelle.

QUESTION — Mais comment la Théosophie explique-t-elle l'origine commune de l'humanité ?

LE THÉOSOPHE — En enseignant que la racine de toute la Nature, objective et subjective, et de tout ce qui peut exister d'autre dans l'univers, visible et invisible, est, a été, et sera toujours une essence unique absolue, d'où tout émane et au sein de laquelle tout retourne. Telle est la philosophie aryenne, qui n'est complètement représentée que dans les systèmes védantique et bouddhique. Avec cet objet en vue, c'est le devoir de tous les théosophes de contribuer par tous les moyens pratiques, et dans tous les pays, à répandre une éducation non sectaire.

QUESTION — Mais, en dehors de cela, qu'est-ce que les statuts écrits de votre société conseillent à vos membres de faire ?

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THÉOSOPHE — Dans le but d'éveiller le sentiment de fraternité parmi les nations, prêter notre concours à l'échange international des arts et produits utiles, en fournissant conseils et informations, et en coopérant avec tous les individus et associations dignes d'intérêt (à condition toutefois, ajoutent les statuts, « qu'aucun bénéfice ou pourcentage ne soit prélevé par la Société ou les " membres " pour leurs services dans le cadre de la S.T. »  Par exemple, pour prendre une illustration pratique, l'organisation de la société, telle qu'elle est décrite par Edward Bellamy dans son ouvrage magnifique Cent Ans après ou l'An 2000 (5), représente admirablement l'idée théosophique de ce que devrait être le premier grand pas vers la pleine réalisation de la fraternité universelle. L'état des choses qu'il décrit n'atteint pas la perfection, car l'égoïsme existe toujours et continue d'agir dans le cœur des hommes. Mais, dans l'ensemble, l'égoïsme et l'individualisme ont été surmontés par le sentiment de solidarité et de mutuelle fraternité, et le mode de vie qu'il nous présente réduit au minimum les causes tendant à créer et à entretenir l'égoïsme.

QUESTION — En ce cas, en tant que théosophes, vous prendrez part à un effort en vue de réaliser un tel idéal ?

LE THÉOSOPHE — Certainement, et nous l'avons prouvé par l'action. N'avez-vous pas entendu parler des clubs « nationalistes » , ainsi que du parti « nationaliste » (6), qui ont été créés
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en Amérique depuis la publication du livre de Bellamy ? Ils sont en train de s'affirmer d'une façon évidente, et le feront de plus en plus dans l'avenir. Eh bien ! ces clubs et ce parti ont été lancés au tout début par des théosophes. Un des premiers, le club nationaliste de Boston, a pour Président et Secrétaire des théosophes, et la majorité de ses membres exécutifs appartiennent à la S.T. La constitution de ces clubs et du parti qu'ils forment montrent clairement l'influence de la Théosophie et de la Société, car ils ont pris pour base, et pour premier principe fondamental, la fraternité de l'humanité telle que l'enseigne la Théosophie. Il est dit dans leur déclaration de principes :  « Le principe de la fraternité de l'humanité est l'une des vérités éternelles qui gouvernent le progrès du monde selon des voies qui distinguent la nature humaine de la brute » . Qu'y-a-t-il de plus théosophique que cela ? Mais ce n'est pas suffisant. Il importe aussi de faire pénétrer parmi les hommes l'idée que, si la racine de l'humanité est une, il doit exister également une seule vérité qui trouve son expression dans toutes les différentes religions — excepté dans la religion juive, car vous ne la trouvez pas exprimée même dans la cabale.

QUESTION — Ceci fait référence à l'origine commune des religions ; il se peut que vous ayez raison sur ce point. Mais comment cela s'applique-t-il à la fraternité pratiquée sur le plan physique ?

D'abord, parce que ce qui est vrai sur le plan métaphysique doit l'être aussi sur le plan physique. Ensuite, parce qu'il n'y a pas de source plus fertile de haines et de luttes que les différends religieux. Lorsqu'un groupe ou un autre se croit seul possesseur de la vérité absolue, il est tout naturel qu'il considère en même temps les autres comme étant complètement sous l'empire de l'Erreur ou du Diable. Faites comprendre une bonne fois aux hommes qu'aucun d'eux ne possède toute la vérité mais que leurs points de vue se complètent mutuellement, et que l'on ne peut trouver l'entière vérité que dans la combinaison de tous ces points de vue, après en avoir éliminé ce que chacun d'eux avait de faux, alors, la véritable fraternité en matière de religion sera établie. Le même raisonnement s'applique au monde physique.

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QUESTION — Poursuivez votre explication, je vous en prie.

LE THÉOSOPHE — Prenons un exemple : une plante se compose d'une racine, d'une tige et de nombreuses pousses et feuilles. De même que l'humanité, prise dans son ensemble, constitue la tige qui sort de la racine spirituelle, de même la tige peut être considérée comme constituant l'unité de la plante. Infligez une blessure à la tige, et il est évident que toutes les pousses et toutes les feuilles en souffriront. Il en est de même avec l'humanité.

QUESTION — Oui, mais si vous blessez une feuille ou une pousse, vous n'infligez pas une blessure à toute la plante.

LE THÉOSOPHE — Et, par conséquent, vous croyez qu'en portant atteinte à un seul homme vous ne nuisez pas à toute l'humanité ? Mais comment pouvez-vous le savoir ? Ignorez-vous que la science matérialiste elle-même enseigne que le moindre dommage causé à une plante peut influencer le cours entier de sa croissance et de son développement futurs ? L'analogie est donc parfaite, et c'est vous qui êtes dans l'erreur. Si, cependant, vous oubliez que le corps entier peut souvent souffrir d'une coupure à un doigt, et que cette blessure peut réagir sur tout le système nerveux, à plus forte raison devrais-je vous rappeler qu'il peut fort bien exister d'autres lois spirituelles qui agissent sur les plantes et sur les animaux comme sur l'humanité, même si vous en niez peut-être l'existence, du fait que vous ne reconnaissez pas leur action sur les plantes et sur les animaux.

QUESTION — De quelles lois parlez-vous ?

LE THÉOSOPHE — Nous les appelons les lois karmiques. Mais vous ne comprendrez pas la pleine signification de ce terme à moins d'étudier l'Occultisme. Cependant, mon argument s'appuie en fait sur l'analogie avec la plante et non sur l'hypothèse de l'existence de ces lois. Développez cette idée, appliquez-la universellement, et vous verrez bientôt que, dans la véritable philosophie, toute action physique entraîne nécessairement
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un effet moral et perpétuel. Si vous nuisez à un homme en lui faisant un mal physique, vous penserez peut-être que son mal et sa douleur ne pourront en aucune manière s'étendre à ses voisins, et encore moins aux hommes des autres nations. Nous affirmons, au contraire, qu'ils le feront en temps voulu. Voilà pourquoi nous disons que les sentiments fraternels prêchés par tous les grands réformateurs, et en particulier par le Bouddha et par Jésus, ne seront possibles sur terre que lorsque tous les hommes seront amenés à comprendre et à admettre, comme une vérité axiomatique, qu'on ne peut nuire à un seul homme sans nuire en même temps, non seulement à soi-même, mais, en définitive, à l'humanité entière.

Nos autres Buts

QUESTION — Pourriez-vous m'expliquer maintenant par quelles méthodes vous vous proposez de réaliser votre second but ?

LE THÉOSOPHE — En rassemblant pour la bibliothèque de notre quartier général d'Adyar-Madras (les membres des Branches faisant d'ailleurs de même pour leurs bibliothèques locales) tous les bons ouvrages que nous pouvons trouver sur les religions du monde ; en mettant sous forme écrite des informations correctes concernant les diverses philosophies, traditions et légendes du passé, et en les diffusant largement par tous les moyens utilisables, par exemple en traduisant et publiant des ouvrages originaux de valeur, ainsi que des extraits de ces ouvrages et des commentaires à leur sujet, ou encore en organisant des cours ou conférences avec des personnes instruites dans leurs domaines respectifs.

QUESTION —Et en ce qui concerne le troisième but : développer dans l'homme ses pouvoirs spirituels ou psychiques latents ?

LE THÉOSOPHE — Ceci doit se faire aussi au moyen de publications dans les lieux où il n'est pas possible de donner des conférences ou des enseignements directs à des personnes. Notre
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devoir est de maintenir vivantes chez l'homme ses intuitions spirituelles ; de nous opposer à la bigoterie et d'annuler ses effets, après l'avoir analysée judicieusement et avoir fourni les preuves de son caractère irrationnel, quelle que soit la forme de cette bigoterie, religieuse, scientifique ou sociale, et surtout de combattre la fausse piété, que ce soit sous la forme du sectarisme religieux ou de la croyance aux miracles, ou à quoi que ce soit de surnaturel. Ce qui nous incombe, c'est de chercher à obtenir la connaissance de toutes les lois de la Nature et de la répandre ; d'encourager l'étude de ces lois qui sont si mal comprises par l'humanité moderne — ce qu'on appelle les sciences occultes, qui sont en réalité basées sur la vraie connaissance de la Nature, et non, comme elles le sont actuellement, sur des croyances superstitieuses fondées sur la foi aveugle et une autorité irrationnelle. Les légendes et traditions populaires, quelque fantastiques qu'elles soient dans certains cas, conduisent, si on les analyse soigneusement, à la découverte d'importants secrets de la Nature perdus depuis longtemps. Ainsi la Société vise à poursuivre cette ligne de recherches, dans l'espoir d'élargir le champ de l'observation scientifique et philosophique.

Du caractère sacré du Serment (↑ sommaire)

QUESTION — Avez-vous un système particulier d'éthique appliqué dans la Société ?

LE THÉOSOPHE — Les principes de l'éthique sont là, clairement définis et à la portée de quiconque veut les suivre. Ils constituent la crème et l'essence de l'éthique universelle, recueillies dans les enseignements de tous les grands réformateurs du monde entier. Vous y trouverez donc représentés Confucius et Zoroastre, Lao-Tseu et la Bhagavad Gîtâ, les préceptes de Gautama le Bouddha et de Jésus de Nazareth, ceux d'Hillel et de ses disciples, ainsi que ceux de Pythagore, de Socrate, de Platon et de leurs écoles.

QUESTION — Mais les membres de votre Société suivent-ils ces
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préceptes ? J'ai entendu dire qu'il y avait entre eux de graves dissensions et des querelles.

LE THÉOSOPHE — C'est tout à fait normal car, bien qu'on puisse dire que la réforme (dans sa présentation actuelle) soit nouvelle, les hommes et les femmes qu'il s'agirait de réformer possèdent la même nature humaine pécheresse qu'autrefois. Comme nous l'avons dit, les membres actifs sérieux sont peu nombreux ; par contre, nombreuses sont les personnes sincères et bien disposées qui font de leur mieux pour vivre conformément à leur propre idéal et à celui de la Société. Il est de notre devoir d'aider et d'encourager chaque membre à se perfectionner lui-même, intellectuellement, moralement et spirituellement ; mais nous ne devons ni blâmer ni condamner ceux d'entre eux qui échouent dans cette entreprise. Nous n'avons, strictement parlant, aucun droit de refuser l'admission de qui que ce soit, surtout dans la Section Ésotérique de la Société dans laquelle « celui qui entre est comme né de nouveau » . Mais si un membre, en dépit de ses serments solennels sur sa parole d'honneur, et au nom de son Soi immortel, choisit après cette « nouvelle naissance » — avec l'homme nouveau — de continuer d'entretenir les vices et les défauts de son ancien mode de vie et de s'y complaire encore au sein de la Société, alors, bien sûr, on lui demandera très probablement de donner sa démission et de se retirer ; et s'il refuse, il s'exposera à l'expulsion. Nous avons, pour les cas extrêmes de ce genre, les règles les plus strictes.

QUESTION — Pouvez-vous mentionner certaines d'entre elles ?

LE THÉOSOPHE — Assurément. En premier lieu, aucun membre de la Société, exotérique ou ésotérique, n'a le droit d'imposer ses opinions personnelles à un autre membre. « II n'est pas licite, pour tout représentant officiel de la Société Mère, d'exprimer publiquement, en parole ou en acte, une hostilité ou une préférence marquée pour une section (7) quelconque, religieuse
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ou philosophique. Tous les hommes ont un droit égal à voir les caractéristiques essentielles de leur croyance religieuse exposées devant le tribunal d'un monde impartial, et aucun représentant officiel de la Société, dans l'exercice de ses fonctions, n'a le droit de prêcher ses propres idées et croyances sectaires à une assemblée de membres, sauf si l'auditoire est formé de coreligionnaires. Après un avertissement en bonne forme, la violation de cette règle est punissable de suspension ou d'expulsion » . C'est là une des fautes envers la Société considérée dans son ensemble. En ce qui concerne la section intérieure, qu'on appelle maintenant la section Ésotérique, voici les règles qui avaient été formulées et adoptées dès 1880 : « Nul membre ne devra faire égoïstement usage d'aucune des connaissances que lui aura communiquées un membre de la première section (actuellement un « degré » supérieur) ; toute infraction à cette règle sera punie d'expulsion » . Toutefois, avant qu'aucune connaissance de ce genre puisse être communiquée, celui qui désire la recevoir doit s'engager solennellement à ne pas en faire usage à des fins égoïstes et à n'en rien révéler sans autorisation.

QUESTION — Mais si quelqu'un est expulsé, ou s'il démissionne de la Section Ésotérique, est-il libre de révéler ce qu'il a pu apprendre, ou d'enfreindre l'une quelconque des clauses du serment par lequel il s'était lié ?

LE THÉOSOPHE — Certainement pas. Son expulsion ou sa démission ne le délie que de son obligation d'obéissance à l'instructeur, et de son devoir de prendre une part active aux travaux de la Société, mais certainement pas de son serment sacré de préserver le secret.

QUESTION — Mais est-ce raisonnable et juste ?

LE THÉOSOPHE — Très certainement. Pour tout homme ou toute femme qui possède le moindre sentiment de l'honneur, un serment de secret prêté en engageant sa parole d'honneur et, à plus forte raison, en invoquant son Soi Supérieur — le Dieu intérieur — doit lier jusqu'à la mort. Et, même après avoir quitté la Section
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et la Société, aucun homme, aucune femme d'honneur ne saurait s'aviser de se retourner contre un organisme envers lequel il, ou elle, s'était engagé par serment, pour l'attaquer ou lui nuire.

QUESTION — Mais n'est-ce pas trop exiger ?

LE THÉOSOPHE — Peut-être, au gré du jugement moral actuel qui est de bas niveau. Mais à quoi sert un serment s'il ne nous lie même pas à cela ? Comment peut-on s'attendre à recevoir des connaissances secrètes si l'on peut, à sa guise, s'affranchir de tous les engagements qu'on a contractés ? Quelle sécurité, quelle confiance, quel crédit existeraient entre les hommes si des serments de ce genre pouvaient n'avoir réellement aucune force de contrainte ? Croyez-moi, la loi de rétribution (karma) ne tarderait pas à rattraper quiconque briserait ainsi son serment, et peut-être aussi promptement que le ferait le mépris de tout homme d'honneur, même sur ce plan physique. Comme l'exprime très bien la revue The Path, de New-York, que nous avons déjà citée à ce sujet : « Un serment une fois prêté engage un homme à jamais, dans le monde moral aussi bien que dans les mondes occultes. Si nous le violons une fois et si nous en sommes punis, nous ne sommes pas justifiés pour autant à le violer de nouveau ; aussi longtemps que nous le ferons, le puissant balancier de la Loi (de karma) réagira sur nous » . [The Path, Vol. 4, juillet 1889, pp. 98-9].

Notes sur Chapitre 3

  • (1) Voir (  " Appendice  1 " ) les règles officielles de la S.T. N.B. « S.T.  » est, rappelons-le, une abréviation pour « Société Théosophique » .

  • (2) Les publicains étaient considérés, en ce temps-là, comme des voleurs et des filous. Chez les juifs, le nom et la profession de publicain étaient ce qu'il y avait de plus détestable au monde. On ne leur permettait pas d'entrer au Temple, et Matthieu (18, 17) parle d'un païen et d'un publicain comme de personnes similaires. Pourtant, les publicains n'étaient que les percepteurs des impôts romains, à la même enseigne que les fonctionnaires anglais en Inde, et dans d'autres pays conquis.

  • (3) Matthieu (5, 44-47) (N.d.T.).

  • (4) À la fin du Moyen Âge, l'esclavage, cédant au pouvoir des forces morales, avait presque entièrement disparu de l'Europe ; mais deux événements très importants eurent lieu qui l'emportèrent sur ces forces morales à l'œuvre dans la société européenne, et déchaînèrent sur la terre une foule de calamités comme n'en avait peut-être jamais connu l'humanité. L'un de ces événements fut le premier voyage d'un navire vers une côte peuplée et barbare où le trafic des êtres humains était chose coutumière. L'autre fut la découverte d'un nouveau monde, où se trouvaient des mines d'une richesse fabuleuse, qui n'attendaient que la main-d'œuvre pour être exploitées. Durant quatre cents ans, des hommes, des femmes et des enfants furent arrachés à tous ceux qu'ils connaissaient et aimaient, et furent vendus sur la côte d'Afrique à des négociants étrangers ; pendant l'épouvantable traversée de l'Océan [middle passage], ils étaient enchaînés à fond de cale, les morts étant souvent attachés aux vivants. Selon Bancroft, historien impartial, sur 3.250.000 de ces malheureux 250.000 furent, pendant cette fatale traversée, jetés à la mer tandis que les survivants devaient être livrés à une misère inouïe dans les mines, ou sous le fouet des planteurs, dans les champs de canne à sucre et dans les rizières. La responsabilité de ce grand crime pèse sur l'Église chrétienne. Le Gouvernement espagnol (catholique romain) conclut, « au nom de la très Sainte Trinité » , plus de dix traités autorisant la vente de 500.000 êtres humains. En 1562, sur un vaisseau qui portait le nom sacré de Jésus, Sir John Hawkins entreprit un voyage diabolique pour aller acheter des esclaves en Afrique afin de les revendre aux Antilles ; et Elisabeth, la reine protestante, le récompensa pour le succès de cette expédition, la première accomplie par les Anglais dans ce commerce inhumain, en l'autorisant à mettre sur ses armoiries « un demi-Maure, de sa couleur naturelle attaché par une corde, ou, en d'autres termes, un esclave noir enchaîné » . Conquests of the Cross [Conquêtes de la Croix] (citation tirée de l'Agnostic Journal).

  • (5) Edward Bellamy, Looking Backward, 2000-1887. États-Unis 1887. Nouvelle édition, New York : Random House, Inc., 1951. Édition française, trad. Paul Rey, Paris : E. Dentu éditeur 1891. Réédition, Paris : Elie Pizzoli, 1978. (N.d.T.).

  • (6) H.P.B. se réfère au Nationalisme, mouvement né aux États-Unis avec Edward Bellamy après la parution de Cent Ans après. Largement inspiré par l'idéal de la fraternité entre les hommes et de l'égalité économique et sociale, il préconisait la nationalisation de certaines institutions, d'où le mot Nationalisme — qui pourrait prêter à confusion. Les « clubs nationalistes » furent d'abord soutenus par les théosophes américains mais perdirent l'appui de ces derniers (en 1890) lorsqu'ils se furent impliqués dans le domaine politique. (N.d.T.).

  • (7) Une « branche » , ou loge, composée uniquement de coreligionnaires, ou branche in partibus, comme on dit maintenant pompeusement.

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