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"La Clef de Théosophie", Chapitre 13, Fausses conceptions sur la Société Théosophique

Sommaire :

 

La Théosophie et l'ascétisme (↑ sommaire)

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QUESTION — J'ai entendu dire que vos règles prescrivaient à tous vos membres de s'astreindre à un régime végétarien, au célibat et à un ascétisme strict, mais vous ne m'en avez encore rien dit. Pourriez-vous m'indiquer ce qu'il en est, une fois pour toutes.

LE THÉOSOPHE — La vérité c'est que nos règles n'exigent rien de tel. La Société Théosophique n'attend même pas (et à plus forte raison n'exige pas) que l'un ou l'autre de ses membres se livre à un ascétisme quelconque — à moins que vous n'appeliez ascétisme le fait de s'efforcer d'aider autrui et de ne pas être égoïste dans la vie.

QUESTION — Pourtant, beaucoup de vos membres sont de stricts végétariens et avouent franchement leur intention de rester célibataires. Et, très souvent, ces membres sont de ceux qui prennent une part importante au travail de votre Société.

LE THÉOSOPHE — II n'y a rien que de très naturel à cela. Bon nombre de ceux qui sont les plus dévoués appartiennent, comme je l'ai déjà dit, à la Section Intérieure de la Société.

QUESTION — Ah ! Ainsi vous exigez des pratiques ascétiques dans cette Section Intérieure ?

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LE THÉOSOPHE — Non. Même là, nous ne demandons ni n'imposons rien de tel. Mais je vois que je ferais mieux de vous expliquer nos vues au sujet de l'ascétisme en général, afin que vous puissiez mieux comprendre la question du végétarisme et d'autres de ce genre.

QUESTION — Je vous écoute.

LE THÉOSOPHE — Comme je viens de le dire, la majorité de ceux qui deviennent vraiment de sérieux étudiants de la Théosophie et des travailleurs actifs dans notre Société ne veulent pas se borner à une étude théorique des vérités enseignées. Ils désirent savoir la vérité par leur propre expérience personnelle et directe, et se mettre à l'étude de l'Occultisme, dans le but d'acquérir la sagesse et le pouvoir dont ils sentent qu'ils ont besoin pour aider leurs semblables d'une façon efficace et judicieuse, et non aveuglément et au hasard. C'est pourquoi, tôt ou tard, ils se joignent à la Section Intérieure.

QUESTION — Mais vous venez de dire que les « pratiques ascétiques » ne sont pas obligatoires, même dans la Section Intérieure.

LE THÉOSOPHE — Elles ne le sont pas non plus. Mais la première chose que ses membres apprennent est une conception vraie des rapports qui existent entre le corps, ou l'enveloppe physique, et l'homme intérieur et véritable. La relation et l'interaction mutuelles entre ces deux aspects de la nature humaine leur sont expliquées et démontrées, de sorte que les membres ne tardent pas à se pénétrer de la suprême importance de l'homme intérieur en comparaison avec le corps, ou l'enveloppe extérieure. On leur enseigne que tout ascétisme aveugle, pratiqué sans discernement, est simple folie ; que les pratiques de ce saint Labre, dont j'ai déjà parlé, ou celles des fakirs indiens et des ascètes de la jungle qui se font des entailles, se brûlent et se macèrent le corps de la manière la plus cruelle et la plus horrible, ne sont qu'une torture que ces gens s'imposent à des fins égoïstes — le développement du pouvoir de la volonté — mais qu'elles
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sont parfaitement inutiles pour favoriser le vrai développement spirituel ou théosophique.

QUESTION — Je comprends. Vous considérez que seul l'ascétisme moral est nécessaire. C'est un moyen pour atteindre un but, ce but étant l'équilibre parfait de la nature intérieure de l'homme et la complète maîtrise du corps, de toutes ses passions et de tous ses désirs.

LE THÉOSOPHE — C'est exactement cela. Mais il faut user de ces moyens avec intelligence et sagesse, non aveuglément et à la légère — comme le fait l'athlète qui s'entraîne et se prépare en vue d'une grande compétition, non comme l'avare qui se rend malade en se privant de nourriture afin de satisfaire sa passion de l'or.

QUESTION — Je crois saisir maintenant votre idée générale, mais comment s'applique-t-elle, en pratique, au végétarisme par exemple ?

LE THÉOSOPHE — Un grand savant allemand a démontré que tout tissu animal conserve, quel que soit le mode ou le temps de cuisson, certaines propriétés caractéristiques de l'animal auquel il appartenait — propriétés qui peuvent être retrouvées. Au reste, chacun reconnaît au goût la viande qu'il mange. Nous allons plus loin et prouvons que la chair des animaux assimilée par l'homme sous forme de nourriture lui communique, physiologiquement, certaines des caractéristiques de l'animal dont elle provient. De plus, la science occulte l'enseigne et le prouve à ses étudiants, par une démonstration oculaire ; elle montre que l'effet produit par la nourriture sur l'homme en le rendant plus « grossier » et plus « animal » est d'autant plus marqué qu'il s'agit de la chair de grands animaux ; il est moins sensible avec les oiseaux, moins encore avec les poissons et autres animaux à sang froid, et cet effet de la nourriture est le moins marqué quand l'homme ne mange que des produits végétaux.

QUESTION — On ferait mieux alors de ne rien manger ?

LE THÉOSOPHE — Certainement, s'il était possible de vivre
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sans manger. Mais puisqu'il faut manger pour vivre, nous ne pouvons que conseiller aux étudiants sérieux de se nourrir de ce qui leur charge et alourdit le moins le cerveau et le corps, de ce qui entrave et retarde le moins le développement de leur intuition, et de leurs facultés et pouvoirs intérieurs.

QUESTION — Ainsi, vous n'adoptez pas tous les arguments dont se servent d'ordinaire les végétariens ?

LE THÉOSOPHE — Assurément pas. Certains de leurs arguments ne valent pas grand-chose et reposent souvent sur des hypothèses entièrement erronées. Par contre, bien des choses qu'ils disent sont tout à fait justes. Par exemple, nous croyons que bien des maladies, et en particulier cette grande prédisposition à la maladie qui devient si marquée de nos jours, résultent, pour une large part, de la consommation que l'on fait de la viande, surtout de la viande en conserve. Mais discuter à fond de cette question du végétarisme et de ses mérites nous prendrait trop de temps ; passons donc à autre chose.

QUESTION — Permettez-moi encore une question. Que doivent faire les membres de la Section Intérieure en ce qui concerne leur nourriture quand ils tombent malades ?

LE THÉOSOPHE — Suivre le meilleur conseil pratique qu'ils peuvent obtenir, bien évidemment. N'est-il pas encore clair pour vous que nous n'imposons jamais d'obligations strictes sous ce rapport ? Pénétrez-vous une fois pour toutes du fait que, sur tous ces sujets, nous adoptons un point de vue rationnel, jamais fanatique. Si un homme, par suite de maladie, ou d'une longue habitude, ne peut pas se passer de viande, eh bien ! qu'il en mange sans scrupules. Ce n'est pas un crime, et cela ne fera que retarder un peu son progrès spirituel. Car, on aura beau dire, les actions et fonctions purement corporelles ont beaucoup moins d'importance que ce qu'un homme peut avoir comme pensées et éprouver comme sentiments, et ce qu'il encourage comme désirs dans son mental, et permet de s'y enraciner et croître.

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QUESTION — Quant à l'usage du vin et des spiritueux, je suppose que vous ne conseillez pas d'en boire ?

LE THÉOSOPHE — Ils sont pires que la viande pour entraver le développement moral et spirituel de l'homme, car l'alcool, sous toutes ses formes, a une influence directe, bien marquée et très nuisible, sur son état psychique. Le fait de boire du vin et de l'alcool n'est guère moins funeste pour le développement des pouvoirs intérieurs que l'usage habituel du hachisch, de l'opium et autres drogues similaires.

La Théosophie et le mariage (↑ sommaire)

QUESTION — Passons à un autre sujet. Un homme doit-il se marier, ou rester célibataire ?

LE THÉOSOPHE — Tout dépend de l'homme en question. Si c'est une personne qui a l'intention de vivre dans le monde, qui, tout en se conduisant comme un bon et sérieux théosophe, un travailleur plein d'ardeur pour notre cause, possède encore des liens et des aspirations le rattachant au monde, en un mot, s'il n'a pas le sentiment d'en avoir fini à jamais avec ce que les hommes appellent la vie, pour ne plus avoir qu'un seul et unique désir : connaître la vérité et être apte à aider les autres, je dis alors qu'il n'y a pas de raison pour qu'un tel homme ne se marie pas, s'il veut courir les risques de cette loterie où il y a tellement plus de perdants que de gagnants. Vous ne croyez certainement pas que nous sommes assez absurdes et fanatiques pour condamner absolument le mariage ? Au contraire, nous disons qu'à part quelques cas rares et exceptionnels d'Occultisme pratique, le mariage est le seul remède contre l'immoralité.

QUESTION — Mais pourquoi ne pourrait-on acquérir cette connaissance et ce pouvoir tout en vivant la vie conjugale ?

LE THÉOSOPHE — Mon cher Monsieur, je ne puis discuter en détail avec vous de questions physiologiques. Je peux toutefois
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vous faire une réponse évidente qui suffira, je n'en doute pas, à vous rendre compréhensibles les raisons morales que nous donnons pour cela. Un homme peut-il servir deux maîtres ? Non ! Eh bien ! il lui sera également impossible de partager son attention entre sa femme et l'étude de l'Occultisme. S'il s'y risque, il échouera à coup sûr à faire convenablement l'un et l'autre. Je voudrais aussi vous rappeler que l'Occultisme pratique est une étude bien trop sérieuse et trop dangereuse pour qu'un homme s'y adonne sans s'y consacrer de la façon la plus authentique, et sans être prêt à tout sacrifier — et lui-même avant toute chose — pour parvenir à ses fins. Mais ceci ne s'applique pas aux membres de notre Section Intérieure : je ne parle ici que de ceux qui sont résolus à suivre le sentier du disciple qui conduit au but suprême. La plupart de ceux qui sont admis dans notre Section Intérieure, sinon tous, ne sont que des débutants qui se préparent, dans leur existence actuelle, à entrer vraiment sur le sentier dans des vies futures.

La Théosophie et l'éducation (↑ sommaire)

QUESTION — Un de vos plus forts arguments pour démontrer l'insuffisance des formes existantes de la religion en Occident, comme aussi, jusqu'à un certain point, de la philosophie matérialiste (qui, pour être si populaire aujourd'hui, vous apparaît néanmoins comme l'abomination de la désolation) est la constatation indéniable que la pauvreté et la misère existent presque partout, et plus particulièrement dans nos grandes villes. Mais vous ne pouvez pas faire autrement que reconnaître combien on a déjà fait, et on continue de faire, pour y porter remède, en répandant l'instruction et en diffusant l'information et le savoir.

LE THÉOSOPHE — Les générations à venir ne vous seront guère reconnaissantes d'une telle « diffusion de l'information » et votre système actuel d'éducation n'est pas d'une bien grande utilité aux masses des pauvres affamés.

QUESTION — Ah ! mais, c'est qu'il nous faut du temps ! II y a
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quelques années à peine que nous avons commencé à instruire le peuple.

LE THÉOSOPHE — Mais, dites-moi, je vous prie, ce que votre religion chrétienne a fait dans ce but depuis le quinzième siècle, puisque vous avouez que l'on n'a entrepris l'instruction des masses qu'à présent ? Voilà pourtant la tâche par excellence que devraient accomplir une Église et un peuple chrétiens (c'est-à-dire ceux qui veulent suivre le Christ).

QUESTION — En effet, il se peut que vous soyez dans le vrai, mais à présent...

LE THÉOSOPHE — Eh bien ! Envisageons cette question de l'éducation d'un point de vue général : Je vous prouverai que nombre des améliorations que vous me vantez ne sont pas bonnes mais nuisibles. Les écoles pour enfants pauvres, même si elles sont bien moins utiles qu'elles devraient l'être) sont cependant bonnes en comparaison avec le milieu infect dans lequel la Société moderne condamne ces enfants à vivre. Il n'en est pas moins vrai que si on infusait un peu de Théosophie pratique dans ces pauvres masses souffrantes, on leur ferait cent fois plus de bien dans la vie qu'en leur faisant ingurgiter toute cette (inutile) information.

QUESTION — Mais en vérité...

LE THÉOSOPHE — Permettez-moi d'achever, je vous prie. Vous venez d'aborder un sujet auquel nous, théosophes, attachons beaucoup d'importance, et il faut que je dise toute ma pensée. Je conviens que c'est un grand bien pour un petit enfant élevé dans des quartiers sordides, qui n'a pour jouer que le ruisseau, qui est condamné à grandir dans un milieu où il n'entendra que des jurons et ne verra que des scènes écoeurantes, de se trouver tous les jours dans une salle d'école propre, bien éclairée, ornée de tableaux, et souvent égayée par des fleurs. Là, on lui enseigne la propreté, les manières douées et l'ordre ; il apprend à chanter et à jouer ; là, on lui donne des jouets qui servent à éveiller son intelligence, et il apprend à faire habilement
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usage de ses doigts ; on lui parle, non plus d'un air renfrogné, mais avec un sourire ; on le reprend avec douceur et on l'encourage gentiment au lieu de lui hurler des injures. Tout cela humanise les enfants, stimule leur cerveau et les rend sensibles aux influences intellectuelles et morales. Sans doute, les écoles ne sont pas tout ce qu'elles pourraient et devraient être. Mais comparées aux foyers de ces enfants, ce sont des paradis, et elles réagissent peu à peu sur la vie de famille. Mais, s'il est juste de reconnaître de tels avantages à la plupart des écoles publiques, par contre votre système d'éducation mérite tout le mal qu'on peut en dire.

QUESTION — Soit ; mais poursuivez, je vous prie.

LE THÉOSOPHE — Quel est le véritable objectif de l'éducation moderne ? Est-ce de cultiver et de développer le mental dans la bonne direction, d'enseigner aux déshérités et aux infortunés à supporter avec force d'âme le fardeau de la vie (que Karma leur attribue), de fortifier leur volonté, de leur inculquer l'amour du prochain et les sentiments de solidarité et de fraternité, et, de cette manière, de former et de préparer le caractère pour la vie pratique ? Pas le moins du monde. Et pourtant, un tel objectif est indiscutablement celui de toute éducation réelle. Personne ne dira le contraire. Tous vos grands éducateurs l'admettent et en parlent abondamment. Mais quels résultats pratiques se dégagent de leur action ? Interrogez les jeunes gens, les adolescents et même les instituteurs de la jeune génération, tous répondront à l'unanimité : « la préoccupation de l'éducation moderne est de passer des examens » . Elle n'a pas pour effet de susciter une juste émulation, mais d'engendrer la jalousie, l'envie, la haine — ou peu s'en faut — parmi les jeunes et de les entraîner ainsi à une vie d'égoïsme féroce, à la lutte en vue des honneurs et des émoluments, au lieu d'éveiller en eux des sentiments de bienveillance.

QUESTION — Je dois reconnaître qu'à cet égard vous avez raison.

LE THÉOSOPHE — Et que sont ces examens, véritable terreur de la jeunesse moderne ? Rien de plus qu'une méthode de classement
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permettant de chiffrer et de cataloguer les résultats de votre enseignement scolaire. En d'autres termes, ils constituent l'application pratique de la méthode scientifique moderne au genus homo, sous l'angle du seul intellect. Or, la « science » enseigne que l'intellect est le résultat d'interactions mécaniques dont la matière cérébrale est le siège. Il est donc logique que l'éducation moderne soit presque entièrement mécanique ; une sorte de machine automatique à fabriquer de l'intellect à la tonne. Point n'est besoin d'avoir une grande expérience de ces examens pour constater que l'éducation qu'ils favorisent se réduit simplement à l'entraînement de la mémoire physique. Tôt ou tard, toutes vos écoles tomberont à ce niveau-là. Il est évident que toute culture réelle et valable de la faculté de penser et de raisonner restera tout bonnement impossible, tant que l'on devra juger de tout par les résultats évalués au moyen des concours. Encore une fois, l'éducation scolaire est de la plus haute importance pour la formation du caractère surtout en ce qui concerne les qualités morales. Or, le système tout entier de votre éducation moderne est basé sur des révélations soi-disant scientifiques telles que « la lutte pour l'existence » et « la survivance du plus apte » . Dès la première jeunesse, tout homme est tellement pénétré de ces axiomes, aussi bien par l'expérience et les exemples pratiques que par leur enseignement direct, qu'il devient finalement impossible d'extirper de sa pensée l'idée que le « soi » — le soi inférieur, personnel et animal — constitue l'essentiel et le but de toute la vie. Voilà la source principale de tout ce qu'on voit fleurir ensuite en fait de misère, de crimes et d'égoïsme cruel, dont vous admettez l'existence aussi bien que moi. Comme on l'a si souvent répété, l'égoïsme est le fléau de l'humanité, la cause prolifique de tous les maux, de tous les crimes qui flétrissent l'existence. Et c'est dans vos écoles que vous commencez précisément à développer cet égoïsme.

QUESTION — Tout cela est bel et bon, si on s'en tient à des généralités, mais j'aimerais bien avoir quelques faits, avec une idée des remèdes que vous proposez.

LE THÉOSOPHE — Soit ! Je vais tâcher de vous donner satisfaction.
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On divise les établissements scolaires en trois catégories : les écoles primaires qui dépendent du gouvernement, les écoles de classe intermédiaire et les grandes écoles payantes d'enseignement secondaire, avec toute une gamme de disciplines depuis le commerce le plus prosaïque jusqu'aux humanités classiques, et avec toutes sortes de combinaisons et de permutations possibles. L'enseignement pratique du commerce développe le côté moderne, tandis que l'enseignement classique, selon l'orthodoxie traditionnelle, étend sa pesante respectabilité jusque dans les écoles normales d'instituteurs du gouvernement. Dans ces établissements, nous voyons clairement que le côté scientifique et commercial terre-à-terre est en train de supplanter l'orthodoxie classique surannée. D'ailleurs, il n'est pas nécessaire d'aller bien loin pour en découvrir la raison, car, maintenant, cette branche de l'instruction publique a comme unique sujet de préoccupation les francs et les centimes : le summum bonum du 19e siècle. Ainsi, toutes les énergies engendrées par les molécules cérébrales de ceux qui en bénéficient se concentrent sur un seul point. Instruits de cette manière, ces jeunes gens composent une sorte d'armée organisée, à laquelle appartient une élite intellectuelle éduquée et rompue à la spéculation, et entraînée à dominer la cohorte innombrable des masses ignorantes et naïves, condamnées à être vampirisées, exploitées et méprisées par leurs frères intellectuellement plus forts. Ce genre d'entraînement n'est pas seulement anti-théosophique, il est ANTI-CHRÉTIEN. Résultat : la conséquence immédiate de ce système d'éducation est l'accaparement du marché par des machines à gagner de l'argent, des hommes égoïstes et sans cœur — des animaux — qui ont été très soigneusement exercés à vivre comme des bêtes de proie sur leurs semblables et à tirer profit de l'ignorance de leurs frères plus faibles !

QUESTION — Ce que vous dites là ne saurait en tout cas s'appliquer à nos grands collèges privés ?

LE THÉOSOPHE — Pas exactement, il est vrai. Mais bien que, dans sa forme, l'instruction qu'on y donne soit différente, elle est la même dans son esprit, anti-théosophique et anti-chrétienne,
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même si Eton et Harrow produisent des scientifiques, des ecclésiastiques ou des théologiens.

QUESTION — Vous ne voulez tout de même pas dire que Eton et Harrow sont des écoles d'esprit « commercial » ?

LE THÉOSOPHE — Non. En vérité, le système d'enseignement classique est par-dessus tout respectable et, présentement, il est productif de quelque bien. Il reste le système préféré de nos grands collèges, où on peut recevoir une éducation sociale aussi bien qu'une culture intellectuelle. Il est donc de la plus haute importance que les fils peu doués de parents aristocrates et fortunés soient admis dans des écoles de ce genre afin de pouvoir y fréquenter le reste de la jeunesse des classes « nobles » et argentées. Malheureusement, il y a une énorme compétition, même pour y entrer, car les gens qui ont de l'argent sont de plus en plus nombreux et beaucoup de jeunes gens pauvres mais intelligents cherchent à s'inscrire dans les collèges en qualité de boursiers, pour ensuite parvenir de la même manière aux Universités.

QUESTION — Dans ces conditions, les « traînards » plus fortunés sont obligés de travailler plus encore que leurs camarades pauvres.

LE THÉOSOPHE — En effet. Mais, chose étrange, les fidèles de la religion de la « survivance du plus apte » n'agissent pas ici conformément à leur croyance ; car ils s'ingénient à faire passer les inaptes de naissance avant les élèves doués. Dans ce but, avec de généreux pots-de-vin, ils achètent les meilleurs professeurs, en les détournant de leurs élèves naturellement doués, pour qu'ils fassent rabâcher à leurs rejetons incapables de naissance le savoir qui leur donnera accès à des professions qu'ils encombreront inutilement.

QUESTION — Et à quoi attribuez-vous cela ?

LE THÉOSOPHE — À un système pernicieux qui fait de la production sur commande, sans tenir aucun compte des penchants naturels ou des talents de la jeunesse. Le pauvre petit
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candidat au paradis du savoir programmé passe, presque sans transition, de l'école maternelle à l'ingrate routine quotidienne d'une école préparatoire pour fils de bonne famille. Là, les ouvriers de cette usine matério-intellectuelle lui tombent dessus, pour le bourrer de rudiments de morphologie latine, française et grecque, de dates et de tables, de sorte que, s'il avait en lui une goutte de génie naturel, on s'empresse de l'exprimer de sa nature en le passant au laminoir de ce que Carlyle a si justement nommé « les vocables morts » .

QUESTION — Mais, enfin, on lui enseigne sûrement bien d'autres choses que des « vocables morts » ; et beaucoup de ce qu'on lui apprend peut le conduire droit à la Théosophie, sinon à la Société Théosophique.

LE THÉOSOPHE — Pas tant que cela. En fait d'Histoire, par exemple, il n'acquerra qu'une connaissance suffisante de son pays particulier pour se retrouver enfermé dans une armure d'acier faite de préjugés contre tous les autres peuples, et plongé dans l'écœurant cloaque des annales historiques où dominent haines nationales et soif de sang. Ce n'est assurément pas cela que vous qualifieriez du nom de Théosophie ?

QUESTION — Qu'avez-vous encore à objecter contre l'éducation moderne ?

LE THÉOSOPHE — Ajoutez à cela le survol d'un ensemble choisi de prétendus faits bibliques — étude d'où tout intellect est éliminé. Tout au plus s'agit-il d'un simple exercice de mémoire, où le « Pourquoi ? » du maître n'est qu'un « Pourquoi ? » de circonstance et non de raison.

QUESTION — Très bien. Mais je vous ai entendu vous féliciter du nombre toujours croissant des athées et des agnostiques. C'est donc que même des gens qui sont formés dans un système que vous dénigrez de si bon coeur apprennent malgré tout à penser et à raisonner par eux-mêmes.

LE THÉOSOPHE — Oui ; mais cela résulte plutôt d'une saine
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réaction contre ce système que du système lui-même. Nous préférons infiniment avoir dans notre Société des agnostiques et même d'authentiques athées plutôt que des bigots de n'importe quelle religion. Le mental de l'agnostique est toujours ouvert à la vérité qui, au contraire, aveugle le bigot, comme la lumière du soleil éblouit le hibou. Les meilleurs d'entre nos membres, ceux qui sont les plus sincères, les plus philanthropes, et qui aiment la vérité par-dessus tout, ont été ou sont des agnostiques et des athées — des gens qui ne croient pas à un Dieu personnel. Mais il n'y a pas de jeunes gens qui soient libres penseurs (1); et, généralement, la première éducation qu'ils reçoivent les marque d'une empreinte qui leur laisse un mental étroit et déformé. Pour être valable et sain, un système d'éducation devrait développer un esprit très vigoureux et libéral, strictement entraîné à penser de façon logique et précise, sans foi aveugle. Mais quels bons résultats peut-on attendre d'un système qui pervertit la faculté de raisonnement de nos enfants en leur enseignant le dimanche qu'il faut croire aux miracles de la Bible, et les autres jours de la semaine que tout miracle est scientifiquement impossible ?

QUESTION — Mais alors que voudriez-vous faire ?

LE THÉOSOPHE — Si nous avions l'argent nécessaire nous fonderions des écoles qui ne produiraient pas des diplômés sachant lire et écrire, mais condamnés à mourir de faim. Ce qu'il faudrait enseigner aux enfants, par-dessus tout, c'est la confiance en soi, l'amour de tous les hommes, l'altruisme, la charité mutuelle ; et surtout, il faudrait les habituer à penser et à raisonner par eux-mêmes. Nous réduirions à un strict minimum tout travail de mémoire purement mécanique et consacrerions le temps à développer et cultiver les facultés de nos élèves, leurs sens intérieurs et leurs capacités latentes. Nous nous efforcerions de nous occuper de chaque enfant individuellement, de l'éduquer de
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façon à favoriser l'épanouissement le plus équilibré et harmonieux possible de tous ses pouvoirs, afin que ses aptitudes particulières parviennent à leur plein développement naturel. Notre but serait de créer des hommes et des femmes libres, libres intellectuellement, libres moralement, sans aucun préjugé en quoi que ce soit, et, par-dessus tout, affranchis d'égoïsme. Et cela, croyons-nous, pourrait être réalisé en grande partie, sinon en totalité, par l'effet d'une bonne éducation véritablement théosophique.

Pourquoi y a t-il alors tant de préjugés contre la S.T. ? (↑ sommaire)

QUESTION — Mais, si la moitié seulement de ce que vous dites de la Théosophie est vrai, comment se fait-il qu'il existe contre elle une si terrible animosité ? Cela me paraît bien plus inexplicable que tout le reste.

LE THÉOSOPHE — En effet ; mais il ne faut pas oublier que nous nous sommes faits de nombreux et puissants adversaires depuis la formation de notre Société. Comme je l'ai déjà fait observer, si le Mouvement théosophique n'était qu'une de ces nombreuses toquades modernes qui sont finalement aussi inoffensives que passagères, on se contenterait de s'en moquer (comme le font actuellement ceux qui ne saisissent pas encore sa véritable portée) et on ne s'en occuperait strictement pas. Mais il en va tout autrement. Intrinsèquement, la Théosophie représente le mouvement le plus sérieux de notre époque, un mouvement qui menace la vie même de la plupart des mystifications qui ont traversé les siècles, et qui attaque de front les préjugés et les maux de la société contemporaine, ces maux qui engraissent et rendent heureux le petit groupe des plus privilégiés ainsi que leurs flatteurs et imitateurs — les quelques centaines de familles fortunées des classes moyennes — tandis qu'ils écrasent littéralement et font mourir de faim des millions de pauvres. Pensez à cela et il vous sera facile de comprendre pourquoi la Théosophie est l'objet d'une persécution si acharnée de la part de gens qui
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sont assez observateurs et perspicaces pour en discerner la véritable nature et ainsi la redouter.

QUESTION — Prétendez-vous que c'est pour avoir compris la vraie portée et le but de la Théosophie que certaines personnes cherchent à étouffer le mouvement ? Mais, si la Théosophie ne conduit qu'au bien, vous n'avez sûrement pas de bonnes raisons pour porter contre ces quelques personnes une accusation aussi terrible de cruauté perfide et de fourberie ?

LE THÉOSOPHE —J'ai les meilleurs raisons, au contraire. Les adversaires que nous eûmes à combattre pendant les neuf ou dix premières années de l'existence de la Société n'étaient, à mon avis, ni puissants ni « dangereux » . Mais il en va autrement de ceux qui se sont dressés contre nous pendant ces trois ou quatre dernières années. Ceux-ci ne parlent, ni n'écrivent, ni ne prêchent contre la Théosophie ; mais ils travaillent en silence, derrière le dos des ridicules pantins qui leur servent de visibles marionnettes (2). Néanmoins, quoique dissimulés aux yeux de la plupart des membres de notre Société, ils sont bien connus des véritables « Fondateurs » et des protecteurs de notre Société. Toutefois, pour certaines raisons, on ne peut les désigner par leur nom actuellement.

QUESTION — Et sont-il connus de vous seulement, ou de beaucoup d'entre vous ?

LE THÉOSOPHE —Je n'ai pas dit que je les connaissais ; je peux les connaître comme je peux ne pas les connaître ; mais je sais qu'ils existent, cela me suffit ; et je les défie de faire tout le mal qu'ils voudraient. Ils peuvent faire beaucoup de tort, et semer la confusion dans nos rangs, surtout parmi ceux de nos membres qui sont timorés et qui ne jugent que d'après les apparences ; mais quoi qu'ils fassent, ils n'écraseront point la Société. Par ailleurs, si on met à part ces ennemis vraiment dangereux
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- « dangereux » seulement pour les théosophes qui sont indignes de ce nom et dont la place est plutôt à l'extérieur qu'à l'intérieur de la S.T. — le nombre de nos adversaires est fort considérable.

QUESTION — Pouvez-vous au moins nommer ceux-ci, si vous ne voulez pas parler des autres ?

LE THÉOSOPHE — Certainement. Nous avons à lutter contre : 1° la haine des spirites américains, anglais et français ; 2° l'opposition constante du clergé de toutes les confessions ; 3° en particulier, la haine et le persécution implacables que nous vouent les missionnaires de l'Inde ; 4° la publicité infamante faite à la S. T. par la fameuse attaque de la Society for Psychical Research contre notre Société, attaque qui fut précisément fomentée par une conspiration en règle, organisée par les missionnaires de l'Inde. Enfin, nous devons tenir compte de la défection, pour des raisons déjà expliquées, de divers membres éminents ( ? ), et qui, tous, ont fait leur possible pour renforcer les préjugés existant contre nous.

QUESTION — Ne pouvez-vous me donner plus de détails sur toutes ces attaques afin que je puisse répondre si on m'interroge ? En résumé, donnez-moi un bref aperçu de l'histoire de la Société avec les raisons qui portent le monde à croire toutes ces calomnies.

LE THÉOSOPHE — La raison de cette crédulité est bien simple. La plupart des gens ne connaissaient absolument rien de la Société elle-même, ni de ses intentions, de ses objectifs ou de ses convictions. Dès le début, le monde n'a rien vu d'autre dans la Théosophie que certains phénomènes merveilleux auxquels les deux tiers de ceux qui ne sont pas spiritualistes ne croient pas. Très vite, la Société en vint à être considérée comme une organisation prétendant posséder des pouvoirs « miraculeux » . Le monde n'a jamais compris que la Société enseignait à ne pas croire aux miracles (ou même qu'elle niait leur possibilité), qu'il n'y avait dans ses rangs qu'une poignée d'individus doués de pouvoirs psychiques, et que très peu d'ailleurs s'en souciaient. Il n'a pas compris davantage que les phénomènes n'avaient jamais
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été produits en public, mais uniquement en privé, pour des amis et cela, accessoirement, pour donner la preuve directe qu'il était possible de produire de telles choses sans cabinet noir, sans esprits, sans médiums et sans rien de l'attirail habituel. Malheureusement, cette mauvaise compréhension fut grandement renforcée et exagérée par le premier livre écrit sur le sujet : le « Monde Occulte » (3) de M. Sinnett, livre qui suscita une vague d'intérêt en Europe. Si cet ouvrage contribua beaucoup à faire connaître la Société, il attira encore plus de calomnies, de moqueries et d'idées fausses sur ses infortunés héros et sa malheureuse héroïne. À ce sujet, l'auteur avait d'ailleurs reçu plus qu'un avertissement dans le Monde Occulte, mais il ne prit pas garde à la prophétie — car c'était assurément une prophétie, bien qu'à demi voilée.

QUESTION — Pourquoi, et depuis quand les spirites vous haïssent-ils ?

LE THÉOSOPHE — Ils nous ont haïs dès le jour où la Société a existé. Dès que les spirites ont su que la Société, en tant que telle, ne croyait à aucune communication avec les esprits des morts, et que nous tenions les prétendus « esprits » , dans presque tous les cas, pour des reflets astraux de personnalités désincarnées, pour des coques, etc,... leur haine a éclaté contre nous et surtout contre les Fondateurs. Cette haine se traduisit par des calomnies de toutes sortes, des allusions personnelles peu charitables, et des interprétations erronées et absurdes des enseignements théosophiques, dont se firent l'écho tous les journaux spirites d'Amérique. Pendant des années, ils nous ont dénoncés, persécutés et vilipendés. Cela a commencé en 1875 et continue encore aujourd'hui. En 1879, le quartier général de la S.T. fut transféré de New York à Bombay (Inde) pour être ensuite fixé définitivement à Madras. Quand la première branche de notre Société, la S.T. anglaise, fut fondée à Londres, les spirites anglais se liguèrent
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contre nous comme l'avaient fait les américains, et les spirites français emboîtèrent le pas.

QUESTION — Mais pourquoi le clergé vous serait-il hostile alors que, tout compte fait, la tendance majeure des doctrines théosophiques est en opposition avec le matérialisme, qui est aujourd'hui le grand ennemi de toute forme de religion ?

LE THÉOSOPHE — Le clergé s'oppose à nous conformément au principe général selon lequel « celui qui n'est pas avec moi est contre moi » . La Théosophie, qui n'est d'accord avec aucune secte ni aucun credo en particulier, est apparue comme l'ennemi public, parce qu'elle enseigne que toutes les croyances sont plus ou moins dans l'erreur. En Inde, les missionnaires nous ont pris en haine et ont cherché à nous écraser, quand ils ont vu que la fleur de la jeunesse cultivée hindoue se joignait à nous en grand nombre, ainsi que les brahmanes — sur lesquels les missionnaires n'ont pratiquement aucune prise. Toutefois, en dépit de cette haine de la part du clergé, en général, la S. T. compte parmi ses membres bien des ecclésiastiques, et même un ou deux évêques.

QUESTION — Mais pourquoi la Society for Psychical Research vous a-t-elle attaqués ? Cette Société poursuivait, à certains égards, les mêmes recherches que vous, et plusieurs de ses membres appartenaient aussi à votre Société.

LE THÉOSOPHE — Au commencement, les dirigeants de la Society for Psychical Research et nous étions de très bons amis. Mais quand le Christian College Magazine publia contre les phénomènes une attaque appuyée sur les prétendues révélations d'un domestique, la Society for Psychical Research estima qu'elle s'était compromise pour avoir publié dans ses « Comptes Rendus » trop de phénomènes qui s'étaient produits en relation avec la Société Théosophique. Son ambition étant de se poser en organisation faisant autorité et ayant un caractère rigoureusement scientifique, il lui fallait choisir entre conserver cette position, en jetant par-dessus bord la Société Théosophique, et
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même en cherchant à la détruire, ou se voir identifiée, aux yeux des Sadducéens du grand monde (4), à ces gens « crédules » que sont les théosophes et les spirites. Il n'y avait pas d'autre issue, pas deux choix possibles, et les gens de la Society for Psychical Research choisirent de nous jeter par-dessus bord. C'était, pour eux, le seul moyen de sortir de l'impasse. Mais il leur fallait à tout prix trouver une explication assez plausible pour rendre compte non seulement de la vie de dévouement et de travail inlassable des deux Fondateurs, mais aussi de l'absence complète de tout profit pécuniaire comme de tout autre avantage personnel pouvant leur revenir dans de telles conditions. En conséquence, pour expliquer ce dévouement, ils furent contraints de recourir à la théorie triplement absurde et complètement ridicule, mais maintenant célèbre, de l' « espionne russe » . Toutefois, la vérité du proverbe bien connu : « Le sang des martyrs est la semence de l'Église » , se confirma une fois de plus. Après le premier choc de l'attaque qu'elle avait subie, la Société Théosophique vit doubler et tripler le nombre de ses membres. Mais la mauvaise impression produite persiste encore. Un auteur français a eu raison de dire : « Calomniez, calomniez, toujours et encore, il en restera toujours quelque chose (5) » . C'est ainsi que nous sommes couramment victimes d'injustes préjugés, et que tout ce qui concerne la S.T., et particulièrement ses Fondateurs, est grossièrement déformé et ne s'appuie que sur de perfides on-dit.

QUESTION — Cependant, depuis quatorze ans que la Société existe, n'avez-vous pas trouvé assez de temps et d'occasions pour vous révéler, vous et votre œuvre, sous un vrai jour ?

LE THÉOSOPHE — Comment et quand nous a-t-on donné une telle occasion ? Nos membres les plus en vue n'ont cessé d'avoir en aversion toute apparence de justification publique. Leur ligne de conduite a toujours été : « Nous devons laisser tout cela
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tomber dans l'oubli à la longue » , et « que nous importe ce que disent les journaux, ou ce que pense le monde ? » La Société était trop pauvre pour envoyer des gens en tournées de conférences publiques et nous avons dû limiter l'exposé de nos vues et doctrines à la publication de quelques ouvrages théosophiques qui furent bien accueillis, mais pas toujours bien compris, et que beaucoup de personnes ne connurent que par ouï-dire. Nos revues furent boycottées, et elles le sont encore. Nos œuvres littéraires furent ignorées et, aujourd'hui encore, on ne sait pas trop si les théosophes sont des espèces d'adorateurs-de-serpents-et-de-démons, ou simplement des « bouddhistes ésotériques » , quel que soit le sens donné à ces mots. Il était inutile que nous continuions, jour après jour et année après année, à démentir toute l'absurdité des racontars invraisemblables qui couraient sur nous : à peine en avions-nous réfuté un qu'un autre renaissait aussitôt de ses cendres, encore plus perfide et plus absurde. Malheureusement, la nature humaine est ainsi faite que tout le bien qu'on peut dire d'une personne est vite oublié et ne se propage jamais. Au contraire, à peine a-t-on lancé une calomnie, ou fait courir quelque histoire — aussi absurde, erronée ou incroyable qu'elle soit, pourvu qu'elle concerne une personnalité impopulaire — qu'on s'empresse de l'accueillir avec faveur, et de l'accepter aussitôt comme un fait historique. Pareille à la CALUMNIA chantée par Don Basilio (6), « elle est d'abord rumeur légère » , comme une aimable et douce brise qui agite à peine l'herbe sous vos pas, et qui vient on ne sait d'où ; puis, en un rien de temps, voilà qu'elle devient vent violent, pour bientôt se déchaîner en furie et « c'est la foudre, la tempête... » ! Une calomnie parmi les nouvelles qu'on colporte est comme une pieuvre parmi les animaux marins : elle s'insinue dans le mental, s'accroche à notre mémoire qui s'en repaît, en laissant des marques indélébiles, même lorsque la calomnie a été détruite dans sa forme. Un mensonge calomnieux est la seule clef passe-partout donnant accès à n'importe quel cerveau : il est assuré de trouver accueil et hospitalité dans le mental de tout être
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humain, le plus brillant comme le moins éveillé, pour peu qu'il abrite quelque préjugé — et la source et le motif du mensonge, aussi vils soient-ils, n'ont ici aucune importance.

QUESTION — Ne croyez-vous pas que votre affirmation soit trop catégorique ? Les Anglais n'ont jamais péché par excès de crédulité à l'égard des on-dit et leur nation est bien connue pour son amour du « franc-jeu » . D'ailleurs, un mensonge n'a rien pour le soutenir longtemps ou, comme le disent certains, pas de pattes pour tenir debout, et...

LE THÉOSOPHE — Les Anglais sont tout aussi enclins à accréditer le mal que les gens de n'importe quelle autre nation : il ne s'agit pas là d'une caractéristique nationale, mais tout simplement de la nature humaine. Quant aux mensonges, s'ils n'ont pas de pattes pour tenir debout, comme dit votre proverbe, ils ont des ailes extrêmement rapides ; et ils volent plus vite et plus loin que toute autre nouvelle, en Angleterre comme partout ailleurs. Il ne faut pas oublier non plus que les mensonges et les calomnies constituent la seule sorte de littérature qui se distribue gratis, et sans qu'on ait à souscrire d'abonnement. Nous pouvons en faire l'expérience si vous voulez. Vous qui témoignez d'un si grand intérêt pour la Théosophie, et qui avez entendu dire tant de choses sur notre compte, voulez-vous me poser des questions sur tous les bruits et les on-dit qui vous viendront à l'esprit ? Je vous répondrai la vérité, rien que la vérité, susceptible de la plus rigoureuse vérification.

QUESTION — Avant de passer à un autre sujet, faisons d'abord toute la lumière sur celui-ci. Il y a des auteurs qui qualifient vos enseignements d' « immoraux et de pernicieux » ; d'autres encore s'appuient sur nombre de soi-disant « autorités » et d'orientalistes, qui ne trouvent dans les religions de l'Inde que le culte du sexe sous de multiples formes, pour vous accuser de n'enseigner rien de mieux que le culte phallique. À les en croire, la Théosophie moderne est trop étroitement liée à la pensée orientale, indienne en particulier, pour ne pas être affligée de la même tare qu'elle. Il leur arrive même d'aller jusqu'à accuser les théosophes européens de ressusciter les pratiques liées à ce culte. Qu'avez-vous à dire à cela ?

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LE THÉOSOPHE—J'ai déjà entendu et lu des choses de ce genre, et je vous réponds que jamais calomnie plus mensongère et plus dépourvue de fondement n'a été inventée et mise en circulation. « Les sottes gens ne font que de sots rêves » dit un proverbe russe. Le sang me bout à entendre de telles accusations qui n'ont pas le moindre fondement et ne sont que de pures suppositions. Demandez aux centaines d'Anglais honorables des deux sexes qui sont, depuis des années, membres de la Société Théosophique, si on leur a jamais enseigné un précepte immoral ou une doctrine pernicieuse. Consultez la Doctrine Secrète et vous verrez que, page après page, elle dénonce les Juifs et d'autres nations, précisément à cause de cet attachement aux rites phalliques qui provient de l'interprétation littérale du symbolisme de la nature, ainsi que des conceptions grossièrement matérialistes qu'on se fait de son dualisme dans tous les credos exotériques. Cette façon malveillante de déformer sans arrêt nos enseignements et nos convictions a vraiment quelque chose d'infâme !

QUESTION — Mais vous ne pouvez nier qu'il y ait incontestablement un élément phallique dans les religions de l'Orient.

LE THÉOSOPHE —Je ne le nie pas non plus, mais je maintiens que cela n'a pas plus d'importance que la présence du même élément dans le christianisme, la religion de l'Occident. Si vous désirez vous en assurer lisez The Rosicrucians (7) de Hargrave Jennings. En Orient, le symbolisme phallique est peut-être plus cru, parce que plus conforme à la nature, ou, pour mieux dire, plus naïf et sincère, que celui de l'Occident ; mais il n'est pas plus licencieux ; et il ne suggère pas à la pensée d'un Oriental les mêmes idées grossières qu'à celle d'un Occidental ; avec, peut-être, une ou deux exceptions, comme la secte honteuse connue sous le nom de « Mahârâjah » , ou Vallabhâchârya.

QUESTION — Un de vos accusateurs écrivant dans l'Agnostic Journal
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vient de faire remarquer que les adhérents de cette secte infâme sont des théosophes, et qu'ils « prétendent avoir une véritable vision théosophique » .

LE THÉOSOPHE — II a écrit un mensonge, voilà tout. Il n'y a jamais eu et il n'y a pas aujourd'hui un seul Vallabhâchârya dans notre Société. Quant à l'assertion qu'ils ont, ou prétendent avoir, une vision théosophique approfondie, c'est une autre histoire ridicule qui trahit une ignorance crasse de ce qui concerne les sectes de l'Inde. Ce que leur « Mahârâjah » revendique, c'est l'argent, les femmes et les filles de ses dévôts imbéciles, et rien d'autre. C'est une secte méprisée de tous les autres hindous.

Mais si vous voulez un exposé détaillé, je vous renvoie à la Doctrine Secrète où vous trouverez ce sujet traité à fond. Pour en finir, je dirai que l'âme même de la Théosophie est cent pour cent contre le culte phallique, et que cette opposition est encore plus prononcée dans sa Section occulte, ou Ésotérique, que dans les enseignements exotériques. On n'a jamais rien raconté de plus mensonger que ce que vous venez de mentionner. Maintenant posez-moi d'autres questions.

La Société Théosophique est-elle une organisation à but financier ? (↑ sommaire)

QUESTION — Parfait. Eh bien ! est-il vrai, comme le disent certains journaux, que les Fondateurs, le Colonel H. S. Olcott ou H. P. Blavat-sky, aient jamais gagné de l'argent, profité ou retiré un avantage matériel quelconque de la S. T. ?

LE THÉOSOPHE — Pas un centime. Les journaux mentent. Au contraire, tous deux ont donné tout ce qu'ils avaient, et se sont littéralement réduits à la mendicité. Quant aux « avantages matériels » , songez aux calomnies, aux vils dénigrements qu'ils ont dû supporter, puis posez-vous la question !

QUESTION — Pourtant, j'ai lu dans bon nombre d'organes édités par
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des missionnaires que les droits d'entrée et les cotisations couvraient très largement les dépenses ; et l'un d'entre eux disait que lés Fondateurs gagnaient plus de vingt mille livres par an.

LE THÉOSOPHE — C'est un mensonge, comme tant d'autres. Dans les comptes publiés en janvier 1889, vous trouverez un détail exact de tout l'argent reçu, de quelque source que ce soit, depuis 1879. Le total de l'argent récolté de partout en ces dix années (comprenant droits d'entrée, dons, etc, etc.), ne s'élève pas à six mille livres, dont une bonne part fut apportée par les Fondateurs eux-mêmes, par des prélèvements faits sur leurs ressources personnelles et le fruit de leurs travaux littéraires. Tout cela a été ouvertement et officiellement reconnu, même par notre ennemie, la Society for Psychical Research. Actuellement, les deux Fondateurs sont sans le sou ; l'une de ces personnes est trop vieille et trop malade pour travailler encore comme elle l'a fait autrefois ; incapable de trouver le temps de se vouer à des oeuvres de caractère littéraire dans le but d'apporter de l'argent à la Société, elle ne peut plus écrire que pour la cause de la Théosophie ; l'autre Fondateur travaille pour cette cause comme par le passé, et n'en reçoit pas plus de remerciements.

QUESTION — Mais, il leur faut bien de l'argent pour vivre ?

LE THÉOSOPHE — Pas du tout. Tant qu'ils ont de quoi manger et se loger — même s'ils le doivent au dévouement de quelques amis — ils ne demandent guère plus.

QUESTION — Mais Madame Blavatsky, en particulier, n'aurait-elle pas pu gagner plus qu'il ne lui en fallait pour vivre, grâce à ses écrits ?

LE THÉOSOPHE — Lorsqu'elle était en Inde, elle reçut, en moyenne, quelques milliers de roupies par an, en paiement d'articles qu'elle écrivit pour des journaux russes ou autres, mais elle fit don de tout à la Société.

QUESTION — S'agissait-il d'articles politiques ?

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LE THÉOSOPHE — Jamais. Tout ce qu'elle a écrit durant son séjour de sept ans en Inde est accessible, sous forme imprimée. Il n'y est question que de religions, d'ethnologie, de coutumes indiennes et de Théosophie, jamais de politique, à laquelle elle ne connaît rien, et dont elle se soucie moins encore. En outre, il y a deux ans, elle a refusé plusieurs contrats, pour un total d'environ l 200 roubles-or par mois, parce qu'elle ne pouvait les accepter sans abandonner son travail pour la Société qui réclamait tout son temps et toutes ses forces. Et elle possède tous les documents pour le prouver.

QUESTION — Mais pourquoi elle-même et le Colonel Olcott ne pouvaient-ils pas, comme tant d'autres — notamment beaucoup de théosophes — poursuivre leurs professions respectives et consacrer le surplus de leur temps au travail de la Société ?

LE THÉOSOPHE — Parce qu'en servant deux maîtres, l'un ou l'autre, le travail professionnel ou l'oeuvre philanthropique, aurait eu à souffrir. Tout vrai théosophe est moralement astreint à sacrifier le personnel à l'impersonnel, son bien-être présent au bénéfice futur des autres. Si les Fondateurs ne donnent pas l'exemple, qui le fera ?

QUESTION — Y a-t-il beaucoup de théosophes qui suivent cet exemple ?

LE THÉOSOPHE—Je vous dois une réponse sincère. En Europe, environ une demi-douzaine en tout, sur un nombre de Branches dépassant ce chiffre.

QUESTION — Alors, il est faux que la Société Théosophique ait un capital élevé, ou une dotation qui lui appartienne en propre ?

LE THÉOSOPHE — C'est faux, car elle ne possède rien de tout ça. Maintenant que le droit d'entrée de l Livre et la petite cotisation annuelle ont été abolis, on peut se demander si le personnel du quartier général en Inde n'en sera pas bientôt réduit à mourir de faim.

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QUESTION — Alors pourquoi ne pas faire des souscriptions ?

LE THÉOSOPHE — Nous ne sommes pas l'Armée du Salut ; nous ne pouvons pas mendier, et nous ne l'avons jamais fait ; pas plus que nous n'avons suivi l'exemple des Églises et des sectes qui « font la quête » . Ce qu'on nous fait parvenir à l'occasion pour soutenir la Société, les petites sommes que donnent certains membres dévoués, sont toujours des contributions volontaires.

QUESTION — J'ai entendu parler de grosses sommes d'argent données à Madame Blavatsky. Il y a quatre ans, on disait qu'elle avait reçu 5 000 Livres d'un jeune « membre » fortuné qui avait rejoint les théosophes en Inde, et 10 000 Livres d'un autre donateur, riche Américain bien connu, l'un de vos membres qui mourut en Europe, il y a quatre ans ?

LE THÉOSOPHE — Dites à ceux qui vous racontent ces choses qu'ils énoncent ou répètent un grossier mensonge. « Madame Blavatsky » n'a jamais demandé ni reçu UN SEUL CENTIME des deux messieurs précités, ni quoi que ce soit de n'importe qui d'autre, depuis que la Société Théosophique a été fondée. Je défie quiconque de donner la moindre consistance à cette calomnie : il lui serait plus facile de prouver que la Banque d'Angleterre est en faillite que de démontrer que cette « Fondatrice » a tiré un jour de l'argent de la Théosophie. Ces deux calomnies ont été lancées par deux dames de haute naissance, appartenant à l'aristocratie londonienne, mais il ne fallut pas longtemps pour trouver d'où elles émanaient et démontrer leur caractère mensonger. Ce ne sont plus aujourd'hui que des cadavres, les restes décharnés de deux inventions qui, après avoir séjourné dans les eaux de l'oubli, reviennent à la surface des eaux stagnantes de la calomnie.

QUESTION — On m'a dit aussi que la S.T. avait bénéficié de plusieurs legs importants. L'un, d'environ 8 000 Livres, lui aurait été laissé par un Anglais excentrique qui n'appartenait même pas à la Société. L'autre, de 3.000 ou 4.000 Livres, serait paraît-il un don d'un membre australien. Cela est-il exact ?

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LE THÉOSOPHE — J'ai entendu parler du premier, mais qu'il ait été laissé à la Société par un testament en bonne forme ou non, tout ce que je sais c'est que la S.T. n'en a jamais profité et que les Fondateurs n'en ont jamais reçu notification officielle. Car, à ce moment-là, notre organisation n'avait pas encore de personnalité civile en tant que société et n'existait donc pas du point de vue légal ; aussi, comme nous l'avons appris, le Juge du Tribunal de Probate ne prêta aucune attention à ce legs et remit la somme aux héritiers. Voilà pour le premier. Quant au second, c'est tout à fait exact : le testamentaire était l'un de nos membres dévoués, et avait légué tout ce qu'il possédait à la S.T.. Mais quand le Président, le Colonel Olcott, examina l'affaire, il s'aperçut que celui qui avait laissé ce legs avait des enfants, qu'il avait déshérités pour des raisons de famille. Il réunit donc un conseil pour délibérer et il fut décidé que le legs en question serait refusé et que l'argent irait aux héritiers légitimes. La Société Théosophique aurait manqué à l'honneur de son nom si elle avait accepté de profiter d'un argent auquel d'autres avaient droit, en fait, sinon au sens de la loi, en tout cas, selon les principes théosophiques.

QUESTION — D'autre part, et j'avance ceci en m'appuyant sur l'autorité de votre propre revue, le Theosophist, il est question d'un Rajah de l'Inde qui aurait donné à la Société 25.000 roupies. Ne l'avez-vous pas remercié pour sa grande générosité, dans le Theosophist de janvier 1888 ?

LE THÉOSOPHE — En effet, c'est vrai, et voici les termes employés : « Que Son Altesse le Maharajah... trouve ici l'expression de la reconnaissance du Congrès pour sa promesse d'un don généreux de 25.000 Roupies au Fonds de la Société » . Les remerciements furent dûment transmis, mais l'argent est toujours resté une « promesse » , et n'est jamais parvenu au quartier général.

QUESTION — Mais, sans aucun doute, si le Maharajah a donné sa promesse, et a été remercié de sa contribution, publiquement et par écrit, il tiendra sa promesse ?

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LE THÉOSOPHE — Peut-être, quoique la promesse date de dix-huit mois. Je parle du présent et non de l'avenir.

QUESTION — Alors, comment vous proposez-vous de poursuivre le travail ?

LE THÉOSOPHE — Tant que la S.T. aura quelques membres dévoués, prêts à travailler pour elle sans récompense ni remerciements, et tant que quelques bons théosophes l'aideront de temps à autre par des dons, elle continuera d'exister, car rien ne peut l'écraser.

QUESTION — J'ai entendu beaucoup de théosophes parler d' « un pouvoir qui se tient derrière la Société » et de certains « Mahâtmas » (mentionnés aussi dans les ouvrages de M. Sinnett) qui, dit-on, auraient fondé la Société, veilleraient sur elle et la protégeraient.

LE THÉOSOPHE — Vous pouvez en rire, mais c'est ainsi.

L'Équipe de travail de la S.T. (↑ sommaire)

QUESTION — D'après ce qu'on m'a dit, ces hommes sont de grands Adeptes, des Alchimistes, que sais-je encore. Si donc ils peuvent changer le plomb en or et fabriquer autant d'argent qu'ils le désirent, comme aussi accomplir à volonté toute sorte de miracles — ainsi que le rapporte M. Sinnett dans le Monde Occulte — comment se fait-il qu'ils ne vous procurent pas de l'argent et ne subviennent pas confortablement aux besoins des Fondateurs et de la Société ?

LE THÉOSOPHE — Parce qu'ils n'ont pas fondé un « club de miracles » , parce que la Société a pour but d'aider les hommes à développer leurs pouvoirs latents par leurs propres efforts et grâce à leur mérite. Parce que, malgré tout ce qu'ils sont effectivement capables (ou non) de produire en fait de phénomènes, ce ne sont pas de faux-monnayeurs, et parce qu'ils ne voudraient pas non plus placer sur le sentier des membres et des candidats une tentation supplémentaire, et très puissante : la Théosophie ne s'achète pas. Jusqu'à présent, pendant ces quatorze ans, pas un
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seul membre actif n'a reçu un salaire, que ce soit des Maîtres, ou de la Société.

QUESTION — Alors, aucun de vos travailleurs n'est rétribué ?

LE THÉOSOPHE — Jusqu'à présent, pas un seul. Mais comme chacun doit manger, boire et se vêtir, tous ceux qui n'ont aucune ressource personnelle et consacrent tout leur temps au travail de la Société sont pourvus du nécessaire au quartier général de Madras (Inde), bien que ce « nécessaire » soit bien humble en vérité ! (voir les Règles à la fin). Mais maintenant que le travail de la Société s'est accru si considérablement et qu'il se développe encore en Europe (N.B. par suite des calomnies), il nous faudrait plus de mains pour nous aider. Nous espérons bientôt être en mesure d'avoir quelques membres rémunérés, si on peut vraiment employer un pareil terme dans les cas en question, car tous les membres qui s'apprêtent à donner tout leur temps à la Société sont en train de quitter d'excellentes situations officielles d'avenir, dans le but de travailler avec nous pour un salaire inférieur à la moitié de celui qu'ils touchaient avant.

QUESTION — Et qui fournira les fonds ?

LE THÉOSOPHE — Certains de nos membres qui sont tout juste un peu plus fortunés que les autres. Celui qui spéculerait ou s'enrichirait aux dépens de la Théosophie serait indigne de rester dans nos rangs.

QUESTION — Mais vous devez certainement tirer de l'argent de la vente de vos livres, revues et autres publications ?

LE THÉOSOPHE — Le Theosophist de Madras est la seule des revues qui laisse un bénéfice, et celui-ci a été versé régulièrement chaque année à la Société, comme le montrent les comptes qui ont été publiés. Lucifer absorbe lentement mais régulièrement pas mal d'argent, et n'a jamais couvert ses frais, ayant été mis à l'index par les libraires pieux et les librairies des gares. En France, le Lotus — lancé grâce aux moyens privés plutôt
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restreints d'un théosophe qui y avait consacré tout son temps et son travail — a cessé d'exister pour la même cause, hélas ! Et le Path de New York ne paie pas ses frais non plus, tandis que la Revue Théosophique de Paris vient juste d'être lancée, grâce aussi aux moyens personnels d'une dame parmi nos membres. En outre, chaque fois qu'un ouvrage quelconque publié par la « Theosophical Publishing Company » de Londres rapporte un bénéfice, le gain intégral est consacré au service de la Société.

QUESTION — Et maintenant, dites-moi tout ce que vous pouvez au sujet des Mahâtmas. On raconte tant de choses absurdes et contradictoires à leur sujet qu'on ne sait que croire, et qu'on fait circuler toute sorte d'histoires ridicules sur leur compte.

LE THÉOSOPHE — Vous faites bien d'appeler ces histoires « ridicules » !

Notes sur le Chapitre 13

  • (1) C'est-à-dire, capables de penser librement (en anglais : free thinking boys and girls) (N.d.T.).

  • (2) En français dans le texte (N.d.T.).

  • (3) A. P. Sinnett, The Occult World, Londres : Trübner and Co., 1881 (N.d.T.).

  • (4) En français dans le texte (N.d.T.).

  • (5) En français dans le texte (N.d.T.).

  • (6) Allusion à l'opéra de Rossini : Le Barbier de Séville (N.d.T.).

  • (7) H. Jennings, The Rosicrudans, their Rites and Mysteries. ( « Les Rosicruciens, leurs Rites et leurs Mystères » ) Londres : 1870 (N.d.T.).

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